Affichage des articles dont le libellé est John Cassaday. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est John Cassaday. Afficher tous les articles

lundi 10 novembre 2014

Critique 524 : UNCANNY AVENGERS, VOLUME 1 - THE RED SHADOW, de Rick Remender, John Cassaday et Olivier Coipel


UNCANNY AVENGERS : THE RED SHADOW rassemble les épisodes 1 à 5 de la série, écrits par Rick Remender et dessinés par John Cassaday (#1-4) et Olivier Coipel (#5), publiés en 2012-2013 par Marvel Comics.
Cette série découle directement de la saga Avengers vs X-Men, à l'issue de laquelle est mort le professeur Charles Xavier à cause de la possession par la force Phénix de Cyclope, qui a causée un affrontement puis une réconciliation entre super-héros et mutants. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu cette histoire pour comprendre cette nouvelle série car la situation est suffisamment bien résumée au début pour apprécier la suite.
*
(Extrait d'Uncanny Avengers #1.
Textes de Rick Remender, dessins de John Cassaday.)

- The Red Shadow (#1-4.  Dessins de John Cassaday.) Cependant, à l'école Charles Xavier, Wolverine prononce un discours en hommage au professeur qui a été son mentor et le défenseur de l'intégration mutante. De son côté, Havok (Alex Summers) rend visite à sont frère, Cyclope (Scott Summers), incarcéré pour le meurtre du Pr X. A l'extérieur l'attendent Captain America et Thor qui lui offrent la direction d'une unité pro-active des Avengers qui accueillerait des mutants en son sein afin d'envoyer un signal clair à la population humaine de la bonne entente entre tous les super-héros, quelle que soit leur nature.
Ce nouveau groupe, auquel se joignent Scarlet Witch (Wanda Maximoff) et Rogue (Anna-Marie), qui se détestent (la seconde reprochant encore à la première son rôle dans les évènements d'House of M, ayant abouti à une décimation presque totale des mutants), puis Wolverine, ne tarde pas à être sollicité lorsque le vilain Avalanche, un ancien de la Confrérie des mauvais mutants, cause en ville de gros dégâts comme sous l'emprise de la folie. 
Une faction, dite des S-Men (Goat-faced Gril, Dancing Water, Insect, Mzee, Honest John la propagande vivante, Living Wind, et Dangerous Djinn), entre en scène de son côté et enlèvent Scarlet Witch dont Crâne Rouge veut se servir pour réveiller les tensions entre mutants et humains. Le nazi dispose en outre désormais des pouvoirs mentaux de Charles Xavier dont il a volé le cadavre et sur lequel il a opéré une trépanation...
(Extrait de Uncanny Avengers # 5.
Textes de Rick Remender, dessins de Olivier Coipel.)

- Let the good times roll (# 5. Dessins d'Olivier Coipel.) - Après leur première bataille, au terme de laquelle ils n'ont pu empêcher la fuite de Crâne Rouge, les Uncanny Avengers annoncent publiquement la création de leur composition, avec les renforts de la Guêpe, Wonder Man et Sunfire. Le moissonneur (frère maléfique) de Wonder Man, s'invite à la conférence de presse et sème le trouble...

Après m'être éloigné quelque temps des comics super-héroïques, j'y goûte à nouveau, mais en quantité modérée et avec l'envie d'aller vers des séries différentes de celles que je lisais auparavant. Toutefois, en ce qui concerne les Uncanny Avengers, il serait plus juste de dire que j'y reviens après une première approche en demi-teinte. J'avais en effet lu ce premier arc et quelques épisodes du suivant puis lâché l'affaire pour me concentrer sur d'autres productions à l'époque (notamment les All-New X-Men de Brian Bendis) et parce que je n'avais pas adhéré au projet de Rick Remender et Marvel. Alors que j'avais mis en vente sur un site spécialisé mes revues "Uncanny Avengers", je m'y suis replongé et, cette fois, j'ai été accroché par l'histoire, au point d'en relire les premiers chapitres puis d'acquérir la suite.
Pourtant il y a - et il demeure - des éléments qui ne me convainquent pas complètement dans ce titre. D'abord, même si ce n'est pas un aspect auquel que je suis très sensible, la conception même de la série dont la visée est une des plus bassement mercantiles de son éditeur. On a beaucoup reproché en son temps à Bendis d'avoir associer des héros comme Spider-Man et Wolverine (puis d'autres, moins emblématiques, comme Luke Cage, Iron Fist, Dr Strange...) aux New Avengers. Mais on ne saurait être, en toute logique, plus indulgent avec cette nouvelle équipe dont le nom attache l'adjectif Uncanny, lié depuis toujours aux X-Men, à celui des Avengers, qui n'en sont plus à une incarnation près depuis le triomphe de leurs aventures au cinéma.

Ensuite, la lecture du premier épisode a provoqué chez moi un vrai malaise, comme j'en ai rarement éprouvé, avec une page finale d'un mauvais goût absolu (je ne spoilerai pas grand-monde en révélant qu'on y découvre Crâne Rouge brandissant le cerveau de Charles Xavier pour en acquérir les pouvoirs télépathiques). Je ne suis pas particulièrement sensible, comme tout lecteur de comics super-héroïques (et d'autres genres) j'ai vu beaucoup de scènes ultra-violentes, plus ou moins justifiées, bien ou mal écrites et dessinées, mais peut-être qu'avec l'âge ce type de mise en scène me fait davantage grimacer car je les trouve inutilement grossières, juste là pour choquer le chaland.

Malgré ça, Rick Remender avance, à l'évidence, avec une idée au long cours, un vrai feuilleton en tête, qui se montre suffisamment intrigant et accrocheur pour donner l'envie de rester lire la suite. On pourrait presque se contenter de commenter son style de narration pour mesurer son attractivité car Remender est une sorte de néo-classique, avec une connaissance aiguisée de l'univers Marvel et un goût prononcé pour les récits à rallonge riche en rebondissements, dont les conséquences marquent profondément (aussi bien physiquement que psychologiquement) ses héros. Sa méthode pour traiter de ces impacts n'est pas des plus subtiles, comme en témoigne la scène précité avec la trépanation de Xavier par Crâne Rouge ou les prises de bec entre Scarlet Witch et Rogue, mais disons que cela a l'avantage de bien camper les relations entre les personnages avant de passer au coeur du sujet.
Ce que le scénariste réussit bien mieux, c'est décrire des héros ravagés par les évènements récents qui les ont opposés : on y trouve par exemple un Logan atteint par les morts de proches (son fils, qu'il a dû lui-même tuer, Xavier), et Wolverine gagne en nuance. Mais plus généralement, Avengers vs X-Men a, semble-t-il, pour Remender, sérieusement interrogé les deux camps de héros tout en ne résolvant pas tout. 
Qu'il s'agisse du dialogue entre les frères Summers, chacun avec des positions légitimes, ou de la proposition louable de Captain America, sans occulter ensuite sa difficulté à céder le leadership de l'équipe à Havok,  il y a là quelque vrais bons moments, inspirés, subtilement écrits.  
Bon, après, comme dans le souvenir que j'en gardai, ce premier arc n'est pas très bon, d'un niveau dramaturgique étonnamment faible pour ouvrir une série qui était annoncée comme le titre-phare du grand relaunch Marvel (avec son jeu de chaises musicales où toutes les séries importantes ont eu de nouvelles équipes artistiques). On a à l'époque beaucoup causé, dans les forums et les sites d'infos spécialisés, sur les retards dans la livraison des quatre premiers épisodes, suggérant une mauvaise préparation, un script remanié en conséquence, etc. Mais la vérité est que l'intrigue ne fonctionne pas comme elle devrait : pour Remender, il s'agit clairement d'un prologue à quelque chose de plus vaste, plus ample, plus ambitieux, mais pour le lecteur, ce commencement manque de puissance, d'intensité, on voit trop ses grosses ficelles (narratives et commerciales).
Du coup, ce sont les rapports entre les personnages qui présentent le plus d'intérêt : la composition de l'équipe initiale est  déjà plus mutante/Uncanny donc qu'Avengers, puis évolue déjà au 5ème épisode en se rééquilibrant mais surtout en soulignant la préférence de longue date de Remender pour les personnages un peu à la marge (retour de Wonder Man et de la Guêpe, de Sunfire). En prime, le scénariste se fend d'une tirade, qui a provoqué un débat gratiné chez les geeks (quand Havok refuse d'être réduit à un mutant et même avoue détester ce terme au prétexte qu'il stigmatise une communauté)  - je n'ai pas d'avis tranché sur la question, peut-être parce qu'il faut arrêter de se prendre la tête avec ce qui n'est qu'un monologue de BD mais aussi parce que la question mutante est plus intéressante quand on la considère d'un point de vue métaphorique, celui des minorités opprimées, de façon suggestive.

Mais Remender, qui a défini un plan pour sa série sur le long terme et qui l'a nourri de références pointues (y compris en s'appuyant sur ses précédentes productions, comme Uncanny X-Force), a les défauts de ses qualités : il use d'ellipses qui peuvent perdre le lecteur non averti ou insuffisamment instruit (comme c'est mon cas). Alors même que Marvel Now ! avait pour objectif d'attirer (ou de reconquérir) des lecteurs, Uncanny Avengers (comme Avengers par Jonathan Hickman, un autre coutumier du fait mais dans un style beaucoup plus ampoulé et moins digeste) nous renvoie souvent à des évènements antérieurs, anciens ou récents, en contradiction avec l'intention éditoriale (qui souhaitait des comics plus accessibles).
Pour qui n'a ni les moyens (parce que tout ça n'est quand même pas donné) ni l'envie de réviser 50 ans de continuité, la lecture d’Uncanny Avengers peut rebuter. Kang, Crâne Rouge, Power Man, Janet Pym évoquent des faits que je ne connaissais pas ou peu, sans que Remender les résume (à l'image des jumeaux Apocalypse de son run sur Uncanny X-Force). Là encore, ceux qui souviennent des intrigues complexes de Chris Claremont peuvent regretter ses bons vieux rappels comme d'utiles béquilles pour embarquer dans l'aventure.

Enfin, Remender apprécie d'alpaguer son lecteur même par des moyens peu raffinés, mais se dispense ensuite d'explications élémentaires sur les effets : comment Crâne Rouge acquiert-il les pouvoirs de Xavier même après avoir prélevé son cerveau ? Mystère ! Le nazi y gagne un précieux et redoutable atout, mais sans qu'on comprenne tout. Même en accordant à l'auteur que plus c'est énorme, plus ça passe dans le contexte super-héroïque (ou maléfique en l'occurrence), la manoeuvre est expéditive. 

Visuellement, ces cinq premiers épisodes ont tout pour séduire. Marvel mise souvent désormais sur un (ou deux) artistes très connus pour lancer une série, comptant sur une base de fans importante et conquise d'avance (ou simplement curieuse) pour acheter, même si ensuite, à cause de deadlines trop serrés, on lui trouve un (ou plusieurs) remplaçant(s) provisoires ou définitifs mais moins renommés. 
Avoir ainsi réussi à convaincre John Cassaday, rien moins que celui qui illustra génialement les Astonishing X-Men de Joss Whedon et l'intégralité de Planetary de Warren Ellis mais qui ne signait plus depuis que quelques couvertures et avoua être ne plus être en mesure d'assurer sur un mensuel, promettait beaucoup.
Le résultat  fut très mitigé : le dessinateur connut très vite d'importants retards (sans doute aussi qu'il n'était pas très judicieux de revenir aux affaires courantes avec un team-book qui exige plus de travail, d'abord à cause du nombre de personnages) et ses planches étaient très inégales. 
John Cassaday ne s'est pourtant pas économisé au moins au début, ni sur les personnages (qu'il a élégamment relooké pour certains - Havok, Rogue, mais surtout Scarlet Witch avec une magnifique tenue) ni sur les décors. Son trait précis, réaliste, confère à la série une expressivité et des nuances, soulignées par la colorisation superbe de Laura Martin. Il a également créé les S-Men en leur donnant des aspects mémorables et déroutants (femme à tête de chèvre, dieu africain avec des écailles, créature liquide). Mais l'artiste manque hélas ! ensuite de souffle quand il lui faut rendre compte de combats titanesques (même s'il réussit bien les scènes avec Thor sous le contrôle de Crâne Rouge).
Le dernier épisode a été confié à Olivier Coipel, qui n'est lui aussi pas dans un bon jour (mais cela fait un moment, comme si le français avait abdiqué et se contentait de se reposer sur sa technique en négligeant les détails). Son découpage reste parfois confus (l'entrainement de Steve Rogers), ses décors bâclés (quand il y en a) : dommage car parfois on retrouve subrepticement quelques traits bien sentis (notamment quand il représente les personnages féminins dont il sait exalter la beauté sans tomber dans la vulgarité).
Ce lancement n'est donc pas très abouti, mais étrangement de cette déception nait l'espoir d'une suite qui ne pourra qu'être meilleure. Et ce sera effectivement le cas, avec la contribution d'un artiste déterminant et le véritable développement d'une saga autrement plus prenante et remuante, qui permet de mieux digérer certains raccourcis.

dimanche 11 mars 2012

LUMIERE SUR... JOHN CASSADAY

John Cassaday.

Astonishing X-Men #1, page 2.

Astonishing X-Men #2, page 9.
Astonishing X-Men #5, page 13.

Astonishing X-Men #21, page21.

Astonishing X-Men #21, page 22.

Astonishing X-Men #23, page 11.










10 pages de Planetary/Batman.

Couverture de Astonishing X-Men #4.

Couverture de Batman : Legends of the Dark Knight.



3 couvertures (dont la "widescreen cover" du #27) de Planetary.

Naissance en 1971 au Texas, Etats-Unis.
Dessinateur, encreur, cover-artist, réalisateur.
*
Le site de l'artiste : http://www.johncassaday.com/  

mercredi 5 mai 2010

Critique 145 : PLANETARY, VOLUME 4 - SPACETIME ARCHAEOLOGY, de Warren Ellis et John Cassaday



PLANETARY : SPACETIME ARCHAEOLOGY rassemble les épisodes 19 à 27, les derniers de la série créée et écrite par Warren Ellis et dessinée par John Cassaday, publiés entre 2004 et 2006 puis en 2009 par DC Comics dans la collection Wildstorm.
*
 


Planetary a révèlé progressivement les éléments d'une vaste conspiration opposant le groupe des Quatre (une version maléfique des Quatre Fantastiques) et l'équipe formée par Elijah Snow, un homme né en 1900 et pourvu de pouvoirs extraordinaires (comme d'autres personnages de l'univers Wildstorm) : les premiers voulaient dominer le monde, en ayant apparemment obtenu leurs facultés paranormales contre un marché avec des puissances d'un autre monde ; les seconds voulaient les en empêcher en cherchant et en protégeant les vestiges de l'Histoire secrète du monde.

Les membres de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner et le Batteur) localisent un engin spatial très spécial et y envoient des anges pour l'inspecter. L'un des Quatre, Jacob Greene, débarque à son tour et va être neutraliser sans avoir eu le temps de réagir. C'est après William Leather, le deuxième membre de son groupe à être piègé par Planetary : le ton est donné, Elijah et ses acolytes ont décidé de prendre leur revanche et vont s'y employer méthodiquement.
Puis Elijah Snow consulte Melanchta, une espèce de shaman, qui va lui révèler la véritable nature de son rôle sur Terre : tous les "enfants du siècle" comme lui ne sont pas là par hasard et ont une mission précise à remplir.
De nouvelles révélations sur le passé, et par ricochet un moyen supplémentaire et décisif pour Elijah de vaincre Randall Dowling et Kim Süskind, ses deux derniers (et plus redoutables) adversaires, font surface.
Les circonstances du sauvetage et du recrutement du Drummer lorsqu'il était enfant sont dévoilées et c'est une nouvelle occasion de découvrir une faille pour dominer ce qui reste des Quatre. tout comme le fait que la composition de l'équipe de terrain de Planetary ne doit rien au hasard - pas plus que la la position de leur leader.
La duplicité de John Stone, puis l'heure du châtiment pour Dowling et Süskind n'est plus loin. Ne reste plus qu'à boucler la boucle et à se charger d'Ambrose Chase, disparu mais peut-être pas mort...

En Avril 1999 paraissait le premier numéro de Planetary. Dix ans et sept mois plus tard, en Octobre 2009, l'une des meilleures séries modernes se termine après 27 épisodes. Les neuf derniers chapitres de cette saga sont aujourd'hui dans ce quatrième volume dont le titre est une synthèse parfaite : Spacetime Archaeology (l'archéologie de l'espace-temps).
Une page se tourne donc. Mais la conclusion est-elle à la hauteur de ce qui a précédé ?

Le premier commentaire qui s'impose une fois le livre terminé concerne le travail de John Cassaday qui est absolument magnifique. Le dessinateur remercie à la fin du volume son scénariste pour avoir fait de lui un meilleur artiste et c'est vrai que Planetary n'a pas seulement valu de nombreuses récompenses à Cassaday : elle en a réellement fait un de ces graphistes qui marque une vie de lecteur, un fabuleux faiseur d'images, qui bonifie toute une histoire, donne à une tell entreprise une qualité que seuls les grands comics possèdent.

On notera encore une fois son don exceptionnel pour concevoir des appareillages merveilleux et des décors enchanteurs qui transporte le lecteur dans un monde où le merveilleux existe.

C'est aussi un maître de l'expressivité et grâce à cela on s'est attaché à ses héros, on a vibré avec eux, au point qu'ils sont devenus des figures aussi familières que les plus fameuses icônes : John Cassaday est un magicien.

Cet illustrateur a réussi le tour de force de donner vie à un univers d'une incroyable richesse, aux objets les plus improbables, aux théories les plus échevelées et aux concepts les plus hallucinants de son scénariste : tout va de soi grâce à une mise en image à la fois sophistiquée, intelligente et d'une simplicité admirables.
Grâce à Cassaday, le lecteur renoue avec un monde enchanteur.

Le scénario est quant à lui tout à fait à la mesure de l'immense attente générée par les précédents tomes : le défi était de taille mais Warren Ellis s'est surpassé, livrant son oeuvre la plus aboutie, la plus palpitante, la plus poétique, la plus personnelle aussi sans doute tant elle résume toutes ses merveilleuses lubies. Et dans le même temps, il réussit à nous surprendre en révélant la nature plus trouble qu'on ne pouvait s'y attendre de ses héros, échappant ainsi aux clichés.

La manière dont l'auteur est parvenu à conclure tous les faisceaux de ses intrigues sans céder à la facilité, sans négliger le moindre détail, devrait servir de modèle à ses confrères (et l'inciter peut-être aussi à moins se disperser pour produire moins mais mieux).

Tout ce qui séduit dans Planetary est là : les références au passé, aux genres (avec en particulier un détour somptueux par le western, qui figure déjà comme un classique de la série), aux codes narratifs, mais avec une puissance encore supérieure à ce qu'il avait déjà imaginé (et pourtant, après le troisième tome, on doutait qu'il puisse faire mieux).

Plus particulièrement, Warren Ellis a intensifié tout en les densifiant ses concepts fêtiches empruntés à la science-fiction (qui l'inspire plus et mieux que le genre super-héroïque) et ses théories sur la structuration de la réalité (ou devrai-je dire des réalités).

Qu'importe que vous adhériez ou non à ses délires, leur pouvoir de divertissement vous entraîne et vous transporte très loin, très haut : Planetary, c'est aussi cela, un grand huit, un trip sidérant, où si l'on s'y abandonne on prend un immense plaisir.

Warren Ellis a de toute évidence voulu terminer "proprement" et clairement son histoire en en résolvant les mystères, en offrant à ses héros et ses fans une conclusion efficace, positive et ambitieuse. Il ne s'est donc pas contenté de clore le dossier des Quatre mais d'éclaircir les liens entre les protagonistes pour mieux les réunir.

L'ultime épisode offre même par ricochet une sorte de réhabilitation au chapitre contenu dans le (plutôt décevant) hors-série Crossing Worlds/D'un monde à l'autre où l'on découvrait une version alternative et sombre de Planetary dominant le monde et affrontant la JLA (ou du moins sa "sainte trinité") : ici aussi, l'organisation finit par régir la terre mais en lui offrant des progrés prodigieux, et lorsqu'elle emploie ses richesses dans un but plus égoïste, le lecteur ne peut cette fois que l'approuver...

Les révélations et les rebondissements sont multiples dans ce dernier volume mais, d'une part, la série continue de miser sur l'intelligence de ses protagonistes (plutôt que sur leur capacité à détruire - même si Elijah Snow n'est pas un tendre au moment de se venger), et d'autre part, elle s'appuie sur la volonté de ses créateurs de nous enchanter.

Série exceptionnelle de bout en bout, reposant sur un scénario à la fois rigoureux et inventif, et bénéficiant d' illustrations sensationnelles, Planetary n'a pas raté sa sortie... Même si on la quitte avec un pincement au coeur.

mercredi 2 décembre 2009

Critique 118 : PLANETARY - CROSSING WORLDS, de Warren Ellis, Phil Jimenez, Jerry Ordway et John Cassaday


PLANETARY : CROSSING WORLDS rassemble trois épisodes spéciaux écrits par Warren Ellis et publiés en un seul volume en 2004 par DC Comics dans la collection Wildstorm.
Il s'agit de trois crossovers avec les séries The Authority (créée par Ellis), JLA et Batman, parus respectivement en 2001, 2002 et 2003.
Les dessins sont respectivement signés par Phil Jimenez, Jerry Ordway et John Cassaday.
Il est recommandé d'avoir lu le premier tome de Planetary (All over the world and other stories) auparavant.
*


- Planetary / The Authority : Ruling The World (dessiné par Phil Jimenez). L'équipe de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner, the Drummer) doivent contrecarrer une invasion extraterrestre en provenance d'une dimension parallèle. Mais l'équipe de super-héros de the Authority (Jenny Sparks, Jack Hawksmoor, le Docteur, L'ingénieur, Midnighter, Apollo, et Swift) s'y emploie également. Il s'agit alors pour le trio de ne pas se faire remarquer par l'autre groupe.
Elijah Snow a été averti de cette attaque par un écrivain qui a été témoin d'incursions similaires par le passé (une référence à Howard Philips Lovecraft).

En imaginant cette rencontre spectaculaire entre deux formations qu'il a inventées, Warren Ellis a surtout voulu montrer leurs méthodes radicalement opposées : d'un côté, Planetary s'efforce de rester une organisation discrète mais efficace, tandis que de l'autre the Authority n'hésite pas à employer les grands moyens sans se soucier des dégats qu'ils provoquent tant que la menace est éliminée. Que se passera-t-il si les surhommes au service de Jenny Sparks découvraient l'existence de la bande à Elijah Snow ?
Une scène, amusante, révèle que Jenny et Sparks ont couché ensemble et sont tous deux des "century babies", comprenez qu'ils sont tous deux nés en 1900, ce qui expliquerait à la fois leur longévité exceptionnelle (sans en faire des immortels, comme cela se vérifie à la fin du premier volume de the Authority, par Warren Ellis et Bryan Hitch) et leurs pouvoirs spéciaux (la maîtrise de l'électricité pour elle, du froid pour lui) - des pouvoirs qui, comme on l'apprend dans le dernier tome de Planetary (Spacetime Archaeology), font de leurs détenteurs des sortes de gardiens de la terre.
Malgré la belle promesse d'une confrontation entre ces deux groupes, aux objectifs communs mais aux modes opératoires contraires, cet épisode fait long feu et c'est une déception, Warren Ellis ne dépassant jamais des concepts qu'il manie pourtant fort bien (l'argument emprunte à la mythologie des monstres et aux invasions extraterrestres, mais a été bien mieux exploité dans le deuxième arc de the Authority, Albion).

Visuellement, c'est à Phil Jimenez, émule de George Perez, qu'est revenu la mission d'illustrer cette aventure. Son style très détaillé mais aussi assez figé fonctionne bien avec les aspects les plus spectaculaires de l'histoire mais manque donc cruellement de dynamisme.
On ne peut que regretter que Bryan Hitch (qui, à la même époque, était au sommet de son art, et qui anima avec force la série the Authority en compagnie d'Ellis) n'ait pas été sollicité ou disponible. Cela n'aurait pas sauvé l'épisode de sa faiblesse scénaristique mais lui aurait donné une saveur particulière en même temps qu'une mise en image plus flamboyante.


- Planetary / JLA : Terra Occulta (dessiné par Jerry Ordway). La situation est totalement renversée ici puisque le trio de Planetary agit ici de manière hyper-répressive dans un monde parallèle contre toute manifestation paranormale. Trois justiciers se rebellent contre l'organisation : Bruce Wayne, Diana Prince, et Clark Kent.

Faire de Planetary une force maléfique, aux procédés comparables aux Quatre qu'elle combat dans sa série régulière, est un ressort original. L'opposer à la trinité de la ligue de justice augurait d'un affrontement au sommet.
Hélas ! Encore une fois, Warren Ellis ne se montre pas très inspiré pour organiser cette rencontre, même si la situation est bien mieux présentée que dans le crossover précédent avec the Authority. En peu de pages, il parvient à installer une ambiance oppressante, à poser un décor et des personnages en résistance, de façon efficace. Mais l'ensemble pêche par son manque de souffle et sa prévisibilité : comment penser une seconde que trois héros peuvent neutraliser trois adversaires aussi coriaces que des versions corrompues de Planetary ? On se trouve face à une sorte de baroud d'honneur par un commando suicide, dans un format peu adapté.
En soi, l'idée aurait pu fournir un arc entier très accrocheur, mais pour un seul épisode, c'est trop ramassé pour être excitant.

Le vétéran Jerry Ordway, dont la carrière est fortement associé aux productions DC des années 80 (même s'il a aussi oeuvré abondamment pour Marvel), livre des planches soignées mais sans éclat. Le résultat est appliqué mais souffre du même mal que le scénario : un défaut pour donner de l'ampleur à l'intrigue déjà étriquée.
*


- Planetary / Batman : Night on Earth (dessiné par John Cassaday). L'équipe de Planetary est sollicité pour maîtriser un individu sujet à de terribles crises qui altèrent le tissu même de la réalité dans la ville de Gotham. Ces désordres s'accélèrent en se concentrant dans la rue de Crime Alley où surgit alors un justicier masqué désireux lui aussi de régler le problème, quitte à écarter Elijah Snow et Jakita Wagner : Batman. 

C'est, et de loin, le meilleur épisode du lot et le fait qu'il soit dessiné par John Cassaday n'y est pas étranger. Il y livre une prestation remarquable, avec toujours un sens graphique très original, alternant des scènes d'affrontement atypiques et énergiques et d'autres moments où les dialogues priment avec une mise en scène plus sage (même si, cette fois, il abuse un peu des effets copier-coller et des "talking heads").
L'artiste a cependant pris un plaisir évident, et communicatif, à représenter une multitude de versions familières de Batman, convoquant aussi bien celle des origines de Bob Kane et Bill Finger que celle plus baroque de Frank Miller en passant par son incarnation télé des années 60 jouée par Adam West ou celle iconique de Neal Adams dans les années 70. Ludique et superbe.

Mais si cet épisode est tellement meilleur, c'est aussi parce qu'on comprend pourquoi Warren Ellis a écrit ces numéros spéciaux tout en parvenant cette fois à faire correspondre ses intentions et son propos.

Il s'agit de continuer à rendre hommage aux sources de la mythologie super-héroïque et à sa descendance tout en la confrontant au principe incarné par Planetary, qui est une série proposant un commentaire précis et critique sur cette forme de bande dessinée.
Dans cette rencontre avec Batman (ou plutôt plusieurs Batmen), on saisit parfaitement le sens de la leçon : celle d'un fan érudit du personnage qui a réfléchi à la raison pour laquelle un personnage comme celui-ci a survécu aux modes en se réinventant progressivement grâce à des auteurs inspirés.
Cette approche ressemble aux travaux fictionnels menés par des scénaristes dotés de la même ambition qu'Ellis, tels qu'Alan Moore, Neil Gaiman, Grant Morrison ou Kurt Busiek (tous de véritables encyclopédies vivantes des comics en même temps que des écrivains ayant un point de vue très personnel sur leur évolution, à laquelle ils ont d'ailleurs activement participé soit par le biais de productions mainstream, soit avec des récits indépendants).

Ce recueil n'apporte pas d'éléments décisifs sur les secrets d'Elijah Snow et de son entreprise, mais constituent un appendice qui pour inégal demeure divertissant à la série Planetary.

Critique 117 : PLANETARY, VOLUME 3 - LEAVING THE 20TH CENTURY, de Warren Ellis et John Cassaday


PLANETARY : LEAVING THE 20TH CENTURY rassemble les épisodes 13 à 18 de la série créée et écrite par Warren Ellis et dessinée par John Cassaday, publiés entre 2001, 2003 et 2004 par DC Comics dans la collection Wildstorm.
*
*
 



En 1919, en Allemagne, Elijah Snow a visité le château en ruines du Dr Frankenstein pour y récupérer la carte secrète du monde afin de la confier aux archives de l'organisation Planetary qu'il a fondée et financée. Il se déplace ensuite à Londres pour y faire la connaissance de Sherlock Holmes en compagnie de Dracula, afin d'y parfaire sa formation de détective.
En 1995, Elijah Snow est sur la piste d'une canne magique qui permettrait d'accéder à un marteau dans une cache d'armes inter-dimensionnel appartenant à ses rivaux, les Quatre.
De nos jours, Elijah Snow et Jakita Wagner se rendent chez la veuve de leur défunt ami Ambrose Chase avant d'assister à une impressionnante scène d'esprits primordiaux en Australie. Puis toute l'équipe défie la bande des Quatre en infiltrant une de leurs bases, mais c'est un échec cuisant qui aboutira à la capture de Snow et son lavage de cerveau.
Plus tard, ayant recouvré tous ses moyens, engagé dans une riposte plus musclée contre les Quatre, Elijah Snow veut sceller une alliance avec la descendante des Hark au Japon. 
En 1933, Elijah Snow découvre la citée cachée d'Opak-Ré où il a une liaison avec une indigène, la mère de Jakita Wagner qu'il recueillera ensuite.
Enfin, à nouveau de nos jours, le trio de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner et The Drummer) récupèrent une capsule spatiale échouée après son lancement en 1851, l'occasion aussi de capturer un des Quatre.

Avec ce troisième et avant-dernier volume (si l'on met de côté le hors-série Crossing Worlds), la série atteint de nouveaux sommets narratifs et visuels et ses auteurs, Warren Ellis et John Cassaday, aussi dans l'expression de leurs talents respectifs mais si bien conjugués. Certes, c'est au prix d'épisodes livrés en de plus en plus de retards (à cause de problèmes de santé du scénariste et d'engagements pris ailleurs par le dessinateur, qui ne tient de toute façon plus la cadence mensuelle), mais quel résultat !

Chaque chapitre ici est construit sur une narration écrite et visuelle comme peu de comics en sont capables : on y trouve de nombreuses pages d'action sans texte, et des séquences en bandes dessinées traditionnelles.

Mais l'originalité est telle que ça ne ressemble à rien de connu, chaque nouvelle étape est différente de celle qui la précède et de celle qui la suit, on ne peut pas être plus dépaysé. Derrière cette liberté, on reconnaît quand même un ouvrage savamment agencé, d'une solidité imparable : Warren Ellis peut ainsi se permettre d'évoquer encore des figures connus appartenant au folklore super-héroïque ou littéraire tout en les interprétant à sa manière, en toute cohérence.

Ainsi passe-t-on d'une rencontre avec Sherlock Holmes et Dracula à un avatar de Tarzan et à une citation de Mjolnir, le marteau du dieu Thor. Il y a aussi un hommage au films d'action asiatique (Tigre et dragon de Zhang Yimou) lors d'un combat d'une exceptionnelle et intense beauté, une lecture des mythes de la création dans la culture aborigène (là encore, on est subjugué) et un clin d'oeil au Gun Club créé par Jules Verne dans le diptyque De la terre à la lune-Autour de la lune.

Ce bouillon de culture et de divertissement est un régal pour l'esprit et les yeux, mais Warren Ellis ne néglige pas la progression de son intrigue principale en entretenant une tension croissante à mesure que les affrontements entre Planetary et les Quatre se précisent et se précipitent. Cette partie mixe avec une efficacité redoutable l'action spectaculaire et l'aspect conspirationniste alimenté depuis le début, qui apparaît désormais à la surface du récit. L'attitude nettement plus pro-active de Elijah Snow en est la manifestation la plus frappante (même si on devine qu'en parlant à nouveau du cas Ambrose Chase, le dénouement du conflit avec les Quatre ne sera pas la seule finalité de la série).

Les illustrations comportent deux volets distincts :

- D'une part, John Cassaday consacre des pages, souvent pleines et sublimes (avec le renfort d'une colorisation renversante de Laura Martin), aux scènes d'action et c'est un enchantement.

- De l'autre, l'artiste dessine les scènes intermédiaires, dialoguées, de façon beaucoup plus sage, classique, en se concentrant sur des visages en gros plans dans des vignettes pouvant occuper toute la largeur d'une bande et des décors minimalistes. Ce parti-pris est déroutant mais judicieux par l'effet de contraste saisissant qu'il produit - et Cassaday a l'intelligence de ne pas en abuser.

Bâtie avec une maîtrise et une originalité toujours constante, et soutenue par un graphisme d'une qualité esthétique exceptionnelle, Planetary emmène le lecteur vers des cîmes comme les comics en offrent peu, avec son lot de révélations à la fois attendues et imprévisibles et de morceaux de bravoure visuelle. Le dénouement approche, et il est impossible de ne pas l'attendre avec fébrilité.

Critique 116 : PLANETARY, VOLUME 2 - THE FOURTH MAN,de Warren Ellis et John Cassaday


PLANETARY : THE FOURTH MAN rassemble les épisodes 7 à 12 de la série créée et écrite par Warren Ellis et dessinée par John Cassaday, publiés en 2000-2001 par DC Comics dans la collection Wildstorm.
*
 
 

L'équipe de l'organisation Planetary vient en aide à un détective spécialisé dans le paranormal (comme John Constantine, le héros de Hellblazer) qui a dû simuler sa mort pour les besoins d'une enquête. Puis Elijah Snow, Jakita Wagner et The Drummer répondent à l'appel d'Allison, une femme morte et dont le fantôme hante une base scientifique désaffectée dans le Nevada, où ont été effectuées des expériences sur des cobayes humains.
Par le passé, un autre membre de l'équipe a trouvé la mort en mission : c'était le prédécesseur d'Elijah Snow, un certain Ambrose Chase. 
Snow retrouve dans un laboratoire une paire de bracelets ayant appartenu à des amazones (référence à Wonder Woman), puis une arme en forme de lanterne (comme celle de Green Lantern) et une cape au tissu indestructible (évocation de celle de Superman)
Toutes ces investigations finissent par révéler à Snow qui il est vraiment en lui permettant de recouvrir la mémoire : il découvre alors qui est le fameux "quatrième homme" autour de qui plane bien des mystères en relation avec Planetary.

Warren Ellis continue d'explorer l'histoire des comics en jouant sur deux plans narratifs : d'abord grâce à une suite d'enquêtes étranges et palpitantes, puis avec un commentaire subtil et immersif sur la bande dessinée et la pop-culture américaines. 

De prime abord, les aventures de l'équipe de Planetary se suivent mais sans se ressembler, exotiques, étonnantes, sans lien apparent, avec un protagoniste (Elijah Snow) souvent à la ramasse, comme dépassé par ce à quoi il est confronté (tout comme le lecteur). 
Mais à partir du cinquième épisode de ce recueil (le 12ème de la série), un retournement de situation s'opère et altère profondément la lecture des événements lorsque Snow reprend le dessus sur ses acolytes, Jakita Wagner et The Drummer, en découvrant ce qui soude tous les éléments de leurs enquêtes depuis le début. 
Warren Ellis réussit ce twist magistralement et entraîne alors toute la série dans une nouvelle direction, sur fond de conspirationnisme et de fantastique.

Au second plan, le scénariste manipule des références précises pour mieux les détourner et en livrer sa version, ce qui donne à sa saga une perspective inédite. Warren Ellis montre comment les auteurs anglais qui ont investi les comics dans les années 80 les ont profondément et durablement métamorphosés, accélérant leur passage à l'âge adulte et affectant aussi la manière dont les fans ont appréhendé cette littérature. 
L'interprétation qu'il donne d'icônes populaires telles que Superman, Wonder Woman et Green Lantern permet d'apprécier à quel point il s'agit de créations fantaisistes tout en expliquant ce qui en fait des productions nobles et populaires, après avoir adressé un hommage appuyé aux épisodes de Hellblazer par Jamie Delano et Swamp Thing par Alan Moore.

Pour mettre en images ce mix de comic-book premier degré et méta-textuel, John Cassaday a choisi de privilégier de splendides illustrations à l'art séquentiel classique. C'est une option cohérente avec celle de son scénariste en cela qu'elle invite à donner également toute la place nécessaire pour de nouvelles versions, esthétiques, atmosphériques, de figures reconnaissables.

Par ailleurs, Cassaday réussit à donner corps aux concepts les plus délirants de l'histoire et le soin qu'il apporte à chaque plan, chaque planche, avec une magnifique colorisation (signée par Laura Depuy Martin et David Baron) force le respect et suscite l'émerveillement, que ce soit pour représenter un pentagramme enflammé, des insectes mutants géants, des races extraterrestres, des planètes lointaines, des vaisseaux mythiques et des personnages célèbres. 
Cassaday assume pleinement l'influence de Jim Steranko et de ses épisodes de Nick Fury, agent of SHIELD.

Après avoir terminé le volume un, le lecteur avait l'impression claire et nette qu'une oeuvre conséquente était en développement avec cette série. Ce nouveau tome confirme ce sentiment : chacune des six histoires fonctionne toujours aussi bien individuellement, mais en fin de compte elles forment une vaste tapisserie qui relate l'Histoire secrète du monde, creusent encore plus le passé de ses protagonistes (en premier lieu, celui d'Elijah Snow au sujet duquel on va découvrir des informations déterminantes), exploitent le filon conspirationniste qui donne une partie de sa saveur si particulière au projet. Bref, c'est déjà assurèment une oeuvre majeure qui se construit.

Au-delà même de la superbe qualité littéraire de ces histoires - surpassant en inventivité celles du précédent recueil - c'est précisèment cette idée que la série ne va cesser de surprendre et de dévoiler progressivement ses merveilles et ses étrangetés qui maintient l'intérêt du lecteur - et le fait même croître.

Critique 115 : PLANETARY, VOLUME 1 - ALL OVER THE WORLD AND OTHER STORIES, de Warren Ellis et John Cassaday


PLANETARY : ALL OVER THE WORLD AND OTHER STORIES rassemble les 6 premiers épisodes et le prologue de la série, créée et écrite par Warren Ellis et dessinée par John Cassaday, publiés en 1998-1999 par DC Comics dans la collection Wildstorm.
*
Commençons par planter le décor et présenter les acteurs.
Qui en sont les héros ?

- Jakita Wagner est l'archétype de la "femme forte", aussi bien par le caractère que par les capacités physiques. C'est la meneuse affichée de l'équipe, comme en témoigne sa langue bien pendue (elle évoque en cela Jenny Sparks, la chef d'Authority).
- The Drummer (Le Batteur) est un mélange de geek, de hippie et de fan de rock, dont le pouvoir lui permet de communiquer avec les machines (on notera que physiquement John Cassaday, le dessinateur de la série, lui a donné son visage).
- Elijah Snow est recruté au début de la série. Comme son nom le suggère, il a un pouvoir thermique. Toujours vêtu de blanc, il est comme Jenny Sparks d'Authority né le 1er janvier 1900. Personnage mystérieux et ambigu, il prendra une importance croissante dans l'orientation de Planetary (Cassaday a révélé s'être inspiré d'Hugo Pratt, le créateur de Corto Maltese, pour son apparence).
- Ambrose Chase, capable de manipuler des champs de force, a été tué en mission - ce qui explique l'engagement de Snow.
*


Au coeur d'un désert, Jakita Wagner rencontre le seul client d'une roulotte métallique faisant office de bistrot, Elijah Snow, pour qu'il rejoigne une mystérieuse organisation appelée Planetary, moyennant un salaire annuel d'un million de dollars. 
Après avoir accepté cette offre, Snow fait la connaissance du Drummer, acolyte de Jakita, capable de communiquer avec les machines. Ils se rendent tous les trois sur différents théâtres de phénomènes extraordinaires. 
C'est ainsi qu'ils retrouvent le Dr Axel Brass (avatar de Doc Savage), explorent une île où gisent les cadavres de monstres, croisent la route du fantôme d'un policier honk-kongais, découvrent l'épave d'un vaisseau inter-dimensionnel, et enquêtent sur quatre astronautes disparus et mais apparemment toujours actifs depuis un accident cosmique (référence explicite aux Fantastic Four) qui se posent depuis comme les concurrents de Planetary pour la possession des secrets du monde.

L'idée centrale de la série créée par Warren Ellis était de constituer son propre univers mais basé sur des archétypes de super-héros, de justiciers de pulp-fiction et de science-fiction, et de personnages issus de toutes les formes possibles de la culture de masse, évoluant dans un monde où l'équipe de Planetary enquête sur eux et tous sont en définitive liés. La proposition initiale du scénariste tenait en ces mots : "A quoi ressemblerait l'aboutissement d'un siècle d'histoire de super-héros dans le monde contemporain du Wildstorm Universe? Et si on pouvait rénover tout cela ?"

Les quatre citations aux Eisner Award pour Planetary consacrent la réussite de sa collaboration avec l'artiste John Cassaday, crédité comme véritable co-créateur de la série.

Ce premier recueil, justement intitulé en v.f. Tout autour du monde et autres histoires, car on y voyage beaucoup dans l'espace, le temps et qu'on y découvre une grande variété de récits, comporte six chapitres tout à fait représentatifs de cette production mais, plus important encore, fournit un aperçu consistant des merveilleux mondes conçus par Ellis et Cassaday.

Dans ces six premiers épisodes, nous avons en effet droit à un retour sur la conquête spatiale entre russes et américains en passant par une relecture des films de monstres façon Godzilla (avec le deuxième volet), de fantômes de flics vengeurs (troisième volet), de justiciers du golden age (premier et cinquième volets, où le personnage du Dr Axel Brass est une citation de Doc Savage, qui va hanter durablement la série) et d'un clin d'oeil à Hulk (dans le prologue Printemps Nucléaire...) et Captain Marvel (la mésaventure de Jim Wilder dans Havres étranges)... 

Ces récits fonctionnent parfaitement individuellement mais, au bout du compte, forment la trame subtile d'une mythologie débutante et palpitante. C'est cela qui est le plus excitant avec Planetary. Chaque histoire est pleine d'imagination et jubilatoire, mais elles servent toutes à la composition d'un ensorcelant puzzle. Pièce après pièce, nous devinons qu'une entreprise plus vaste est en marche. 

John Cassaday illustre chacun des six épisodes ainsi que le prélude de 8 pages. Ses personnages possèdent tous une forte présence visuelle, avec des attitudes, des expressions naturelles. Cette sobriété facilite l'immersion du lecteur dans un récit complexe et fantaisiste. 

L'artiste parvient à donner une esthétique immédiatement mémorable à tous les concepts de l'histoire, même les plus extravagants (comme ce flocon de neige figurant un espace multi-dimensionnel). La conception graphique de la série contribue à lui conférer une grande puissance et même une authentique poésie. Cela compense l'impression que les planches paraissent parfois un peu statiques, même si certaines séquences (comme les fusillades dans un Hong Kong aux rues désertes) sont formidablement dynamiques.

Auteur fécond mais parfois expéditif et frustrant, Warren Ellis s'est, pour Planetary, donner le temps de développer ses idées : il s'agit à l'évidence d'un projet longuement mûri et méticuleusement écrit dès le premier épisode. Les trois héros vont de découvertes en découvertes, toutes plus surprenantes et magiques les unes que les autres. Lorsqu'ils agissent, ils se servent de leurs capacités merveilleuses avec mesure mais efficacité, aucun de leurs combats ne prend beaucoup de place mais est traité avec le maximum d'intensité, la narration va à l'essentiel.

Le plaisir de la lecture est augmenté par une intrigue complexe et jubilatoire, invitant à un voyage au long cours durant lequel Warren Ellis s'amuse visiblement à donner sa version de grands mythes fondateurs des comics de super-héros et de la pop-culture en général, avec des protagonistes aux caractères bien trempés comme il sait si bien les écrire. La démarche évoque celle d'Alan Moore avec The League of Extraordinary Gentlemen où il s'agit d'assimiler dans un univers original des personnages inspirés ou directement issus de diverses sources littéraires, la différence étant que Moore puise dans les textes du XVIIIème-XIXème siècle alors qu'Ellis est un contemporain et un futuriste.

Cette saga est exigeante, réclamant de la patience mais promettant en contrepartie un trip exaltant comme en attestent des indices parcimonieusement semés dans ces premiers chapitres. Soutenue par une imagerie exceptionnellement belle et inventive, cette aventure d'archéologues très spéciaux produit un émerveillement puissant et durable, qui rend ses lecteurs impatients de découvrir, comme les héros, la suite.  

samedi 13 juin 2009

Critique 59 : FALLEN SON - LA MORT DE CAPTAIN AMERICA, de Jeph Loeb et Leinil Yu, Ed McGuiness, John Romita Jr, David Finch et John Cassaday

Cette collection d'épisodes spéciaux constituent l'épilogue du crossover Civil War.
Au terme de la saga écrite par Mark Millar et dessinée par Steve McNiven, au cours de laquelle les super-héros de l'univers Marvel se déchiraient après le vote d'une loi les obligeant à se faire recenser auprès des autorités, les partisans - menés par Iron Man - de cet enregistrement remportaient la bataille au détriment des résistants - dirigés par Captain America.
Depuis, les héros travaillent pour le gouvernement, mais d'autres, refusant toujours ls nouvelles règles du jeu, continuent de lutter contre le crime - et s'opposent occasionnellement à leurs amis d'hier - dans la clandestinité. Puis, dans sa série régulière, Captain America allait ensuite être victime d'un assassinat ourdi pa son ennemi Crâne Rouge, avec la complicité du Dr Faustus, qui avait mentalement conditionné la maîtresse du héros, Sharon Carter, pour le tuer lors de son transfert devant un tribunal.
*
L'idée de Victime de Guerre : La Mort de Captain America (en vf) revient à J. Michael Straczynski : il s'agissait d'étudier les réactions de personnages-phares de Marvel après le décés du héros en explorant les cinq stades du deuil - refus, colère, marchandage, dépression, acceptation. C'est à Jeph Loeb que fut confié la rédaction de ces récits, chacun étant illustré par un dessinateur différent.
*
Captain America alias Steve Rogers, le super-soldat créé durant la seconde guerre mondiale pour lutter contre les nazis, porté disparu après une mission, puis miraculeusement retrouvé vivant dans les glaces polaires, devenu membre des Vengeurs et le champion des valeurs américaines, est mort. Tout le pays est en émoi. A travers cinq justiciers qui l'ont côtoyé de près, se battant avec (ou contre durant la "Guerre Civile") lui, nous découvrons comment son décés affecte la communauté des super-héros.
- Wolverine (membre des X-Men et des Nouveaux Vengeurs) va s'introduire dans un héliporteur du SHIELD où est détenu Crossbones, le meurtrier du héros national. Il refusait d'admettre que Cap' reposait dans un cercueil à bord du vaisseau autrement qu'en le vérifiant lui-même.
- Spider-Man n'admet pas, lui, que les amis de Cap' puissent tranquillement jouer au poker après ce qu'il lui est arrivé. La colère le submerge mais oblige tout le monde à avouer son impuissance, alors que les Puissants Vengeurs sont en mission.
- Hawkeye, revenu d'entre les morts après House Of M, revient à New York après avoir cherché en vain la Sorcière rouge, qui l'a ressucité. Il est appréhendé par Iron Man qui marchande avec lui pour qu'il revêtisse le costume de Cap' - ce qu'il accepte dans un premier temps avant de reprendre le maquis, refusant d'être instrumentalisé par Tony Stark et le SHIELD.
- Spider-Man retrouve Wolverine après avoir affronté le Rhinocéros. Cette bagarre lui a servi de défouloir mais il reconnaît ensuite être rongé par une profonde dépression car la mort de Cap' le renvoie à celle de son premier amour, Gwen Stacy, qu'il n'avait pas pu empêcher non plus.
- Iron Man dirige les funérailles nationales de Cap', mais au moment de prononcer son éloge funêbre, est incapable de prononcer un mot, saisi par l'émotion. Pour rendre dignement hommage à son partenaire et accepter sa mort, il lègue sa dépouille à Namor et aux profondeurs de la mer arctique, là même où il fut retrouvé après la seconde guerre.
*
Jeph Loeb s'est acquitté de cette tâche bien particulière avec les honneurs : les copies qu'il a rendues sont toutes de bonne facture, et même parfois excellentes.
Les trois chapitres les plus convaincants sont ceux consacrés aux refus avec Wolverine, au marchandage avec Hawkeye et à l'acceptation avec Iron Man : ils réussissent à la fois à rendre hommage à Captain America, à ce qu'il incarnait, en restant logique par rapport aux motivations des acteurs, en traduisant les sentiments évoqués, en suscitant une vraie émotion.
Le meilleur numéro et le plus beau est, à mon sens, celui de l'Acceptation : à la fois solennel, sobre, avec un dénouement astucieux, poignant et poétique, il synthétise parfaitement le projet. Il se suffit à lui-même et représente un adieu à la mesure du personnage. En même temps, il dégage une sorte d'apaisement sans négliger la prise de conscience d'Iron Man, qui salue à la fois son adversaire de Civil War mais surtout honore la mémoire de celui qui fut son acolyte chez les Vengeurs, l'emblême de la nation américaine, celui qu'il ne sera jamais.
Le moins bon est sans conteste celui consacré à la colère : la narration ne fonctionne pas, le traitement est bancal avec son alternance de scènes d'action spectaculaires et inutiles, déplacées et en dehors du propos, et des passages lourdement dialogués, mis en scène sans finesse.
Pour le reste, le bilan est inégal sans être ni honteux ni inoubliable.
L'épisode avec Hawkeye (Marchandage) est malin.
Celui avec Spider-Man (Dépression) est d'un symbolisme poussif.
Et celui avec Wolverine (Refus) est assez creux finalement malgré un face à face tendu entre le mutant griffu et Crossbones, on ne comprend surtout pas trop pourquoi Daredevil y a été convoqué si ce n'est pour jouer les détecteurs de mensonges...
Ce qui rend l'objet troublant, c'est le fait que Jeph Loeb ayant perdu son fils, on a, semble-t-il, jugé qu'il était le mieux placé pour parler du deuil et de ses conséquences psychologiques. L'analyse est facile mais n'a rien d'évidente et surtout rien de légitime : ce n'est pas la perte d'un être cher qui donne le talent pour traiter de la douleur qui en résulte. A moins d'avoir atteint un grand recul sur cet évènement, il reste toujours difficile d'écrire, et de bien écrire qui plus, c'est-à-dire en sachant à la fois faire partager ses émotions, en sachant les décrire et les interpréter avec pudeur, sur ce sujet.
Le fait d'avoir compilé en un seul ouvrage ces épisodes souligne qui plus est davantage leurs défauts et le peu d'évidence de cette initiative que leurs qualités et la cohérence de l'entreprise. Le choix des protagonistes y est d'ailleurs pour beaucoup, selon qu'on apprécie ou pas chacun d'entre eux.
Et, contrairement à ce qui est indiqué, chaque volet n'est pas consacré à un personnage en particulier : dans celui du Marchandage, paru en complèment de la série Captain America, c'est à Hawkeye que Loeb s'intéresse, et Wolverine, après avoir tenu le haut de l'affiche dans le Refus, est encore présent dans la Colère avec les (Nouveaux et Puissants) Vengeurs puis dans la Dépression de Spider-Man.
En soi, qu'un héros traverse plusieurs récits n'est pas dérangeant (Iron Man squatte quatre sur cinq d'entre eux) mais leur disposition rend ce procédé un peu pesant et finalement restreint le nombre d'acteurs concernés par le sujet - ainsi n'aurait-il pas été plus normal de s'intéresser au sort du Faucon, fidèle parmi les fidèles du Captain, plutôt que de favoriser ainsi Spidey ou Wolvie ?
*
En revanche, graphiquement, l'éditeur a mis à disposition du scénariste la crème de ses illustrateurs : le casting a de quoi faire rêver, que des vedettes !
Leinil Yu livre un Wolverine bouillonnant à souhait, torturé et prêt à tout, comme on l'aime.
John Romita Jr (encré par Klaus Janson) n'a pas besoin de forcer son talent pour nous emballer avec Hawkeye.
Et John Cassaday nous gratifie d'un splendide final, et je pèse mes mots : ponctué de "splash-pages" renversantes et d'une double page fabuleuse, le chapitre Acceptation lui doit énormèment.
En revanche, le choix de David Finch pour illustrer la Dépression est surprenant : son trait déjà touffu est encore surchargé par l'encrage plombant de Danny Miki.
Et Ed McGuinness rate complètement son affaire en traitant de la Colère, avec un découpage totalement raté par-dessus le marché.
*
Finalement, ce receuil est honnête mais moyen, il laisse une impression mitigé et la conviction que cela aurait pu être bien meilleur, plus puissant, avec un auteur (ou même plusieurs) plus inspiré(s). Visuellement accrocheur, c'est parfois davantage un beau livre d'images, de fulgurances, qu'un grand et digne hommage à la hauteur du personnage.

lundi 20 avril 2009

Critique 33 : ASTONISHING X-MEN, de Joss Whedon et John Cassaday



En 2004, Marvel a réutilisé le titre Astonishing X-Men pour lancer une nouvelle série-événement puisqu'elle serait écrite par Joss Whedon, célèbre pour avoir créé le programme télé Buffy et les vampires, et dessinée par John Cassaday, l'artiste aux commandes de Planetary avec Warren Ellis.
En vérité, cette série prolonge le run de Grant Morrison sur New X-Men. et rend hommage à celui de Chris Claremont et John Byrne. Toutefois le projet de Whedon et Cassaday peut très bien s'apprécier sans avoir lu ces épisodes. En outre, les deux auteurs en ont profité pour introduire quelques tout nouveaux personnages dans l'univers Marvel comme l'agent spécial Brand du SWORD, Hisako Ichiki, Ord et Blindfold.
Appréciable aussi pour celui qui a délaissé le monde des mutants depuis longtemps - comme c'était mon cas à l'époque où je me suis plongé dans cette série - est la volonté de Whedon d'écrire une histoire s'inscrivant en dehors de la production courante de Marvel (même si les Astonishing X-Men, comme groupe, sont apparus dans House of M). Toutefois, cette "marginalité" était aussi la conséquence des retards de plus en plus conséquents que prit la série au fur et à mesure de sa réalisation... Mais le résultat est si brillant qu'il vaut toutes les excuses.

Procèdons par ordre et examinons chacun des 4 recueils de cette saga, comprenant 24 chapitres plus un long épilogue.


- Volume 1 : "Gifted" (épisodes 1 à 6). Ce premier arc narratif se concentre sur la présentation des protagonistes et établit l'intrigue générale. Une scientifique indienne, le Dr Kavita Rao, met au point un sérum qui supprime le gène mutant. Cette découverte fait l'effet d'une bombe, mais ce que tous ignorent, c'est que la mise au point de cette antidote a été possible grâce à une alliance avec le guerrier extraterrestre Ord, venu sur terre pour y tuer un mutant dont les prophéties de son monde affirment qu'il sera son exterminateur. Hank McCoy alias Beast rend visite à Rao et apprend qu'elle a, pour finaliser sa formule, pratiqué des expériences sur un sujet humain inconnu. Les X-Men s'introduisent dans les laboratoires de Benetech et y retrouvent leur camarade Colossus, porté disparu et présumé mort. Avec son aide, l'équipe neutralise Ord, mais celui-ci a le temps de leur révèler le sort qui attend sa planète - le Breakworld - et donc sa mission sur terre.
- Volume 2 : "Dangerous" (épisodes 7 à 12). A peine remis de leur précédente aventure, les X-Men vont devoir faire face à une nouvelle menace. Il s'agit d'une des fameuses Sentinelles, un de ces robots gigantesques conçus pour le surveiller, mais qui est ici déterminée à les supprimer. Qui a réanimé cette Sentinelle ? Rien moins que la salle des dangers, qui a acquis une conscience et s'est rebaptisée "Danger" en prenant forme humaine. Bientôt, l'affrontement mène les mutants sur l'île de Genosha où vit désormais le professeur Charles Xavier, responsable de la transformation de la Salle des Dangers, installée initialement pour entraîner ses élèves au combat. Au terme d'une bataille disputée, durant laquelle Emma Frost s'éclipse subitement avant de réapparaître, on comprend que cette dernière s'est alliée avec une nouvelle formation du Club des Damnés.
- Volume 3 : "Torn" (épisodes 13 à 18). De retour à leur école, les X-Men vont être mentalement manipulés par ce nouveau Club des Damnés, composé de Cassandra Nova, Emma Frost, Perfection, Negasonic Teenage Warhead et Sebastian Shaw. Mais, en vérité, Emma est asservie par Cassandra Nova et surtout ce Club des Damnés n'est qu'une illusion mentale. Mais l'équipe de mutants est mise à mal : la rafale optique de Cyclops est bloquée, Beast devient un animal sauvage, Wolverine retombe en enfance... Seule Shadowcat réussit à esquive l'attaque et trouve les ressources pour sauver ses acolytes. C'est alors que Ord et Danger surgissent et que l'agent Brand téléportent les belligérants à bord du vaisseau du SWORD - direction : le Breakworld.


- Volume 4 : "Unstoppable" (épisodes 19 à 24 et "Giant-Size Astonishing X-Men" 1). Les X-Men, les agents du S.W.O.R.D., Danger et Ord se dirigent vers l'issue de leur épopée. Sur la planète Breakworld, les héros mutants découvrent qu'ils sont au centre d'un conflit politique entre deux dirigeants dont les prophéties de fin du monde, impliquant Colossus, opposent leurs partisans. Constatant l'échec de Ord, les extraterrestres ont élaboré un nouveau plan visant à la destruction de la Terre par un projectile géant. Shadowcat s'introduit dans cette balle de revolver pour en contrarier la trajectoire mais en devient prisonnière. Elle parvient néanmoins à éviter l'impact avec la Terre mais se condamne ainsi à errer dans l'espace. Son sacrifice laisse ses amis dans un profond désarroi tandis que sur le Breakworld, la situation s'apaise.
*
Astonishing X-Men est une véritable fresque, et pour moi qui suis devenu fan des récits de super-héros avec les X-Men de Chris Claremont et John Byrne, le run de Whedon et Cassaday a ressemblé à un véritable retour aux sources. Comme à la grande époque, on y suit une histoire qui se développe patiemment mais amplement sur plus de 20 épisodes tout en étant ponctuée par des rebondissements palpitants. Que Whedon se soit fait connaître à la télé est sensible dans cette vaste entreprise où il déploie un art certain pour les coups de théâtre rocambolesques (comme dans le volume 1), les pirouettes jubilatoires (comme dans le volume 3), et une alternance de séquences d'exposition intriguantes et de scènes d'action spectaculaires.
L'autre talent de Whedon se situe dans les dialogues, qui permet à chaque protagoniste d'être puissamment caractérisé, mais aussi d'injecter une dose d'humour agréable. Un personnage effacé comme Cyclops y gagne une épaisseur séduisante ; Beast revêt une ambiguïté tout aussi épatante ; quant à Wolverine, il n'est plus résumé à une machine à tuer. Mais c'est avec Shadowcat que l'auteur semble avoir trouvé son vrai porte-parole : tout comme avec Buffy, il imagine une femme-enfant que les évènements conduisent à faire des choix poignants. Ce n'est pas si courant d'être ainsi ému par le destin d'une héroïne de comic-book.
*
Graphiquement, John Cassaday a également abattu un travail de titan. Déjà éblouissant dans le registre décalé de Planetary, son style fait merveille dans le genre mainstream des super-héros. Ses personnages féminins ont une beauté fabuleuse, une allure à la fois élégante et racée : Emma Frost, Kitty Pryde n'ont peut-être jamais été si bien dessinées.
Mais les protagonistes masculins ne sont pas moins bien traités : Beast inspire une authentique empathie, Cyclops fait vraiment jeu égal avec le charismatique Wolverine, et Colossus possède une expressivité qui lui a souvent fait défaut sous le crayon d'autres artistes.
Quant aux décors, ils sont tout simplement époustouflants : l'institut Xavier est pleinement exploité et le dénouement sur le Breakworld dépayserait le plus blasé des lecteurs. C'est magnifique.
Mais cette réussite esthétique n'aurait pas été complète sans le concours de la coloriste Laura Martin, peut-être la meilleure dans sa partie actuellement. La manière dont elle magnifie les ambiances, embellit chaque scène, est exemplaire et digne de tous les éloges.
*
Quoi qu'il en soit, c'est avec un mélange d'émerveillement et d'émotion qu'on achève cette lecture. Deux sentiments qui suffisent à distinguer cette série, et à la recommander vivement.