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vendredi 25 juin 2021

JUSTICE LEAGUE #63, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico


Un naufrage. Et un régal. Voilà comment on doit résumer ce numéro de Justice League quand Brian Michael Bendis et David Marquez coulent à pic. Tandis que Ram V et Xermanico nous enchantent, nous épatent, nous bluffent.


Oh, puis vous savez quoi ? On ne va pas s'embêter à résumer ce 63ème épisode de Justice League. Il est vraiment naze, de bout en bout, il n'y a rien à sauver. La Ligue de Justice rentre à son Hall, Naomi s'interroge sur sont sort, Superman invite Black Adam dans l'équipe, Green Arrow avoue à Batman qu'il la finance, et Zumbado prépare sa revanche...


De la couverture, sans aucun rapport avec l'épisode (puisque ni Naomi ni Black Adam ne sont accusés de quoi que ce soit), au déroulement de l'histoire, qui voit le dénouement d'un arc affligeant, Brian Bendis et David Marquez nous offrent un bien triste spectacle.


Rien ne fonctionne dans cette reprise en main de Justice League par un tandem qui a pourtant accompli de belles choses chez Marvel. Le script est nul, de scènes de baston assommantes en scènes de dialogues creuses, avec des personnages fantomatiques (à quoi sert Aquaman ?). C'est dessiné de manière indigne par un artiste qui ne semble absolument pas concerné.

Je n'aime pas utiliser mes critiques pour m'acharner sur une série et ceux qui la font. Aussi vais-je en rester là. David Marquez quitte le navire piteusement (il sera remplacé pour les deux prochains épisodes par Steve Pugh pour un mini arc, puis Phil Hester). Brian Bendis semble mal parti pour me convaincre qu'il est l'homme de la situation.

*


Le Bibliothécaire de Babel supplie la Ligue des Ténèbres de quitter son antre. Avant cela , John Constantine a une idée ingénieuse pour contrarier Merlin tout en exauçant le maître des lieux. Mais de retour dans notre dimension, Jason Blood exprime son inquiétude face à la menace intacte qu'est Merlin.



Cependant, à la Tour de Fate, Kirk Langström et Khalid Nassour tentent de réparer le casque du Dr. Fate. L'opération donne à voir à Khalid un sombre futur. De son côté, à Gotham, Elnara Roshtu surprend une étrange confrérie dans une église et doit l'affronter...

Je l'ai déjà dit, mais Ram V, avec seulement une dizaine de pages chaque mois, donne une leçon d'écriture à bon nombre de ses confrères. Qu'attend DC pour rendre à Justice League Dark sa propre revue ? Son scénariste mérite de plus d'espace et ces héros aussi.

L'intrigue progresse à pas comptés car avec un demi-épisode, il faut en garder sous le coude sous peine d'en mettre trop et de rendre une copie indigeste. Mais Ram V dose merveilleusement son récit et se permet même de belles figures de style (comme avec le moyen qu'imagine Constantine pour soulager le Bibliothécaire et quitter son antre en contrariant temporairement Merlin). Il est toutefois certain que cela ne retardera pas Merlin, absent de ce numéro. Mais d'autres cartes sont distribuées.

En effet, le Dr. Fate est sur le point de revenir sur scène. Ram V réintroduit Khalid Nassour mais aussi Kirk Langström/Man-Bat. Il tease ainsi habilement la suite de son intrigue, sans trop en dire, ni en montrer, juste ce qu'il faut pour mettre l'eau à la bouche (et souligner que la série se dirige vers ce qui était raconté dans Future State); Quant à Elnara Roshtu, elle est sur le point d'affronter un nouvel ennemi dans sa quête.

La densité de l'histoire mais aussi sa fludité sont magnifiquement servis par le dessin de Xermanico, qui (cette fois, c'est sûr) tire sa révérence. Il s'en va en beauté, ne serait-ce que pour son éblouissante double-page méta-textuelle au début de l'épisode, mais aussi le passage dans la Tour de Fate. Sumit Kumar va avoir fort à faire pour être à la hauteur, mais au moins Justice League Dark continuera d'être bien illustrée.

L'ennui avec tout ça est ailleurs : passés les deux prochains n°, j'ignore si je continuerai à acheter cette revue car la Justice League de Bendis me déçoit trop (et la perspective de la voir mise en image par Hester ne me ravit pas). J'ai envie de continuer à lire Justice League Dark, mais je crois quand même que j'attendrai la suite en TPB parce que payer 4,99$ pour dix pages, ça fait quand même cher.

mercredi 2 juin 2021

JUSTICE LEAGUE #62, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico

 

La Justice League de Brian Michael Bendis et David Marquez est-elle une occasion manquée ? En tout cas, ce nouvel épisode déçoit tout en mettant plein la vue. La Justice League Dark de Ram V et Xermanico en met aussi plein la vue, mais avec deux fois moins de pages réussit à rassasier davantage le lecteur grâce à une intrigue riche et des dessins tout sauf économes.



Hippolyta se présente au Hall de Justice pour présenter ses excuses au héros. Flash la reçoit et lui explique que ses partenaires sont en mission sur une Terre parallèle. Soudain, il se rend compte qu'il a fait une erreur de calcul, possiblement fatale, pour les y expédier.


En effet, les membres de la Ligue sont en difficulté face à Brutus qui domine outrageusement Black Adam et Superman. Batman tente de diriger l'équipe mais Green Arrow et Black Canary ignorent ses ordres et ripostent.


Brutus est repoussé mais pas vaincu, loin de là. Alors que Hawkgirl l'attaque à son tour, sans plus de succès, Nomi rattrape Black Adam et contemple avec lui son monde dévasté par la guerre menée par Zumbado et Brutus.


Naomi et Black Adam sont interrompus par l'arrivée de Hippolyta qui a raison de Brutus. La Ligue se rassemble et Flash sonne le rappel en expliquant qu'ils doivent tous partir. Mais Batman est introuvable et Zumbado choisit son moment pour surgir...

Je dois avouer que plus je progresse dans la lecture de ce premier arc de Justice League écrit par Brian Bendis, plus je suis désappointé. L'intention du scénariste est désormais claire : il a choisi de produire une sorte de "popcorn comic", ce qui en soit n'a rien de problématique, mais le résultat laisse perplexe tant il déçoit de la part d'un auteur qui m'a habitué à bien mieux avec des team-books.

Le même sentiment s'applique à la prestation de David Marquez au dessin. L'artiste livre des planches toniques, mais sans âme, et aussi sans décors (ou en tout cas pas beaucoup de décors). Sa narration graphique est d'une pauvreté indigne de son talent, avec une accumulation de double pages (pas moins de six, soit douze pages sur les vingt que compte l'épisode !) qui ne font que la souligner.

Comme je l'ai expliqué précédemment, ce qui m'a toujours plu dans les séries d'équipe de Bendis, c'est leur esprit de famille, mais aussi cette façon bien à lui de raconter en tout décontraction des histoires de super-héros pour qui le folklore qui est attaché relève de la caricature. En somme, ce qui intéressait visiblement Bendis, c'était moins les batailles, les super-pouvoirs, les costumes, les masques, que ce qu'ils permettaient de révèler chez ses personnages. De ce point de vue, ses récits étaient character's driven et Bendis n'était jamais meilleur que quand il développait des histoires au long cours où ses personnages s'affirmaient dans un environnement hostile.

Mais ici, rien de tout ça : ça bastonne à tout-va, la caractérisation est réduite à peau de chagrin, l'esprit de camaraderie est absent, la définition des protagonistes en fonction de l'action est misérable. Le méchant est monolithique : ce Brutus qui veut conquérir la Terre pour y déplacer la population de sa planète ravagée par la guerre qu'y a menée son chef, Zumbado (mon Dieu, quel nom stupide !), n'est qu'un énième avatar de tous les malabars bas du plafond qu'on croise régulièrement dans les pires séries Z de la BD, et la réponse que lui adresse la Ligue de Justice revient à rendre coup pour coup alors même qu'il est évident pour tous que cette "stratégie" est sans effet (seul Batman s'en rend compte, comme toujours, mais personne ne l'écoute).

Marquez illustre donc ça avec énergie mais il semble être en mode pilote automatique, ne forçant jamais son talent, et négligeant même des éléments esthétiques comme à la pire époque. Représenter un monde désolé comme la planète de Naomi et Brutus est une gageure, mais Marquez ne fait aucun effort pour créer un environnement original, les personnages se bagarrent dans un champ de ruines, mais à peine visible. Un seul plan permet de mesurer à quoi ressemble vraiment cette planète, une vue aérienne, par ailleurs l'image la plus frappante et réussie de l'épisode, et cela paraît suffire à Marquez, comme s'il estimait que cela fait le boulot. Ses personnages, eux, sont interchangeables, comme s'il ne lui inspirait rien (à l'exception de Hippolyta et, dans une moinde mesure, Black Canary). C'est triste à lire.

Sachant qu'après cet arc, Marquez va passer le relais, pour un épisode, à Steve Pugh, puis être remplacé par Phil Hester, et que Bendis n'annonce rien de bien excitant, j'ai bien peur de ne pas suivre bien longtemps cette publication (alors que la suite de Event Leviathan, Checkmate, où Bendis retrouve Alex Maleev, pour une mini-série plus sombre et terre-à-terre, me fait davantage envie).

*


La Ligue des Ténèbres se fraie un chemin vers le coeur de la Bibliothèque de Babel en éliminant les démons libérés par Merlin. Constantine met en garde Jason Blood contre toute tentative de doubler l'équipe mais l'alter ego d'Etrigan le prévient que Zatanna est corrompue.
 

Le désordre engendré par la Ligue provoque la colère du Bibliothécaire mais Constantine lui assure que l'équipe veut juste savoir quel document a consulté Merlin. Il s'agit d'une carte indiquant l'emplacement originel d'Atlantis, bastion initial de la magie...

Il est intéressant, à plus d'un titre, de lire ce nouveau petit chapitre de Justice League Dark après celui de Justice League. Mais la comparaison n'est pas flatteuse pour la série écrite par Bendis et dessinée par Marquez, car les dix pages de Ram V et Xermanico (qui est donc encore là, et le sera toujours le mois prochain, contrairement à ce que j'écrivais dans le n° 61) possèdent tout ce qui manque au titre précédent.

Dc serait vraiment bien inspiré (surtout maintenant que l'éditeur se remet à publier davantage de séries) de redonner sa revue à Justice League Dark, ce qui permettrait à Ram V de raconter son histoire sans avoir besoin de la saucissonner ainsi. Mais le scénariste fait des merveilles en parvenant à rendre chaque demi-épisode en un récit dense, drôle, captivant.

Car Ram V a des choses à dire et il ne fait pas dans la demi-mesure. Par exemple, au détour d'un dialogue entre John Constantine et Jason Blood, il montre bien que les deux hommes ne s'apprécient guère, Constantine se méfiant d'un possible agenda secret de l'alter ego d'Etrigan, et Blood suggérant que Zatanna n'utilise pas sa magie à fond parce qu'elle se sait corrompue par l'Homme Inversé (qu'elle a vaincu au prix de gros efforts) - une référence qui prouve que Ram V poursuit ce qu'il avait établi dans la série avant Future State.

Un peu après, il glisse même une scène irrésisitible où Rory Regan/Ragman aide Bobo et Zatanna à trouver le livre qu'a consulté Merlin dans la Bibliothèque de Babel et retire d'un rayon un tome de... Justice League Dark, écrit par Ram V.

Xermanico dessine ce moment en soulignant l'expressivité du personnage de façon géniale. Mais l'artiste livre une copie irréprochable tout du long : il ne s'économise pas sur les décors et il a de quoi faire avec cette bibliothèque bien fournie, aux livres fous, aux murs couverts de rayonnages. Xermanico découpe tout cela de manière inventive, avec des doubles pages très riches (tout le contraire de Marquez sur JL), et même des bordures de pages très ouvragées.

C'est cruel mais la back-up de Justice League est vraiment plus réussi et impressionnante que la série-mère. 

vendredi 21 mai 2021

JUSTICE LEAGUE #61, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico


Le mensuel Justice League s'est imposé à moi comme le seul dont le double programme est le plus intéressant de la nouvelle proposition éditoriale de DC; Les deux séries, Justice League et Justice League Dark, sont de qualité (presque) égale, au point que je serai prêt à payer plus pour avoir le même nombre de pages pour chaque épisode. Les intrigues de Brian Michael Bendis et Ram V et les dessins de David Marquez et Xermanico garantissent un plaisir de lecture indéniable.


En débarquant sur la terre natale de Naomi, la Ligue de Justice est dispersée. Black Canary est prise à parti par des indigènes menaçants contre lesquels elle déploie son cri. Et elle s'aperçoit alors que celui a gagné en puissance dans cet environnement.


Mais tout le mondee n'a pas cette chance. Naomi la première, qui se rend compte que ses pouvoirs sont sévèrement déréglés et qui s'en remet à Batman pour la rassurer. Toutefois, ce dernier est vite inquiété par un appel de détresse de Superman.


Brutus attaque Superman et lui inflige une raclée à laquelle assistent, médusés, ses acolytes de la Ligue. Black. Pendant ce temps, Aquaman n'est pas non plus au mieux et il perd connaissance avant d'être récupéré par des alliès de Brutus.


Batman sonne le rappel des troupes et, rejoint par Hawkgirl, Green Arrow, Black Canary et Naomi, se lance au secours de Superman. Mais ils sont devancés par Black Adam qui somme Brutus de se rendre sans délai...

Au sujet de Brian Michael Bendis, il est souvent dit qu'il ne sait pas, n'a jamais su écrire de team-books, et même, tenez-vous bien, qu'il massacre ceux auxquels il touche (rien que ça...). Pourtant, son transfert chez DC semblait avoir adouci beaucoup de ses détracteurs, qui ont apprécié ses runs sur Superman et Action Comics. De quoi être indulgent avec sa reprise de Justice League ?

Ne rêvons pas. Tout n'est cependant pas à jeter dans les remarques émises ici ou là. Brutus est un méchant bas de gamme, et cet élément plombe l'intrigue pourtant efficace. C'est dommage parce que, par ailleurs, assister au déréglement des pouvoirs de quelques membres de la Ligue sur le monde de Naomi introduit une dose d'inconnu assez accrocheuse. Et voir Superman se faire rétamer ajoute du suspense (quand l'homme d'acier est mis k.o., c'est que le reste de l'équipe peut se faire du souci).

En fait, la limite de Bendis sur ce début de run (mais qui risque fortement quand même de décourager de continuer au-delà de ce premier arc), c'est qu'il ne force pas son talent. Il produit un comic-book popcorn, comme on parle de popcorn movies pour désigner des longs métrages divertissants mais guère mémorables. Ce qui faisait la force, sinon l'intérêt de Bendis avec ses séries d'équipe chez Marvel, c'était, selon moi, leur dimension familiale, au sens d'une famille choisie, une famille de coeur, et cela absent dans la Justice League qui est et reste avant tout un groupe d'individus se rassemblant, selon la formule consacrée, pour affronter des menaces qu'un seul de ses membres ne pourrait vaincre seul. A par le coupe Green Arrow-Black Canary (qui n'a pour l'instant pas eu l'occasion de briller), il n'existe par au sein de la Justice League de fraternité, et sous la plume de Bendis (comme d'autres auteurs avant lui), les héros apparaissent davantage comme des collègues ou des camarades que comme des amis ou une famille. Je le regrette, ça me manque, ça ne rend pas la série très attrachante.

David Marquez a pris un parti risqué pour dessiner la série. Son découpage et ses compositions sont hyper dynamiques, de sorte que la puissance de certains héros (ou la faillite d'autres) est parfaitement traduite. Mais il le fait au détriment des décors, ce qui est regrettable. Certes, représenter un monde désolé par une guerre entre surhommes est un challenge car il est aisé de tomber dans les clchés et sans doute Marquez s'efforce-t-il de trouver une solution, mais on sent qu'il n'est pas très à l'aise (alors que dans un environnement urbain, c'est un artiste qui utilise l'infographie de manière très intelligente).

La colorisation de Tamra Bonvillain continue aussi de m'interpeler. Elle s'occupe également de celle de Wonder Woman et on retrouve les mêmes soucis de colorimétrie, avec parfois des teintes criardes assez embarrassantes. Problème s'impression ? Ou choix de palette peu heureux ? La répétition aurait tendance à me faire pencher en faveur de la seconde option puisque Bonvillain (ab)use du rose par exemple sur ces deux titres, une couleur qui passe de toute façon mal. Mais pas que : les cheveux blonds de Black Canary sont trop jaunes aussi, ça manque trop de nuances en général.

Espérons que ces défauts visuels seront vite corrigés. Parce que, pour le reste, n'en déplaise aux grincheux, c'est très rythmé, et cette nouvelle ère pour la Justice League tranche avec bonheur avec la précédente menée par Scott Snyder (et son interminable feuilleton avec Lex Luthor, le Batman-qui-rit et Perpétua).   

*



Zatanna, John Constantine, Bobo et Etrigan viennent en renfort à Ragman dans la librairie où il affrotne les monstres invoqués par Merlin dans les livres de José-Luis Borgès. La situation réglée, Bobo déduit que le magicien doit chercher un grimoire plus puissant pour une prochaine attaque plus virulente.


Tandis que la Justice League Dark investit la Bibliothèque de Babel à la recherche de l'ouvrage, Ser Elnara Roshtu d'Anatolie, le treizième chevalier de la table ronde trahi par Merlin, se remet de ses blessures et part pour Gotham en vue d'arrêter le magicien...

Comme je l'écrivais en introduction de cette entrée, je serai volontiers prêt à payer 6 $ pour une revue de quarante pages et donc un épisode complet de Justice League et un autre de Justice League Dark car ce second titre mérite vraiment plus d'espace. Ou alors que DC lui accorde son propre mensuel, comme avant l'intermède Future State.

En l'état, c'est très frustrant à lire car on voit bien que Ram V développe une intrigue solide et captivante qui doit découper à contrecoeur au bout de dix planches. Le scénariste est heureusement brillant et mène son affaire avec une adresse formidable, qui lui permet de raconter beaucoup avec peu de place. Mais c'est du gâchis.

Par contre, contrairement à Bendis, Ram V réussit à fédérer un groupe de héros hétéroclite mais soudé par un esprit de corps. Réduite à cinq membres, la JLD est tendue vers un objectif unique et précis, qui dépasse leurs différends, leurs doutes. C'est d'autant plus méritoire donc que le scénariste parvient à créer cet esprit d'équipe en peu de pages mais sans forcer le trait, en soulignant l'urgence de la situation et la complémentarité des membres (à cet égard, quand Constantine pousse Zatanna à utiliser sa magie alors qu'elle en redoute les conséquences, c'est parfait. De même pour Bobo le chimpanzé qui n'est pas réduit ici à un personnage pittoresque mais s'impose comme un fin limier convaincant ses acolytes de la justesse de ses déductions par leurs résultats.).

Xermanico signe son dernier chapitre (avant de se consacrer pleinement à la mini-série Infinite Frontier). Il part sur une excellente note et on ne peut que louer son professionnalisme. Une double page comme celle montrant la Bibliothèque de Babel (voir ci-dessus) est époustouflante. Son successeur (Sumit Kumar, avec lequel Ram V a signé la mini-série These Savage Shores) aura fort à faire pour être à la hauteur (mais c'est un excellent artiste, qui va certainement se révèler à beaucoup de lecteurs qui ne le connaissent pas).

mercredi 21 avril 2021

JUSTICE LEAGUE #60, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico


Je me suis montré prudent, pour ne pas dire méfiant, avec le précédent n° de Justice League car je ne savais pas bien à quoi m'attendre. Mais ce 60ème épisode a dissipé mes doutes avec un Brian Michael Bendis en verve et un David Marquez chaud patate. De son côté, Justice League Dark de Ram V et Xermanico confirme, elle, tout le bien qu'on pouvait déjà en penser.


Superman invite Black Adam et Naomi au Hall de Justice pour discuter de la menace rencontrée avec Brutus, originaire de la planète natale de la jeune fille et qui a attaqué le Kahndaq. Naomi n'identifie pas Brutus mais Superman insiste qu'elle participe à l'enquête de la Justice League avec Black Adam.


Cela suscite des remous dans l'équipe - surtout à cause de Black Adam. Mais déjà Batman signale une nouvelle apparition de Brutus à Central City. L'alien affronte Hippolyta, la mère de Wonder Woman, après avoir foulé le sol de Temyscera. Mais il bat en retraite en voyant les renforts arriver.


La présence de Black Adam déplaît fortement à Hippolyta, qui refuse de se joindre à la Justice League, et s'envole pour rentrer à Temyscera. Les héros retournent, eux, au Hall de Justice après que Batman ait prélevé à Central City des résidus provenant du monde de Brutus.


Flash a profité de ce temps pour améliorer son tapis de course afin que la Justice League puisse se rendre sur le monde de Brutus et Naomi. Le déplacement aboutit toutefois à une mauvaise surprise pour cette dernière, séparée dans l'opération des héros...

Lorsque j'ai appris que Brian Bendis allait écrire Justice League et que j'ai lu son premier numéro sur le titre le mois dernier, j'étais méfiant. Pourquoi ? Sans doute parce que j'avais le sentiment que Bendis choisissait une certaine facilité, renouant avec un team-book emblématique de l'éditeur, comme il l'avait fait avec New Avengers (et Avengers) chez Marvel. Allait-il être seulement capable et de me séduire à nouveau sur ce format-là (sachant que j'avais été un grand fan de ses New Avengers) et en animant les héros les plus populaires de DC ?

Il faut aussi dire que j'avais été un peu échaudé par son run sur Superman, qui n'a rien d'honteux, mais qui m'avait laissé sur ma faim (et que j'avais lâché avant le dernier arc). Bendis, depuis ses ennuis de santé ayant concordé avec son départ de chez Marvel, me semblait très versé dans une sorte de sentimentalisme et sa volonté d'écrire Superman traduisait cela fortement, en voulant en faire le véhicule quasi-politique d'une Amérique alors en pleine fin de règne Trump (Superman érigé en rempart contre l'administration Trump).

Ces préoccupations se reflétaient dans ses autres séries DC, toutes empreintes d'une forme de positivisme un brin forcé (Young Justice, Legion of Super Heroes, ou deux titres sur de jeunes héros incarnant l'espoir, la relève). Ce n'est pas que chez Marvel Bendis était un cynique ou un pessimiste, mais quand on s'en souvient, ses meilleurs runs se déroulaient dans des temps de crise avec des héros poussés à la clandestinité.

Mais ce n°60, deuxième épisode consécutif de Justice League période Bendis, m'a rassuré. Ce qui apparaît comme acquis désormais, c'est que le scénariste a adopté une écriture beaucoup plus directe et nerveuse que ce qu'il a produit ces dernières années. Pour ponctuer la progression de l'intrigue (au demeurant simple), il met en scène des moments d'action pure, qui servent à valoriser la puissance d'une formation comme la Justice League (et qui montre que Bendis assume pleinement d'écrire cette équipe comme un régiment de surhommes, de demi-dieux, nuancé par la présence de héros plus humains - comme Batman, Green Arrow).

Surtout, ce qui m'a beaucoup plu dans cet épisode, c'est que j'ai retrouvé le Bendis qui caractérise par le dialogue ses personnages et créé des interactions, une dynamique finalement assez familiale de l'équipe. Comme ses New Avengers, il n'y a pas de leader désigné, même si Superman fait figure de guide, d'autorité morale : il s'impose comme un référent à qui ses co-équipiers font confiance, même quand il s'agit de donner sa chance à Black Adam (ce qui est un choix spectaculaire) mais aussi à Naomi (moins problématique car moins polémique). Green Arrow se pose en contradicteur intelligent, qui pose les bonnes questions mais admet les arguments de Superman. Pour l'instant, les autres membres ont moins de consistance, même si Bendis leur octroie des répliques bien senties (Black Canary qui titille Green Arrow, Hawkgirl qui fait parler son expérience de guerrière, Batman dans un rôle d'éminence grise. En revanche, Aquaman devra attendre pour bénéficier des mêmes égards). La présence de Hippolyta apporte un point de vue intéressant, bien qu'elle quitte la scène vite (et que je me demande comment elle va prendre part à la suite).

Comme écrit plus haut, le récit est ponctué de scènes d'action très énergiques et c'est alors le moyen pour David Marquez de faire parler sa puissance de feu. Il a toujours été très à l'aise dans cet exercice et une fois encore, il emballe un combat entre Brutus et Hippolyta avec une vigueur qui régalera tous les amateurs. Surtout il impose la reine des amazones comme une sacrée guerrière, qui remplace sans problème sa fille (occupée au Valhalla). Marquez joue habilement sur la gestuelle et l'expressivité de cette femme quand elle se trouve face à Black Adam : sa réaction outragée renvoie au passé du protecteur du Kahndaq et insiste à bon escient sur l'opportunité, le bon sens de l'associer à cette histoire - et donc par ricochet interroge sur la bienveillance de Superman.

Marquez brille également quand il s'agit d'animer Black Adam et Naomi, qui représentent deux faces d'une même médaille : Adam bouge peu, fait la gueule, toise tout le monde d'un air suffisant, tandis que Naomi est impressionnée par la situation, les héros qui l'entourent, Adam qui, lui, n'est pas du tout ébranlé par tout ça. Le contraste est efficacement rendu par un dessin où le découpage, plus sage, dans des scènes qui s'appuient sur les dialogues, reposent surtout sur la composition des images, les angles de vue. La complicité est totale entre Bendis et Marquez alors et restaure la confiance du lecteur prudent jusqu'alors.

Le cliffhanger de l'épisode donne irrépressiblement envie de se jeter sur la suite. Justice League commence vraiment ce mois-ci et c'est prometteur, séduisant dans sa simplicité et son rythme. 

*


Merlin entre dans une librairie où il peut consulter des manuscrits originaux de José-Luis Borges. Mais il explique ensuite ne pas être intéressé par leur acquisition. En vérité, il en libère les créatures pour accomplir son plan de reconquête.


Soumis à l'approbation de la Justice League, Etrigan est intégrè à la Justice League Dark, avec la caution de Batman, pour retrouver et neutraliser Merlin. Cependant, Rory Regan entre à son tour dans la librairie fréquentée par le magicien et découvre son oeuvre...

On observe de manière jubilatoire les mêmes qualités dans ce nouveau chapitre de Justice League Dark, et pourtant Ram V et Xermanico ont deux fois moins d'espace pour s'imposer. Toutefois, cette contrainte semble galvaniser les deux partenaires pour combler le lecteur.

En dix pages donc, Ram V réussit l'exploit de faire preuve d'humour, de susciter l'effroi, et se provoquer le frisson de l'action. Le découpage de son script est tellement efficace qu'il mérite d'être étudié, c'est dire. Etrigan est intégré à la JLD, avec l'approbation modérée de la JL, Merlin commence à déchaîner sa magie, et Ragman entre en scène.

Ce qui ne cesse de m'épater chez Ram V, c'est la densité et la fluidité mêlées de son écriture. Il prend le temps de nous faire sourire avec l'enrolement d'Etrigan, qui suscite le malaise chez Superman mais de la jubilation chez Green Arrow (jamais en reste quand il s'agit de savourer ce qui dérange un surhomme comme Supe) ou des soupirs chez Black Canary et Hawkgirl (la première levant les yeux au ciel à la perspective d'un débat entre Green Arrow et les autres, la seconde s'étonnant que le démon pose problème puisqu'il a prouvé sa bonne volonté). Cette scène d'introduction est exquise.

On retrouve ensuite Merlin et là, Ram V invoque Borges, cet écrivain majeur du réalisme magique, dont les ouvrages offrent une arsenal inattendu au magicien. Le scénariste a-t-il lu Storykiller de Kelly Thompson dans lequel l'héroïne, Tessa, a pour mission de chasser et renvoyer dans leurs dimensions des monstres échappées des livres fantastiques ? Ici, en tout cas, on trouve une astuce similaire et maline.

La composition de la JLD se réduit à peu de choses ("un singe, une magicienne, un type en trench coat, un démon" comme il est écrit en off) et l'apparition finale de Ragman (un personnage de second rang que j'ai toujours aimé) vient la complèter. Cette formation réduite et assez peu puissante finalement rend le combat à venir déséqulibré et palpitant donc.

Il faut profiter de chaque page dessinée par Xermanico car on le sait désormais, l'artiste va quitter le titre, accaparé par la mini-série Infinite Frontier (écrite par Joshua Williamson), il sera remplacé par Sumit Kumar (avec qui Ram V a signé These Savage Shores). C'est vraiment dommage d'habiller Pierre en déshabillant Paul, mais pouvait-il en être autrement ? Xermanico est un grand talent en devenir, qui préfère logiquement dessiner une mini-série importante plutôt qu'une back-up, et qui de toute façon ne pouvait donc pas produire 30 ou 40 pages/mois.

Reste que Xermancco est un vrai pro et ne bâcle pas ses planches, au contraire. Un gaufrier de talking heads très expressives ou une pleine page avec Merlin sont de petits morceaux de bravoure au milieu de ce chapitre qui, graphiquement, se tient mieux que bien.

mercredi 17 mars 2021

JUSTICE LEAGUE #59, de Brian Michael Bendis et David Marquez / JUSTICE LEAGUE DARK, de Ram V et Xermanico


Après Scott Snyder, c'est donc à Brian Michael Bendis que DC a choisi de confier la direction de Justice League. Un choix assez logique puisque le scénariste a connu un succès certain chez Marvel en pilotant la franchise Avengers durant de longues années. Il est accompagné par David Marquez, son partenaire sur Ultimate Spider-Man et Defenders. Et cette reprise ne perd pas de temps en ronds de jambes : c'est bourré d'action, avec quelques additions surprenantes.


Au Khandaq, Black Adam affronte un alien surgi de nulle part alors qu'il se receuillait sur la tombe d'Isis, sa bien-aimée. Mais il est en difficulté face à cet adversaire qui a décrété que la Terre serait sienne.
 

L'ambition de Brutus, l'alien, est quelque peu refroidie quand la Justice League arrive sur place et que Superman lui administre une raclée. Interrogé à ce sujet, Black Adam répond, énigmatique, qu'une invasion commence...


Aquaman prend la relève pour maîtriser Brutus, sans succès. Hawkgirl lui vient en aide mais sa masse en Nième métal se met à irradier après avoir frappé l'alien. Brutus décide de battre, provisoirement, en retraite et se téléporte ailleurs.


Black Adam prend congé de la League qui, elle, rentre à sa base pour tenter d'en savoir plus au sujet de Brutus. Kelex, le robot de Superman, établit une correspondance entre l'alien et la jeune Naomi MacDuffie, à Prot Oswego, Oregon... Où Black Adam se trouve déjà.

On notera d'abord l'ironie de la situation : DC Comics vient de casser le contrat d'exclusivité qui les liait à Brian Michael Bendis et pourtant c'est à lui que l'éditeur confie la reprise en main de Justice League, une de ses séries-phares. Ne cherchez pas de logique dans la politique contractuelle de DC, qui devait surtout trouver un remplaçant fiable et stable à Scott Snyder.

Bendis incarne, il est vrai, un gage de sécurité : il a bâti une grande partie de son succès chez Marvel avec la franchise Avengers qu'il a redynamisée bien avant le triomphe du MCU pendant plus de dix ans. Il semblait donc inévitable qu'un jour ou l'autre il hérite de Justice League, et Jim Lee en aurait fait son candidat idéal (on ne refuse rien à Jim Lee, désormais seul à la barre depuis le licenciement de Dan Didio). Faut-il y voir aussi une explication à la fin du run un peu abrupte de Bendis sur les séries Superman/Action Comics ? En tout cas, ce premier épisode de l'ère Bendis renoue avec des éléments posés précédemment dans ses titres.

Bien que leur lecture n'ait pas été désagréable, les épisodes de Superman (et d'Action Comics, même si j'ai lâché plus rapidement cette dernière série) m'int laissé sur ma faim. Bendis semblait incapable de donner à son héros autre chose que des ennemis stéréotypés (Rogol Zaar, Mogul) dans des arcs laborieux. Périphériquement, il était plus à son aise, osant davantage de choses avec Jon Kent (quitte à s'attirer l'ire de quelques fans) ou en mettant en scène l'outing de Superman (qui lui survivra puisque Philip Kenendy Johnson, le nouveau scénariste, a confirmé qu'il ne reviendra pas là-dessus).

Toute compte fait, Bendis chez DC s'est employé à aller là où on ne l'attendait pas, y compris stylistiquement (puisqu'il a renoncé à ses dialogues souvent abondants ou parce qu'il laissait à Snyder la charge de sagas influençant tout le DCU). Mais donc, en acceptant d'écrire Justice League, il revient un peu à ses fondamentaux et reprend une place plus centrale, car la série et l'équipe sont naturellement l'axe autour de laquelle gravite l'univers des héros DC.

L'intrigue qui débute avec ce n°59 ne perd pas de temps pour démarrer : le méchant débarque de nulle part, s'en prend à Black Adam, s'autoproclame nouveau maître du monde, tient tête à la Justice League, et finalement aurait un lien avec Naomi (la jeune héroïne créée par Bendis dans la mini-série qui porte son nom - et pour laquelle une suite est toujours prévue, dés que Jamal Campbell, le dessinateur, sera libre). C'est un vrai page-turner, qui ne laisse guère le temps de se poser pour réfléchir, un peu comme si Bendis ne voulait pas laisser de chances à ses détracteurs de se poser de questions et embarquer tout le monde dans une aventure trépidante et mystérieuse à la fois. C'est réussi.

Comme tout épisode de ce genre, tout reste à dire. Si vous êtes curieux, alors vous vous jetterez sur la suite. Si cela vous a laissés de marbre, vous attendrez le prochain arc (ou pas). Pour ma part, je me range plutôt dans la première catégorie tout en restant prudent car si j'espère le meilleur, je sais aussi que mes attentes se sont relevées avec Bendis depuis qu'il a changé de crémerie. Néanmoins, le scénariste a annoncé des choses alléchantes, notamment en ce qui concerne la relation de sa série avec celle de sa back-up, la Justice League Dark de Ram V, et la formation de l'équipe elle-même.

La couverture est à ce titre évocatrice puisque, outre Black Adam, on assiste à l'arrivée de Naomi donc, mais aussi d'Hippolyte (la mère de Wonder Woman, qui est actuellement morte et séjourne au Valhalla - voir ma critique de Wonder Woman #770) et le retour de Green Arrow (qui devrait diriger l'équipe !) et Black Canary (alors qu'il n'y a plus de Green Lantern ni de Flash ou de Martian Manhunter). Cette composition a beaucoup suscité de commentaires et d'interrogations, surtout à cause de Black Adam (un personnage que voulait absolument intégrer Bendis). Mais le scénariste a aussi prévenu, qu'en fonction des histoires, cela bougerait beaucoup car il entendait que la Justice League devienne une équipe d'experts dans chaque domaine rencontré (donc n'importe qui est susceptible d'être appelé, ce qui rappelle son approche avec les Avengers). J'aime bien cette perspective, mouvementée.

Contrairement à Snyder, Bendis bénéficie d'une parution mensuelle et d'un artiste capable de tenir les délais. Justice League marque ses retrouvailles avec David Marquez, discret depuis son transfert chez DC (un arc de Batman/Superman et des covers). Marquez est réputé pour sa ponctualité et il accède enfin à une série exposée chez l'éditeur.

Avec un scénariste qui le connaît par coeur et qui écrit sur mesure pour lui, l'épisode met en valeur les atouts de Marquez. Sa manière de découper une longue séquence de baston montre son aisance dans l'exercice. Immédiatement, on apprécie la puissance des adversaires, donc on mesure la dangerosité réelle de Brutus quand il domine Black Adam, mais aussi la force tranquille de Superman qui, lui, éloigne le méchant sans se forcer. La composition des plans permet aussi de visualiser la particularité de chacun, comme la silhouette aîlée de Hawkgirl, ou celle, gracile, de Naomi. Les angles de vue sont variés, tout est follement dynamique.

Reste que cet épisode ne permet pas de voir toute l'équipe au complet et il faudra donc attendre pour savoir comment Marquez va animer Black Canary, Batman, Green Arrow ou Hippolyte en comparaison avec les big guns que sont Superman, Aquaman, Black Adam. A priori on va rester dans une BD très centrée sur l'action, sans à-côtés sur la vie privée des héros. Comme le laisse entendre Green Arrow, cette Justice League doit faire plus que se charger de super-vilains, symboliser l'ordre et la justice. Quelle forme prendra ce supplément d'âme ? Et si la formation évolue en fonction des histoires, commencela se traduira visuellement autant que narrativement ? C'est en tout alléchant car Marquez est vraiment un dessinateur apte à traduire tout ça sur la page.

C'est frustrant juste ce qu'il faut. Puissant graphiquement. Bendis a toutes les clés en main. 

*


Le sorcier Merlin rentre dans un château et descend dans une salle où se trouve le gardien endormi de l'épée Excalibur. Il le réveille pour le tuer et s'emparer de l'arme dont il extrait du manche un rubis magique, avec lequel il compte purger le monde.


Cependant, au Mexique, John Constantine et Zatanna enquêtent sur une étrange affaire en relation avec l'apparition d'un ange et d'un démon, ayant entraîné un délire collectif et violent. Sur place ils trouvent Jason Blood qui les met en garde contre une guerre imminente déclenchée par un puissant ennemi...

Justice League Dark aura donc fait les frais de la restructuration des titres DC, qui a décidé d'en faire une simple back-up story à Justice League. C'est toujours mieux que rien, mais c'est tout de même ingrat pour Ram V qui avait déjà été obligé de boucler les intrigues laissées en plan par James Tynion, et pensait certainement pouvoir développer ses propres plans en 2021.

Toutefois le scénariste a assez de talent et de ressources pour ne pas pleurer sur son sort et lâcher l'affaire. Il n'a que dix pages à sa disposition ? Qu'à cela ne tienne ! Fameux pour son aptitude à poser une histoire et des personnages à toute vitesse sans sacrifier leur caractérisation, Ram V prouve une nouvelle fois sa souplesse et sa solidité.  

Surtout il a l'air de bien s'entendre avec Bendis, au point que les deux hommes ont convenu que leurs séries se croiseraient bientôt pour un crossover et donc qu'il faudrait les lire pour se préparer à cette rencontre. D'ailleurs cet épisode semble déjà installer les fondations d'une saga.

Et ceux qui n'ont pas zappé Future State : Justice League Dark devineront tout de suite d'où part Ram V puisqu'il signe le retour menaçant de Merlin et de Jason Blood, déjà au coeur de ses épisodes futuristes. Les fans d'Etrigan le démon (comme moi) seront aux anges.

Pour l'épauler, Ram V bénéficie de Xermanico, qui n'est pas encore une star mais qui va certainement le devenir cette année. Cet artiste, excellent, livre des planches superbes, qui elles-même profitent des la colorisation somptueuse de Romulo Fajardo. Lui aussi n'a pas besoin de beaucoup de pages pour nous en mettre plein les yeux. Toutefois, il convient d'être prudent car Xermanico va également signer les dessins des prochains numéros d'Infinite Frontier : sera-t-il capable de cumuler les deux ? (Si Infinite Frontier ne paraît pas mensuellement, comme je l'ai compris, c'est faisable.)

mercredi 13 janvier 2021

FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara


Future State : Justice League présente en vérité deux titres dans un seul numéro, et en cela il préfigure ce que sera le mensuel Justice League en Mars prochain. D'abord, Joshua Williamson et Robson Rocha proposent une aventure de la Ligue de Justice du futur, tandis que Ram V et Marcio Takara développent l'avenir de la Justice League Dark. Dans les deux cas, une réussite.


2040. T.O. Morrow a formé une nouvelle Légion Fatale pour s'en prendre à la nouvelle Justice League, composée des héritiers de l'ancienne. Mais son plan échoue car tous les membres de cette équipe de super-vilains sont éliminés. La JL constate les faits en inspectant le Hall de Justice à l'abandon.


C'est en effet dans l'ancien Q.G. des héros que leurs ennemis s'étaient installés. la Green Lantern Sojourner Mullein se charge de collecter des indices. Ses acolytes se dispersent. Jon Kent alais Superman et Yara Flor alias Wonder Woman discutent de l'opportunité de grossir leurs rangs.


Andy Curry/Aquawoman est rejointe dans son phare par Kid Quick, le nouveau Flash. Les événements s'enchaînent alors à vive allure quand Jo Mullein tient le nom de l'assassion de la Légion et qu'une attaque groupée les atteint, elle et ses camarades...

J'étais, je dois le dire, assez curieux et impatient de découvrir cette nouvelle itération de la Justice League car il m'a toujours semblé qu'à l'origine les Teen Titans devaient, dans une histoire dystopique, incarner la relève. Je crois que c'était le souhait de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque de leurs New Teen Titans, mais cela n'a jamais été converti (malgré l'intégration à la Ligue de personnages comme Cyborg durant les New 52).

Future State rebat les cartes en mettant en avant des héritiers de sang ou d'esprit des membres de la Ligue de Justice. C'est une autre option, aussi logique, plus organique, plus naturelle diront certains. C'est en tout cas l'ordre de mission qu'a accepté le scénariste Joshua Williamson, qui vient d'achever un très long run sur la série Flash - et qui, peut-être, espérait récupérer la série Justice League en Mars (mais ce sera Brian Michael Bendis).

Pour le soutenir, on lui a adjoint les services de Robson Rocha, qui a brillé sur Aquaman et s'est échauffé avec les membres de la Ligue classique durant les numéros tie-in à Death Metal. DC ne se moque donc pas des lecteurs avec un tandem de cette qualité (même si Rocha ne dessinera pas non plus la JL en Mars : ce sera David Marquez).

Comme Future State : Justice League ne comptera que deux numéros, il ne faut pas perdre de temps pour présenter les protagonistes et exposer l'intrigue. Williamson le fait avec brio : c'est à la fois dense et fluide, très rythmé et bien caractérisé. Il faut attendre les deux dernières pages pour connaître l'identité de ceux qui ont raison de cette nouvelle génération de leaguers, et l'astuce est habile même si elle n'est pas originale.

Williamson se montre surtout très fort pour personnaliser ses héros. On appréciera surtout comment il écrit Yara Flor, bien moins horripilante qu'avec Joelle Jones. Il introduit aussi un nouveau speedster avec Kid Quick, dont la particularité est d'être transgenre (bien que ça n'ait aucune importance majeure, si ce n'est que ce personnage a, apparemment, une relation avec Aquawoman). Ce qui est aussi intéressant, ce sont les codes que s'est imposée cette nouvelle Ligue : persuadée que la chute de leurs prédécesseurs venait de leur trop grande proximité, elle prohibe désormais toute fraternisation ou romance entre ses membres. Williamson joue aussi sur un mystère accrocheur en suggérant qu'un membre de la Ligue a trahi les siens dans le passé, précipitant leur disparition.

Rocha a un style influencé, comme beaucoup d'artistes réalistes, par Neal Adams et, plus récemment, Ivan Reis. Cela se traduit par des personnages en majesté, dotés d'une allure à la fois athlétique et gracieuse. Son trait est expressif, bien mis en valeur par l'encrage de Daniel Henriques avec qui il collabore depuis un moment. Ses planches sont très vivantes, bénéficiant de décors soignés (un plan impressionnant sur la ville futuriste, ou l'intérieur du phare habité par Aquawoman).

 Grâce à Rocha, on n'a jamais l'impression de regarder des versions rajeunies des héros classiques, mais bien des héros à part entière, avec un vrai charisme. Pour un peu, ces héritiers voleraient presque la vedette à leurs parents ou leurs inspirateurs. Et les méchants ne manquent pas de gueule non plus, d'autant que Williamson a donné du biscuit à Rocha avec deux Légions Fatales.

Quand c'est ainsi, si bien maîtrisé, on regretterait presque que l'opération Future State ne dure que deux mois. Mais le succès de la première salve de numéros aurait, parait-il, incité DC à avoir des projets pour tous ces nouveaux héros au-délà du mois de Février...

*


2030. Merlin persécute toutes les créatures magiques pour s'emparer de leurs pouvoirs. Il a défait la Justice League Dark mais Zatanna et Bobo n'ont pas renoncé à l'affronter. Ils trouvent sur le cadavre de Zauriel une amulette qu'ils amènent à Rory Regan/Ragman, lorsque les chasseurs de Merlin arrivent.


Grâce à l'épée du Nightmaster que détient Bobo, il leur échappe avec Ragman et Zatanna et gagnent Las Vegas où se trouverait John Constantine dont Merlin ignore la localisation grâce à un puissant sortilège. En effet, le détective de l'occulte se cache là avec Mme Xanadu.


Suivant les cartes de Tarot, Etrigan, dont Bobo est devenu l'hôte, doit tuer un vieillard sous la protection de Constantine pour trouver le moyen de vaincre Merlin. La victime du démon laisse place à Khalid Nassour/Dr. Fate qui a bien un plan...

Ram V doit être un peu partagé concernant le sort de Justice League Dark : il a repris le titre à la suite de James Tynion IV, qui lui a laissé une intrigue à conclure (et donc peu de liberté), DC lui laisse la direction du titre pour Future State, mais en back-up de Justice League et cette situation ne bougera pas en Mars puis que la série perd sa revue.

Pourtant le scénariste ne se plaint pas, au contraire, il semble inspiré par ces contraintes et prévoit déjà de se servir de ces deux épisodes pour préparer le retour de la JLD au présent. Et il se montre inspiré car désormais débarrassé des éléments narratifs abandonnés par Tynnion IV.

Située dix ans avant celle de Justice League, son intrigue permet d'abord d'apprécier une période de transition. Les héros de la magie sont persécutés, victimes d'une nouvelle chasse aux sorcières menée par Merlin. On est donc dans une ambiance proche de celle de The Next Batman, mais avec la certitude que les lendemains seront meilleurs comme le montre Justice League.

Comme Joshua Williamson, Ram V n'a pas beaucoup de temps ni de place pour nous présenter les faits. Il décide donc de se concentrer sur peu de personnages, avec Zatanna et Bobo au premier plan. Il introduit des seconds rôles qu'il apprécie visiblement, comme Etrigan (dont Bobo est désormais l'hôte !) ou Ragman (avec une transformation spectaculaire à la clé). John Constantine est également dans les parages, comme Madame Xanadu et enfin Dr. Fate. 

Tout l'épisode procède ainsi : avec chaque nouveau personnage,, l'intrigue avance, rebondit. L'ennemi est connu : Merlin. La menace aussi : le magicien veut tous les pouvoirs de ses semblables. La solution : le Dr. Fate, qui a réfléchi à une contre-attaque en se cachant habilement. Ram V est décidément malin : il ne révolutionne rien mais à l'art et la manière de vous prendre par la main et ne plus vous lâcher.

Avant l'arrivé en Mars de l'excellent Xermanico au dessin, DC a confié à Marcio Takara le soin d'illustrer cette histoire. Takara va et vient ainsi de Marvel à DC pour dépanner les éditeurs sur des titres dont l'artiste régulier a du mal à tenir les délais ou est placé ailleurs.

Sa prestation est très satisfaisante même si on pourra toujours lui reprocher de manquer un peu de finitions, notamment dans les décors. L'encrage chez Takara pèche toujours, on sent que ce n'est pas ce sur quoi il passe le plus temps, et c'est dommage car son dessin est agréable, capable de s'adapter à n'importe quel genre. Il suffit de voir comment il compose une pleine page quand Bobo invoque Etrigan ou découpe une double page lorsque Ragman se déchaîne contre les chasseurs de Merlin pour savoir que Takara a un vrai bon coup de crayon.

C'est en tout cas un excellent complèment de programme. 

Pas de doute, Future State s'impose déjà dans le top des publications de ce projet.

vendredi 31 janvier 2020

JUSTICE LEAGUE DARK #19, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


C'est donc avec ce dix-neuvième épisode que s'achève (comme je le supposais) le run de James Tynion IV sur Justice League Dark. Je reviens plus bas sur cette fin pour le scénariste lui-même, mais c'est un départ en beauté. Pourtant, cette réussite restera aussi, surtout celle du dessinateur Alvaro Martinez (et de son encreur et de son coloriste) qui donnent tout, à la fois comme pour remercier Tynion et boucler cette histoire.


Circé et sa bande ont investi la salle des reliques du Hall de Justice. Man-Bat et Bobo neutralisés, la sorcière s'en prend à Kent Nelson pour savoir où est caché le diamant d'Eclipso. C'est alors que resurgit Wonder Woman, en trois exemplaires grâce à l'Homme Inversé avec qui elle a scellé un pacte.


Le retour de l'amazone suffit à faire fuir Klarion. Papa Mid-Nite se cache comme Woodrue. Elle se débarrasse du dragon Drakul Karfang. Mais Circé n'a pas dit son dernier mot et attire le diamant d'Eclipso pour qu'il possède Wonder Woman.


La situation semble à nouveau perdue aux yeux de Zatanna et John Constantine. Mais Khalid Nassour a coiffé le heaume du Dr. Fate, malgré le risque et il renverse la partie en terrassant Circé et en libérant Wonder Woman de l'emprise d'Eclipso.


L'amazone profite de ce sursaut pour rétablir ce qui a été abîmé par Circé : elle restaure l'âme de Bobo, guérit Man-Bat du sort jeté par Klarion, et surtout enferme Circé dans un miroir magique avec l'orbe contenant le pouvoir de Hécate, comptant sur elle pour l'aider le moment venu contre l'Homme Inversé.


Contre toute attente, la Justice League Dark a eu raison de ses adversaires. Papa Mid-Nite et Woodrue sont arrêtés. L'équipe peut profiter d'un répit. mais déjà Wonder Woman pense à leur prochaine mission : sauver Swamp Thing, s'il n'est pas trop tard...

Avant de rédiger la critique de cet épisode, il faut revenir sur le sort de son scénariste. C'est donc le dernier numéro écrit par James Tynion IV, mais ce n'était pas le plan prévu par ce dernier qui s'est exprimé sur le sujet (relayé par le site Bleeding Cool).

Tynion a en effet été désigné pour succéder à Tom King sur Batman, avec la garantie que le titre redeviendrait mensuel (comme DC a décidé de publier toutes ses séries désormais). Mais l'éditeur a changé d'avis sur la périodicité et le scénariste (qui, par ailleurs, écrit des creator-owned chez Image Comics) a estimé qu'il ne pourrait pas diriger Justice League Dark et Batman. Il a donc choisi d'abréger son run sur la JLD pour se consacrer à deux épisodes par mois de la chauve-souris.

Il est évident, pourtant, que Tynion s'en va en laissant en suspens bien des intrigues (la première concernant le sort de Swamp Thing, qui alimentera le prochain arc). Son remplaçant, Ram V, a d'ailleurs la charge de s'en occuper (nul ne sait s'il restera longtemps sur la série, suffisamment en tout cas pour développer ses propres idées dans de futures histoires inédites et personnelles). Je ne connais pas assez bien le travail de cet auteur pour préjuger du résultat, mais il faut espérer que la série survive à Tynion (alors que lors de sa précédente version, durant les "New 52", elle avait sombré après le départ de Jeff Lemire).

Pour en revenir au contenu de cet épisode, il ne souffre cependant pas d'une conclusion hâtive, bâclée. Au contraire, la maîtrise affichée par Tynion est indéniable, il a terminé sa "Witching War" comme il l'entendait, avec un numéro dense, riche en action et en grand spectacle, avec des rebondissements très efficaces. On ne peut pas être déçu.

Les péripéties s'enchaînent à un rythme échevelé, montrant Circé tour à tour triomphante, Eclipso dans toute sa dangerosité (même si, finalement, son influence est fugace), le retour en majesté du Dr. Fate (avec un hôte dont on ignore encore s'il sera définitif - faudra-t-il attendre une nouvelle série JSA, tant espérée mais pas encore annoncée, pour le savoir ?). On en prend plein la vue, on est captivé. C'est exemplaire, surtout que Tynion prouve que les premiers éléments qu'il avait (laborieusement) développés dans la série reviennent à point nommé pour ce climax (voir la triple incarnation de Wonder Woman, dont l'une a l'aspect qu'elle avait sous l'influence de Hécate et une autre sous celle de Mordru - la troisième représentant plus simplement Diana telle qu'on la connaît).

En signalant que l'épisode est visuellement extraordinaire, vous aurez compris tout seul que la prestation d'Alvaro Martinez est une fois encore tonitruante. Jamais l'espagnol n'a déçu sur ce titre mais il réussit à épater, toujours, à impressionner. Il faut associer ses deux partenaires pour cet exploit car l'encrage de Raul Fernandez et les couleurs de Brad Anderson sont bluffants : le premier y fait preuve d'une précision et d'une méticulosité qui sidèrent pour une production mensuelle, tandis que le second exploite une palette aux nuances remarquables, qui font de JLD sans doute la plus belle série actuelle de DC.

Martinez mettra tout le monde d'accord car il apparaît en apesanteur, cet état que seuls les très grands atteignent à force de travail, de discipline et d'inspiration. Ses planches sont un modèle de régularité et de beauté. Il se permet des doubles pages grandioses et découpées magistralement, des compositions intelligentes et très esthétiques, des ambiances ouvragées comme on en voit rarement.

Il anime les personnages en leur donnant une envergure, une puissance, une intensité époustouflantes. Wonder Woman a droit à de grands moments, mais l'apparition de Dr. Fate est aussi une scène jouissive, et l'ultime explication entre Diana et Circé est somptueuse. Pas besoin de se forcer pour tresser des louanges à cet artiste et ses partenaires.

Je reste confiant pour l'avenir proche de la série, d'abord parce que Martinez va rester (au moins pour l'arc suivant. Après ? Je ne sais pas, mais si DC rappelait Javier Fernandez, ce serait une bonne idée pour que la qualité esthétique soit maintenue). Ram V passe après un auteur qui aura accompli un excellent passage, c'est un gros défi qui l'attend mais il dispose d'un matériau généreux pour faire ses preuves.

jeudi 2 janvier 2020

JUSTICE LEAGUE DARK #18, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


Ce dix-huitième épisode de Justice League Dark est un des plus impressionnants de la série. James Tynion IV a écrit un chapitre spectaculaire, dramatique, intense où les héros sont confrontés à une situation désespérée. Surtout la narration est d'une fluidité exemplaire et les lignes du récit convergent vers ce qui s'annonce comme un final épique (dans un mois ou deux maximum). Alvaro Martinez revient en très grande forme, délivrant des planches ahurissantes de puissance et de précision. 


Sur la lune, l'esprit de Wonder Woman affronte l'Homme Inversé. Celui-ci lui révèle avoir scellé une alliance avec Circé (qui a investi le corps terrestre de l'amazone) pour, une fois la Justice League Dark vaincu, il soit récompensé. Mais il est ouvert à une contre proposition pour aider les héros.


Pendant ce temps, assiégés par l'Injustice League Dark de Circé, Zatanna, John Constantine, Kent Nelson et Khalid Nassour (Bobo est redevenu un chimpanzé sauvage, Man-Bat a été endormi) se sont réfugiés dans l'armurerie souterraine du Hall de Justice.


Constantine songe à utiliser l'arsenal ici présent, à leurs risques et périls. D'autant que Circé s'impatiente : Salomon Grundy échoue à forcer la porte de l'armurerie, elle ressuscite le dragon Drakul Karfang qui force l'entrée sans problème contre la promesse de tuer Wonder Woman.


Sur la lune, l'amazone justement formule une offre à même de satisfaire l'Homme Inversé. Puisqu'elle possède une partie des pouvoirs d'Hécate, elle est en mesure de participer au rétablissement de l'Ordre magique et donc de soigner son vis-à-vis.


Dubitatif, il accepte malgré tout mais tue Witchfire pour s'assurer la loyauté de Wonder Woman. L'Injustice League Dark pénètre dans l'armurerie. Kent Nelson tente de neutraliser Circé et Klarion mais Drakul Karfang l'écarte. Au fond de la pièce, Khalid Nassour décide d'utiliser le casque de Dr Fate...

Comme je l'annonçais en préambule, cet épisode est grisant par l'intensité de son action. C'est un chef d'oeuvre de tension et d'équilibre, une machine qui est parfaitement huilée et offre tout ce qu'on attend d'elle. Il est désormais révolu le temps, lointain, où Justice League Dark avançait sans donner des gages sur la direction qu'elle emprunter, l'objectif qu'elle visait.

Pour accomplir cela, James Tynion IV déploie tout son art de conteur en narrant avec une admirable fluidité son propos, passant d'un lieu à un autre, d'un enjeu à un autre, et orchestrant leur convergence avec génie. Cette lisibilité donne cette impression de griserie si jubilatoire dans les comics, quand les pièces du puzzle s'assemblent et qu'on est aux portes d'un final épique.

Car, et ceci explique peut-être cela, récemment, en postant des pages de cet épisode sur sa page Facebook, le dessinateur Alvaro Martinez a eu une phrase ambiguë : il les désignait comme appartenant au "dernier" arc de la série. A-t-il voulu dire "le dernier en date" ? Ou bien prévenait-il que la JLD par Tynion et lui-même vivait ses derniers feux ? En effet, le scénariste a hérité de la série Batman à la suite de Tom King, et il est possible qu'il s'y consacre entièrement (puisqu'elle restera bimensuelle), mais aussi parce que Tynion s'engage souvent sur des projets en en planifiant le terme (comme ce fut le cas avec Detective Comics).

Si cette équipe se prépare à boucler son run, ce serait une belle sortie que de le faire avec cette "guerre des sorcières", qui convoque tous les éléments disséminés par Tynion depuis le début. La dernière page ne laisse aucun doute sur le retour du Dr. Fate (également "teasé" à la fois dans Justice League par Scott Snyder et Doomsday Clock de Geoff Johns, avec la renaissance de la Justice Society of America - dont Johns a publiquement déclaré qu'il serait partant pour l'animer à nouveau).

La négociation entre l'Homme Inversé et Wonder Woman indique aussi une alliance contre Circé et sa bande (même si l'amazone ne va sûrement pas laisser son partenaire de circonstance regagner sa liberté comme elle le lui a promis). Assiégés dans l'armurerie et dominés nettement, Zatanna et ses complices sont également au plus mal. Tout confirme qu'on est proche du dénouement - de l'intrigue assurément, mais peut-être aussi du run actuel. A suivre...

Visuellement, on a droit à des planches exceptionnelles, qui font plus que jamais penser à la grande époque de Ultimates ou de la collection All-Star. Alvaro Martinez abat un boulot bluffant avec son encreur Raul Fernandez et son coloriste Brad Anderson. C'est du grand art.

Bien entendu, la résurrection du dragon Drakul Karfang est le morceau de bravoure de ce chapitre. Tynion a joué habilement avec la présence du squelette de ce monstre exposé dans le Hall de Justice sans jamais expliquer de qui il s'agissait, d'où il venait, qui l'avait amené ici. On en a l'explication et en peu de mots mais avec des images éblouissantes, Martinez et Tynion nous récompensent au-delà de nos espérances. En un tour de main, la motivation du dragon est toute trouvé et sa puissance terrible et majestueuse se déploie.

Pourtant, il ne faudrait pas que cette scène éclipse les autres : le dialogue entre Diana et l'Homme Inversé sur la lune est superbement découpé, avec une inventivité jamais démentie. Le sort réservé à Witchfire est une nouvelle preuve des astuces graphiques imaginées par Martinez, qui joue avec la notion même de créatures imaginaires puisque la victime est étreinte par le méchant comme une feuille de papier froissée. Et puis l'intérieur de l'armurerie, tout en clair-obscur, est vraiment magnifique : l'alignement des artefacts magiques offre un plan général qui fait penser à la dimension où les Quatre rangeaient leur arsenal dans Planetary.

Quel que soit le destin de la série, on pourra dire qu'elle n'a fait que progresser, gagner en envergure. Et à tout prendre, ne vaut-il pas mieux une (probable) vingtaine d'épisodes de ce calibre que plusieurs années inégales quand les auteurs sont aussi inspirés...