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mercredi 2 mars 2022

BATMAN #121, de Joshua Williamson, Jorge Molina et Mikel Janin


Sans surprise, ce dernier chapitre du premier arc du Batman de Joshua Williamson est une nouvelle déception. Le scénariste expédie la conclusion de son intrigue dans une cascade de coups de théâtre grotesque et un cliffhanger qui sert de rampe de lancement à Shadow War (son crossover entre Batman, Robin et Deathstroke Inc.). Les dessins sont assurés pour moitié par Mikel Janin et le reste par Jorge Molina. Il n'y a vraiment rien à sauver.


Sur le toit de la prison, Lex Luthor et Batman font face à Abyss et aux membres de Batman Inc. acquis à la cause de ce dernier. Mais ceux-ci se retournent contre leur leader, dévoilant qu'ils étaient en mission d'infiltration depuis le début.


Acculé, Abyss blesse plusieurs membres de Batman Inc., tente de tuer Luthor mais se résoud à battre en retraite lorsque la détective Cayha surgit sur le toit avec en renfort un hélicoptère de la police locale. S'emparant d'un gadget de Luthor qui lui rend la vue, Batman par à la poursuite d'Abyss.


Batman retrouve Abyss dans une ruelle et, pour l'empêcher de profiter de l'obscurité, il active l'éclairage public. Abyss révèle, en se battant, qu'il a subi des expérimences de la part de Luthor qui voulait en faire son Batman. Mais il refuse l'aide du dark knight et parvient à s'échapper.


De retour auprès des membres de Batman Inc. Batman assiste à leur défection envers Luthor, qui se retire, véxé. Batman compte sur la détective Cayha pour le tenir au courant si Abyss se manifeste à nouveau. Pendant ce temps, à Gotham, Deathstroke est averti du retour du justicier...

Jusqu'à la lie ! Cet arc narratif écrit par Joshua Williamson aura été une vraie purge. Et maintenant qu'on sait que Chip Zdarsky va le remplacer en Juillet prochain, le gâchis paraît encore plus grand puisqu'il semble bien que Williamson n'ait jamais été destiné à rester sur la série.

Circonstance aggravante : le scénariste star de DC, promu nouvel architecte de la continuité Rebirth, a bâti cet arc comme une rampe de lancement pour le crossover Shadow War qui impliquera les séries Batman, Robin et Deathstroke Inc.. Soit quatre épisodes pour rien, ou pas grand-chose, car je ne pense pas qu'on reverra de sitôt Abyss, et sans doute pas davantage Batman Inc. ou la détective Cayha. Pourtant Dc et Williamson avaient promis qu'avec lui une nouvelle ère s'ouvrait, suite au départ de Tynion IV.

Si on prend un peu de recul, Batman est la série la plus importante pour DC, car le personnage est le plus populaire de l'éditeur (et la sortie du film The Batman de Matt Reeves tombe à point nommé pour le rappeler). Pourtant, depuis l'éviction par Bob Harras de Tom King, c'est comme si le dark knight n'avait plus vraiment de pilote. Et pourtant King pouvait se vanter de chiffres de vente flatteurs... Mais surtout d'une vision pour le personnage (qu'on y adhère ou pas, c'est un autre débat).

Revenons à la conclusion de cet arc : Williamson accumule les coups de théâtre à un point grotesque. Alors que le elcteur s'attend à une baston entre Lex Luthor, Batman et Abyss plus les membres de Batman Inc., il s'avère que ces derniers étaient depuis le début en mission d'infiltration non pas pour tuer Luthor mais piéger Abyss. Que ne l'ont-ils fait avant alors ? Et pourquoi n'ont-ils pas averti leur vrai chef, Batman ? Ah, mais j'oubliai : in fine, Batman explique à ses amis qu'il savait depuis le début qu'ils ne l'avaient pas trahi, et même quand ils s'en sont pris à lui dans la prison, il a senti qu'ils retenaient leurs coups. Trop fort !

Williamson revient à l'über-Batman thérorisé et animé par Grant Morrison mais dans une intrigue tellement maladroite et à court terme que l'effet tombe à plat. Ainsi, faut-il rappeler que Batman est toujours aveugle mais (on ignore comment) il voit quand même Luthor grâce à l'armure que celui-ci porte. En lui subtilisant une partie de son équipement, il peut courser Abyss qui lui rend la vue providentiellement en l'affrontant. C'est n'importe quoi ! Encore un exemple de WTF ? Abyss, avant de battre en retraite, furieux d'avoir été trompé par les membres de Batman Inc., en blesse plusieurs grâce à sa faux. Mais, miracle, quand Batman les retrouve après avoir été semé par Abyss, plus personne n'est blessé !

Est-ce qu'au moins c'est bien dessiné ? Oui, de ce côté-là, on serait ingrat de se plaindre car Mikel Janin et Jorge Molina ne sont pas des manches. Mais de là à dire qu'on est satisfait, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Jorge Molina aura été très décevant pour son premier travail chez DC. C'est pourtant un artiste que j'aime bien mais il est incompréhensible qu'il n'ait pas été en mesure de produire quatre épisodes entiers. Pire : il a signé de moins en moins de planches à mesure que l'histoire avançait. Ici, il ne réalise que la moitié de l'épisode, à partir de la douzième page ! Si encore, il nous offrait des planches bluffantes, on lui pardonnerait presque, mais franchement, il n'y a pas de quoi sauter au plafond. Les décors sont pratiquement absents, les personnages sont inexpressifs et il faut surtout compter sur l'exceptionnel apport de Tomeu Morey aux couleurs pour sauver les meubles.

En revanche, Mikel Janin s'occupe des onze premières pages et on se demande bien pourquoi cet excellent dessinateur est réduit au rôle de fill-in de luxe alors que, justement, du temps de King, il assurait des arcs entiers de grande qualité, sans retard. Il s'acquitte de scènes d'action très dynamique, avec un découpage inventif et nerveux. Tomeu Morey accomplit encore des prouesses, mais Janin est plus solide que Molina et son trait est plus vif, plus maîtrisé, plus précis, et se repose moins sur les couleurs.

Je dois bien avouer que je suis très refroidi. A la fois par l'importance de Joshua Williamson chez DC et son remplacement apr Zdarsky (que je n'aime pas davantage et dont je n'attends rien sur Batman). Dark Crisis n'arrive pas à m'exciter et je ne pense donc pas que je relirai du Batman en série régulière avant un bon moment. Mais la chauve-souris n'est pas perdu, et très bientôt, cette semaine, j'aurai l'occasion de vous parler d'une autre histoire avec lui d'un niveau bien supérieur.

vendredi 4 février 2022

BATMAN #120, de Joshua Williamson, Jorge Molina et Mikel Janin

 

Pour le cent-vingtième épisode de Batman depuis le début de l'ère Rebirth, Joshua Williamson aurait été inspiré de livrer un épisode de meilleure qualité que le début de son run. Hélas ! ce n'est pas le cas et la lecture est même pénible tellement elle est à la fois décompressée et creuse. Graphiquement, Jorge Molina doit encore compter sur Mikel Janin pour l'assister. Déplorable.



Profitant de la confusion dans le poste de police, la détective Cayha exfiltre Batman, aveugle après son combat contre Abyss, dans un sac mortuaire. Elle le conduit chez lui afin qu'il examine ses yeux mais il déduit que sa cécité a été causée par un une arme inconnue.


Cependant, Lex Luthor, au courant de la situation, entend l'alarme de son penthouse s'activer. Ses vêtements civils font place à une armure arborant le logo de Batman. Dans l'obscurité, il attend que Abyss attaque le premier, prêt à lui répondre.


Convaincu que les membres de Batman Inc. sont manipulés et sont détenus injustement, Batman entreprend de les faire s'évader du quartier de haute sécurité où ils sont sont. Mais ceci fait, Batman est pris à parti violemment par ses anciens acolytes.


Alors qu'il cherche à comprendre, en les interrogeant, ce qui leur prend, Batman voit Luthor débarquer sur le toit de la prison. Les membres de Batman Inc. révèlent alors ne pas travailler pour Luthor mais pour Abyss, qui les rejoint, pour tuer Lex...

C'est toujours désagréable de lire une histoire dont on ne comprend pas la direction. Mais ça l'est encore davantage quand on a le sentiment qu'il n'y a pas de direction. Et c'est ce sentiment qui vous étreint avec l'histoire de Joshua Williamson.

Pourtant, ça partait bien avec Batman hors de Gotham, volant au secours des membres de Batman Inc., tenus pour responsables du meurtre d'un mystérieux vilain, et Lex Luthor qui les finançait. Mais depuis, ça va de mal en pis. Chaque nouvel épisode laisse une impression de vide. Surtout, bien que cet arc narratif ne compte que quatre épisodes, on a la conviction qu'il aurait suffi de moitié moins pour le boucler.

Et finalement, on n'est pas intéressé par cette intrigue, qui patine, qui devait présenter un méchant inédit mais dont on ne sait toujours rien, et dont les coups de théâtre tombent à plat. Idem pour le face-à-face prometteur entre Batman et Luthor qui vire à la farce : ce dernier, après des décennies à jalouser Superman, s'est mis en tête de copier Batman, armure redesigné à l'appui.

C'est la douche froide, au point que je ne trouve rien à sauver du côté du scénario. C'est vraiment mauvais. On a pu reprocher à Tom King son obsession pour le couple BatCat et la machination ourdie par Bane (et le Flashpoint Batman). James Tynion IV s'est pris les pieds dans le tapis avec Fear State, mais avait réussi Joker War. Ce n'était pas parfait auparavant, mais les prédécesseurs de Williamson avait un projet, un plan, une ambition. Toutes choses qui font défaut à Williamson pour qui Batman semble n'être qu'une série de plus à écrire (le bonhomme est déjà bien occupé par ailleurs, et DC l'a implicitement désigné comme le nouvel architecte de son univers).

Je n'ai pas envie de m'acharner, ça ne me plait pas, mais je n'aime pas ce que je lis. Pire : je m'ennuie en le lisant. Il ne reste plus qu'un numéro pour conclure (sachant qu'ensuite Batman sera engagé dans le crossover Shadow War avec les séries Robin et Deathstroke Inc., toutes deux écrites par... Williamson - et je n'avais déjà pas l'intention de suivre ça). C'est la seule bonne nouvelle.

Visuellement, Jorge Molina, comme depuis le début, n'arrive pas à boucler l'entièreté de l'épisode et se dispense dès qu'il le peut de dessiner les décors, profitant que le récit se déroule en une nuit. C'est pratique, comme les sources lumineuses sont réduites, vous pouvez escamoter les arrière-plans... Moi qui appréciait cet artiste et espérait que Batman lui donne une exposition qu'il me paraissait mériter, je tombe de haut en constatant que, peut-être en ayant voulu trop bien faire d'entrée de jeu, il s'est si vite essoufflé.

Mikel Janin intervient donc à nouveau et réalise les planches 4 à 12. Il n'a aucun mal à supplanter les efforts médiocres de Molina car il soigne son ouvrage avec des compositions très élégantes (la scène chez Cayha ou celle dans le penthouse de Luthor). Parce qu'il a l'habitude du personnage de Batman, il le dessine facilement et ses pages ont une vraie substance, une ambiance intense.

Jorge Jimenez (remis du Covid) sera de retour sur la série une fois Shadow War passé, mais j'ignore si je serai disposé à redonner une chance à la série avec Williamson aux manettes. Par contre j'espère que Janin héritera d'une série régulière car il le mérite vraiment (et que DC le balade sans arrêt d'un projet boîteux à un autre depuis la fin du run de Tom King sur Batman).

Voilà, j'ai essayé de ne pas m'énerver, ça n'en vaut jamais la peine. Plus qu'un numéro donc et basta. Batman mérite mieux. Ses fans aussi. 

mercredi 5 janvier 2022

BATMAN #119, de Joshua Williamson, Jorge Molina et Mikel Janin

 

Pour cette deuxième partie (sur quatre) de l'arc Abyss, Joshua Williamson mais aussi Jorge Molina déçoivent sévèrement. C'est la douche froide après l'épisode de Batman du mois dernier qui partait bien et vite. Non seulement l'intrigue progresse très peu (pour ne pas dire pas du tout) mais graphiquement, ça ne vole pas haut, à part, ironiquement, les cinq planches assurées par Mikel Janin.



Batman découvre que Lex Luthor est devenu le nouveau mécène de Batman Inc. et qu'il est au courant des déconvenues financières de Bruce Wayne. Des hommes en armes surgissent et tentent d'arrêter Batman sur ordre de Lex. Peine perdue : le justicier les neutralise et disparaît.


Bruce Wayne retrouve Lex dans ses appartements en Badhnisia. Autour d'un vin hors de prix, Luthor explique que ses récentes expériences lui ont appris que le monde a besoin de héros, mais que ceux-ci ont besoin d'un vrai leader. Wayne préfère se retirer après avoir compris les ambitions de Lex.


Au commissariat, des agents déplacent le corps de Abyss pour le remettre aux experts de Luthor. Batman le leur soustrait pour examiner le cadavre et comprend que quelque chose cloche. Abyss n'est pas mort et l'attaque.


Gravement blessé, Batman est retrouvé dans la salle d'autopsie par la détective Cayha. Mais Batman ne peut se déplacer car non seulement il est mal en point mais aveugle...

Commençons par le gros point noir (si j'ose dire pour parler d'une histoire impliquant un méchant et un héros appréciant les ténèbres) : le dessin. J'étais heureux que Jorge Molina rejoigne DC et ait le privilège de dessiner Batman car c'est un artiste dont j'apprécie style et il me semblait qu'il manquait de reconnaissance. Mais que dire de sa prestation sur cet épisode ?

Tout d'abord, une nouvelle fois, il n'assure pas l'intégralité des pages. Mikel Janin joue encore les pompiers de service et cette fois il signe cinq pages (8 à 12), soit un quart de l'épisode. En soi, ça ne me chagrine pas car j'apprécie Janin, qui a accompli un boulot remarquable durant le run de Tom King et que depuis, il n'a pas retrouvé une série fixe (il n'a fait que passer sur Wonder Woman, et a connu des difficultés sur Superman & the Authority). N'empêche, est-ce bien normal (tolérable ?) à la fois que Janin soit cantonné à un rôle de doublure de luxe ? Et surtout que Jorge Molina ne puisse pas dessiner 20 pages tout seul ?

Circonstance aggravante en quelque sorte, Molina est assisté d'Adriano di Benedetto à l'encrage, pour le soulager. Le résultat n'est pas très heureux avec des expressions du visage souvent ratées, une absence récurrente de décors, des finitions douteuses.

Il n'y a pas besoin d'être professeur de dessin pour noter qu'un artiste de comics, qui a du mal à tenir ses délais, apprécie deux choses : les scènes de bataille générant beaucoup de fumée, qui lui permettent de négliger les arrière-plans, et les scènes nocturnes ou dans l'obscurité, pour les mêmes raisons. Avec Abyss, un méchant qui mise sur l'absence de lumière pour frapper ses adversaires, c'est une véritable aubaine et donc on a droit à plusieurs pages d'affilée où Molina n'a pas à se soucier du décor puisque Batman et son ennemi se meuvent dans le noir.

Reste que, quand on compare la quinzaine de pages de Molina avec les cinq de Janin, ce n'est pas en faveur du premier car Janin nous gratifie d'un intérieur luxueux pour le dialogue entre Wayne et Luthor quand Molina semble totalement à la rue pour le reste. Et il reste deux épisodes... 

Deux épisodes, c'est aussi ce qui reste à Joshua Williamson pour conclure cette histoire. Un arc court est toujours appréciable car s'il est dense et efficace, le lecteur ne se sent pas floué. Mais le souci ici, c'est que le scénariste n'avance guère.

Les rebondissements sont téléphonés : Luthor agit comme un filou ? Quelle surprise ! Wayne refuse de s'allier à lui ? Bigre ! Abyss n'est pas mort ? Sans blague ! A ce rythme-là, que Williamson n'espère pas nous étonner avec la victoire finale de Batman... Je suis sarcastique, mais je suis surtout mécontent. Sachant qu'une fois cet arc terminé on va avoir droit à un crossover avec les séries Robin et Deathstroke (la saga Shadow War), ce n'est pas très engageant. A tout prendre, j'aurai préféré que Williamson balance son crossover pour commencer et s'attache à Batman seul ensuite. Cela aurait donné du temps à Molina pour compléter ses épisodes et le lecteur qui aurait zappé Shadow War aurait profité d'une pause après le run de Tynion IV.

De quoi alimenter la rumeur selon laquelle Williamson n'écrirait Batman qu'un temps en attendant que DC n'installe un scénariste côté pour un plan à long terme ensuite. En tout cas, je suis refroidi (et finalement Batman se retrouve dans une position similaire à Justice League pour laquelle on ne sait toujours pas qui succédera à Bendis. A moins donc d'un jeun de chaises musicales : Bendis cède la JL à Williamson qui lui cèdera Batman ?).

Je m'arrête là avant de m'énerver et de me perdre en spéculations qui n'ont rien à voir avec ce Batman #119. Je n'ai pas aimé cet épisode, j'ai été très déçu. Je vais poursuivre et terminer cet arc. Et après, on verra (même si, c'est sûr, Shadow War, ce sera sans moi).

P.S. : ce numéro est agrémenté d'une back-up story à suivre qui prolonge la défunte série Gotham Academy. Karl Kerschl écrit, dessine et lettre... Et ça aussi, ça m'a bien énervé car Kerschl trouve le temps pour ça alors qu'il a planté les lecteurs de Isola (la série qu'il illustre et co-écrit avec Brendan Fletcher chez Image) depuis....Février 2020 ! Dans le genre foutage de gueule, ça se pose là !

mercredi 8 décembre 2021

BATMAN #118, de Joshua Williamson et Jorge Molina (avec Mikel Janin)


"Un nouveau chapitre commence !" pour Batman avertit la couverture et c'est bien le cas : Joshua Williamson prend donc le relais de James Tynion IV et ne perd pas de temps pour marquer son territoire.  Le résultat est en tout point enthousiasmant, j'ai beaucoup aimé ce que j'ai lu. D'autant que, visuellement, on est aussi gâté avec Jorge Molina, qui succède à Jorge Jimenez avec maestria.


L'année écoulée a été prouvante pour Gotham et son protecteur, Batman. Mais alors que les habitants de la mégapole font la fête, le chevalier noir patrouille comme à son habitude. En contact avec Oracle, il est dirigé vers une fête masquée donnée par des milliardaires menacée par des voleurs.


Batman observe les lieux avant d'agir puis entre en scène, déguisé en Killer Croc. Il est reconnu par Firefly, à la tête des malfrats. Rapidement, Batman neutralise ses assaillants et l'assistance, croyant à une attraction, l'applaudit.
 

Le jour se lève. Oracle invite Batman à passer prendre le petit-déjeuner en sa compagnie et celle de Nightwing à Blüdhaven. Mais il coupe les communications après avoir vu un flash info annonçant l'arrestation de plusieurs membres de Batman Inc. pour meurtre.


Batman se rend en Badnisia. La détective Cayha est chargée de l'affaire et Batman l'aborde alorsq u'elle s'apprête à prélever une étrange substance noire sur le sol. Il s'interroge sur les moyens financiers des suspects, que Bruce Wayne le subventionne plus, lorsqu'un visiteur apparaît...

Bien sûr, je ne vous spoilerai pas le nom de ce visiteur, le nouveau mécène de Batman Inc., mais c'est réjouissant pour la suite. Abyss est donc le premier arc narratif de Joshua Williamson sur Batman, dont il reprend l'écriture après le départ de James Tynion IV. Ce nouvel auteur n'est pas un inconnu à qui DC a confié son titre le plus populaire.

On peut même dire que Williamson est certainement le futur architecte du DCU, après Geoff Johns (qui semble avoir jeté l'éponge, ayant échoué à imposer sa vision entre renouvellement et héritage) et Scott Snyder (qui a tout mis sans dessus-dessous avec Dark Nights : Metal et Death Metal). Williamson a comme Tynion IV collaboré avec Snyder mais surtout il s'est imposé chez DC avec un long run à succès sur Flash, et dernièrement avec la mini-série Infinite Frontier qui a défini l'Omnivers (concept qui établit que le DCU est composé non pas d'un Multivers mais de plusieurs). Il est également aux commandes de la série Robin actuellement, avec Damian Wayne dans le rôle.

N'étant pas familier de son oeuvre, je n'avais donc aucun a priori sur ce qu'il avait en tête pour Batman, même s'il avait dès sa nomination annoncé qu'il comptait l'éloigner de Gotham et renouer avec sa fonction de détective. C'était plutôt encourageant après le long run de Tom King (qui ne quittait guère la mégapole) et celui de Tynion IV (qui en avait fait une vraie zone de guerre).

Pourquoi faut-il suivre le Batman de Williamson ? Ce 118ème épisode est plus long qu'à l'accoutumée (35 pages) et dans un premier temps, il dresse un bilan. Gotham fête le retour au calme après le chaos engendré par Joker War et Fear State. Mais Batman, peu habitué à cette liesse et surtout au regain de confiance exprimé par la population à son égard, semble perdu. En contact radio avec Oracle, il se voit rappeler les épreuves traversées depuis un an, non seulement dans sa ville mais en dehors, aux côtés de la Justice League.

Williamson marque un bon point car en rappelant simplement que Batman opère à Gotham mais aussi au sein de la Ligue des Justiciers, il rappelle au lecteur que c'est un justicier avec un triple vie : celle de Bruce Wayne, celle de Batman à domicile et celle de membre d'une équipe. Cela devient encore plus pertinent quand, quelques pages plus loin, après avoir sauvé des notables d'une bande de voleurs lors d'une fête costumée, Oracle invite Batman à petit-déjeuner avec elle et Nightwing. A nouveau on a droit à une page rétrospective, superbement mélancolique, qui révèle la solitude du chevalier noir : James Gordon traque actuellement le Joker (dans la série de ce dernier), Alfred Pennyworth est mort, Superman a sa propre vie. Le contraste est saisissant : d'un côté, Batman est partout et entouré, mais de l'autre il est plus seul que jamais.

La conclusion logique à ce constat, c'est que, en vérité, rien ne retient Batman à Gotham et im mériterait bien des vacances. Alors Williamson va l'éloigner mais pas le mettre au repos pour autant et justifier ainsi ce qu'il avait annoncé pour son run et son premier arc. C'est très malin. Et ce qui l'est encore plus, c'est le motif employé, l'argument : le scénariste convoque Batman Inc., créé par Grant Morrison, le prolongement industriel en somme du Club des Héros, formé par des héros inspirés par Batman partout dans le monde. Bruce Wayne, dont la fortune détournée par le Joker, ne finance plus cette organisation dont certains membres sont impliqués dans le meurtre d'un vilain inconnu. Alors qui les paie ? Pourquoi ont-ils tué ? Et qui est la victime ?

Le rythme soutenu de la narration assure au lecteur une lecture captivante sans être effrénée. La caractérisation de Batman, esseulé, est excellente, le droit d'inventaire sur le run de Tynion IV intelligente, l'intrigue amorcée accrocheuse. C'est un sans-faute.

Et ça l'est d'autant plus que, visuellement aussi, c'est une réussite. Pourtant passer après Jorge Jimenez n'avait rien d'évident tant l'artiste s'est imposé comme un formidable dessinateur depuis des mois (même s'il a légitimement laissé des plumes sur ses derniers épisodes sortis à vive allure).

Pour le suppléer, DC a misé sur un dessinateur que j'aime beaucoup mais qui ne s'est jamais trouvé sur un titre aussi exposé : Jorge Molina. Souvent comparé à Olivier Coipel, Molina souffre comme le français d'une certaine irrégularité car en cumulant dessin et encrage (et parfois colorisation), il n'arrive pas à enchaîner les épisodes. Transfuge de Marvel (chez qui il ne faisait plus grand-chose depuis X-Men : Blue), Molina a une grosse carte à jouer.

Et ses planches sont renversantes. Soutenu pour les couleurs par l'incroyable Tomeu Morey, on peut affirmer qu'il livre sa meilleure prestation. La comparaison avec Coipel n'a plus lieu d'être car il s'approprie Batman avec assurance et soigne les détails. Comme l'arc ne compte que quatre numéros, on peut légitimement penser que, puisqu'il travaille dessus depuis un petit moment, il les livrera sans retard et sans bâcler. En tout cas, il produit quelques morceaux de bravoure (toute la séquence qui va du début jusqu'au sauvetage de la fête masquée). Lorsque l'action se déplace dans le dernier tiers au Badhnisia, il réussit avec peu à nous dépayser et impose sans effort le personnage de la détective Cayha.

On notera que dans les crédits de la dernière page, Mikel Janin est mentionné comme co-artiste. Pas plus tard qu'hier soir, j'ai pu l'interroger sur sa participation sur Facebook et il m'a précisé qu'il avait complété les pages 25 et 25. Mais sa contribution ne dépareille pas : je n'aurai pas su qu'il avait aidé Molina, je ne l'aurai pas remarqué (j'espère quand même néanmoins que DC va lui donner une nouvelle série en 2022 car depuis la fin du run de Tom King, Janin est étrangement sous-exploité).

Considérant le terme abrégé du run de Tynion après celui controversé de celui de King, si vous hésitiez à continuer à vous intéresser à Batman, craignant que ce défilé de scénaristes ne nuisent à sa série, rassurez-vous : il est entre d'excellents mains avec Joshua Williamson. Et Jorge Molina envoie du lourd côté dessin. Ce nouveau chapitre promet. 

mercredi 1 décembre 2021

BATMAN : FEAR STATE OMEGA #1, de James Tynion, Riccardo Federici, Christian Deuce, Guillem March, Ryan Benjamin et Trevor Hairsine

 

Cette fois, c'est la bonne : James Tynion IV tire sa révèrence et quitte Batman avec ce numéro Fear State Omega. C'est le bilan de sa dernière saga et même de l'année écoulée, forcément contrastée, entre tentatives de redynamiser la série et échecs patents. Pour la peine, il est soutenu par cinq dessinateurs qui se partagent les chapitres rétrospectifs du numéro, un procédé habile.



Batman convoie l'Epouvnatail dans son nouveau lieu de détention. Les deux hommes font le point : Molly Miracle a été incarcérée à Blackgate, payant pour tout le Collectif Insensé. Simon Saint est aussi en prison et son entreprise est sous la surveillance d'Amanda Waller.


Sean Mahoney s'est enfui et a quitté Gotham. Poison Ivy a renoué avec Harley Quinn mais a rompu avec la Jardinière et réfléchit au meilleur usage futur de ses pouvoirs. Catwoman doit également penser à son implication dans Alleytown mis à mal par le GCPD, le Magistrat et ses rivaux.


Clownhunter reproche à Batman d'être responsable du chaos en ville sans apporter de réponses. Ghost-Maker propose à Clownhunter de le former pour être plus efficace en renonçant à une justice expéditive et sans intégrer la Bat-famille.


Avant de livrer l'Epouvantail à sa nouvelle psychothérapeute, Chase Meridian, Batman lui explique que, chacun à leur manière, ils ont cru pouvoir changer, contrôler Gotham. Mais Jonathan Crane n'a pas compris que c'est une ville qui change ses habitants et pas le contraire.

C'est l'heure pour James Tynion IV de ranger ses jouets et de confier Batman à son successeur, Joshua Williamson. Il s'en acquitte dans ce long épilogue d'une quarantaine de pages en mettant en scène un dialogue entre Batman et l'Epouvnatail durant le trajet qui mène du commissariat central de Gotham jusqu'au nouvel asile de la ville.

Le procédé vaut ce qu'il vaut, mais il est plaisant à lire. Au fond, le scénariste oppose deux conceptions du contrôle : Batman, comme il l'explique à la fin de l'épisode, a tiré une leçon de l'année chaotique qu'il vient de traverser (depuis Joker War). Il a voulu, comme l'Epouvantail, contrôler Gotham, la changer, mais a fini par admettre que c'était impossible. Cet enseignement lui a été inspiré par une instropection : le drame originel qui a décidé de sa vocation super-héroïque (l'assassinat de ses parents) l'a conduit à vouloir traquer les criminels de toutes sortes en leur faisant peur, une méthode finalement similaire à celle de Jonathan Crane avec ses toxines. 

En élaborant l'Etat de la Peur (Fear State), l'Epouvantail a voulu plonger Gotham dans la terreur afin de mieux la soigner ensuite comme un thérapeute, un traitement de choc pour une ville constamment plongée dans le chaos. Sa méthode était juste plus radicale, globale que celle de Batman. Mais comme le justicier, elle a échoué.

Est-ce à dire que Gotham est incurable ? En tout cas, c'est une ville résiliente, qui se relève de toutes les épreuves, et c'est un trait de caractère qu'elle partage avec Batman, mais pas avec l'Epouvantail. James Tynion IV prolonge donc une idée formulée par certains auteurs de la série : Gotham est un personnafge autant qu'une métropole et lorsqu'on écrit Batman, on écrit Gotham.

Durant le trajet qu'ils parcourent du commissariat central jusqu'au nouvel asile (en vérité, Batman empêche l'évasion de Jonathan Crane par des sbires qu'il avait conditionnés pour stopper le fourgon de police qui devait le convoyer), les deux antagonistes dressent une sorte de bilan non seulement de leur affrotnement récent mais aussi de l'année écoulée, ce qui temporalise la run de Tynion, avec une année passée entre Joker War et Fear State.

Batman détaille le sort de plusieurs personnages liés à ces événements : Molly Miracle et Simon Saint sont incarcérés. La première paie pour le Collectif Insensé qui a participé à la déstabilisation générale en s'attaquant aux médias, mais son séjour à Blackgate va sûrement lui permettre de convertir des détenus. Le second a tout perdu : son entreprise est désormais au main d'un conseil d'administration surveillé par Amand Waller (et il y a là de la matière pour une intrigue de la série Suicide Squad).

Poison Ivy a renoué avec Harley Quinn mais chasse la Jardinière de son éden dans les sous-sols de Gotham. C'est la drôle de fin d'une histoire qui n'a jamais eu lieu puisqu'il est évident que Tynion IV devait certainement revenir sur le passé commun de Pamela Isley et cette Jardinière et il y a peu de chances qu'on revoit cette dernière dans le futur. A force de vouloir peupler la Bat-galerie de nouveaux personnages, Tynion a eu les yeux plus gros que le ventre et en laisse un paquet sur le carreau (car j'ai aussi des doutes au sujet de Molly Miracle, Sean Mahoney, Clowhunter, Ghost-Maker) : peut-être ne pensait-il pas, en les créant, partir de Batman et de DC si vite, mais en même temps personne ne l'a mis dehors, c'est lui qui a choisi de tout plaquer pour Substack et ses creator-owned.

Sean Mahoney prend le maquis et quitte Gotham. Clownhunter accepte que Ghost-Maker devienne son tuteur. Tous ces noms, je me répéte, sont condamnés aux oubliettes, à mon avis. Joshua Williamson n'a rien dit à leur sujet pour sa reprise de la série et l'histoire qu'il veut développer, et je ne vois personne s'y intéresser pour les intégrer à une autre série, une équipe. Tout ça fait beaucoup de casse. Mais entre des designs moches et des rôles improbables, comment les exploiter ? Le problème de tous ces personnages, outre qu'ils sont des seconds rôles oubliables, c'est qu'ils sont morts-nés : Tynion a échoué à leur donner une épaisseur, un intérêt, une fonction, il a échoué à les rendre indispensables. Ils manquent tous de l'étoffe dont on fait des personnages avec un avenir : Tynion n'a écrit ces personnages que pour lui, et comme il s'en va, ils vont disparaître. Personne ne les regrettera, trop nombreux, trop artificiels.

In fine, Tynion introduit Chase Meridian dans l'histoire. Il s'agit en fait d'une psy qui avait fait son apparition dans le film Batman Forever de Joel Schumacher en 1995, incarné par Nicole Kidman. Une addition inattendue, qui rend perplexe, mais qui, bizarrement, pourrait, elle, servir car, Arkham détruit, elle devient la nouvelle thérapeute des super-vilains de Gotham, à la tête d'un nouvel asile.

Comme pour Batman : Fear State Alpha, Riccardo Federeci rempile au dessin et livre des planches très détaillées (quoique aux décors fantômatiques - l'avantage d'ilustrer des scènes à l'intérieur de la Bat-mobile roulant dans un brouillard à couper au Batarang). 

Chaque segment du scénario en relation avec un des acteurs de Fear State est ensuite dessiné par un artiste différent : Christian Deuce officie sur les pages impliquant Molly Miracle, le Collectif Insensé, Simon Saint et Amanda Waller. Du bon travail, propre.

Ryan Benjamin imite Jim Lee avec les pages consacrées à l'évasion de Sean Mahoney. Sans intérêt, paresseux.

Guillem March, fidèle à son goût pour les super-vilaines (cf. Gotham City Sirens), s'occupe de la scène avec Catwoman Poison Ivy, Harley Quinn et la Jardinière. Pas mal, mais convenu.

Enfin, Trevor Hairsine livre la prestation la plus intéressante avec Clowhunter et Ghost-Maker. Nerveux, efficace.

On n'aura pas à attendre pour découvrir la nouvelle équipe créative à la tête de Batman puisque le #118 sortira dans une semaine pile. Joshua Williamson sera très attendu et aidé par l'excellent Jorge Molina pour un premier arc de quatre épisodes.

mardi 16 novembre 2021

BATMAN #117, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE


Et c'est la fin de Fear State avec ce 117ème épisode de Batman (période Rebirth). On ne va pas se voiler la face, cette saga n'aura pas tenu ses promesses et son dénouement n'offre pas de miracle, il est raté, sans saveur, avec d'ultimes pages fades au possible. James Tynion IV quitte la série par la petite porte et Jorge Jimenez va pouvoir profiter d'un repos bien mérité.


Dans les sous-sols de Gotham, La Jardinière et Harley Quinn réunissent Queen Ivy et Poison Ivy. Les deux créatures ne font plus qu'une et unissent leurs forces pour apaiser la cité contre la folie provoquée par l'Epouvantail.
 

Cependant, dans le repaire de l'Epouvantail, tandis que Molly Miracle s'emploie à désactiver la Bombe de la Peur déclenchée par Jonathan Crane, Batmana affronte Sean Mahoney, toujours convaincu d'être le héros dont la ville à besoin. Il est vaincu séchement.


Batman se tourne vers Molly pour savoir si elle a désamorcé la bombe. Elle a réussi mais veut à présent se servir de la Machine de Maître Wyze pour soulager les gothamites de leurs traumas. Batman lui tend alors son oreillette pour la convaincre d'une autre option.


En effet, la Bat-famille ( Batgirl, Nightwing, Orphan Spoiler, Harley Quinn, Batwoman, Red Robin, le Prochain Batman, Le Signal) a procédé à l'arrestation de Simon Saint. Le programme Magistrat est suspendu et dans le ciel de Gotham luit le Bat-signal, qui apaise la population.

C'est vraiment dommage mais Fear State restera, en tout cas pour moi, un vrai fiasco. James Tynion IV avait pourtant bien disposé ses pions et construit une saga ambitieuse avec l'arc précédent (The Cowardly Lot), mais il s'est planté.

En fait, Fear State a été victime d'un trop-plein : trop de personnages, trop de péripéties, de rebondissements, trop de tout. Tynion a voulu secouer Batman et Gotham avec un vilain qui n'avait plus été utilisé depuis longtemps, l'Epouvantail, et jouer avec le lecteur par rapport au mini-event de Janvier-Février dernier, Future State, qui montrait un futur sombre. Mais le trop est l'ennemi du bien et le scénariste a semblé dépassé par ce qu'il avait mis en place.

On reprochera certainement à Tynion d'avoir déjà la tête ailleurs, dans ses projets pour la plateforme Substack et ses creator-owned, et donc d'avoir bâclé sa copie, alors qu'avant de décider de quitter Batman et DC Comics, il avait annoncé avoir des plans pour un run de trois ans. Peut-être que s'il avait choisi de rester ou de ne pas ajouter à son agenda ses projets pour Substack, il aurait développé une trame à la hauteur au lieu de se lancer dans une saga menée à toute allure et qui s'est avérée brouillonne.

Mais on ne le saura jamais. Et on ne peut guère, en vérité, lui reprocher d'avoir préféré la liberté d'écrire ses propres créations plutôt qu'être le scénariste d'une série aussi populaire que Batman mais dont il n'est pas le maître. Et si ses idées pour les trois ans à venir n'avait pas toutes plu à DC ? On sait qu'il en a fallu moins que ça à l'éditeur pour débarquer Tom King du titre qui ne réclamait qu'une quinzaine d'épisodes pour achever son histoire.

Par contre, on sera moins indulgent sur la manière dont il règle le cas de quelques personnages, comme l'Epouvantail, bien trop en retrait durant toute la saga, ou Molly Miracle, que Batman réussit à calmer avec une rapidité grotesque. Pire : le retour de Poison Ivy, réunie avec son double surpuissant Queen Ivy, n'a pas l'impact, émotionnel et concret, escompté (si ce n'est qu'Ivy et Harley voient leur couple reformé). Mais qu'adviendra-t-il de la Jardinière, dont la relation avec Ivy était présentée comme fondamentale ? Je doute que Joshua Williamson, à la suite de Tynion, ait des plans pour ce personnage. Idem pour Ghost-Maker.

Ironiquement, à la fin de cet épisode, Tynion montre la Bat-famille étendue qu'il a tant souhaitée réunie sur un toit de Gotham, levant les yeux au ciel dans lequel réapparaît le Bat-signal. Mais soudain, on s'aperçoit que cette équipe est à l'image de Fear State : trop fournie. Batwoman n'a plus de série, Red Hood n'apparaît plus que dans la revue anthologique Batman : Urban Legends tout comme Red Robin. Spoiler et Orphan vont avoir droit à leur propre mensuel (avec Oracle), Batgirls. Le Prochain Batman va s'exiler à New York dans la série qu'écrit John Ridley (et j'ai de sérieux doutes sur le fait que ce personnage ait une longue carrière devant lui). J'ignore où en est Duke Thomas/le Signal, relique du run de Scott Snyder durant les New 52. On remarquera aussi que sur cette page Harley est bien là, mais pas Poison Ivy (alors que les deux femmes viennent de se retouver). Le Collectif Insensé et Molly Miracle vont certainement finir aux oubliettes également.

Tynion a voulu beaucoup, et en partant il laisse beaucoup. Mais pour qui ? Pourquoi ? Je crois que la majorité de sa contribution à Batman va passer à la trappe, et personne ne le regrettera vraiment ni ne blâmera Williamson. En comparaison, Tom King est parti, contre son grè, mais sans paquet encombrant pour Tynion.

Jorge Jimenez, lui, va surtout pouvoir se reposer quelques mois. Il aura beaucoup donné durant ce run et ces derniers mois. S'il a tiré la langue vers la fin, c'est parce qu'il a été soumis à une cadence de production affolante, et franchement, il s'en tire très honorablement. Même si des incertitudes demeurent quant à la durée du run de Williamson, on sait que son premier arc comptera quatre épisodes qui seront dessinés par Jorge Molina. Normalement, après ça, Jimenez devrait revenir illustrer l'arc suivant. Une alternance Molina-Jimenez aurait de la gueule... A moins que Williamson, comme certains journalistes le pensent, ne soit là que pour assurer un intérim avant qu'un scénariste vedette s'occupe de Batman (la rumeur Bendis a couru, mais j'ai du mal à y croire).

On verra. J'aimerai que DC laisse sa chance à Williamson, d'autant qu'il est devenu un peu le nouvel architecte de l'éditeur, après son long run sur Flash et sa mini Infinite Frontier. Son premier arc pour Batman est alléchant. Et je serai ravi de lire un arc dessiné par Molina, un arc par Jimenez.

Fear State est terminé. Pour Batman du moins. Il me reste à lire Catwoman #37 et Nightwing #86, qui sortent aussi aujourd'hui, pour boucler mes critiques sur cette saga. Mais je n'en attends rien, honnêtement. Vivement Décembre, qu'on passe à autre chose.

mercredi 3 novembre 2021

BATMAN #116, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE


Pénultième chapitre de la saga Fear State, Batman #116 se rattrape un peu après avoir sombré au précédent épisode. On ne peut malgré tout pas s'empêcher de penser que James Tynion IV est passé à côté de son histoire, si prometteuse et finalement décevante dans son développement. D'aucuns diront qu'il avait déjà la tête ailleurs (du côté de chez Substack)... En revanche, la série récupère Jorge Jimenez au dessin pour la totalité des planches et ça, c'est une excellente nouvelle.


Ghost-Maker accueille à sa manière les forces du Magistrat qui pénètrent dans les bas-fonds de Gotham où se sont réfugiés le Collectif Insensé et Queen Ivy. Celle-ci, furieuse de leur intrusion et excédée qu'on ne la laisse pas en paix, décide de provoquer l'effondrement de Gotham.


Pendant ce temps, Molly Miracle et Batman courent dans les égoûts en remontant le signal de la Machine conçue par Maître WYze et désormais entre les mains de l'Epouvantail. Celui s'en prend à Molly pour obliger Batman à le suivre dans son repaire où il torture Sean Mahoney.


Alors que Jonathan Crane prépare l'acte final de son Etat de la Peur, il est abattu par Mahoney. Celui-ci, tel un illuminé, pense plus que jamais être la réponse au désordre de Gotham. Batman s'interpose et confie à Molly le soin d'éteindre la machine de Wyze.
 

Batman réussit, difficilement, à stopper Mahoney lorsqu'un tremblement de terre secoue les fondations du repaire de l'Epouvantail. Queen Ivy se déchaîne alors que Ghost-Maker a repéré des renforts envoyés par Simon Saint pour la tuer...

Pour la première fois dans la saga Fear State, on peut lire une mention explicite à l'event Future State, paru au début de cette année et qui montrait Gotham sous la coupe d'un nouveau régime paramilitaire, le Magistrat, mais aussi l'apparition du Next Batman et la résistance menée par Bruce Wayne, Catwoman et d'autres héros ou vilains. 

C'est donc au détour d'un dialogue prononcé par l'Epouvantail que Future State est cité. Et cette citation pose les limites de Fear State qui a voulu jouer avec la possibilité de ce futur cuachemardesque tout en l'évitant, tout en prouvant que l'event DC de début 2021 n'était qu'un futur et pas le futur. C'est un étrange sentiment qui s'empare du lecteur alors, comme si l'éditeur l'avait baladé avant de, finalement, décider que, non, cette histoire ne prendrait pas une direction aussi radicale. Future State n'était donc pas un énorme spoiler pour Fear State, mais une probabilité narrative.

On cerne la limite alors et de Future State (qui n'a été qu'un cauchemar, un "Elseworld", un "What if.. ?") et de Fear State (qui nous a fait miroiter une conclusion radicale sans oser la franchir). James Tynion IV aurait-il été plus loin s'il avait choisi de rester le scénariste de Batman ? Ou s'est-il ravisé en songeant à son successeur ? Ou bien DC n'a-t-il jamais songé un instant à emprunter un tournant franchement culotté, vestige du projet 5G de Dan Didio (où les héros les plus emblématiques laissaient place à une nouvelle génération) ? On ne le saura sans doute jamais.

Alors puisqu'il faut en finir avec cette intrigue, qui était partie sur les chapeaux de roue, après l'arc The Cowardly Lot en guise de prélude, Tynion IV livre une pré-conclusion conventionnelle, à grands coups de baston, d'effondrement, de re-baston, de coup de théâtre téléphoné. Le folklore super-héroïque a repris tous ses droits et écrase toute velléité d'originalité, il faut que Batman gagne, que l'Epouvantail perde et que Sean Mahoney paie.

C'est dommage parce qu'au fond, ce que ça dit vraiment de la fin de run de Tynion IV, c'est que ce qu'il a apporté à la série se consume en temps réel. Gâgeons que ni Simon Saint, ni Sean Mahoney, et certainement avec eux Ghost-Maker, la Jardinière, Queen Ivy, ne lui survivra. En renonçant à Batman pour la liberté du creator-owned et du pactole offert par Substack, James Tynion IV a fait le choix de sacrifier rapidement tout ce qu'il avait ajouté à la série, personnages, intrigues, etc. Son plan sur trois ans n'est plus d'actualité, ne sera pas repris par le prochain scénariste de la série (visiblement), et à l'image de Queen Ivy qui veut provoquer l'effondrement de Gotham, Tynion va certainement sacrifier, enterrer son legs.

Là où d'autres auraient saisi l'occasion pour orchestrer un feu d'artifices, tout semble bien triste, peu inspiré ici. Le #117 clôturera non seulement Fear State mais un run voulu par DC pour balayer celui de Tom King (qui, lui, jusqu'au bout, malgré des longueurs, aura raconté pratiquement une seule histoire).

La bonne nouvelle, malgré tout, c'est que cette fois Jorge Jimenez dessine l'intégralité des planches de ce numéro, après avoir été aidé par Bengal il y a quinze jours. L'artiste fait bonne figure mais on sent qu'il tire la langue. Les décors sont expédiés, là où, auparavant, il épatait par la minutie avec laquelle il les représentait. Il ne se prive plus non plus d'enchaîner des splash-pages, comme pour avouer qu'il n'a plus assez d'énergie pour découper des scènes. C'est tape-à-l'oeil et efficace mais sans âme.

Soumis à un rythme effrayant, Jimenez n'est pas un surhomme capable de produire comme une machine (façon Mark Bagley, John Romita Jr). Lui aussi est victime de la drôle de manière dont DC a choisi de publier cet arc final de Tynion IV, comme s'ils étaient pressés de passer à autre chose. Et malheureusement, cela se paie sur la qualité graphique. Jimenez réussit quand même à s'en sortir très honorablement, mais qu'est-ce que ça aurait donné s'il avait pu avoir un mois entier entre chaque numéro.

Allez, rendez-vous dans quinze jours pour le baisser de rideau sur Fear State et l'ère Tynion IV. Sait-on jamais, peut-être que ça se terminera bravement ?

mardi 19 octobre 2021

BATMAN #115, de James Tynion Iv, Bengal et Jorge Jimenez - FEAR STATE

 

Oula ! C'est pas bon du tout ! Ce que je craignais se réalise dans ce Batman #115, nouveau chapitre de Fear State : l'histoire écrite par James Tynion IV est en train de se barrer en sucette, cet épisode est vraiment médiocre. Inutile de faire durer le suspense. Pour ne rien arranger, Jorge Jimenez est quasiment aux abonnés absents, ne signant qu'une poignée de pages, laissant Bengal assurer le reste, sans grand talent. Va falloir que tout ce beau monde se retrousse les manches pour la prochaine étape.



Peacemaker X mort, Simon Saint est aux abois car Sean Mahoney est introuvable. C'est alors qu'un de ses techniciens l'aborde pour lui signaler que Queen Ivy s'est réfugiée dans les sous-sols de Gotham, et qu'elle pourrait à tout moment provoquer l'effondrement de la ville.


Sean Mahoney fuit les Gardiens de la Paix à ses trousses en passant par les égouts. C'est ce moment-là que choisit l'Epouvantail pour enfin aborder l'ancien Gardien de la Paix 01 et lui proposer d'accomplir sa mission en acceptant de se prêter à une expérience...


Cependant, Molly Miracle entraîne Batman jusqu'au repaire du Collectif Insensé. Là se trouve une machine conçue par Maître Wyze, le leader du Collectif Insensé, et qu'elle a perfectionnée. Malheureusement, l'Epouvantail s'en est emparé mais Molly pense pouvoir la localiser.


Dans les sous-sols de Gotham, Maître Wyze révèle à Queen Ivy l'avoir connu lorsqu'ils étaient tous deux internés à Arkham. Il y avait dessiné les plans de sa machine à effacer la mémoire avec le Châpelier Fou. Mais la conversation est interrompue lorsque Ivy sent les troupes de Saint arriver...

L'introduction à cette critique peut paraître alarmiste mais il faut dresser un constat lucide de cet épisode et en conclure honnêtement qu'il déçoit beaucoup. C'est en vérité comme si James Tynion IV était rattrapé par ses excès et c'est visible dès la première scène. Détaillons cela.

Tout commence dans la forteresse volante de Simon Saint qui vient d'assister, par écran interposé, à la mort de son Gardien de la Paix X au terme de son affrontement avec Sean Mahoney, qui est sous l'emprise de l'Epouvantail. La réaction du milliardaire est tellement hystérique qu'elle donne en quelque sorte le la à ce qui va suivre : un enchaînement ininterrompu de scènes souvent grotesques, qui fatigue mais surtout nuise au récit jusqu'à le plomber. Définitivement ? On le saura vite, dans deux semaines, en lisant Batman #116.

Avant cela, il faut donc en passer par un chapitre complètement foiré où James Tynion IV semble souvent dépassé par ce qu'il a mis en scène. Tout d'abord, comme j'ai déjà eu l'occasion de le relever, la série s'est trouvée doté sous sa direction d'un casting de supporting characters important, voire excessif. Il y avait là une volonté évidente de réformer/reformer une Bat-family, mais en l'élargissant avec des éléments inédits (Ghost-Maker) ou inattendus (Harley Quinn). Pourquoi pas après tout ?

Reste que dans une intrigue déjà bien dense comme celle de Fear State, à laquelle il a fallu tout un arc (The Cowardly Lot) pour se mettre en ordre de marche, le trop est franchement l'ennemi du bien, et il est impossible en l'état de faire de la place pour tout le monde, quand bien même les personnages ont de quoi faire avec la menace qui s'est abattue sur Gotham (on le voit au détour d'une double page).

Comme il est désormais évident que les scénaristes des séries attachées à l'event n'ont pas eu leur mot à dire sur l'intrigue principale conçue par Tynion, tous les personnages dont il n'a pas la charge directe suivent à pas forcé une histoire où leurs actions impactent peu, voire pas du tout, ce qui se passe dans Batman. Et donc, la Bat-family étendue qu'a voulue Tynion se trouve déconnectée de Batman : un comble.

Résultat : dans cet épisode, Batman passe son temps avec Molly Miracle, et tous ses alliés sont absents alors qu'en toute logique ils devraient l'aider. C'est a minima le rôle dévolu à Ghost-Maker, mais ne le cherchez pas, vous le verrez pas dans cet épisode alors qu'il a contribué à la progression du récit de manière décisive dans le précédent numéro !

D'un autre côté, si on veut quand même tirer du positif de tout cela, on peut dire que le paysage s'en trouve nettement dégagé et le parcours des personnages dans cet épisode est plus simple à suivre. Vous avez Simon Saint qui perd ses nerfs dans sa soucoupe au-dessus de Gotham, vous avez Sean Mahoney qui est récupéré par l'Epouvantail, vous avez Batman et Molly Miracle qui tentent de récupérer une machine qui contrerait l'Epouvantail (mais pas de bol, il a déjà la main dessus), et vous avez Queen Ivy dans son sous-sol qui s'apprête à affronter les Gardiens de la Paix envoyés par Saint. Six protagonistes.

Le rythme est bon, mais ça, Tynion maîtrise depuis le début. Malheureusement, on garde ce sentiment tenace depuis deux-trois épisodes que, même si ça va vite, les épisodes pourraient être plus resserrés, moins éparpillés, que des scènes pourraient être coupées au montage sans que cela ne gêne personne. Par exemple, ici, on a droit à une bagarre entre Batman et un membre du Collectif Insensé contrôlé par l'Epouvantail qui ne sert à rien, absolument à rien, sinon à assurer le quota de baston. Mais quand on comprend qu'en vérité le vrai thème de Fear State, c'est le contrôle mental, bon, une scène de baston en moins, ce serait un service à rendre à toute l'histoire.

Au coeur de l'épisode, en fait, ce qui embarrasse, c'est la grossiéreté du procédé de Tynion : cette machine à effacer les traumas inventée par Maître Wyze et perfectionnée par Molly Miracle arrive trop à point nommé pour préparer la conclusion de l'event et justifier la victoire de Batman (même si elle s'accompagnera certainement d'une casse notable puisque, on le sait, DC ayant spoilé allègrement, Batman quittera Gotham au terme de cette aventure). Idem pour Sean Mahoney qui passe des mains d'un vilain (Saint) à celles d'un autre (l'Epouvantail) comme un pantin pathétique, sans qu'on n'en ait plus rien à faire : il s'agit moins d'un personnage que d'un outil narratif, d'un élément dramatique que d'un être. Les ficelles sont grosses comme des cables à présent et cela nuit énormément à l'intérêt qu'on éprouve pour ce qu'on lit. Tout devient trop mécanique, évident, outrancier, mais surtout sans âme. Dommage.

Pour ne rien arranger donc, Jorge Jimenez, qui montrait des signes de fatigue évident sur les deux derniers chapitres, passe quasiment le relais à Bengal sur les 3/4 de l'épisode. Pour faire simple, Jimenez ne dessine que les deux scènes avec l'Epouvantail et Mahoney.

Bengal n'est pas un mauvais artiste mais il n'a pas le niveau de Jimenez, même en petite forme, son style est bien moins fouillé, énergique, puissant. Du coup, le contraste est violent mais le résultat, lui, manque singulièrement de relief, d'épaisseur. On a même l'impression que Bengal a été appelé en catastrophe sur l'épisode tant le niveau de finitions laisse à désirer. Il ne fait pas l'effort de soigner ses planches ou, sans doute, n'en a-t-il pas eu de tout façon le temps (et l'envie ? L'énergie ?). Ce qui faisait le sel graphique des précédents numéros est alors dilué dans un trait et un découpage beaucoup moins intenses, tout comme la colorisation qui est infiniment plus fade (Tomeu Morey affadissant incompréhensiblement sa palette sur les pages de Bengal).

La périodicité accélérée de l'event a fini par le desservir, empêchant Jimenez d'assurer tout l'arc, mais aussi soulignant les excès comme les manques de l'intrigue de Tynion. Il faudra donc au scénariste un sacré coup de fouet pour regagner la confiance du lecteur. Mais en l'état, on ne voit pas comment il pourrait réussir cet exploit. 

jeudi 7 octobre 2021

BATMAN #114, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE


Fear State continue sur un rythme soutenu puisque, quinze jours après Batman #113, voici le nouveau chapitre de la série. James Tynion privilégie cette fois la ligne narrative concernant Sean Mahoney, le Gardien de la Paix 01, en pleine déroute après avoir été confronté à la toxine de l'Epouvantail. Jorge Jimenez dessine tout ça avec un sens du spectacle irréprochable, même si l'histoire part un peu trop dans tous les sens.


Dans le "paradis" de Queen Ivy, Molly Miracle tente de se tenir au courant des événements à la surface de Gotham. Elle explique que le Maître Wize du Collectif Insensé l'a guérie de ses maux grâce à une machine effaçant les traumas. Ce qui lui laisse penser que ça peut être la solution contre l'Epouvantail.


Simon Saint localise Sean Mahoney et envoie le Gardien de la Paix X pour l'appréhender en douceur car son équipement coûte une fortune et ne doit pas tomber dans les mains de Batman. Mais Mahoney est sujet à des hallucinations provoquées par l'Epouvantail et s'avère ingérable.


Batman surgit alors pour éviter un drame mais Saint envoie alors une brigade de robots pour l'arrêter pendant que le Gardien de la Paix X se lance à la poursuite de Mahoney en ayant la permission de le tuer si c'est nécessaire.


Mais Mahoney, sous l'emprise de l'Epouvantail, devient fou et quoique sévèrement blessé par le Gardien de la Paix X, réussit à le tuer. Saint engage l'auto-destruction de l'armure du Gardien de la Paix X, rasant une partie du quartier. Batman réussit à s'abriter avant d'être rejoint par Molly Miracle...

Autant le dire d'emblée, j'ai eu un problème avec cet épisode qui, même très rythmé et spectaculaire, me semble un cran en dessous. Trop de Gardiens de la Paix, trop de robots tueurs, une intrigue qui n'avance pas... C'est comme si James Tynion IV cherchait à faire de la place dans tout le bazar qu'il a provoqué, mais sans réussir à nous captiver dans la manoeuvre.

C'est que le scénariste, depuis son arrivée sur la série, n'a pas ménagé ses efforts pour enrichir considérablement la galerie de personnages secondaires. Son mérite est indéniable : vouloir renouveler le casting est toujours louable. Mais la contrepartie, c'est que si l'auteur n'impose pas ses nouveaux venus avec suffisamment de force pour convaincre le lecteur qu'ils ont l'étoffe de seconds rôles emblématiques, alors le lecteur aura du mal à s'y intéresser.

Dans la saga Joker War, entre Punchline (nouvelle partenaire du Joker), Clownhunter (une sorte de Punisher ado) et les classiques de la série (Batman, la Bat-family, Harley Quinn), c'était déjà consistant, mais la seconde catégorie restait en haut de l'affiche. Le Joker et Punchline finissaient par emprunter une nouvelle direction, comme si Tynion voulait surtout les éloigner de Gotham, histoire de rafraîchir un peu le décor (et ma foi, on peut lui dire "merci" parce que je ne crois pas être le seul qui en a marre du Joker).

Par la suite, il y a introduit Ghost-Maker, une création plus contestable, parce que découvrir un énième rival issu de la jeunesse de Batman n'avait rien d'indispensable. Puis avec l'arc The Cowardly Lot, qui a conduit à Fear State, ce fut Molly Miracle, le Collectif Insensé, Sean Mahoney, Simon Saint, des nouvelles têtes prometteuses.

Reste que je doute que, une fois Tynion parti, tous ceux-là restent dans le paysage (Joshua Williamson, qui reprendra la série, a déjà annoncé qu'il présenterait un nouveau vilain et que l'action se situera hors de Gotham pour un moment). L'injection de personnages inédits est souvent un legs sans suite laissé par un scénariste à son successeur, sauf si, vraiment, ils possèdent ce truc en plus qui les rend intéressants sur le long terme.

Aussi, quand on lit Batman #114, et qu'on passe la majeure partie de l'épisode à assister au combat entre Sean Mahoney, en plein délire paranoïaque à cause de l'Epouvantail, et le Gardien de la Paix X, envoyé à sa poursuite par Simon Saint, on a du mal à se passionner pour ces deux Robocops dont l'affrontement est inévitable et contre lequel Batman ne peut rien. Tout cela, soyons honnêtes, aurait pu être règlé en moins de pages au lieu d'accaparer un épisode entier. Surtout que l'ouverture dudît épisode suggère quelque chose de plus intrigant.

Car, dans cette multitude de personnages transhumains, Molly Miracle révèle avoir été le sujet d'expériences de la part du gourou du Collectif Insensé (un individu étrangement absent de l'arc), pour effacer des traumatismes dues à son séjour dans cette ville perpétuellement en guerre qu'est Gotham. En dialoguant avec Queen Ivy (qui, là aussi, n'est pas développée alors que Poison Ivy figure dans Catwoman et qu'on aimerait comprendre un jour comment les deux créatures peuvent vivre séparées, depuis quand, comment), Molly explique que cela pourrait aider Ivy mais surtout neutraliser l'Epouvantail. Il faut attendre la dernière image de la dernière page pour que cette hypothèse rejoigne la situation de Batman (qui, au passage, se lance dans la bataille sans Ghost-Maker - où est passé ce dernier ?).

Tout ça laisse un sentiment de trop plein. A force de courir trop de lièvres à la fois, Tynion semble se perdre. Il faut impérativement que Fear State mette plus en avant l'Epouvantail, quitte à s'occuper de Simon Saint et ses Gardiens de la Paix ensuite, parce que, là, Jonathan Crane est trop en retrait, observant en ricanant tout le monde, égarés dans le chaos qu'il a orchestré. Avec tous ceux qui l'assistent, Batman ne devrait pas avoir à se jeter seul dans la mêlée. Et Tynion, au lieu de consacrer un numéro entier à Sean Mahoney contre le Gardien de la Paix X, devrait nous montrer ce que font Harley Quinn et la Jardinière, Renee Montoya, pourquoi pas Orphan, Spoiler, Huntress (entendu que Barbara Gordon et Nightwing sont occupés dans la série de ce dernier).

Heureusement que Jorge Jimenez tient le coup graphiquement sinon ça sentirait le roussi, cette affaire. Le dessinateur livre une copie dans la droite ligne du numéro précédent, c'est-à-dire qu'il a fait clairement le choix de sacrifier les décors (avec lesquels pourtant il nous régalait) pour tout donner sur les scènes d'action.

Son découpage use (et abuse) de décadrages, chaque coup porté a un impact terrible, au point que parfois on a l'impression d'être dans un épisode de Superman ou Thor plus que dans Batman. C'est logique d'un certain point de vue puisque les Gardiens de la Paix sont tous équipés lourdement, ce sont de véritables machines de combat, capables de défoncer des immeubles ou de raser des quartiers, et ils sont soutenus par des hordes de robots surarmés, dignes des Sentinellesou Nimrod dans X-Men. Du coup, quand Batman s'engage entre les deux super-flics de Simon Saint, il ne fait plus le poids, et on peut se demander comment il ne finit pas en loques après avoir été soufflé par le dernière explosion.

Les couleurs de Tomeu Morey ajoutent à ce feu d'artifices. Franchement, si le maire Nakano se représente et qu'il est réélu, ça voudra surtout dire que les gothamites sont des imbéciles car l'édile a laissé sa ville aux mains d'une milice qui laisse un champ de ruines derrière elle.

Une déception donc, même si visuellement, ça pète. Souhaitons que la suite redresse le niveau parce que ce serait dommage pour l'intrigue et pour Tynion de finir sur une mauvaise note après avoir tant promis.