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samedi 15 avril 2023

FANTASTIC FOUR #6, de Ryan North et Ivan Fiorelli


Voilà six mois que cette relance de Fantastic Four a démarré. C'est un peu l'heure pour un premier bilan et Ryan North semble l'avoir intégré en proposant un épisode qui fait suite directement à celui sorti le mois dernier. Il est à nouveau accompagné au dessin par Ivan Fiorelli, qui remplace encore cette fois Iban Coello.



Après leur passage dans la dimension noire, les 4F ont ramené accidentellement une bactérie particulièrement virulente et dont la propagation éclair menace toute vie sur Terre. Reed réfléchit à un moyen d'éviter cette catastrophe et élabore un plan audacieux qui consiste à rendre le soleil invisible pendant trois jours !


Comme je l'écris en préambule, six mois déjà que Ryan North a relancé Fantastic Four, dans une direction très différente des derniers volumes de la série, sous l'égide de Jonathan Hickman puis Dan Slott. Le scénariste a voulu en finir avec les sagas galactiques, la science-fiction, pour revenir aux fondamentaux, les 4 Fantastiques eux-mêmes.


Pour cela, il a eu recours à un procédé que semble affectionner d'autres auteurs chez Marvel en ce moment : placer les héros dans une situation tellement critique qu'ils ont perdu la confiance de la population civile et de la communauté super-héroïque. On a appris ainsi que Reed Richards pour mettre fin à une invasion en provenance de la Zone Négative avait envoyé le Baxter building et tout le quartier alentour dans l'espace pendant un an, avec notamment leurs enfants dans le bâtiment.


Ben Grimm n'a pas pardonné cette initiative à Reed et le groupe s'est dissous, chacun partant de son côté, banni de New York par les habitants en colère (dont certains ont vu leur progéniture et leurs proches également propulsés en orbite autour de la Terre).

Puis l'équipe s'est reformée mais sans revenir à New York pour l'instant. Alors qu'ils étaient en route pour rendre visite à la tante Pétunia de Ben Grimm, ils ont été brièvement attaqués par Nicholas Scratch et ses enfants qui a déréglé leurs pouvoirs et leur santé. Pour se soigner, il a fallu aux FF aller dans la dimension noire. Mais à leur retour, ils ont ramené sans s'en rendre compte une bactérie particulièrement virulente et se propageant à grande vitesse, menaçant toute la planète.

A partir de là, Ryan North applique une recette qui commence à devenir un brin routinière puisqu'elle est à l'oeuvre dans chacun des épisodes qu'il signe : le groupe constate la menace, Reed l'analyse et échafaude un plan pour résoudre le problème, et tout le monde s'emploie à le régler. En parallèle, c'est l'occasion d'explorer la caractérisation de chaque membre du quatuor (qui est en fait devenu un quintet, puisque Alicia Masters-Grimm est aux côtés de Ben, devenu son mari).

Cette fois, c'est au tour de Sue et Johnny Storm d'être sous le feu des projecteurs. La première rend le soleil invisible pour provoquer l'extinction de la bactérie et le second lui tient compagnie pendant trois jours dans l'espace. Tous deux ont beaucoup à se dire depuis la séparation du groupe, mais c'est un peu là aussi que le bât blesse... Car ce qu'ils échangent n'apporte pas grand-chose de neuf.

North semble englué dans la formule qu'il a mise au point : le mécanisme de ses intrigues de poche (qui sont solutionnées au bout de chaque épisode) est trop systématique et la réunion des 4F n'a rien changé à ce fait. C'est divertissant et la lecture est agréable, mais c'est toujours la même chose. Ni la crise profonde qu'ils ont traversé ni leurs retrouvailles ne semblent avoir bouleversé les quatre héros dont le mode de fonctionnement reste le même. Reed reste le cerveau, Ben la gentille brute, Johnny le fanfaron, Sue le ciment de l'équipe. Alicia pourrait ne pas être là qu'on le remarquerait à peine puisqu'elle ne sert véritablement pas à grand-chose.

D'un côté, ce côté done-in-one des épisodes est sympathique (comme pour la série Scarlet Witch). De l'autre, on a le sentiment qu'on pourrait lire les six épisodes déjà parus dans n'importe quel ordre que ça ne dérangerait rien. Ce qu'a fait Reed a été trop vite évacué et pardonné, et les mois passés les uns des autres n'a en rien altéré la dynamique de la formation, chacun a retrouvé son rôle, ses habitudes - même si les taquineries entre Ben et Johnny ont disparu. Et surtout la construction des épisodes avec ces parties bien distinctes les unes des autres ne varie absolument jamais, comme si North ne voulait absolument pas dévier de son processus narratif et tout régler en 20 pages.

La série bénéficiait avec Iban Coello d'un artiste avec un dessin énergique, mais actuellement il ne réalise pas les épisodes car il prépare le n°7 qui sera également le 700ème épisode du titre, à paraître le mois prochain et qui comptera une cinquantaine de planches. Il est donc remplacé par Ivan Fiorelli qui ne démérite pas mais a un style moins percutant.

Fiorelli a un trait lisse qui n'est pas déplaisant mais tout de même très fade. La manière dont il représente la Chose est complètement raté, or c'est le personnage le plus emblématique du groupe puisque Jack Kirby en fait une des créatures les plus étranges de tout l'univers Marvel. Le look de Johnny Storm avec son énorme moustache n'a plus aucun sens dans la mesure où il avait pris cette apparence pour rester à New York incognito.

Restent Reed et Sue que Fiorelli dessine tout à fait convenablement. Il est également à l'aise pour le Fantasti-car et ses planches ont des décors assez fournis pour qu'on le remarque. Mais bon, c'est sans éclat, avec un découpage sans folie. Je ne veux pas l'accabler, il fait le job, mais c'est un dessin sans personnalité.

Vous l'aurez compris, je suis resté sur ma faim, d'autant plus que les faiblesses du relaunch tout entier semblent contenues dans cet épisode, trop générique. Le fameux 700ème numéro du mois prochain sera un vrai quitte ou double pour le coup, car il devra à la fois marquer le coup de cet anniversaire et relancer la machine. A moins que ce ne soit un chant d'adieu prématuré (à l'image de la fin du premier arc de Captain America : Sentinel of Liberty, une autre relance juste correcte) ?

vendredi 10 mars 2023

FANTASTIC FOUR #5, de Ryan North et Ivan Fiorelli



Elle est vraiment bonne, cette relance de Fantastic Four ! Et elle est encore meilleure maintenant que nos quatre héros sont réunis, comme si elle avait vraiment décollé. Ryan North a écrit un nouvel épisode auto-contenu (même si la fin est plus ouverte...), et Ivan Fiorelli remplace Iban Coello très efficacement. Que demander de plus ?



Les FF sont attaqués par un vieil ennemi et ses rejetons alors qu'ils sont coincés dans un embouteillage. Mais leur adversaire s'éclipse rapidement. Un peu plus tard, malades, les quatre fantastiques comprennent que l'agression subie est la cause de leurs troubles et qu'ils vont devoir aller en territoire hostile pour se sauver...


Bien sûr, on pourra reprocher à Ryan North de s'en tenir à une formule et donc de ne pas donner le sentiment de se forcer. On verra si cette manière de conduire la série lasse à l'avenir, mais, pour l'instant, je trouve cela très bon, très abouti.


Cette formule, c'est de développer chaque épisode en trois actes, comme c'était d'ailleurs souvent l'usage dans les comics du silver age : une attaque surprend le héros, il réfléchit à la solution, et il la teste. Ce cinquième épisode illustre ce procédé parfaitement.



North commence par sortir du placard un vilain oublié (Nicholas Scratch, le fils de Agatha Harkness, et les Sept de Salem, ses rejetons, apparus dans Fantastic Four #187 de Août 1977). Il mène un assaut éclair contre nos héros et file sans tarder.

Le lecteur croit qu'il a raté son coup et ressent même un peu de frustration après ce trop bref combat. Mais la méthode de North repose sur ce faux-semblant : tout ça n'est que le début des ennuis pour les FF.

Vient alors le temps de la réflexion : North aime visiblement bien montrer Reed Richards cogiter à voix haute et expliquer avec des mots plus simples à ses camarades ce qui s'est produit et comment y remédier. C'est aussi une façon d'impliquer le lecteur et de faire comme s'il était assis à côté de Mr. Fantastic, écoutant attentivement de quoi il ressort. Malin.

Enfin arrive la séquence spectaculaire où les héros vérifient si l'hypothèse de Reed est exacte et s'ils vont s'en tirer tout en devant affronter un cadre hostile et étrange. La dimension noire permet au dessinateur Ivan Fiorelli de briller.

Mais ne croyez pas que le remplaçant de Iban Coello s'est tourné les pouces avant. Son style est moins énergique, son trait moins dynamique, mais le résultat est aussi soigné et convaincant. Bonne pioche.

Fiorelli s'approprie facilement des personnages et compose des plans très maîtrisés, avec des lignes fermées, un encrage fin. La lecture est fluide, claire, agréable.

Et quand vient le moment de mettre en scène l'incursion des FF dans la dimension noire, Fiorelli rend justice au morceau de bravoure préparé par North, qui, une fois de plus, excelle à valoriser les pouvoirs de ses héros, en particulier ceux de Mr. Fantastic, poussé dans ses retranchements. Mais pas gratuitement.

Je le répète : c'est épatant. La construction des épisodes, leur rythme, sont jubilatoires. Je n'avais pas pris autant de plaisir à lire ce titre depuis longtemps et pour un fan des FF période Byrne ou Waid/Wieringo, cette reprise est un vrai cadeau. Ne vous en privée pas !

jeudi 16 février 2023

FANTASTIC FOUR #4, de Ryan North et iban Coello


On y est : voici l'épisode où les Quatre Fantastiques sont enfin réunis. Et ça tombe bien puisqu'il s'agit du quatrième numéro de ce nouveau volume. Ryan North en profite pour révéler ce qui s'est passé à New York pour que les quatre héros en soient partis, chacun de leur côté. Iban Coello signe de son côté des planches toujours aussi énergiques. La formule gagnante de ce relaunch ?


Que s'est-il exactement passé il y a cinq mois à New York pour que le Baxter building et tout le pâté de maisons alentour laissent un cratère fumant ? Alicia Masters-Grimm s'en souvient alors qu'elle et Ben Grimm sont captifs d'un parasite extra-terrestre dont Reed, Sue et Johnny vont chercher à les libérer...


Après avoir consacré un épisode à chaque membre dispersé du quatuor, Ryan North ne fait plus durer le suspense et la couverture indique qu'on va assister à la réunion des Fantastic Four. Le scénariste a jeté ses héros sur les routes (sauf Johnny Storm qui a pu rester à New York sous une fausse identité désormais eventée). Mais pourquoi au juste ?


L'épisode va aller et venir dans le temps pour expliquer cela. On assiste donc à une (énième invasion des monstres de la Zone Négative) que les FF tentent de contenir. Mais ils sont dépassés par l'ampleur de l'attaque au pied du Baxter building.


Bien entendu, "il faut faire comme si" avec cette entame car on peut se demander où sont passés les autres super-héros de la ville (et d'ailleurs) au moment d'une telle crise, qui ne peut évidemment passer inaperçu. A condition donc d'admettre qu'il ne reste que les Fantasric Four, on embarque dans une séquence d'action trés spectaculaire aux conséquences dramatiques.

Mais Ryan North ne s'en contente pas. A la fin du précédent numéro, il montrait Reed et Sue devant une sorte de dôme ayant l'aspect de la peau de Ben Grimm. De quoi phosphorer sur cette situation. Johnny arrive à la rescousse et tout est alors en place pour orchestrer la grande réconciliation de l'équipe.

North ne lésine pas sur les explications (pseudo) scientifiques expliquant le phénomène qui a piégé Ben Grimm et Alicia Masters-Grimm. On interpréte cela comme une volonté de poser Reed Richards comme un savant toujours aussi intelligent mais qui prend le temps quand même de prélever des échantillons pour des examens futurs, ne perdant donc jamais son calme alors que Sue tempère l'envie de son frère Johnny de tout régler en brûlant le parasite.

Au passage, on appréciera vraiment que North mette en scène les pouvoirs de ses personnages car ces dernières années Reed, par exemple, n'était plus animé que comme un savant qui n'utilisait plus beaucoup, voire plus du tout, ses capacités élastiques, comme si les scénaristes ne savaient pas quoi en faire. Là, au contraire, North les exploite dans l'action mais aussi en complément de la curiosité scientifique de Reed et il faut espérer que cela inspirera le MCU quand le film, tant attendu, sur les FF sera enfin en production.

Mais évidemment ce qui va accaparer notre attention, c'est la vérité sur ce qui s'est passé à New York cinq mois auparavant et qui a provoqué la fuite des FF et la dissolution du groupe. Encore une fois, Reed est au centre de l'intrigue puisque, pour chasser les monstres de la Zone Négative, il opte pour une solution très radicale qui les condamne, lui, Sue mais aussi Ben et Alicia, à ne plus revoir leurs enfants pendant un an, alors qu'ils sont restés dans le Baxter building.

Là, par contre, les explications techniques founris par North tiennent debout (du moins dans le contexte d'une telle situation). Le lecteur est soumis à la question de savoir si la décision tactique de Reed est justifiée, tolérable même. Et on n'est pas si loin de la caractérisation posée par Mark Waid en son temps d'un Mr. Fantastic très arrogant et dont les initiatives sont payées par ses proches. Toutefois, comme Waid, North refuse d'accabler le personnage et d'en faire un individu impardonnable, montrant aussi qu'il sacrifie énormément sur ce coup. Comme le dit Ben, d'abord furieux, il n'y a pas de vilain, de sale type ici, mais un leader qui a réagi dans l'urgence et en ripostant de la manière la plus efficace, mais aussi la plus douloureuse.

Même si ce n'est pas explicitement dit, cela ressemble à la fin d'un premier arc narratif puisque le groupe est rassemblé. Mais les conséquences des événements de New York vont continuer à infuser la série (vous comprendrez quand vous lirez cette épisode, en espérant que Panini Comics trouve une place pour la série dans une de leurs revues ou la traduise rapidement en album). Par ailleurs, si les FF sont à nouveau ensemble, cela ne signifie pas qu'ils vont revenir de sitôt à New York dont ils sont partis, honnis par la foule et les autorités (quand bien même depuis Luke Cage a remplacé Wilson Fisk/le Caïd à la mairie).

La série continue en tout cas de bénéficier de dessins excellents par Iban Coello. Ce jeune artiste, mis en avant par Marvel, ne déçoit pas et il produit des planches vraiment spectaculaires sur les deux parties de l'épisode. Evidemment, la partie avec l'invasion des monstres est la plus exigeante mais Coello s'en charge avec une aisance remarquable, s'acquittant même d'une double planche renversante (voir ci-dessus).

Il passe même brillamment le test quand il lui faut se concentrer sur des moments soulignant l'expressivité des personnages. Coello est un dessinateur au style réaliste mais qui s'autorise, à bon escient, une petite dose d'exagération pour traduire les émotions. Il compense cela par un découpage qui sait se faire plus sobre au moment voulu, comme quand il aligne plusieurs cases occupant toute la largeur de la bande et fixant Alicia et Ben face à Reed, de dos : on saisit alors toute la gamme de sentiments qui agite le couple face à son interlocuteur qu'on croit impassible, insensible avant de découvrir quelques pages plus loin, en contre-champ,, dévasté par ce qu'il a fait.

Pour moi, Fantastic Four est la meilleure surprise venant de Marvel de ces quatre derniers mois. Je n'en attendais rien, n'ayant plus lu FF depuis un bail, mais Ryan North et Iban Coello proposent quelque chose de très efficace et personnel à la fois. Ils ont parfaitement compris la singularité de cette équipe et livrent des épisodes captivants et originaux. De quoi attendre en toute confiance le 700ème numéro qui sera publié en Mai prochain et qui promet beaucoup.

vendredi 6 janvier 2023

FANTASTIC FOUR #3, de Ryan North et Iban Coello


Toujours aux quatre vents, les Fantastic Four vivent leurs aventures chacun de leur côté. Après Ben Grimm (et sa femme Alicia) puis Reed et Sue Richards, c'est donc à Johnny Storm, la Torche Humaine, que s'intéresse ce mois-ci Ryan North. Le scénariste se montre toujours aussi inventif et inspiré, tout comme Iban Coello au dessin. Cette reprise a décidément tout bon.


Une nouvelle fois, le résumé sera concis afin d'éviter les spoilers, même si en l'occurrence la série telle que Ryan North l'écrit déconstruit les règles du jeu. Les FF sont séparés, seul Johnny Storm est resté à New York où il a trouvé du travail incognito pour un patron qui piétine les droits de ses employés.


Ryan North délaisse à cette occasion le format paranormal des deux précédents numéros pour inscrire son récit dans un registre plus terre-à-terre, avec un léger accent mis sur le social. Mais aussi en adressant un clin d'oeil à un des premiers épisodes du run de John Byrne.


Preuve que North a bien révisé ses classiques : il n'a pas choisi un numéro connu, au détour d'une scène il nous renvoie au #233 dans une aventure en solo de la Torche qui tentait d'innocenter un vieil ami condamné à la peine de mort - sans y parvenir.

C'est donc ainsi que Iban Coello se trouve à redessiner, en changeant quelques angles de vue, un moment autrefois créé par Byrne lorsque Johnny Storm tente d'intimider Merrill, ce patron tyrannique qui menace de virer le premier employé remettant en cause son autorité. Or, Merrill n'est autre que Morris Vance, un personnage traqué par la Torche dans Fantastic Four #233, à qui il arracha des infos en menaçant de le brûler.

Si le temps dans les comics est aléatoire, et qu'une scène publiée en Août 1981 peut très bien s'être déroulée il y a quelques mois maximum dans l'univers Marvel, les connaisseurs des FF et du run de Byrne apprécieront la culture de Ryan North, qui ne débarque donc pas sur ce titre mythique en dilettante.

Le scénariste doit caractériser Johnny Storm en tenant compte de ce qui a été fait, établi avant lui, tout en situant le benjamin des Fantastiques par rapport à ce qu'ils traversent actuellement (le groupe est séparé). Alors que Ben Grimm et Alicia d'un côté, Reed et Sue de l'autre, ont quitté New York, Johnny est resté à New York où pourtant ni lui si son alias ne sont plus en odeur de sainteté. D'où la ruse de changer d'apparence et de nom, et pour subsister, de trouver un boulot.

A partir de là, North élabore une intrigue de poche dont il a le secret pour un épisode auto-contenu. Loin d'être répétitif, le procédé est toujours efficace, et la personnalité insouciante de Johnny réserve quelques moments drôles et surprenants. Comme, justement, quand il reconnaît Morris Vance/Merrill et constate que celui-ci n'a pas/plus peur de lui.

Le scénariste glisse un commentaire social subtil et en même temps positif quand Johnny trouve une idée pour piéger Merrill plus adroitement qu'en l'affrontant directement. Auparavant, North, par le biais de la voix-off (dont il se sert avec toujours beaucoup d'habilité), montre la Torche testant des théories de Reed pour maîtriser une tornade où empêcher une chaudière d'exploser.

Iban Coello habille ça avec beaucoup d'energie, n'hésitant pas à forcer l'expressivité des personnages pour souligner leur maladresse, leur embarras ou leur férocité. La complicité de Coello avec le script de North est un régal et s'éloigne avec bonheur d'un réalisme figé qui n'a jamais bien convenu aux Fantastic Four.

La manière dont l'artiste représente la Torche emprunte à Alex Ross (qui signe une superbe couverture) et le fait ressembler à une vraie créature de feu plus qu'à une forme humaine hérissée de flammes. Les couleurs de Jesus Arbutov complètent merveilleusement cet effet et on resssent presque la chaleur et l'intensité du personnage en action. Coello, par ailleurs, ne rechigne pas à dessiner des décors précis, ce qui est appréciable compte tenu du fait que l'action est souvent circonscrite à quelques endroits.

J'aime énormément ce que North et Coello font de Fantastic Four. Et je suis impatient de lire la suite qui verra l'équipe réunie, avec le cliffhanger très curieux à la fin de cet épisode - et qui promet de nous révéler ce qui s'est vraiment produit pour obliger le quatuor à se séparer et déserter New York.

jeudi 8 décembre 2022

FANTASTIC FOUR #2, de Ryan North et Iban Coello


Ce nouveau volume de Fantastic Four n'en est qu'à son deuxième numéro mais il me plait beaucoup ! J'aime la proposition que fait Ryan North au scénario, avec des épisodes auto-contenus (même s'il y a un fil rouge entre eux), et ce que réalise Iban Coello au dessin, d'un trait vif, expressif. 


Après avoir été reconduit hors d'une petite ville où ils s'étaient arrêtés pour se restaurer mais où ils avaient été attaqués par des Fatalibots, Reed et Sue Richards décident d'enquêter.


Invisibles grâce à Sue, ils remarquent que tous les habitants sont des Fatalibots sauf une vieille dame que Reed accoste en ayant changé de visage et en évoquant le nom de Victor Von Doom.


Mary, cette vieille dame a en effet hébergé Victor Von Doom dans sa jeunesse. Mais Sue découvre que Mary a elle-même été remplacée par un Fatalibot afin de le préserver pour la remercier.


Neutralisant la population grâce à une décharge électromagnétique, Reed et Sue reprogramme les Fatalibots pour les rendre inoffensifs et laisser de cla compagnie à l'esprit de Mary...

Comme le mois dernier avec l'aventure vécue par Ben et Alicia Grimm, il y a une référence évidente à La Quatrième Dimension dans ce deuxième épisode de Fantastic Four. On pourrait penser que Ryan North se répéte. Si ce n'était pas voulu et si, nénamoins, l'histoire n'était pas différente.

Mais surtout ce qu'il faut sans doute retenir, c'est qu'on suit les Fantastic Four séparément. On a découvert à la fin du premier épisode qu'un énorme cratère fumant subsistait là où se dressait le Baxter building. Sans plus d'explication, Ryan North nous suggérait que quelque chose de grave s'était passé, obligeant le quatuor à se séparer et New York à les rejeter. Que Ben et Alicia voyagent sans leurs enfants adoptifs (les petits Kree et Skrull qu'ils ont accueuillis durant l'event Empyre) indiquaient en outre qu'ils en avait vraisemblablement perdus la garde.

J'ai aussi lu un article sur Bleeding Cool très instructif et qui lierait la série Amazing Spider-Man à ces événements : dans un épisode récent de Zeb Wells et John Romita Jr., Peter Parker, dans un flash-back, se dispute avec Johnny Storm qui l'accuse d'avoir volé quelque chose au Baxter building, causant de graves ennuis au groupe. Et finalement aussi à Spider-Man, à qui tout le monde a également tourné le dos dans sa série actuelle.

Donc, logiquement, le mois prochain, nous aurons droit à un épisode dévoilant la situation de la Torche Humaine. Mais pour l'instant, où en sont Reed et Sue, Mr. Fantastic et le Femme Invisible ?

L'épisode s'ouvre avec eux dans un restaurant où une serveuse les reconnaît. Aussitôt les clients et la serveuse dévoilent leur véritable apparence : ce sont tous des Fatalibots (ou Doombots si vous préférez en vo). Une bagarre s'ensuit. Vite stoppée par l'apparition du shériff  qui rend à chacun son apprence humaine. Reed et Sue sont conduits hors de la ville avec interdiction d'y rentrer. Evidemment, ils ne vont pas en rester là et mener l'enquête.

C'est là qu'on entre dans La Quatrième Dimension en découvrant le secret de cette petite ville, lié comme le révèle la couverture à Victor Von Doom/Dr. Fatalis. Pourtant l'ennemi juré des Fantastic Four n'est pas présent dans cette histoire qui renvoie à son passé et à une promesse faîte à une des habitantes du coin.

Ryan North réussit, brillamment, à nous intriguer sans faire de moulinets. Comme pour le précédent numéro, c'est plutôt l'ambiance qui nous captive, un endroit tranquille, des choses curieuses qui s'y produisent, une énigme qui est résolue progressivement, une solution pacifique et bienveillante. Et dans le rôle des détectives, Reed et Sue Richards, à la façon de L'Introuvable de Dashiell Hammett, sur le ton de la comédie, du fantastique, du polar, tout ça mixé savamment.

La densité du scénario est accompagnée par un dessin vif, alerte, très expressif. Iban Coello était très convaincant le mois dernier, il est encore meilleur cette fois. Cela met en confiance pour la suite car on sent que l'artiste anime ces personnages de mieux en mieux, qu'il a de la ressource et surtout qu'il est sur la même longueur d'ondes que son scénariste.

North exploite à fond les pouvoirs des deux Fantastiques et Iban Coello illustre magistralement cela. Les couleurs de Jesus Arbutov vont merveille quand il s'agit de représenter l'invisibilité de Sue alors que le lecteur la voit. Mais Coello est aussi inspiré que son scénariste et son coloriste quand il s'agit d'exploiter l'élasticité de Reed avec des astuces vraiment étonnantes (comme quand il fait glisser ses yeux jusqu'au bout de ses doigts - ou qu'il déforme son visage (une idée trop rarement utilisée alors que John Byrne par exemple en avait fait un stratagème quand Sue et Reed quittèrent New York pour s'installer en banlieue incognito).

Les scènes d'action sont plutôt rares mais franchement dynamiques, comme celle à l'intérieur du resto au tout début où lorsque Sue grille tous les Fatalibots à la fin. Sue aussi est impeccablement caractérisée en femme amoureuse et héroïne très active. Coello la dessine avec beaucoup de tempérament et North l'écrit comme une épouse aimante mais indépendante et lucide. Il a pour cela recours à une voix off qui renvoie en fait à une lettre qu'écrit Sue à Jennifer Walters (She-Hulk) pour lui expliquer ce qu'ils traversent.

Honnêtement, ça faisait un moment que je n'avais pas autant aimé lire Fantastic Four (sachant que j'ai très vite décroché avec Slott, et que Hickman m'avait largué). En fait, on n'est pas si loin de la période bénie de Waid/Wieringo, sans toutefois que North/Coello les imite. Ces deux-là ont une voix bien à eux, un projet personnel, une proposition singulière et emballante. C'est un gros coup de coeur en cette fin d'année.

vendredi 11 novembre 2022

FANTASTIC FOUR #1, de Ryan North et Iban Coello


Fichtre ! Elle pique less yeux, cette couverture d'Alex Ross ! Aussi, ne jugez pas cette relance à sa cover, vous passeriez à côté de quelque chose de vraiment bon. Après Dan Slott, c'est au tour de Ryan North de prendre en charge Fantastic Four, avec la promesse de revenir aux fondamentaux, et accompagné du prometteur Iban Coello au dessin.


Ben Grimm et sa femme Alicia s'arrêtent à Cedar, patelin de Pennsylvaie où l'accueil est bizarre. Le concierge ne se souvient plus d'eux le lendemain et la Chose effraie un gamin qui alerte son père.


Le village a par ailleurs un aspect vieillot. Alicia consulte wikipedia sur son téléphone et apprend que l'endroit serait une ville fantôme depuis le 12 Juillet 1947 !
 

Ben et Alicia mènent l'enquête et découvrent que Cedar est pris dans un boucle temporelle, revivant chaque jour le 12 Juillet 1947 sans s'en rendre compte. Quelle est la cause de cette anomalie ?


Profitant de ce jour sans fin, Ben et Alicia finissent par identifier Sanford, l'amoureux éconduit de la serveuse Minnie comme responsable. Ils le convainquent de refaire sa vie pour leur bonheur respectif.


Le lendemain, tout est rentré dans l'ordre. Ben et Alicia quittent Cedar pour regagner New York. Mais Ben sait ce retour sera difficile car Reed Richards a commis quelque chose de terrible là-bas...

Commençons par... La fin de cet épisode avec la postface qu'adresse le scénariste Ryan North au lecteur :
 

Fan de longue date de Fantastic Four, North est auteur canadien multi-primé pour ses séries Adventure Time et The Unbeatable Squirrel Girl. Il travaille en vérité depuis un an à succéder à Dan Slott dont le run est loin d'avoir convaincu les fans. Et North a décidé de revenir aux fondamentaux, avec une sorte de note d'intention comme celle qu'avait rédigée Mark Waid au début de son run avec Mike Wieringo.

Pour cela, il a établi quatre règles : les Quatre Fantastiques sont fun, sont des aventuriers, peuvent tout faire et doivent être accessibles. North envisage la série avec le respect qui est dû à la création de Stan Lee eet Jack Kirby mais aussi avec le souci que de nouveaux lecteurs doivent pouvoir la découvrir sans avoir besoin de se taper 60 ans de comics. Les personnages doivent renouer avec une légèreté propre à leur vocation d'aventuriers car les 4F ne sont pas des super-héros mais des explorateurs. Et leurs pouvoirs leur permettent de tout faire.

Ensuite, il y a la forme : North a annoncé la couleur en expliquant que chque épisode serait auto-contenu mais qu'un fil rouge les relierait. On découvre de fil rouge dans les deux dernières pages de ce n°1 avec une catastrophe spectaculaire qu'aurait provoquée Reed Richards et qui aurait gravement entâché la réputation et la popularité des FF. Cela rappelle ce que Zeb Wells a fait avec sa relance récente de The Amazing Spider-Man où le tisseur était lâché par tous (super-héros, famille, amis) sans qu'on sache pourquoi si ce n'est qu'il avait lui aussi semé un chaos terrible.

Il y a tout pour me plaire dans le projet de North. Je n'ai lu que les premeirs épisodes de Slott et décroché aussi vite. Mais ce que j'ai toujours préféré avec Fantastic Four, ce sont les runs où ça allait vite, fort, avec l'esprit de famille mis en avant, la dimension aventurière, un mix d'action et de fun. Ce que firent John Byrne et Mark Waid et Mike Wieringo. J'ignore si cette fois sera la bonne, si ce sera aussi bon que Byrne et Waid-Wieringo, mais  au moins sur le papier c'est engageant.

Ce qui pourra dérouter dans ce premeir épisode, c'est qu'on ne lit pas un épisode des FF à proprement parler, les deux protagonistes sotn Ben Grimm/la Chose et sa femme Alicia Masters-Grimm (reliquat de la période Slott où ils se sont mariés), partis en congés (sans les gamins skrull et kree adoptés après l'event Empyre. Ouf !). Ils échouent dans un bled perdu de Pennsylvanie dont ils découvent qu'il est pris dans une boucle temporelle. Pourquoi ?

L'idée renvoie évidemment au film Un Jour sans Fin (Harold Ramis, 1993), chef d'oeuvre de la comédie fantastique. Mais North s'approprie cette astuce narrative avec inventivité et comme l'épisode est plus long qu'à l'ordinaire (une trentaine de pages), il peut développer l'argument et ses possibilités de telle manière que le lecteur considère la situation dans son toute son ampleur, depuis l'accueil hostile des habitants jusqu'au mystère entourant cette anomalie physique.

North ne fait pas que soigner son récit, il le fait vivre et, en premier lieu, avec le couple Ben-Alicia, qu'on a rarement vu aussi vivant, attachant. Alicia, en particulier, n'est pas dépeinte comme une infirme fragile couvée par Ben, mais comme une jeune femme séduisante, entreprenante, intelligente, qui a un rôle actif dans l'histoire et sa résolution. Ben, lui, est caractérisé comme on l'aime, l'archétype du brave type bourru, mais qui ne se réduit pas à sa force et qui est lui aussi capable de réfléchir et d'agir en conséquence.

Le problème est résolu avec finesse, de manière romantique, très touchante, et fait écho à la propre relation entre Ben et Alicia. On se moque du fait que Sanford ait développé un pouvoir provoquant la boucle temporelle, l'épisode fonctionne comme une sorte de fable, de métaphore sur le deuil d'un amour et la capacité de résilience, l'acceptation de trouver un autre amour pour dépasser un chagrin sentimental. C'est brillant - jusqu'au bout quand Ben considère tout cela par rapport à ce sui s'est passé avec le reste des Fantastiques (dernière page vraiment renversante, je vous le garantis !).

Au dessin, Iban Coello est un artiste encore méconnu mais qui ne devrait pas le rester longtemps. Mis en avant par Marvel qui en a fait un de ses "stormbreakers" (au même titre que Carmen Carnero, Elena Casagrande, Nic Klein, etc.), il s'est fait remarquer il y a quelques mois avec le récit hors continuité Dark Ages (écrit par Tom Taylor). Mais il change vraiment de dimension avec Fantastic Four car c'est une titre qui a vu passer de grands dessinateurs et c'est la série fondatrice de tout l'univers Marvel Comics.

J'ai coûtume de penser que pour savoir si un dessinateur est fiable pour Fantastic Four, il faut le juger sur sa manière de représenter la Chose. C'est le personnage le plus dur à saisir, avec son aspect si étonnant. Et Coello coche toutes les cases : il le fait grand, imposant (ce qui ne correspond aux critères de Kirby et Byrne mais que, moi, je préfère), bien rocailleux. J'ai déjà dit qu'Alicia gagnait énormément en féminité et n'était plus cette frêle créature aveugle parfois agaçante, et c'est donc un autre bon point.

Coello ne rechigne pas non plus sur les décors. Cedar est un patelin coincé en 1947 et l'artiste sait être subtil pour donner un air vieillot aux bâtiments sans en rajouter. Surtout, il découpe l'épisode de façon très dense et dynamique à la fois, n'hésitant pas à composer ses planches avec des "gaufriers" de douze cases pour montrer les effets de la boucle temporelle et les efforts déployés par les deux héros pour réveiller la population locale à ce sujet.

Ces effets de mise en scène sont à la fois comiques et déconcertants, on se croirait dans un épisode de La Quatrième Dimension, ce qui est une référence évidente pour North. Cela colle à son prinicpe de faire fun et aventurier tout en restant accessible, et in fine de prouver qu'effectivement un membre des FF peut renverser le cours d'une situation mal engagée. 

Ajoutez à cela que c'est l'excellent Jesus Arbutov qui colorise le tout et vous avez vraiment quelque chose de très sympa à lire, avec des ambiances nuancées, respectant le dessin tout en le valorisant.

J'ai envie de dire que c'est un sans faute. En tout cas, c'est très encourageant pour la suite. Et si en plus on tient compte du fait que, avec la numérotation Legacy, ce Fantastic Four #1 correspond au #694, ça signifie qu'en Mai 2023, Marvel va certainement préparer avec North et Coello (et sans doute quelques invités) un 700è numéo historique. Raison de plus pour investir dans ce nouveau volume de la First Family de Marvel !