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mardi 18 juillet 2023

ALL-STAR SUPERMAN, de Grant Morrison et Frank Quitely - 3 000ème Entrée !

3 000ème entrée !


A chaque fois que je franchis un cap dans ce blog, j'aime bien marquer le coup en parlant d'une BD qui a marqué les esprits, que je l'ai aimée ou pas. Aujourd'hui, c'est la trois millième entrée du Mystery Comics et j'ai choisi d'évoquer une mini-série à laquelle je n'avais pas encore consacré d'article : All-Star Superman, de Grant Morrison et Frank Quitely, parue entre 2006 et 2008 chez DC Comics, et qui est désormais disponible à petit prix en vf dans la collection Urban Nomad chez Urban Comics. 



Lex Luthor sabote la mission solaire de Leo Quintum, obligeant Superman à venir en aide à l'équipage. Mais le super-héros absorbe une quantité trop grande de radiations solaires et son pronostic vital est engagé. Il n'a plus que quelques mois à vire et il décide de régler ses affaires pendant le temps qu'il lui reste. Il commence par révéler sa double identité à Lois Lane. Qui ne le croit d'abord pas jusqu'à ce que Superman la conduise jusqu'à sa forteresse de solitude et lui propose de partager ses pouvoirs pendant 24 heures.
 

Ensemble, ils vont affronter l'Ultra Sphinx dérangé par Atlas et Samson. Puis Jimmy Olsen fait un reportage sur la base lunaire de Leo Quintum en l'absence du savant. Exposé à de la kryptonite noire sur place, Superman devient violent mais Jimmy réussit à le calmer en s'injectant une dose de Doomsday.


Puis Clark Kent rend visite à Lex Luthor, incarcéré pour avoir voulu assassiner Superman. Une émeute éclate mais Lex ramène le calme et fait sortir du pénitencier Clark avec la complicité de Nasthaltia. De retour à Smallville, Clark est confronté à ses doubles spatio-temporels qui l'empêchent de venir en aide à son père adoptif, Jonathan, lorsqu'il est victime d'un infarctus. Leo Quintum explore le Sub-Univers et provoque accidentellement l'invasion de la Terre par une horde de Bizarros. 


Superman s'interpose et les renvoie chez eux mais il ne peut en repartir sans l'aide de Zibarro, le doyen des Bizarros, qui le met en garde : s'il reste là, il va perdre progressivement ses pouvoirs et mourir. Pensant que Superman ne reviendra pas, Leo Quintum révèle à Lois qu'il va mourir bientôt. Malgré tout, l'homme d'acier parvient à s'extraire du piège à bord d'une fusée... Pour découvrir, en son absence, que deux kryptoniens, Bar-el et Lilo, ont pris sa place et tentent de refonder leur société sur Terre. Affaiblis par l'environnement, Bar-el et Lilo sont envoyés dans la zone fantôme pour y faire régner l'ordre.



Leo Quintum élabore un plan pour tenter de soigner Superman : grâce à la science de Kandor, il se miniaturise pour traiter les cellules malades du héros qui, lui, s'emploie à créer un nouveau monde, la Terre-Q où il devient un personnage de fiction. L'essai thérapeutique de Quintum échoue mais va servir à guérir des humains. Grâce à Nasthalthia, Lex Luthor s'échappe de prison grâce au sérume que Superman avait fait absorber à Lois Lane pour partager avec elle ses pouvoirs pendant 24 heures.


Lex Luthor et Superman s'affrontent pour la dernière fois et l'homme d'acier rencontre son destin, prévu par Leo Quintum, qui a trouvé un moyen de remplacer le héros.

Avant de passer à la partie critique proprement dite, il est intéressant de s'interroger sur d'où vient l'idée de All-Star Superman. Et pour cela, il faut en vérité en passer par l'univers Ultimate de Marvel Comics !

En 2001, Marvel lance une nouvelle collection de comics pour séduire des lecteurs que la continuité rebute. C'est ainsi que Brian Michael Bendis réinvente Spider-Man dans Ultimate Spider-Man et Mark Millar les mutants dans Ultimate X-Men. L'année suivante, ce sera au tour des Avengers d'être remixé dans Ultimates puis en 2004, enfin, Ultimate Fantastic Four verra le jour.

L'idée derrière ce projet est d'abord d'ordre économique. A la fin des années 1990, Marvel est au bord de la banqueroute. La maison d'édition est racheté par le patron de la marque de jouets Toy Biz, Avi Zrad, qui décide de séparer les activités en deux départements et nommant à la tête de la division publishing Bill Jemas, connu pour ses méthodes de management brutales. Jemas impose tout de suite Joe Quesada , alors dessinateur de Daredevil comme éditeur en chef. Ensemble, ils vont repartir à la conquête des kiosques avec le projet de sortir les comics du ghetto dans lequel ils se sont eux-mêmes enfermés.

Pourtant, le projet est un échec. C'est du côté des comic-shops que que le lectorat traditionnel répondra présent avec la ligne Ultimate qui propose une remise à plat des héros préférés de Marvel. Et les recueils (les trade paperbacks) confirmeront cette tendance en trustant les premières places des ventes dans les plus grandes enseignes de distribution.

Le succès de la collection Ultimate a passé par des auteurs et artistes qui ont su porter un regard neuf et spectaculaire sur des icones de l'éditeur. Il y avait une volonté de produire des comics cinématographiques et on peut dire que le MCU s'en est largement inspiré par la suite. Mais quid de DC Comics face à ce renouveau ?

C'est là où s'opère la jonction avec All-Star Superman. Il faudra attendre 2005 pour que la Distinguée Concurrence se réveille et ne réagisse avec les DC All-Stars. Même s'ils s'en défendront l'époque, les responsables éditoriaux de DC ont adopté une stratégie similaire à leurs rivaux en voulant créer des BD spectaculaires et accessibles pour des néophytes. Pourtant ils se distinguent en ne voulant pas créer un nouvel univers : chaque projet sera la vision d'une équipe créative prestigieuse et non pas de quasi-nouveaux venus. Sont donc annoncés pour démarrer All-Star Superman par Grant Morrison et Frank Quitely et All-Star Batman & Robin the Boy Wonder par Frank Miller et Jim Lee. Deux blockbusters assurés.

Si Marvel n'a pas su éviter des retards sur Ultimates par exemple, toutefois les séries Ultimate sortiront ponctuellement. En revanche, avec des artistes comme Quitely et Lee et un scénariste comme Miller, DC n'a pas sur éviter cet écueil - d'ailleurs All-Star Batman... restera inachevé. Et All-Star Superman mettra deux années à être complété.

Qu'importe si la qualité est là, me direz-vous, et c'est là qu'on va parler de ce que vaut All-Star Superman puisque c'est le sujet de ce jour. Pour beaucoup, il s'agit, avec ces douze épisodes, de l'hstoire ultime de Superman, déjà parce qu'elle confronte le héros à sa mort. Ce n'est ni la première ni la dernière fois, mais on suit le kryptonien pendant ses derniers mois à travers une série d'exploits, de rencontres, il règle ses affaires comme le ferait un mourant, révélant sa double identité à Lois Lane, longtemps dubitative, affronte Bizarro et s'allie à Zibarro, retrouve deux explorateurs de Krypton, et s'explique avec Lex Luthor.

Morrison choisit d'écrire une Superman qui se veut un concentré de tous les Superman, avec des références à ses origines, son passé, ses époques les plus farfelues, et aussi très moderne, vulnérable, soulignant avec Frank Quitely ce qui peut encore l'être entre Clark Kent et l'homme d'acier. L'approche de l'artiste divisera, notamment en exagérant au maximum, jusqu'à la caricature, la maladresse et l'allure de Clark Kent, représenté constamment vouté, avec une coiffure ringarde, des manières balourdes, alors que, dans le même temps, il reste doté d'un gabarit exceptionnellement impressionnant, ce qui ne peut manquer d'interroger sur le fait que personne ne se doute qui puisse être Superman et que son stratagème pour le masquer est bien grossier.

Quitely ne rend pas sa meilleure copie : pour un dessinateur aussi génial, il a, il est vrai, à composer avec des scènes qui l'empêchent de s'exprimer là où il est le plus fort, dans la suggestion de la vitesse, des impacts, de la force cinétique. Pourtant, quand il en a l'occasion, Quitely déploie toute sa maestria dans des découpages virtuoses, dont le sommet me paraît être la visite de Clark à Lex en prison, avec un flux de lecture d'une extraordinaire fluidité, des doubles pages montées comme des plans séquences, ou encore lors du combat final entre Superman et Lex, avec la dimension tragique qui l'entoure.

Mais il n'en reste pas moins que parfois on sent Quitely embarrassé par les consignes d'un script qui le musèle et où toute sa puissance graphique est gênée, comme quand Superman est à Smallville et qu'il affronte ses doubles dimensionnels en espérant sauver son père adoptif. Là où, en temps normal, Quitely aurait pu produire une bagarre homérique avec un suspense à couper le souffle, tout cela apparaît freiné par trop d'événements à gérer en même temps. La mort de Jonathan Kent n'a pas l'émotion qu'on pouvait en attendre, parasité par ces Supermen. En comparaison, lorsque Morrison accepte de simplifier ses idées narratives, comme lorsque Leo Quintum et les kandoriens s'unissent pour tenter de guérir Superman puis mettent en pratique leurs recherches pour sauver des malades humains, là, Quitely renoue avec le panache qu'on lui connaît et illustre tout le potentiel dramatique du concept.

Ce qui me déplaît dans ce All-Star Superman et l'empêche, à mon sens, d'être le chef d'oeuvre que beaucoup voit en lui, c'est son surplus de concepts. Grant Morrison a beaucoup d'idées, mais trop pour douze épisodes. Ou plutôt il n'accorde pas à ses nombreuses idées la place qu'elle mérite. Par exemple, le périple dans le Sub-Univers avec les Bizarros m'a paru bien trop long alors que celui avec Bar-el et Lilo est trop court. Fallait-il absolument revenir sur les excentriques mésaventures de Jimmy Olsen durant le Silver Age dans l'épisode 4 ? Je ne le crois pas. Tout comme le doute de Lois Lane au sujet de la double identité de Superman me paraît trop appuyé et injustifié.

Il n'existe pas beaucouo d'auteurs à avoir eu l'opportunité de produire deux récits mémorables sur Superman et Batman. A mes yeux, seuls Morrison (avec donc All-Star Superman et Arkham Asylum) et Kurt Busiek (avec Superman : Secret Identity et Batman : Creature of the Night) ont vraiment marqué les esprits, qui plus est en disposant d'artistes de premeir choix (Quitely et Dave McKean pour Morrision, Immonen et John Paul Leon pour Busiek). Mais je trouve dans tous les cas que Busiek a fait montre de plus d'originalité et d'accessibilité avec ses deux comics que Morrison, qui s'est pris comme souvent les pieds dans le tapis, obsédé par l'envie de surpasser Alan Moore et sa lecture post-moderne des super-héros.

Il faut cependant posséder All-Star Superman dans sa bibliothèque. D'abord parce que, désormais, il n'y a plus d'excuse pour ne pas l'avoir : Urban Comics le vend désormais pour 7,90 Euros, un prix imbattable. Ensuite parce que, malgré ses défauts, c'est un récit complet passionnant pour ses origines éditoriales, son équipe créative, son ambition. 

Par la suite, DC voulut proposer sa All-Star Justice League avec la mini-série Justice (de Jim Krueger, Alex Ross, Doug Braithwaite - qui a été pénalisé par l'initiative absurde de Ross de vouloir peindre par dessus les crayonnés de Braithwaite, retardant considérablement la publication). Avant d'annuler ce qui aurait été peut-être le projet le plus prometteur de la collection, All-Star Wonder Woman, écrit et dessiné par Adam Hughes. L'univers Ultimate verra sa fin en 2015 lors de l'event Secret Wars (par Jonathan Hickman et Esad Ribic)... Avant de revenir à la rentrée 2023 (toujours avec Jonathan Hickman). Les DC All-Star ont depuis été oublié, un temps remplacé par les titres Earth-One.

vendredi 9 janvier 2015

Critique 552 : THE MULTIVERSITY - THUNDERWORLD ADVENTURES #1 : CAPTAIN MARVEL AND THE DAY THAT NEVER WAS !, de Grant Morrison et Cameron Stewart


THE MULTIVERSITY - THUNDERWORLD ADVENTURES #1 : CAPTAIN MARVEL AND THE DAY THAT NEVER WAS est un récit complet, écrit par Grant Morrison et dessiné par Cameron Stewart, publié en Décembre 2014 par DC Comics.
Cet épisode fait partie d'une mini-série en huit numéros, THE MULTIVERSITY, mais peut se lire sans avoir connaissance des chapitres précédents (tout en développant une intrigue globale).
*
 
(Extraits de THE MULTIVERSITY :
THUNDERWORLD ADVENTURES #1.
Textes de Grant Morrison, dessins de Cameron Stewart.)

Méditant dans le rocher de l'éternité, le sorcier Shazam s'aperçoit d'une anomalie temporelle avec l'apparition incongrue d'un huitième jour, le Sivanaday. C'est alors que le sanctuaire est harponné par une structure de même forme que le sien mais beaucoup plus grand et entièrement composée de technologie : le rocher de la science construit par le docteur Thaddeus Bodog Sivana.
Cette attaque, le savant fou a pu la mener en remontant jusqu'à la source du pouvoir de son ennemi juré, Captain Marvel, dont il teste le duplication de ses capacités extraordinaires sur ses trois enfants (ses deux fils et sa fille).
Mais les actes de Sivana ont aussi des conséquences sur la vie à Fawcett City où une faille temporelle a fait surgir des créatures de toutes les époques partout. Le jeune Billy Batson couvre les événements en direct pour Whiz TV lorsqu'une projection de lui-même en provenance du futur le met en garde contre le péril mortel que lui et son alter ego, Captain Marvel, courent en ce jour. 
Le super-protecteur de la ville affronte, d'abord seul puis avec l'aide de ses amis Captain Marvel Jr, Mary Marvel et les lieutenants Marvel, les enfants transformés de Sivana, la Société des Monstres, puis le savant fou lui-même, également métamorphosé après avoir retiré au sorcier Shazam son bâton magique.
Reste à comprendre comment Sivana a pu concevoir un plan pareil et son inspiration provient d'un support surprenant...

The Multiversity est un projet qui avait jusqu'en 2014 tout d'une Arlésienne des comics. Annoncé dès 2009 par son scénariste Grant Morrison, l'entreprise affichait une ambition séduisante, comparable à ce que l'auteur avait déjà conçu avec Seven Soldiers of Victory, et la liste de ses partenaires (parmi laquelle on trouvait déjà ses fidèles Frank Quitely et Cameron Stewart) pour la dessiner faisait rêver.

Entretemps, en 2011, la refonte complète de la gamme des comics DC faisait craindre le pire sur le sort de The Multiversity, mais contre toute attente, et malgré des reports encore fréquents sur ses dates de parution, l'affaire était toujours en cours, quelques planches apparaissant de temps en temps comme pour ne le rappeler.

L'idée de Morrison était à la fois de revisiter quelques-unes des terres parallèles de l'univers DC en utilisant ses personnages iconiques dans leur version d'origine (c'est-à-dire avec leurs origines et apparences d'avant le reboot), de les insérer dans une intrigue globale tout en proposant chacun des huit épisodes comme des one-shots, et d'explorer son thème favori (pour chaque monde visité, les autres sont des fictions lisibles dans des comics).

Pour ce cinquième chapitre, c'est donc sur la Terre-5 (sur les 52 que comptent que le DC-verse), autrefois aussi connue comme la Terre-S, que se déroule l'action : il s'agit du monde du super-héros Captain Marvel (rebaptisé Shazam depuis les années 70 car le nom de Captain Marvel est devenu la propriété de Marvel Comics, qui a ainsi appelé plusieurs personnages successifs).

Dans le n° 82 du magazine "Comic Box" (Mai/Juin 2013), j'ai pu en apprendre davantage sur ce personnage à la silhouette familière pour beaucoup de lecteurs de comics mais à l'histoire incroyablement riche et complexe.
On l'a oublié aujourd'hui mais ce personnage, dont les aventures débutèrent en 1940 dans "Whiz Comics #2", fut aussi populaire, voire plus, que Superman à l'époque. L'année d'avant, Bill Parker, un scénariste travaillant pour Wilford Fawcett, qui est rapidement devenu un éditeur richissime en vendant des magazines récréatifs, reçoit pour mission de créer un super-héros pour surfer sur la popularité de Superman, apparu en 1938. Il imagine d'abord une équipe de surhommes (ce qui aurait été la première du genre, la Justice Society of America de DC n'ayant pas encore été créée) mais doit revoir sa copie, jugée trop audacieuse. 
Qu'à cela ne tienne ! Parker opère une synthèse de son groupe de héros pour en attribuer tous les pouvoirs à un seul homme qu'il nomme d'abord Captain Thunder pour un mensuel titré "Flash Comics". Mais une revue identiquement baptisée avec le héros super-rapide Flash est déjà commercialisée par DC. 

L'idée de génie de Parker ne sera pas cependant d'avoir inventé un nouveau champion ni de lui avoir donné un nouveau pseudonyme en devenant Captain Marvel, mais bien de lui avoir créé un alter ego tout à fait inédit en la personne de l'adolescent orphelin Billy Batson. Non seulement, ainsi, il offre aux jeunes lecteurs un prolongement d'eux-même mais surtout il en fait une parabole de ce qu'il aimerait être, un homme - mieux : un homme avec les attributs d'un surhomme mais avec l'âme d'un enfant. Une prodigieuse synthèse.

Mais la carrière de Captain Marvel sera chaotique, malgré son énorme succès jusqu'au début des années 50. DC gagne alors une procédure judiciaire de longue date visant à établir que le personnage plagie Superman. Fawcett Comics rend les armes de guerre lasse, au moment où les ventes des publications autour de son héros emblématique (qui a généré à lui seul tout un petit univers, avec les additions de Captain Marvel Jr, Mary Marvel, les lieutenants Marvel, des méchants Dr Sivana, Black Adam, la Société des Monstres) se sont tassées.

DC exploitera mal Captain Marvel, au point que Marvel s'en appropriera le nom, et la cantonnant souvent dans un rôle de concurrent à Superman. Différents scénaristes, pourtant prestigieux, tenteront, en vain, de l'écrire soit en respectant sa formule d'origine (en s'associant à C.C. Beck, le dessinateur historique du personnage), soit en la modernisant. Jerry Ordway, seul, s'en emparera avec bonheur, d'abord pour un graphic novel puis une série régulière, tous deux intitulés Power of Shazam. Mais par la suite, l'éditeur fera tout et n'importe quoi avec Captain Marvel/Shazam (Billy Batson & the Power of Shazam, Kingdom Come, pour le meilleur ; mais aussi en faisant de Mary Marvel une gourde puis une perverse, de Captain Marvel le nouveau sorcier résidant dans le rocher de l'éternité, Captain Marvel Jr le nouveau champion du monde de la magie, pour le pire). Récemment, Geoff Johns a établi sa version de Shazam dans le cadre du "New 52", suggérant qu'il voulait en faire un membre éminent de la Justice League.

Grant Morrison, lui, a voulu revenir aux sources du personnage, en lui rendant son nom d'origine, et en le mettant en scène dans son propre monde de la Terre-5. Il a voulu renouer aussi avec l'esprit des débuts du héros, celui de Bill Parker et CC Beck, une tonalité plus légère, naïve même, dans une aventure débridée, qui correspondrait avec ses thèmes fétiches, comme l'influence des comics sur la réalité.

L'histoire de Thunderworld Adventures #1 : Captain Marvel and the day that never was est délirante à souhait et mixe avec virtuosité le divertissement le plus simple et le plus efficace, avec son lot de combats spectaculaires, de rebondissements sensationnels, de méchants hauts en couleurs, avec une densité narrative étonnante. Certes, ce fascicule compte 40 pages de bande dessinée, ce qui le rapproche davantage d'un Annual, mais la relation se déroule sur un rythme tellement soutenu qu'on tourne les pages sans jamais s'ennuyer. 

Morrison convoque aussi un casting abondant, avec dans les seconds rôles Mary Marvel, Freddie Freeman/Captain Marvel Jr, les trois enfants du Dr Sivana, les lieutenants Marvel, la Société des Monstres - ne manque à l'appel que Black Adam (mais le récit n'offre aucune entrée possible pour que sa présence soit justifiable). Tout cela s'intègre dans le cadre élargi de la saga The Multiversity et des évocations des mondes parallèles (via les comics), des versions multiples de Sivana issues de ces univers alternatifs, sans que jamais le lecteur ne soit submergé par cette masse d'éléments. Au contraire, la fluidité de la narration est admirable et on termine la lecture de l'épisode avec le même sourire affiché par les héros : Thunderworld Adventures, à l'image de Captain Marvel, effectue une synthèse miraculeuse à sa façon en donnant le meilleur d'un comic-book old school et d'une production moderne, avec une méta-textualisation qui indique qu'on a bien là un ouvrage qui réfléchit sur le genre auquel il appartient, à l'histoire de son héros.

Les dessins sont, eux, l'oeuvre de Cameron Stewart, un acolyte habitué aux scripts si spéciaux de Morrison (ils ont collaboré sur les séries Batman & Robin, 7 Soldiers of Victory, Seaguy). Cet artiste a une carrière atypique qui l'a vu alterner des prestations sur des productions indépendantes (comme son propre roman graphique Sin Titulo) et d'autres "mainstream" (comme ses épisodes de Catwoman, écrits par Ed Brubaker).

Stewart possède un style en constante évolution, qui lui permet de s'adapter à tous les projets, et il a voulu à la fois rendre hommage au style de CC Beck tout en insufflant à ses pages une énergie contemporaine, un trait moins rond, plus nerveux. Cette option est payante puisqu'elle traduit visuellement à la perfection un monde et des personnages qui dégagent à la fois une fraîcheur et une étrangeté décalée tout à fait uniques.

Qu'il s'agisse d'animer le savant fou monologuant avec emphase qu'est Sivana, ses trois enfants en proie à divers complexes, Billy Batson dont la ressource principale est l'ingéniosité, Captain Marvel et la figure d'héroïsme immaculée qu'il représente, Stewart sait toujours faire preuve d'intelligence pour les représenter, leur donner des attitudes, des expressions, bonifiant le script. 

Le découpage alterne des pages très fournies avec des cases de dimensions variables et d'autres où la mise en scène s'adapte au spectacle pur, merveilleux, grandiose (le harponnage du rocher de l'éternité, l'apparition de la Société des Monstres, le retour de Captain Marvel dans la rame de métro qui mène directement au repaire de Shazam : autant de morceaux de bravoure mais cadrés avec justesse).

Il faut aussi mentionner la superbe colorisation, très nuancée, de Nathan Fairbairn, dont l'apport est déterminant dans la compréhension même de la clé du plan de Sivana.

La lecture de Thunderworld Adventures a une vertu revigorante : c'est un "feel-good comic", fabuleusement réalisée, un divertissement haut de gamme - 40 pages jubilatoires !

samedi 1 mars 2014

Critique 418 : JOE L'AVENTURE INTERIEURE, de Grant Morrison et Sean Murphy


JOE L'AVENTURE INTERIEURE (JOE THE BARBARIAN, en vo) est une mini-série complète en 8 épisodes, écrite par Grant Morrison et dessinée par Sean Murphy, publiée en 2008-2009 par DC Comics et traduite en France par Urban Comics en 2012.
Ce récit a reçu un accueil dithyrambique des deux côtés de l'Atlantique, confirmant la qualité des histoires non-super-héroïques de son scénariste (le registre dans lequel je le préfère) et l'éclosion de son dessinateur (déjà révélé par son roman graphique Off road, et confirmé depuis par son autre mini-série Punk rock Jesus).
Un adolescent, Joe Manson, vit seul avec sa mère (son père était militaire et a été tué en mission), et souffre de diabète. Seul chez lui, après une sortie scolaire, il a une crise d'hypoglycémie et se met à délirer. En proie à des hallucinations, il est transporté dans un monde inquiétant où, aux côté de son rat devenu un guerrier géant, il passe pour un prophète ("l'enfant-qui-meurt") susceptible de sauver un royaume des ténèbres. Quand il revient épisodiquement à lui, mal en point, il tente difficilement de gagner le rez-de-chaussée de sa maison pour y trouver un soda ou du sucre afin de stopper sa crise. Mais dans les deux cas de figure, de nombreuses épreuves l'attendent...  

Quand on lit une bande dessinée qui a aussi bonne presse, chez les spécialistes comme chez beaucoup de lecteurs, se dispute en vous un mélange d'excitation et d'appréhension : on est à la fois curieux de découvrir ce qui a pu séduire autant de monde et on craint de ne pas partager cet enthousiasme.
Visuellement, Joe l'aventure intérieure (un titre français peu inspiré, surtout de la part du traducteur illustre qui s'est occupé de l'ouvrage pour Urban Comics, le médecin et romancier Martin Winckler) est effectivement éblouissant et impose instantanément Sean Murphy comme un artiste très puissant et original. 
Etrangement, on pense moins à le relier à d'autres noms des comics maintream qu'à des dessinateurs indépendants comme Bill Watterson (le génial créateur de Calvin & Hobbes, qu'il cite d'ailleurs dans les très bons bonus de l'album) ou même à l'immense Franquin (Spirou & Fantasio, Gaston Lagaffe). Son trait possède ces mêmes vigueur, énergie, et plaisir de l'image. Le garçon a indéniablement un énorme talent, son dessin un volume impressionnant : on a là affaire à un graphiste qui a à coeur de "challenger" le script qui lui a été fourni, en fournissant esthétiquement une réponse à l'imaginaire débridé du scénariste. Les décors sont représentés dans des perspectives profondes, les jeux d'ombres et de lumières sont expressionnistes, l'expressivité des personnages est toujours juste, le découpage est le produit d'un concepteur qui s'est posé des questions précises sur la manière de rendre chaque vignette forte sans déséquilibrer la page.
Par ailleurs, Murphy, qui est plutôt adepte du noir et blanc (avec des contrastes poussés, des hachures qui évoquent Sergio Toppi ou Joe Kubert), a su laisser de la place aux magnifiques couleurs nuancées de Dave Stewart, qui adoucit justement les crayonnés et l'encrage si intenses.
Grant Morrison a toujours été pour moi une sorte d'énigme (il faut aussi dire que l'auteur entretient cette réputation de scénariste à la fois inventif et baroque) : je ne goûte guère à ses délires quand il les applique aux codes des super-héros car il en profite alors pour glisser des références trop pointues (et souvent excluantes donc) à ses intrigues. Il faut veiller à ne jamais écrire pour des exégètes quand on veut d'abord divertir : une série doit rester abordable pour être appréciable, sinon cela tourne vite au jeu des citations pour experts et plus du tout à la lecture distrayante.
En revanche, quand j'ai eu l'occasion de lire ses oeuvres plus "personnelles", dirons-nous, des mini-séries ou récits complets, je lui trouve un réel talent pour s'aventurer dans des territoires audacieux et accessibles. Le meilleur exemple, c'est WE3, avec son partenaire Frank Quitely, superbe triptyque qui est à la fois une histoire poignante, violente et très originale, une sorte de pendant au chef d'oeuvre de Brian K. Vaughan et Niko Henrichon, Pride of Baghdad.
Joe the barbarian (définitivement un bien meilleur titre, qui trouve son explication dans une très belle scène à la fin de la série) n'atteint cependant pas le niveau de WE3. Pourquoi ? Que lui manque-t-il ? Peut-être justement un peu plus de concision : 8 épisodes, même aussi dépaysants, bien rythmés, c'est tout de même un peu long. On sent parfois que Morrison tire un peu sur la ligne, que les péripéties s'enchaînent un peu trop automatiquement pour faire durer le voyage.
L'autre souci, pas très embêtant non plus mais bon, c'est qu'on remarque rapidement que le voyage de Joe, l'univers parallèle qu'il traverse, intéresse plus Morrison que le huis-clos, dont la teneur dramatique a pourtant un bon potentiel, de la maison, où les rebondissements sont plus forcés, artificiels (cette porte qu'oublie de fermer Joe dès le début, on sent bien qu'elle l'est pour introduire un danger ultérieur ; le parallèle entre la descente dans la cave et celui dans la tombe du chevalier de fer manque de subtilité). 
La référence évidente de Grant Morrison est, pour Joe l'aventure intérieure, le mythique Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay. On se frotte pas à un tel monument de la bande dessinée sans risque, et s'il n'est pas question ici d'avoir voulu l'égaler, la comparaison est cruelle, quelque soient le brio de l'écriture et des dessins. La poésie, l'émotion de ce classique sont inégalables, et le projet actuel n'est qu'un aimable divertissement à côté.
C'est sans doute injuste et sévère mais je suis donc ressorti de cette "aventure intérieure" en étant plus subjugué par son imagerie admirablement réalisée que par la tenue des promesses scénaristiques. C'est un peu la confirmation que Grant Morrison est un auteur qui sait s'entourer, mais presque trop bien, car quand il dispose d'un dessinateur capable de relever le défi de ses histoires, celui-ci l'éclipse.
Joe the barbarian est donc une mini-série paradoxale dans la mesure où elle se lit avec un grand plaisir mais qui, quand on l'a terminée, laisse un prégnant sentiment de frustration. Très beau, très bon, donc, mais pas ç'aurait pu être encore mieux.  

samedi 10 novembre 2012

Critique 360 : WE3, de Grant Morrison et Frank Quitely

WE3 est une mini-série en trois épisodes écrite par Grant Morrison et dessinée par Frank Quitely, publiée par DC Comics dans la collection Vertigo en 2004.
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Un projet militaire secret, pour remplacer les soldats sur les champs de bataille, a pratiqué des expériences sur des animaux pour les transformer en cyborgs de combat sous le nom de code "Animal Weapon 3", abrégé en "WE3". Après des tests effectués contre des trafiquants, l'armée décide de mettre fin au programme pour passer à un niveau supérieur et l'élimination de l'escouade composée d'un chien, d'un chat et d'un lapin.






L'extraordinaire séquence de l'évasion : 6 pages muettes
de 18 cases chacune aboutissant à une double-page.

Cet ordre, destiné à ne pas compromettre le sénateur Washington qui a autorisé ce projet, revient pour le professeur Roseanne Berry, responsable des 3 animaux, à non seulement tirer un trait sur ses travaux mais aussi à se détacher de ses cobayes pour lesquels elle s'est pris d'affection. Elle permet à "1", "2" et "3" de s'échapper, ce qui va déclencher une folle course-poursuite entre les bêtes entraînés à intervenir en groupe et lourdement équipés d'exosquelettes métalliques comportant un vrai arsenal et des soldats.
Lorsque les tentatives pour capturer et tuer les fugitifs se succèdent, le général et le chef du projetemploient les grands moyens en lançant à leurs trousses le terrifiant "4"...
*
Le premier élément qui étonne avec WE3 est sa couverture avec ses trois héros, un chien, un chat et un lapin, chacun vêtu d'un énorme exosquelette, en pleine nature. Cette image étrange, à la fois paisible et inquiétante, possède un pouvoir d'attraction irrésistible et promet déjà une histoire à nulle autre pareille...
Grant Morrison et Frank Quitely forment un duo complice dont chaque collaboration donne lieu à des comics atypiques, y compris dans le courant mainstream (New X-Men chez Marvel, All-Star Superman chez DC). Réunis, après le succès-culte de Flex Mentallo, les deux amis (qui passaient chez certains pour n'être qu'une seule personne à cause du pseudonyme et de la discrétion du dessinateur !) ont pu développer au sein du label adulte Vertigo cette mini-série où ils donnent le meilleur d'eux-mêmes.
L'histoire imaginée par Grant Morrison lui a été à l'évidence inspirée par la cause animale dont il est un défenseur, mais ne se résume pas une promotion pour la (People for the Ethical Treatment of Animals) : c'est d'abord et surtout une bande dessinée spectaculaire, riche en action, très violente, et simplement émouvante. On peut considérer WE3 comme le pendant du chef-d'oeuvre de Brian K. Vaughan et Niko Henrichon, Pride of Baghdad (également chez Vertigo).
En mettant en scène trois animaux domestiques, le scénariste oriente le regard du lecteur sur les armes et les scènes de guerre : transformés en créatures lourdement équipées, téléguidés comme des jouets meurtriers, "1", "2" et "3" infligent des blessures et des dégâts dont l'impact devient plus dérangeant encore. Pour contrebalancer la sauvagerie reprogrammée de ces pauvres bestioles, Morrison souligne l'aspect absurde de leur traque par l'armée dont les membres courent en fait après un chien, un chat et un lapin pour lesquels on ne peut s'empêcher d'éprouver de la tendresse, de la compassion et de la solidarité (ils ne cherchent jamais à se venger mais juste à se défendre).
Chacun des chapitres (plus longs que des épisodes traditionnels - une trentaine de pages) s'ouvre sur un avis de recherche des propriétaires de Bandit (un aimable labrador), Tinker (un adorable minet) et pirate (un inoffensif lapin) : le procédé, facile pour nous attendrir, n'est cependant pas surexploité par le script, tout comme les références à Frankenstein. Pour les modèles, il faut plutôt voir du côté du mélange entre le western et du manga (comme l'ont cité les auteurs) ou comme si Pixar/Disney osait un mix entre le dessin animé animalier et l'horreur. 

Par rapport à Pride of Baghdad, les trois protagonistes, s'ils parlent, ne communiquent entre eux que de manière archaïque, grâce à un appareil disposé sur leur crâne : le travail qu'a effectué Morrison pour inventer leur langage est très original, même s'il faut (en vf comme en vo) un temps pour s'y adapter. Pourtant, malgré l'économie de mots, tout est parfaitement clair et introduit même un surcroît de singularité aux situations et à la caractérisation - par exemple Bandit est obsédé par le fait de rentrer chez lui, dans sa maison, sans savoir où elle est (quand il croit y revenir, il n'arrive pas au bon endroit), et à se comporter comme un bon chien. Il a, comme ses compagnons, conservé ses instincts originaux, mais son comportement est substantiellement altéré par les expériences qu'il a subies et les liens qui l'unissent à Pirate et Tinker.
La morale de cette fable n'est pas aussi originale que le dispositif de l'intrigue et ses éléments : on comprend que les véritables bêtes, les vrais monstres, sont les humains, et le dénouement n'a pas la cruauté poignante du roman graphique de Vaughan et Henrichon, ni même sa puissance politique. Morrison est moins fin, moins subtil et vise d'abord l'efficacité, d'où un sentiment de "trop peu", avec une fin un peu expédiée.  
Mais, en l'état, WE3 reste une belle ode à la liberté, dont le titre à tiroirs (WE3 évoque à la fois We are three - nous sommes trois - et We are free - nous sommes libres) contient l'essentiel. On est émus par le périple de ces trois animaux, la brutalité du récit est percutante, et sa concision limpide contraste très agrèablement avec les scénarios (trop) cryptiques de Morrison dans la majeure partie de son travail (y compris sur des séries mainstream).
*

L'obsession du retour à la maison...

... Et d'être un bon chien...  

Le potentiel narratif de WE3 n'est donc peut-être pas complètement abouti, mais il reste sa partie graphique, et là, par contre, toutes les promesses sont tenues -et même au-delà.
Les planches de Frank Quitely (encrées digitalement et colorisées par Jamie Grant) sont effectivement d'une virtuosité exceptionnelle. Cet artiste, de son propre aveu profondément influencé par Jean "Moebius" Giraud, s'affranchit ici et se déchaîne en déployant des effets d'une inventivité renversante.
Il ne s'agit pas d'une succession de morceaux de bravoure, quand bien même certains séquences sont saisissantes (de l'évasion, avec six planches de 18 cases chacune, aux ripostes des héros dans des mosaïques de vignettes - jusqu'à 70 plans sur une double-page !), mais bel et bien d'une leçon de storytelling dignes des meilleurs storyboards d'animation.
Quitely exploite tous les outils que peut offrir une planche, ses cases, avec des perspectives claires valorisant des compositions audacieuses (caméra subjective, enchaînements d'une fluidité stupéfiante, plongées et contre-plongées toujours justes, panneaux déclinées figurant des ouvertures, des transitions, traductions en symboles de dialogues).
Le résultat a quelque chose de vertigineux et de grisant, des allures de démonstration. Ce qu'accomplit ici Quitely relève sans nul doute d'un travail parmi les plus audacieux et impressionnants des comics contemporains, au même titre que ce que produisent David Mazzuchelli, JH Williams, ou Chris Ware.  
*
Un peu manichéen, mais aussi troube, troublant, captivant et visuellement ahurissant, WE3 est une de ces bandes dessinées où scénariste et dessinateur semblent s'être d'abord fixés comme défi de se surpasser. Le lecteur y gagne une oeuvre réellement singulière et d'une rare puissance, vraiment mémorable.

mercredi 16 novembre 2011

Critique 281 : BATMAN - THE RETURN OF BRUCE WAYNE, de Grant Morrison, Chris Sprouse, Frazer Irving, Yanick Paquette, Georges Jeanty, Ryan Sook, Lee Garbett et Pere Pérez


Batman : the return of Bruce Wayne #1
(couverture et dessins de Chris Sprouse)

Batman : the return of Bruce Wayne #2
(couverture et dessins de Frazer Irving)

Batman : the return of Bruce Wayne #3
(couverture et dessins de Yanick Paquette)

Batman : the return of Bruce Wayne #4
(couverture de Cameron Stewart, dessins de Georges Jeanty)

Batman : the return of Bruce Wayne #5
(couverture de Ryan Sook, dessins de Ryan Sook et Pere  Pérez)

Batman : the return of Bruce Wayne #6
(couverture de Bill Sienkewicz, dessins de Lee Garbett et Pere Pérez)

Batman : The Return of Bruce Wayne est une mini-série en 6 épisodes écrite par Grant Morrison, publiée en 2010 par DC Comics. Chaque épisode est dessiné par un (voire deux) artiste(s) différent(s) (successivement Chris Sprouse, Frazer Irving, Yanick Paquette, Georges Jeanty, Ryan Sook, Pere Pérez, et Lee Garbett).
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Durant la saga Final Crisis (déjà écrite par Grant Morrison), Darkseid, blessé par Batman, le frappe à son tour avec ses rayons Omega. Pour tous les héros du Dark Knight, le justicier est mort, mais en vérité, il a été projeté dans le passé, à l'époque Néanderthalienne.
Le corps de Wayne est chargé de particules Omega, le transformant, à son insu, en une bombe vivante à retardement. Lors d'éclipses solaires, il est expédié au XVème siècle, puis au XIXème, au XXème siècle et de nos jours.
Bruce Wayne recouvre progressivement la mémoire tout en devant surmonter des épreuves propres à chaque époque où il atterrit : ainsi, il se bat contre une tribu menée par Vandal Savage durant son séjour dans la préhistoire ; contre un monstre au temps de pélerins en pleine chasse aux sorcières ; doit affronter Barbe-Noire le pirate ; à nouveau contre Savage et aussi Jonah Hex en plein western ; le Dr Hurt dans les années 40, et la JLA de nos jours.
En même temps, qu'à travers les âges on découvre la mythologie totémique de l'homme chauve-souris, se pose la question pour les acolytes du héros, qui comprennent qu'il a survécu mais représente un danger pour lui-même et eux, de savoir comment négocier le retour de Bruce Wayne : pourront-ils le sauver ou non ?
*
Grant Morrison a, quoi qu'on pense de son style (et de l'évolution de celui-ci), marqué de son empreinte le personnage de Batman en réinjectant dans ses aventures des éléments de son passé, issus des origines les plus obscures du titre. Il y a ajouté des ingrédients de son invention et a donc considérablement enrichi la mythologie de cette production.
Un tournant a eu lieu avec un projet qui pourtant n'avait aucun lien avec Batman : la maxi-série Seven Soldiers of Victory, où Morrison a abondamment puisé dans le terreau de Jack Kirby (lorsque le "King" officia chez DC dans les années 70). Des idées déjà explorés quand il écrivait la JLA ont servi alors à bâtir une oeuvre atypique, complexe mais passionnante.
Logiquement, l'étape suivante a été la rédaction d'une saga évènementielle où Morrison pourrait utiliser des personnages-phares de DC dans une trame qui bouleverserait profondèment sa chronologie : ce fut Final Crisis, un des crossovers les plus fumeux qu'ait produit l'éditeur, à l'histoire hermétique, truffée de références que même des initiés eurent du mal à décrypter. Résultat : un échec commercial, fraîchement accueilli par la critique, et finalement peu considéré par la suite (Geoff Johns devenant, via la série Green Lantern, le nouvel architecte en chef de DC).
Néanmoins, Final Crisis, malgré son côté indigeste, réserva deux moments forts, qui impactèrent à la fois le travail de Morrison - la disparition de Bruce Wayne - et celui de Johns - le retour de Flash version Barry Allen. 
Comme à chaque fois qu'un personnage aussi emblématique que Batman meurt, il est convenu qu'il reviendra tôt ou tard : Dick Grayson, ancien Robin et Nightwing, allait hériter du pseudonyme et du costume. Mais quid de Bruce Wayne ? Comme Steve Rogers chez Marvel, il n'était pas vraiment mort, mais ailleurs, et cette mini-série, comme Captain America : Reborn, allait expliquer comment il revenait parmi les siens.   

Cette histoire nous informe très vite sur le Grant Morrison qui l'écrit, et hélas ! c'est celui de Final Crisis. En clair, cela signifie qu'il faut s'accrocher pour y comprendre quelque chose, même si ça démarre mieux que ça ne se termine.
Effectivement, au début, la série, même si elle souffre déjà de dialogues alambiqués, derrière lesquels on devine moults charades, est assez sympathique et dépaysante. On est transporté à l'époque néanderthalienne, en pleine guerre tribale, et l'ennemi est familier puisqu'il s'agit de l'immortel Vandal Savage (souvent vu dans la série JSA et son relaunch). Morrison semble s'amuser à faire le plus kitsch possible avec ces homo sapiens en peau de bête peu frileux et primaires.
Ensuite, on passe brutalement à la période de la chasse aux sorcières dans les environs de Gotham. Le récit devient déjà plus coriace, mais c'est assez rythmé pour qu'on ne s'ennuie pas et l'atmosphère fanatique des pélerins intégristes est prenante.
Le meilleur de la série arrive avec l'épisode mettant en scène la quête d'un trésor avec des pirates. Miraculeusement, Morrison fait simple et livre un chapitre palpitant, sobre. Miraculeusement, car après, c'est le drame...
On pouvait espérer beaucoup du segment se déroulant en plein farwest puisque n'importe quel lecteur de Batman sait que le justicier s'est d'abord inspiré de cette époque et du film Zorro avec Douglas Fairbanks quand il a décidé de faire le bien. Malheureusement, alors qu'un duel avec Jonah Hex était annoncé (avec le retour dans le jeu de Vandal Savage), et bien que la narration misait sur un Bruce Wayne muet, c'est un ratage total. Le décor, les personnages, la situation, rien n'est correctement exploité.
Prochain et avant dernier arrêt dans les années 40 : Morrison redresse un peu la barre, invoquant le Spirit de Will Eisner mais surtout revenant sur des points qu'il a creusés dans la série Batman, avec des personnages comme la référence à la société secrète du "Black Glove" et de son leader, le Dr Simon Hurt (au centre de l'arc Batman : R.I.P.). On se dit alors que le scénariste prépare un final prometteur où,en ramenant le héros de nos jours, il bouclera en fait tout son run, résolvant bien des énigmes, réglant son compte à bien des ennemis tout en sauvant et en resituant Batman... Mais non.
Au lieu d'un épilogue magistral, on a droit à une conclusion grotesquement bricolée, totalement incompréhensible, où ni le retour tant attendu ni les rôles de Red Robin, la JLA, Rip Hunter n'ont droit à un traitement à la hauteur. Bruce Wayne est effectivement ramené, reprend son alias et sa cape... Mais en gardant pour lui le sens des sauts dans le temps, des éclipses solaires, de sa guérison aux rayons Omega. Rarement aura-t-on assisté à un climax aussi piteux (certes Ed Brubaker avec Captain America : Reborn n'avait pas été très inspiré, mais au moins son dénouement était moins prétentieux).
Le véritable intérêt de cette saga est souterrain, au propre comme au figuré : on saisit bien l'importance des grottes du manoir Wayne, le culte de la chauve-souris dont Bruce est le dernier pratiquant, l'aspect totémique, l'intelligence supérieure du héros et sa détermination. C'est donc d'autant plus frustrant que ce ne soit pas sur ces points que Morrison ait choisi d'articuler son récit, se contentant d'allusions comme s'il ne s'adressait qu'à des habitués d'un club, et échouant lamentablement à donner un souffle vraiment épique à cette "résurrection".
*
Le scénario ne tenant pas ses engagements, au moins pouvait-on espérer que la partie graphique, sans sauver l'entreprise, lui confère un vrai cachet. Mais, là aussi, le bilan est mitigé.
La première moitié de l'aventure (préhistoire, chasse aux sorcières, pirates) est brillamment servie par trois artistes en grande forme : d'abord, Chris Sprouse et son style élégant, vif, même si on sent bien qu'il n'y a pas mis autant de coeur que pour ses Tom Strong ; ensuite les planches en couleur directe de Frazer Irving comme des tableaux baroques, hallucinés, et enfin Yanick Paquette très "Bryan Hitch-iesque", traduisant à merveille le périple dans les grottes et les trognes des pirates.
Après ça, la prestation de Georges Jeanty est vraiment affligeante et l'on rêve de ce qu'aurait pu faire Cameron Stewart, initialement prévu pour ce chapitre westernien. Ryan Sook relève le niveau sans problème avec des images souvent sublimes, mais il n'assure que la moitié de sa tâche, supplée par Pere Pérez qui imite son style avec habileté mais sans personnalité. On retrouve d'ailleurs Pérez dans ce rôle à l'ultime étape où, là encore, Lee Garbett, un clone d'Olivier Coipel (sans la puissance du français), n'est pas capable de réaliser ses trente pages.
Il est lamentable de constater encore une fois l'incapacité de DC de composer une équipe d'artistes respectant les délais (Blackest Night ayant été la récente exception) et cela mine cette série qui souffrait déjà d'une histoire difficile à appréhender telle qu'elle a été traitée. Marvel maintient ses dessinateurs sur chaque event, quitte à prendre du retard, et cela donne une bien meilleure facture à chaque projet. Relisez les différentes "Crisis" de DC, ce sont toujours des fresques boursouflées, parfois jubilatoires dans leurs excés, mais vieillissant plus mal visuellement que chez la distinguée concurrence.
*
Avant et pendant (avec la série Batman & Robin) et après (Batman Incorporated) cette série, Grant Morrison a continué à alimenter le Dark Knight, réussissant à corriger le tir. Mais, en l'état, The return of Bruce Wayne est quand même un gros ratage, une histoire absconse, et inégalement illustrée. C'est regrettable, mais cela signifie peut-être que le scénariste, qui s'est souvent mesuré, voire attaqué, à Alan Moore, n'a pas le génie de l'auteur d'un vrai grand classique de Batman, le mythique Killing Joke.  

vendredi 13 novembre 2009

Critique 112 : SEVEN SOLDIERS OF VICTORY, par Grant Morrison

(Ci-dessus : les deux couvertures unifiées de l'édition hardcover, signées Ryan Sook.)

(Ci-dessus : dans quel ordre faut-il lire la série, selon son auteur...)






Seven Soldiers Of Victory est une maxi-série écrite par Grant Morrison et publiée par DC Comics. Il s'agit plus précisèment de sept mini-séries interconnectées, encadrées par un prologue et un épilogue. Ces séries constituent une nouvelles version des Seven Soldiers of Victory et de leur combat pour sauver la Terre contre les Sheeda.
Cette "méta-serie" (comme l'a nommé Grant Morrison) compte 30 épisodes.
Seven Soldiers #0 et #1 sont dessinés par J.H. Williams III.
Le reste compte sept mini-séries de quatre épisodes chacune :
- Shining Knight, dessiné par Simone Bianchi ;
- Manhattan Guardian, dessiné par Cameron Stewart ;
- Zatanna, dessiné par Ryan Sook ;
- Klarion, dessiné par Frazer Irving ;
- Mister Miracle, dessiné par Pasqual Ferry (#1) puis Freddie Williams II (#2-3-4) ;
- Bulleteer, dessiné par Yanick Paquette ;
- Frankenstein, dessiné par Doug Mahnke.
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- Dans le premier chapitre de cette histoire, le Vigilante rassemble avec un nouveau Spider (rebaptisé I, Spyder", apparemment le fils de l'original) une équipe de justiciers composée de Gimmix, Boy Blue, Dyno-Mite Dan et the Whip. Le groupe doit affronter l'Araignée de Buffalo Spider mais sera massacré durant cette bataille.
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Les sept mini-séries suivantes s'intéressent chacune à un personnage différent, indirectement connecté au premier groupe. Chacune de ces séries est illustrée dans un style différent, par un artiste différent, et chaque histoire explore un genre particulier.
L'idée centrale de Morrison est que ces sept personnages forment une part d'une intrigue globale pour un combat final, mais ils ne se rencontrent jamais (même si on trouve dans chacune de leurs aventures des références à ce qui arrive à un ou plusieurs des autres). Donc, c'est une équipe mais qui n'agit jamais collectivement.
Une explication à cela est fournie dans les séries Manhattan Guardian et Zatanna :
- dans la première, un homme nommé Ed Starsgard (alias Baby Brain) dit au Guardian que les Sheeda ont déjà attaqués l'humanité précédemment, fréquemment, et laissant daux survivants juste assez pour reconstruire avant un prochain assaut. Une prophétie affirme cependant que les Sheeda pourraient éventuellement être stoppés par sept soldats, donc ils ciblent leurs attaques à chaque fois sur un groupe de sept héros. A ces sept nouveaux soldats de se trouver pour contre-attaquer aujourd'hui.
- Dans la seconde, un fantôme remarque qu'il ya trop de coïncidences dans cette histoire et qu'un lien mystérieux semble toutes les unir. Cela justifierait que les Sept Inconnus de Slaughter Swamp auraient été les Sept Soldats désignés pour stopper les Sheeda.
*
Dans une interview, Grant Morrison fit remarquer que ces séries d'histoires (qu'il appelait "mégaseries" ou "métaséries") prenaient place après le crossover Infinite Crisis. Après en avoir parlé avec Morrison, Dan Didio, l'editor-in-chief de DC Comics, rectifia cette remarque et déclara que ces séries se déroulaient en fait une semaine avant Infinite Crisis.
*
La dernière bataille :
Après de multiples tribulations dans leurs propres mini-séries, les Soldats prennent finalement part à un ultime affrontement contre la Reine des Sheeda à New York, chacun des Soldats affectant différemment le cours du conflit sans savoir idée de sa globalité.
Le sommet de ce grand final est initié par Zatanna lorsqu'elle lance le sort appelant les Sept Soldats à frapper. Cette formule magique place chacun en position.
Après avoir voyagé jusqu'au royaume des Sheeda dans le futur, Frankenstein
s'empare de la forteresse volante de la Reine et la ramène dans le présent à New York. Ici et alors, elle peut être appréhendée par la justice grâce auu groupe d'intervention spéciale du paranormal, le S.H.A.D.E..
Lorsque la forteresse volante apparaît, le Shining Knight - qui a traqué la régente dans le futur - attaque avec succés la Reine en la blessant sévèrement et la laissant à la merci d'une attaque de I, Spyder, qui lui tire dessus avec une flêche et la laisse s'écraser dans les rues de New York.
Au même moment, le Manhattan Guardian
entraîne plusieurs milliers de New-Yorkais pour écraser les envahisseurs Sheeda.
Egalement, quasiment en même temps, Bulleteer surgit dans la rue en voiture, transportant son ennemie Sally Sonic à l'hôpital. Mais Sally reprend connaissance et agresse Bulleteer, qui perd le contrôle de son véhicule et percute la Reine des Sheeda. Le Guardian arrive sur place mais seule Bulleteer a survécu à la collision.Klarion, qui a débarqué dans New York depuis les entrailles cachées de la ville, a dérobé un dé magique au compère de Zatanna, Misty. Ensemble avec son propre dé, le jeune sorcier détient la Boîte-Père, un des trésors perdus de l'ancien super-héros Auraklés, et qui peut provoquer l'extinction des Sheeda. Klarion gagne la forteresse de l'envahisseur où il trouve Frankenstein sur lequel il use d'un sort pour l'obliger à ramener le vaisseau dans le futur où il pourra devenir le nouveau Roi des Sheeda. Ce faisant, Klarion devient donc le "traître" dénoncé dans la prophétie (révélée par Baby Brain au Guardian).
Enfin, Mr Miracle
affronte Darkseid dans son club. Darkseid explique qu'il avait donné la Terre aux Sheeda en échange d'Auraklés, le premier des super-héros. Mister Miracle s'offre lui-même en échange de la liberté d'Aurakles, ce qu'accepte Darkseid. Une fois Aurakles libre et Mister Miracle à sa merci, Darkseid abat ce dernier - ce qui en fait le soldat sacrifié décrit dans la prophétie. Mais Mr Miracle sera vu plus tard, sortant vivant de son tombeau, échappant même à la mort, lui, le "maître de l'évasion"...
*
Comment analyser une oeuvre pareille, si volumineuse, baroque et atypique, se suffisant à elle-même tout en se nourrissant de comics plus anciens - et alimentant des productions futures (en premier lieu la saga Final Crisis, où Darkseid plonge la Terre dans les ténébres) ?
D'abord, il faut le reconnaître, tout n'est pas bon et l'ensemble souffre de son aspect cryptique, débridé : on en sort littéralement lessivé, des images fortes plein dans la tête, mais aussi embrouillé, perdu, confus. Qui trop embrasse, mal étreint ?
L'ambition démesurée et la singularité de Morrison sont à la fois sa plus grande qualité - il propose vraiment un voyage à nulle autre pareil - et son plus grand défaut - le procédé, poussé comme ici à l'extrème, vous reste un peu sur l'estomac et à tout du repoussoir pour le néophyte en matière de production DC (qui souffre déjà bien assez d'être un éditeur aux histoires compliquées...).

Sur les 7 mini-séries, il y a déjà à boire et à manger, à prendre et à laisser, de quoi emballer mais aussi perdre les lecteurs, connaisseurs ou pas. Il n'y a pas besoin de chercher bien loin pour cela : le traitement graphique accrochera ou décrochera déjà la majorité des curieux.
Le merveilleux, comme Klarion, somptueusement peint par Frazer Irving, y côtoie l'affreusement laid, comme Shining Knight, par Simone Bianchi. Entre les deux existent des pépites comme Zatanna par Ryan Sook, qui a su dessiner la magicienne et son univers avec un talent rare ; Bulleteer, bien servie par un Yanick Paquette très à son aise avec cette héroïne malgré elle, pulpeuse et invulnérable ; ou Manhattan Guardian, où Cameron Stewart nous balade dans une virée hallucinée sur un rythme d'enfer.
Au milieu de tout ça subsiste une énorme frustration avec Mr Miracle : commencée par l'excellent Pasqual Ferry, l'artiste a quitté l'aventure après un seul épisode (pour aller chez Marvel), laissant la place au plus inégal Freddie Williams II, qui, sans être ridicule, échoue à restituer le charisme et le surnaturel du récit de ce personnage, pourtant central dans le projet global.
Enfin, on pourra préférer des travaux plus récents de Doug Manhke à son Frankenstein : parfois traversé de morceaux de bravoure mémorables, mais aussi de planches plus brouillonnes et surchargées, le résultat laisse un sentiment de "peut mieux faire".
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En revanche, impossible de ne pas être ébloui par les n° 0 et 1, ouvrant et fermant la marche : tous deux sont illustrés par le génial (et je pèse mes mots) JH Williams III, qui fait ici une démonstration de force.
Le chapitre inaugural est déjà impressionnant, évoquant le Moebius des grands jours dans un mix improbable de western et d'épouvante, avec une mise en couleurs bluffante.
Mais la conclusion de cette fresque est d'un niveau pictural encore supérieur : Williams III y imite les styles de huit autres artistes de la série avec un brio fabuleux mais s'autorise même une reproduction de Jack Kirby qui en laissera plus d'un sans voix tant elle est parfaite.
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Le scénario, quant à lui, inspire donc un sentiment plus partagé. Grant Morrison n'est d'abord pas capable de nous passionner à chaque fois pour chacun de ses Sept Soldats :
- ainsi, le parcours du Shining Knight est confus et le sort du personnage n'est guère intéressant en soi - il apparaît en trop grand décalage par rapport aux autres, provenant d'une milieu trop éloigné (le monde de la chevalerie mythique), avec en outre une révèlation qui n'apporte rien de plus (Justin est en fait une fille ayant dissimulé sa sexualité pour prendre les armes).
- Parfois aussi, Morrison nous raconte une histoire qui sans être déplaisante ne se raccroche qu'in extremis au propos de sa saga : c'est le cas de Bulleteer, anti-héroïne pourvue de pouvoirs accidentellement, découvrant les moeurs douteuses de son défunt mari et combattant une méchante perverse et cinglée, avant d'être abordée par le Vigilant (ou son fantôme ?)... Dont elle repousse l'offre d'intégrer sa bande de Soldats !
A côté de ça, le scénariste parvient à nous embarquer dans des univers parallèles fascinants.

- Zatanna est ainsi décrite de manière savoureuse comme une accro à la magie dont la "toxicomanie" a provoqué la mort de plusieurs amis magiciens alors qu'elle voulait retrouver son père. Sa rencontre avec une apprentie, leur périple rocambolesque, à la fois comique, absurde et effrayant, est réjouissant.
- Le récit du Manhattan Guardian est construit sur un postulat original : celle d'un homme ordinaire qui devient super-héros en représentant un journal. Une de ses enquêtes l'emmène dans les profondeurs de New York où deux gangs rivaux se disputent à coups de détournements de rames de métro, dans une ambiance foutraque, aussi hallucinée qu'hallucinante. Mais en même temps, Morrison décrit avec justesse l'évolution de son héros qui perd beaucoup dans l'affaire tout en acceptant finalement d'essayer de sauver le monde.
- Enchanteresse est la trajectoire de Klarion, adolescent fuyant la société souterraine, mythique, secrète, où il a grandi pour débarquer en ville, esquiver le mal absolu puis trahir tout le monde en finissant par aller s'emparer du trône des Sheeda. Plein de malice, ce récit est peut-être le plus réussi de tous car c'est celui où Morrison parvient à nous entraîner où il veut tout en prenant le lecteur totalement à contre-pied à la fin.
- Saisissante est parfois l'errance de Frankenstein, mais parfois seulement : pour en arriver là où il sera, il n'y avait certainement pas besoin de quatre épisodes. Le personnage possède un charisme évident, quelques scènes sont fulgurantes, mais il subsiste une impression d'inachevé, d'inaccompli. C'est dommage.
- Par contre, la lutte désespérée de Mr Miracle est narrée avec une habilité envoûtante : toute sa série est à l'image du personnage, tenant dans un tour de passe-passe, et la pirouette finale suggérant qu'il a même réussi à échapper au châtiment de Darkseid est de la même veine. C'est jubilatoire et ça confirme que Morrison est le plus à l'aise dans ce registre, celui où il décrit une magie complexe, rompant avec les clichés de la représentation de cet exercice. Mr Miracle étant un héros évoquant Harry Houdini, lui-même roi autoproclamé de l'évasion, on peut dire que Morrison, de la même façon, sait se libérer des chaînes que les comics lui a posé... Quelquefois, en tout cas.
*
A mon humble avis, la meilleure manière d'apprécier cette entreprise est de la lire en recueils et comme un récit expérimental, en acceptant le fait que certains éléments vous échappent, en se laissant prendre au jeu tout en ne maîtrisant pas l'entièreté du projet.
Grant Morrison ne caresse pas forcèment le lecteur dans le sens du poil et nul doute qu'on peut puisse taxer son travail d'hermétique, voire de prétentieux. Mais c'est aussi un objet unique, très personnel, qui sort des sentiers battus tout en jonglant avec les codes basiques des comics super-héroïques - personnages costumés aux pouvoirs et aux destins extraordinaires affrontant une menace d'envergure - le tout avec un sens de l'ambiguïté rare - car, au fond, on n'est jamais sûr que tout cela soit autre chose qu'une vaste farce pour l'auteur.
La récurrence des figures magiques dans le récit en donne la clé : on ne sait pas comment c'est fait, ni même si ça signifie quelque chose, mais on est souvent subjugué par ce livre fou, inclassable, déraisonnable.
La beauté du projet l'emporte sur sa qualité en définitive : si on cherche des sensations fortes, suivre ces Sept Soldats vous en garantit. On le lirait pas ça tous les jours mais la parenthèse est puissamment dépaysante ! 

vendredi 19 juin 2009

Critique 63 : INFINITE CRISIS - 52, de Geoff Johns, Grant Morrison, Greg Rucka, Mark Waid et Keith Giffen






52 est une maxi-série publiée hebodomadairement par DC Comics, à partir du 10 Mai 2006, une semaine après la sortie du dernier épisode du crossover Infinite Crisis.
Au scénario ont collaboré quatre des plus brillantes plumes de la firme (et même de l'industrie) : Geoff Johns, Grant Morrison, Greg Rucka, et Mark Waid.
La direction artistique a été confiée à Keith Giffen, qui en a découpé graphiquement tous les épisodes, fournissant le cadre à plusieurs dessinateurs.
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52 compte, comme son titre l'indique, 52 volets, édités à raison d'un par semaine sur une année entière, chroniquant les évènements survenus durant "l'année perdue" après le dénouement d' Infinite Crisis. La série concerne la globalité de l'univers DC à travers les trajectoires de plusieurs de ses personnages, trajectoires parfois convergentes et formant une vaste fresque cohérente.
A partir du numéro 2, un complèment a été ajouté à la série - et ce, jusqu'au n°11 - où une seconde équipe créatrive, emmenée par Dan Jurgens, relatait l'Histoire du DC Universe : la narratrice en était Donna Troy. Dans le dernier chapitre de cette rétrospective (fort utile pour le non-initié), l'enregistreur d'Harbinger et un nouveau Monitor informaient Donna Troy qu'elle aurait dû mourir à la place de Jade (fille d'Alan Scott, alias Green Lantern I/Sentinel, un des vétérans de la JSA, et soeur d'Obsidian)...
Autre bonus de 52, à partir du n°12 jusqu'au 51, les origines de personnages emblématiques du "DCverse" étaient résumées en deux planches, rédigées par Mark Waid et illustrées par plusieurs artistes.
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Booster Gold :
- Comme nous l'avons vu à la toute fin d'Infinite Crisis, Superman, Batman et Wonder Woman décident de cesser leurs activités héroïques. Les autres justiciers font alors ériger un mémorial en hommage à Connor Kent/Superboy à Metropolis. C'est à cette occasion que l'aventurier venu du futur Booster Gold se fait remarquer en annonçant l'arrivée de Superman, Batman, et Wonder Woman. Lorsque l'assemblée présente sur place comprend son erreur, Booster Gold accuse son partenaire, le robot Skeets (qui a en mémoire tous les évènements survenus à cette époque), de lui avoir fourni une mauvaise information.
Lorsque, plus tard, Skeets donne à nouveau des signes de disfonctionnement, Booster décide de gagner la base dans le désert du voyageur temporel Rip Hunter pour qu'il examine le robot Mais une fois arrivé à son bunker, il n'y trouve personne et découvre plusieurs tableaux noirs remplis de notes cryptées et de photos - dont certaines où il figure avec Skeets et indiquant "sa faute".
La réputation de Booster est définitivement ruinée après que soit révèlée au grand jour ses manoeuvres peu scrupuleuses pour conserver ses nombreux partenariats commerciaux (acquis grâce à ses bonnes actions en l'absence de Superman à Metropolis). Pour ne rien arranger, un nouveau et mystérieux justicier nommé Supernova fait son apparition et séduit rapidement le public par ses interventions aussi providentielles que désintéressées.
Booster tente de regagner les faveurs des citoyens en les protégeant de l'explosion d'un sous-marin nucléaire. Mais il disparaît tragiquement en sauvant la vie de Supernova. Skeets aborde alors l'ancêtre de Booster, Daniel Carter, pour le convaincre de réaccèder au laboratoire de Rip Hunter. Lorsqu'il réalise que ce dernier était au courant de son plan secret, le robot piège Daniel Carter dans une boucle temporelle à l'intérieur du bunker et part à la recherche de Hunter lui-même.
C'est ainsi qu'en suivant Supernova il retrouve Rip Hunter dans la cité de Kandor, contenue dans une cloche de verre. La vérité lui apparaît alors que Supernova n'est autre que Booster Gold, ayant maquillé sa mort avec l'aide de Hunter pour cacher à Skeets leurs vraies intentions. Hunter et Supernova/Booster essaient de pièger Skeets dans la Zone Fantôme, mais le robot absorbe cette dimension parallèle et poursuit ses deux adversaires à travers cette faille temporelle.

Ralph Dibny :
- De son côté, Ralph Dibny, alias Elongated Man, ne se résoud pas à la mort de sa femme (tué par Jean Loring dans Identity Crisis), Sue, et il décide de mener l'enquête lorsque sa tombe a été vandalisée avec une inscription ressemblant au signe de Superman, le symbole kryptonien pour la résurrection.
Il va interroger Cassandra Sandsmark qui lui avoue qu'elle a rejoint un groupuscule prêchant le possible retour à la vie de Connor Kent/Superboy. Elle pense ce miracle probable et convainc Ralph qu'il pourrait ainsi retrouver Sue.
Avec quelques amis (Green Lantern, Green Arrow, Metamorpho...), Ralph inflitre une cérémonie de ce groupe et y mettent fin. Mais leur intervention provoque un incendie, vite jugulé, au milieu duquel l'effigie de Sue en flammes se met à ramper jusqu'à son mari. Cette brêve manifestation plonge Dibny dans une profonde dépression, au bord de la folie.
A peine remis de ses émotions, mais désormais persuadé qu'il peut retrouver Sue, Ralph cherche et trouve le casque du Dr Fate, toujours animé et qui lui promet à son tour un contact avec sa défunte épouse contre certains sacrifices...
Dibny embarque avec le casque de Fate pour un périple à travers les différents au-delà de diverses cultures, où il accepte d'utiliser la magie pour son usage personnel. Après plusieurs tentatives infructueuses pour ramener sa femme à la vie, Dibny lance un sort dans la Tour du Dr Fate avant de coiffer le casque de ce dernier : il découvre alors que le sorcier Felix Faust a négocié l'âme de Sue avec le démon Neron en prenant l'apparence de Nabu (à qui Fate doit ses pouvoirs) et en échange de sa liberté.
Neron tue Dibny mais réalise ensuite que celui-ci l'a piègé avec Faust par un sortilège dans la Tour de Fate. Ralph et Sue sont enfin réunis dans la mort sous la forme de fantômes détectives.

Lex Luthor :
- Par ailleurs, Lex Luthor annonce le lancement du "Projet Everyman", un programme conçu pour dôter n'importe quel humain ordinaire de super-pouvoirs. Au même moment, John Henry Irons désactive l'armure de sa nièce Natasha après avoir voulu, en vain, lui inculquer qu le statut de justicier se méritait, impliquait le sens des responsabilités.
En réponse à cette punition, Natasha rencontre Luthor pour intégrer le "Projet Everyman" et provoque la colère de son oncle auquel Lex inocule une solution qui transforme progressivement sa peau en acier. Lorsqu'elle découvre le nouvel état de John Henry, Natasha croit qu'il s'est inscrit au programme de Luthor et l'accuse de s'être comporté en hypocrite vis-à-vis d'elle.
La jeune femme reçoit des super-pouvoirs et devient membre de l'équipe d'agents de Luthor, baptisée Infinity, Inc.. Irons apprend que Luthor peut priver lorsqu'il le souhaite ses cobayes de leurs facultés surhumaines, expirant au bout de six mois.
Ces soupçons se confirment lorsqu'une des co-équipières de Natasha perd subitement ses pouvoirs lors d'un combat et meurt contre l'adversaire qu'elle afrontait. Irons se sert de ce drame pour regagner la confiance de sa nièce et la convaincre des mauvaises intentions de Luthor.
Lex est frustré car, en vérité, des examens médicaux révèlent qu'il ne peut profiter du traitement dont il fait bénéficier ses recrues. Pour se venger, il désactivate les pouvoirs de la majorité des sujets du "projet Everyman" le soir du Nouvel-An, entraînant leur chute mortelle depuis le ciel de la ville où ils paradaient.
Désormais, Natasha va oeuvrer pour démasquer Luthor. Mais ce dernier découvre que ses employés lui ont menti par peur qu'il puisse , lui aussi, acquérir des capacités surhumaines : ainsi s'administre-t-il lui-même le traitement pour obtenir les pouvoirs de Superman. Il apprend ainsi que Natasha l'espionne et la brutalise jusqu'à ce qu'Irons et les Teen Titans assaillent le siège de Lexcorp et le neutralisent pour le livrer à la justice.
Beast Boy offre ensuite à Natasha de les rejoindre au sein des Teen Titans, mais elle préfére former sa propre équipe avec son oncle.

Animal Man, Starfire et Adam Strange :
- Animal Man, Starfire, et Adam Strange ont, quant à eux, échoué sur une planète extra-terrestre après les évènements d'Infinite Crisis. Ils fuient les troupes de Lady Styx, dont les plans de conquête spatiale doivent aboutir à la destruction de la Terre.
Le trio est aidé par Lobo, qui possède l'Oeil d'émeraude d'Ekron et clâme qu'il s'est converti à une existence pacifique et pieuse au service des Dauphins de l'espace. En vérité, Lady Styx a engagé Lobo pour capturer les trois héros.
Lorsqu'il les livre à elle pourtant, c'est pour mieux la combattre. Lobo avoue alors que l'Oeil d'émeraude d'Ekron appartient en fait à un membre des Green Lanterns, depuis à sa poursuite - l'oeil étant son anneau de puissance.
Durant le combat contre Lady Styx, Animal Man a été empoisonné par une toxine et trouve la mort. Starfire et Strange abandonnent sa dépouille et repartent. Animal Man revient ensuite à lui, entouré par des extraterrestres qui renforcent ses anciens pouvoirs au point qu'il fait désormais corps avec tout être vivant dans l'univers. Dôté des facultés des Mangeurs de Soleil, il s'en sert pour rejoindre la Terre mais il est poursuivi par les sbires de Lady Styx. Mais Starfire resurgit pour les tuer juste avant qu'ils n'arrivent chez lui.
Black Adam, la Question, Renee Montoya et Batwoman  :
- En parallèle, Black Adam, le monarque surhumain du Kahndaq, forme une alliance avec plusieurs autres pays opposés à la suprématie des Etats-Unis. Offerte à lui comme esclave, Adrianna Tomaz explique à Adam comment il pourrait utiliser ses pouvoirs pour pacifier le monde en commençant par aider son peuple.
Adam convainc Captain Marvel de donner à la jeune femme le pouvoir d'Isis : à ses côtés, il libère d'un camp plusieurs enfants en Afrique.
Pendant ce temps, la Question, Renee Montoya, et Batwoman découvrent que l'organisation criminelle Intergang se prépare à prendre le contrôle de Gotham City. La Question et Montoya s'envolent pour le Kahndaq pour mener l'enquête à ce sujet et contrecarrent un attentat kamikaze lors du mariage de Black Adam et Isis.
En remerciement, Adam les reçoit avec les honneurs. La Question, Montoya, Isis et Adam mettent à jour un lieu de culte consacrant la Bible du Crime et dirigé par Intergang. Parmi les enfants utilisés par l'organisation lors de ces célébrations se trouve le frère d'Isis, Amon, et Adam partage ses pouvoirs avec lui pour le transformer en un nouvel Osiris.
Osiris devient l'ami d'un crocodile humanoïde mal dans sa peau, Sobek, et l'invite à se joindre la famille Marvel. Cependant, Adam et Isis informent les membres de leur coalition politique que le Kahndaq n'est plus intéressé par leur projet de contre-pouvoir aux américains.

Black Adam et Isis :
- Will Magnus, le créateur des Metal Men, est enlevé et conduit sur l'ïle d'Oolong Island, où Intergang et Chang Tzu retiennent plusieurs autres scientifiques pour y développer de nouvelles armes. Magnus est privé de ses anti-dépresseurs et on lui confie la construction d'un androïde en Plutonium, mais le savant en profite pour confectionner en secret des copies miniatures de ses Metal Men.
Ses "confrères" donnent vie à trois des Quatre Cavaliers d'Apokolips pour supprimer Black Adam.
De son côté, ne croyant pas à la reconversion de Black Adam, Amanda Waller s'arrrange pour ruiner la réputation d'Osiris en l'attirant dans un traquenard où il est filmé en train de tuer un adversaire. Le film fait la "Une" des journaux télévisés et provoque un scandale.
Comme une malédiction, en réponse au drame causé par Osiris, une pluie acide s'abat sur le Kahndaq. Convaincu qu'il est responsable de cette calamité, Osiris demande à Captain Marvel de lui ôter ses pouvoirs mais Isis et Black Adam le ramènent au Kahndaq.
Sobek manipule Osiris pour qu'il reprenne sa forme mortelle d'Amon et le dévore, révèlant qu'il n'est autre que le Quatrième Cavalier d'Apokolips, la Famine. Les trois autres Cavaliers attaquent Black Adam et Isis, qui est empoisonné par la Pestilence et meurt après avoir obtenu d'Adam qu'il les venge, elle et son frère.
Fou de rage, Black Adam dévaste le
Bialya, pays où sont basés les Quatre Cavaliers, et les extermine sans pitié, en s'acharnant sur la population civile. Puis il attaque l'île d'Oolong mais les savants le capturent et l'emprisonnent.
La JSA prend l'île d'assaut pour arrêter Adam et les scientifiques, mais Adam s'échappe et sème la terreur et la désolation tout autour du globe, tuant plusieurs surhumains qui veulent lui barrer la route.
Les super-héros unissent leurs forces pour maîtriser Black Adam et permettre à Captain Marvel de lui retirer ses pouvoirs, après avoir convaincu le panthéon égyptien de le re-transformer en son alter-ego humain Teth-Adam : il errera désormais comme un vagabond, incapable de se rappeler la formule magique "Shazam".

Batwoman :
- La Question et Montoya se rendent chez Richard Dragon à Nanda Parbat, où Renee apprend que Vic Sage se meurt d'un cancer et veut qu'elle prenne sa succession. Après avoir découvert dans la Bible du Crime une prophétie impliquant le sacrifice de Batwoman, ils la rejoignent pour lutter contre Intergang à Gotham city.
Mais l'état de santé de la Question empire et Montoya le ramène à Nanda Parbat dans l'espoir de lui sauver la vie. Pendant ce temps, Intergang découvre l'identité secrète de Batwoman, qui est la richissime Kathy Kane et l'enlève pour la sacrifier selon la prophétie.
Vic Sage mort, Montoya sous le masque de la Question contacte Nightwing et un espion inflitré au sein d'Intergang, Kyle Abbot, pour sauver Batwoman. Hélas ! Elle ne peut empêcher le caïd Bruno Mannheim de blesser Kathy Kane avec une dague lors de la messe noire qu'il dirige. La jeune femme survit quand même et, après s'être rétablie, remarque le Bat-Signal activé par Montoya pour inciter Batwoman à reprendre du service.

Rip Hunter :
- Aux trousses de Rip Hunter et Booster Gold dans la Zone Fantôme, le redoutable Mister Mind se trouve en fait dans le corps métallique de Skeets, dont il s'est servi comme d'un cocon pour se métamorphoser en un gigantesque et monstrueux dévoreur du Temps.
Rip Hunter et Booster s'enfuient à la fin de l'Infinite Crisis où ils assistent à la création secrète de 52 univers parallèles identiques, que Mister Mind tente de consommer.
Daniel Carter réapparaît comme le nouveau Supernova et sauve Hunter et Booster, restaurant du même coup le processus spatio-temporel de la Zone Fantôme. Mister Mind altère le cours des évènements des 52 universes, créant ainsi de nouvelles histoires et de nouveaux status quo pour chacun d'entre eux.
Booster et Supernova piègent Mister Mind dans la capsule de Skeets et le renvoient dans le passé, un an avant, où il est capturé par le Dr. Sivana, prisonnier d'une booucle temporelle pour l'éternité.
Hunter, Booster et Supernova s'entendent pour garder secrète l'existence du multiverse restauré tandis que Will Magnus répare Skeets d'après une copie qu'il en avait faite.

*
Avant d'aller plus loin, on peut ajouter ceci : en parallèle à la 50ème semaine, une mini-série en 4 volets intitulée World War III dépeignit la bataille opposant la communauté des super-héros contre Black Adam. On y assistait à la transformation d'Aquaman en Seigneur des Profondeurs, au changement de physionomie du Martian Manhunter, à la reconversion de Donna Troy, au retour de Supergirl à notre époque, au nouveau rôle de Jason Todd comme Nightwing, et à la déchéance maléfique de Cassandra Cain aux côtés de Deathstroke. Cette production est un complèment dispensable à 52, même si elle permet de comprendre les modifications subies par ses personnages par la suite.

Une comparaison à la fois facile et éloquente pour apprécier cette épopée ? Pensez à la série télé Lost : dans les deux cas, bien que le média et la confection soient différents, on se trouve dans ce qu'on appelle le "méta-folklore", c'est-à-dire un objet artistique référentielle, qui fonctionne justement en multipliant les clins d'oeil et en semant des indices discrets. Le procédé est extrèmement ludique car on peut apprécier l'ensemble sans pour autant connâitre tout ce à quoi il se rapporte, et en étant attentif ou tout bonnement joueur, vous aurez le plaisir d'embarquer pour une destination inattendue et vous vous rendrez compte que tout ce dont vous aviez besoin pour saisir l'histoire était sous vos yeux (presque) dès le début.
Le premier atout de 52, c'est justement de nous donner pour guides des personnages de seconde zone : promues au rang d'improbables vedettes de ce feuilleton, elles n'ont pas l'assurance des héros auxquels on est sûr que rien de (vraiment) grave n'arrivera et, en conséquence, le récit gagne en suspense. Il faut d'ailleurs peu de temps pour se familiariser avec ces protagonistes méconnues et les apprécier car les auteurs les précipitent (et nous avec) dans un authentique tourbillon d'évènements, qui ne leur laisse pas le temps (et nous non plus) de réfléchir.
On est donc vite intrigué, ému, amusé, etc, par Booster Gold, l'arriviste sans scrupules au coeur d'un complot énorme ; Black Adam, l'implacable tyran découvrant l'amour ; Ralph Dibny, le veuf inconsolable prêt à tout pour revoir sa bien-aimée ; Steel, aux prises avec sa nièce et le machiavélique Luthor ; Renee Montoya, partagée entre son attirance pour Batwoman et son association avec la Question ; Animal Man, essayant de contrer avec Starfire et Adam Strange une terrible conquérante.

52, c'est une longue marche dans l'univers DC, sans les arbres qui cachent la forêt : écartée la "trinité" (Superman, Batman, Wonder Woman), on redécouvre le frisson en s'inquiétant pour des héros beaucoup moins connus, donc moins protégés, susceptibles d'y passer à tout moment, et dévoilant une psychologie complexe. On s'attache à eux progressivement et cela participe aussi à la bonification de l'ensemble : tout ne nous est pas donné d'entrée de jeu, nous ignorons qui gagnera, qui perdra, qui survivra ou mourra - pour le savoir, il faudra suivre jusqu'à la fin les histoires des protagonistes.

L'autre expérience savoureuse que permet 52, c'est d'apprécier une autre mesure du temps dans la bd : l'histoire s'étirant sur toute une année, peu ou pas d'elllipses, et donc l'opportunité de lire autrement, de goûter à des intrigues initialement parallèles puis qui finissent par converger, se croiser et repartir dans des directions inédites. Cette saga renoue avec la veine du feuilleton, c'est-à-dire d'un récit qu'on est obligé de suivre du début à la fin, qui ne permet pas de sauter un épisode. Plusieurs genres sont ainsi explorés pour enrichir la trame principale et varier les plaisirs : c'est tout à la fois un "soap opera", un mélodrame, un polar, un récit d'aventures, initiatique, fantastique, une série B, un "space opera", une histoire de gangsters, de sociétés secrètes, une métaphore religieuse, une parabole politique, une comédie, une romance, une tragédie... Tout est mouvement, action : vous êtes dans une centrifugeuse, un accélérateur de particules, où tous les délires sont permis pour maintenir votre intérêt éveillé. Et c'est absolument jubilatoire si, là encore, on accepte de se prêter au jeu.

- La clé de la série, c'est le tableau de Rip Hunter que découvre Booster Gold dans le bunker de l'explorateur du temps : y sont inscrits une multitude de données d'abord incompréhensibles mais qui prendront tour leur sens par la suite. Et pour ce qui ne sera pas éclairci, c'est une manière pour les scénaristes de suggérer des pistes possibles pour le futur du "DCverse", comme ds pirouettes narratives qui nous mettent l'eau à la bouche : par exemple, lorsque Will Magnus, avant d'être emmené de force sur l'île d'Oolong, rend visite au savant T.O. Morrow, créateur de Red Tornado (membre de la JLA), qui mentionne d'autres androïdes de son invention (comme Red Volcano) - or, on n'a jamais vu ce Red Volcano nulle part avant ! Mais l'idée qu'il puisse exister a le potentiel d'une future histoire...
Les auteurs se sont amusés à truffer 52 d'éléments de ce genre, et le procédé fut même repris par les éditoriaux de l'éditeur Dan Didio qui adressait (parfois moins subtilement) des messages cachés aux lecteurs de la série. Mais, même sans savoir cela, un examen des héros principaux pouvait mettre la puce à l'oreille et révèler que la reconstitution du Multivers était la clé de cette entreprise.
Ainsi, et bien qu'il apparaisse dans la partie la moins passionnante du récit (le périple spatial en compagnie de Starfire, Adam Strange, Lobo et Lady Styx), Animal Man, personnage cher à Morrison (qui a percé dans les comics US en écrivant sa série), apparaît comme le sésame de 52. Témoin de la réémergence du Multivers, c'est pour cela qu'il est ici traqué avec ses deux acolytes par des mercenaires. Le voyage mouvementé du héros et ses deux amis reproduit des étapes à L'odyssée d'Homère (et cela souligne le fait qu'ils rejouent une pièce déjà écrite, comme les acteurs d'une histoire cyclique) : le trio, par exemple, échoue sur une planète paradisiaque mais gardée par un géant. La référence à la rencontre entre Ulysse et le cyclope Polyphème est manifeste.

- Le périple de Ralph Dibny fonctionne lui aussi en recopiant des motifs de la mythologie : il descend littéralement jusqu'en Enfer pour retrouver Sue, et ce n'était pas encore assez limpide, il finit par démasquer Felix Faust (vilain dont le patronyme est inspiré par le personnage de Goethe, ayant vendu son âme au Diable), coupable d'avoir voulu négocier avec le démon Néron l'âme de Sue contre sa liberté.

- Un dernier exemple encore plus élémentaire de ce procédé serait celui qui consiste à assimiler les Quatre Cavaliers d'Apokolips à ceux de l'Apocalypse et la vengeance dévastatrice de Black Adam contre le monde entier au Jugement Dernier.

On voit donc que le "méta-texte" de 52 est non seulement riche de références aux comics, aux feuilletons télé mais aussi romanesque, aux fables, aux contes, à la mythologie, aux écrits religieux. La série en hérite une profondeur insoupçonnée sous ses apparences de divertissement d'envergure, en explorant les notions de responsabilité (entre John Henry Irons et sa nièce, qui aspire à la gloire héroïque sans les devoirs qu'impose la tâche de rendre la justice), du deuil (avec le calvaire et l'apaisement de Ralph Dibny), de la transcendance (avec la métamorphose d'Animal Man), de la transmission (avec la succession de la Question par Renee Montoya ou de Batman par Batwoman), de l'altruisme (avec l'évolution de Booster Gold passant de l'arrivisme à la prise de conscience de son rôle de sauveur), de la rédemption et de la chute (avec Black Adam que l'amour d'Isis transforme puis que la perte de cet amour renvoie à ses démons)...
En ambitionnant à la fois de réinterpréter les motifs de classiques littéraires, d'évoquer des pans entiers de l'histoire de l'univers DC (spécialement méconnus, mais pour, à l'occasion, en corriger des fautes de goûts - en introduisant par exemple des personnages étrangers plus positifs, comme les super-héros asiatiques, souvent décrits de manière raciste dans le passé) en misant sur un certain cryptage narratif, les scénaristes de 52 fournissent aux lecteurs la matière pour se divertir intelligemment et le prétexte pour se replonger dans d'anciens ouvrages, d'anciens auteurs, dépassant la simple continuité - une invitation finalement pour voyager dans les collections DC tout en offrant des pistes pour le futur à court (le sort des héros de la série et l'issue de celle-ci), moyen (les conséquences de la série sur la production de l'éditeur) et long terme (de nouvelles façons d'élaborer des histoires).

Il y a, on l'a remarqué, une performance éditoriale dans la fabrication même de 52, double performance qui mérite d'être saluée :

- d'abord, avoir réussi à fédérer autour d'un même projet quatre scénaristes prestigieux et doués s'est avéré un formidable atout. On peut reconnaître, dans les principales lignes narratives de la série, la "griffe" de chacun d'entre eux, et d'ailleurs, par la suite, une fois la publication achevée, certains ont précisé sur quels points ils avaient particulièrement aimé travailler.
Ainsi, Mark Waid s'est consacré au chemin de croix de Ralph Dibny, lui conférant une force émotionnelle poignante, et aux rapports compliqués entre Steel, Natasha et Luthor.
Geoff Johns a pris en mains les commandes de Booster Gold, auquel il donnera même sa série après 52 (conservant et développant son partenariat avec Rip Hunter pour en faire des "correcteurs" de la continuité), et Black Adam (qui intervenait déjà dans JSA).
Greg Rucka s'est investi en recréant Batwoman, qui aura aussi droit à sa série, et en traitant de la relation entre Renee Montoya avec la Question.
Grant Morrison a imprimé sa marque sur les mésaventures cosmiques d'Animal Man, Adam Strange et Starfire.
Mais alors qu'on aurait pu penser que des personnalités aussi affirmées ne se complèteraient que mal ou par intermittences, le contraire s'est produit et c'est la cohérence de l'ensemble qui impressionne le plus. Les lignes narratives principales sont distinctes, mais forment quand même un ensemble harmonieux, chaque rebondissement se produisant sans chevaucher le suivant, sans créer de parasitage ou de saturation. La lecture et la grille sur laquelle sont disposées les intrigues est d'une accessibilité et d'une efficacité exemplaires, compte tenu du nombre de personnages, de décors, d'actions, d'enjeux. Et à cet égard l'ultime épisode opère une synthèse assez bluffante, en précisant des points effleurés au début ou en cours de route et en ne freinant pas l'allure.

Est-ce à dire que tout était parfaitement programmé dès le début ? Ce serait exagéré et illusoire, ne serait-ce qu'en tenant compte du rythme de diffusion de la série (en cas d'insuccès, DC aurait sûrement revu ses plans et l'histoire en aurait été singulièrement modifiée) et en sachant que les quatre scénaristes étaient également engagés sur d'autres séries publiées en même temps (qui ont d'ailleurs souffert du planning de leurs auteurs).
On a su aussi, ensuite, que Morrison, Johns, Rucka et Waid avaient changé certaines données en cours d'écriture :

- par exemple, Skeets n'était pas le méchant initial de l'histoire (ce qui laisse imaginer combien la saga aurait pu être différente) ;
- certains personnages n'ont pas été aussi complètement développés que voulu (comme les Great Ten chinois) ;
- et d'autres encore auraient dû occuper une place plus conséquente (notamment les héros revenus sur Terre au début, comme Hawkgirl transformée en géante)...

Mais les circonstances et le "hasard" ont été cléments avec l'équipe rédactionnelle, qui a pu poser d'autres éléments employés après 52, comme la dissolution (temporaire) de la JSA, l'utilisation d'Infinity Inc. (référence à une ancienne équipe formée par les descendants de la JSA), l'éclosion de Batwoman, l'émergence de Booster Gold, l'allusion aux Metal Men.
*
"Quatre pilotes" ? En vérité, il y en avait cinq, et il serait injuste d'oublier la contribution décisive de Keith Giffen dans ce projet : c'est en effet à ce vétéran des comics que toute la (colossale) partie graphique fut confiée. Représentez-vous l'énormité de son labeur pour donner une unité visuelle, sinon esthétique, à ces 52 épisodes produits à raison d'un par semaine : il lui a fallu storyboarder chaque chapitre puis diriger un défilé d'artistes aux sensibilités et aux styles très différents exécutant les illlustrations dans ce cadre imposé !

Parmi tous les collaborateurs de Giffen, évoquons Dale Eaglesham, Joe Bennett, Todd Nauck, Darick Robertson, Justianino, Mike McKone, Eddy Barrows, Chris Batista, Shawn Moll, Jack Jadson, Pat Oliffe, Drew Johnson, Phil Jimenez, Dan Jurgens, Jamal Igle, Andy Smith, et Giuseppe Camuncoli pour se faire une idée de l'accomplissement de cette tâche : tous ne sont pas de grands graphistes, mais leur dévouement et leur ponctualité ont permis à ce navire d'arriver à bon port, sans retard - autant dire un exploit !

Et bien sûr, il y a enfin les sublimes couvertures signées J.G. Jones : lorsqu'on a suivi la série en fascicules, en étalant parterre ces 52 exemplaires, on peut admirer cette fantastique galerie d'images, parfois d'une beauté sidérante, parfois drôles, parfois inquiétantes, parfois conçues comme des hommages à des affiches de films ou à d'anciennes covers de comics, et peintes avec une magnifique maîtrise technique, élaborées avec une intelligence émérite (ce sont à la fois des résumés de chaque volet et des invitations irrésistibles pour la suite). Bravo et chapeau !
*
Pour conclure, j'aimerai revenir sur le fameux laboratoire Rip Hunter découvert par Booster Gold (lors de la "Semaine 6"), et dont les détails sont autant de passerelles pour ce qui a précédé et ce qui suit. Voilà ce que j'en ai retenu et qui pourra guider d'autres lecteurs :

- 1/ un globe géant porte l'inscription d'un "X" rouge puis des mots "World War III? Why? HOW?";
- 2/ des notes dispersées un peu partout dans le bunker indiquent qu'il y a un problème avec le cours du temps et le nombre 52 figure de manière proéminente dans ces écrits ;
- 3/ plusieurs de ces écritures font référence, de manière parfois nébuleuses, à l'univers DC, ses évènements et ses personnages (parfois inconnus même à l'époque dont provient Booster) ;
- 4/ une multitude d'horloges, de réveils est arrêtée à l'heure de 12:52 (00:52) ;
- 5/ des écrans montrent des images de Rosa Parks, Abraham Lincoln, d'un vaisseau arborant le drapeau des Templiers, d'Elvis Presley, d'une "tea party" à Boston, et d'un dinosaure ;
- 6/ d'autres papiers sur le sol portent le nom de titres de séries annulées par DC, dont celle d'Infinity, Inc., Casey the Cop, et Silverblade ;
- 7/ toujours parterre, un livre intitulé "Who's Who", avec le logo d'une série DC du même nom, et deux notes : "FIND THE SUN DEVILS" et "What is spanner's galaxy?" (Sun Devils et Spanner's Galaxy sont des titres de deux maxi-séries des années 80) ;
- 8/ plusieurs tableaux noirs sont couverts d'indices, dont le plus évident est la phrase : "TIME IS BROKEN". Dans son ultime semaine, où nous assistons à la renaissance du Multivers, Booster Gold se désole de cette "cassure temporelle", mais Rip Hunter le rassure en lui expliquant que finalement chaque chose est quand même à sa place.
- 9/ Le nombre 52 encerclé est présent en plusieurs endroits sur ces tableaux, et les cercles entourant ce nombre se chevauchent parfois : ce symbole des cercles qui se chevauchent avait déjà été utilisé dans le passé par DC pour représenter les Terres alternatives, ou les Terres parallèles qui fusionnaient (comme dans Infinite Crisis).
- 10/ La question "Dead by lead?" se rapporte, dans le "DCverse", à la race Daxamite, particulièrement vulnérable au poison : ainsi, dans le contexte pré-Crisis, le Daxamite Mon-El était un héros du XXème siècle que Superman avait envoyé dans la Zone Fantôme pour une durée de mille ans après qu'il ait été empoisonné. Ce personnage réapparut après Infinite Crisis dans la série Supergirl et la Légion des Super-Héros.
- 11/ L'autre interrogation "The four horsemen will end her rain?" fait écho à une mention du maléfique Chang Tzu et ses Quatre Cavaliers d'Apokolips, et le fait qu'Isis provoque des orages pour exprimer sa tristesse. Plus tard, lorsqu'Intergang active les Quatre Cavaliers, une pluie acide s'abat sur le Kahndaq, et la Pestilence tue Isis quatre semaines après le début de ce déluge.
- 12/ La formule "He won't smell it." se rapporte au flair légendaire de Ralph Dibny pour sentir un mystère.
- 13/ "Find the last 'El' " fait bien sûr référence au nom de famille de plusieurs kryptoniens comme Superman (Kal-El) and Supergirl (Kara Zor-El). Au terme d'Infinite Crisis, Supergirl était renvoyée au XXXIème siècle pour y rejoindre la Légion des Super-Héros. C'était aussi le nom du Superboy version pré-Crisis Superboy, également membre de la Légion, un millier d'années dans son propre futur. Par ailleurs, Conner Kent s'appelait en réalité Kon-El, et fut lui aussi un Légionnaire.
- 14/ "MAN OF STEEL" est l'autre surnom donné à Superman, également attribué à John Henry Irons à cause de son armure métallique puis de sa peau qui se transforme en acier durant 52.
- 15/ La suite "Sonic disruptors --> Time Masters --> Time Servants" concerne directement Rip Hunter, désigné dans le "DCverse" comme "Maître du Temps", et induit qu'il existerait des "Esclaves du Temps". Sonic disruptors était le titre d'une série annulée par DC. Rip Hunter avait offert à divers super-vilains spécialisés dans les voyages temporels un moyen de se repentir en devenant des "Maîtres du Temps" et en l'aidant à contrecarrer les plans de Skeets.
- 16/ "Tornado is in pieces" signifie, comme on le découvre dans la série, que Red Tornado a été démantelé lors d'un combat dans l'espace.
- 17/ "It hurts to breathe" se réfère au cancer des poumons qui ronge la Question.
- 18/ "Where is the Curry Heir?" concerne une des histoires labellisée "One Year Later" où un personnage appelé Arthur Curry ressemble à Aquaman. (L'Aquaman original est devenu le Seigneur des Profondeurs, comme on peut le voir dans la mini-série, reliée à 52, World War III.)
-19/ "Who is Supernova?" fait écho à la 37ème semaine de la série où on apprend que Supernova est la nouvelle identité de Booster Gold - Booster étant dès lors incarné par son ancêtre Daniel Carter.
-20/ "Where is the Batman?" nous ramène un mois après Infinite Crisis lorsque Batman, Robin et Nightwing décident de partir en voyage autour du monde pendant un an - l'année des évènements relatés dans 52.
- 21/ "Who is the Batwoman ?" désigne Kate Kane, la nouvelle Batwoman, qui apparaît lors de la 11ème semaine.
- 22/ "Who is Diana Prince?" désigne le pélerinage de Wonder Woman, alias Diana Prince, à Nanda Parbat, en pleine quête identitaire. Après cela, l'amazone deviendra un agent secret.
- 23/ "SECRET FIVE!" fait référence à la mini-série Secret Six (de Gail Simone et Dale Eaglesham), publiée avant Infinite Crisis. Cette équipe de vilains refusant d'intégrer la Société des Super-Vilains de Lex Luthor comptera un temps dans ses rangs le Châpelier Fou, qui sera ensuite remplacé par Harley Quinn, puis par Bane.
- 24/ "World War III? Why? HOW?" fait écho à la guerre vengeresse menée à la fin de 52 par Black Adam où périront plusieurs héros.
- 25/ "IMMORTAL SAVAGE" désigne le malfaisant Vandal Savage, qui a passé l'année décrite dans 52 dans l'espace, et qui, à son retour sur Terre, découvre qu'il a perdu son immortalité.
- 26/ "Someone is monitoring. They see us. They see me." indique le retour de Monitor.
- 27/ "When am I?" est la question que se pose Skeets lorsqu'il traque Rip Hunter (il demande au Waverider "when is Rip Hunter?" pour le localiser).
- 28/ "I'm not Kryptonite." se réfère bien sûr à la Kryptonite, minerai auquel est vulnérable Superman. Dans 52, le "Culte de Conner", la secte vouée à la résurrection de Superboy, uutilise la "Kryptonite Rouge" dans un rituel préliminaire devant ressuciter Sue Dibny. Il est ultérieurement révèlé que son effet est un artifice de Felix Faust.
- 29/ "I'm supposed to be dead?"est une question posée dans la "back-up" L'Histoire de l'Univers DC, quand Donna Troy et l'intelligence artificielle chargée d'enregistrer cette rétrospective achèvent leur revue des évènements. L'enregistreur et un des nouveaux Monitors révèlent à Donna que la ligne du temps a divergé et que, normalement, elle devrait être morte à la place de Jade, la fille d'Alan Scott qui s'est sacrifiée pour Kyle Rayner.
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Voilà tout ce que je pouvais en dire. Maintenant, n'hésitez pas à vous procurer les 4 recueils rassemblant l'intégralité de cette saga : plus de 1200 pages de bonheur vous attendent, donc n'ayez pas peur !