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vendredi 2 février 2024

la saison 5 de FARGO renoue avec les sommets de la série


Minnesota. 2019. Dorothy Lyon, femme de Wayne Lyon avec qui elle a eu une fille, Scotty, est enlevée par deux hommes, Ole Munch et Donald Ireland. Ils la déplacent dans l'Etat voisin du Dakota du Nord. Sa belle-mère qui la déteste, la richissime Lorraine Lyon, se tient malgré tout prête à payer une rançon mais aucune demande ne lui parvient. Lors d'un contrôle routier, Munch et Ireland abattent un policier tandis que Dorothy s'enfuit et trouve refuge comme l'autre agent, Whit Farr, dans une station service voisine. Dorothy réussit à tuer Ireland et blesser Munch mais disparaît avant l'arrivée des scours. De retour chez elle, elle raconte être simplement parti faire un tour pour se changer les idées.


Le commanditaire de cette opération est Roy Tillman, un shérif du Dakota du Nord, qui fut le premier mari de Dorothy. Bien qu'il se soit remarié depuis, il veut récupérer Dorothy qu'il considère comme sa propriété : il faut dire que ce conservateur très porté sur la religion respecte plus une lecture fondamentaliste de la Bible que la loi qu'il est censé servir comme le découvrent deux agents du F.B.I. désireux de le faire suspendre. Tillman fait par ailleurs une erreur en voulant se débarrasser de Munch, qui est un mercenaire complètement cinglé ne supportant pas qu'on ne le paie pas pour le boulot qu'on lui a confié.


Dans un premier temps, Dorothy s'attend à ce que Tillman, son fils et ses hommes de main reviennent la kidnapper et elle s'y prépare, en tâchant de tenir éloignés l'agent de police Indira Olmstead, sa belle-mère, l'avocat de celle-ci, sa fille et son mari. Mais quand il s'avère que Roy n'hésitera pas à s'en prendre à sa nouvelle famille, Dorothy décide de prendre les devants et de retourner dans le Dakota du Nord affronter son premier époux. Lequel a fort à faire pour empêcher son fils de vouloir éliminer Munch, le FBI de collecter des preuves compromettantes sur ses liens avec une milice d'extrême-droite et les manoeuvres de Lorraine Lyon pour saboter sa réélection...


Il s'est écoulé six ans entre la saison 3 de Fargo et cette cinquième. Entre temps, en 2020, la saison 4 est sorti dans une indifférence polie alors que l'attention était monopolisée par la pandémie de Covid. Noah Hawley, le showrunner de la série, n'a pourtant pas été inoccupé puisqu'il développait une série inspirée d'Alien, la franchise initiée par le film de Ridley Scott (qui va enfin voir le jour). Mais plus le temps passait, plus on doutait de revoir de nouveaux épisodes de Fargo et si c'était le cas, seraient-ils du même niveau que les précédents...


De ce côté-là, évacuons tout de suite tout suspense : cette saison 5 est aussi folle et virtuose que la 3, elle figure même en bonne place sur le podium à côté de cette dernière. Noah Hawley n'a rien perdu de son imagination débridée et de ses manies, à commencer par celle de nous faire croire qu'il s'agit d'une nouvelle histoire vraie qui serait déroulée en 2019 dans l'Etat du Minnesota. Hautement improbable pour le moins. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la dimension plus contemporaine au niveau sociétal de ces dix nouveaux épisodes.


L'épopée de Dorothy Lyon alias Nadine Bump embrasse en effet des thèmes qui résonnent avec l'actualité de ces dernières années, depuis la libération de la parole des femmes avec le mouvement #MeToo et la prise de conscience ayant accompagné les féminicides et les violences intra-familiales. Le tout est servi dans un écrin de fiction complètement échevelé, souvent très drôle, parfois poignant, toujours percutant. C'est tout Fargo.


Cette saison est divisée en deux parties assez distinctes où l'on voit d'abord Dorothy subir les événements : cette jeune mère de famille mariée à un fils de la haute bourgeoisie couvée par une mère riche et cassante a refait sa vie sous un faux nom empruntée à une victime de violences conjugales comme elle. Elle a fui il y a neuf ans le Dakota du Nord où elle avait épousé un shérif bigot, raciste et brutal qui l'avait d'abord accueilli pour plaire à sa femme avant d'éliminer celle-ci, préférant la jeunesse de Dorothy. Parce qu'elle a pris part à une bagarre lors d'une réunion parents-professeurs au collège de sa fille, Dorothy apparaît dans le fichier de la police et c'est ainsi que Roy Tillman découvre qu'elle est vivante et où elle a refait sa vie.


Enlevée par deux manches, dont un tueur frappadingue, Dorothy réussit à s'enfuir et tente d'enfumer sa belle-famille et la police sur sa mésaventure en racontant être seulement partie se changer les idées, trop stressée par ses responsabilités de mère et d'épouse. Evidemment, personne n'y croit, surtout pas une jeune flic et la belle-mère qui estime que Dorothy pourrait mettre en danger son fils et sa petite-fille. Tandis que Tillman père et fils se démènent pour coincer Munch, le tueur qu'ils ont refusé de payer tenter de liquider, Dorothy s'emploie à attendre leur nouvelle attaque. Puis décide de prendre le taureau par les cornes en allant affronter son ennemi sur son territoire.


Le second acte de cette pièce part alors totalement en vrille pour notre plus grand bonheur. Déjà qu'on s'est régalé durant cinq épisodes, rien ne peut nous préparer aux cinq suivants. Dans une bonne saison de Fargo, a fortiori une excellente saison, tout doit aller de mal en pis et pousser les potards dans le rouge. C'est ainsi qu'après un sixième chapitre où Dorothy n'apparaît presque pas que la série emprunte une voie secondaire qui va la mener à un climax digne de celui de Rio Bravo : pour l'héroïne, les choses vont prendre une tournure de plus en plus dangereuse et poignante - d'ailleurs, lors du générique de fin, à partir de là, la production incite les femmes concernées ou leurs proches à appeler un n° de téléphone gratuit s'ils sont victimes ou témoins de violences intra-familiales. Et effectivement, fini de rire quand on assiste à la séquestration de Dorothy dans une cabane et le traitement que lui inflige Roy...
   

Malgré tout, Noah Hawley se refuse à verser dans la série-dossier : le scénariste nous réserve son lot de moments épiques et se révèle toujours aussi magistral dans sa manière de faire converger toutes les lignes narratives, tous ses personnages, jusqu'à la dernière scène du dernier épisode en forme de rédemption pour le plus fou de l'asile. Mais il n'empêche, Fargo saison 5 porte un message absent des précédentes, un manifeste féministe d'autant plus remarquable et jubilatoire qu'il ne fait pas de Dorothy une simple victime mais une femme à la résilience extraordinaire, une battante pugnace, une tigresse d'autant plus réactive qu'elle est acculée. Et ce n'est pas la seule puisque l'agent Indira Olmstead ou Lorraine Lyon sont également des figures mémorables face auxquels les hommes ne tiennent pas le choc.
 

L'interprétation est d'ailleurs sensationnelle : Jennifer Jason Leigh (même avec un visage hélas ! tristement botoxé) est impériale en belle-mère impitoyable et c'est un plaisir de retrouver Richa Moorjani (la cousine de Mitrayi Ramakrishnan dans Mes Premières Fois) dans l'uniforme de l'agent Olmstead, flic qui se lâche au fur et à mesure de l'histoire. Jon Hamm campe un salopard de la pire espèce sans cherche à trouver des excuses à son personnage de shérif : il est glaçant de violence et résume cette Amérique trumpiste qui défie le système sans se rendre compte de sa propre chute. Joe Keery est également impeccable en fils à papa d'une idiotie de compétition. Et que dire de l'ahurissante composition de Sam Spruell en psychopathe illuminé !

Mais évidemment celle qui fait parler la poudre, c'est Juno Temple : à peine quelques mois après la fin de Ted Lasso, la comédienne britannique revient en force et joue une partition particulièrement corsée avec un talent d'orfèvre. Elle est hilarante, courageuse, ingénieuse, émouvante : vous pouvez déjà prendre les paris, si elle n'est pas nommée aux Emmy l'an prochain je n'y comprends plus rien !

Bon, maintenant, il faut que je rattrape mon retard en visionnant la saison 4 de Fargo...

lundi 15 janvier 2024

UN MEURTRE AU BOUT DU MONDE marque le retour des créateurs de The OA

Ce qui suit ne contient pas de spoilers !


Darby Hart, une jeune hackeuse, est invitée par le milliardaire Andy Ronson à une retraite en Islande après la parution de son livre où elle revient sur l'enquête qu'elle a menée six ans auparavant pour débusquer un tueur en série en compagnie de Bill Farrah, devenu depuis un artiste contemporain sous le nom de "Fangs". Dans le jet privé qui l'emmène à l'hôtel luxueux de Ronson, Darby fait la connaissance des autres invités : un cinéaste, une astronaute, un roboticien, un ancien prisonnier politique écologiste, un homme d'affaires, une poétesse, une urbaniste futuriste...


A leur arrivée, ils découvrent les installations high-tech de l'endroit où ils vont séjourner pendant une semaine, loin de tout. Darby espère rencontrer la femme de Ronson, Lee Andersen, une ancienne hackeuse comme elle, et désormais mère de Zoomer, le fils d'Andy. Le soir venu, ils s'attablent pour un dîner et découvrent le but de cette réunion : imaginer des solutions pour l'avenir qui s'annonce sombre à cause du désastre environnemental. Surprise : Bill "Fangs" Farrah se joint aux invités !


Après le repas, Darby va frapper à la porte de son ami mais entend à l'intérieur de la chambre des bruits curieux. Elle sort de l'hôtel et assiste à l'agonie de Bill. Sian Cruise, l'astronaute, déclare peur après son décès par overdose et le lendemain une ambulance vient prendre le corps. Darby, cependant, ne croit pas à cette version des faits et suspecte un meurtre. La seule qui la soutient, discrètement, est Lee dont la jeune femme découvre qu'elle a eu une liaison avec Bill qui est le père biologique de Zoomer...
 

Et si Lee aide Darby à enquêter sans que Andy ne s'en aperçoive (mais cela lui échappe-t-il pour autant ?), c'est parce qu'elle prévoyait de quitter son mari, réclamant la garde exclusive de son fils. De quoi en faire le principal suspect du meurtre... Jusqu'à ce qu'un autre invité succombe à une crise cardiaque après que Darby l'ait surpris en train d'envoyer des messages lumineux en morse au loin et n'apprenne son amitié avec Bill...


Les investigations de Darby vont l'amener à s'allier à Sian Cruise avant qu'à son tour, celle-ci ne soit providentiellement éliminée... Comme elle l'avait fait six ans avant, Darby persévère dans son enquête jusqu'à l'obsession, au mépris du danger. La vérité sur ces meurtres confondra un assassin inattendu...
 

En 2019, Netflix annonçait ne pas renouveler pour une troisième saison la série The OA, créée, écrite et réalisée par Brit Marling et Zal Batmanglij, qui avait prévu une histoire en cinq actes. Un vrai crève-coeur pour les fans dont je faisais partie et que je considérai comme le show le plus insensé produit depuis le début des années 2000.

Alors quand Disney a révélé produire pour la chaine FX la nouvelle série du tandem Marling-Batmanglij, évidemment, ce fut avec impatience que je me mis à attendre la mise en ligne de A Murder at the End of the World (soit "Un meurtre à la Fin du Monde", qui traduit littéralement est beaucoup plus signifiant que "au bout du monde") fin 2023.
 

Ce qui frappe d'entrée de jeu, c'est le dispositif classique de la série : il s'agit d'un whodunnit ?, un format policier remis au goût du jour par Rian Johnson via ses deux films pour Netflix, Knives Out, et sa série Poker Face sur Peacock (et en France sur MyTF1 désormais). Une succession de meurtres a lieu dans un espace-temps limité et un détective (amateur ou non) se met en quête du coupable, à ses risques et périls. On est donc loin (a priori) en termes d'écriture et d'audaces narratives, de The OA. Mais ça ne veut pas dire que Marling et Batmanglij ont choisi la facilité et ne livre pas un show renversant.

D'abord, on note que, comme dans The OA, le récit se déroule sur deux époques : au temps présent, on suit donc Darby Hart, jeune hackeuse britannique, dans cette retraite en Islande où elle se demande pourquoi Andy Ronson, un milliardaire de la tech, l'a invitée (à moins que ce ne soit son épouse, Lee, elle-même ancienne pirate informatique), au milieu de sommités dans leur domaine (une astronaute, une urbaniste, un roboticien, etc.). Dans le passé, six ans auparavant, on suit Darby, à peine sortie de l'adolescence, assistant son père médecin-légiste sur des scènes de crime horribles, et passionnée par les "cold cases", échangeant sur Internet avec Bill Farrah, lui aussi féru d'affaires  non élucidées, sur un sérial killer obsédé par les bijoux en argent.


A partir de là, on croit, naïvement, que les deux histoires vont se répondre et peut-être même converger (par exemple en intégrant le sérial killer du passé parmi les invités de Ronson). Mais ce serait trop simple et pour tout dire convenu. Non, en vérité, ce qui s'est passé il y a six ans a bien un impact sur le présent dans la mesure où les investigations menées par Darby et Bill ont eu raison de leur couple mais surtout sur Darby qui va être à nouveau plongée dans une affaire d'homicide et se laisser déborder par ses obsessions.

Ce traumatisme fondateur rappelle aussi celui de Prairie, l'héroïne de The OA, prise en otage par un savant fou qu'elle a réussi à fuir sans pour autant oublier les autres cobayes qu'il détenait. Mais Marling et Batmanglij ont inversé les cadres : la captivité de Prairie avait lieu dans le passé et dans une maison isolée tandis que son présent se déroulait dans une ville de province alors qu'ici Darby a passé sa jeunesse dans le Midwest et se retrouve six ans plus tard coupée du monde au fin fond de l'Islande, dans un hôtel pris au piège dans un tempête de neige. Mêmes motifs mais inversés.

En revanche, la dimension fantastique qui existait dans The OA a été gommée de Un Meurtre au Bout du Monde. On peut interpréter ça de bien des façons mais les auteurs ne se sont pas épanchés en explications. Peut-être ont-ils préféré revenir avec un produit plus carré, moins vertigineux, pour rassurer une major comme Disney (quand bien même la série est diffusée sur FX, une chaîne plus modeste donc plus susceptible d'héberger une série moins conventionnelle).

Néanmoins, encore une fois, ne pas croire que la relative banalité du format revient à faire une série convenue. Ici, Marling et Batmanglij ont certes délaissé le fantastique mais ont investi la technologie, le futurisme. Si, avant de suivre les sept épisodes du show, vous étiez encore optimiste sur l'Intelligence Artificielle, après ce ne sera plus le cas. Cette avancée révolutionnera sans doute favorablement certains champs, mais elle aboutit à une dérive et, dans la série, à une menace glaçante. Sans rien déflorer du coupable et de ses motivations, on peut dire que l'outil que représente l'AI est comme tous les instruments : mal ouvragé, mal réfléchi, il devient tout le contraire d'un bénéfice pour son créateur et utilisateur.

La clé du mystère se loge dans une page du livre qu'a tiré Darby de l'aventure partagée dans le passé avec Bill Farrah qui pensait la figure du tueur en série comme un programme défaillant. Cette indication d'abord cryptique oriente le dénouement de manière dramatique et très originale et le coupable se révélera dans un twist tragique. C'est certes moins vertigineux que The OA (mais comment pourrait-il en être autrement ?), pas moins bouleversant.

La galerie des personnages permet une fois encore d'apprécier l'écriture ciselée de Marling et Batmanglij, qui réussissent à camper des individus variés, originaux, ayant tous une personnalité unique, marquée. Vous aurez rarement l'occasion de savourer une distribution d'ensemble aussi riche, en identifiant rapidement qui est qui alors que les épisodes continuent d'entretenir un suspense tendu. 

La réalisation, partagée en les deux créateurs (qui se relaient d'un épisode à l'autre), fait preuve d'une cohérence esthétique époustouflante, exploitant les décors magistralement. Qu'on soit sur la route avec Darby et Bill dans le passé ou dans cet hôtel, version moderne de l'Overlook Hotel de The Shining, avec sa forme sphérique, comme une boucle spatio-temporelle, véritable bocal dans lequel s'agitent impuissants les protagonistes, l'expérience est immersive. Et lorsque les personnages sortent pour s'aventurer, à l'occasion d'une randonnée, d'une filature, d'une investigation clandestine, dans la blancheur immaculée et inhospitalière de l'Islande, la fascination et l'effroi se disputent notre attention.

Brit Marling s'est réservée un rôle mais secondaire en incarnant Lee Andersen à laquelle elle prête son côté éthérée, forte et fragile à la fois. Clive Owen joue Andy Ronson avec un mélange de froideur et de rage éruptive tout à fait spectaculaire. Alice Braga se distingue aussi dans la peau de l'astronaute Sian Cruise tandis que Harris Dickinson interprète parfaitement Bill comme s'il avait traversé les années intact.

Pour être Darby, leur héroïne, les auteurs ont misé sur l'excellente Emma Corrin. Depuis qu'on l'a découverte en Diana Spencer dans The Crown (saison 4), la comédienne anglaise choisit méticuleusement ses projets en veillant à ne pas s'enfermer dans une partition mais en privilégiant les rôles forts. Ainsi, était-elle remarquable dans L'Amant de Lady Chatterley en 2022, et elle l'est encore ici dans la peau de cette hackeuse qui mène l'enquête dans un contexte particulièrement périlleux - au point qu'on se demande si, au début, elle ne se raconte pas une histoire, peut-être par pulsion morbide...

Emma Corrin s'est ouverte récemment sur la possibilité d'une saison 2 d'Un Meutre au bout du monde, même si, de leur côté, Brit Marling et Zal Batmanglij n'ont pas renoncé à finir The OA en convainquant un nouveau producteur-diffuseur. Quoiqu'il en soit, on sera heureux de retrouver les uns et les autres (même si j'avoue que la complétion de The OA serait un cadeau idéal). Ce qui est certain, c'est que je continuerai à suivre de près Emma Corrin et le prochain effort du duo Marling-Batmanglij.

mardi 21 août 2018

FARGO (Saison 1) (FX)


Alors que la production de la saison 4 va commencer (pour une diffusion l'an prochain), je me suis enfin résolu à regarder les dix premiers épisodes de Fargo, datant de 2014. Je ne sais pas pourquoi j'ai tant attendu, mais maintenant je crois que je redoutais que ce soit moins bon. Et c'est effectivement le cas, le showrunner Noah Hawley accouchant d'une intrigue vraiment trop tirée par les cheveux et parfois menant à des impasses...

Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)

Minnesota. 2006. Lorne Malvo est un tueur à gages transportant dans le coffre d'une voiture volée un homme qu'il a enlevé, lorsqu'il percute un cerf et perd le contrôle de son véhicule. Légèrement blessé au front, Malvo observe son otage s'enfuir, nu, dans la plaine enneigé sans chercher à le stopper. Non loin de là, dans la bourgade de Bemidji, Malvo fait connaissance avec Lester Nygaard, un agent d'assurances, qui a le nez cassé après une altercation avec Sam Hess, qui le martyrise depuis l'enfance, dans la salle d'attente de l'hôpital. En engageant la conversation, Malvo propose à Lester d'éliminer Hess pour lui mais Lester est appelé par une infirmière. Le shérif Vern Thurman et son adjointe Molly Solverson enquêtent sur la découverte du cadavre de l'otage de Malvo, mort de froid, tandis que la brigade scientifique inspecte la voiture abandonnée. Malvo, sorti des urgences, se rend à l'entreprise de Hess et apprend qu'il est dans un strip-club. Il le trouve en compagnie d'une prostituée et le tue sans être vu. Humilié par sa femme à propos de son nez cassé et de son échec à réparer leur machine à laver, Lester perd ses nerfs et la tue. Le shérif arrive alors et surprend Lester maculé de sang. Comme il le met en joue, Malvo tue Thurman avec un fusilde chasse et disparaît. Lester descend à la buanderie et s'assomme littéralement pour faire croire à l'adjointe Molly qu'il n'est pas l'auteur des deux meurtres.   

Stravos Milos (Oliver Platt)

Deux tueurs en provenance de Fargo, Mr. Numbers et Mr. Wrench, arrivent à Bemidji pour trouver l'assassin de Sam Hess, qui était en affaires avec leur patron, un cadre de la pègre. Bill Oswalt remplace Thurman au poste de shérif mais, ami d'enfance de Lester, il refuse de croire comme Molly qu'il ment au sujet des meurtres commis chez lui et de l'assassinat de Hess, dont une infirmière l'a entendu parler avec un inconnu dans la salle d'attente de l'hôpital. Pendant ce temps, dans la ville voisine de Duluth, Malvo accepte de retrouver le maître-chanteur qui réclame de l'argent à Stravos Milos, propriétaire d'un supermarché. Peu après, Malvo est arrêté par l'agent de police Gus Grimly pour excès de vitesse mais repart après l'avoir menacé de mort.  

Lester Nygaard (Martin Freeman

Molly apprend que l'homme mort de froid a été enlevé deux jours auparavant sur son lieu de travail et grâce à une caméra de surveillanc elle obtient un cliché de son ravisseur. Lester reprend son travail et est chargé de régler le dossier d'assurance de la veuve Hess, Gina. Les deux tueurs de Farfo la surveillent et repérent Lester qu'ils suivent ensuite. Molly, à l'agence de Nygaard, lui montre la photo du ravisseur mais il il jure ne pas le reconnaître alors que l'infirmière de l'hôpital a confirmé qu'il lui a parlé dans la salle d'attente.. Pendant ce temps, Malvo confond facilement le maître-chanteur de Milos en questionnant sa femme et son coach - celui-ci utilise de la crème auto-bronzante comme celle qui tâche le verso de la feuille de demande de rançon. Mais plutôt que le tuer, Malvo le convainc de s'associer.

Gus Grimly (Colin Hanks)

Molly se rend à Duluth après avoir été contacté par Gus Grimly qui a entendu parler des meurtres de Bemidji et pense avoir laissé filer le tueur en n'ayant pas arrêté Malvo l'autre soir. Il confirme que c'est bien son homme en l'identifiant sur la photo que lui montre Solverson. Cependant, les deux tueurs de Fargo kidnappent Lester pour savoir s'il est l'assassin de Hess mais il réussit à leur échapper. Frappant un agent en patrouille, il se fait enfermer dans une cellule du poste de police de Bemidji où les deux tueurs ne tardent pas à le rejoindre après avoir fait exprès de se faire arrêter en se battant dans un bar. Molly découvre en détaillant la liste des appels téléphoniques passés par Lester le soir de la mort de sa femme et de Thurman qu'il a contacté le client d'un hôtel, Lorne Malvo. De retour au poste, elle apprend par Bill Oswalt que Lester est en cellule.

Mr. Numbers, Lester et Mr. Wrench (Adam Goldberg, Martin Freeman et Russell Harvard)

Lester dénonce Malvo aux tueurs de Fargo juste avant que Bill Oswalt et Molly ne viennent le chercher, mal en point. Il est conduit à l'hôpital avec une forte fièvre. Les deux tueurs sont relâchés peu après. Malvo tente de soutirer anonymement plus d'argent à Milos qui décide de payer sous la menace et parce qu'il culpabilise sur l'origine de sa fortune. Molly patiente à l'hôpital où le docteur qui a pris en charge Lester lui révèle qu'il a trouvé dans la main de dernier un plomb de chevrotine ayant causé une infection - Solverson comprend que ce plomb provient du fusil qui a tué Thurman. Au lieu de déposer la somme réclamée par Malvo à l'endroit convenu, Milos la cache où il avait vingt ans plus tôt trouvé une mallette pleine d'argent, sous la neige en bord de route. Malvo, ne voyant pas Milos, rentre à Bemidji tandis qu'une tempête de neige s'annonce. 

Chaz Nygaard (Joshua Cole)

Les deux tueurs de Fargo sortent à leur tour du poste de police et reconnaissent Malvo dans sa voiture qui rentre à Bemidji. La tempête de neige s'intensifie. Lester se réveille à l'hôpital et en sort. Il rentre chez lui, prend le marteau avec lequel il a tué sa femme et des photos d'elle en petite tenue, puis va chez son frère cadet, Chaz, qui l'a toujours méprisé et y cache l'arme du crime et les clichés, puis cache un revolver dans le sac à dos de son neveu. Puis il rentre à l'hôpital ni vu ni connu. Gus donne rendez-vous à Molly au bar-restaurant que tient le père de cette dernière lorsqu'ils sont alertés par des détonations dehors. Les deux tueurs de Fargo poursuivent Malvo mais progressent à l'aveugle dans un épais brouillard neigeux. Malvo tue Mr. Numbers qui lui livre le nom de son patron. Molly blesse Mr. Wrench. Et Gus tire accidentellement sur Molly après avoir trouvé le corps de Numbers.

Lester et Gina Hess (Martin Freeman et Kate Walsh)

Malvo se rend à Fargo et pénètre incognito dans l'immeuble qui sert de repaire à la pègre locale pour y commettre un massacre contre les associés de Hess. Deux agents du F.B.I., Budge et Pepper, en planque à cet endroit, assistent à la scène impuissants. Après avoir trouvé le revolver dans le sac à dos du neveu de Lester, son école appelle Bill Oswalt qui se rend chez les parents. Une perquisition permet à la police de trouver dans les affaires de Chaz Nygaard le marteau et les photos de la femme de son frère. A l'hôpital, Lester reçoit son bon de sortie tandis que Molly se remet en compagnie de Gus à son chevet. Bill vient les informer de l'arrestation de Chaz pour le meurtre de la femme de Lester et de Thurman. De retour au travail, Lester reçoit la visite de Gina Hess, furieuse d'apprendre qu'elle ne touchera aucune indemnité, mais il lui explique que c'est la faute de Sam qui ne payait plus ses cotisations. Linda, la collègue de Lester, est impressionné par la manière dont il a réglé ce contentieux. 

Lester et le shérif Bill Oswalt (Martin Freeman et Bob Odenkirk)

Lester répond à la convocation de Bill au poste de police au sujet de son frère et il en profite pour le charger en racontant qu'il avait découvert qu'il avait une liaison avec sa défunte femme puis avait surpris une dispute entre eux, conclue par le meurtre de cette dernière. Lester a d'abord voulu couvrir son frère mais ensuite il explique que celui-ci a tué Thurman. Chaz va donc être inculpé pour les deux meurtres et son frère ne sera plus inquiété. Les agents Pepper et Budge sont sanctionnés pour le massacre de Fargo et rétrogradés aux archives du F.B.I.. Mais ils commencent alors à chercher des infos concernant le tueur dont ils ont obtenu une photo grâce à une caméra de surveillance de l'immeuble où a eu lieu la tuerie. 

Le shérif adjoint Molly Solverson (Allison Tolman)

2007. Un an s'est écoulé et bien des choses ont changé. Molly est enceinte de Gus avec qui elle vit mais qui a quitté la police pour devenir facteur. Lester s'est remarié avec Linda et reçoit à Las Vegas le prix du meilleur agent d'assurances de l'année. Après la cérémonie, tandis que Linda va se coucher, il s'offre un dernier verre au bar de l'hôtel. Et il reconnaît à quelques tables du comptoir Malvo, malgré ses cheveux décolorés, en train de discuter avec un couple. Pour en avoir le coeur net, il l'aborde mais Malvo fait comme s'il ignorait qui il est et s'éloigne avec le couple. Lester hésite puis se glisse dans l'ascenseur qu'ils prennent. Malvo, agacé, abat alors le couple et ordonne à Lester de l'aider à se débarrasser des deux corps. Mais il préfère s'enfuir et réveiller Linda pour rentrer aussitôt à Bemidji. Toujours consignés aux archives, les agents Pepper et Budge apprennent par un collègue le double meurtre de Las Vegas et comparent la photo du suspect prise par une caméra de surveillance et celle qu'ils ont gardée du massacre de Fargo : c'est le même homme. Mieux : c'est aussi celui signalé il y a un an dans des homicides commis à Bemidji. 

Lester, les agents Pepper et Budge, Molly et Bob
(Martin Freeman, Jordan Peele, Keegan-Michael Key, Allison Tolman et Bob Odenkirk)

Pepper et Budge rencontrent Molly et tous les trois prouvent à Bill que c'est le même homme qui est mêlé aux meurtres de Fargo, Las Vegas et Bemidji. Lester annonce à Linda qu'il l'emmène en lune de miel à Acapulco dès ce soir. Elle boucle leurs bagages puis ils passent à l'agence pour qu'elle prenne de l'argent et leurs passeports. Lester voit alors Malvo abattre la jeune femme et comprendre qu'il s'est trompé en croyant le tuer. Lester passe un coup de fil anonyme pour prévenir la police puis va au bar-restaurant du père de Molly. Peu après, il reçoit un appel le prévenant de la mort de Linda. Au poste de police en présence de Budge, Pepper et Bill, Molly cherche à l'intimider en lui expliquant que le tueur de Bemidji, Fargo et Las Vegas est à ses trousses. Il est reconduit chez lui, escorté par les deux agents du FBI. Ayant appris par son beau-père que Malvo est de retour, Gus part rejoindre Molly au poste et, en route, croise la voiture de Lester, celle des agents du FBI et celle de Malvo. Il repère une cabane et s'y arrête puis y entre avant de découvrir des armes de Malvo. Ce dernier tue Pepper et Budge qui montaient la garde devant chez Lester puis affronte ce dernier qui le blesse à une jambe et le force à battre en retraite. De retour à sa cabane, Malvo est abattu par Gus qui prévient Molly. Deux semaines plus tard, Lester est retrouvé par la police mais il fuit en direction d'un lac gelé. La glace rompt sous son poids et il se noie.

En ayant regardé les trois premières saisons de Fargo à rebours, en commençant par la dernière (et la plus réussie), j'ai pu apprécier la progression constante de l'écriture des histoires tordues concoctées par Noah Hawley inspirées par le film de Joel et Ethan Coen.

Arrivé au début de l'aventure, le constat se confirme : la série est partie correctement pour atteindre des sommets, mais l'écart qualitatif entre les saisons 1 et 3 souligne à la fois la maîtrise du scénariste aujourd'hui et ses débuts besogneux.

Qu'on ne s'y trompe pas : Fargo an 1 est loin d'être mauvais, mais il le doit essentiellement à ce qui a toujours fait sa force, c'est-à-dire son prodigieux casting. Ici, on trouve déjà des pointures comme Bob Odenkirk (Breaking bad/Better call Saul), Kate Walsh (Grey's anatomy/Private practice) et Martin Freeman (Sherlock), tous trois parfaits dans les rôles d'un shérif idiot, d'une veuve joyeuse et d'un brave couillon à la perversité en sommeil. Toutefois, c'est Billy Bob Thornton (Un faux mouvement, Bad Santa) qui domine l'ensemble : coiffé d'un invraisemblable toupet, il est irrésistible en tueur implacable, impassible et susceptible.

Mais sorti de ça, l'intrigue est trop brouillonne et capillotractée pour convaincre et distraire. Hawley est bien connu pour son génie certain à inventer des récits à tiroirs, mais là il en abuse au point d'aller parfois tout droit dans des impasses. 

L'exemple le plus frappant concerne l'histoire secondaire avec le chantage dont fait l'objet Stravos Milos (joué par Oliver Platt). Le maître-chanteur est vite identifié par Lorne Malvo, le tueur campé par Thornton, mais la suite est piètrement développée. Finalement, la rançon ne sera jamais versée, le maître-chanteur est liquidé au terme de rebondissements inracontables, et Malvo qui avait pris la relève pour vider les poches du riche "roi des supermarchés" s'en retourne à ses basses oeuvres comme si lui aussi s'était rendu compte que ça ne rimait à rien.

Hawley n'échappe pas non plus à un comique de répétitions plus lassant que drôle en faisant de Lester la proie de Molly Solverson (incarnée par Allison Tolman, qui ne réussit jamais à faire oublier le personnage de flic pleine de bon sens qu'était Gloria Burgle dans la saison 3, génialement jouée par Carrie Coon) et qui tente à plusieurs reprises de le confondre (chez lui, sur son lieu de travail, au poste de police). Aussi mollassonne que têtue, l'adjointe du shérif semble ne jamais savoir sur quel pied danser, refusant de brusquer ce coupable évident sans jamais braver le règlement ou dire ses quatre vérités à son supérieur, un parfait abruti conscient qu'il ne doit sa place qu'à son ancienneté.

Quant à la romance entre Gus Grimly et Molly, elle est menée trop prévisiblement dès le début pour satisfaire. Le couple Allison Tolman-Colin Hanks (fils de Tom) manque cruellement de charisme au point qu'on se fiche un peu d'eux au lieu de trembler pour eux. Malvo n'a pas de mal à à avoir toujours un coup d'avance sur ces pieds-tendres. Et c'est delà que surgit le malaise...

En effet, la série Fargo, comme le film dont elle s'inspire, a pour héros de gentils ploucs et de méchants culs-terreux. Souvent un corps étranger et citadin s'immisce entre eux et déséquilibre leurs rapports et bien entendu, c'est cet élément importé qui est le plus malin, le plus vicieux, le plus dangereux. Dans les saisons suivantes, la conduite du récit épargne les innocents campagnards du sarcasme. Ici, Hawley les couve d'un regard plus hautain, condescendant, voire dédaigneux, qui devient gênant, non pas moralement (le grand méchant loup, Malvo, sera dûment châtié) mais humainement. Il les observe et les filme comme des ploucs pugnaces mais aussi chanceux. 

On espère presque à la fin qu'une dose de malice relève un peu le plat mais même Lester connaît une fin minable, qui achève de faire de cette saison 1 la plus faible de la collection, la plus ennuyeuse, la plus tarabiscotée. On retiendra davantage la présence du tueur sourd et muet qui figure également dans la saison 3.

Bref, c'est une déception et il est inutile de s'y attarder. Depuis, Fargo est devenue bien meilleure et j'attends avec impatience sa saison 4, avec Chris Rock dans le premier rôle pour une histoire que Noah Hawley aurait imaginée en relisant la saga du Quatrième Monde de Jack Kirby !   

mercredi 16 août 2017

LEGION (Saison 1) (FX / Marvel Studios)


Comme si ça ne lui suffisait pas d'être aux manettes de la géniale série anthologie Fargo (Il faudra quand même que je pense à regarder la saison 1 un de ces jours), Noah Hawley a convaincu la chaîne FX dans le cadre d'un partenariat avec Marvel Studios de piloter Legion.

Bienvenue dans le grand huit mental le plus ahurissant que la télé américaine propose, conduit par ce prodigieux showrunner.
 David Haller (Dave Stevens)

David Haller est interné dans une clinique psychiatrique car on l'a diagnostiqué schizophrène. Son mal paraît profond quand on considère le traitement médicamenteux que les médecins lui prescrivent en plus d'une thérapie comportementale qui doit situer l'origine de ses troubles.  
Syd Barrett (Rachel Keller)

Dans l'établissement où il réside, d'autres choses bizarres se produisent et perturbent David, malgré le soin déployé pour l'assommer : pourquoi limite-t-on ses contacts avec d'autres internés, comme la belle Sydney dont il est amoureux, alors qu'il subit les railleries de Lenny Busker ? Pourquoi sa soeur se comporte si étrangement, tour à tour froide et chaleureuse, l'accusant d'avoir détruit leur famille et culpabilisant de le laisser là ?  
Amy Haller (Katie Aselton)

Et surtout pourquoi le soumet-on, sous garde armée, à des interrogatoires en suggérant qu'il aurait des pouvoirs mentaux immenses et dévastateurs, prêt à tout ravager s'il perd le contrôle de lui-même ? Totalement perdu, il ne sait comment réagir quand un petit commando attaque l'asile pour le libérer après qu'il se soit une ultime fois rebellé contre ses geôliers. 
Cary Loudermik (Bill Irwin)

Conduit dans le repaire de ses nouveaux amis, qui sont ceux de Sydney, David fait la connaissance de la patronne de ce groupe : Melanie Bird. Elle lui révèle qu'il ne souffre pas de schizophrénie mais qu'il est un mutant prodigieusement puissant dont le gouvernement et l'armée veulent faire une arme pour éliminer ses semblables. 
Kerry Loudermik (Amber Midhunter)

Et ses pareils sont les membres du commando : il y a Cary, un laborantin, et Kerry, son double féminin (mais plus jeune), combattante hors pair ; Ptonomy, un artiste de la mémoire, et Syd Barrett, qui évite en vérité tout contact physique car elle peut absorber les pouvoirs et la personnalité de ceux qu'elle touche.  
Ptonomy Wallace (Jeremie Harris)

Accordant, bon gré mal gré, sa confiance à Melanie, David devient l'objet d'études menées par Ptnomy et Cary pour déterminer l'origine de ses troubles mentaux, qui dérèglent violemment ses pouvoirs. Syd le soutient dans ces nouvelles épreuves introspectives où ils découvrent qu'un parasite psychique s'est établi dans les pensées du jeune homme pour, à terme, prendre son contrôle.  
Melanie Bird (Jean Smart)

Cette entité réside en lui depuis son enfance, lorsqu'il a été confié par son père, un puissant télépathe, à une famille d'accueil pour le protéger, et s'appelle Amahl Farouk alias "le Roi d'Ombre". Lorsqu'il apparaît à David - et ceux qu'il embarque dans ses explorations intérieures - , le monstre revêt l'aspect d'une créature difforme effrayante ou d'une jeune femme brune, familière de David : Lenny Busker !
Lenny Busker (Audrey Plaza)

David et ses amis réussiront-ils à neutraliser ce parasite redoutable avant que la Division 3, qui assurait sa surveillance à l'asile, ne les retrouvent et ne les capturent, pour, selon leur dangerosité, les utiliser ou les supprimer ?

Pour vous parler de Legion, et de l'expérience que cela a représenté pour moi, un flash-back s'impose : j'avais regardé le premier épisode il y a quelque temps et ne l'avais guère apprécié. Non pas qu'il était dénué de qualités, mais j'en étais sorti essoré. La métaphore du grand huit s'imposait avec ce maelström d'images à la narration éclatée, au héros sévèrement détraqué, à l'intrigue tortueuse. Je n'étais pas du tout préparé à ça. Et, qui plus est, je venais d'être déjà bien secoué par une autre série, le chef d'oeuvre The OA, dont le format, l'histoire, l'interprétation, l'ambiance me semblaient indépassables (et ça reste le cas). Compte tenu de tout cela, j'avais eu l'impression de tomber sur Legion comme si son showrunner (dont je ne connaissais pas encore le travail sur Fargo) avait voulu challenger The OA - geste fou, vaniteux !

Moins loin de nous, récemment, je surfe sur Facebook et apprend dans un article en ligne du magazine "Première" que le boss de FX s'inquiète que Noah Hawley ne lui ait toujours pas livré de scripts pour une saison 4 de Fargo et 2 de Legion (depuis, il semble que ce ne soit plus le cas, l'auteur ayant lui-même rectifié l'info en précisant simplement que ces deux productions réclamaient un investissement profond - je cite, de mémoire : "on n'écrit pas Legion en se levant le matin et en se disant :"allez, au boulot !" Non, c'est quelque chose pour lequel il faut être prêt à s'enfermer dans une cabane au fond des bois avec des champignons et sans distraction.").

J'ai donc décidé de retenter le coup, en reprenant à l'épisode 2 (craignant que revoir le "pilote" ne me décourage à nouveau tout en en ayant gardé un souvenir assez vif, notamment son dénouement avec l'évasion de David et sa fuite avec le gang de Melanie Bird). Je ne regrette pas cet effort : ces trois derniers jours, j'ai dévoré les 7 épisodes complétant cette première éblouissante, ébouriffante saison.

Résumer le déroulement de l'action de Legion ne rend pas justice à ce qu'on ressent en suivant ses chapitres car la production est extraordinaire. J'ignore de quel genre de champignons parle Hawley quand il évoque sa retraite dans une cabane au fond des bois pour écrire, mais je soupçonne une espèce de végétaux aux vertus ambiguës quand on mesure les effets qu'ils ont sur l'auteur. Mais David Haller était déjà une création extrême avant d'être la star de ce show : ses vrais parents sont le scénariste historique de la franchise X-Men, Chris Claremont, et le dessinateur-peintre le plus hallucinant des comics US, Bill Sienkiewicz.

Du personnage initial, Hawley a su à la fois garder l'essence tout en se l'appropriant, en les réinterprétant. La co-production de la série par les studios Marvel la rattache aux X-Men, mais ne comptez pas y croiser les mutants célèbres du grand écran comme Wolverine, Magneto ou le Pr. Xavier (même si une rumeur persistante annonce la présence de son acteur, le grand Patrick Stewart, dans la saison 2, ce qui serait à la fois attendu - Charles Xavier est le père biologique de David Haller dans les BD - , logique et jubilatoire). L'action, pareillement, s'y déploie de manière décalée par rapport aux canons du genre super-héroïque (d'ailleurs les personnages ici ne portent pas de costumes moulants et de masques), ce qui n'empêche pas les manifestations du pouvoir du héros (ou de ses camarades) d'être mises en scène spectaculairement (mention spéciale aux transferts provoqués par Syd, aux voyages dans la mémoire de Ptonomy, ou aux démonstrations de force de David contre la D3). On se croirait plus dans du David Lynch survitaminé, avec une esthétique pop (qui évoque des classiques comme Le Prisonnier ou Chapeau melon et bottes de cuir), avec son lot d'images dérangeantes, de visions chocs, d'ambiances azimutées.

Du côté de l'interprétation, il faut s'habituer au jeu de Dave Stevens, très expressif, à la limite de la grimace, ce qui est troublant avec sa tête le faisant passer pour un des frères Gallagher (ex-Oasis). Tout comme le numéro d'Aubrey Plaza, véritable (mauvais) génie dans la bouteille, capable de passer de la fille classe et sexy au démon destroy, sans qu'on sache très bien s'il s'agit d'une performance de haut vol ou d'une prestation entre grotesque et grandiose.
D'où l'importance cruciale de leurs partenaires aux compositions beaucoup plus sobres mais également intenses : on reconnaîtra deux acteurs habitués des productions Hawley, avec Rachel Keller (sublime Syd Barrett) et Jean Smart (Melanie Bird n'aide pas David de façon désintéressée). Le duo Bill Irwin-Amber Midhunter et Jeremie Harris sont aussi excellents.

Porté par une réalisation qui vous retourne comme une crêpe, Legion mérite son titre de "sensation télé" de l'année et consacre surtout son showrunner comme un scénariste (et réalisateur) sidérant.  

mercredi 2 août 2017

FARGO (Saison 2) (FX)


Après avoir suivi la jubilatoire saison 3 de Fargo, j'ai trouvé le temps de regarder la saison 2 (et la saison 1 est en bonne place, je ne l'oublie pas). Noah Hawley y affirme déjà son sens de la narration incroyable, exploitant l'univers des frères Coen mais avec une intrigue originale et toujours aussi folle.
Peggy et Ed Blumquist (Kirsten Dunst et Jess Plemons)

L'action se situe cette fois en 1979, à Sioux Falls. Peggy Blumquist renverse accidentellement avec sa voiture, un soir en rentrant chez elle, Lye Gerhardt et le conduit, blessé, chez elle. Lorsque son mari, Ed, boucher, découvre l'homme, il se défend lorsqu'il est agressé et le tue. Peggy convainc Ed de ne pas se dénoncer à la police mais de se débarrasser du corps et de couvrir toutes les traces qui pourraient éveiller les soupçons de la police.
Dodd et Bear Gerhardt (Jeffrey Donovan et Angus Sampson)

Ce qu'ignorent les Blumquist, c'est que la victime venait de tuer une juge fédérale et les employés d'un dinner pour le compte de sa famille, qui a la main haute sur divers trafics illégaux dans la région. Les Gerhardt traversent effectivement une crise car le Syndicat de la Pègre vient de leur envoyer des représentants de Kansas City, ne tolérant plus ce management à l'ancienne et exigeant la reprise en main du territoire et de leurs affaires. 
Simone Gerhardt et Mike Milligan (Rachel Keller et Bokeem Woodbine)

Les Gerhardt se résolvent à entrer en guerre contre Kansas City, mais Dodd et Bear, les deux frères ennemis, ne s'entendent pas sur la méthode pour éloigner ou éliminer leurs adversaires. Ils ignorent surtout qu'un traître se cache dans leur rang puisque Simone, la fille aînée de Dodd, est la maîtresse de Mike Milligan, le porte-flingue de Kansas City qui la protège contre des informations sur les intentions et manoeuvres de sa famille. 
Le shérif Hank Larsson (Ted Danson)

Pendant ce temps, le shérif Hank Larsson et son gendre et adjoint Lou Solverson, dont l'épouse souffre d'un cancer, enquêtent sur la tuerie du dinner et remontent la piste jusqu'aux Blumquist, désormais dans la ligne de mire des Gerhardt, dont un des sbires, un indien, a découvert le rôle dans la disparition de Lye. 
Le shérif adjoint Lou Solverson (Patrick Wilson)

Les Blumquist s'en sortiront-ils malgré tout ? Qui des Gerhardt ou de Kansas City remportera la guerre des gangs ? Réponses au terme d'une intrigue aussi tortueuse qu'implacable.

Fargo est vraiment une série exceptionnelle. Ces dix épisodes, d'une densité ahurissante, forment un mini-feuilleton passionnant, qui nécessite du spectateur de bien s'accrocher mais qui est en même temps si parfaitement écrite qu'on en suit le déroulement avec une fabuleuse fluidité.

Ce prodige tient d'abord à la construction de la production : Noah Hawley, le showrunner, bâtit son édifice selon un principe simple - le spectateur a toujours un coup d'avance sur les protagonistes. Ce mécanisme, inspiré par le suspense selon Hitchcock, tient constamment en haleine parce qu'on a toujours l'espoir que les personnages les plus attachants s'en sortent tout en sachant la dangerosité de leurs ennemis et la menace qui les dépasse, dont ils prennent progressivement conscience sans pourtant la réaliser complètement.

Ensuite, malgré la noirceur de l'ensemble (les Gerhardt s'entretuent, les trahisons s'accumulent, le sang coule, la mort est omniprésente), la série possède cet humour à froid irrésistible, correspondant au décor enneigé de la région où se situe l'action. Mélange de fatalisme et d'ironie, l'équilibre est tenu miraculeusement au gré de rebondissements absurdes, spectaculaires ou intimistes. Plus l'histoire avance, plus les liens entre les personnages se multiplient, plus l'enjeu se resserre, et il faut beaucoup de distanciation aux héros (aux authentiques good guys) pour absorber les événements.

La réalisation, sobre mais juste, efficace, au rythme ciselé, sert le propos à la perfection, on ne s'ennuie jamais bien que le rythme soit tranquille, presque débonnaire, comme engourdi - à l'image des personnages dans ce Dakota hivernal.

Enfin le casting est une fois de plus de premier ordre : on retiendra bien entendu la présence d'acteurs renommés comme Kirsten Dunst (sensationnelle en épouse que les catastrophes endurées illuminent jusqu'à la folie) ou Patrick Wilson (dont le jeu sobre et le physique de gendre idéal sert idéalement son rôle de flic pragmatique et d'époux indéfectible) et Ted Danson (formidable en shérif old school et cool), mais il ne faut pas mésestimer les prestations impeccables de Jess Plemons (en boucher dépassé), Jeffrey Donovan et Angus Sampson (Abel et Caïn chez les ploucs), Bokeem Woodbine (excellent en flingueur ambitieux) ou Rachel Keller (la muse sensuelle de Hawley, qui tient un des premiers rôles dans la vertigineuse série Legion).

Qualifier Fargo de chef d'oeuvre n'est pas usurpé. Vous voilà prévenus !  

vendredi 21 juillet 2017

FARGO (Saison 3) (FX)


Connaissez-vous Eden Valley ? Non ? Laissez-moi vous y inviter car c'est le théâtre de l'intrigue de la saison 3 de la génialissime série Fargo, diffusée sur FX.
 Emmit Stussy (Ewan McGregor)

Emmit Stussy est "le roi des parkings du Minnesota", comme aime à le lui répéter son bras-droit, Sy Feltz. Il a bâti son empire en vendant une collection de timbres rares, dont il ne lui reste plus qu'un exemplaire et qu'il tient de son père, un immigré venu d'Europe de l'Est.
 Ray Stussy (Ewan McGregor)

Cette héritage l'oppose depuis à son frère jumeau, Raymond, agent de probation, qui veut désormais que Emmit lui octroie un dédommagement substantiel en espèces sonnantes et trébuchantes.
 Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead)

Mais cette idée, ce loser sympathique de Ray ne l'a pas eue tout seul : enfreignant les règles déontologiques de sa profession, il fréquente une superbe arnaqueuse, Nikki Swango, aussi âpre au gain et fine stratège que sincèrement entichée. Elle lui inspire plusieurs plans, toujours plus pervers, pour obliger Emmit à cracher l'oseille (fausse sex-tape, chantage, etc).
V.M. Vargas (David Thewlis, au centre)

Ce que personne n'avait prévu, c'était que cette affaire de vengeance familiale allait déplaire à V.M. Vargas (prononcez "Varga"...), un affairiste crapuleux, qui a prêté un an auparavant un million de dollars à Emmit et qui, aujourd'hui, en contrepartie, va se servir de son entreprise pour du blanchiment d'argent. Quiconque déplaît à Vargas et ses deux terrifiants sbires ne fait pas long feu...
Commissaire Gloria Burgle (Carrie Coon)

Mais ce que Vargas n'avait pas escompté, c'est l'imbroglio imaginé initialement par Ray pour rançonner Emmit : il avait recruté un de ses prisonniers en liberté conditionnelle, un junkie totalement stupide, pour le charger de voler le fameux dernier timbre rare. Mais, ayant égaré l'adresse d'Emmit, il ne se rend pas au bon endroit et tue un innocent également nommé Stussy... Qui est le beau-père de Gloria Burgle, commissaire de police d'Eden Valley, aussi pugnace que maline !

Cette histoire complètement timbrée, ici à peine résumée (tant elle foisonne de rebondissements) sert de trame à cette saison 3, riche de 10 épisodes de 50 minutes.

Comme vous l'aurez deviné, si vous ne le saviez déjà, Fargo est une déclinaison du film éponyme des frères Coen, sorti en 1996. Le showrunner Noah Hawley a si bien intégré ce qui fit le sel de ce long métrage qu'on croirait la série pilotée par le tandem de cinéastes.

Pourtant, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style, "à la manière de". L'écriture est prodigieusement maîtrisée, mélange de comédie noire et d'intrigue policière, développée selon un tempo rigoureux et une imagination fertile. L'histoire est complexe, certes, mais parfaitement lisible et passionnante (moi, je m'en suis tenu à deux épisodes par jour, sauf à la fin où j'ai enquillé quatre chapitres car je ne pouvais plus attendre de connaître le dénouement, mais les amateurs de "binge-watching" se régaleront avec ces dix heures intenses, hilarantes, surréalistes).

Chaque épisode s'ouvre avec la mention selon laquelle l'histoire s'est vraiment déroulée en 2010 dans le Minnesota, mais que par respect pour les défunts, les noms ont été changés alors que le déroulement des faits respecte scrupuleusement la vérité. J'ignore si c'est authentique ou juste une plaisanterie supplémentaire, mais après tout qu'importe, même si un récit aussi fou a bien pu avoir lieu.

Réalisée avec un brio bluffant (ambiances hypnotiques, rythme implacable, photo magnifique, compositions des plans sensationnelles), la série bénéficie aussi d'un casting éblouissant - et c'est pour lui que j'ai démarré par la saison 3.

Dans Fargo, vous aurez droit à deux Ewan McGregor pour le prix d'un (et s'il ne décroche pas un Emmy Award, je n'y comprends rien car il est époustouflant). Mais vous aurez aussi Mary Elizabeth Winstead, qui est à la fois d'une beauté renversante, qui a le meilleure nom d'héroïne (Nikki Swango !), et qui interprète génialement cette dure-à-cuire. Vous retrouverez David Thewlis dans une composition de salopard répugnant jubilatoire (avec une recette de thé inoubliable...). Et vous sourirez avec la même satisfaction que l'épatante Carrie Coon à la fin (la comédienne est fantastique dans son rôle de flic obstinée).

Enorme kif donc. Ne vous en privez pas !