Le Bibliothécaire de Babel supplie la Ligue des Ténèbres de quitter son antre. Avant cela , John Constantine a une idée ingénieuse pour contrarier Merlin tout en exauçant le maître des lieux. Mais de retour dans notre dimension, Jason Blood exprime son inquiétude face à la menace intacte qu'est Merlin.
vendredi 25 juin 2021
JUSTICE LEAGUE #63, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico
mercredi 2 juin 2021
JUSTICE LEAGUE #62, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico
La Justice League de Brian Michael Bendis et David Marquez est-elle une occasion manquée ? En tout cas, ce nouvel épisode déçoit tout en mettant plein la vue. La Justice League Dark de Ram V et Xermanico en met aussi plein la vue, mais avec deux fois moins de pages réussit à rassasier davantage le lecteur grâce à une intrigue riche et des dessins tout sauf économes.
Je dois avouer que plus je progresse dans la lecture de ce premier arc de Justice League écrit par Brian Bendis, plus je suis désappointé. L'intention du scénariste est désormais claire : il a choisi de produire une sorte de "popcorn comic", ce qui en soit n'a rien de problématique, mais le résultat laisse perplexe tant il déçoit de la part d'un auteur qui m'a habitué à bien mieux avec des team-books.
Le même sentiment s'applique à la prestation de David Marquez au dessin. L'artiste livre des planches toniques, mais sans âme, et aussi sans décors (ou en tout cas pas beaucoup de décors). Sa narration graphique est d'une pauvreté indigne de son talent, avec une accumulation de double pages (pas moins de six, soit douze pages sur les vingt que compte l'épisode !) qui ne font que la souligner.
Comme je l'ai expliqué précédemment, ce qui m'a toujours plu dans les séries d'équipe de Bendis, c'est leur esprit de famille, mais aussi cette façon bien à lui de raconter en tout décontraction des histoires de super-héros pour qui le folklore qui est attaché relève de la caricature. En somme, ce qui intéressait visiblement Bendis, c'était moins les batailles, les super-pouvoirs, les costumes, les masques, que ce qu'ils permettaient de révèler chez ses personnages. De ce point de vue, ses récits étaient character's driven et Bendis n'était jamais meilleur que quand il développait des histoires au long cours où ses personnages s'affirmaient dans un environnement hostile.
Mais ici, rien de tout ça : ça bastonne à tout-va, la caractérisation est réduite à peau de chagrin, l'esprit de camaraderie est absent, la définition des protagonistes en fonction de l'action est misérable. Le méchant est monolithique : ce Brutus qui veut conquérir la Terre pour y déplacer la population de sa planète ravagée par la guerre qu'y a menée son chef, Zumbado (mon Dieu, quel nom stupide !), n'est qu'un énième avatar de tous les malabars bas du plafond qu'on croise régulièrement dans les pires séries Z de la BD, et la réponse que lui adresse la Ligue de Justice revient à rendre coup pour coup alors même qu'il est évident pour tous que cette "stratégie" est sans effet (seul Batman s'en rend compte, comme toujours, mais personne ne l'écoute).
Marquez illustre donc ça avec énergie mais il semble être en mode pilote automatique, ne forçant jamais son talent, et négligeant même des éléments esthétiques comme à la pire époque. Représenter un monde désolé comme la planète de Naomi et Brutus est une gageure, mais Marquez ne fait aucun effort pour créer un environnement original, les personnages se bagarrent dans un champ de ruines, mais à peine visible. Un seul plan permet de mesurer à quoi ressemble vraiment cette planète, une vue aérienne, par ailleurs l'image la plus frappante et réussie de l'épisode, et cela paraît suffire à Marquez, comme s'il estimait que cela fait le boulot. Ses personnages, eux, sont interchangeables, comme s'il ne lui inspirait rien (à l'exception de Hippolyta et, dans une moinde mesure, Black Canary). C'est triste à lire.
Sachant qu'après cet arc, Marquez va passer le relais, pour un épisode, à Steve Pugh, puis être remplacé par Phil Hester, et que Bendis n'annonce rien de bien excitant, j'ai bien peur de ne pas suivre bien longtemps cette publication (alors que la suite de Event Leviathan, Checkmate, où Bendis retrouve Alex Maleev, pour une mini-série plus sombre et terre-à-terre, me fait davantage envie).
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vendredi 21 mai 2021
JUSTICE LEAGUE #61, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico
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mercredi 21 avril 2021
JUSTICE LEAGUE #60, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico
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Soumis à l'approbation de la Justice League, Etrigan est intégrè à la Justice League Dark, avec la caution de Batman, pour retrouver et neutraliser Merlin. Cependant, Rory Regan entre à son tour dans la librairie fréquentée par le magicien et découvre son oeuvre...
On observe de manière jubilatoire les mêmes qualités dans ce nouveau chapitre de Justice League Dark, et pourtant Ram V et Xermanico ont deux fois moins d'espace pour s'imposer. Toutefois, cette contrainte semble galvaniser les deux partenaires pour combler le lecteur.
En dix pages donc, Ram V réussit l'exploit de faire preuve d'humour, de susciter l'effroi, et se provoquer le frisson de l'action. Le découpage de son script est tellement efficace qu'il mérite d'être étudié, c'est dire. Etrigan est intégré à la JLD, avec l'approbation modérée de la JL, Merlin commence à déchaîner sa magie, et Ragman entre en scène.
Ce qui ne cesse de m'épater chez Ram V, c'est la densité et la fluidité mêlées de son écriture. Il prend le temps de nous faire sourire avec l'enrolement d'Etrigan, qui suscite le malaise chez Superman mais de la jubilation chez Green Arrow (jamais en reste quand il s'agit de savourer ce qui dérange un surhomme comme Supe) ou des soupirs chez Black Canary et Hawkgirl (la première levant les yeux au ciel à la perspective d'un débat entre Green Arrow et les autres, la seconde s'étonnant que le démon pose problème puisqu'il a prouvé sa bonne volonté). Cette scène d'introduction est exquise.
On retrouve ensuite Merlin et là, Ram V invoque Borges, cet écrivain majeur du réalisme magique, dont les ouvrages offrent une arsenal inattendu au magicien. Le scénariste a-t-il lu Storykiller de Kelly Thompson dans lequel l'héroïne, Tessa, a pour mission de chasser et renvoyer dans leurs dimensions des monstres échappées des livres fantastiques ? Ici, en tout cas, on trouve une astuce similaire et maline.
La composition de la JLD se réduit à peu de choses ("un singe, une magicienne, un type en trench coat, un démon" comme il est écrit en off) et l'apparition finale de Ragman (un personnage de second rang que j'ai toujours aimé) vient la complèter. Cette formation réduite et assez peu puissante finalement rend le combat à venir déséqulibré et palpitant donc.
Il faut profiter de chaque page dessinée par Xermanico car on le sait désormais, l'artiste va quitter le titre, accaparé par la mini-série Infinite Frontier (écrite par Joshua Williamson), il sera remplacé par Sumit Kumar (avec qui Ram V a signé These Savage Shores). C'est vraiment dommage d'habiller Pierre en déshabillant Paul, mais pouvait-il en être autrement ? Xermanico est un grand talent en devenir, qui préfère logiquement dessiner une mini-série importante plutôt qu'une back-up, et qui de toute façon ne pouvait donc pas produire 30 ou 40 pages/mois.
Reste que Xermancco est un vrai pro et ne bâcle pas ses planches, au contraire. Un gaufrier de talking heads très expressives ou une pleine page avec Merlin sont de petits morceaux de bravoure au milieu de ce chapitre qui, graphiquement, se tient mieux que bien.
mercredi 17 mars 2021
JUSTICE LEAGUE #59, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico
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Justice League Dark aura donc fait les frais de la restructuration des titres DC, qui a décidé d'en faire une simple back-up story à Justice League. C'est toujours mieux que rien, mais c'est tout de même ingrat pour Ram V qui avait déjà été obligé de boucler les intrigues laissées en plan par James Tynion, et pensait certainement pouvoir développer ses propres plans en 2021.
Toutefois le scénariste a assez de talent et de ressources pour ne pas pleurer sur son sort et lâcher l'affaire. Il n'a que dix pages à sa disposition ? Qu'à cela ne tienne ! Fameux pour son aptitude à poser une histoire et des personnages à toute vitesse sans sacrifier leur caractérisation, Ram V prouve une nouvelle fois sa souplesse et sa solidité.
Surtout il a l'air de bien s'entendre avec Bendis, au point que les deux hommes ont convenu que leurs séries se croiseraient bientôt pour un crossover et donc qu'il faudrait les lire pour se préparer à cette rencontre. D'ailleurs cet épisode semble déjà installer les fondations d'une saga.
Et ceux qui n'ont pas zappé Future State : Justice League Dark devineront tout de suite d'où part Ram V puisqu'il signe le retour menaçant de Merlin et de Jason Blood, déjà au coeur de ses épisodes futuristes. Les fans d'Etrigan le démon (comme moi) seront aux anges.
Pour l'épauler, Ram V bénéficie de Xermanico, qui n'est pas encore une star mais qui va certainement le devenir cette année. Cet artiste, excellent, livre des planches superbes, qui elles-même profitent des la colorisation somptueuse de Romulo Fajardo. Lui aussi n'a pas besoin de beaucoup de pages pour nous en mettre plein les yeux. Toutefois, il convient d'être prudent car Xermanico va également signer les dessins des prochains numéros d'Infinite Frontier : sera-t-il capable de cumuler les deux ? (Si Infinite Frontier ne paraît pas mensuellement, comme je l'ai compris, c'est faisable.)
mercredi 13 janvier 2021
FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara
J'étais, je dois le dire, assez curieux et impatient de découvrir cette nouvelle itération de la Justice League car il m'a toujours semblé qu'à l'origine les Teen Titans devaient, dans une histoire dystopique, incarner la relève. Je crois que c'était le souhait de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque de leurs New Teen Titans, mais cela n'a jamais été converti (malgré l'intégration à la Ligue de personnages comme Cyborg durant les New 52).
Future State rebat les cartes en mettant en avant des héritiers de sang ou d'esprit des membres de la Ligue de Justice. C'est une autre option, aussi logique, plus organique, plus naturelle diront certains. C'est en tout cas l'ordre de mission qu'a accepté le scénariste Joshua Williamson, qui vient d'achever un très long run sur la série Flash - et qui, peut-être, espérait récupérer la série Justice League en Mars (mais ce sera Brian Michael Bendis).
Pour le soutenir, on lui a adjoint les services de Robson Rocha, qui a brillé sur Aquaman et s'est échauffé avec les membres de la Ligue classique durant les numéros tie-in à Death Metal. DC ne se moque donc pas des lecteurs avec un tandem de cette qualité (même si Rocha ne dessinera pas non plus la JL en Mars : ce sera David Marquez).
Comme Future State : Justice League ne comptera que deux numéros, il ne faut pas perdre de temps pour présenter les protagonistes et exposer l'intrigue. Williamson le fait avec brio : c'est à la fois dense et fluide, très rythmé et bien caractérisé. Il faut attendre les deux dernières pages pour connaître l'identité de ceux qui ont raison de cette nouvelle génération de leaguers, et l'astuce est habile même si elle n'est pas originale.
Williamson se montre surtout très fort pour personnaliser ses héros. On appréciera surtout comment il écrit Yara Flor, bien moins horripilante qu'avec Joelle Jones. Il introduit aussi un nouveau speedster avec Kid Quick, dont la particularité est d'être transgenre (bien que ça n'ait aucune importance majeure, si ce n'est que ce personnage a, apparemment, une relation avec Aquawoman). Ce qui est aussi intéressant, ce sont les codes que s'est imposée cette nouvelle Ligue : persuadée que la chute de leurs prédécesseurs venait de leur trop grande proximité, elle prohibe désormais toute fraternisation ou romance entre ses membres. Williamson joue aussi sur un mystère accrocheur en suggérant qu'un membre de la Ligue a trahi les siens dans le passé, précipitant leur disparition.
Rocha a un style influencé, comme beaucoup d'artistes réalistes, par Neal Adams et, plus récemment, Ivan Reis. Cela se traduit par des personnages en majesté, dotés d'une allure à la fois athlétique et gracieuse. Son trait est expressif, bien mis en valeur par l'encrage de Daniel Henriques avec qui il collabore depuis un moment. Ses planches sont très vivantes, bénéficiant de décors soignés (un plan impressionnant sur la ville futuriste, ou l'intérieur du phare habité par Aquawoman).
Grâce à Rocha, on n'a jamais l'impression de regarder des versions rajeunies des héros classiques, mais bien des héros à part entière, avec un vrai charisme. Pour un peu, ces héritiers voleraient presque la vedette à leurs parents ou leurs inspirateurs. Et les méchants ne manquent pas de gueule non plus, d'autant que Williamson a donné du biscuit à Rocha avec deux Légions Fatales.
Quand c'est ainsi, si bien maîtrisé, on regretterait presque que l'opération Future State ne dure que deux mois. Mais le succès de la première salve de numéros aurait, parait-il, incité DC à avoir des projets pour tous ces nouveaux héros au-délà du mois de Février...
Ram V doit être un peu partagé concernant le sort de Justice League Dark : il a repris le titre à la suite de James Tynion IV, qui lui a laissé une intrigue à conclure (et donc peu de liberté), DC lui laisse la direction du titre pour Future State, mais en back-up de Justice League et cette situation ne bougera pas en Mars puis que la série perd sa revue.
Pourtant le scénariste ne se plaint pas, au contraire, il semble inspiré par ces contraintes et prévoit déjà de se servir de ces deux épisodes pour préparer le retour de la JLD au présent. Et il se montre inspiré car désormais débarrassé des éléments narratifs abandonnés par Tynnion IV.
Située dix ans avant celle de Justice League, son intrigue permet d'abord d'apprécier une période de transition. Les héros de la magie sont persécutés, victimes d'une nouvelle chasse aux sorcières menée par Merlin. On est donc dans une ambiance proche de celle de The Next Batman, mais avec la certitude que les lendemains seront meilleurs comme le montre Justice League.
Comme Joshua Williamson, Ram V n'a pas beaucoup de temps ni de place pour nous présenter les faits. Il décide donc de se concentrer sur peu de personnages, avec Zatanna et Bobo au premier plan. Il introduit des seconds rôles qu'il apprécie visiblement, comme Etrigan (dont Bobo est désormais l'hôte !) ou Ragman (avec une transformation spectaculaire à la clé). John Constantine est également dans les parages, comme Madame Xanadu et enfin Dr. Fate.
Tout l'épisode procède ainsi : avec chaque nouveau personnage,, l'intrigue avance, rebondit. L'ennemi est connu : Merlin. La menace aussi : le magicien veut tous les pouvoirs de ses semblables. La solution : le Dr. Fate, qui a réfléchi à une contre-attaque en se cachant habilement. Ram V est décidément malin : il ne révolutionne rien mais à l'art et la manière de vous prendre par la main et ne plus vous lâcher.
Avant l'arrivé en Mars de l'excellent Xermanico au dessin, DC a confié à Marcio Takara le soin d'illustrer cette histoire. Takara va et vient ainsi de Marvel à DC pour dépanner les éditeurs sur des titres dont l'artiste régulier a du mal à tenir les délais ou est placé ailleurs.
Sa prestation est très satisfaisante même si on pourra toujours lui reprocher de manquer un peu de finitions, notamment dans les décors. L'encrage chez Takara pèche toujours, on sent que ce n'est pas ce sur quoi il passe le plus temps, et c'est dommage car son dessin est agréable, capable de s'adapter à n'importe quel genre. Il suffit de voir comment il compose une pleine page quand Bobo invoque Etrigan ou découpe une double page lorsque Ragman se déchaîne contre les chasseurs de Merlin pour savoir que Takara a un vrai bon coup de crayon.
C'est en tout cas un excellent complèment de programme.
Pas de doute, Future State s'impose déjà dans le top des publications de ce projet.