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lundi 6 mars 2023

THE PRO, de Garth Ennis et Amanda Conner


Aujourd'hui, on va parler d'un comic-book à ne pas mettre entre toutes les mains, comme on dit : The Pro. Il s'agit d'une one-shot de soixante-douze pages, écrit par Garth Ennis et dessiné par Amanda Conner (encrée par son mari Jimmy Palmiotti), publié en 2002 par Image Comics. Parodie décapante des super-héros, il reste aujourd'hui un livre-cul(te) assez ahurissant.



Dans l'espace, le Spectateur, un extraterrestre, dote de pouvoirs des humains qu'il juge digne de les recevoir, persuadé qu'en chacun sommeille un héros susceptible d'améliorer le quotidien de ses semblables et de faire régner la justice. Mais sa nouvelle élue a de quoi étonner...


En effet, il s'agit d'une prostituée, mère célibataire, qui ne s'embarrasse pas de bonnes manières et qui se fiche bien de son prochain tant qu'il la paie pour les faveurs sexuelles qu'elle dispense. Pourtant, cette "pro" est abordée par la Ligue d'Honneur qui veut l'accueillir dans ses rangs, au besoin en la rétribuant. Elle accepte donc.


Mais très vite, les super-héros déchantent car les méthodes de leur recrue les choquent, comme lorsqu'elle urine en public sur une de ses adversaires. La pro se passe des réprimandes de ses collègues et retourne à son métier. Mais le Saint, le chef de la Ligue, insiste pour qu'elle ait une seconde chance. ET là, contre attente, c'est bien en héroïne que va se révéler la pro, en sauvant plusieurs innocents d'un attentat...


Dans la préface de l'album, Garth Ennis raconte qu'il a proposé cette histoire aux "Big Two", sans se se faire d'illusions sur leur réponse. Evidemment, ni Marvel ni DC ne donnèrent suite. Mais le scénariste qui avait parlé de son idée à des amis dans le milieu relate les éclats de rire complices qu'il provoqua (notamment de la part de John Romita Jr. - imaginez un peu JR Jr dessinant ça, la suite de sa carrière en aurait été certainement bouleversée).


Nous sommes alors en 2002 et Ennis n'est pas encore l'auteur vedette qu'il est devenu, c'était bien avant The Boys. Idem pour la dessinatrice Amanda Conner, qui ne s'était pas illustrée encore sur Power Girl ou Harley Quinn. Le plus connu dans cette petite bande était Jimmy Palmiotti qui avait lancé quatre ans auparavant Marvel Knights avec Joe Quesada, revivifiant Marvel alors dans une sale passe.

Mais c'est en somme parce qu'ils n'avaient rien à perdre que Ennis, Conner et Palmiotti ont été assez fous pour commettre The Pro. Dans la bibliographie fournie du scénariste, on distingue deux faces : l'une sérieuse, avec une multitude de récits de guerre, et l'autre, beaucoup plus déconnante, dans laquelle il adore s'en prendre aux clichés des majors.

J'avoue ne pas être un fan de Ennis qui me fatigue souvent avec ses outrances, mais quand il écrit quelque chose qui me plait, c'est vraiment très bon. Et The Pro est une indéniable réussite, séduisant apr son audace, son côté mal élevé, qui rappelle en fait beaucoup l'esprit Hara-Kiri/Charlie Hebdo chez nous.

Le pitch est redoutablement simple et efficace : une prostituée reçoit des pouvoirs d'un alien qui pense que même elle peut s'en servir pour la bonne cause. Ennis, à partir de ça, épingle l'hypocrisie des super-héros attachés à des codes moraux stricts mais incapables de tolérer une recrue comme la Pro. Ennis, comme il le confirmera ensuite dans The Boys, ne porte pas les super-héros dans son coeur, il ricane de leurs costumes, des clichés manichéens qu'ils véhiculent, des vlaeurs qu'ils incarnent. Pour lui, tout ça n'est qu'une vaste farce camouflant du vigilantisme ou une croyance idiote dans un sauveur providentielle à l'inconographie religieuse.

Bien entendu, ce n'est pas aussi élémentaire que ça, mais Ennis a un avis tranché sur la question et il n'en démordra jamais. La Pro n'est pas fréquentable, et il est vrai qu'elle choque gratuitement en pissant sur une de ses adversaires ou en utilisant ses pouvoirs pour se faire de l'argent facile. Mais c'est aussi une mère célibataire contrainte de se prostituer pour subsister, qui doit supporter des clients abusifs, une logeuse acariâtre, et des co-équipiers sans indulgence.

Ennis avec la Ligue d'Honneur égratigne de manière irrésistible des personnages facilement reconnaissables comme Superman, Wonder Woman, Batman et Robin, Flash, Green Lantern, tous dépeints comme des abrutis finis. Mes favoris sont The Knight et The Squire (donc Batman et Robin) représentés de façon hilarante, tels que certains fanfictions les ont imaginés.

C'est que The Pro bénéficie du talent de celle qui n'était encore qu'une débutante à l'époque. Amanda Conner a relevé le défi de ce récit en s'investissant à fond dedans. Là encore, si un homme avait illustré cette histoire, sa réception aurait été sans doute très différente et sûrement aurait-on entendu des cris d'orfaie dénonçant le machisme de Ennis, la vulgarité de son intrigue.

Mais Conner n'a, comme le prouve le reste de sa carrière, jamais fait grand cas du qu'en-dira-t-on. Elle aime même beaucoup flirter avec la mauvais goût et se servir du rire comme d'une arme. On ne peut que regretter qu'elle dessine si peu désormais (en dehors de couvertures), comme si la motivation lui manquait pour s'atteler à une série régulière (un peu le même syndrome qui frappe Becky Cloonan).

Mais il y a une vingtaine d'années, Conner n'était personne ou presque et elle n'avait rien à perdre. Son énergie est dévastatrice et ses designs ravageurs. L'expressivité cartoonesque de ses personnages compensent la faiblesse de ses décors, et soutenue à l'encrage par son mari Jimmy Palmiotti, son trait est d'une tonicité imparable. La Pro est inoubliable grâce à elle, au moins autant que grâce à Ennis.

In fine, pourtant, Ennis embrasse les clichés qu'il a mis en pièces en donnant à son héroïne une sortie pleine de panache. Comme quoi, même les justiciers les plus ébouriffés ne sont pas si différents des icones du genre. (A l'occasion d'une réédition, The Pro a vu sa pagination augmentée par le récit de sa rencontre avec the Ho, une autre prostituée surhumaine et rivale, et à qui elle va trouver un nouveau job. Un bonus anecdotique sur le fond mais toujours aussi barré graphiquement.) Longtemps épuisé en vf, l'album a été réédité par Akileos l'an dernier.

lundi 18 juillet 2022

SARA, de Garth Ennis et Steve Epting


Comme chaque Lundi, nous allons nous intéresser à un titre indé. Cette fois, j'ai choisi de vous parler d'un récit de guerre publié par TKO Studios, Sara, écrit par Garth Ennis et dessiné par Steve Epting, paru en 2018. Inspirée de faits réels, c'est une histoire particulièrement intense et poignante sur une page méconnue de la seconde guerre mondiale en union soviétique lors de la tentative d'invasion nazie.


Hiver 1942. Sara fait partie d'un bataillon de sept tireuses d'élite de l'armée soviétique. Elles partagent un camp avec des soldats masculins et sont surveillées par Raiss, commissaire politique chargée de diffuser la propagande mais aussi de signaler les éléments rebelles. Sara est une tireuse remarquable qui préfère manoeuvrer seule comme cette nuit où elle attend des ennemis allemands, perchée dans un arbre. Lorsqu'ils apparaissent enfin, elle sait attendre le moment opportun pour les abattre sans leur laisser de chance. Elle rentre à la base où le major désigne une nouvelle cible en la personne d'un colonel nazi venu remobiliser ses troupes.


Sara se souvient de son recrutement et de sa formation. Elle était sous les ordres de Valery Zelenkov, un sniper expérimenté, dont elle a appris la mort ensuite sur le champ d'honneur. Il ne lui a pas seulement enseignée à se servir d'un fusil mais surtout à déshumaniser ses adversaires pour être plus implacable. C'était un homme dur mais respectueux face aux progrès de ses élèves. Aujourd'hui, alors qu'avec ses camarades, elle part pour une nouvelle mission en forêt, les soldats russes plaisantent en les croisant. Sauf quand il s'agit de Sara que sa réputation précéde.
 

Les filles doivent donc rejoindre un régiment d'artillerie. mais une fois sur place, elles découvrent que les allemands sont déjà là et ont abattu leurs camarades. Assaillies par plus nombreux et mieux armés qu'elles, elles résisitent mais enregistrent une perte. Sara parvient à prendre le contrôle d'une mitrailleuse sur un tank et gagne du temps avant l'arrivée de renforts. Elle se rappelle d'une discusssion avec un gradé à qui elle avait demandé des nouvelles de sa famille et qui lui avait appris que le village où ils vivaient avait été rasé par les nazis. Raisa félicité les filles pour avoir réussi à tenir le coup jusqu'à l'intervention des tanks russes.


La publication de leur exploit contre les allemands fait l'objet d'un article dans la presse, ce qui déplaît à Sara, quisait que cela va motiver encore plus leurs ennemis et leur permettre de les indentifier plus facilement. Rina conseille à Sara de rester prudente avec Raisa. Une opération de nuit tourne à la débacle et les filles doivent se retrancher pour en aviser le capitaine. Celui-ci se sacrifie pour leur donner le temps de fuir avant un bombardement. De retour à la base, le commissaire Kovalenko les remotive mais il est alors abattu par un tir de sniper.
 

Le major explique aux filles que leurs coups d'éclat, et ceux de Sara en particulier, surnommée par les allemands "la chienne rouge", leur valent un nouvel adversaire. Il s'agit d'un sniper redoutable qui les défie ouvertement et remonte le moral de ses frères d'armes. C'est lui qui a tué le commissaire Kovalenko, et Raisa veut  qu'il soit tué. L'équipe des tireuses doit manoeuvrer à découvert pour piéger des allemands et leur sniper. Mais la présence d'un avion de reconnaissance ennemi les olbige à prendre des risques inconsidérés et plusieurs d'entre elles meurent sous les balles et les bombes ennemies. Sara comprend qu'elle doit débusquer seul son rival avant que ses "soeurs" ne soient ses victimes.


Depuis qu'elles se connaissent, Rina et Sara ont toujours entretenu une relation conflictuelle, dûe à leurs forts caractères. Mais les compétences de Sara sont respectées par Rina qui cherche surtout à comprendre le malaise de sa camarade. sara lui raconte comment, lors d'une remise de décoration par Staline, elle a surpris une conversation au sujet du village de sa famille, rasé non pas par les nazis mais par les russes pour tester la loyauté des habitants en cas d'attaque ennemie. A la nuit tombée, alors que ses "soeurs" dorment, Sara file traquer le sniper...

Je ne suis pas friand des récits de guerre, et avec la guerre en Ukraine actuellement, il faut tomber sur une histoire vraiment exceptionnelle pour encore avoir de l'appétit pour se plonger dans ce genre. Mais, à la vérité, j'ai lu Sara pour la première fois il y a près de deux ans lors de sa parution en français chez Panini Comics, l'album m'ayant été offert pour Noël.

Publiée à l'origine par TKO Studios , une maison dont je ne connaissais rien sinon qu'elle était récente (fondée en 2017) et spécialisée dans les mini-séries, Sara bénéficie d'une équiope créative de premier plan avec le scénariste Garth Ennis (The Punisher) et le dessinateur Steve Epting (Captain America) sans oublier la coloriste Elizabeth Breitweiser. C'est un récit complet en six chapitres, que son auteur lui-même considère comme son meilleur travail.

Il faut dire que Garth Ennis est un spécialiste de ce genre de fiction s'appuyant sur des faits réels. Il ne transige pas avec la reconstitution historique et vous pouvez être sûr que tout, absolument tout, est authentique, des armes aux lieux en passant par les uniformes et le contexte. Cette exigence est manifeste dans Sara, qui prend sa source dans la vie de Lioudmila Pavlitchenko, une tireuse d'élite surnommée "Lady Death", et à qui on a attribuée plus de 300 soldats nazis abattus.

Ennis revient donc sur la campagne allemande en union soviétique lors de l'hiver 1942. Des femmes étaient alors recrutées par l'armée pour soutneir l'effort de guerre à divers niveaux, et certaines devinrent snipers. Le scénariste souligne qu'elles n'avaient pas d'équivalents masculins, même si, lors su siège de Leningrad, on sait que des tireurs délite russes bataillèrent avec leurs rivaux allemands (ceci avait d'ailleurs inspiré l'ultime script de Sergio Leone qui voulut en tirer un long métrage - projet longtemps après concrétisé par Jean-Jacques Annaud).

Mais ici, le cadre n'est pas urbain, on suit ces femmes en mission dans des forêts apr un hiver glacial. Entre elles, aucun esprit de compétition, plutôt un esprit de ruche, une solidarité à toute épreuve. Sur leur passé, Ennis en dit peu, se concentrant sur Sara dont on apprendra dans quelles circonstances elle fut formée par un sniper expérimenté et intransigeant, mais aussi mue par un malaise remontant à une duperie de son état-major, découverte lors d'une remise de médaille par Joseph Staline. Celle qui pensait que sa famille avait été exterminée par des nazis et s'était depuis juré de tous les tuer racontera avoir surpris une discussion entre gradés au sujet du massacre de villageois par l'armée russe afin de tester leur loyauté à la Mère Patrie face à l'ennemi.

Cette scène est d'une puissance émotionnelle bouleversante, exposant toute la cruauté du régime soviétique. Comme son professeur lui avait enseigné à déshumaniser ses cibles, Sara est devenue une tueuse désenchantée, méprisant la commissaire politique Raisa, quitte à éveiller ses oupçons et à passer pour une rebelle comme son amie Rina la met en garde.

Le récit progresse en ligne droite, ponctuée par des flashbacks brefs et acérés. Parfois Ennis s'autorise une pointe d'humour noir, notamment avec le personnage de Vera qui assiste les hommes lors des interrogatoires de prisonniers et campe la figure la plus maternelle du groupe. Les missions sont décrites avec précision eet montrent le danger constant, appuie sur la notion de sacrifice, le fait que ces femmes sont de la chair en canon envoyées pour préparer les grandes manoeuvres. Habillées avec des combinaisoons blanches pour passer inaperçues dans les forêts et les plaines enneigées, elles ressemblent presque à des nonnes, virginales, et fatales à la fois.

Steve Epting illustre cette histoire de manière magistrale, est-ce besoin de le préciser. La carrière de ce désormais vétéran des comics, entamée dans les années 90, et marquée par les figures classiques comme John Buscema mais aussi John Bellamy, a connu son point culminant avec son run sur Captain America, alors écrit par Ed Brubaker. Depuis, toutefois, il semble ne plus se fixer sur un titre ou un éditeur, oeuvrant chez DC, mais aussi chez des indépendants.

Avec Ennis, il retrouve un partenaire à sa mesure, dont il a visiblement envie de servir le script avec toute sa technique. On a plaisir à lire ces planches souvent renversantes, à la fluidité narrative impressionnante, avec des jeux d'ombre et de lumière que les couleurs d'Elizabeth Breitweiser mettent comme nul autre en valeur (ils avaient déjà collaboré sur Velvet de Ed Brubaker).

Mais l'art d'Epting est en quelque sorte trop beau pour être remarqué à sa juste mesure. Car tout a l'air si simple, si classique, qu'on ne remarque pas forcément les efforts déployés pour accompagner si bien kle récit. Comme un musicien virtuose, Epting joue la partition à la perfection et le lecteur peut prendre cela pour quelque chose de normal, alors que c'est le produit d'une technique et d'une expérience à leur pic.

Epting sait, comme peu de ses pairs, mettre en scène des pages où rien ne se passe, lorsque Sara attend le bon moment pour exécuter ses cibles, perchée dans un arbre. De la même manière, son dessin naturaliste, descriptif nous invite dans la baraque des filles et on croirait y être à leurs côtés, chaque détail est saissisant, avec les couchettes rudimentaires, le feu qui craque, la lampe à huile suspendue, la table en bois massif, les bancs, le miroir troublé. Quand il s'agit de représenter des équipements, comme les chars d'assaut ou les fusils, Epting montre qu'il s'est documenté pour que ses images correspondent plus que parfaitement à la réalité exigée par Ennis. C'est vraiment impressionnant.

Mais les deux partenaires se surpassent dans les deux derniers chapitres avec la menace d'un sniper dans les rangs ennemis et le fait que Sara est devenue la femme à abattre (quand bien même elle explique à ses "soeurs" que ses exploits rejaillissent sur toute leur compagnie et les exposent autant qu'elle). Sara comprend alors qu'elle doit aller chercher cet adversaire, seule, pour protéger ses amies et démoraliser les nazis, requinqués. Il serait criminel de dévoiler le dénouement mais l'issue de cet affrontement tient toutes ses promesses et la dernière page de la série nous laisse sur une note terrible, captée par une pleine page somptueuse.

Sara est un chef d'oeuvre, une mini-série effectivement magistrale, le sommet de son scénariste (même si je connais peu son travail, n'ayant jamais apprécié The Boys ou The Preacher, mais ayant adoré son Fury Max avec Goran Parlov, transcendé par un artiste sensationnel.

dimanche 20 avril 2014

Critique 434 : FURY - MY WAR GONE BY, VOLUME 2, de Garth Ennis et Goran Parlov


FURY : MY WAR GONE BY, VOLUME 2, rassemble les épisodes 7 à 13 de la mini-série écrite par Garth Ennis et dessinée par Goran Parlov, publiée en 2012-2013 par Marvel Comics dans la collection Max. Ce second tome conclut la saga

*


# 7-9. Nous retrouvons Nick Fury en 1970. Il est envoyé au Vietnam par le sénateur Pug McCuskey pour y éliminer le chef Viet-Cong, Letrong Giap, que Fury avait déjà croisé lors de sa mission en 54 en Indochine. Le colonel est accompagné de George Hatherly, dont l'épouse attend son cinquième enfant. On a également mis à sa disposition un sniper redoutablement efficace, un certain Frank Castle...

# 10-12. 14 ans après, en 1984, Nick Fury se rend, toujours sur ordre de McCuskey, au Nicaragua pour enquêter sur les soupçons de trafic de drogue au sein d'une base américaine situé tout prés du Hondura. La CIA est elle-même dans le collimateur du Sénat qui, constatant que le conflit s'enlise, se demande si l'armée n'est pas financée par une économie parallèle. Hatherly accompagne toujours Fury et, très vite, ils comprennent qu'un des militaires du camp, l'imposant Barracuda, dirige un escadron dont il se sert effectivement pour profiter de leur alliance avec les Contras et leur mainmise sur la production de drogue. 

# 13. 1999 : c'est le bout de la piste pour les protagonistes de cette saga. George Hatherly se meurt. Shirley De Fabio en finit avec les humiliations que lui fait subir Pug McCuskey. Et Nick Fury achève l'enregistrement de ses confessions, seul dans sa chambre d'hôtel, sans avoir su (voulu) choisir entre son ami, sa maîtresse et la guerre.

Avec ces 7 nouveaux épisodes, Garth Ennis conclut dans les larmes et le sang sa fresque. Le résultat est à la hauteur du précédent tome et évoque les puissantes épopées de James Ellroy, le "chien de l'enfer" du polar américain dont le regard implacable sur l'Histoire américaine a dû inspirer le scénariste. 
Comme il l'a fait la fois d'avant, Ennis se concentre sur deux missions, à plusieurs années d'intervalle, à chaque fois en trois épisodes. Le procédé permet de voir vieillir les personnages et l'auteur n'est pas tendre avec les années qui passent pour chacun : cela se voit dans l'évolution physique (le visage raviné de Fury, la calvitie d'Hatherly, la hanche douloureuse de Shirley...) mais aussi dans la déliquescence morale (la désillusion croissante du colonel, l'affliction de son bras droit, l'humiliation de sa maîtresse, la vengeance du sénateur, et des seconds rôles signant encore plus fortement la descente aux enfers de l'Amérique : Frank Castle qui n'est pas encore le Punisher mais déjà un exécuteur méthodique ou, pire, Barracuda, soldat dévoyé, qui use de sa force et de sa position non pas pour se venger de sa condition de noir mais pour son profit personnel).

La dureté des évènements choisis et relatés par Ennis n'est égalée que par l'opinion qu'il affiche sur ses conflits et le rôle joué par les Etats-Unis : il ne montre jamais des généraux, des bureaucrates et des politiques (exception faite de McCuskey), mais s'attarde sur les hommes de terrain, sacrifiés par des chefs aux stratégies mal pensées, au matériel peu fiable, au moral entamé (et à la morale de plus en plus douteuse) - les pions de profiteurs.
Fury est le trait d'union entre les décideurs et les soldats : il n'a pas le goût des manoeuvres de couloirs comme les premiers mais reçoit d'eux ses ordres, il comprend au fil de ses missions à quel point ses actions sont dérisoires, risquées, et servent des intérêts sans noblesse. En agissant dans la clandestinité, il est habitué à l'ombre au point d'en devenir une, et s'il accepte d'être complice de faits d'armes peu reluisants au début, on voit ici qu'il y croit de moins en moins puis plus du tout (comme en témoigne son dégoût devant les exactions de Barracuda et son commando puis les explications que lui fournit McCuskey ensuite).
Comme pour les 6 premiers épisodes, une connaissance minime des conflits traversés permet de mieux en apprécier les ressorts, même si le récit est suffisamment solide et prenant pour être lu au premier degré, comme des histoires de guerre, de survie, de soldats, racontée à l'encre très noire. 

Ennis s'est aussi fait plaisir en introduisant deux personnages qu'il connaît bien : d'abord, il utilise Frank astle dans les chapitres au Vietnam. Il a écrit un long run, déjà dans la collection Max (et déjà, pour de nombreux épisodes avec Parlov aux dessins), avec cet anti-héros, et là, il le montre avant qu'il ne devienne ce justicier expéditif, mais déjà un terrible tueur professionnel, sans état d'âme. Le personnage reste en retrait, il parle peu, il est là en soutien de Fury, et la rencontre entre ces deux guerriers est savoureuse, soulignant leurs différences d'âge, d'expérience, de vision.
Puis c'est au tour de Barracuda, lui aussi apparu lors du run d'Ennis sur le Punisher, une création originale du scénariste (qui lui a consacré une mini-série aussi, toujours dessinée par Parlov), d'intervenir dans le segment situé au Nicaragua. Il prend, au propre comme au figuré, plus de place que Castle dans le cours du récit, c'est une figure sinistre, horrible, et sa confrontation avec Fury débouchera sur un règlement de comptes d'une brutalité féroce, à la mesure des atrocités commises (avec un échange de politesse bien spéciale : "Fuck the uniform. Feel Me ? - Sometimes the uniform fucks back.").

Ce qui est frappant, c'est de voir la manière dont Ennis dépeint, développe le personnage de Fury, tel un homme drogué à la guerre, préférant partir au bout du monde dans un merdier prévisible plutôt que de rester avec la femme qui l'aime et qu'il aime, risquant sans hésitation la vie de son second, et en pleine descente quand il comprend que le sénateur qui l'envoie au casse-pipe s'est encore joué de lui. Fury apparaît comme un homme en fuite, suicidaire, qui préfèrerait mourir au combat (même si ses missions sont de plus en plus solitaires) que vivre tranquillement, côtoyant des amis. Il jouit de cette existence à la fois palpitante et minable, sans confort, ni attache, bien que ses convictions s'effritent, mais c'est aussi parce qu'il ne semble véritablement bien connaître et faire que ça - crapahuter en pleine jungle, tuer l'ennemi, s'enfoncer dans les ténèbres de l'horreur de la guerre. Ce n'est pas qu'un métier, c'est sa raison d'être.
Fury est un professionnel qui s'interroge d'abord sur la faisabilité des missions, la logistique. C'est seulement en cours de route ou au terme de la mission qu'il admet toute la dimension pathétique, glauque, sans gloire, de ce qu'il fait. Mais tout cela semble le maintenir en vie, au point qu'en 1984, au Nicaragua, à un âge qu'on devine déjà avancé, il demeure en excellente condition physique, et le lecteur ne craint pas qu'il se fasse tuer bêtement - mieux : il sait qu'il est encore capable d'avoir sa revanche contre Barracuda.
Mais cet aspect des choses et du personnage est contrebalancé, par Ennis, via l'usure psychologique du personnage. Si Fury n'a jamais été un soldat croyant à la noblesse des causes qu'il a servi, il ne peut plus contenir son mépris pour les politiciens ni l'abjection que lui inspire les miliaires qui profitent de la situation pour leur bénéfice personnel. En considérant aussi ce côté-là de l'histoire de son héros, et en montrant plus qu'en expliquant à quel point cela l'affecte, Ennis évite l'apologie de l'aventurier ou l'excuse de l'interventionnisme américain : l'homme et son pays se confondent, ils ont besoin de guerres pour exister, justifier leurs rôles.
De ce point de vue là aussi, cette série est particulièrement corsée et culottée puisqu'après tout Ennis la produit pour un éditeur américain qui lui prête un de ses personnages emblématiques mais en le plongeant dans les situations les moins glorieuses de l'Histoire.

Goran Parlov est toujours là pour illustrer cette saga et elle lui doit beaucoup. Le croate sert parfaitement l'âpreté du récit avec ses dessins. Le professionnalisme dont il a fait preuve pour coller au plus prés au moindre détail témoigne de son implication et de sa complicité avec le scénariste.
Ses images ne cherchent pas être séduisantes (même si, parfois, elles le sont quand même : il suffit qu'il s'attarde sur un visage, creusé par les tourments, ou pur comme celui d'une des amantes de McCuskey, pour être saisi), et son découpage reste toujours aussi sobre, avec des pages de trois ou quatre cases maximum, occupant toute la largeur de la surface, et qui donne un look très cinémascope à l'ensemble.
Cette mise en scène convient aussi bien aux séquences d'action, cadrées avec une profondeur de champ soignée, qu'avec des scènes plus intimistes, qui permettent au lecteur de savourer chaque expression des personnages.
Parlov peut sembler limité de ce point de vue mais chacune de ses cases contient à la fois beaucoup d'informations visuelles et juste ce qu'il faut pour qu'on lise l'histoire sans décrocher. Le procédé assure une fluidité exceptionnelle mais nécessite un artiste qu'il maîtrise parfaitement son sujet, la composition, l'expressivité des personnages, les détails des décors. Une séquence comme celle où Fury et Castle sont détenus dans une cellule creusée à même la terre est caractéristique : les lignes sont sommaires, mais le rendu des textures, la justesse de l'ambiance, la simplicité du découpage, tout fait qu'on y croit. A l'opposé, quand il s'agit de représenter les intérieurs de la maison de McCuskey, Parlov dessine avec minutie un mobilier réaliste et place les personnages parfaitement dans l'espace pour qu'on mesure les dimensions de l'endroit, la relation qui existe entre eux, le poids des ans, etc.
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On pouvait craindre que cette seconde partie ne soit pas aussi bonne que la première, mais il n'en est rien. Garth Ennis réussit à boucler sa fresque avec une maîtrise épatante, son regard est toujours aussi perçant. Quant à Goran Parlov, il anime ce récit avec un brio fabuleux, d'un trait nerveux et puissant.
Fury : My War Gone By est une sacrée production, un voyage au bout de l'enfer dont on sort groggy et surtout impressionné.

jeudi 17 avril 2014

Critique 433 : FURY - MY WAR GONE BY, VOLUME 1, de Garth Ennis et Goran Parlov

FURY : MY WAR GONE BY, VOLUME 1, rassemble les 6 premiers épisodes (sur 13) de la mini-série écrite par Garth Ennis et dessinée par Goran Parlov, publiée en 2012 par Marvel Comics dans sa collection Max (pour un public adulte et indépendante de la continuité).
 *
(Extrait de Fury : My War Gone By #1.
Texte de Garth Ennis, dessin de Goran Parlov.)

Deux histoires sont au programme de ce Volume 1 :

- #1-3. De nos jours, dans une chambre d'hôtel, le colonel Nick Fury enregistre ses confessions sur sa carrière au sein de la C.I.A. après la Seconde Guerre Mondiale.
Il commence par raconter comment il a été affecté en Indochine en 1954, là où il a rencontré les trois personnes qui ont croisé sa route : le jeune agent George Hatherly, le membre du congrés Pug McCuskey et sa secrétaire (qui deviendra la maîtresse de Fury et McCuskey), Shirley DeFabio. La mission de Fury consiste à évaluer la situation auprès de leurs alliés français pour déterminer si les Etats-Unis doivent continuer à soutenir leurs manoeuvres militairement, politiquement et financièrement. Pour cela, il entre en contact avec le major Lallement sur le site de Son Chau, une cible toute indiquée pour les vietnamiens.

- #4-6. En 1961, nous retrouvons Nick Fury et George Hatherly au Guatemala où ils entraînent des exilés cubains en vue d'une opération contre le régime de Fidel Castro. Fury retrouve Mcuskey à Miami pour faire le point et, en présence d'opposants politiques, se voit proposer la mission d'abattre Castro. Il accepte et se rend sur l'île avec Hathely et Elgen, un opérateur radio.
*

Garth Ennis est un scénariste irlandais connu pour ses comics gratinés (comme ses créations, The Boys et The Preacher, mais aussi de nombreux récits de guerre comme War Stories, Battlefieds, et ses runs sur les séries Wolverine ou Punisher). Son écriture est féroce, sans concessions, ce qui explique qu'il exerce le plus son talent décapant dans la collection adulte de Marvel, Max. C'est le cas ici avec cette mini-série en 13 épisodes, dont ce premier tome propose les six premiers, où il peut s'emparer d'un personnage emblématique de l'éditeur et qui est fait pour lui : le colonel Nick Fury, l'espion le plus célèbre de la "maison des idées", dans une version détachée de la continuité. Il va, avec ce héros peu commun, revisiter plus de cinquante ans d'Histoire à travers les missions clandestines qu'il a remplies pour la CIA après la Seconde Guerre mondiale. 

Les 3 premières pages, qui ouvrent cette saga, offrent comme une sorte de teaser à tout ce qui va suivre, une vie de barbouzeries, de sang et de sexe, narrée par un homme au soir de sa vie, dans une chambre d'hôtel, en train de s'enregistrer sur un vieux magnétophone à bandes, vêtu d'un peignoir et de charentaises, alors que trois prostituées dorment à côté dans son lit. es aveux sont ceux d'un vieillard condamné, qui explique pour commencer qu'il a une balle logée dans la boîte crânienne et qui ne savait faire qu'une chose : la guerre. Pas question pour lui de juger si les conflits qu'il a traversés étaient justifiés, légitimes : il était un soldat, un espion, un exécuteur. Il a vu l'horreur, le gâchis, mais il a toujours fait son job, et aujourd'hui, il en dresse le bilan. Ces "Mémoires" seront à la (dé)mesure de l'homme.

Ennis décrit Fury comme un homme de terrain, qui ne goûte ni aux jeux politiques et refuse les promotions pour finir derrière un bureau. Dans ce premier volume, le scénariste examine donc deux missions à 7 ans d'intervalle, la première en Indochine en 54, la seconde à Cuba en 61.

Chaque histoire a un rythme soutenu, trois épisodes chacune, mais le scénariste écrit comme on charge une mitraillette, les scènes se succèdent avec la rapidité de rafales et ne font pas dans la dentelle : Fury prend ses ordres, se rend sur le terrain, la mission tourne mal, il faut alors en sortir rapidement. Pour cela, le récit ne lésine pas sur l'action avec une violence et une brutalité qui justifie la mention "explicit content" sur la couverture : Ennis peut être, au choix, considéré comme un auteur complaisant, qui se sert du sadisme et de l'atrocité (notamment dans la représentation sans fard de la torture) pour satisfaire un lectorat avide de sensations fortes, ou simplement réaliste, dans le contexte d'histoires peu reluisantes où les héros commettent des exactions certainement proches de la réalité mais rarement évoquées.
Ce qui rend cette violence éprouvante, à la limite du soutenable (comme en témoigne l'épisode cubain, lorsque Fury, Hatherly et Elgen sont faits prisonniers), c'est qu'elle est décrite avec réalisme, sans humour noir pour la contrebalancer. Bien sûr, on peut choisir de rire de ces outrances, mais le cynisme de Fury laisse peu de place pour apprécier avec légèreté ce qui est narré.
Dommage qu'Ennis n'ait pas eu la même exigence quand il a cru bon de rédiger quelques passages en français, livrant des phrases approximatives, au résultat fâcheux.

En confiant les dessins au croate Goran Parlov, le ton de la bande dessinée confirme que rien n'est joli. Parlov a été formé à l'école des fumetti (les comics italiens), il a notamment travaillé pour l'éditeur Sergio Bonelli en illustrant la série western Tex, c'est donc un artiste solide, habitué à travailler vite et produire des pages à l'efficacité maximale. Son trait expressif et vif, qui peut rappeler aussi bien Joe Kubert que Jordi Bernet, lui permet de croquer des filles girondes et surtout des hommes aux gueules inoubliables, qu'il s'agisse de Fury avec son bandeau sur l'oeil gauche et au visage buriné ou du replet McCuskey ou encore du jeune Hatherly.
Parlov a d'abord à coeur de représenter l'aspect frustre, barbare, de la guerre et de ceux qui la font. En quelques lignes, mais un souci du détail réel (comme en témoignent les bonus où l'on apprend qu'il a dû refaire des pages entières parce qu'il n'avait pas dessiné les bons modèles d'avions d'époque, par exemple), il réussit à reproduire de manière frappante la terrasse d'un palace, les bureaux d'un bâtiment officiel, un champ de bataille, la jungle.
Parlov a un style brut qui convient parfaitement à la fois à Ennis et au genre du récit. Mais derrière cet aspect qui peut sembler sommaire, il y a un grand métier, une qualité indéniable, le souci d'un dessin qui se veut moins beau que juste. Son découpage est très simple, avec des cases qui occupent toute la largeur de la page, alternant les gros plans, avec des visages expressifs et mémorables, ou des actions spectaculaires, qui jouent sur la profondeur de champ. L'apparence expéditive du trait n'empêche pas des compositions très étudiées.

L'association de l'écriture impitoyable d'Ennis et du dessin taillé à la serpe de Parlov donne à cette saga la fulgurance d'un film de Samuel Fuller dont le premier rôle serait tenu par Clint Eastwood, une série B dépourvu d'humour, implacable, désabusé.

Bien entendu, avec un tel traitement, narratif et graphique, la série ne peut pas se permettre d'expliquer les tenants et aboutissants des situations qu'elle aborde, on est tout de suite plongé dans des bourbiers dont on devine vite que l'issue n'aura rien de positif ou de glorieux. On peut alors choisir de lire ces aventures en les savourant au premier degré, chaque décor s'appréciant d'abord pour son exotisme, et l'évolution des personnages se forgeant via des ellipses radicales. Ou alors, on peut, avant ou après avoir lu chaque trio d'épisodes, se renseigner un peu plus sur les causes et finalités de la guerre en Indochine, pour en savoir plus sur la déconvenue de l'armée française à Diên Biên Phu, ou sur l'implication de l'Agence lors du débarquement de la "baie des Cochons" avec les exilés du régime de Batista : ça ne prend pas beaucoup de temps, c'est instructif et ça permet d'apprécier la puissance et la pertinence d'Ennis.
L'auteur ne cherche en effet pas à faire la leçon sur la politique interventionniste des Etats-Unis, il est clair qu'il l'analyse sans sympathie, mais plus généralement on comprend que peu importe le gouvernement ou le pays, c'est l'impérialisme qui le dégoûte. En écrivant à hauteur d'homme, Ennis nous dit que la guerre est d'abord une histoire de victimes causée par des décideurs incompétents, indifférents du sort des soldats et des civils. Dans le récit situé en Indochine, il souligne l'absurdité cruelle qui existe entre des positions sur des cartes et la réalité de la vie des militaires dans un endroit promis à un massacre. A Cuba, la rapidité avec laquelle il est décidé de supprimer Castro et la manque de préparation de la mission vouent les agents qui en sont chargés à un échec programmé.
A chaque fois, c'est moins la motivation des hommes qui fait défaut que des défaillances logistiques et matérielles, et c'est cet écart entre des estimations de bureaucrates et les capacités des exécutants qui signent les échecs de ces missions, au prix de sacrifices terribles. Le contraste entre l'idéalisme et la vérité, la conviction et l'exercice est saisissant, parfaitement traduit.

Enfin, il faut saluer Dave Johnson qui signe toutes les couvertures : il a adopté pour chacune un approche distincte qui permet de prendre un peu de distance avec les faits. Il a conçu des images à la fois élégantes et inventives, au symbolisme intelligent, avec un esprit de synthèse remarquable.

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Destiné à un public averti, cette fresque se lit avec une redoutable facilité : la crudité de certaines scènes, l'horreur de certaines autres, la lucidité intransigeante du récit, associées à des illustrations sans fioritures mais terriblement efficaces, en font une série à la fois éprouvante et impossible à lâcher.
Souhaitons que la seconde partie soit aussi bien menée.