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jeudi 4 avril 2019

YOUNG JUSTICE #4, de Brian Michael Bendis, Patrick Gleason et John Timms


Young Justice est une drôle de série : plutôt riche en péripéties et dotée de bons portraits de ses jeunes héros, son rythme est pourtant inégal car l'intrigue souffre quelque peu des flash-backs consacrés aux membres de l'équipe. Pourtant, ce mois-ci, Brian Michael Bendis presse le pas, sans d'ailleurs modifier sa construction narrative. Et surtout John Timms, l'artiste invité, livre une prestation épatante aux côtés de Patrick Gleason.


Prisonnière des geôles de Lord Opal avec Robin, Jinny Hex, Wonder Girl et Teen Lantern, Amethyst sait qu'elle ne doit pas attendre d'aide de la part des autres maisons du Gemworld. Car elle leur a reprochées leur passivité contre l'ennemi.


Cette prise de position virulente lui a presque valu d'être exclue du concile et bannie sur Terre (dont elle est originaire). Le salut pour les jeunes héros dépend donc de Conner Kent à qui Impulse apprend les circonstances de sa venue sur le Gemworld.


Cependant, Jinny Hex a aussi un tour dans son sac car les gardes de Lord Opal fouillent son véhicule et ouvrent imprudemment une malle de son arrière-grand-père, Jonah, remplie d'artefacts magiques dangereux.


Superboy et Impulse arrivent ensuite et libèrent leurs camarades. Young Justice est réunie. Mais Amethyst abrège ces retrouvailles pour expliquer que la situation reste critique.


En effet, la veille, au palais de Turquoise, qui lui conseillait de rentrer sur Terre pour calmer le concile, un tremblement de terre ébranla le palais. La princesse devait à l'intérieur trouver Robin tout juste téléporté sur le Gemworld...

La manière dont Brian Michael Bendis a choisi de construire de premier arc narratif de Young Justice est louable mais un peu frustrante. En effet le scénariste a pensé à présenter les personnages, historiques ou non, de l'équipe pour ceux qui ne les connaissaient pas (ou peu). C'est toujours mieux que tous ces auteurs qui démarrent une histoire comme si tout le monde savait qui était qui.

Mais ce  dispositif a un inconvénient : il étire l'intrigue et en ralentit le rythme, malgré les scènes d'action spectaculaires à chaque numéro. Après avoir réintroduit Wonder Girl, Superboy, ce mois-ci c'est au tour de la princesse Amethyst d'avoir droit à ses planches rétrospectives.

Cependant, cette fois, il s'agit moins de dresser le profil de la jeune femme que d'exposer la situation du Gemworld à travers elle. Constatant depuis longtemps les agressions de Lord Opal contre les autres familles de cette planète, elle fustige la passivité des divers nobles et suspecte même l'un d'eux de vouloir s'allier avec l'ennemi. Cette attitude offensive lui vaut des inimitiés, une menace de bannissement, d'autant plus qu'elle est originaire de la Terre, tenue pour responsable de la désolation du Gemworld.

Bendis réussit impeccablement à conférer un tempérament de feu à l'héroïne, alors même qu'elle n'est pas une figure historique de la Young Justice. Ainsi devient-elle le pivot du récit.

L'autre réussite du numéro concerne Superboy alias Conner Kent, qu'on avait découvert bien docile face aux gardes de Lord Opal. Quand sa famille est menacée, il réagit et suit Impulse pour libérer Robin, Wonder Girl, Jinny Hex et Teen Lantern, co-détenus avec Amethyst.

Vous l'avez deviné : à la fin de cet épisode, l'équipe est réunie au grand complet. Enfin ! A deux numéros de la fin de l'arc, la suite s'annonce mouvementée, même si on aura droit à un retour en arrière concernant Robin puis Impulse.

Le tonus de ce chapitre doit beaucoup également à ses artistes. John Timms est l'invité du mois et pour celui qui a longtemps dessiné la série Harley Quinn, animer Amethyst est du sur-mesure. Son trait dynamique s'accorde parfaitement au caractère bien trempée de la princesse, et il ne mâche pas ses efforts pour les décors. Son découpage valorise bien chaque scène.

Patrick Gleason s'est montré très inégal depuis le début, visiblement mal à l'aise avec cette répartition des rôles graphiques mais aussi moins précis depuis qu'il se passe des services d'un encreur. Cependant, ici, ses planches retrouvent de l'allant et de la finesse, il dispose de quoi s'amuser davantage, notamment quand Superboy réagit et que les bagages de Jinny Hex font des siennes (deux splash-pages bien explosives).

Young Justice est donc une série un peu bancale, qui gagnera certainement à être rééxaminée durant son prochain arc, dans une histoire affranchie des contraintes de présentations de ses héros. En l'état, c'est un divertissement honnête, classique, scolaire, au potentiel encore en sommeil.

La variant cover de Dan Mora.

jeudi 7 mars 2019

YOUNG JUSTICE #3, de Brian Michael Bendis, Patrick Gleason et Viktor Bogdanovic


Ce troisième numéro de Young Justice reprend les choses où elles avaient été laissées au premier épisode mais annonce aussi la réunion prochaine de l'équipe au grand complet. Toujours aussi énergique, la narration de Brian Michael Bendis permet aussi bien à Patrick Gleason qu'à Viktor Bogdanivic, le guest artist, de s'éclater.


Conner Kent/Superboy et Bart Allen/Impulse se sont donc retrouvés dans le Gemworld. Mais ils n'ont pas le temps de s'expliquer comment ils sont arrivés là que des gardes de Lord Opal viennent les arrêter.


Comment Superboy a-t-il atterri ici ? Tout a débuté par une bataille contre un monstre échappé des S.T.A.R. Labs. La responsable du complexe veut étouffer cet incident et demande à Conner Kent de garder le secret.


Mais il ne l'entend pas de cette oreille et veut savoir ce qui se cache dans ces laboratoires. Après avoir défoncé quelques murs, il découvre une salle où est ouvert un portail inter-dimensionnel.


Aspiré dans ce tunnel, il se retrouve dans le Gemworld. Il semble y être depuis un moment car, comme le découvre Impulse, il est désormais marié et père de famille. Et les gardes de Lord Opal insiste pour que les deux amis les suivent.


Cependant, après avoir affrotné Lord Opal, le reste du groupe, composé de Robin, Wonder Girl, Jinny Hex, Teen Lantern et Amethyst, croupit dans les oubliettes de l'ennemi, sans savoir comment s'en évader...

Si la manière de raconter cette histoire joue avec les nerfs et la patience du lecteur, il faut reconnaître que les aventures de Young Justice sont un agréable moment livré par Brian Michael Bendis.

Le scénariste renoue ici franchement avec ce qu'il faisait dans l'univers Ultimate de Marvel et la série Ultimate Spider-Man, notamment quand il entourait le héros de ses "amazing friends" (comme la Torche Humaine, Firestar, Kitty Pryde, mais aussi MJ Watson, Gwen Stacy, sous le toit de Tante May). Bendis prouve qu'il est toujours à l'aise avec les jeunes personnages, dont il fait entendre la voix de façon très spontanée et naturelle. Ce ne sont pas des ados s'exprimant artificiellement : leur attitude, leur langage sont crédibles, même dans le cadre super-héroïque.

L'épisode reprend là où se teminait le premier avec les retrouvailles de Bart Allen/Impulse et Conner Kent/Superboy. C'est sur ce dernier que Bendis porte son attention, conscient que sa réapparition au-delà de ce titre, interroge beaucoup de lecteurs (au point qu'on a soupçonné Young Justice de ne pas se dérouler dans la continuité "Rebirth").

C'est que l'auteur a lui-même brouillé les pistes en montrant Jon Kent, le fils de Superman, devenu subitement un ado de seize ans dernièrement. Comment, dès lors, justifier l'existence de Conner Kent, l'autre Superboy - même si, lui, est un clone de l'homme d'acier et de Lex Luthor ?

Bendis s'en sort habilement en expliquant surtout pourquoi et comment avait disparu Conner. La "pilule" passe d'autant mieux que tout va très vite, et précise que le temps s'écoule différemment dans le Gemworld. La situation du personnage s'en trouve considérablement modifiée et nuancée, densifiant une intrigue qui pouvait sembler un peu légère avec des extra-terrestres débarquant sur Terre puis de jeunes héros étant téléportés sur une autre planète en les poursuivant.

Bien entendu, une fois encore, il faut en passer par un flash-back qui coupe l'épisode en trois (un prologue, un retour en arrière, un épilogue), donc qui décompresse le récit. Mais, sans cela, il serait aisé de reprocher à Bendis de ne pas justifier le retour de Conner. Si le rythme est un peu haché donc, au moins chaque héros a droit à une re- présentation (bien utile pour ceux qui ne sont pas familiers avec eux).

Après Emanuela Lupacchino, la série accueille un nouvel artiste invité à mettre en images le passage sur Superboy. C'est Viktor Bogdanovic qui s'y colle, et si, qualitativement, on baisse d'un cran, il faut reconnaître que le résultat reste honorable. Bogdanovic me pose surtout problème dans la mesure où il copie trop Greg Capullo sans que son dessin ait la même tenue, mais les pages qu'il livre tiennent le coup.

Je préfére de loin celles de Patrick Gleason, surtout quand il met en scène Impulse (qu'à l'évidence il prend un plaisir fou à dessiner). Il représente excellemment aussi Superboy en détaillant subtilement sa barbe naissante, son look décalé, qui le rend plus adulte que ses comparses. Enfin, les dernières planches (hormis une superbe double-page, voir plus haut) sont découpées en "gaufriers" et saisissent de manière efficace la détention dans des fosses du reste de l'équipe.

Agrémenté d'une couverture alternative très chouette d'Evan Shaner (dont le style conviendrait parfaitement au titre), cet épisode relance bien l'intérêt. Young Justice n'est peut-être pas le team-book le plus renversant qui soit, mais c'est un divertissement tonique et prometteur.
  
La variant cover d'Evan Shaner.

dimanche 10 février 2019

YOUNG JUSTICE #2, de Brian Michael Bendis, Patrick Gleason et Emanuela Lupacchino


Le démarrage canon de Young Justice indiquait les ambitions de Brian Michael Bendis pour son nouveau label chez DC, "Wonder Comics" : une prime à l'aventure, à la jeunesse, à l'optimisme. Avec Patrick Gleason toujours mais aussi Emanuela Lupacchino en invitée, ce deuxième épisode est moins dynamique et décevra sans doute ceux qui souhaitaient d'une suite directe au cliffhanger du mois dernier... Mais cela donne sans doute un aperçu plus juste du projet.


Gemworld. Désolé par les répercussions de crises terriennes, cette planète subit une crise politique : des émissaires du clan de Topaz négocient une alliance avec ceux du clan d'Opal pour éliminer Amethyst, l'héritière du trône - qui débarque justement avec Robin !


Jinny Hex, elle, a atterrit dans les forêts de Topaz avec Teen Lantern. Wonder Girl les retrouve... Elle se souvient qu'une semaine auparavant, elle affrontait et battait Despero lorsqu'elle aperçut parmi les témoins son grand-père, le dieu des dieux, Zeus.


Celui-ci est venu lui remettre un pendentif sacré pour qu'elle le rejoigne au Panthéon afin d'y préparer la relève. Mais Cassie Sandsmark refuse qu'on lui dicte son avenir et considère les intentions de son grand-père troubles. Il s'efface, très déçu et véxé.


Retour sur Gemworld. Wonder Girl décourage Jinny Hex de tirer sur Teen Lantern qui s'est protégée avec son anneau. Ensemble, les trois filles survolent les environs pour se repérer.


Elles retrouvent Robin qui leur présente Amethyst. Celle-ci explique se battre pour règner sur le Gemworld, sa place légitime. Sauf pour Lord Opal qui surgit pour l'assassiner et se débarrasser de ses alliés...

Deux questions se posaient au terme du premier épisode de Young Justice : la première concernait le rythme frénétique du récit, à la fois grisant et risqué sur la longueur ; et la deuxième la présence d'un dessinateur invité à chaque numéro suivant, à commencer par Emanuela Lupacchino ce mois-ci.

Dans l'ordre, de façon très appliquée, on a les réponses dans ce numéro.

L'épisode se divise en trois parties : un prologue, un long intermède en forme de flash-back au centre, et un épilogue. Le tempo est beaucoup moins soutenu même si on y bataille encore beaucoup. Bendis s'intéresse à la situation de ses jeunes héros transportés dans le Gemworld, une planète désolée à la suite des crises cosmiques ayant impacté la Terre (qui s'en est donc remise au prix de la santé d'autres mondes).

L'auteur ne perd pas de temps pour poser les enjeux de son intrigue : le Gemworld est le théâtre de luttes intestines et les clans qui le composent nouent des alliances de circonstances pour en prendre le contrôle. Deux tribus, celles d'Opal et de Topaz, acceptent de faire cause commune contre l'héritière légitime du trône, Amethyst. Mais, à peine ont-ils scellé un accord qu'elle surgit en compagnie de Robin (Tim Drake), résolue à ne pas se laisser assassiner et déposséder.

On pense alors qu'on va assister à un règlement de comptes épique, mais ce n'est pas le cas. C'est à la fois culotté et frustrant, reconnaissons-le, parce qu'on avait bien aimé l'énergie du premier épisode, son côté grand spectacle. Bendis nous en prive... Mais pour se rattraper plus loin.

En effet, la partie centrale de l'épisode est un retour en arrière centré sur Cassie Sandsmark alias Wonder Girl. On se souvient qu'elle s'était mêlée au groupe de Young Justice un peu à contrecoeur, visiblement plus préoccupée pour s'intégrer à Metropolis que pour reprendre du service en tant qu'héroïne. Et nous découvrons pourquoi.

Bendis s'offre une séquence comme il les apprécie, reposant sur le dialogue, après la raclée qu'inflige Wonder Girl à Despero. Zeus, incognito, entraîne sa petite-fille à l'écart pour lui demander de retourner au Panthéon avec lui. Son speech paraît vite trop flatteur pour la jeune fille pour ne pas dissimuler autre chose et elle rejette cette offre.

La fin de l'épisode se passe à nouveau sur Gemworld avec encore un cliffhanger accrocheur et une partie de l'équipe qui se retrouve - même si, donc, Superboy qu'Impulse a localisé ne s'est pas remontré. Là encore, frustrant.

Pourtant, cette construction narrative est instructive car elle semble indiquer au lecteur comment la série va se dérouler (au moins pendant son premier arc) : la guerre de succession du Gemworld sera le fil rouge prétexte à la recomposition de Young Justice, mais à chaque chapitre on aura droit à un focus sur un des membres pour savoir où il en était avant cette aventure. C'est un peu laborieux, mais sans doute aussi nécessaire pour légitimer le groupe et le présenter à ceux qui ne le connaissent pas.

De la sorte aussi, Patrick Gleason se ménage du temps pour dessiner ses pages. Il en signe une onzaine (le prologue et l'épilogue, soient tout ce qui se déroule sur Gemworld) et en assume l'encrage. On peut constater que son trait s'est à la fois assombri, parfois pour suggérer un peu paresseusement les décors (plongés dans l'obscurité ou réduits à l'état de silhouette, quand ce n'est pas le coloriste Alejandro Sanchez qui s'occupe de meubler les fonds), mais l'artiste se fait aussi moins précis, épurant à la manière d'un Mignola (comme lorsque Ryan Sook travaillait sur Hellboy en copiant le maître). C'est assez étonnant, un peu sommaire, surtout quand on a connu Gleason encré par Mick Gray et produisant des planches beaucoup plus fournies en détails.

Le coeur de l'épisode, avec Wonder Girl, donne donc à Emanuela Lupacchino l'occasion de briller. Elle n'a aucun mal à éclipser le travail de Gleason sur la dizaine de pages qu'on lui a confiée. Et, une fois encore, on se demande pourquoi DC ne lui fait pas davantage confiance en lui donnant une série régulière au lieu de l'employer comme guest ou fill-in artist.

Naturellement douée pour dessiner les femmes de tous âges, Lupacchino anime merveilleusement Cassie Sandsmark à qui elle donne cette allure mi-lolita, mi-jeune femme. L'expressivité de son dessin traduit bien les émotions de l'héroïne qui cherche à la fois sa place ici-bas tout en tenant tête à son grand-père. Contrairement à Gleason, le trait est clair, les couleurs (du même Sanchez) sont lumineuses, le découpage fluide. Vraiment, Lupacchino mérite mieux que de jouer les pompiers de secours.

On referme ce numéro partagé : d'un côté, Bendis établit la charte narrative de la série (au moins pour cet arc initial), de l'autre l'inégalité graphique et la frustration vis-à-vis des rebondissements laissent sur notre faim. Il reste que Young Justice a une vraie fraîcheur et du potentiel, mais que cette première histoire sera sûrement laborieuse.     

samedi 12 janvier 2019

YOUNG JUSTICE #1, de Brian Michael Bendis et Patrick Gleason


Brian Michael Bendis est vraiment insatiable depuis son arrivée chez DC : le voici qui lance un nouveau label, "Wonder Comics", encadrant quatre séries (dont deux qu'il écrit), en plus de ses deux titres sur Superman et de son "Jinxworld" ! La cible est les jeunes lecteurs, négligés par les grands éditeurs, et avec Patrick Gleason, le scénariste ressuscite une production culte : Young Justice. De quoi piquer notre curiosité...


Gemworld est un monde aujourd'hui désolé et situé dans une dimension parallèle. Lord Opal, son roi, entend un savant lui expliquer que l'état de la planète est la conséquence des crises ayant affecté notre univers.


A Metropolis, Jinny Hex, la descendante du cowboy défiguré, est prise dans un bouchon de la circulation lorsque le ciel s'illumine et que des des guerriers du Gemworld en descendent, attaquant forces de l'ordre et civils.


La jeune femme dégaine ses armes pour riposter, vite aidée par Robin (Tim Drake), Wonder Girl (Cassie Sandsmark), Impulse (Bart Allen) et la mystérieuse Teen Lantern. Leurs adversaires réclament de parler à Superman.


Mais les guerriers du Gemworld rencontrent une résistance inattendue face à ces jeunes héros et battent en retraite. Le portail inter-dimensionnel qu'ils ouvrent attirent Robin, Impulse, Wonder Girl, Jinny Hex et Teen Lantern à leur suite.


Mais la traversée les sépare. Robin atterrit dans la demeure d'Amethyst. Et Impulse, désorienté, trouve son ami Conner Kent alias Superboy déjà sur place...

Plein de questions se posent au lecteur qui ouvre ce numéro. Elles concernent les liens entre cette série et le dessin animé à succès Young Justice, la référence à la précédente série dans les années 90 du même nom (écrite par Peter David et dessinée par Todd Nauck), le risque de doublon avec Teen Titans, sa place (hors ou in continuité).

Puis, très vite, toutes ces interrogations sont non pas balayés, cachées sous un tapis, mais cèdent la place à un vrai plaisir de lecture, supplantant les doutes, la légitimité. L'objectif visé, celui de proposer un comic-book frais, énergique, à l'intention de jeunes lecteurs (mais pas que), est parfaitement atteint.

Oui, Young Justice se déroule dans la continuité de "Rebirth", se permet d'ironiser sur les "Crisis" de DC (tout en en faisant le fondement de l'intrigue), assume l'héritage de la première série, s'affranchit du dessin animé, et s'impose (sans mal) à côté des actuels Teen Titans en ayant bien plus de charme.

Brian Michael Bendis a, semble-t-il, voulu opérer une sorte de synthèse avec cette série : il s'agit à l'évidence de renouer avec ce qu'il faisait dans l'univers "Ultimate"" chez Marvel (des héros jeunes) ; d'animer une équipe (comme les New Avengers, Defenders, etc.) ; de rassurer une partie des fans sur le fait que, non, Heroes in Crisis ne donne pas le la sinistre d'un certain optimisme chez DC ; d'essayer de séduire des lecteurs moins âgés tout en rappelant à d'autres des souvenirs d'il y a vingt ans...

Programme ambitieux, mais accompli avec brio. Ce premier épisode est une vraie bouffée d'air frais, de la vitamine : ça va vite, c'est fun, on s'y sent tout de suite chez soi, on aime immédiatement ces héros, on est embarqué dans leur aventure alors que l'équipe se forme juste, le cliffhanger est alléchant. En poussant un peu, on pourrait presque dire que Bendis insuffle son "fresh start" à lui chez DC...

Patrick Gleason avait prématurément quitté Action Comics pour préparer ce titre et il s'y est investi avec un enthousiasme perceptible. L'artiste est très à son aise avec ces personnages, lui qui a si bien animé Damian Wayne (dans Batman and Robin et Robin, son of Batman). Sa complicité avec Bendis saute aux yeux.

Assumant désormais aussi son encrage, il livre des planches virevoltantes, d'une belle générosité dans l'effort - au point qu'on se demande s'il va tenir longtemps à ce rythme (est-ce pour cela que sur les prochains épisodes sollicités il est crédité aux côtés d'un autre artiste invité ? Ou ce dernier s'occupera-t-il de scènes spéciales, laissant à Gleason l'essentiel ?). Et les couleurs lumineuses d'Alejandro Sanchez font le reste.

C'est vite lu (Gleason enchaîne des doubles pages) mais rempli d'une bonne humeur contagieuse (dont Impulse, personnage que DC a longtemps maltraité, est l'emblême : dès son apparition, le récit s'accélère irrésistiblement) et accessible par tous (je n'avais pas lu la première série il y a vingt ans, pas davantage que je ne suis le dessin animé).

On verra si Naomi (l'autre titre piloté par Bendis avec David Walker), Dial H (for Hero) et Wonder Twins valent autant la peine, mais l'entreprise confirme le succès de l'intégration du scénariste chez DC. On peut même parler de... Rebirth ! 


 La variant cover de Yasmine Putri.
 La variant cover d'Evan Shaner.
La variant cover de Jorge Jimenez.

jeudi 23 août 2018

ACTION COMICS #1002, de Brian Michael Bendis et Patrick Gleason


Toujours aussi étonnant d'ouvrir un comic book avec ce numéro impressionnant de 1002... Mais s'il en est un que cela n'arrête pas, c'est Brian Michael Bendis qui, dans cet épisode d'Action Comics, appuie encore davantage sur le fait que le titre met en avant davantage Clark Kent que Superman. Pas davantage paralysé, Patrick Gleason termine déjà sa contribution pour la série en beauté.


Robinson Goode prétend que plusieurs témoins ont vu Superman a tué le malfrat John "Yogurt" Bender en plein jour. Mais aucune photo ne permet de corroborer ses dires et Perry White, le rédacteur en chef du "Daily Planet", commande à Clark Kent de mener une contre-enquête.


Le super-héros, le Gardien, attaque le parrain de la pègre, Moxie, qu'il accuse d'être le responsable des incendies qui sévissent à Metropolis. Mais avant qu'il n'obtienne ses aveux, il est attaqué par Red Cloud, la véritable pyromane. Hospitalisé, le Gardien parvient à dénoncer à l'inspectrice des Crimes Spéciaux de Metropolis le nom de son agresseur.


Clark remet à Perry White son rapport : en traînant dans un bar mal famé où "Yogurt" avait ses habitudes, il a appris que ce dernier avait bien participé aux incendies. Le mobile : distraire Superman pendant que la pègre effectuait d'autres sales besognes.


Ancienne reporter du "Daily Planet" et amie de la commère du journal Trish Q., Cat Grant réapparaît et apprend à Clark qu'elle a lu des extraits du livre de Lois Lane. Cette nouvelle sidère Kent qui ignorait que sa femme était de retour à Metropolis et qu'elle avait rendu son manuscrit à son éditeur.


Robinson Goode retrouve Mr. Strong, le partenaire de Red Cloud, pour créer de nouveaux troubles impliquant Superman. Pour cela, elle demande un fragment de kryptonite. L'Homme d'Acier retrouve Lois Lane : une mise au point s'annonce...

La variant cover de David Mack.

Commençons par évacuer la déception inhérente à ce numéro : c'est le dernier que dessine Patrick Gleason, qui n'aura donc travaillé que deux épisodes sur la série. On peut cependant comprendre qu'il ait fait le tour de Superman puisqu'il a collaboré aux quarante-cinq chapitres du run de Peter J. Tomasi, précédant celui de Brian Michael Bendis... Toutefois, cela reste frustrant et j'aurai aimé qu'il réalise tout le premier arc. Il sera avantageusement remplacé par Yanick Paquette le mois prochain. Et surtout Bendis a d'ores et déjà annoncé qu'il retrouverait l'artiste pour un "major project" encore secret en 2019.

En attendant, Gleason produit encore de superbes planches dans ce numéro, quand bien même la présence de Superman y est réduite au minimum - au total deux pages avec le héros en costume, pour une scène où il décompresse en fracassant des météorites. En revanche, il nous régale quand il introduit le personnage du Gardien (autrefois connu comme Manhattan Guardian, une création de Jack Kirby, que Grant Morrison avait arrangé à sa sauce dans la maxi-série Seven Soldiers of Victory). Et Gleason met en scène avec brio Clark Kent et la ruche du "Daily Planet" en soignant particulièrement l'expressivité faciale et corporelle des personnages.

Bendis anime le récit par petits bonds en multipliant les apartés. Au début, Robinson Goode répand une "fake news" avérée sur Superman que Clark doit vérifier. On passe à la séquence avec le Gardien qui, molesté, dénonce Red Cloud comme la complice de la pègre locale. Retour à Clark qui a la confirmation que le milieu est impliqué dans les incendies de la ville. Puis Robinson Goode a rendez-vous avec Mr. Strong (qu'on avait rencontré dans le précédent épisode) pour compromettre Superman.

Le scénariste tisse une toile d'araignée bien tendue autour du héros en n'hésitant pas à confirmer la duplicité de Robinson Goode, la nouvelle reporter du "Planet", remplaçante de Lois Lane. Elle dispose d'alliés puissants, capables de lui fournir de la kryptonite par exemple, et visant à prendre le contrôle du journal tout en discréditant Superman. Les incendies révèlent leur mobile : il s'agit précisément de distraire l'Homme d'Acier à défaut de le compromettre.

Le dispositif est habile car il ne vise pas frontalement le héros mais voit plusieurs personnages malveillants chercher à l'accabler. Et ça marche puisqu'on le voit donc finir par s'envoler dans l'espace pour se défouler en fracassant des météorites.

Bendis est connu, pour le plaisir de certains et l'ire des autres, pour aimer prendre ses héros à la gorge. En plus du complot qui se trame contre Superman, Clark apprend accidentellement que Lois Lane est de retour sur Terre, à Metropolis, et que son livre va être bientôt en vente. On comprend qu'il l'ait mauvaise puisque la dernière fois qu'il a vue sa femme, elle prenait congé de lui avec leur fils pour explorer l'univers en compagnie de Jor-El. La voici qui revient sans même le prévenir. Pire : elle semble l'éviter en marchant en ville, affublée d'une perruque blonde.

On peut donc logiquement s'attendre à une explication musclée le mois prochain. Mais quand ça ne veut pas, rien ne va. Action Comics selon Bendis, c'est donc un mensuel qui met en avant Clark Kent plus que son alias et qui le voit affronter des complications mesquines presque plus agaçantes qu'un super vilain classique (même s'il y aura bien à un moment une bonne vieille baston avec Red Cloud et ses partenaires). C'est assez pervers mais aussi jubilatoire de voir le super-héros le plus puissant de DC en découdre difficilement avec les affres de la vie de couple et du métier de journaliste (alors que dans la série Superman, Bendis comble davantage le fan en attente de grand spectacle).

Qu'on apprécie ou pas le résultat, on ne pourra en tout cas pas nier à Bendis d'avoir donné une identité distincte et forte aux deux séries du Man of Steel. Pour l'heure, ce sont, pour ma part, deux lectures réjouissantes.  

La variant cover de Francis Manapul.

dimanche 29 juillet 2018

ACTION COMICS #1001, de Brian Michael Bendis et Patrick Gleason


Allez savoir pourquoi, je croyais que Brian Michael Bendis reprenait Action Comics le mois prochain. La numérotation de la série historique de Superman reste inchangée et c'est donc le mille et unième épisode qui vient de sortir. Autant dire que le scénariste doit composer avec un énorme héritage. Il est accompagné dans cette mission par Patrick Gleason et en profite pour exploiter Clark Kent d'une manière différente mais pas sans rapport avec le titre Superman...


Lors d'une conférence de rédaction au "Daily Planet", la nouvelle reporter Robinson Goode annonce au rédacteur en chef Perry White qu'elle a appris qu'un adolescent a dénoncé Superman comme l'auteur des incendies qui ravagent la ville. Clark Kent, présent, décide de prendre les devants.


Superman rend visite à Melody Moore, la nouvelle chef des pompiers, pour nier cette accusation et parler à Darryl Conners, son délateur. Celui-ci avoue rapidement qu'un homme, chauve, l'a payé trois cent dollars pour raconter cette histoire.


Mais cela ne prouve pas l'innocence de Superman qui, comme le note Melody Moore, impressionne le gamin. Mais c'est précisément pour cela que celui qui l'a payé l'a choisi. De retour au "Daily Planet", Clark passe en revue ses ennemis chauves lorsque Trish Q., la responsable des potins, le questionne sur l'absence de Lois Lane et la rumeur selon laquelle elle aurait une aventure avec Superman.


Ailleurs, un certain Mr. Strong a réuni dans un endroit protégé, où Superman ne peut ni les voir ni les entendre, ses acolytes pour savoir lequel est l'auteur des incendies. L'un d'eux n'apprécie pas d'être soupçonné mais il est alors la proie des flammes.


Mr. Strong présente à ses partenaires sa nouvelle associée, Red Cloud. Elle les congédie tous en leur recommandant d'être discrets... Au "Daily Planet", le même soir, Trish Q. entame la rédaction d'un article sur l'infidélité supposée de Lois Lane...

La variant cover de David Mack. 

La variant cover de Francis Manapul.

Lorsqu'on a la charge de deux séries avec le même héros se pose la question pour le scénariste qui les écrit (et le lecteur qui les lit) de savoir comment les distinguer, leur donner à chacune une identité propre mais complémentaire avec l'autre. On a pu voir que Brian Michael Bendis écrivait Superman comme un titre à grand spectacle et des menaces d'envergure (Metropolis aspirée dans la Zone Négative). Qu'en est-il d'Action Comics ?

Il y a quelques années, le cinéaste Quentin Tarantino, jamais avare de théories spéculatives (plus ou moins inspirées) sur la pop culture, expliquait que pour lui Clark Kent était le vrai héros des aventures de Superman. Mieux : Clark Kent était le personnage dans lequel se cachait Superman, comme Batman était l'alter ego de Bruce Wayne. Kent était le masque de Superman.

Cette idée divise les fans, dont certains sont attachés à la dichotomie classique selon laquelle l'habit fait le moine et donc la cape le héros.

Pourtant, l'hypothèse de Tarantino est loin d'être idiote ou déplacée puisque Superman ne s'appelle par Clark Kent, mais Kal-El. Kent est donc un nom d'emprunt, le nom de famille de ses parents adoptifs terriens. Et l'habit de Superman est une tenue d'apparat de Krypton (tout comme le "S" sur sa poitrine n'est pas celui de Superman, mais un glyphe de sa planète natale). Donc, on peut tout à fait considérer que Clark Kent est effectivement le déguisement de Kal-El/Superman et le vrai héros.

Il semble que cela soit aussi le parti pris par Bendis : donner à Clark la vedette. En sa qualité de journaliste, quoi de plus logique alors que de développer Action Comics comme une journalist story, une sorte de detective story avec une enquête, au niveau de la rue ? A l'heure où Batman ne résout plus guère de crimes (même dans Detective Comics), faire de Clark Kent un enquêteur est original.

Dans la mini-série Man of Steel, deux intrigues occupaient le héros : le guerrier Rogol Zaar et une série d'incendies. Dans Superman, on va bientôt retrouver le premier puisqu'il a été envoyé dans la Zone Négative où a été attirée Metropolis. Dans Action Comics, Clark Kent mène l'investigation sur les incendies dont on accuse Superman.

En soi, suivre Superman sur les traces d'un pyromane n'a rien de passionnant, et d'ailleurs Melody Moore trouve que c'est une affaire un peu dérisoire pour un tel héros. Mais il lui répond qu'il en en va de Metropolis, la ville dont il est le gardien, et accessoirement de sa réputation (puisqu'il a été dénoncé comme l'incendiaire). En parallèle, Clark doit aussi subir la curiosité de Trish Q., une commère du "Daily Planet" résolue à savoir où est passée Lois Lane depuis son départ du journal et à qui la rumeur prête une aventure avec... Superman. La série est donc une plongée dans l'intimité de Superman, Clark Kent, Metropolis.

Patrick Gleason n'est pas dépaysé en dessinant cet épisode (même s'il ne va pas s'éterniser sur le titre car Ryan Sook et Yanick Paquette vont y participer à la rentrée) puisqu'il dessinait la série Superman quand Peter J. Tomasi l'écrivait, avant Bendis. Désormais, l'artiste se passe de l'encrage de Mick Gray et assume donc seul ses planches.

Lorsqu'on compare son travail actuel avec celui de ses débuts sur Green Lantern Corps parfois à la limite du lisible, le progrès est impressionnant. Il bénéficie aussi de la colorisation d'Alejandro Sanchez dont les effets de lumière et de textures sont très expressifs. Gleason dessine un Superman massif qui en impose naturellement, le genre de colosse qui en entrant dans une pièce rend tout ce qui l'entoure plus petit, avec son accroche-coeur iconique : ce look rétro reste d'une élégance indépassable, et avec le retour de son fameux slip rouge, c'est l'Homme d'Acier tel que je le préfère que je retrouve.

Lorsqu'il anime Clark, Gleason le dote d'une espèce de maladresse, un côté balourd, pataud, tout à fait remarquables, particulièrement dans la scène où Trish le harcèle et l'oblige à filer. Bendis abat vite ses cartes en montrant aussi la méchante incendiaire, Red Cloud, à laquelle le dessinateur donne une apparence spectaculaire et simple, très évocatrice. Le jeu consistera à savoir qui elle est - et le scénariste suggère que c'est une proche de Kent (Robinson Goode ? Trish Q. ? Melody Moore ? Voire Lois Lane ?).

En tout cas, il est évident qu'on le lit pas la même chose dans Action Comics que dans Superman, mais les deux programmes sont également réjouissants.  

mercredi 28 février 2018

SUPERMAN #10-11, de Peter J. Tomasi et Patrick Gleason


Je sais que ça va vous paraître curieux de découvrir une critique sur la série Superman, co-écrite par Peter Tomasi et Patrick Gleason, ce dernier en étant aussi un des dessinateurs, alors que le titre va bientôt (en Juin pour être exact) être relancé avec Brian Michael Bendis et Ivan Reis aux commandes. Qui plus est un article sur les épisodes 10-11... Mais je peux tout vous expliquer en vous disant que c'est pour préparer une entrée imminente sur le premier recueil de la série Super Sons, également écrite Par Tomasi et dessinée par Jorge Jimenez, et donc ces deux numéros constituent en quelque sorte le prologue (même si on peut les zapper). Maintenant, voyons comment Damian Wayne et Jonathan Kent se sont rencontrés pour la première fois avant de faire équipe dans leur propre mensuel... 


Robin, avec l'aide de Nobody, enlève Jonathan Clark dans son école à Hamilton et l'embarque jusqu'à la Bat-cave afin de l'examiner, craignant qu'il ne représente un danger car il ne maîtrise pas bien ses pouvoirs. Lorsque Batman découvre la situation, il n'a pas le temps de la réprouver que Superman surgit, furieux, et exige des explications.


Finalement, les deux héros reprennent leur calme et conviennent d'approfondir les tests médicaux entamés par Damian Wayne : ils découvrent ainsi que les pouvoirs de Jonathan sont à la mesure des émotions qu'il éprouve et, donc, qu'il lui faut apprendre à se contrôler.


Dans cette seconde partie de l'arc narratif In the name of the father, nous allons voir comment Superman et Batman vont s'employer à entraîner Jonathan Kent tout en donnant une leçon à Damian Wayne.


Pour réprimander son fils et évaluer Jon, mais aussi voir s'ils peuvent être partenaires, Batman avec la complicité de Superman a concocté aux deux garçons un parcours du combattant où leurs aptitudes et leur solidarité seront éprouvées.
  

En unissant leurs forces, ils s'en sortent avec succès et les deux garçons admettent eux-mêmes leur complémentarité. Alfred Pennyworth les baptise "Super Sons", ce dont s'enorgueillit Damian en s'attribuant tous les mérites... Jusqu'à ce que, agacé, Jon ne riposte ! C'est pas (encore tout à fait) gagné...

Je suis passé à côté du run du tandem Peter Tomasi-Patrick Gleason sur Superman, trop conquis par la reprise de Batman par Tom King et sa dream team d'artistes. Et je le regrette un peu, même si je ne peux pas tout lire, qu'il faut donc faire des choix, et que j'avais adoré la série Batman and Robin de cette équipe (durant l'ère des "New 52").

Mais récemment, après tourné autour un bon moment, j'ai découvert le spin-off, Super Sons, également écrit par Tomasi, et je suis tombé sous le charme de ce titre plein de pep's... Dont je viens d'apprendre qu'il serait annulé en Mai prochain au 16ème épisode !

Ce dernier est facilement accessible, il n'y a à vrai dire aucun besoin de lire cet arc de Superman pour être accroché et tout saisir. Mais disons que si on l'a lu auparavant, le plaisir en est accru. Il ne s'agit après tout que de deux numéros, divinement rédigés et superbement dessinés : pourquoi s'en priver ?

L'intrigue tient sur un ticket : Robin surveille, avec Nobody, sa partenaire occasionnelle, Jonathan Kent, le fils de Superman et Lois Lane, installés dans la bourgade d'Hamilton, et découvre qu'il a hérité des pouvoirs de son père mais sans bien les maîtriser. Comment toujours avec Damian Wayne, mieux vaut prévenir que guérir et il enlève donc le garçon pour lui infliger une batterie de tests qui déterminera sa dangerosité. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu, surtout quand leurs pères respectifs vont s'en mêler...

Mais qu'importe le prétexte et son peu d'épaisseur, car ces deux épisodes sont aussi une manière de démontrer que le statu quo "Rebirth" n'est pas un reboot mais bien un cycle de corrections par rapport à la période des "New 52" qui l'a précédé. Tout n'a pas été effacé et relancé, il s'agit plutôt de rééquilibrer certains éléments, de consolider certaines fondations, de redonner de la profondeur, d'aligner la perspective. Ainsi, le scénario multiplie les allusions à l'ère précédente (Damian évoque sa mort, puis l'entreprise de son père pour le sauver des griffes de Darkseid, sa résurrection ; Nobody renvoie aux huit premiers épisodes de Batman and Robin et à la mini-série -partiellement - écrite et dessinée par Gleason Robin, son of Batman, tout comme Goliath).

Pourtant Damian Wayne n'est pas une création de Tomasi mais de Grant Morrison, introduite lors de son long passage sur la série du Dark Knight. Mais le personnage a su traverser les années sans perdre de son piquant, devenant même le Robin de référence (depuis Dick Grayson, et devant Tim Drake ou Jason Todd) : doté d'un caractère de cochon, et d'un génie du combat quasi-égal à celui de Batman, c'est, il est vrai, un héros en or, capable de corser n'importe quelles histoire ou série.

Que pèse Jonathan Kent face à lui ? Au départ, pas grand-chose : le fils de Superman et Lois Lane est aussi bienveillant et charmant que son illustre daddy, et même s'il aurait envie d'utiliser davantage ses pouvoirs, il obéit aux recommandations de ses parents. Puis l'aventure dans laquelle il est embarqué le révèle comme un garçon plus dégourdi et malicieux qu'il n'y paraît, capable de rabattre son caquet à Damian. Il est plus attachant aussi, s'attirant la sympathie du lecteur par son humilité et son endurance. Enfin, on se réjouit quand il moque Robin en lui rappelant qu'il est plus grand, plus fort, plus puissant que lui... Et la mine affligée de Batman et Superman quand, à la fin, pensant que leurs rejetons vont former un duo aussi prometteur que le leur, vaut son pesant de cacahuètes.

Pour exprimer toutes ces émotions en donnant du souffle à deux épisodes riches en action, Gleason ne faillit pas et livre des planches merveilleuses, que l'encrage (majoritairement produit) par Mick Gray sublime. Familier des jeunes personnages, il les anime à la perfection en sachant les rendre expressifs sans verser dans l'outrance, et lorsqu'il passe aux scènes avec leurs pères, il souligne subtilement ce qui les distingue (la carrure plus massive et majestueuse de Superman, l'attitude professorale et agressive de Batman). Si bien qu'en fait, on jubile de voir en Damian et Jon aussi bien de jeunes super-héros en devenir que des quasi-mini-répliques de leurs paternels.

Cette sensibilité comique plus le brio graphique qui l'illustre fait de ce prologue officieux à Super Sons un amuse-bouche dont il serait bien dommage de se priver.