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jeudi 5 juillet 2018

MAN OF STEEL #6, de Brian Michael Bendis et Jason Fabok (FINALE)


Et nous voilà donc arrivés à la conclusion de la mini-série Man of Steel écrite par Brian Michael Bendis en préambule aux débuts de son run sur Superman et Action Comics. (Presque) toutes les questions en suspens vont trouver leur réponse dans cet épisode dessiné par le seul Jason Fabok.


Refusant de confier Jon à la seule garde de son grand-père, Jor-El, Lois Lane décide de les accompagner pour leur voyage spatial, même si Clark tente une dernière fois de tous les raisonner pour que son père s'en aille et que sa famille reste unie. Lois compte profiter de l'expérience pour en tirer un autre livre que celui qu'elle devait rédiger sur les coulisses du "Daily Planet".
   

Avant leur départ, Clark remet à Lois un de ses costumes avec dans la boucle de sa ceinture un signal qui lui permettra de l'appeler au secours. Jor-El donne à son fils une balise grâce à laquelle il pourra à tout moment savoir où ils sont dans l'espace. Puis ils partent, laissant Clark seul.
   

Hélas ! Clark a perdu, à cause de Rogol Zaar la balise de son père et il doit à présent en finir avec cet adversaire qui menace, grâce à une bombe au coeur de la Terre, de faire exploser notre planète. Superman écarte le guerrier et s'envole pour l'espace afin de se débarrasser de la bombe.
  

Mais Rogol Zaar le rattrape, résolu à en finir. Supergirl arrive alors en renfort et ouvre l'accès à la Zone Fantôme où est aspiré l'ennemi de son cousin. La méthode, radicale, déplaît à ce dernier mais résout le problème. Kara va de toute façon quitter la Terre pour mener son enquête sur le contentieux entre Krypton et Rogol Zaar.


Cependant, pour Superman, les ennuis ne sont pas terminés car un rescapé des incendies de Metropolis vient le dénoncer à la chef des pompiers, Melody Moore, comme étant le pyromane qu'elle traque !

C'est sur cette surprenant révélation que Brian Michael Bendis clôt sa mini-série introductive, un twist un peu décevant par rapport à ce qui a précédé, mais dont il faudra observer le développement, dès la semaine prochaine avec la parution du n°1 du relaunch de Superman.

Peut-être, en vérité, reste-t-on sur notre faim parce que le scénariste a couru trop de lièvres à la fois dans ces six épisodes, avec trois intrigues parallèles, et que celle concernant cette affaire d'incendies semblait la moins captivante, susceptible d'être résolue par Superman seul puis avec le concours de Batman.

Quant aux deux autres lignes narratives, elles sont conclues efficacement : le duel contre Rogol Zaar s'achève sur une note satisfaisante, même si on notera que jamais Superman n'a été en mesure de le neutraliser et que Supergirl a réglé le problème de manière radicale. Il semble néanmoins que le scénariste ne compte pas en rester là puisqu'il envoie Kara enquêter sur les origines du contentieux entre Krypton et ce guerrier, ce qui signifie que Bendis va raconter cette investigation et promet certainement des révélations (bien entendu, les râleurs diront que le scénariste met la main sur Supergirl en plus de Superman. Mais on lui aurait reproché également de laisser en plan cet aspect de l'histoire s'il ne s'en occupait pas...).

Toutefois, ce qui importait davantage que la victoire attendue contre Rogol Zaar, c'était l'issue concernant le retour de Jor-El et son désir d'emmener Jon en voyage dans l'espace afin qu'il s'instruise. D'ailleurs, la couverture mentionne clairement l'importance de ce point en promettant la réponse au destin de Lois et Jon. Les rumeurs les plus catastrophistes ont circulé sur le net et les réseaux sociaux, accusant le plus fréquemment Bendis d'avoir carrément tué l'épouse et le fils de Superman, ce qui aurait contredit son affection pour la cellule familiale (comme il l'a abordé avec Luke Cage dans New Avengers par exemple ou International Iron Man, et surtout dans Ultimate Spider-Man).

En traitant cela de manière très allusive et progressive durant les six épisodes de la mini-série, le scénariste a finalement le mieux réussi à faire monter la sauce autour du mystère concernant la situation actuelle de Clark Kent. La résolution de l'énigme est inattendue et habile, et promet d'alimenter la suite quand il s'agira de mettre en scène le retour de Lois et Jon - on verra, pour ce dernier, si, et comment, les voyages forment toujours la jeunesse, mais parions que ce ne sera pas simple. D'autant que Clark a perdu, à cause Rogol Zaar, son moyen de communiquer avec sa famille !

En comptant les cinq fois deux pages qu'il a déjà livrées et en y ajoutant les vingt qu'il signe ici, Jason Fabok aura donc dessiné trente pages de la mini-série, en ayant le privilège de la clore. Son trait m'évoque un mélange entre Gary Frank et Dale Eaglesham, un peu raide mais très fourni, peu avare en détails, avec une belle variété dans le découpage.

Toutefois, j'aurai préféré qu'il s'occupe de l'épisode 4 (dessiné par Kevin Maguire) car il est mieux disposé pour régir les scènes d'action et que ses personnages manquent d'expressivité (le point fort de son collègue, qui aurait été bien utile pour l'au revoir de Lois et Jon à Clark). Mais, globalement, Man of Steel a meilleure allure que Justice League : No Justice, qui a souffert, avec également une parution hebdomadaire, de pouvoir profiter du seul Francis Manapul et d'adjoints du même niveau, quand Bendis a pu s'appuyer sur des pointures tout du long (même lorsque Shaner a dû être suppléé par Rude).

On n'aura pas à attendre pour lire la suite puisque, donc, Superman #1 sera disponible Mercredi prochain (et Action Comics #1001 début Août). Stay tuned !  

jeudi 28 juin 2018

MAN OF STEEL #5, de Brian Michael Bendis, Adam Hughes et Jason Fabok


Le dénouement est proche pour la mini-série Man of Steel écrite par Brian Michael Bendis dont c'est le pénultième numéro, cette fois en compagnie d'Adam Hughes - l'illustre cover-artist réalise les planches de ce numéro, ce qui est en soi un événement. L'histoire doit rebondir après son précédent chapitre décevant et avant sa conclusion la semaine prochaine, qui s'annonce à tout point de vue décisive...


Superman a déplacé son affrontement avec Rogol Zaar dans l'espace afin d'éviter des victimes innocentes. Le combat redouble de brutalité mais le guerrier prend l'avantage grâce à sa puissance physique. Atterrissant sur la Lune, il vainc Superman et considère ensuite à nouveau la Terre d'un air menaçant.
  

A Metropolis, après avoir prêté main forte aux pompiers une nouvelle fois appelés sur le lieu d'un incendie, Supergirl est rejointe par des membres de la Justice League qui désirent en savoir plus sur Rogol Zaar. Avant cela, elle doit savoir où est son cousin et elle le repère, inconscient sur la Lune.
  

Transporté au Hall de Justice pour y être soigné, Superman se rétablit vite et montre à Flash, Cyborg, Green Lantern, Wonder Woman et Batman un symbole gravé sur la hache de son adversaire. Nul ne l'identifie mais Batman revient sur les termes employés par Rogol Zaar au sujet de Krypton. Qu'entendait-il par son "nettoyage" ? 


Soudain Superman comprend tout et s'envole sans un mot pour ses camarades. Wonder Woman invite Supergirl à ne pas le suivre si Rogol Zaar a l'intention de tuer un autre kryptonien que son cousin. Superman plonge au centre de la Terre.


Et comme Batman et lui s'y attendaient, il trouve Rogol Zaar, prêt à détruire le noyau terrestre pour en purger les ultimes survivants de Krypton...

Les premières pages déconcertent visuellement, autant vous prévenir : une vue en contre-plongée à l'intérieur de la cloche de Kandor avec l'oeil menaçant de Rogol Zaar dans son ciel, puis le combat brutal entre ce dernier et Superman dans le vide spatial. Adam Hughes brouille les repères de ses fans en produisant des images très sombres mais finalement logiques d'un point de vue esthétique puisque aucune source lumineuse n'éclaire ce qui se passe comme sur Terre.

Brian Michael Bendis n'a pas peur de désarçonner lui non plus car le duel entre les deux adversaires est bref et s'achève avec la victoire, nette, de Rogol Zaar. Décidément l'Homme d'Acier n'arrive pas à prendre le dessus sur ce guerrier enragé et massif, qui le laisse pour mort sur la Lune. Comme entrée en matière, il y a de quoi être tourneboulé...

... Et ce n'est pas fini puisqu'on enchaîne avec les deux pages familières de Jason Fabok concernant le visiteur des Kent : on sait depuis le précédent épisode qu'il s'agit de Jor-El, le père de Clark Kent, et on apprend enfin pourquoi il apparaît soudain. Il réclame son petit-fils pour lui enseigner la culture kryptonienne lors d'un voyage dans l'espace. Lois et Clark s'y opposent mais le gamin accepte ! La résolution de cette affaire et l'explication de ses conséquences seront au menu du sixième et dernier numéro de la mini-série.

Hughes reprend la main graphiquement ensuite, dans un registre plus coutumier, et livre des pages superbes, depuis le sauvetage de Supergirl d'une bande d'enfants dans un immeuble en flammes jusqu'à la récupération de Superman et une scène d'explications/déductions au Hall de Justice.

De façon suggestive, par des dialogues vifs, Bendis lève le voile sur le plan de Rogol Zaar : comment Batman en vient à le comprendre et Superman ensuite montre l'efficacité du scénariste à montrer les héros perplexes et le lecteur avec eux jusqu'à ce que le dark knight revienne à la base même du discours de l'ennemi, la vraie clé du mystère.

Hughes sait parfaitement croquer les mimiques des personnages tout en variant les effets de son découpage et son dessin rend l'ensemble très vivant, avec une maîtrise de la composition des plans et la bonne place laissée aux couleurs d'Alex Sinclair. Quand Superman prend subitement congé de ses collègues et s'envole puis plonge dans les entrailles de la Terre, il donne au personnage une majesté naturelle tout en traduisant ses efforts pour creuser et se contenir avant son ultime face-à-face avec son ennemi. Comme Bendis, l'artiste interprète Superman comme une force tranquille, lumineuse, mais en même temps consciente qu'elle n'est pas invulnérable. Je parie en tout cas que l'issue du combat ne sera pas une simple victoire par KO et que Rogol Zaar ne sera pas un méchant de passage uniquement imaginé pour cette mini-série.

Le final promet en tout cas son lot d'émotions fortes entre la famille El et celui qui a juré d'éliminer tous les kryptoniens : ce sera à Bendis d'assurer avec cette fois le seul Jason Fabok au dessin.  

jeudi 21 juin 2018

MAN OF STEEL #4, de Brian Michael Bendis, Kevin Maguire et Jason Fabok


Ce quatrième chapitre de Man of Steel réserve sa majeure partie à l'affrontement entre le héros et son adversaire, tel un développement de ce qu'on a pu lire dans Action Comics #1000. Brian Michael Bendis surprend surtout avec un interlude intrigant et un cliffhanger explosif. Mais un certaine déception subsiste en ce qui concerne la partie graphique avec un Kevin Maguire en difficulté pour  genre d'épisode...


Metropolis. C'est l'heure de l'affrontement entre Rogol Zaar et Superman, aidé par sa cousine Supergirl. Leur adversaire réussit à les malmener sérieusement en les surprenant par sa puissance et sa rapidité, comme s'il connaissait déjà tout de leur manière de se battre et de contrer leurs pouvoirs.   

Rogol Zaar écarte d'abord Supergirl, dont il compte s'occuper ensuite, et concentre ses assauts sur Superman qui, lui, cherche surtout à temporiser pour mieux comprendre d'où l'ennemi tire sa force. Il saisit qu'il la puise, comme lui, de l'énergie solaire mais doit surtout l'éloigner de la ville afin d'épargner les civils des dommages collatéraux.


Cette bienveillance lui coûte cher car Rogol Zaar, en se cachant, le prend par surprise et le met K.O.. Sans connaissance, Superman revit alors l'arrivée de son père, Jor-El, chez lui et Lois Lane, pour réclamer son petit-fils, Jon.


Quand il revient à lui, Superman retrouve le Green Lantern Hal Jordan qui l'informe que Rogol Zaar a quitté la ville subitement. La police, sous la direction de Maggie Sawyer, quadrille la zone et évacue les habitants dont les logements ont souffert de la bataille. Green Lantern tente d'interroger Superman sur son ennemi mais il s'envole.
  

Direction : la Forteresse de Solitude en Arctique. Rogol Zaar s'y trouve déjà et le questionne sur la présence d'autres kryptoniens sur Terre avant de deviner que Superman a eu un enfant avec une humaine. Le héros lui lance alors une rafale tellement puissante qu'elle achève de détruire la Forteresse !

Ce n'est pas avec cet épisode qu'on aura droit à une lecture très consistante, puisque la majeure partie déroule la bataille entre Superman et Rogol Zaar, reprenant même (sous un angle différent) la scène du KO de l'Homme d'Acier vue dans Action Comics #1000. On a donc le sentiment, justifié, d'assister à une version longue des pages écrites par Brian Michael Bendis et dessinées par Jim Lee, sans vrai supplément.

Est-ce à dire que c'est un chapitre dispensable ? D'un strict point de vue narratif, indéniablement, puisqu'on y apprend rien de nouveau à ce niveau-là. Le héros subit une cuisante correction par un adversaire rusé et puissant, sachant détourner l'attention en mettant en danger des civils innocents aussi bien qu'en répondant coup pour coup. Le renfort de Supergirl ne pèse absolument rien, elle est écartée facilement et rapidement (d'ailleurs, elle a disparu de la scène à la fin de l'épisode).

Ce qu'il vaut mieux retenir, c'est d'abord le retour du Green Lantern Hal Jordan, déjà présent dans l'épisode 2 (dessiné par Evan Shaner et Steve Rude), un personnage que semble apprécier Bendis - peut-être parce qu'il est le reflet de Superman : ce dernier est un extraterrestre débarqué innocemment sur Terre, l'autre est un terrien désigné par une force extraterrestre pour être un flic de l'espace.

Ensuite, on découvre enfin qui est le mystérieux visiteur faisant irruption chez Clark Kent et Lois Lane dans ces fulgurants flash-backs de une ou deux pages dessinées par Jason Fabok et qui semble à l'origine de la situation intime de l'alter ego de Superman. Reste encore à savoir ce qu'il est advenu et ce sera résolu dans les deux prochains (et derniers) numéros.

Enfin, il y a le dénouement de l'épisode qui va sûrement faire réagir le lectorat car Bendis détruit un élément important de la mythologie de son personnage en même temps qu'il prépare à un deuxième round entre Rogol Zaar et Superman.

Mais enfin, c'est bien peu - ou du moins, pas autant que les précédents chapitres.

Et puis il y a, à mon goût, un problème dans la partie graphique de cet épisode. Je suis d'habitude fan de Kevin Maguire, dont le dessin fin et d'une expressivité incroyable (traduisible dans la variété des mimiques et de la gestuelle) en fait un artiste parfait pour Bendis, dont l'écriture s'appuie beaucoup sur les émotions exprimées par ses personnages.

Mais là, il s'agit quasi-exclusivement d'une grosse baston qui réclame donc du punch, de l'intensité, la sensation des impacts. Et ce n'est clairement pas le terrain de prédilection de Maguire qui échoue assez méchamment à restituer l'énormité de la bagarre. Ni son découpage, ni ses angles de vue, ni les effets visuels choisis pour souligner les coups reçus ou donnés n'expriment assez violemment ce duel. Dans ce genre d'exercice, par exemple, le dessinateur peut négliger les décors, ne pas cadrer toutes ses vignettes, déborder volontiers. Or Maguire est un artiste soucieux du détail et qui s'épanouit dans des pages bien découpées, du coup le lecteur passe trop de temps à savourer l'image au lieu d'apprécier l'intensité du combat.

Maguire se passe aussi, désormais, d'encreur et laisse son coloriste, Alex Sinclair, souvent compléter des zones spécifiques plutôt que de les tracer en noir en comptant sur les volumes que produiront les couleurs. Mais là encore, ça ne fonctionne pas car le rendu est trop clair, pas assez contrasté. Tout manque de muscle, de tonus, c'est une erreur de casting total que d'avoir confié cet épisode à Maguire alors qu'il aurait fallu un artiste plus "bourrin", quitte à être moins esthète (quelqu'un comme David Finch par exemple, qui a aussi l'habitude de Bendis).

C'est un faux pas, pas un naufrage, cet épisode ne compromet pas la suite, d'autant que la semaine prochaine, Adam Hughes prend le relais et c'est un événement en soi (car il dessine peu d'intérieurs, mais quand c'est le cas, c'est toujours superbe).     

jeudi 14 juin 2018

MAN OF STEEL #3, de Brian Michael Bendis, Ryan Sook et Jason Fabok


A mi-chemin de cette mini-série en six épisodes, Brian Michael Bendis commence à abattre ses cartes en arrivant à ce qu'il présentait dans les pages d'Action Comics #1000. Mais il garde d'autres éléments en développement, dosant donc parfaitement son projet. Pour ce troisième volet de Man of Steel (desservi par une couverture vraiment laide), le scénariste est cette fois soutenu par Ryan Sook aux dessins et leur association fait des étincelles.


Rogol Zaar atterrit sur Terre tout près de la Forteresse de Solitude en Arctique. Il en force l'entrée mais le système de sécurité du bâtiment détecte aussitôt sa présence et tente de le neutraliser. En vain. Le guerrier repère alors la cloche de verre sous laquelle se trouve la capitale miniaturisée de Krypton, Kandor.


Pendant ce temps, à Metropolis, les pompiers viennent d'éteindre un nouvel incendie lorsque Superman arrive. Il n'est pas venu seul et présente Batman à la chef de brigade Melody Moore afin qu'ils enquêtent ensemble sur le pyromane à l'origine de ces feux criminels.


Mais soudain l'attention de Superman est distraite et il s'envole. Batman explique qu'il ne fait cela qu'en cas d'urgence. Le héros découvre en effet le saccage de sa Forteresse de Solitude et, vite rejoint par sa cousine Supergirl, la destruction de Kandor et de tous ses habitants.


Quiconque a pénétré dans cette antre et commis cet outrage sait qui est Superman et veut le défier. Il ordonne à Supergirl de mettre tous les êtres qu'elle aime à l'abri tandis qu'il part à la recherche du criminel. A Metropolis, il inspecte les endroits où il a ses habitudes lorsqu'il est frappé par un rayon d'énergie.
  

L'agression se répète, Superman comprend que son adversaire veut que le public assiste à la bataille qui s'engage. Supergirl revient en renfort et découvre avec son cousin, sur le toit d'un immeuble, Rogol Zaar.

Dans les pages que Brian Michael Bendis et Jim Lee avaient réalisé pour le n°1000 d'Action Comics, on assistait à la bataille de Superman contre Rogol Zaar (qui tournait en faveur de ce dernier). Man of Steel #3 se situe donc chronologiquement juste avant.

Mais avant d'arriver aux dernières pages de cet épisode et aux prémices de la bataille, le récit revient sur un des subplots de la mini-série avec la série d'incendies qui sévit à Metropolis. Comme dans le chapitre de la semaine dernière, un invité est au rendez-vous car Superman a sollicité l'aide de Batman pour résoudre cette affaire - mine de rien, c'est la première fois depuis un bail qu'on fait appel au Dark Knight pour ses qualités de détective car ni Tom King dans sa série ni James Tynion IV dans Detective Comics n'emploie le personnage en ce sens.

Mais le drame véritable, au coeur de cet épisode, se joue déjà ailleurs : Rogol Zaar arrive donc sur Terre et vandalise la Forteresse de Solitude, le sanctuaire de Superman. Fort logiquement, il s'en prend à une de ses plus précieuses reliques : Kandor, la capitale de Krypton autrefois miniaturisée par Brainiac et récupéré par l'homme d'acier en vue, un jour, de lui rendre sa taille et de trouver un monde qui accueillera ses habitants.

Plus que la participation de l'autre guest-star, Supergirl, c'est surtout la valeur symbolique et le traumatisme sur lequel insiste Bendis : Superman assiste littéralement à la fin de ses derniers semblables et sa réaction est un mélange de fureur et de chagrin, intensément restitué. De retour à Metropolis où Rogol Zaar l'agresse en s'employant à ce que tous les habitants assistent à ce qui va suivre, on arrive donc à ce qu'on a lu dans Action Comics #1000.

Ryan Sook dessine l'intégralité de l'épisode, encré par Wade Von Grawbadger (qui prouve une fois encore sa formidable capacité à s'adapter au style d'un artiste), et le résultat comblera tout le monde. En effet, il n'a pas fait les choses à moitié et le plaisir d'illustrer Superman est visible à chaque page : comme Reis, Shaner et Rude, il se l'approprie tout en lui conservant une majesté tranquille. Mais la partition de l'épisode lui permet aussi de représenter le surhomme dans des émotions plus vives, comme lorsqu'il découvre la destruction de Kandor.

Sook ne sera jamais un dessinateur capable de produire un comic-book mensuel, mais quand il nous gratifie d'une vingtaine de pages, la qualité de sa prestation est imparable. Surtout, il dispose d'une matière riche, avec une grande variété de décors (qu'il met en valeur dans des doubles pages et des angles de vue variés) et force détails. Il met aussi en scène Batman, fugacement certes, mais avec une économie efficace (le Dark Knight sort de l'ombre et se met tout de suite au travail, impassible aussi bien vis-à-vis de l'autorité incarnée par Melody Moore que par rapport au départ subit de Superman). Puis il anime Supergirl avec une finesse épatante, traduisant toute la détresse qu'elle partage avec son cousin mais aussi la solidarité qu'elle manifeste à son égard quand elle le rejoint à Metropolis.

Jason Fabok ne signe qu'une page en relation avec l'autre intrigue secondaire de la mini-série, qui dévoile très lentement ce qui est arrivé à Lois Lane et Jon Kent. Le mystère reste entier à ce sujet, on n'aura pas de réponses avant le sixième épisode : c'est très frustrant mais aussi redoutablement intrigant et accrocheur.

Bendis est vraiment en train de s'imposer, en douceur mais sûrement, et il est bien entouré. La semaine prochaine, il retrouvera le fabuleux Kevin Maguire, avec lequel il avait signé quelques épisodes mémorables des Guardians of the Galaxy. On a déjà hâte de lire ça !

dimanche 10 juin 2018

MAN OF STEEL #2, de Brian Michael Bendis, Evan Shaner, Steve Rude et Jason Fabok


Deuxième épisode sur six pour Man of Steel : cette semaine, Brian Michael Bendis est accompagné par Evan Shaner mais aussi Steve Rude (dont la participation n'était pas prévue, mais sur laquelle je reviendrais plus loin) sans oublier Jason Fabok. Malgré quelques soubresauts donc, ce chapitre donne à voir Superman dans tous ses rôles et prouve que le scénariste a vraiment compris son personnage.


Krypton n'est plus. Deux membres du Conseil Galactique se disputent à ce sujet : Lord Gandelo demande à Appa Ali Apsa, Gardien d'Oa, si Rogol Zaar, qui voulait épurer les kryptoniens, est mêlé à cette tragédie. Mais nul ne le sait et, si c'est le cas, mieux vaut souhaiter que le guerrier ait péri avec ses ennemis - bien que tout le monde en partage la responsabilité.


Sur Terre. La rédaction du "Daily Planet" est en effervescence et la remplaçante de Lois Lane, Robinson Goode, cherche à savoir ce qui s'est passé entre Clark Kent et sa femme. La chroniqueuse mondaine Trish Q. ne lui est d'aucun secours et Kent est absent.
  

L'alter ego du journaliste, Superman, est à Coast City où il affronte Toyman. Il le bat facilement bien que l'inventeur soit enfermé dans un robot géant. Le Green Lantern Hal Jordan vient lui prêter main forte pour embarquer le malfrat.


Mais Jordan en profite surtout pour interroger Superman sur sa situation actuelle - sa vie conjugale, son absence à la dernière réunion de la Justice League... L'homme d'acier rassure son ami et s'éclipse pour aller pleurer sur la Lune.


Aux confins du Systèm Vega. Rogol Zaar interroge une barmaid au sujet de reliques derrière son comptoir : elle lui explique qu'il s'agit de présents laissés là par Superman, le dernier fils de Krypton. A Metropolis, Superman sauve les habitants d'un immeuble en proie aux flammes puis Clark Kent rentre au journal rédiger un article à ce sujet mais Perry White est désespéré car les chaînes toute info évoquent déjà l'accident. Il lui faudrait un scoop, Trish Q. propose un papier sur Lois et Clark - mais celui-ci a de nouveau disparu en voyant sur l'écran de télé l'arrivée de Rogol Zaar...

La première page de cet épisode représente l'image la plus iconique des origines de Superman avec l'explosion de Krypton : Brian Michael Bendis revient aux sources du mythe pour entretenir le doute sur la véritable fin de la planète en enchaînant avec un dialogue inquiet et tendu entre deux membres du Conseil Galactique concernant la possible implication de Rogol Zaar. Mais le scénariste se garde bien de répondre... Pour l'instant.

En vérité, l'intérêt de l'épisode est ailleurs tout en trouvant sa première étape dans cette ouverture : il s'agit de montrer Superman sous toutes les coutures. En remontant à la destruction de son monde, il s'agit donc d'abord de rappeler d'où il vient et ce qu'il est initialement : un survivant.

La suite est une succession de scènes rapides articulées sur ce principe : Superman se bat contre Toyman et prouve sa valeur de héros protecteur du monde en intervenant à Coast City. Puis le Green Lantern Hal Jordan entre en scène et là, Superman devient l'ami d'un autre super-héros (dont les pouvoirs, comme les siens, ont une origine cosmique). Leur bref dialogue fait allusion à la Justice League et renvoie Superman à un autre de ses statuts, celui de membre éminent de cette équipe. Plus tard, après avoir éteint un nouvel incendie (l'autre fil rouge de la mini-série), Superman reprend son déguisement de Clark Kent au sein du "Daily Planet", journaliste réconfortant son rédacteur en chef déprimé par la concurrence des chaînes de télé tout info.

En une vingtaine de pages, Bendis résume toutes les facettes du héros : dernier représentant de son monde, protecteur de la Terre, ami des autres super-héros, membre de la Justice League, journaliste. Cette synthèse est exemplaire et sonne toujours juste, même si le scénariste opte pour un Superman/Clark Kent classique, proche en vérité du héros des dessins animés des studios Fleischer (dans les années 40), le bon samaritain, le boy-scout, mais aussi l'homme pudique qui préfère cacher sa douleur en s'isolant sur la Lune. Il y a une naïveté étonnante dans ce choix, comme si Bendis voulait revenir à la source du personnage, en se moquant des modes, de la modernité - d'une certaine manière, son Superman est comme le Captain America de Waid, un homme hors du temps (d'ailleurs, en civil, Clark Kent est vêtu d'un costume proche de la coupe des 40's, presque anachronique).

Ce sentiment est souligné par le dessin d'Evan Shaner, dont le style rétro mais vif, élégant avant tout, appuie ce décalage : il met en scène un Superman souriant, affûté (moins musclé, sculpté que celui de Reis la semaine dernière), avec son célèbre accroche coeur, comme ressorti du "Silver Age". Ses pages sont superbes et la rencontre avec Hal Jordan concrétise bien les dires de Bendis d'associer le héros à ses confrères occasionnellement.

Mais après treize pages, Shaner passe subitement la main : sa prestation a suscité la colère et la déception de ses détracteurs et de ses fans. Le dessinateur a tenu à s'expliquer sur son blog Tumblr en racontant que, lorsqu'il travaillait à l'épisode en Mars dernier, un problème de santé a frappé sa famille, le stoppant net. Cela devrait inciter les fans intransigeants à davantage de mesure et à considérer que les artistes ne sont pas des machines mais des êtres humains que des imprévus peuvent contrarier.

Jason Fabok signe la double page suivante, en relation avec ce qui a causé la disparition de Lois et Jon Kent... Tout en gardant l'énigme intacte. Bendis joue avec nos nerfs efficacement.

Pour achever l'épisode, Steve Rude a été appelé : on peut trouver pire comme fill-in. Il avait déjà soutenu Shaner sur Future Quest car leurs styles se complètement bien, tous deux partageant des références (Alex Toth, Milton Caniff, Doug Wildey...). Bien entendu, Rude est un dessinateur plus expérimenté et plus virtuose que Shaner : ses neuf planches sont une merveille, avec des compositions extraordinaires, un découpage inventif, un raffinement esthétique imparable. Tout juste sent-on qu'il n'est pas très à l'aise avec l'aspect de Rogol Zaar, mais il contourne le problème en profitant qu'il soit souvent hors-champ ou dans l'ombre.

L'intrigue devrait connaître un tour plus musclé la semaine prochaine, sans se départir d'une grande qualité graphique ; en effet, c'est Ryan Sook qui prend le relais, et Supergirl apparaîtra en guest-star, dans ce qui s'annonce comme la suite directe des pages parues dans Action Comics #1000.   

vendredi 1 juin 2018

MAN OF STEEL #1, de Brian Michael Bendis, Ivan Reis et Jason Fabok


Cette fois, ça y est, nous y voilà : Brian Michael Bendis commence vraiment sa production pour DC Comics, après les quelques pages parues dans Action Comics #1000 et celles dans DC Nation #0. Mais avant d'arriver aux séries mensuelles Superman et Action Comics à partir du mois de Juillet prochain, le scénariste pose les jalons de ses runs avec une mini-série hebdomadaire en six parties, Man of Steel, dont chaque épisode sera illustré par un artiste différent. Ivan Reis, qui sera le dessinateur de Superman, ouvre donc logiquement le bal.


Autrefois. Rogol Zaar tente de convaincre le Conseil Galactique que représente Krypton dont les connaissances scientifiques lui permettront de conquérir d'autres mondes plus faibles à ce niveau. Sa solution pour éviter cette hégémonie : éliminer les kryptoniens.


Aujourd'hui, à Metropolis. Firefly et Killer Moth se disputent à propos d'un butin mais le second supplie le premier de ne pas évoquer le sujet à voix haute car "il" va les entendre. "Il", c'est Superman qui, effectivement, arrête les deux gredins et les embarque dans les airs en direction du poste de police. Juste après, il tend l'oreille et son attention est captée d'abord par une chanson vite recouverte par des cris.


Il les localise dans un immeuble en flammes d'où il sauve une fillette avant d'aider les pompiers à maîtriser l'incendie. Superman inspecte le bâtiment pour trouver la cause de la catastrophe, et rencontre alors la nouvelle chef des sapeurs-pompiers, Melody Moore, récemment transférée de Coast City. Comme lui, elle pense à l'oeuvre d'un pyromane - or Firefly que Superman a arrêté n était un : quelqu'un chercherait-il à l'imiter ?


Un des Gardiens d'Oa, le monde des Green Lanterns, siégeant au Conseil Galactique, vient rendre l'avis des sages à Rogol Zaar et lui annonce qu'ils ont décidé de laisser Krypton tranquille, même s'ils promettent d'être vigilants à son progrès comme le craint le guerrier.


A Metropolis, Clark Kent commence à rédiger l'article sur le pyromane en convaincant son rédacteur en chef de l'intérêt du papier car Superman enquête sur ces incendies en série. Puis son regard se pose sur la photo sur son bureau de Lois Lane et leur fils Jon, disparus dans des circonstances mystérieuses quelque temps auparavant...

Autant prévenir tout de suite le futur lecteur de cet épisode, le résultat est frustrant. Mais pouvait-il en être autrement ? Il s'inscrit dans un ensemble en six chapitres et il ne fallait donc pas attendre que Brian Michael Bendis dévoile tout dès le début : le scénariste a d'ailleurs prévenu, non sans humour, qu'il espérait bien rendre les fans à la fois "nerveux et excités" avec Man of Steel, non sans ajouter qu'il ne briserait pas ce que son prédécesseur sur Superman (Peter J. Tomasi) avait établi - soit la famille Kent formée par Clark, Lois et leur fils Jon.

Bendis a aussi expliqué que son projet pour cette mini-série cachait une volonté de renouer avec des team-ups comme celles qu'on trouvait dans la série The Brave and the Bold : il faut donc s'attendre à des invités dans les prochains chapitres (Evan Shaner qui dessine le #2 avec Steve Rude a posté une page où figure Hal Jordan, et Ryan Sook une où apparaît Supergirl).

Il y a deux manières de frustrer le public : une mauvaise consiste à différer trop longtemps le sens du projet, une bonne qui doit lui donner envie d'en lire l'intégralité. Ce premier volet reprend des éléments antérieurs à ce qu'on a vu dans les pages d'Action Comics #1000 avec la bagarre entre Rogol Zaar et Superman : on comprend maintenant la raison pour laquelle le premier a gagné la Terre pour affronter le second. Ce guerrier a tenté de convaincre le Conseil Galactique d'éliminer tous les kryptoniens car il prophétisait que leur supériorité scientifique les conduirait à la conquête d'autres mondes et à établir une domination autoritaire. Désavoué, on devine qu'il a en conçu une déception et une colère qui aboutira à un duel avec Superman.

L'autre intrigue qui est semé dans ce #1 concerne une enquête sur des incendies en série provoqués par un pyromane. Il ne s'agit pas de Firefly que Superman arrête au début de l'épisode et on peut donc penser que Bendis suggère qu'un copycat incendiaire traîne à Metropolis. Il est étonnant de mettre en scène le héros dans le rôle d'un détective alors que c'est plutôt Batman qui est doué pour cela, mais ce dernier n'a plus d'aventures dans ce registre depuis belle lurette. Du coup, cela innove et dote Superman d'un talent à exploiter qui enrichit son simple statut de bon samaritain. Au passage, on fait connaissance avec un personnage inédit, Melody Moore, nouvelle chef des sapeurs-pompiers, addition supplémentaire après Robinson Goode au "Daily Planet" (dans DC Nation #0) qu'on aperçoit dans une case : là encore, Bendis peuple le titre en le féminisant alors qu'on a souvent eu l'impression que Lois Lane était la seule femme en vue de Metropolis.

Ivan Reis livre des pages magnifiques, sur lesquelles il a sans doute passé le temps qu'il a négligé pour The Terrifics (en abandonnant ces derniers après un épisode et demi). On remarque qu'il a amélioré sensiblement le look de Rogol Zaar designé par Jim Lee (dans Action Comics #1000), en conservant son aspect colossal et son faciès très laid mais en l'animant d'une colère puis d'un fatalisme intenses.

Toutefois on avait hâte de voir comment il allait s'emparer de Superman et on n'est pas déçu : immédiatement il donne au super-héros une majesté éclatante, qui en impose naturellement. Il le représente athlétique, calme, résolu, sans l'air benêt du surhomme invincible qu'on lui colle parfois. Le retour au costume classique, avec le slip rouge, a suscité beaucoup de commentaires (et Bendis a promis de le justifier autrement que comme un relooking) : pourtant on mesure à quel point un détail, parfois à l'origine de railleries, équilibre la silhouette du personnage, les couleurs de sa tenue.

Quant à Clark Kent, il n'apparaît que dans trois pages, c'est peu mais suffisant à Reis et Jason Fabok (qui signe les deux dernières planches, comme ce sera le cas dans les six épisodes de la mini-série) pour établir un contraste dans l'attitude du personnage, plus gauche, introverti. Pour ma part, j souscris à la thèse de Quentin Tarantino selon laquelle c'est Superman qui se déguise en Kent et non Clark qui se déguise en l'Homme d'Acier : cela justifie que, dans ses séries, on voit plus le héros en costume que le reporter (même si Bendis compte apparemment se servir du titre Superman pour montrer le super-héros et du titre Action Comics pour s'intéresser à Clark et son entourage). Le trait de Fabok est moins souple que celui de Reis mais très soigné, et le cliffhanger est mystérieux et accrocheur, en relation direct avec l'absence de Lois Lane et Jon.

L'expérience s'annonce donc prometteuse, même si Bendis est égal à lui-même (un texte fourni sans être bavard, des motifs déjà aperçus chez Marvel - le Conseil Galactique ressemblant à celui de ses Guardians of the Galaxy, des personnages féminins inédits...) et respectueux de l'icone. Elle promet aussi d'être soutenue puisqu'on est parti pour six semaines (et Ryan Sook a également rassuré les lecteurs en assurant que tous les dessinateurs avaient terminé leur chapitre respectif, malgré des rumeurs récentes affirmant le contraire - avec Kevin Maguire, Shaner + Rude, Adam Hughes, Fabok et Sook, on va en avoir plein les yeux).  

Alors, les fans, allez-y tranquille. Et les plus méfiants, soyez rassurés !   

lundi 11 avril 2016

Critique 863 : MAN OF STEEL, de Zack Snyder


MAN OF STEEL est un film réalisé par Zack Snyder, sorti en salles en 2013. 
Le scénario est écrit par David S. Goyer, d'après une histoire imaginée par lui-même et Christopher Nolan, adaptée du personnage de Superman créé par Jerry Siegel et Joe Shuster. La photographie est signée Amir Mokri. La musique est composée par Hans Zimmer.
Dans les rôles principaux, on trouve : Henry Cavill (Clark Kent/Kal-El/Superman), Amy Adams (Lois Lane), Michael Shannon (Zod), Lawrence Fishburne (Perry White), Russel Crowe (Jor-El), Kevin Costner (Jonathan Kent), Diane Lane (Martha Kent).
*

La planète Krypton, jadis couronnée de gloire pour ses nombreuses conquêtes spatiales, est aujourd'hui condamnée car ses régents ont épuisé ses ressources naturelles et ont perverti le système par des expériences eugéniques. Seul Jor-El, notable et savant, met en garde ses dirigeants contre ces dérives et la fin proche, mais il est ignoré. 

Le général Zod tente un coup d'état pour préserver l'élite de leur monde, mais Jor-El refuse de le soutenir dans cette manoeuvre. Zod est arrêté et condamné à l'exil dans la zone fantôme, une poche spatio-temporelle, avec ses acolytes.

Pour assurer la survie de son fils unique, Kal-El, Jor-El le place dans une capsule en injectant dans le corps du nourrisson le codex (un ensemble de données contenant toutes les gènes des kryptoniens) et l'envoie en direction d'une planète lointaine mais habitée : la Terre.
Krypton se meurt et implose.  
Jor-El
(Russel Crowe)

Les années passent. Kal-El est désormais un homme de 33 ans qui sillonne la Terre en vivant de boulots ingrats dans des régions hostiles. Doté de pouvoirs hors du commun des mortels, il disparaît dès qu'il en use pour se reconvertir ailleurs. On comprend qu'il apprend encore à maîtriser ses capacités surhumaines qui lui permettent de voir à travers les objets, d'entendre tout, de projeter des rayons thermiques par les yeux, de faire de prodigieux bonds, en plus d'une force colossale.
Clark Kent/Kal-El
(Henry Cavill)

Ces qualités qui sont autant d'handicaps pour s'intégrer ont gâché son enfance et son adolescence, durant lesquelles il a été souvent moqué et persécuté par d'autres enfants, malgré l'amour de ses parents adoptifs, un couple de fermiers formé par Martha Kent et Jonathan Kent (qui trouvera la mort dans des circonstances dramatiques, après une dispute avec son "fils" - dispute à l'origine de son errance actuelle).
Jonathan et Martha Kent
(Kevin Costner et Diane Lane)

Toutefois, Clark parcourt le monde avec un autre objectif : depuis que Jonathan Kent lui a montré des années plus tôt la capsule spatiale dans laquelle il a été trouvé, il cherche d'autres traces susceptibles de provenir de Krypton. C'est ainsi que dans le Grand Nord, alors qu'il travaille parmi des scientifiques et des militaires, il découvre, pris dans les glaces, un vaisseau bien plus grand avec un dispositif lui donnant accès à des messages enregistrés par Jor-El. 
Superman
(Henry Cavill)

C'est aussi dans cet endroit qu'il fait la connaissance de la reporter du "Daily Planet", Lois Lane, qui apprend qu'il est un extra-terrestre - sur lequel elle va mener une enquête ensuite.
Lois Lane
(Amy Adams)

Clark/Kal comprend, grâce aux Mémoires de son père, qu'il tient ses pouvoirs des différences énergétiques entre Krypton et la Terre et que, grâce à cela, il peut devenir le protecteur et le guide de son monde d'adoption, en revêtant l'habit et le blason de ses ancêtres.
Perry White
(Lawrence Fishburne)

Alors que Lois Lane décide de diffuser les informations qu'elle a collectées sur Clark via internet, après que son rédacteur en chef, Perry White, ait refusé de publier son article, et que Martha Kent retrouve son fils qui rentre à Smallville, le général Zod et sa troupe approchent de la Terre (ils ont échappé à la zone fantôme suite à la déflagration causée par l'implosion de Krypton). En parasitant tous les systèmes de communication, il lance un ultimatum : il exige que Kal-El lui soit remis sinon il procédera à de terribles représailles.
Zod
(Michael Shannon)

Lois est arrêtée par l'armée à cause de son article. Cela et la menace de Zod motive Clark à se rendre aux autorités pour qu'il soit livré à Zod. Mais celui-ci lui a tendu un piège et un médecin kryptonien lui impose des examens pour savoir où il a caché le codex. Zod a en effet le projet de transformer la Terre pour en faire une nouvelle Krypton, quitte à exterminer tous les humains qui s'interposeront.
Jor-El et Kal-El

Avec l'aide de Lois et des ultimes messages holographiques de Jor-El, Clark/Kal réussit à échapper à ses ennemis qui le poursuivent et l'affrontent. L'environnement terrestre désoriente les kryptoniens comme leur semblable avant eux et ils battent en retraite. Mais ce n'est qu'un repli stratégique avant une nouvelle offensive plus spectaculaire : déployant deux machines en deux points opposés de la Terre, Zod commence à terraformer la planète pour la rendre habitable par les siens et éliminer ses occupants actuels.
Superman

Superman, comme le surnomment les médias, et l'armée ripostent en détruisant d'abord ces engins. Seul Zod se dresse encore sur la route de Kal-El et leur affrontement sera terrible, causant des dégâts énormes et imposant au héros une décision radicale mais traumatisante pour neutraliser le général. 
Superman et Lois Lane

Je vais être tout à fait franc : n'étant ni un grand fan de Superman, encore moins de Zack Snyder (le réalisateur de ce reboot, après celui en 2006 mis en scène par Bryan Singer), et pire que les deux précédents réunis de Christopher Nolan (producteur et co-scénariste ici), je ne m'étais pas déplacé en salles lors de la sortie de Man of Steel il y a trois ans.

Hier soir donc, j'ai décidé de donner sa chance au produit lors de sa diffusion sur TF1, dans une disposition finalement idéale puisque je n'attendais rien de ce film qui, bien qu'ayant été un gros succès commercial, a été accueilli modérément par la critique à l'époque, et que la précédente version (celle de Singer) ne m'avait franchement pas convaincu (histoire bancale, interprétation transparente, réalisation sans souffle).

Si je n'aime pas Zack Snyder, c'est parce que celui que certains ont osé présenter (sans rire) comme un "visionnaire" m'a toujours agacé avec ses effets maniérés au possible (abus de ralenti) et ses précédentes adaptations de comics (l'affreux 300, d'après le roman graphique de Frank Miller ; Watchmen ou l'impossible transposition sur grand écran du chef d'oeuvre d'Alan Moore et Dave Gibbons). J'aime encore moins Christopher Nolan, qui représente pour moi la caricature du l'auteur de blockbusters "intelligents alors que ses films sont interminables et prétentieux (à l'exception de ses deux premiers opus - The Following/Le suiveur et Memento - mais sinon ses trois Batman et Inception sont imbuvables). Quant à Superman, c'est un personnage qui ne m'inspire pas de mauvais sentiments mais dont j'ai lu trop peu d'histoires passionnantes (hormis Superman : Secret Identity de Kurt Busiel et Stuart Immonen).

Tout ça fait beaucoup de handicaps, mais quand on regarde un film avec a priori si peu d'atouts, on sait qu'on sera vite indulgent ou découragé. Au pire, ce sera une nouvelle occasion ratée. Au mieux, on sera positivement étonné.

Et contre toute attente, j'ai été favorablement cueilli par ce long métrage, même s'il n'est pas sans défaut, mais comporte suffisamment de qualités pour compenser.

On va faire simple en soulignant d'abord la bonne construction du scénario : certes, le prologue est un brin longuet entre les alertes sans effet de Jor-El, la préparation du sauvetage de son fils, et la tentative de putsch du général Zod, mais comme il s'agissait de re-présenter la mythologie originelle de Superman (là où, en vérité, Bryan Singer inscrivit son Superman returns comme une suite à la trilogie de Richard Donner avec Christopher Reeves), on l'accepte parce qu'elle rend à nouveau le héros et son univers accessibles à tous (car, les fans de comics l'oublient volontiers, tout le monde n'est pas à la page avec ces personnages iconiques outre-Atlantique).

Le choix d'une narration éclatée ensuite s'avère payant : une ellipse nous projette 33 ans après la fin de Krypton, et Kal-El alias Clark Kent est désormais un adulte. On est dérouté de le découvrir en routard, sillonnant le monde dans ses coins les plus reculés, collectionnant les jobs éprouvants, cachant ses fabuleux pouvoirs. Cette errance recèle pourtant une certaine poésie et parfois la réalisation de Snyder évoque le cinéma contemplatif (mais sans voix-off insupportablement bavarde et pseudo-mystique) de Terrence Mallick (La ligne rouge, Badlands) : un mélange assez curieux mais dont l'audace intrigue de manière bienvenue. 

Des flash-backs montrent Clark enfant, adolescent, découvrant ses facultés surhumaines, entouré par des parents adoptifs aimants, persécuté aussi par des gamins qui n'acceptent pas le caractère solitaire et réservé du fils Kent. Tout n'est pas, là encore, toujours très heureux dans ces moments-là (par exemple, la mort de Jonathan Kent est pompeusement mise en scène sans produire la moindre émotion), mais explique les raisons de l'errance du héros au présent et nous épargne ses jeunes années linéairement exposées.

D'autres personnages sont ainsi habilement introduits dans ce dispositif narratif, parfois très vigoureusement redessinés : ainsi Lois Lane y gagne-t-elle en épaisseur et en dynamisme sans que sa présence accrue paraisse forcée. Plus secondairement, Perry White est bien campé (et servi par l'interprétation du charismatique Lawrence Fishburne - dont seuls de stupides intégristes se plaindront qu'il soit incarné par un acteur noir).

Quand la menace de Zod resurgit et enclenche le second acte du récit, le film prend une forme plus convenue et quelques longueurs se font sentir à nouveau, d'autant que Superman retient ses coups (parce qu'il se bat contre des kryptoniens comme lui ? Parce que Pa Kent lui a toujours enseigné de ne pas céder à violence pour régler un conflit ? Parce qu'il ne veut pas que la bataille dégénère trop et provoque des victimes humaines ?). Que le général soit secondé par quelques hommes et une femme de main contribue aussi à rallonger la sauce un peu artificiellement, et la manoeuvre, certes spectaculaire, avec les machines dure un peu trop longtemps. La baston finale entre Superman et Zod est un grand moment, où l'équipe en charge des effets spéciaux a accompli de nouvelles prouesses : la puissance des deux adversaires, les dégâts qu'ils causent, et le final dramatique forment un climax très réussi.

Sur ces derniers points, le film a suscité une polémique puisque Superman cause des morts parmi les civils et tue son ennemi, ce qui ne correspond guère à l'éthique attaché à un tel personnage. Néanmoins, Snyder et ses scénaristes, s'ils se sont peut-être laissés dépasser par leur fougue, aboutissent à cette solution (la mort de Zod) comme la seule valable dans le contexte de leur opposition, et Superman n'est pas satisfait de l'extrémité à laquelle il a été poussé. Par ailleurs, les dommages collatéraux sont expédiés, mais ont fourni l'argument pour Superman vs Batman : L'Aube de la Justice, du même réalisateur, récemment sorti, et dans lequel le Dark Knight (dont des amis ont péri à Metropolis) engage un duel contre le Man of Steel, convaincu que ses pouvoirs sont plus dangereux que rassurants pour protéger les humains (il semble, toutefois, que cette idée soit nuancée par un subplot auquel est mêlé Lex Luthor, Wonder Woman et d'autres personnages - tous invités en prévision d'un long métrage avec la Justice League... DC veut concurrencer les "Marvel movies" plus directement dans l'avenir).

La distribution est de premier choix et offre quelques bonnes surprises là encore. Avoir attribué à l'athlétique et séduisant Henry Cavill le rôle ô combien délicat de Superman est une excellente idée : il lui donne une présence physique imposante tout en en faisant un être dépassé par ses pouvoirs, la charge de son destin. Son jeu est sobre mais intense, on est bien loin du fadasse Brandon Routh chez Singer.
Amy Adams hérite d'une version singulièrement enrichie de Lois Lane, qui ne se réduit vraiment plus à la fiancée du héros : elle prend part à l'action, permet à l'intrigue de s'articuler, et la comédienne la joue avec élégance et justesse, là encore bien supérieures à Kate Bosworth chez Singer (et même Margot Kidder chez Donner).
Michael Shannon se tire également avec brio du rôle de Zod qu'il dote d'une dangerosité crédible, sans cabotiner.

Les seconds rôles sont bien distribués, même si parfois certains des acteurs ne sont pas flattés : Diane Lane est peut-être trop jeune pour être la mère du héros (et son maquillage un peu grossier du coup) mais son couple avec Kevin Costner a de l'allure (quand bien même le comédien a donc droit à une mort particulièrement ratée). Lawrence Fishburne est impeccable, quoique le personnage de Perry White ne soit pas très développé. Russel Crowe n'est pas Marlon Brando, mais son Jor-El est lui aussi mieux développé et son interprète (qui a, semble-t-il, pu réécrire certaines de ses scènes) l'interprète avec la hauteur qui convient.

Porté par une musique très rythmée de Hans Zimmer et une réalisation bien délestée des effets souvent ridicules des précédents films de Zack Snyder, ce Man of Steel est une relecture musclée et futée de Superman, comme on ne l'attendait pas/plus.