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jeudi 12 août 2021

AMERICA CHAVEZ : MADE IN THE U.S.A. #5, de Kalinda Vazquez et Carlos Gomez


Rideau pour America Chavez : Made in the U.S.A. avec ce cinquième épisode. Qui, il faut bien le dire, se révèle extrêmement décevant. Kalinda Vazquez finit son histoire sur une note peu convaincante, qui fait douter du bien-fondé de son projet (et du choix éditorial de Marvel concernant le personnage). Seul Carlos Gomez s'en sort bien.
 

Catalina tient Roberto, le frère adoptif d'America, pour qu'elle l'aide dans son projet : convaincue que leurs mères ne sont pas mortes et qu'elle entend leurs voix, elle veut à présent se servir de la chambre expérimentale conçue par Gales pour ouvrir un portail vers le Parallèle Utopique.


America échoue à raisonner Catalina et, malgré ses pouvoirs défaillants, obéit à ses exigences. Mais l'ouverture dimensionnelle qu'elle parvient à créer n'est pas encore suffisante. Catalina s'en approche et America tend l'oreille jusqu'à ce que, elle aussi, croit entendre des voix.


Mais Catalina tombe dans la faille dimensionnelle. America ne peut la rattraper et le portail se referme sur sa soeur. Roberto réconforte America puis, ensemble, ils se tournent vers les fillettes sur lesquelles Catalina a voulu reprendre les expériences de Gales et de leurs mères.


America va désormais s'employer à trouver un foyer pour toutes ces fillettes. Elle se consacre, malgré ses pouvoirs toujours déréglés, à protéger son quartier, à combattre aux côtés des West Coast Avengers. Et à trouver un moyen de retrouver Catalina et, peut-être, leurs mères...

La manoeuvre qu'on appelle la retcon (ou continuité rétroactive) consistant à réécrire les origines d'un personnage pour tenter de les améliorer aboutit rarement à une réussite. J'en veux pour preuve ce que Marvel avec la scénariste Margaret Stohl a fait avec Carol Danvers dans The Life of Captain Marvel, estimant qu'il serait préférable pour l'héroïne d'avoir acquis ses pouvoirs de manière moins passive, en lui inventant une mère provenant de la race Kree puis une soeur. Une correction inutile.

Kalinda Vazquez a-t-elle reçu la consigne d'opérer la même maneouvre sur America Chavez ou l'a-t-elle pitchée à Marvel ? Toutefois est-il que le résultat n'est pas plus concluant, ne prouvant jamais son utilité, sa nécessité. C'est d'autant plus curieux que America Chavez sera introduite dans le MCU lors du prochain film consacré à Dr. Strange et qu'on ne voit pas en quoi cet retcon va pouvoir faciliter sa présentation au grand public (si tant est que les scénaristes du film de Sam Raimi suivent cette idée).

America Chavez n'était pas destinée à la carrière qu'elle a connue : imaginée par Joe Casey dans la mini-série Vengeance, elle a pris une nouvelle dimension lors du run de Kieron Gillen et Jamie McKelvie sur Young Avengers, où son caractère volcanique faisait des étincelles avec le facétieux Kid Loki. Kelly Thompson l'a ensuite récupérée pour West Coast Avengers en usant de la même ficelle, face cette fois à Quentin Quire/Kid Omega.

Mais au fond qu'est-ce qui méritait qu'on réécrive ses origines en semant le doute sur sa provenance, le fameux Parallèle Utopique, en lui ajoutant une soeur, en déréglant ses pouvoirs ? Kalinda Vazquez n'a pas réussi à le justifier. Ce dernier épisode boucle l'intrigue de manière maladroite et expéditive, en semblant donner un nouvel objectif à America Chavez, sans être sûr qu'on lira jamais une suite (car je serai étonné que Marvel investisse dans une nouvelle mini-série et, actuellement, aucun scénariste ne paraît passionné par le personnage).

C'est donc une grosse déception car jusqu'alors, sans captiver outre mesure, America Chavez : Made in the USA n'était pas désagréable à lire. Il a même permis à ceux qui l'ont lu de découvrir et d'apprécier son dessinateur, le très prometteur Carlos Gomez dont la prestation, encore une fois, est irréprochable.

Il faut donc souhaiter que l'échec narratif de cette histoire ne nuise pas à son artiste qui mérite mieux et qui a le potentiel pour devenir un dessinateur courtisé, capable d'assurer sur une meilleure production. Le talent qu'il a déployé pour animer ces épisodes, l'expressivité de ses personnages, la vitalité de son découpage, l'énergie de ses scènes d'action aboutissent à un travail très complet, qui, s'il ne sauve pas l'échec du scénario, a permis de s'accrocher jusqu'au bout.

Une fin ratée donc, mais un artiste à suivre. Maigre bilan. 

samedi 10 juillet 2021

AMERICA CHAVEZ : MADE IN THE U.S.A. #4, de Kalinda Vazquez et Carlos Gomez


Après deux mois d'absence, America Chavez : Made in the USA revient pour son pénultième numéro. Kalinda Vazquez a entrepris une retcon pour l'ex-membre des Young Avengers dont on peut douter de la nécessité, mais l'histoire est bien conduite. Et superbement dessinée par Carlos Gomez, qui s'impose comme la vraie révélation de cette mini-série.


America Chavez a découvert que sa soeur Catalina a repris les expériences menées autrefois par leurs mères sur l'île du milliardaire excentrique Gales. Pour gagner du temps, elle la téléporte et libère les juenes filles détenues comme cobayes. Puis elle s'injecte une drogue pour se rappeler du passé...


Quinze ans auparavant, Amalia et Elena Chavez s'inquiètent que Gales souhaite utiliser leurs filles au service de projets militaires. Elles décident de quitter l'île et Amalia fait diversion en attirant l'attention de la sécurité pendant que Elena s'occupe de America et Catalina.


Amalia se sacrifie en faisant exploser la chambre où sont menées les expériences. Mais Gales abat Elena. America et Catalina tentent alors de se téléporter mais Gales retient Catalina. America quitte l'île, seule, et gagne le rivage où elle sera trouvée par ses parents adoptifs.


America revient à elle et Catalina est aussi de retour. Furieuse que sa soeur contrarie ses projets, elle dispose d'un moyen de pression pour la neutraliser car elle a pris en otage Berto, son demi-frère...

Marvel n'ayant (comme d'habitude ) pas communiqué sur le sujet, j'ignore pour quelle raison ce quatrième épisode n'est pas sorti le mois dernier. Mais là n'est pas plus important : je l'ai lu et il est très bon, confirmant la qualité de mini-série.

Une nouvelle fois, Kalinda Vazquez découpe son récit en deux parties, avec un grand flashback encadré par deux scènes au temps présent. Nous avions quitté America Chavez alors qu'elle venait de comprendre qu'elle avait une soeur, Catalina, et que toutes deux ne venaient pas d'un univers parallèle mais avaient grandi sur une île où leurs mères, Amalia et Elena, pratiquaient des expériences sur de jeunes filles atteintes d'un mal mystérieux. Ces recherches étaient financées par un riche mécène, Gales.

Mais pourquoi America a-t-elle oublié tout cela, sa soeur, l'île, Gales, les expériences ? En tout cas, elle désapprouve le fait que Catalina ait repris les expériences de leurs mères et elle doit gagner du temps pour empêcher qu'elle les poursuive. Une fois Catalina éloignée, America se drogue pour plonger dans ses souvenirs.

Kalinda Vazquez a donc procédé à une retcon (pour contruinité rétroactive, qui consiste à modifier des éléments du passé, les origines d'un personnage). C'est toujours périlleux car rarement concluant. America Chavez étant un personnage récent, on peut également s'interroger sur la nécessité de corriger son origin story. A moins que cela ne doive préparer le lecteur/spectateur à la version de l'héroïne telle qu'elle sera introduite dans le MCU via le film Dr. Strange and the Multiverse of Madness...

Pour ma part, je ne trouve pas l'idée très originale : on a souvent lu des histoires pareilles avec des cobayes humains qu'on dote de pouvoirs pour les guérir d'un mal mystérieux tandis que celui qui finance le projet a des objectifs déplaisants. Il suffit pour cela de penser à l'Arme X et tout ce qui peut s'y rattacher (mais dont Marvel n'a bizarrement jamais fait grand-chose : entre Wolverine, Captain America, Spider-Woman, Sentry, Luke Cage, ça ne manque pas, les super-héros qui ont été les produits d'expériences limites et qui sont devenus des super-soldats).

De fait, ce quatrième et avant-dernier épisode laisse une impression mitigée. Sans doute aurai-je préféré que, jusqu'au bout, le scénario joue sur l'ambiguïté en ne redéfinissant pas complètement la provenance de America Chavez. De toute manière, elle n'avait rien à gagner à passer d'un avatar de Supeman (originaire d'un monde disparu) à celui d'un super-soldat (créée sur une île à la suite d'expériences). Il y a là-dedans une sorte de rationalisation scientifique inutile, comme s'il fallait rendre le personnage plus réaliste, un peu comme ce qui se faisait dans l'univers Ultimate. Bof.

Reste que Kalinda Vazquez mène son affaire efficacement et surtout qu'elle peut compter sur un super dessinateur. Carlos Gomez est la vraie révélation de la mini-série, et une nouvelle fois, j'espère que Marvel se rendra compte de la qualité de cet artiste pour lui confier rapidement de nouveaux projets, plus exposés, à sa mesure.

Gomez excelle dans les deux registres du récit, qu'il s'agisse d'animer America Chavez adulte ou enfant, et ce n'est pas rien car c'est toujours très ingrat de bien représenter les enfants. Le flashback sur l'île permet d'apprécier aussi le soin que Gomez met à créer un décor imposant et crédible. La séparation des deux soeurs devient un moment émouvant, source d'un terrible malentendu puisque Catalina en conserve le sentiment d'avoir été abandonnée, laissée derrière.

Lorsque les deux soeurs s'affrontent, Gomez n'a donc pas besoin de forcer le trait pour traduire l'intensité de leurs retrouvailles. Catalina incarne une sorte de méchante plus malheureuse que vraiment irrécupérable, mais aussi plus maline, plus retorse. Alors que America reste dominée par son instinct, son impulsivité, commettant une erreur stratégique en téléportant sa soeur, lui permettant ainsi de kidnapper Berto.

Le final promet d'être musclé, mais nul ne peut prédire ce qu'il adviendra des soeurs Chavez. Ce suspense compense la maladresse de cette réécriture des origines d'America.

jeudi 6 mai 2021

AMERICA CHAVEZ : MADE IN THE U.S.A. #3, de Kalinda Vazquez et Carlos Gomez


Nous avions laissé America Chavez en fâcheuse posture, mais cette position laissait penser à des explications sur les troubles que traverse l'héroïne depuis le début de cette histoire. Kalinda Vazquez ose une retcon radicale, à moins qu'elle ne nous entraîne sur une fausse piste. En tout cas, c'est très intrigant et toujours aussi formidablement dessiné par Carlos Gomez.


America Chavez revient à elle, entravée à un lit. Celle qui l'a maîtrisée se démasque et se présente comme Catalina, sa soeur. Pour prouver leur lien familial, la jeune femme commence par revenir sur la rencontre entre leurs deux mères et un milliardaire excentrique...


Amalia et Elena Pecoso Chavez étaient deux généticiennes approchées par Gales, propriétaire d'une île sur laquelle il prodiguait à de jeunes filles atteintes d'une curieuse affliction un traitement miracle. Or America et Catalina Chavez étaient également malades...


La cure de Gales, peu conventionnelle, allait forcer Amalia et Elena à enfreindre l'éthique de leurs recherches. America refuse de croire Catalina et son récit et parvient enfin à se libérer. Elle engage le combat mais accepte de suivre sa kidnappeuse pour la suivre dans une chambre...


Catalina affirme que si les pouvoirs d'America la trahissent, c'est parce qu'elle est en train de mourir. Aussi a-t-elle décidé de reprendre les recherches de leurs mères et à cette fin elle a déjà collecté de jeunes cobayes pour expérimenter un remède...

Cet épisode sème le trouble, aussi bien chez America Chavez que chez le lecteur. En effet, la scénariste Kalinda Vazquez semble entreprendre un retcon radical, qui bien entendu va diviser les fans de l'héroïne. A moins que ce ne soit qu'un leurre...

Rouler le lecteur dans la farine implique de le choquer suffisamment en amont pour lui livrer ensuite un twist au bon moment, qui lui fera reconsidérer sa réaction outragée. Pour cela, il faut s'identifier complètement à l'héroïne du récit, être aussi confus qu'elle, sinon le procédé ne fonctionne pas et on devinera trop tôt le subterfuge.

Qu'y a-t-il d'acquis depuis le début de cette mini-série ? America Chavez est une super-héroïne dont les pouvoirs connaissent des défaillances aussi imprévisibles que graves. Mais quelle est la cause de ces troubles soudains ? Après avoir été mise k.o. par un mystérieux agresseur, qui l'a attirée dans un piège via la famille Santana (qui a adopté America), America se réveille entravée sur un lit. On découvrira qu'elle se trouve sur une île ayant appartenu à un riche excentrique, ayant fait affaire avec les mères de l'héroïne.

Celle qui a eu raison d'America s'appelle Catalina et prétend être sa soeur. Puis elle commence à relater des événements passés qui contredisent les origines connues d'America Chavez. Non, elle ne vient pas d'une dimension parallèle, pour laquelle ses mères se sont sacrifiées. Non, elle ne tient pas ses pouvoirs de ce monde disparu. Et tout cela explique les défaillances de ses pouvoirs actuellement.

Réécrire le passé d'America Chavez de manière si radicale provoque deux réactions : soit on est ahuri par le culot de Kalinda Vazquez, qui ose redéfinir l'identité même de l'héroïne, sa singularité (mais aussi sa ressemblance avec Superman - l'orpheline trouvée sur Terre après la fin de son monde et élevée dans une famille d'adoption aimante avant d'embrasser la vie de super-héroïne) ; soit on doute comme America Chavez de la véracité des propos de Catalina et on se dit que l'histoire va connaître un retournement de situation qui rétablira les origines classiques d'America Chavez tout en justifiant les élucubrations de Catalina. En tout Kalinda Vazquez joue cette carte et l'incertitude nous pique. C'est bien joué - pour peu qu'on soit d'humeur joueuse (et souvent les fans de comics ne sont pas très joueurs...).

Pour ma part, je suis partant, quelle que soit l'issue de cette mini-série (à laquelle il reste deux épisodes pour démêler le vrai du faux). D'autant qu'elle est formidablement dessinée. Franchement, je ne m'attendais pas du tout à être si emballé sur ce point car je connaissais trop peu Carlos Gomez et je me disais que, comme souvent, une mini-série n'allait pas révèler un grand talent.

J'avais tort. Car Carlos Gomez est vraiment un dessinateur enthousiasmant, à qui je souhaite de beaux lendemains. Il les mérite. C'est un artiste complet, au trait très expressif, au découpage très dynamique. Ses planches sont épatantes, généreuses en détail, d'une lisibiltié impeccable. Pour un épisode qui s'appuie principalement sur les dialogues, il fait montre d'une maîtrise irrésistible, sachant rendre les nombreux échanges très vivants, avec une grande variété d'angles de vue, de valeurs de plans. Il ne lésine pas non plus quand il s'agit de composer des plans généraux, pour situer l'action (le décor de l'île et ses installations est magnifique).

A la fin de ce chapitre, l'action reprend ses droits et Gomez lâche les chevaux, traduisant la colère d'America Chavez mais aussi sa sidération quand elle découvre ce qu'a tramé Catalina. L'influence de Stuart Immonen est évidente (comme elle l'est chez RB Silva), mais Gomez réussit à imposer son style, sans singer son modèle. C'est pourquoi je crois que Marvel peut miser sur lui pour des titres plus exposés : il en a le potentiel car depuis trois épisodes, il est remarquablement régulier.

America Chavez : Made in the U.S.A. est une sacrée bonne surprise. Je ne regrette pas d'avoir parié sur cette mini-série. Si vous attendez sa traduction en vf (en espérant que Panini Comics la propose), ne passez pas à côté le moment venu. 

dimanche 18 avril 2021

AMERICA CHAVEZ : MADE IN THE U.S.A. #2, de Kalinda Vazquez et Carlos Gomez


Je me doute bien que, parmi ceux qui suivent mes critiques, peu d'entre vous s'intéressent à America Chavez : Made in the U.S.A., et quand/si cette mini-série sera traduite, elle ne rencontrera certainement pas un grand succès. Pourtant, je ne regrette pas de m'être engagé dans cette lecture et de partager avec vous ce que j'en pense... Car j'en pense beaucoup de bien et j'espère ainsi susciter un peu de curiosité. Ce deuxième épisode permet de mieux cerner les origines de cette héroïne, sans perdre de vue l'intrigue qui s'est nouée il y a un mois.


Après avoir sauvé son quartier à New York, en compagnie de Spider-Man, America Chavez stoppe des pillards qui tentent de profiter du chaos. Puis elle va retrouver sa famille adoptive, avec l'espoir d'en apprendre plus sur l'auteur du billet menaçant qu'on a laissé à son intention.


Depuis qu'elle s'est installée sur la Côte Ouest, America a délaissé sa famille adoptive. Elle se rappelle divers épisodes de son passé, depuis que, enfant, elle s'est subitement rappelée de son monde natal, jusqu'à la découverte précoce de ses pouvoirs et son désir de rendre la justice.


Cette dernière partie a cependant fini par créer de vives tensions entre America et ses parents adoptifs, qui ne veulent pas attirer l'attention et lui reprochent de les mettre en danger. America finit par claquer la porte et embrasser la carrière de super-héros à plein temps.


En consultant la vidéo-surveillance du magasin de son père, America remarque un individu louche. Elle trouve un indice dans la boutique, qui la conduit à une salle de jeux. Le suspect l'y attend et l'attire dans un piège, la neutralisant lorsque es pouvoirs d'America l'abandonnent à nouveau sans prévenir...

Quand je suis sur Twitter, je n'interviens pas, sauf pour féliciter des scénaristes et des dessinateurs sur le dernier épisode qu'ils ont produit. La plupart du temps, je me contente de retweeter des dessins, ou de suivre des posts. C'est ainsi que, récemment, j'ai lu un conseil d'un auteur pour tenter de convaincre un editor de publier une histoire : il était question de proposer des récits courts, des one-shots ou des mini-séries, pour commencer. C'est une manière de prouver qu'on peut écrire de manière resserrée mais aussi qu'on peut se mettre au service de n'importe quel genre, de n'importe quel personnage, rapidement.

C'est pour cela que la lecture d'une mini-série agit comme un révélateur aussi bien pour l'auteur que le lecteur : le premier doit convaincre, vite, le second, avec un pitch accrocheur, quel que soit le héros, le genre, l'univers. Plus un scénariste a la charge d'un personnage difficile, plus le challenge est grand, et plus sa réussite est éclatante s'il y parvient.

Dans le cas d'une héroïne comme America Chavez, comme je l'avais expliqué dans la critique du premier épisode de cette mini-série, on a affaire à un personnage entre deux eaux : ce n'est pas une vedette, mais en même temps elle a figuré dans assez de séries remarquées pour qu'on l'identifie facilement, et, enfin, elle va certainement gagner en popularité bientôt puisqu'elle apparaîtra dans le film Doctor Strange and the Multiversity of Madness (de Sam Raimi, sortie prévue en 2022).

Mais il faut partir du principe qu'en vérité America Chavez est une inconnue pour le grand public. Et cela Kalinda Vazquez l'a parfaitement intégré. Après avoir posé une base accrocheuse dans le premier épisode (America constate un déréglement inexpliqué de ses pouvoirs et quelqu'un la met en garde), ce mois-ci, la scénariste prend le parti de mettre l'enquête de son héroïne un peu sur pause pour revenir sur son passé, son "origin story".

Les 2/3 de l'épisode sont donc consacrés à des flashbacks qui nous montrent America enfant, adolescente, jeune adulte, à chaque fois à des moments charnières de son existence : elle se rappelle subitement de sa dimension natale et de ses deux mères, elle découvre ses pouvoirs, elle entreprend de devenir une justicière dans son quartier, elle s'oppose à ses parents adoptifs qui craignent pour elle et pour eux, elle coupe les ponts avec eux et s'installe sur la Côte Ouest. Cette construction scénique permet d'appréhender facilement la formation d'America Chavez, qui a toujours souffert du décalage entre sa façon de voir/faire les choses et celle de ses parents adoptifs. Kalinda Vazquez explique aussi, ainsi, à quel point élever un enfant "différent" aboutit quasi-inévitablement à une rupture. De ce point de vue, America Chavez : Made in the USA raconte un parcours similaire mais différent et sans doute plus réaliste de celui de Superman (le kryptonien n'ayant jamais rencontré de difficultés, étonnamment , avec les Kent, qui l'avaient recueilli).

La scénariste pointe aussi l'ironie de la situation puisque America Chavez retrouve sa famille adoptive alors qu'elle voit ses pouvoirs se dérégler inexplicablement, mais elle le lui cache, tandis que, dans sa jeunesse, ses parents avaient peur que ses actions n'attirent l'attention et ne les mette elle et eux en danger. C'est donc au moment où elle devient fragile qu'a lieu un début de réconciliation, mais sans que les parents le sachent.

La partie investigations du scénario est donc un peu en retrait mais pas sacrifiée pour autant : de façon simple et efficace, on suit America sur la piste d'un mystérieux individu qui veut être retrouvé par elle. Pas besoin d'être très malin pour déduire que ce suspect doit aussi venir du Parallèle Utopique, induisant qu'elle n'est pas la seule de son espèce à être arrivé sur Terre. Reste à savoir si ce personnage énigmatique veut du bien à America Chavez...

Ce qui rend cette lecture agréable, ce sont aussi ses dessins. Carlos Gomez confirme tout le bien que j'ai pensé de son travail le mois dernier. Son trait, très expressif, fait merveille et il se montre capable de représenter son héroïne à différents âges avec talent, ce qui n'est jamais évident.

L'artiste utilise un découpage some toute classique mais toutefois dynamique pour raconter cet épisode. Pas d'extravagance inutile, cette sobriété est payante parce qu'elle ne nous distrait pas de l'essentiel, dans un numéro où justement le plus important passe par des moments brefs mais marquants de l'évolution d'America Chavez. 

La manière dont les pouvoirs sont mis en scène est également simple, on la voit voler, coller quelques beignes, ce n'est pas encore une super-héroïne accomplie et au fait de toutes ses capacités. Ce qui met l'accent sur son caractère, impulsif, résolu, mais aussi ingrat, jusqu'au-boutiste envers des parents dont les inquiétudes sont légitimes.

C'est une chouette surprise que cette mini-série, enlevé, intrigante. En somme parfaite pour que le public connaisse vraiment America Chavez. 

vendredi 5 mars 2021

AMERICA CHAVEZ : MADE IN THE U.S.A. #1, de Kalinda Vazquez et Carlos Gomez


Je n'avais pas prévu de me lancer dans cette mini-série mais la lecture de ce premier épisode (sur cinq) m'a franchement enthousiasmé. Je ne peux donc qu'en parler et le recommander, croyez-moi quand je vous dis que c'est une réussite. On doit America Chavez : Made in the USA à la scénariste Kalinda Vazquez, qui écrivait jusqu'à présent pour la télé, et au dessinateur Carlos Gomez, que j'ai remarqué sur X-Factor (un épisode paru au début de X of Swords) puis Black Widow. On sent cette équipe très motivée pour animer cette héroïne créée par Joe Casey et qui devrait apparaître dans le prochain film consacré à Doctor Strange.


Il y a treize ans, un couple latino-américain et leur jeune fils se trouvent sur une plage du comté de New York le soir. Mais la sortie leur réserve une surprise de taille quand ils voient, échouée sur le sable, une fillette vêtue d'un étrange costume et qu'ils décident de recueillir.


De nos jours, la fillette est devenue une super-héroïne, America Chavez, et la partenaire de Hawkeye (Kate Bishop) au sein des West Coast Avengers. Tandis qu'elle affronte des taupes géantes, une jeune reporter les aborde pour parler des origines d'America. Surprise, celle-ci est frappée par une des créatures.


Quand elle revient à elle, America est veillée par sa compagne, Ramona Watts, qui devine que quelque chose cloche. America finit par lui avouer que ses pouvoirs l'abandonnent parfois, sans explication. Mais elle doit s'absenter quand une alerte l'appelle à New York.


En effet un mystérieux champ de force isole le quartier où vivent encore ses parents adoptifs et son demi-frère et asphyxie ses habitants. Avec l'aide de Spider-Man, America trouve une solution à ce problème avant que Ceci, sa "mère", lui remette un billet menaçant à son intention...

Joe Casey et Nick Dragotta ont introduit America Chavez il y a dix ans dans les pages de leur mini-série Vengeance, qui racontait comment un groupe de super-héros décidaient de se débarrasser une fois pour toutes des pires super-vilains.  Si ce projet n'a pas connu un grand retentissement, il a imposé cette héroïne haute en couleurs car elle concentre à elle seule beaucoup de choses que détestent les fans les plus conservateurs : en effet, America Chavez est une immigrée (en provenance d'une dimension parallèle), latino, lesbienne et au caractère bien trempé.

Joe Casey abandonnera les droits de sa créature à Marvel pour en inventer une autre version dans des créations personnelles. Sans son inventeur, America va pourtant continuer d'être exploitée là où tant d'autres personnages seraient tombés dans les oubliettes. Elle a eu droit à une première série (écrite par Gabby Rivera, dessinée par Joe Quinones), a fait partie des Ultimates (écrit par Al Ewing, dessiné par Kenneth Rocafort), de A-Force (de G. Willow Wilson et Jorge Molina), des Young Avengers (de Kieron Gillen et Jamie McKelvie), des West Coast Avengers (de Kelly Thompson et Stefano Caselli - c'est dans ce dernier titre qu'elle a rencontré Ramona Watts, sa compagne, après que beaucoup de lecteurs aient pronostiqué qu'elle formerait un couple avec Kate Bishop).

Dans ces comics où la diversité ethnique est toujours aussi peu représentée, quand elle ne paraît pas artificielle (comme les comics de Ta-Nehisi Coates où tous les héros blacks se rassemblent comme s'ils formaient naturellement une communauté), America Chavez échappe aux clichés en s'intégrant à toutes sortes de groupes et en imposant son tempérament. Peut-être est-ce aussi à cause de cela qu'elle ne figure jamais dans une équipe plus en vue (comme les Avengers) où elle aurait pourtant sa place (plus méritée à mon avis que Captain Marvel par exemple).

Prévue pour être publiée l'an dernier, America Chavez : Made in the USA a été reportée sine dine à cause de la crise sanitaire. On a même cru un temps que la série avait été annulée jusqu'à ce qu'elle apparaisse dans le planning de ce mois-ci. Je n'avais pas prévu de l'acheter mais j'ai pu lire ce premier épisode et je suis tombé sous le charme.

Kalinda Vazquez vient de la télé où elle a participé à lécriture de séries comme Prison Break ou Once Upon a Time, c'est son premier scénario de comics et Marvel a eu raison de lui accorder sa confiance car elle montre sans perdre de temps qu'elle a compris le personnage et a quelque chose à raconter avec. En fait, l'intrigue replace America Chavez comme une sorte d'équivalent de Superman dans l'univers Marvel : recueillie par de braves gens qui l'ont trouvée sur une plage, ils ignorent tout de sa provenance, depuis le Parallèle Utopique, une dimension parallèle où elle était élevée par ses deux mères. Ce n'est pas la première fois qu'un personnage évoque l'Homme d'Acier de DC (on pense à Sentry, Hyperion), mais ici, la référence fait sens et surtout les pouvoirs de America divergent de ceux de son modèle (elle est super-forte, vole, mais surtout peut créer des portails de téléportation en forme d'étoiles, surtout elle n'a rien de la bonne samaritaine car elle râle à tout bout de champ, s'impatiente facilement et brandit haut et fort ses différences ethniques et sexuelles).

L'histoire démarre avec un combat spectaculaire au cours duquel America voit ses pouvoirs partir en vrille et même carrément disparaître avant de revenir. Pour la première fois, elle prend une raclée, humiliante, et ressent la peur. Elle s'en ouvre auprès de Ramona, sa fiancée, mais fuit à la première occasion quand elle apprend que ses parents adoptifs sont en danger, fonçant tête baissée dans de nouveaux problèmes. Le tout est menée sur un train d'enfer, avec un bon dosage d'humour, d'action et d'émotion. C'est très vivant, dynamique, irrésistible. 

Carlos Gomez ne m'avait pas fait très forte impression précédemment, mais en même temps je connais très peu son travail, pas suffisamment pour le juger compétent ou négligeable. Alors ma surprise a été d'autant plus grande en découvrant ses planches pour cet épisode. Car c'est parfait, tonique, expressif, généreux.

America Chavez, comme je l'écris plus haut, a eu droit à de bons dessinateurs (Dragotta, Quinones, Molina, McKelvie, Caselli), et donc Gomez devait au moins se hisser à leur niveau pour ne pas décevoir. Mission accomplie haut la main. Comme nous avons là une jeune femme pulpeuse dans une tenue improbable (un shot cycliste, un tee-shirt, un blouson, des baskets : pas vraiment un costume super-héroïque classique donc), il faut déjà que le lecteur accepte ce look, ce physique. Gomez la représente en insistant sur sa gestuelle, ses mimiques, c'est une héroïne à la physicalité marquée, qui occupe l'espace.

Mais comme elle est aussi lesbienne, son rapport à la séduction diffère de ce qu'on attend, en tant que lecteur hétéro, d'une super-héroïne, à savoir que ce n'est pas qu'un objet fantasmatique pour les garçons - on peut même dire que America se moque de plaire au mâle consommateur de comics, sans renoncer toutefois à être féminine et attractive. Ce savant dosage en affirmation et charme, Gomez y parvient avec une belle facilité : America n'a rien d'une camionneuse mais rien non plus d'une playmate, et mine de rien, c'est une figure atypique dans le paysage des comics où l'hyper-sexualisation des héroïnes est un moyen aisée de les représenter.

Comme l'épisode est ponctué de flash-backs réguliers sur l'enfance de America quand elle est trouvée et adoptée, on apprécie aussi le talent de Gomez pour la dessiner plus jeunes, car c'est un exercice toujours délicat que les enfants dans les comics. Par ailleurs, le découpage choisi par Gomez exige de lui une générosité dans le détail avec des plans d'ensemble fréquents : les décors sont soignés, les éléments figuratifs importants, leur réalisme minutieux (sans avoir cet air trop artificiel qu'on peut reprocher à l'assistance infographique).

Bref, j'ai pris beaucoup de plaisr à ce premier numéro et j'espère que la suite gardera ce niveau. Qui sait, cela débouchera peut-être sur une série régulière pour America Chavez, ou en tout cas à une présence plus régulière dans une série suffisamment populaire.