Affichage des articles dont le libellé est Shannon Woodward. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Shannon Woodward. Afficher tous les articles

lundi 2 juillet 2018

WESTWORLD (Saison 2) (HBO)


Deux options s'offrent aux showrunners d'une série dont la première saison a été un triomphe critique et public : soit faire plus fort, plus grand ; soit surprendre, quitte à dérouter ou décevoir. Il semble pourtant que Jonathan Nolan et Lisa Joy n'aient pas voulu choisir et risqué d'égarer un peu plus les téléspectateurs dans le labyrinthe de Westworld tout en proposant un spectacle ahurissant. L'audience en a pâti, certains fans ont été pris à rebrousse-poil, mais pour les plus attentifs, ce divertissement exigeant est devenu un objet fascinant, qui clôt vraiment un premier acte dans la série.

Dolores et Teddy (Evan Rachel Wood et James Marsden)

Durant les heures suivant la mort de Robert Ford et le massacre des actionnaires de Delos par les hôtes, Bernard et Charlotte se réfugient dans un bunker secret où des androïdes drones récupèrent l'ADN des invités. Contacté, Delos exige de Charlotte qu'elle récupère la sauvegarde des données du parc téléchargée dans l'hôte Peter Abernathy avant d'envoyer de l'aide. Les jours passent et les hôtes menés par Dolores traquent des humains dans le parc. Maeve retourne au centre de contrôle où Escaton accepte de l'aider à retrouver sa fille et Lee Sizemore à la guider dans le parc. William/l'Homme en Noir a survécu au massacre et se réjouit d'entamer une nouvelle partie avec de vrais enjeux : un hôte lui délivre un message posthume de Ford disant qu'il doit trouver "la porte". Deux semaines plus tard, Bernard se réveille, très confus, sur une plage, où l'équipe d'intervention de Delos le récupère. Il finit par leur avouer avoir tué des centaines d'hôtes en les ayant noyés dans un lac artificiel.

Logan et James Delos (Ben Barnes et Peter Mullan)

Trente ans auparavant, Logan Delos assiste à une démonstration bluffante des hôtes organisée par Ford pour le convaincre, lui et son père, James, d'investir dans le parc. William achève de persuader le patriarche en lui expliquant qu'ils pourront espionner les futurs clients afin de déterminer au mieux leurs envies. Aujourd'hui, Dolores recrute des hôtes désactivés qu'un technicien pris en otage est forcé de ranimer, puis elle scelle une alliance avec les Confédérés en leur racontant que dans la Vallée se trouve une arme capable d'éliminer tous les humains. L'Homme en Noir retrouve William et tente de gagner la confiance des hommes d'El Lazo à Pariah. Mais Ford l'avait prévu et les bandits préfèrent se suicider plutôt que de suivre William.

Ford et Bernard (Anthony Hopkins et Jeffrey Wright)

Charlotte et Bernard retrouvent Peter Abernathy mais sont séparés par l'arrivée des Confédérés en tentant de le capturer. Dolores retient Bernard pour qu'il corrige les dysfonctionnements de son "père" tandis que Charlotte rejoint une équipe d'intervention de Delos. Bernard découvre que le disque dur de Peter est crypté et possède une balise de localisation. Pour vaincre l'équipe d'intervention de Delos, Dolores n'hésite pas à sacrifier la majeure partie des Confédérés, ce qui horrifie Teddy. Bernard, seul pendant ce temps, est emmené par Clementine. Maeve, Escaton et Lee sont attaqués par les indiens et se réfugient dans un bunker souterrain où les attendent  Armistice, Felix et Sylvester. Dans une autre partie du parc, reproduisant l'Inde coloniale, Grace assiste à la rébellion des hôtes et s'enfuit jusqu'au Westworld où elle est prise au piège par les indiens.

Bernard et Elsie (Jeffrey Wright et Shannon Woodward)

Clementine abandonne Bernard devant une grotte où se trouve Elsie depuis qu'il l'a abandonnée. Elle comprend qu'il est un androïde quand il trouve l'entrée d'un bunker secret au fond de la grotte. Ils entrent dans un laboratoire avec un hôte ayant l'aspect de James Delos et en déduisent qu'il a servi de cobaye pour y implanter sa conscience, en vain. William et Lawrence trouvent les derniers survivants des Confédérés abandonnés par Dolores et l'Homme en Noir leur propose des armes cachés dans le cimetière voisin . En vérité, il gagne du temps jusqu'à ce qu'il puisse les tuer avec de la nitroglycérine. Puis il repart, seul, vers l'Ouest où il rencontre Grace qui a échappé aux indiens et qui se trouve être sa fille.

Maeve et Escaton (Thandie Newton et Rodrigo Santoro)

Teddy propose à Dolores de cesser sa vengeance contre les humains et de partir quelque part dans le parc pour y vivre paisiblement. Constatant que la bonté de son compagnon risque d'être une entrave pour la suite, elle le fait reprogrammer contre son gré. Le groupe de Maeve découvre une autre partie du parc, les Shogun World, réplique du Japon féodal que Lee a voulu plus violent tout en conservant les caractérisations des hôtes du Westworld. Ils y rencontrent  Akane, une geisha qui tient un bordel, et sa fille adoptive, Sakura, convoitée par le shogun. Maeve contrôle les samouraïs et ninjas de ce dernier, passant pour une sorcière, et les pousse à s'entretuer après que le shogun ait assassiné Sakura.

William, l'Homme en Noir, et sa fille, Emily (Ed Harris et Katja Herbers)

Maeve et son groupe suivent Akane et les siens jusqu'à un temple où Lee trouve un tunnel permettant de quitter cette partie du parc. De retour dans le Westworld, Maeve regagne la maison où elle vécut avec sa fille mais découvre qu'une autre hôtesse a pris son rôle. Les indiens attaquent alors et leur chef, Akechata, demande à Maeve de les suivre. Lee appelle des secours grâce à un téléphone satellite qu'il a pris au centre contrôle. William doute que Grace soit vraiment sa fille ou une hôtesse placée par Ford avant qu'elle ne lui prouve son humanité et la raison de sa présence dans le parc, dont elle veut le faire sortir pour qu'il n'y meure pas. La nuit venue, pourtant, il en profite pour lui fausser compagnie. Charlotte et Stubbs ont récupéré Abernathy et l'ont amené à la maintenance lorsque celle-ci subit une attaque dirigée par Dolores avec un train rempli d'explosifs. Cependant, Bernard et Elsie atteignent le Berceau, la salle avec les serveurs contenant toutes les données des hôtes. Bernard décide de s'y connecter directement pour stopper son piratage et découvrent dans l'espace virtuel que tout est sous le contrôle de l'esprit de Ford.

Bernard et Charlotte Hale (Jeffrey Wright et Tessa Thompson)

Bernard est interrogé par Charlotte et Stubbs, qui ont découvert sa nature d'hôte, pour apprendre le plan de Dolores. Dans le Berceau, il est confronté à Ford qui lui explique que le parc a toujours été un terrain d'expérimentation pour transplanter la conscience des visiteurs dans des hôtes afin qu'ils deviennent immortels. Mais, tout en lui révélant cela, Ford s'introduit dans la mémoire de Bernard et aide ainsi les rebelles menés par Dolores à investir le Berceau pour le détruire et gagner leur indépendance. Puis Dolores retrouve Abernathy dans la maintenance et lui retire sa mémoire que Charlotte était sur le point d'extraire. Lorsque l'Homme en Noir apparaît devant Maeve, qui a refusé de suivre les indiens, elle retourne les hôtes contre lui. C'est alors que l'équipe de Delos intervient et abat Maeve, ramenée à maintenance. Robert révèle à Charlotte que les hôtes vont rejoindre la Vallée avec la mémoire d'Abernathy.

La fille de Maeve et Akecheta (Jasmyn Rae et Zahn McClarnon)

William, gravement blessé, est emmené par Akechata au camp des indiens. A la maintenance, Lee s'excuse auprès de Maeve pour avoir appelé l'équipe de Delos. Akacheta tente de rassurer la fille de Maeve en lui racontant comment il a compris sa nature réelle, passée d'indien paisible à guerrier sauvage puis explorant le parc pour en comprendre les secrets, en découvrir les limites, trouver une issue. Ainsi les raids indiens qu'il organisa servirent à préparer les autres hôtes à la révolution actuelle. Grace retrouve son père et obtient d'Akecheta de le l'emmener avec elle. Torturée, mutilée, Maeve révèle ses secrets et Charlotte transfère son pouvoir de contrôle des hôtes dans la mémoire de Clementine pour neutraliser Dolores et ses rebelles. Mais Maeve envoie un message à Akecheta pour lui dire de rester éloigné de Dolores et d'achever sa mission.

Teddy et Dolores

Plusieurs années auparavant, William, après une réception, parle avec Grace de faire interner sa femme, alcoolique et dépressive. Elle se suicide, non sans avoir laissé pour sa fille une carte contenant des informations collectées sur William dans le parc et indiquant sa démence croissante. Aujourd'hui, le père est entre les mains de sa fille qui attend l'équipe de Delos pour une évacuation. Dolores croise les indiens qui refusent de lui céder le passage à la Vallée et qu'elle extermine avec Teddy. Bernard suit la dernière instruction de Ford et transfère dans la mémoire de Maeve de quoi lui permettre de s'enfuir. Puis il retrouve Elsie et lui explique que toutes les données relatives aux visiteurs se trouvent dans une base appelée la Forge. Ils doivent empêcher les hôtes rebelles de mettre la main dessus. En route, Bernard, toujours influencé par Ford, abandonne Elsie, craignant qu'elle ne le trahisse. Refusant de quitter le parc, William abat les agents de Delos puis sa fille en estimant qu'elle est une hôtesse. Alors qu'ils se rapprochent des frontières du parc, Teddy explique à Dolores qu'il ne souhaite pas devenir aussi mauvais que les humains et préfère se suicider.

Bernard et Dolores

Maeve réussit à se libérer et à fuir et retrouve Escaton, Armistice, et Lee avec qui elle part pour la Vallée. Akecheta et les indiens sont sur le même chemin, tout comme l'équipe de Delos, puis Dolores qui a trouvé William et l'a convaincu de la suivre. Lorsqu'elle arrive la première à destination, elle est attendue par Bernard et laisse William derrière elle, blessé par son revolver qu'elle a fait s'enrayer alors qu'il s'apprêtait à les tuer. Ils pénètrent dans la Forge où ils sont reçus par un hôte jumeau de Logan Delos : il leur montre comment les visiteurs ont été répliqués tout en étant simplifiés psychologiquement. La Forge ouvre la porte du Sublime, un paradis virtuel pour les hôtes et dans lequel s'engouffrent les indiens d'Akecheta. Mais cette issue ne convient pas à Dolores qui y voit une prison dorée. Pour l'empêcher cette opération, Bernard est contraint de la tuer puis il ressort et retrouve Elsie en compagnie de Charlotte. Maeve, Escaton et Armistice se sacrifient pour que les hôtes traversent la porte du Sublime tandis que Clementine s'approche et ne les oblige à s'entretuer. Akecheta et la fille de Maeve réussissent à passer la porte in extremis. A la base centrale, Charlotte tue Elsie après que celle-ci ait menacé de révéler comment Delos a géré l'affaire. Bernard assiste à la scène et transfère dans une hôtesse ayant les traits de Charlotte la mémoire de Dolores qui tue Hale. Ensuite, elle peut sortir du parc avec l'équipe d'intervention de Delos, emportant avec elle les mémoires de plusieurs hôtes contenues dans des grosses billes. Plus tard, Bernard se réveille face à Dolores et Charlotte/Dolores qui ont créé un nouveau monde pour les androïdes : bien qu'ils s'opposent sur le sort à réserver aux humains, ils conviennent d'une alliance pour se surveiller l'un l'autre si les choses dérapent dans l'avenir.

Grace (Katja Herbers)

On trouve une scène supplémentaire à la fin du générique :

- dans le futur, William accède, mal en point, à l'ancienne chambre où il testait l'hôte avec la conscience de James Delos. Accueilli par Grace, une hôtesse avec le visage de feu sa fille Emily, il comprend qu'il est dans la même situation.

Ces derniers jours, en lisant dans les pages du magazine "Première" et sur Facebook un article concernant tous deux la deuxième saison de Westworld, je découvrais une certaine aigreur de la part des journalistes concernant la tenue de la série. Pour résumer, il s'agissait dans le premier cas de descendre en flèche le show trop vite porté aux nues, et dans le second de s'interroger sur la possibilité qu'ils aient trop "cons" (je cite) pour comprendre ces dix nouveaux épisodes. Chose amusante : dans l'article paru sur FB, l'auteur résumait pourtant parfaitement les points les plus délicats de l'histoire, preuve qu'il avait tout compris... Mais le plus ironique était que ces reproches venaient d'un journal qui a, par ailleurs, encensé la saison 3 de Twin Peaks qui est plus que difficile à saisir, totalement incompréhensible !

Brûler ses idoles est un sport apprécié chez nous, et il n'est donc qu'à moitié étonnant que Westworld paie la rançon de son énorme succès : le contraire eût été plus étonnant. Non, il fallait faire payer à cette série son insolente réussite. Et quel meilleur prétexte que d'y procéder quand elle délivre ses chapitres les plus sophistiqués !

Exigeante, cette saison 2 l'est, incontestablement. Mais l'exigence est-elle un vilain défaut ? J'estime que oui quand il s'agit de faire compliqué juste pour épater la galerie, pour dominer le téléspectateur, lui faire comprendre qui c'est Raoul. Jonathan Nolan et Lisa Joy n'évitent pas toujours une certaine arrogance et complexifie les choses à loisir pour tester l'attention de ceux qui les suivent. Pari risqué : les audiences ont baissé, certains se décourageant devant ce dédale. Mais tout est affaire de vigilance et rien n'est si ardu qu'on n'y pige rien.

En définitive, que s'est-il passé depuis la saison 1 ? La situation narrative s'est inversée : les robots - les "hôtes" du parc - se révoltent dans le sang, tuant les visiteurs. Les employés de la compagnie Delos (propriétaire du parc) organisent la contre-offensive. Et au milieu, certains jouent leur propre partition (qui pour sauver sa fille ici, qui pour apprécier enfin le jeu avec de vrais enjeux là). Si on pouvait déplorer l'aspect un peu didactique et laborieux (du moins au début) de la première saison, on balance désormais dans un univers déréglé et très violent (tout aussi plombant au commencement) avant d'entamer une marche difficile vers une issue étonnante.

Le "souci" des uns étant le régal des autres, tout dépend de la manière dont vous apprécierez la narration, quasi-exclusivement du point de vue de Bernard, dont l'état, très endommagé, brouille tout : tout comme lui, nous avançons à tâtons, confondant passé lointain, proche et présent (sans parler de la scène post-générique se situant dans un lointain futur...), et programmation subie ou auto-effectuée ou corrigée chez d'autres hôtes. Oui, il faut suivre, mais n'est-ce pas le principe d'une série ?

Mais, sinon, Westworld ne fait que continuer à creuser, avec une violence encore plus crue, sa réflexion sur notre rapport au réel et dissèque, au propre comme au figuré, les méandres de l'inconscient. En arrière-plan, subsistent des motifs comme l'esclavage, les minorités bafouées, les crises d'identité, les rapports hiérarchiques, et le questionnement du libre-arbitre. Tout cela sert encore à estimer la responsabilité des créateurs et de leurs créations, l'engagement, mais enrichie de nouveautés comme la place de la femme (en tant qu'objet sexuel, de mère, d'épouse, de fille, via les personnage de Dolores, Maeve, la femme de William, la fille de Maeve et celle de William) - ce qui a un écho particulier après le mouvement #MeToo.

Désormais, le parc est devenu un champ de bataille où chacun des protagonistes mène une mission précise :

- Dolores est à la tête de l'insurrection des hôtes et veut éliminer les humains après des années à endurer leurs caprices brutaux. Elle entraîne avec Teddy qui, malgré une reprogrammation contrainte et forcée, ne réussit pas à assumer tout ce sang versé, toute cette haine vengeresse et finira par se suicider ;

- Maeve a renoncé à quitter le parc pour aller y rechercher sa fille. Les bandits Escaton et Armistice et les techniciens Felix et Sylvester ainsi que le scénariste Lee l'accompagnent, traversant un autre parc (le "Shogun world", recopiant le Japon médiéval et les comportements des hôtes du "Westworld") puis croisant les indiens de la "Ghost Nation", qui se révèlent être des indicateurs plus que des adversaires ;

- William alias l'Homme en Noir interprète ce chaos comme le vrai début du jeu, où plus aucune erreur n'est permise mais aussi où la raison de sa présence prolongée dans le parc trouve sa justification tout en aggravant sa perte de distinction, au point de douter de l'identité de sa fille venue le chercher ;

- Bernard tente d'accompagner les dernières volontés de Ford, responsable de tout cela, tout en ménageant à la fois les humains et les hôtes, ce qui va provoquer son conflit avec Dolores, qui a des objectifs totalement opposés au sien ;

- Charlotte Hale veut à la fois stopper le massacre tout en étouffant le risque d'un scandale qui ruinerait Delos si le public à l'extérieur apprenait à quoi le parc a réellement servi et ce qui s'y commet - elle rencontrera à la fois sa conscience via Elsie et son destin via Bernard.

Si on s'accroche aux personnages principaux et leurs parcours, Westworld saison 2 est à peine plus compliqué en vérité que lors de sa saison 1. Ce qui corse l'affaire, c'est que tout ou presque, comme je le disais plus haut, est vu à travers les yeux de Bernard : blessé mais s'étant aussi infligé des corrections radicales dans sa programmation pour tenter d'échapper à l'esprit de Ford, il est à la fois acteur et témoin de ce qui se déroule sans parvenir à distinguer ce qu'il a provoqué de ce que Dolores a commis et projette de réaliser. Par ailleurs, si, nous, nous savons qu'il est un hôte, accueillant à la fois la personnalité de Arnold (le co-fondateur du parc avec Ford) et celle d'un androïde ayant assisté Ford, les humains l'ignorent et nous découvrons ensuite qu'il est aussi le contrepoint physique et moral de Dolores, chacun ayant été façonné de sorte d'être le pendant de l'autre. Bernard est donc en plus obligé de cacher constamment la vérité sur sa nature pour ne pas être abattu par les agents de Delos ou par ses pairs robotiques.

La chronologie extrêmement chaotique de Bernard, parfois trop concédons-le (surtout à la toute fin où les scénaristes ont abusé des twists pour se sortir de pièges narratifs dans lesquels ils s'étaient coincés eux-mêmes), met la patience du fan à rude épreuve et il faut s'accrocher à des détails pour, une fois, le dixième épisode terminé, remettre les éléments en place.

Par exemple, soyez vigilants quand Logan Delos (ou plutôt sa conscience préservée dans un hôte) fait le guide à l'intérieur de la Forge pour Dolores et Bernard : au détour d'un plan, vous verrez alors des scènes de la saison 1 (Maeve dans la maintenance) appuyant son discours sur la prévisibilité de la catastrophe qui s'est accomplie (et que Logan, de son vivant, avait prédit à William).

Ou alors gardez bien en tête cette image saisissante des hôtes noyés dans un lac artificiel, flottant à la surface : Bernard s'accuse de les avoir tous tués ainsi - et on en a la preuve ensuite quand il ne peut empêcher à temps Dolores la submersion au moins partielle du parc pour le détruire (elle détruit la commande après avoir procédé à l'ouverture des vannes afin que l'opération ne soit plus stoppée et Bernard ne pourra que limiter les dégâts).

Si vous êtes encore un peu/beaucoup perdus mais curieux, n'hésitez pas non plus à vous fier aux observations avisées de téléspectateurs minutieux comme Captain Popcorn sur sa chaîne YouTube (il a posté des vidéos pour chaque épisode et une qui revient sur tous les points essentiels de la saison 2 avec des paris lancés pour la 3). Ou lire les interviews de Nolan et Joy. Ou à consulter la frise éditée par "This Insider" (Frise chronologique de "Westworld" saisons 1 & 2) :


Mais, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas si tortueux - la forme si, mais pas le fond. La saison 1, c'était comment un savant voulant affranchir des robots esclaves dans un parc qu'il avait fondé finissait, avant d'être congédié, par se suicider et libérer les "hôtes" en leur permettant d'éliminer leurs maîtres; La saison 2, c'est l'exécution de cette vengeance émancipatrice et la riposte organisée par les administrateurs du parc puis le changement de plan des "hôtes" pour accéder soit au monde réel (et le conquérir), soit à un éden virtuel (le Sublime) où, désormais inaccessibles aux humains, ils vivront en paix. Mais c'est raconté par un type qui a pris un gros coup sur la tête (ou qui a la gueule de bois) !

A ce jeu, certains personnages sont sacrifiés : on peut affirmer, sans trop se tromper, que Ford campé par Anthony Hopkins (uniquement sous forme fantomatique cette année) a définitivement disparu, tout comme Charlotte Hale, bien que Tessa Thompson reviendra mais dans un rôle différent puisqu'une hôtesse a désormais son apparence avec une autre personnalité (qui ont inspiré à des fans sa nouvelle identité "Halores" - Hale + Dolores = Halores).

Nolan et Joy ont déclaré que l'action ne se passerait plus dans le parc à l'avenir, donc adieu Stubbs et Luke Hemsworth (qu'on quitte avec la conviction qu'il était lui aussi un hôte - logique puisque Ford lui avait confié la mission de veiller sur les androïdes et qu'il laisse filer "Halores" après l'avoir, à l'évidence, reconnue).

James Marsden/Teddy semble aussi bon pour les limbes (à moins que "Halores" ait emporté, dans une de ses billes-mémoire, sa conscience pour reconstruire son corps et l'y réintroduire). Idem pour l'indien Akecheta incarné par Zahn McClarnon (qui a eu droit à un épisode entier cette saison), parti dans le Sublime, Escaton/Rodrigo Santoro, Clementine/Angela Sarafyan, et Lee Sizemore joué par Simon Quatermain, mort au champ d'honneur (serti d'un panache inattendu).

Qu'adviendra-t-il de Maeve, un des personnages les plus touchants de la série, uniquement motivée par ses retrouvailles avec sa fille, et donc Thandie Newton ? Les techniciens Felix et Sylvester reçoivent la consigne de reprogrammer les hôtes à la fin et, étant donné leur relation affective particulière avec Maeve, on peut penser qu'ils la réveilleront sans trop la modifier et l'aideront à quitter le parc (sa fille étant à l'abri dans le Sublime).

William, l'Homme en Noir, est sauvé par l'équipe d'intervention de Delos, dans un piteux état (physique et mental) : Ed Harris n'en a certainement pas fini avec Westworld - la fameuse scène post-générique de fin le confirme d'ailleurs, qui le voit revenir dans la chambre de James Delos, et suggère qu'une guerre (gagnée par les hôtes ?) a eu lieu à l'extérieur du parc et que sa conscience a été vraisemblablement implantée dans un robot, accueilli par une hôtesse ayant l'aspect de sa fille (la belle Katja Herbers).

Les deux grands gagnants sont donc Evan Rachel Wood et Jeffrey Wright : la première, pas rancunière, a ressuscité le second et passé un étrange avec lui, maintenant qu'ils sont dehors (sans qu'on nous montre où - mais Bernard a un sourire amusé en ouvrant la porte et en le découvrant hors champ...). Puisqu'ils divergent sur le sort à réserver aux humains (elle veut toujours les supprimer, il veut cohabiter avec eux), Dolores propose à Bernard d'être son modérateur, ce qui, pour elle, signifie aussi bien son garde-fou que son pire ennemi. La saison 3, promettent Nolan et Joy, sera axée sur leur relation, et avec la qualité sensationnelle de ces deux acteurs, on peut s'attendre à un duo-duel d'anthologie.

Même si la série aura fait l'impasse sur trois des mondes que contient le parc (on a visité "Westworld", "Shogun world" et "Raj world", reproduisant l'Inde coloniale), le futur de ce show renversant et palpitant pourrait presque être rebaptisé "New world". Ce ne sera pas avant 2020, donc patience. Mais ça vaudra le coup d'attendre, j'en suis sûr.

mercredi 27 juin 2018

WESTWORLD (Saison 1) (HBO)


Automne 2016 : la chaîne à péages américaine HBO (Home Box Office) commence la diffusion de l'adaptation en série du film Westworld (écrit et réalisé en 1973 par Michael Crichton sous le titre Mondwest en vf). Avec son casting prestigieux, un budget colossal et un scénario complexe, le show de Jonathan Nolan et Lisa Joy est conçu pour succéder à Game of Thrones qui prendra fin en 2019 sur la même chaîne. Dix épisodes plus tard, et une deuxième saison dont la diffusion vient de s'achever, la série a prouvé sa valeur et s'est imposée comme une saga actuel les plus addictives.    

 Teddy et Dolores (James Marsden et Evan Rachel Wood)

Teddy et Dolores, deux androïdes amoureux dans le parc à thèmes Westworld, sont agressés par l'Homme en Noir, un mystérieux client. A cette période, d'autres robots, les "hôtes", commencent à dysfonctionner et le chef programmateur, Bernard Lowe, informe le co-fondateur du parc, Robert Ford, qu'il faudrait modifier leur narration et retirer du service les androïdes défaillants. Theresa Cullen, l'administratrice du parc, appuie cette prévention que Ford désapprouve. Jusqu'à ce que Peter Abernathy, le "père" de Dolores, se dérègle à son tour après avoir trouvé une photo laissée près de sa ferme par un visiteur. Ford consent alors à rappeler Peter et Dolores - laquelle, après examen, fonctionne correctement, mais à laquelle on donne un nouveau père.   

Logan Delos et William et Clementine (Ben Barnes et Jimmi Simpson)

Logan Delos et son ami et associé William arrivent à Westworld - le premier étant le fils de celui qui a financé la construction du parc. William croise Dolores et en tombe immédiatement amoureux. Maeve, la tenancière du bar de la ville centrale du parc, subit à son tour des bugs et Bernard décide de les corriger. Mais une fois dans les locaux de la maintenance, elle se réveille toute seule et découvre les autres "hôtes" en cours de reprogrammation. Dolores trouve un pistolet près de la ferme familiale tandis que l'Homme en Noir oblige le bandit Lawrence à la guider dans le parc. Ford refuse le nouveau scénario soumis par Lee Sizemore qu'il préférerait plus agressif, puis découvre que Bernard et Theresa entretiennent une liaison.   

Stubbs et Elsie (Luke Hemsworth et Shannon Woodward)

William et Logan décident, pour pimenter leur séjour, de suivre la traque menée par un chasseur de primes. Dolores demande à Teddy de lui apprendre à tirer au pistolet mais sa programmation l'empêche de commettre des actes violents. Ford modifie alors à distance le comportement de Teddy pour qu'il se lance à la recherche du bandit Wyatt. Elsie, une programmatrice, et Stubbs, le chef de la sécurité du parc, se lancent à la recherche d'un "hôte" défaillant et, lorsqu'ils le trouvent, celui-ci se suicide après les avoir agressés. Cependant, Dolores est agressée par deux brigands mais elle se défend et les tue en croyant qu'il s'agit de l'Homme en Noir. Elle s'enfuit ensuite et tombe sur le campement dressé par William, Logan et le chasseur de primes.    

Maeve et sa fille

Logan décide de poursuivre le bandit en compagnie du chasseur de primes et se moque de l'attirance de William pour Dolores, qui refuse de croire qu'elle est une "hôtesse". Ensemble, ils capturent le fugitif mais Logan, toujours en quête de sensations fortes, veut rencontrer son chef. L'Homme en Noir font la connaissance de Armistice, une femme hors-la-loi, épouse du bandit Wyatt, et sauve Teddy, qui a subi des tortures de ce dernier. Theresa se méfie de Elsie et Bernard, qui se rapprochent pour savoir pourquoi un "hôte" l'a agressée avant de se suicider, puis discute avec Ford de son nouveau projet de scénario. Mais il menace alors de révéler sa liaison avec Bernard si elle se mêle de ses prérogatives. De retour dans le parc, Maeve est en proie à des visions d'elle et de sa fille et elle retrouve le bandit Escaton avec lequel le shérif la surprend et l'arrête violemment. 

Elsie et Bernard (Shannon Woodward et Jeffrey Wright)

Elsie découvre avec Bernard que l''hôte" suicidaire transmettait ses informations sur le parc à l'extérieur. L'Homme en Noir tue Lawrence pour transfuser son sang à Teddy et poursuivre sa quête avec lui. S'arrêtant à un bar, ils y trouvent Ford qui assure à l'Homme en Noir qu'il ne trouvera pas ce qu'il cherche dans le parc. Dolores, William et Logan arrivent dans la bourgade de Pariah où ils rencontrent le bandit El Lazo (Lawrence dans ce nouveau rôle) et acceptent de détourner pour lui un wagon rempli d'explosifs. Mais durant l'opération, ils découvrent qu'El Lazo veut les garder pour lui au lieu des vendre aux Confédérés. En guise de représailles, ces derniers capturent Logan tandis que William et Dolores s'enfuient. A nouveau dans les laboratoires de la maintenance, Maeve exige de Felix, un réparateur, qu'il améliore ses facultés cognitives et physiques.

Maeve

Teddy et l'Homme en Noir échappent aux soldats de l'US Army qui combattent les Confédérés. Cependant, Lee Sizemore, le scénariste du parc, est présenté par Therese à Charlotte Hale, qui a été élue par le conseil d'administration pour remplacer bientôt Ford. Par prudence, Theresa en profite pour rompre avec Bernard, qui vient d'apprendre par Elsie que c'est Cullen qui avait reprogrammé l'"hôte" suicidaire pour qu'il transmette des informations sur le parc à l'extérieur, et que c'est un certain Arnold qui avait écrit la narration des tous premiers androïdes du parc. Interrogé sur ce dernier point, Ford révèle à Bernard qu'Arnold était l'autre co-fondateur de "Westworld" et qu'il a trouvé la mort accidentellement dans le parc il y a plusieurs années. Maeve, renforcée par sa nouvelle programmation, projette désormais de quitter le parc pour explorer le monde extérieur. 

Bernard, Theresa et Ford (Jeffrey Wright, Sidse Babett Knudsen et Anthony Hopkins)

Craignant que Ford ne détruise ses travaux s'il apprend son renvoi trop vite, Charlotte et Theresa le lui cachent et préparent une réception à laquelle seront conviés les actionnaires, dans le parc, durant laquelle elles révéleront les scénarios trop dangereux imaginés par le co-fondateur. William et Dolores couchent ensemble puis traversent un territoire indien dangereux. Maeve menace de mort Felix et son partenaire Sylvester de mort s'ils ne l'aident pas à sortir du parc : ils lui fournissent des habits civils normaux et la guident. Bernard conduit Theresa dans un laboratoire secret de Ford qui ordonne à son ami de la tuer : Bernard s'avère être un androïde ! 

William et Dolores (Jimmi Simpson et Evan Rachel Wood)

L'assassinat de Theresa est maquillé en accident lorsque Stubbs retrouve son corps dans une zone désertique du parc, mais le chef de la sécurité se méfie du comportement étrange de Bernard et Ford car Elsie est également portée disparue. Maeve a maintenant le pouvoir de contrôler d'autres hôtes mais est toujours tourmentée par des visions d'elle et de sa fille, au point qu'elle renonce à quitter le parc pour partir la rechercher. William et Dolores atteignent une église où la jeune femme découvre un labo souterrain : elle se rappelle y avoir déjà été avec Arnold qui avait l'aspect de Bernard. Lorsqu'elle ressort, William a été capturé par les Confédérés et Logan à leur tête et elle est emmenée avec eux. 

Charlotte et l'Homme en Noir (Tessa Thompson et Ed Harris)

Logan éventre Dolores pour prouver à William que Dolores est une "hôtesse", mais elle s'enfuit et retourne se réfugier dans l'église. Cette fois, elle se souvient y avoir tué Arnold. De nouveau à l'extérieur, l'Homme en Noir l'attend et lui révèle être William, leur première rencontre remontant à il y a trente-cinq ans. William a exécuté tous les Confédérés et menace de tuer Logan mais l'épargne en l'abandonnant, nu, dans le désert. Charlotte va à la rencontre de l'Homme en Noir et lui propose, puisqu'il est membre du conseil d'administration du parc, de soutenir le renvoi de Ford, mais il refuse car il doit poursuivre sa quête. Stubbs, dans le parc, cherche Elsie lorsqu'il est attaqué par les indiens : il rebrousse chemin sans avoir vu que sa collègue gisait non loin de là, dans une grotte.

Dolores, Teddy et Ford

L'Homme en Noir retrouve Dolores et la questionne sur les plans du bandit Wyatt : elle lui répond qu'elle est Wyatt et qu'Arnold lui a confié la mission de détruire le parc. Teddy surgit et emmène Dolores. Maeve retourne dans le parc pour trouver sa fille en convaincant Escaton et Armistice de l'aider. Ford éteint provisoirement Teddy et s'excuse auprès de Dolores pour l'avoir manipulée afin qu'elle tue Arnold autrefois mais celui-ci refusait son projet de libérer les "hôtes" que, lui, avait prévu dès l'ouverture du parc il y a trente-cinq ans. Le soir de la réception dans le parc, Ford devance l'annonce de Charlotte Hale et dévoile aux invités la primeur de son ultime narration : tous les "hôtes" encerclent les actionnaires, parmi lesquels se trouvent l'Homme en Noir, et leur tirent dessus tandis que lui-même a programmé Dolores pour qu'elle le tue et mène la rébellion des androïdes pour sortir du parc.

On sort de cette première saison comme d'un cauchemar vécu par un des "hôtes", en l'occurrence Dolores qu'on découvre dès la première image, s'éveillant sans souvenir de la veille mais à nouveau engagée dans un jour sans fin. Un réveil douloureux pour le téléspectateur comme ces androïdes...

Tout dans Westworld (le parc, la série) est ainsi conçu pour surprendre brutalement, désarçonner, égarer, déranger. A commencer par le fait que, justement, on passe plus de temps en compagnie de robots que d'humains, au point qu'on finit par se demander si certains sont bien ce qu'ils semblent bien être.

Il faut un certain temps pour entrer dans ce jeu de faux-semblants et donc s'armer de patience, mais les auteurs ont le souci de nous présenter le parc, ses attractions, et ses coulisses. Ceci fait, c'est parti pour une aventure aussi alambiquée que passionnante et troublante, littéralement mise en scène par des scénaristes cachés dans les sous-sols et qui s'évertuent à nous surprendre, à nous faire réfléchir aussi, en nous invitant à imaginer ce qui va se produire tout en s'amusant à déjouer nos attentes.

C'est tout le principe du show : nous assistons au spectacle de la délivrance des pulsions humaines les plus viles (bagarres, tueries, viols...) commis sur des robots ressemblant remarquablement à des humains mais qui servent de défouloir à de véritables hommes et femmes, sans qu'ils aient à redouter les conséquences. Jusqu'au jour où un grain de sable vienne enrayer la machine... Prétexte facile, classique, mais toujours efficace.

Du Mondwest écrit et réalisé par Michael Crichton en 1973, cette saison 1 ne conserve que la partie far-west (on a aussi un très bref aperçu d'un "Shogun world", alors que le film montrait aussi un monde médiéval et un autre romain). En revanche, le postulat est identique, avec ce déraillement progressif des machines, qui donne aux auteurs matière à un questionnement sur le libre-arbitre (les robots ont-ils une conscience ? Ou simplement un programme ? Interrogations dignes de Philip K. Dick). Jonathan Nolan (le frère du cinéaste Christopher, et déjà créateur de la série Person of interest) et Lisa Joy (sa femme, et créatrice de la série Pushing Daisies) ont puisé visiblement à d'autres sources pour enrichir leur histoire : on pense à la production suédoise Real Humans et ses "hubots" aux tâches domestiques, mais qui, eux, n'avaient pas conscience de leur nature profonde ; à Un Jour sans fin de Harold Ramis (1993) pour la répétition des jours vécus par les androïdes dans le parc comme celui de Bill Murray ; et Le Prisonnier, la mini série-culte de et avec Patrick McGohan (1967) avec ce huis-clos à ciel ouvert.

Mais ces références sont non seulement bien intégrées, mais comme absorbées par la densité de Westworld et le nombre de ses protagonistes, les liens qui les unissent, la profondeur temporelle qui se révèle progressivement. J'ignore si les fans de Game of thrones y trouvent le même plaisir, n'ayant jamais suivi l'adaptation de la saga de G.R.R. Martin, mais en termes d'ambition, le compte y est. Avec un budget pharaonique de cent millions de dollars (donc une moyenne de dix millions de dollars par épisode), le show offre des décors époustouflants (comme la Monument Valley, dont la splendeur démesurée et naturelle ne lassera jamais), écrins aux mouvements épiques du récit avec ses attaques de train, ses passages en terres indiennes, ses déserts, etc. Pourtant, le meilleur site du projet est avant tout son paysage mental...

En effet, le riche sous-texte qui parcourt les déviations empruntées par Dolores, l'Homme en Noir, Teddy, Maeve, ou Robert et Ford, est de nature à faire cogiter. L'intrigue comme le trajet parcouru est labyrinthique et il faut accepter de s'y perdre pour mieux apprécier ses révélations lorsqu'elles surgissent, toujours spectaculaires et imprévisibles. On tourne en rond dans ce parc qui paraît pourtant sans limite, à la recherche de son centre ou de sa sortie, de son sens ou de ses frontières, et cela éprouve le téléspectateur. Mais pour peu (car cela ne dure pas non plus trop longtemps) qu'on se laisse mener par le bout du nez, une fois tous les éléments en place, l'impression d'assister à un envoûtant mais perturbant chaos se dissipe pour aboutir à un final tonitruant, vraiment renversant. Nolan et Joy semblent donc mieux maîtriser leur affaire qu'un J.J. Abrams (co-producteur de la série) au temps de Lost et son évolution empirique.

S'il est compliqué de s'identifier à un personnage en particulier, il est plus simple d'apprécier sensiblement ce que l'un ou l'autre ressent. Dans ce parc (à thèmes), tout le monde en effet cherche sa voie. Il peut s'agir de traquer l'humanité chez l'Homme en Noir et ses exactions a priori gratuites, qui le font ressembler à un joueur obsessionnel, proche de la démence au point d'avoir entamé une quête absurde sur le secret du parc, le jeu dans le jeu. Lorsqu'on apprend qui est ce pistolero sadique, son odyssée devient vertigineuse, et la mise en scène qui accompagne cette révélation est une des plus stupéfiantes que vous verrez - ou comment figurer une ellipse de trente-cinq ans d'un plan au suivant.

Il peut s'agir aussi de sonder le parc lui-même et, là, Westworld renvoie à bien des interprétations concrètes ou conceptuelles. Il y a effectivement ce qui se passe en surface et que nous voyons, dans ce décor de western, puis il y a ce qui se passe en dessous, avec la maintenance des androïdes, la salle de contrôle des animations du parc, les bureaux des scénaristes, administrateurs, les labos des programmateurs, les quartiers des cadres et du co-fondateur. Plus abstraitement, ces niveaux représentent l'équivalent des jeux en immersion qu'on pratique sur console, ordinateur ou avec des casques de réalité virtuelle. Là aussi se pose la question de savoir ce qui est vrai de ce qui est faux, et l'interrogation est plus intense selon le temps passé à jouer ou même selon ce qu'on vient chercher et qu'on trouve dans le parc. William en fait l'expérience instantanée en tombant amoureux de Dolores et en niant longtemps qu'elle est une "hôtesse".

Mais, le plus fascinant, peut-être, c'est l'effet-miroir qui se produit entre la série et sa fabrication même, la fabrication d'un spectacle. Westworld est d'abord et avant toute chose une fiction sur l'interactivité et l'addiction. Rien ne manque à l'appel pour nous le rappeler : les androïdes qui sont violentés puis remis en condition sont les instruments d'un game over permanent, les narrations de Lee Sizemore et Robert Ford sont des boucles scénaristiques avec quelques subtiles modulations, les expériences traversées par les "visiteurs" sont de plus en plus réalistes afin de brouiller leurs repères. Et même les "bugs" qui affectent les machines, les niveaux cachés, sont pris en compte pour pimenter les attractions (ce qui provoquent l'opposition entre Sizemore et Ford, puis Ford et Cullen, puis Ford et Hale).

On monte d'un cran encore (le dernier palier atteint dans cette première saison) quand, donc, les "hôtes" prennent eux-mêmes conscience d'être des jouets et veulent s'affranchir. Le discours se fait alors politique, les robots devenant des répliques d'esclaves jetées en pâture à des clients toujours plus dépravés et livrées à eux par des concepteurs-programmateurs visant un rendement maximum, satisfaisant les plus bas instincts des consommateurs - ou préparant une révolution émancipatrice secrète, comme Ford l'avoue à la fin.

Tout cela est en définitive une autre sorte de jeu (le jeu dans le jeu dans le jeu), qui nous enseignent les règles de la narration en général, pas seulement pour le parc, mais pour les histoires telles que les raconte Hollywood, à mi-chemin entre l'industrie et l'art. Le parc est un symbole de cette industrie, il offre des attractions extraordinaires, des sensations extrêmes, mais visent aussi d'énormes profits pour être rentable et se développer (Ford est montré en train de préparer des extensions mystérieuses). Et la série nous montre justement ce que cela représente de créer et d'animer une pareille attraction, à l'image du tournage lui-même avec une équipe technique et créative énorme, la confection de costumes, d'accessoires, la préparation de la réalisation, la maintenance, la sécurité, le développement, le financement, le retour sur investissement, la promotion...

A partir de ces données mises à notre disposition via la fiction, on découvre de manière ludique mais féroce, divertissante et complexe à la fois, le compromis nécessaire, incontournable entre les intérêts de la production (le conseil d'administration de la compagnie qui possède le parc/la chaîne de télé qui paie le show) et de ses créateurs (scénaristes-réalisateurs-directeurs artistiques - résumés ici par Ford, le "père" des robots). En entrant dans le "Westworld", vous pénétrez aussi, pour ainsi dire, dans le siège d'une chaîne de télé, avec ses studios de tournage, ses auteurs, ses acteurs qui reproduisent une réalité en la travestissant. Et une fois passée ce rideau, la question demeure de qui créé quoi - de l'auteur qui propose au producteur qui dispose au téléspectateur qui sanctionne et même s'approprie en échafaudant des théories pour la suite. Une mise en abyme captivante.

Pour nous accompagner dans cette spirale philosophique, nous sommes bien accompagnés car la série affiche un casting au luxe insensé : Anthony Hopkins, Ed Harris, Jeffrey Wright, James Marsden, Sidse Babett Knudsen, Thandie Newton, Tessa Thompson... Mais s'il ne fallait en retenir qu'une, ce serait sans doute Evan Rachel Wood dont la composition est d'une justesse, d'une précision chirurgicale telle qu'elle nous ferait croire qu'elle est une androïde. 

Il paraît difficile de croire qu'après un premier acte aussi époustouflant, Westworld ne sombre pas dans sa deuxième saison. Pourtant, croyez-le bien, les dix prochains épisodes (dont je vous parlerai au plus tôt) sont encore plus fous, plus riches, plus sensationnels. Ce n'est que le début de la quête au "sens de ces violents délices" (dixit l'Homme en Noir citant Shakespeare)...