Affichage des articles dont le libellé est R.B. Silva. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est R.B. Silva. Afficher tous les articles

vendredi 23 février 2024

RISE OF THE POWERS OF X #2 (Kieron Gillen / R.B. Silva)


Où il est question de Mr. Sinister, de Dominion, de voyages dans le temps, du projet meurtrier de Charles Xavier, d'une équipe de Dead X-Men sélectionnée et guidée par Rachel Summers... 


Alors, on va aller droit au but : j'ai un gros problème. La fin de l'ère Krakoa s'annonce mal. Pas complètement foireuse - la lecture de X-Men reste agréable - mais je ne suis pas du tout optimiste. Fall of the House of X nous a montrés il y a une semaine des X-Men n'hésitant pas, dans un grand out-of-character, à tuer des agents d'Orchis et à déclarer la guerre à cette organisation anti-mutante tout en échafaudant un plan d'évasion pour leur leader Cyclope.


Plus je pense à cet épisode, plus je suis mal à l'aise. En vérité, je ne comprends pas le but de cette histoire, l'objectif visé par les personnages : les X-Men déclarent la guerre à Orchis, soit, mais comment espère-t-il que cela va finir ? Quelle image donnent-ils à une opinion largement acquise à la propagande de leur adversaire qui les fait passer pour des empoisonneurs et devenant en plus des quasi-Punisher ? Et puis ça ne colle pas avec la mission qui devrait monopoliser leurs efforts, libérer Cyclope ? C'est n'importe quoi si on y réfléchit deux secondes.


Et puis il y a Rise of the Powers of X. Cette seconde mini-série se situe dix ans dans le futur, après la défaite des X-Men. Donc, si je suis bien, ce qui se déroule dans Fall of the House of X, aboutit à un échec total et dévastateur pour les mutants, réduits à quelques résistants sous le commandement de Charles Xavier et subissant à la fois les assauts répétés de Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, mais aussi d'un Dominion, Enigma, dont Nathaniel Essex, le Mr. Sinistre originel, a acquis la puissance illimitée.
 

Bon, raconter en parallèle une histoire d'échec et une autre qui se passe dix ans après et qui consiste à dévoiler la mission de la dernière chance des krakoans est déjà curieux. Mais bon sang, quand, en prime, c'est écrit comme ça, avec d'un côté Gerry Duggan qui fait des X-Men des meurtriers, et de l'autre Kieron Gillen qui s'aventure dans la S.-F. dure au détriment total de toute émotion, de tout attachement aux personnages, c'est compliqué.

Déjà que Gillen, pardonnez-moi, m'emmerde copieusement avec sa lubie concernant Mr. Sinistre qu'il fiche partout dès qu'il en a l'occasion, c'est pénible. Mais quand en prime il nous assène un arrière-plan d'intrigue avec quatre clones de Sinistre, un personnage de sa création (Mother Righteous), des allusions à la "White Hot Room", des renvois à la mini Dead X-Men (qu'il faut donc suivre pour tout capter), le Dominion Enigma, n'en jetez plus, la coupe est pleine.

Je me suis fait ch... à lire, je me suis accroché, mais... Non, c'est indigeste, c'est trop pour moi. C'est beau, remarquez : RB Silva produit de belles pages, très infographiées, avec des designs assez superbes, mais tout ça reste désespérément désincarné. Impossible de s'attacher aux protagonistes, il n'y a aucune émotion palpable. Gillen en rajoute quand, au détour d'un plan, Cypher arbore sur son front le losange rouge de Sinistre (mais pas avant ni après...).

Et puis bon, tant pis, excusez-moi si je vous spoile le truc, mais le voyage dans le temps pour aller liquider Moira dans sa dixième vie avant que son pouvoir ne se manifeste, mais attention, rien ne va évidemment se passer comme sur des roulettes parce que le Dominion Enigma veut parler avec Moira X, que les Dead X-Men (un groupe improbable formé de Dazzler, Frenzy, Jubilé, Prodigy et Cannonball - soit une partie des X-Men élus et aussitôt massacrés lors du dernier Hellfire Gala) doivent cibler la ligne temporelle correcte de la dixième vie de Moira pour Xavier... Oh, p... ! On n'est pas rendu !

N'aurait-il pas été plus simple d'aller au bout de la période Krakoa via les séries régulières encore en cours (X-Men Red s'est terminé e en Décembre, X-Force s'achèvera le mois prochain, Wolverine est - encore - en plein fritage avec Dents-de-sabre, Immortal X-Men est également bouclé, New Mutants et Marauders ont baissé le rideau depuis un moment), plutôt que de s'engager, éditorialement, dans deux mini-séries qui veulent reprendre le procédé de House of X / Powers of X, mais sans un auteur du calibre de Hickman ? Car ni le bon Duggan, ni l'assommant Gillen, on en a la preuve, ne rivalisent avec celui qui a revitalisé la franchise X.

Duggan fait encore de chouettes choses dans X-Men. Gillen a signé un run sur Immortal X-Men qui a été apprécié (même si, moi, je n'ai pas accroché). Benjamin Percy termine ce qu'il a développé dans X-Force et Wolverine, sans grand rapport avec le reste. Mais Fall of... et Rise of... apparaissent comme deux mini superflues, déplacées, surchargées, qui gâchent plus la fin de Krakoa qu'elles ne lui donnent un terme de qualité. Là encore, d'un côté, c'est méritoire de vouloir boucler cette période en allant jusqu'au bout du concept. De l'autre, le concept est bêtement sacrifié dans des conclusions inutilement compliquées, tortueuses.

Le dénouement que laisse présager Rise of the Powers of X revient à un reboot, avec la solution que tout sera effacé, oublié, que les X-Men pourront renaître sans que le monde dans lequel ils vivent n'aient conscience des atrocités auxquelles ils en ont été réduits pour sauver leurs miches. Mais c'est à la fois dommage de faire passer les personnages par ça et un peu pathétique d'avoir opter pour cette résolution, inutilement compliquée.

Un Youtubeur (Old School Comics) expliquait que, depuis le début des années 2000, il ne considérait plus les séries Marvel comme suivant une continuité, mais plutôt comme des versions "Ultimatisées", puisque les personnages n'étaient plus les mêmes, n'agissaient plus logiquement, que la mécanique des relaunchs était trop fréquente.. Les X-Men en sont le symbole et ce que Marvel en a fait la preuve : plutôt que d'assumer ces transformations, l'éditeur préfère en passer par des voies détournées et appliquer des reboots qui ne disent pas leur nom. Quand c'est bien fait, ça donne ce qu'avait lancé Hickman. Quand c'est mal fichu, c'est en train de devenir Fall of the House of X et Rise of the Powers of X.

vendredi 12 janvier 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #1 / RISE OF THE POWERS OF X #1 (Gerry Duggan, Kieron Gillen/Lucas Werneck, R.B. Silva)

Et c'est parti ! "Deux séries qui n'en font qu'une" : puisque c'est ainsi que Marvel vend Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, autant grouper leurs critiques en un seul lot pour vérifier si c'est vrai. Ce qui l'est, vrai, c'est qu'on entame la fin de l'ère de Krakoa avec ces deux mini en cinq numéros, ce qui nous projette jusqu'en Mai 2024.

  


Aujourd'hui. Cyclope est jugé à Paris pour crimes contre l'humanité parce que la médecine krakoane était empoisonnée (par Orchis). Mais les X-Men encore sur Terre s'organisent pour sauver leur ami. A moins que le Professeur X ait un autre plan en tête...


Gerry Duggan a promis une histoire noire tandis que Jordan White, l'editor-in-chief des séries X, a juré que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X seraient deux séries qui n'en font qu'une.. Tout cela évoque bien entendu la démarche de Jonathan Hickman quand il avait écrit House of X/Powers of X et relancé les séries mutantes.
 

On retiendra surtout de ce premier épisode son rythme, trépidant, et sa prime à l'action. La situation critique dans laquelle se trouvent les mutants depuis le massacre du Hellfire Gala et Cyclope en particulier, jugé pour l'exemple par ses opposants qui veulent faire croire que Krakoa a cherché à empoisonner les humains avec leurs remèdes miracle, donne lieu à un récit haletant et désespéré. On voit mal comment le plan des X-Men pourrait effectivement sauver quoi ou qui que ce soit.

En gros, ils lancent une offensive contre Orchis tout en cherchant à faire évader Cyclope. Pas sûr que cette tactique les réhabilite aux yeux d'une foule acquise (dans sa grande majorité) à la propagande d'Orchis - il n'est même pas interdit de penser que ce plan est en définitive assez idiot car on voit mal ce que les mutants ont à y gagner. Mais justement, c'est cela qui intrigue et on se gardera donc de conclure hâtivement. 

D'autant que Charles Xavier, qui vit désormais seul sur Krakoa, semble avoir d'autres projets en tête et compromet la stratégie des X-Men en ordonnant à Rasputin IV de quitter son poste... Ce que cela signifie ajoute au mystère et au suspense.
  

J'aurai adoré que Pepe Larraz, après Big Game, revienne chez Marvel pour dessiner Fall of the House of X puisque R.B. Silva se charge de la partie graphique de Rise of the Powers of X, mais Marvel a préféré confier à la star ibérique son prochain event (Blood Hunt) mais il ne signera que les couvertures. Il faudra donc se contenter de Lucas Werneck. Le brésilien présente à mes yeux moins d'intérêt : son trait manque de puissance, ses compositions sont souvent maladroites, mais reconnaissons qu'il s'en sort bien ici. A voir cependant s'il tiendra sur la durée...

Un début curieux et pessimiste mais prenant.


Dix ans dans le futur. Nimrod, la Sentinelle Oméga et Orchis ont vaincu. Les X-Men se sacrifient dans des poches de résistance pour gagner du temps au groupe mené par Synch et formé par Shadowtiger (Kitty Pryde), Wolverine, Captain Krakoa (Kamala Khan) et Iron Man (ou ce qu'il en reste). Les machines ont donc gagné. Sauf si...


Si Fall of the House of X m'invite à une certaine réserve esthétique, que Kieron Gillen écrive Rise of the Powers of X m'incite à la méfiance. Le scénariste ne m'a jamais convaincu sur un titre X, a fortiori durant l'ère de Krakoa. Il investit qui plus est une partie futuriste, très axée sur la science fiction "dure", un domaine que Hickman avait développé comme peu d'autres avant lui pour les mutants.

L'épisode est dense et consistant (comme Fall of the House of X, on dépasse les trente pages) et nous présente des personnages revisités (à part Wolverine, Rasputin IV et Cypher ainsi que les méchants, Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, Dr. Stasis) dans un cadre extrême. Les mutants ne sont plus qu'une poignée et on assiste à la mort de plusieurs de leurs figures emblématiques dans des scènes fulgurantes et cruelles.

Le reste pourra sembler trop touffu : il est question de l'avènement des machines (avec une mention ironique à Terminator), de la fameuse ascension formulée par Hickman (où une planète est absorbée par une entité cosmique). Mais évidemment il y a un grain de sable (comme dans Fall of the House of X) et comme nous sommes avec Gillen, Mr. Sinistre et ses clones ne sont pas loin. Mais il n'y a pas que lui.

Car la noirceur ici doit s'accompagner d'une solution en vue de la refonte prochaine de la collection X. A cet égard la dernière page suggère un dispositif narratif pour justifier la relance annoncée qui sans être originale demande à être examinée plus avant. Plutôt malin donc pour hameçonner le lecteur...
  

Visuellement, R.B. Silva produit des planches superbes. Souvent irrégulier, l'artiste est fait pour ce genre de mini-séries événementielles et particulièrement pour ces environnements futuristes où il fit des merveilles déjà avec Powers of X. Son sens du design, le fait qu'il exploite à fond les effets spéciaux du dessin numérique, la colorisation chiadée, tout concourt à entraîner le lecteur dans quelque chose de peu commun.


Tant pis dès lors si les concepts maniés par Gillen sont moins fluides que lorsque Hickman les utilisait, on est accroché. Mais attention quand même : souhaitons que la montagne n'accouche pas d'une souris, ou, autrement dit, que la relance programmée des X-Men et de leur univers ne tienne pas ç un tour de passe-passe facile. C'est le plus grand défi pour la conclusion d'une des périodes les plus imaginatives et controversées de la franchise.

jeudi 27 juillet 2023

X-MEN : HELLFIRE GALA 2023, de Gerry Duggan, Jonathan Hickman, Adam Kubert, Luciano Vecchio, Valerio Schiti, Matteo Lolli, Russell Dauterman, Javier Pina, R.B. Silva, Joshua Cassara, Kris Anka et Pepe Larraz

 


Je m'étais promis de revenir aux X-Men à l'occasion de la troisième édition du Hellfire Gala, sortie hier. Même si Fall of X a déjà officiellement démarré, ce numéro spécial de 80 pages marque vraiment un tournant dans cette nouvelle ère mutante. Gerry Duggan orchestre tout cela et réussit à vraiment choquer le lecteur. Même si ça ne signifie pas qu'il réussira à me faire revenir...

 


De la résurrection de Kamala Kahn/Ms. Marvel par les Cinq sur Krakoa à la révélation de la nouvelle équipe de X-Men puis à l'attaque lancée par Orchis sur l'île de Mykines où se tient le Hellfire Gala 2023, venez assister à la chute de la maison que X a bâtie. Et croyez-le : plus rien ne sera comme avant.
 

Ci-dessus, vous pouvez lire les (très) grosses lignes de ce numéro spécial consacré à l'édition 2023 du Hellfire Gala. En 2021, sur l'île de Mykines, propriété de Emma Frost cédée à elle par Namor, fut présentée la première équipe des X-Men de l'âge de Krakoa et la terraformation de Mars rebaptisée Arakko pour y loger les anciens sujets de Genesis et Apocalypse. 


En 2022, une nouvelle formation des X-Men fut intronisée, avec moins de cérémonial, mais en coulisses déjà se préparaient de manoeuvres pour gâcher la fête et préparer une attaque d'ampleur sur le peuple de Krakoa. L'année qui suivit confirma ce futur noir : Orchis propagea des fake news pour discréditer les mutants, tout en piratant leur technologie.


Depuis de longs mois, Marvel promettait Fall of X dont la forme est curieuse : il ne s'agit pas à proprement parler d'un event avec une saga centrale et des séries satellites, ni d'un crossover, mais plutôt d'une myriade de titres, de mini-séries confirmant un changement de statu quo brutal sur la chute de Krakoa, la fin de l'âge de Krakoa. Il faudra sans doute attendre 2024 pour réellement savoir quelle apparence prendra la nouvelle ère mutante.


Mais il faut reconnaître que, même si j'ai tout laissé tomber du côté des mutants ces derniers mois, en partie parce que la série X-Men me tombait des mains, en partie parce que l'event Sins of Sinister m'a découragé, en partie enfin parce que regrettais que Marvel mette fin à l'âge de Krakoa, la lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 était sur mon programme, en espérant trouver une forme de synthèse de Fall of X.


Et de ce côté, je ne suis pas déçu. Gerry Duggan, qui, jusqu'à présent, ne m'avait pas semblé en capacité tout comme en inspiration pouvoir ni produire un page-turner vraiment renversant ni se distinguer de ce qu'avait fondé Jonathan Hickman, réussit un tour de force exemplaire, une vraie apocalypse, qui redistribue profondément les cartes, balaie tout sur son passage. 


Pour illustrer ces 80 pages, j'ai choisi huit pages issues de cet épisode qui me semblent bien résumer les moments forts de ce qui s'y passe, sans trop en dévoiler mais en en disant suffisamment. Il n'est plus réellement question de spoilers : le lecteur est prévenu d'emblée, depuis  longtemps, que les mutants vont prendre cher et que rien (vraiment !) ne sera plus comme avant (en tout cas plus comme depuis quatre ans, depuis House of X/Powers of X).


Dans cette configuration, et même si la notion de mort reste relative étant donné le protocole de résurrection créé par les mutants, on sort de cette lecture tout de même très remué. C'est la réussite la plus notable du script de Gerry Duggan : il parvient à nous faire croire à une crise de grande ampleur, à une situation désespérée, à la fin d'une époque, à un changement de paradigme. Bien entendu, il faudra confirmer ça ensuite et ne pas se contenter d'un simple match retour pour qu'en 2024 on reparte pour un tour de manège. 

Non, si le projet doit aboutir concrètement, il faut que l'an prochain les mutants soient dans un état aussi bouleversant et bouleversé que lors de HoX/PoX. Et disons que ce Hellfire Gala 2023 donne à Duggan tous les moyens d'y arriver. C'est entre ses mains et celles des autres auteurs de la franchise mutante que revient la conversion de cette promesse en réalité. Sinon tout n'aura été qu'un coup d'éclat.

Le déroulement de cet épisode se caractérise par un rythme très soutenu : on a droit à 80 pages très denses, très énergiques, très dramatiques. Tous les curseurs sont à fond, quitte à entrer dans le rouge. Mais comme ça fait bien deux ans qu'on n'a pas lu pareil récit, aussi électrisant, avec des mutants, on se régale. Duggan casse tous les jouets,, sème un chaos incroyable. Il le fait comme un gamin en colère, qui s'est longtemps retenu, mais sans que ce soit un simple caprice. Il hérite de pièces disposées par ses collègues et les assemble de manière efficace pour un résultat paroxystique.

Il y a là une succession de moments très forts, très puissants, et pourtant ça démarre moyen avec la résurrection de Ms. Marvel (Kamala Kahn), piteusement tuée par Marvel (et Zeb Wells, dans les pages de The Amazing Spider-Man). Désormais, le personnage est aligné sur le canon du MCU : elle est devenue une mutante. Duggan se fait étonnamment subtil en développant à la fois ce choc pour le personnage et le fait qu'elle n'ait pas envie de se définit comme tel tout de suite, qu'elle se demande ce qu'il en est de ses pouvoirs, de sa vie privée. C'est le seul passage obligé de l'épisode mais Duggan l'intègre bien.

Puis on entre dans le vif du sujet avec l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Jean Grey annonce qu'elle et Cyclope ont décidé de passer la main à Synch et Talon (Laura Kinney). La formation élue est surprenante avec les entrées de Cannonball, Prodigy, Frenzy, Jubilé, Dazzler, et le Fléau. Mais à peine ont-ils été intronisés que la fête bascule dans le carnage. Nimrod les tue (presque) tous !

La suite est une longue mais captivante opération bien préparée par Orchis. Les méchants entrent en scène les uns après les autres : Dr. Stasis (un clone de Mr. Sinistre), Karima Shapendar/Oméga Sentinelle, l'A.I.M., Moira X, les Sentinelles Stark conçues par Feilong. L'assaut est si massif, rapide, bien déployé que les mutants sont dépassés comme jamais. Le carnage est inévitable et il ne sera pas évité.

On assiste en particulier à la mort, vraiment horrible, d'un X-Man historique, à la défaite d'un autre qu'on pensait impossible, Jean Grey est poignardée, Firestar hérite d'une mission abominable, les portails de Krakoa sont piratés et deviennent des pièges affreux, Lourdes Chantel se sacrifie d'une manière déchirante, Charles Xavier se rend, Malicia opère un baroud d'honneur et un sauvetage in extremis... N'en jetez plus ! On est littéralement saisi par le massacre mutant, à la hauteur du premier (qui donna son titre à une saga culte), par la déroute des survivants, par le désespoir absolu qui étreint Xavier. Mais on est aussi intrigué par ce qu'on voit du côté de Mother Righteous (sur l'archipel de Krakoa basée dans l'Atlantique, et il est certain que cela va faire phosphorer les fans).

Visuellement, 80 pages, c'est l'occasion d'un défilé de dessinateurs et Marvel a convié stars confirmés et recrues en devenir. Adam Kubert ouvre la marche et plus tard donne une belle scène à Wolverine. Puis Luciano Vecchio lui succède, plus fade. Russell Dauterman, comme chaque année, se charge de la présentation de la nouvelle équipe : deux pages seulement, mais superbes. Ensuite, la catastrophe commence pour les héros et les artistes s'enchaînent : Javier Pina et Matteo Lolli ne font pas de quartier, RB Silva qui signe des pages magnifiques, Joshua Cassara ne fait que passer, Kris Anka a droit à un autre moment fort, et Pepe Larraz conclut en beauté. Franchement, c'est un régal pour les yeux, élégant, et brutal.

On a même droit à deux pages par Jonathan Hickman et Valerio Schiti, parfaitement intégrées au reste, qui introduisent deux des futurs protagonistes de leur projet G.O.D.S., de manière très habile. Cela suffit au binôme pour ironiser sur la fameuse affirmation de Magneto dans House of X #1 comme quoi, à présent, les mutants seraient les nouveaux dieux.

Maintenant, dans les mois à venir vont éclore de nombreuses mini-séries exploitant la situation, utilisant les survivants, ramenant des personnages qu'on n'a pas vus depuis des lustres (comme Alpha Flight), investissant plusieurs territoires. Je ne vais rien lire de tout ça. A vrai dire, je pense que cela aurait été bien plus fort et culotté de ne plus rien publier de mutant jusqu'en 2024, histoire de vraiment angoisser les fans et repartir sur des relaunchs, une nouvelle collection de séries (avec de nouveaux noms, comme celui, teasé à la San Diego Comic Con le week-end dernier, de New X-Men). 

Mais Marvel comme la nature a horreur du vide et préfère combler les mois prochains avec une avalanche de projets qu'on sait par avance très inégaux (en qualité et en intérêt). Une stratégie similaire au MCU qui, s'il avait misé sur un break après Avengers : Endgame, aurait permis au spectateur de souffler, de se remettre de ses émotions et pour les studios Marvel de créer une attente, un désir, un manque bien plus efficace. Selon l'offre qui sera proposée au terme de Fall of X, je verrais si ça m'intéresse de revenir lire des aventures mutantes. Ce Hellfire Gala donne un terrain fertile pour une sorte de nouveau départ. Aux scénaristes et editors de savoir en tirer la meilleure liqueur.

jeudi 9 décembre 2021

INFERNO #3, de Jonathan Hickman et R.B. Silva avec Stefano Caselli et Valerio Schiti


Tous ceux qui, comme moi, auront apprécié la refonte de la franchise X par Jonathan Hickman adoreront Inferno tant le scénariste s'y livre à un exercice magistral qui fait reconsidérer tout son projet d'un oeil nouveau. Ce troisième épisode est à cet égard fascinant puisque, avec deux longs flashbacks, on porte un regard tout à fait bouleversé sur des événements majeurs. Au dessin, RB Silva livre une très bonne prestation, même s'il a dû être soutenu par Stefano Caselli et Valerio Schiti.


Le passé. Lorsque Cypher a dû devenir l'intermédiaire entre Krakoa et les mutants, il s'est méfié du projet de Xavier et, avec Warlock, il a piraté l'île pour en surveiller les représentants les plus importants, y compris Moira MacTaggert.


Aujourd'hui. Emma Frost convoque Mystique et Destinée pour leur révéler que Moira MacTaggert et vivante et mutante. Elles scellent une alliance contre Xavier et Magneto pour préserver leurs intérêts et ceux de leurs protégés.


Moira MacTaggert rejoint Paris et sa résidence secrète mais des agents d'Orchis la capturent et la téléportent dans une base en Terra Verde. Sur Krakoa, alors qu'il discute de la situation du Conseil, Xavier intercepte le cri de détresse de Moira et part à son secours avec Magneto.
 

Dans la Forge d'Orchis en orbite autour du soleil. La Sentinelle Oméga et Nimrod observent la fabrication d'une nouvelle Sentinelle-Mère. Karima Shapandar révèle à son acolyte comment, en venant du futur, elle a initié la création d'Orchis pour empêcher que les mutants ne gagnent définitivement.


Magneto remonte la piste de Moira grâce à un traceur implanté dans la prothèse de son bras gauche mais celle-ci a été retirée. Moira est aux mains de Mystique et Destinée. Nimrod et la Sentinelle Oméga débarquent dans la base de Terra Verde où se trouvent Xavier et Magneto.

Commençons, une fois n'est pas coutume, par parler des dessins de ce pénultième épisode d'Inferno. Initialement, dans les annonces de Marvel, la mini-série comptait un artiste différent pour chaque chapitre, à l'exception des premier et dernier (signés Valerio Schiti). Ce troisième numéro devait donc être intégralement complété par R.B. Silva qui faisait son retour après Powers of X et X-Men #5.

La couverture de Inferno #3 nous renseigne différemment en affichant les noms de Stefano Caselli (dessinateur du n°2) et de Valerio Schiti aux côtés de celui de Silva. C'est d'abord donc un peu décevant de constater que ce dernier n'a pas réussi à réaliser son épisode intégralement. 

Mais, ne faisons pas non plus la fine bouche car retrouver Caselli et Schiti est tout sauf pénible. Caselli dessine les pages 21 à 27 et Schiti les pages 39 à 47. Ils s'en acquittent très professionnellement et livrent des prestations conformes à leur (grand talent). C'est certes un tout autre style que celui de Silva, mais, pour ma part, j'aime ces trois artistes et lire un épisode illustré par eux est un régal, même si j'aurai bien aimé que Silva fasse tout.

Surtout que, sur ses planches, Silva affiche une grande forme. Il est encré par Andrea di Benedetto, son partenaire habituel. Ensemble, ils nous gratifient d'images mémorables, et de scènes superbement découpées. Quand il faut y aller à fond dans le grand spectacle, ces deux-là n'ont peur de rien et il y a notamment une splash-page avec les Phalanx géants qui est à couper le souffle, terrifiante et fascinante à la fois. Je pense aussi à cette autre vignette généreuse par son format où on découvre comment Cypher et Warlock ont parasité Krakoa (voir ci-dessus) et qui participe grandement à la substance même su scénario de Hickman.

Silva sait en tout cas s'adapter magnifiquement à la narration, puisqu'il est aussi capable de produire un gaufrier très efficace, avec des personnages expressifs, lors d'une autre scène-clé (voir ci-dessus), pleine de tension. L'artiste s'émancipe aussi de l'influence d'Immonen, très présente à ses débuts, et exploite à fond les effets numériques avec di Benedetto pour traduire l'aspect très s.-f. du récit.

Très beau, donc, l'épisode est surtout, une fois encore, une leçon d'écriture par Jonathan Hickman qui semble avoir conçu Inferno comme un fabuleux exercice de style dont une bonne partie consiste à obliger le lecteur à reconsidérer "l'âge de Krakoa" d'un oeil nouveau en en découvrant les coulisses, les secrets.

D'un côté, il y a les scènes au présent où il se passe déjà beaucoup de choses bouleversantes après celles racontées dans les deux numéros précédents. Emma Frost, on le sait, a très mal pris la découverte du rôle de Moira MacTaggert, ou plus exactement le fait que Xavier et Magneto le lui aient cachée. Elle poursuit désormais son propre agenda, mais qui peut assurer où cela ménera la communauté mutante. On peut spéculer à l'envi, en imaginant que la Reine Blanche devienne la nouvelle leader du Conseil (elle en a l'étoffe, le charisme et les compétences, et la couverture du précédent épisode le suggérait). Mais je me méfie de ce qui est trop évident avec Hickman.

Toutefois est-il qu'elle convoque Mystique et Destinée et passe un pacte avec elles. La fin de l'épisode montre Moira aux mains des deux dernières, dans une position qui renvoie au terme de la troisième vie de Moira  dans House of X #2 (mais sans Pyro cette fois), et dans la No-Place de Moira (son habitat secret sur Krakoa). Que vont-elles lui faire ? 

Surtout que, juste avant, on a suivi Magneto et Xavier en Terra Verde dans une base de Orchis, dont le personnel a été décimé. Comment interpréter ces images ? Selon mois, Mystique et Destinée (avec peut-être des complices) sont responsables de ce massacre pour avoir délivré Moira mais pour ensuite mieux la ramener dans sa No-Place sur Krakoa et la soumettre à quelque interrogatoire. En même temps, Mystique et Destinée ont pris soin de détacher la prothèse du bras gauche de Moira (à moins que les agents d'Orchis s'en soient chargés avant leur intervention), pour attirer Magneto et Xavier dans un guet-apens puisque Nimrod, la Sentinelle Oméga et des soldats débarquent à leur arrivée. 

Cette partie de l'épisode joue sciemment  sur une certaine confusion, un enchaînement rapide et sanglant, visant à déstabiliser autant Xavier et Magneto que le lecteur pour les laisser tous dans une situation préoccupante.

Mais, bien sûr, ce qu'il faut retenir avant tout de cet épisode, ce sont ses deux longs flashbacks, qui ne réécrivent pas l'histoire depuis HoX-PoX mais nous font reconsidérer des éléments cruciaux en dévoilant des faits jusqu'à présent non exposés. Et, là, Hickman m'a franchement sidéré.

Dans le premeir flashback, nous suivons Cypher depuis son arrivée sur Krakoa où le dépose Xavier. C'était dans Powers of X #4. Doug Ramsey avait pour mission de communiquer avec l'île, de créer une interface avec elle pour la préparer à l'arrivée massive de mutants, à l'édification d'habitats et à l'élaboration d'une bio-technologie.

Xavier avait montré télépathiquement à Cypher le but de tout cela et là on découvre en images tout ce que Doug a vu. Mais surtout on reste avec lui une fois Xavier parti. Cypher n'a pas débarqué sur Krakoa seul, il était avec Warlock et celui-ci l'a mis en garde contre Xavier et son projet. Cypher va alors, et ça on l'ignorait complètement depuis deux ans, complètement pirater le plan du professeur avec l'aide de Warlock. D'abord en parasitant l'île de façon à profiter de ses "yeux" et de ses "oreilles". Cypher devient alors, sous nos yeux, le mutant le plus puissant de Krakoa, celui qui a, dès le départ, espionné les fondateurs de la Nation X : Xavier, Magneto, le Fauve, etc. On comprend vraiment pourquoi Hickman a toujours dit que Doug Ramsey était son mutant favori puisqu'il lui a donné une position unique et insoupçonnée jusqu'à présent.

Mais comment Cypher a pu échapper à la vigilance de tous les télépathes ? Simple : il suffit de rappeler, comme le fait Hickman, que Krakoa se sustante avec l'énergie psychique des mutants et des cadavres. Dans ces conditions, et surtout étant donné que Cypher n'a jamais éveillé les soupçons, a agi discrètement, docilement, personne n'a pensé à le sonder, à le suspecter. On lui donnerait le Bon Dieu sans confessions, et Xavier lui a donné les clés du paradis mutant. Cypher a ainsi écouté aux portes et regardé dans les trous de serrure, jusqu'à découvrir le secret le mieux gardé de son mentor : l'existence et le rôle de Moira et surtout sa plus grande peur - Destinée.

J'adore, personnellement, ce genre de retournement de situation, mais je concède qu'il faut que ce soit parfaitement mené. Il ne faut se douter de rien et en faisant de Cypher son agent, Hickman nous a tous roulés dans la farine. Jusqu'à présent, Doug Ramsey n'était là que pour porter la voix de Krakoa lors des séances du Conseil. Quand il a dû s'engager dans le tournoi durant X of Swords, il ne s'est pas battu mais s'est marié avec une arakki. Absolument personne ne pouvait penser que Cypher savait tout sur tout le monde et, mieux encore, avait pris les dispositions nécessaires pour cela et certainement jouer le garde-fou de tout le projet de Xavier, Magneto et Moira. C'est époustouflant, quasi du même niveau que la révélation du rôle d'Ozymandias dans Watchmen. Le truc qu'on n'a pas vu venir et qui est tellement énorme qu'on est obligé de reconnaître la maestria de l'auteur.

L'autre flashback concerne Karima Shapandar, la Sentinelle Oméga. Cette fois, Hickman procède un peu différemment dans la mesure où il emprunte directement (comme c'est indiqué dans une phrase de dialogue) à l'arc Days of Future Past de Chris Claremont.

Karima est avec Nimrod dans la Forge d'Orchis en orbite autour du soleil. On découvre d'abord qu'une nouvelle Sentinelle-Mère est en cours de fabrication. Puis Nimrod exprime ses interrogations au sujet de sa partenaire. Elle lui raconte alors son secret qui, là aussi, modifie sensiblement notre perception sur son rôle.

Hickman alterne des pages illustrées et des data pages qui reviennent sur la dixième vie de Moira MacTaggert, c'est-à-dire celle qu'elle vit actuellement. Dans le futur de cette dixième vie, Moira et les mutants ont successivement vaincu tous leurs adversaires - humains, machines (jusqu'aux Phalanx). Dans cette ligne temporelle, il y a une variante, celle où a vécu la Sentinelle Oméga. Elle a remonté le temps pour rencontrer le Dr. Killian Devo et initier avec lui la création d'Orchis. 

Dans le futur d'où vient la Sentinelle Oméga, la défaite de Nimrod a été analysée. Avec Devo puis le Dr. Alia McGregor, elle va donc améliorer la conception de Nimrod pour éviter sa défaite. L'objectif est simple : il faut assurer la victoire de Nimrod et celle des machines parce que dans le futur de la Sentinelle Oméga, les mutants ont toujours gagné, quel que soit leur adversaire. Si les machines gagenent, alors les Phalanx domineront et la "mutanité" sera définitivement éradiquée (comme on l'a vu dans Powers of X).

Karima Shapandar a donc été l'hôte de la Sentinelle Oméga. Récupérée par les mutants, sa programmation a été modifiée et le danger qu'elle représentait annulé. Jusqu'à la dixième vie de Moira, l'histoire actuelle racontée où la Sentinelle Oméga a pu éviter sa reprogrammation et initier Orchis avec Devo.

Ce chapitre, ardu sur le papier, car appartenant à de la s.-f. pure et dure, avec voyages dans le temps, concepts démesurés, enjeux catastrophistes, vies multiples, s'avère étonnamment claire à la lecture, comme un cours magistral dispensé par un professeur pédagogue. Hickman établit une suite d'événements avec une logique imparable, ou du moins qu'on ne se sent pas de remettre en question car parfaitement agencée. 

C'est ça aussi, un grand scénariste : quelqu'un à même de vous faire avaler des faits improbables mais qui s'inscrivent implacablement dans une trame plus grande, un récit plus global. Surtout, l'histoire secrète de la Sentinelle Oméga apparaît comme le versant de celle de Cypher : Karima Shapandar est à Orchis ce que Doug Ramsey est à Krakoa, un agent de l'ombre, qui manoeuvre en coulisses, dont personne ne connaissait l'importance cruciale, l'influence.

Inferno est une conclusion décidément bluffante au run de Jonathan Hickman. Jusqu'au bout, il aura pesé sur le destin des mutants, dont il aura reconfiguré la position, l'action et le futur.  Il faut vraiment souhaiter que les scénaristes de la franchise sauront exploiter cet héritage merveilleux d'inventivité car, loin de tout boucler derrière lui, Hickman laisse l'univers mutant avec un réservoir d'histoires incroyable. Suite et fin en 2022 : ça promet !   

jeudi 22 octobre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 9-10 : EXCALIBUR #13 - X-MEN #13, de Tini Howard et R.B. Silva, Jonathan Hickman et Mahmud Asrar

 


Mine de rien, on arrive cette semaine, avec ces treizièmes épisodes de Excalibur et X-Men à presque la moitié de X of Swords (le cap sera franchi la semaine prochaine avec X of Swords : Stasis). C'est passé drôlement vite et cela me rassure car cela dissipe mes craintes sur les possibles longueurs de ce crossover. Ce premier acte aura donc mis en scène la présentation des champions de Krakoa (même s'il en reste encore deux à identifier) et les chapitres 9 et 10 réservent encore de belles surprises. A commencer par cette étape dans l'Outremonde avec Captain Marvel écrite par Tini Howard et dessinée par RB Silva....


Saturnyne a convié dans sa citadelle la famille Braddock. Il s'agit de désigner le champion de son royaume pour le tournoi contre les Arakki. Mais elle a déjà son idée à ce sujet et va conspirer pour arriver à ses fins en dressant Betsy (qu'elle déteste) contre Brian (son favori), devant Jamie.


Brian veut remettre l'épée de puissance à Betsy qui refuse. Lorsque Saturnyne s'en mêle, elle oblige Betsy à détruire l'amulette de la sagesse, ce qui la condamne à une incarcération et promeut Brian comme champion de l'Outremonde.


Jamie échappe de peu à une arrestation par les membres d'Excalibur, asservis par Saturnyne, et aide Betsy à prendre sa revanche. Saturnyne remet à Brian l'épée Starlight mais Brian a joué la comédie pour que Betsy s'en empare. Brian et Betsy combattront ensemble pour Krakoa.

*


Jonathan Hickman reprend la main ensuite. Il est désormais accompagné de Mahmud Asrar, à qui revient le redoutable honneur de remplacer Leinil Yu (qui signe la couverture, puissante, de l'épisode). Ce chapitre revient sur la guerre entre Amenth et Arakko et le rôle d'Apocalypse dans un récit épique et tragique.


A l'agonie après avoir été blessé par les cavaliers et l'Invocateur, Apocalypse reçoit un traitement de choc grâce au Guérisseur dont les pouvoirs sont amplifiés par Hope Summers. Il se remémore la guerre contre Amenth et ses conséquences pour sa famille directe.


Les démons d'Amenth ont dévasté Okkara, malgré la résistance offerte par l'Epée Blanche et ses troupes. L'intervention d'Apocalypse et surtout de sa femme Genesis et leurs enfants, les quatre cavaliers, a été décisivie pour négocier la paix face à Annihilation qui leur a soumis un test.


En réponse à ce défi, Genesis impose à Apocalypse de séparer Okkara en deux et de préparer dans le nouveau monde où il sera des champions au cas où elle échouerait à contenir la horde d'Annihilation. Apocalypse se remet de ses blessures et, escorté de Gorgone, va chercher son épée Scarab.

De manière finalement assez classique, X of Swords se sera déployé dans un premier temps à identifier les champions de Krakoa. Là où on pouvait redouter une intrigue complexe, on a eu un déroulé très simple. Au temps pour ceux qui reprochent à Jonathan Hickman ses intrigues trop sophistiquées (et j'ai longtemps été de ceux-ci, soyons honnêtes)...

Ce qui est très intéressant et réussi, c'est qu'on a pas eu droit à des désignations allant de soi (à l'exception de Wolverine, dont personne ne s'attendait à ce qu'il ne soit pas du nombre des champions). Les différents scénaristes ont dû composer avec des personnages aux motivations très diverses, un casting pas évident, et des surprises véritables pour le lecteur, qui ont permis d'instaurer un vrai suspense (grâce à la suspension de résurrections, puisque ceux qui périssent dans l'Outremonde ne peuvent revenir parmi les vivants - ou alors salement abîmés).

Je dois dire que j'ai été ravi des choix opérés, dans la conduite du récit et le choix des protagonistes. Si tous les épisodes ne se sont pas valus, tant sur les plans de l'écriture que des dessins, l'ensemble est tout de même d'une très belle facture. Cela se lit sans aucun ennui, avec même des chapitres au ton inattendu (Hellions).

L'autre surprise, c'est qu'alors que la semaine prochaine, X of Swords : Stasis va se pencher sur les champions d'Arakko dans un numéro spécial, on ne connaît pas, à la fin de X-Men #13, tous les élus de Krakoa (deux places sont encore vacantes). De quoi là aussi alimenter un certain suspense (et un suspense certain). Qui rejoindra Magik, Wolverine, Tornade, Cable, Cypher, Captain Avalon, Captain Britain et Apocalypse ?

Dans Excalibur #13, Tini Howard interroge la situation de Captain Britain, dont le titre appartient désormais à Betsy Braddock (ex-Psylocke). Elle n'a pas choisi de rôle et ses relations avec Saturnyne, qui est la chef du Captain Britain Corps (même si cette armée n'existe plus depuis sa décimation lors de Secret Wars), sont exécrables. Et pour cause, Saturnyne ne juge pas Betsy digne et lui préfére Brian Braddock (depuis toujours - Saturnyne a longtemps convoîté comme amant Brian et son ardeur ne semble pas franchement calmée, même si son champion est marié et père de famille).

Brian a renoncé à son titre, d'autant plus qu'il a récemment été possédé par Morgan le Fay. Il tient donc à confier l'épée de puissance à sa soeur. Mais celle-ci n'en veut pas car elle tient à choisir son arme, et donc reste réticente à toute question d'héritage impliquant Brian et le titre de Captain Britain. La présence lors de cette réunion du fantasque Jamie Braddock, qu'Apocalypse a installé sur le trône du royaume d'Avalon (là aussi, au grand dam de Saturnyne), n'arrange rien.

Même si on peut diversement apprécier que Betsy soit Captain Britain, lui avoir donné ce rôle rend cet épisode particulièrement savoureux et rend son personnage plus relevé. On a affaire à quatre individus aux caractères forts, à des conflits d'intérêts épicés, à des enjeux politiques et sentimentaux corsés. Tini Howard fait de cet épisode le théâtre de tous ce (res)sentiments, des non-dits qui éclatent au grand jour. La scénariste excelle à manipuler ces héros comme Saturnyne tout en piégeant finalement cette dernière de manière habile. Seul bémol : les membres d'Excalibur, comme c'était le cas pour les autres équipes dont les séries ont été "squattées" par la saga, sont relégués au rang de figurants. 

Même si je reste parfois désarçonné par les variations de rythme d'une scène à l'autre, c'est l'épisode que je préfère parmi ceux que j'ai lu de Tini Howard, qui a indéniablement un style, une voix bien à elle, qui existe fortement, qui n'est pas écrasé par le crossover. Et puis elle bénéficie d'un dessinateur de première classe pour l'occasion.

R.B. Silva quitte donc la franchise X sur une belle prestation (il est désormais le dessinateur régulier de Fantastic Four, à compter du #25 qui sort cette semaine). Boosté par ses épisodes de Powers of X, il aura contribué grandement à donner une nouvelle jeunesse aux mutants avec Pepe Larraz. La facilité de Silva à s'emparer de ces héros est toujours aussi confondante, et il produit des planches superbes ici, depuis la vue d'ensemble sur la citadelle de Staturnyne, jusqu'au jardin où ont été érigées des statues des précédents Captain Britain en passant par la geôle obscur où croupit brièvement Betsy et la chambre de Saturnyne. On est à chaque fois saisi par la majesté des décors et les compositions dynamiques de Silva, sa façon de les éclairer pour donner le plus d'intensité possible aux scènes.

Il faut aussi voir avec quelle minutie il habille les personnages et pour cela s'attarder sur les tressages des habits de Brian et Jamie Braddock. Il représente Betsy dans son costume de Captain Britain en lui conférant une allure moins juvénile que Marcus To et plus expressive même que Alan Davis (à l'époque où elle grossit les rangs des X-Men, au lendemain du Massacre Mutant). Dommage vraiment qu'il n'ait pas été installé sur un titre régulier de la franchise (mais nul doute que son renfort fera du bien aux FF de Dan Slott).

Comme souvent (toujours), lorsque Jonathan Hickman revient en scène, il y a comme une montée en régime, un changement de relief, assez nets en termes d'écriture, de construction. Et X-Men #13 le confirme avec un épisode somptueux.

Le grand architecte de la franchise X ne cache pas ses préférences pour certains mutants et Apocalypse en fait clairement partie. D'ailleurs X of Swords n'existerait même pas sans En Sabar Nur. Leinil Yu a permis de manière décisive à imposer le colosse immortel comme une figure éminente de la nation X, en lui ajoutant une bonne dose de mélancolie, ce qui a nuancé tout ce qu'on pouvait aimer ou pas chez ce personnage. Apocalypse est la mémoire du peuple mutant, un survivant, qui a converti ses ambitions guerrières dans une cohabitation paisible, mais pas exempte de secrets. Ces secrets forment le terreau fertile de ce crossover. Et cet épisode y revient.

Dans X-Men #12, via l'Invocateur, le petit-fils d'Apocalypse, on avait appris le funeste destin d'Arakko, tombé sous les coups de la horde démoniaque d'Amenth. Il était également suggéré qu'Apocalypse avait dû consentir à un terrible sacrifice pour empêcher l'ennemi d'envahir totalement l'île originelle d'Okkara. De fait il avait séparé Krakoa et Arakko en laissant derrière lui femme, enfants et peuple. Mais le récit de l'Invocateur demeurait sujet à caution depuis sa trahision dans X of Swords : Creation, où avec les quatre cavaliers, comme un nouveau Brutus, il avait blessé gravement son grand-père.

Depuis son retour sur Krakoa, dans X-Factor #4, et les événéments ayant conduit à l'arrêt des résurrections, Apocalypse agonise er rien ne semble pouvoir améliorer son état. Ni le Guérisseur, ni le Dr. Cecilia Reyes, ni le Fauve n'ont été capables de soulager ses atroces souffrances. En autorisant qu'on lui administre un traitement de chox, potentiellement fatal, il se rémémore ses derniers instants sur Arakko.

J'ai déjà dit tout le bien que je pensais du traitement mythologique qu'avait apporté Hickman aux X-Men via Apocalypse dans le cadre de ce crossover. Je ne vais pas me répéter, même si je trouve toujours ça impressionnant et passionnant de revenir sur l'existence d'Arakko, et par extension d'Okkara, de découvrir les premiers cavaliers d'Apocalypse, sa femme Genesis, les assauts de la horde démoniaque d'Amenth, la séparation d'avec Krakoa. Tout ça possède un souffle vraiment épique, qui ne peut que vous emporter. Cela donne une perspective inouïe à l'histoire, une profondeur tragique et poignante à l'intrigue. Plutôt que de multiplier les spin-off, Jordan White, l'editor de la franchise, aurait été plus inspiré de développer au moins une mini-série consacré à ces origines de l'île mutante (ç'aurait été plus captivant que de consacrer un titre à Kid Cable ou aux futurs Children of Atom).

Du point de vue d'Apocalypse, le sort d'Arakko devient nettement plus émouvant. Bien entendu, on peut penser que ce n'est toujours pas la vérité, mais pourtant, dans les conditions où il se rappelle de tout ça, il me paraît diffile qu'il mente. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'un récit proprement dît car il ne partage pas ses souvenirs, il y revient alors qu'il est incapable de parler, en proie à une terrible souffrance physique, à l'article de la mort. Plus prosaïquement, il s'agit alors d'une évocation d'un homme qui a dû, par devoir, tout abandonner derrière lui, pour la survie de son espèce et en prévision de sombres lendemains. On comprend alors le masque triste, ravagé, insurmontablement marqué d'en Sabbah Nur.

Mais il y a un autre masque dans cette histoire. L'Invocateur avait évoqué Annihilation comme l'adversaire ayant eu raison d'Arakko et de sa reine, Genesis. Pourtant, Marvel et Hickman ont ensuite beaucoup "teasé" sur l'identité d'Annihilation, laissant entendre qu'il s'agissait de la figure la plus importante de leur saga. Les spéculations vont bon train depuis...

Hickman ne dit encore rien, il faudra attendre (sans doute jusqu'au bout de l'aventure). Mais cela ne veut pas dire qu'il ne nous étonne pas. Car en vérité, Annihilation avant d'être une personne est un masque, au sens littéral, un artefact d'une puissance absolue. Celui qui le porte est possédé par lui et consumé. Et donc l'Annihilation évoquée par L'invocateur doit être un individu sacrément puissant pour avoir supporté ce masque, ce qui justifie qu'elle soit venue à bout de Genesis (dont l'efficacité est montrée dans cet épisode). On notera incidemment que X of Swords est garni de reliques, d'objets mythiques avec les épées, les masques, les armures, les armes (comme les blasons mais aussi comme les arsenaux). Et cela renvoie aux récits de chevalerie, à la geste chevaleresque, à la quête arthurienne. On voit donc que ce crossover est davantage un récit quasi-moyenâgeux qu'une histoire de SF comme Hickman les apprécie (en témoigne son actuel creator-owned avec Mike Huddleston, Decorum).

La mise en images de Mahmud Asrar est magnifique. Son style est d'ailleurs proche de celui de Yu, sans être aussi marmoréen, granitique. Toutefois, l'épisode tout entier appartient au même registre illustratif que le précédent numéro de X-Men, puisque la voix-off remplace abondamment les dialogues et donc tout découpage séquentiel. 

Asrar est devenu, au gré d'une carrière qui est maintenant bien fournie, un dessinateur aguerri et capable de s'adapter à divers styles d'écriture (il a collaboré avec Bendis, Aaron, Waid...). Cette souplesse lui permet de s'approprier facilement et rapidement n'importe quel univers, personnages, décors, comme s'il les dessinait depuis toujours. Les designs de Pepe Larraz (qui a établi les looks des Arakki et de la horde de démons d'Amenth) ne lui posent aucune difficulté. 

Grâce à sa technique très solide, il compose des plans avec la distance souhaitée, l'ampleur requise, le sentiment nécessaire. Qu'il s'agisse de montrer, en ouverture le visage du Hurleur perturbé par les cris d'Apocalypse ou les larmes que verse finalement ce dernier en se souvenant de sa rupture avec Genesis et leurs enfants, il sait parfaitement convoquer l'émotion et la transmettre. Mais quand il s'agit d'illustrer les batailles, une négociation tendue, ou un voyage express dans le désert lybien au coeur d'une pyramide, Asrar fait preuve d'un métier, d'une assurance comparables. J'espère vraiment qu'il restera sur le titre un moment (même s'il travaille actuellement sur King Conan avec Aaron, la suite de leur run sur Conan the barbarian).

Voilà en tout cas deux épisodes remarquables à tous points de vue. X of Swords s'apprête à basculer dans son Acte II, sans qu'on sache exactement de quoi il va être fait (et c'est une sorte d'exploit que d'avoir produit une telle saga sans que le lecteur sache où il va). La réussite de ce premeir mouvement inspire en tout cas confiance pour la suite.

vendredi 10 juillet 2020

EMPYRE : FANTASTIC FOUR #0, de Dan Slott, R.B. Silva et Sean Izaakse


Pour ce second prologue à la saga Empyre, c'est Dan Slott qui prend les commandes - ce qui est légitime puisqu'il écrit la série Fantastic Four et que le quatuor est la vedette de cet épisode. Epaulé par les dessinateurs RB Silva et Sean Izaakse (qui a illustré quelques numéros des FF récemment), ce chapitre devait expliquer la dernière scène de Empyre : Avengers #0, où on voyait les FF aux côtés des Kree et des Skrulls. Malheureusement, rien de tout ça n'est éclairci...


Les Fantastic Four tombent en panne dans l'espace mais un vaisseau accepte de les conduire jusqu'à une planète proche où ils pourront faire réparer leur appareil. Suite à un malentendu, le capitaine qui les a secouru pense que Ben Grimm doit participer au tournoi diu Casino Cosmico.


Sur place, l'équipe comprend que la Profiteuse, soeur du Grand Maître (un des doyens de l'univers), organise des combats entre un Kree et un Skrull dans une arène, alors même que les deux races ont fait la paix. Reed et Sue Richards partent enquêter.


Peu après l'entrée des combattants dans l'arène, Ben et Johnn Storm découvrent qu'il s'agit d'enfants et ils vont interrompre le match. Reed surprend la Profiteuse tandis que Sue part à la recherche de Franklin et Valeria, aperçus dans la salle de jeux du casino.


Sue gronde ses enfants puis les aide à décrocher le jackpot, pour payer les réparations du vaisseau. Reed est fait prisonnier et Ben et Johnny sont piégés dans l'arène. Le public est surchauffé par ces rebondissements qui pimentent le spectacle.


Alors que la situation est compromise pour les héros, Sue et les enfants resurgissent pour obliger la Profiteuse à lâcher l'affaire...

Empyre sera co-écrit par Al Ewing, qui en est le vrai chef d'orchestre, et Dan Slott. Comme je l'ai dit en ouverture, ce n'est pas illégitime puisque ce dernier écrit la série consacrée aux Fantastic Four, qui partage l'affiche de la saga avec les Avengers et l'alliance Kree-Skrull. On attendait donc, tout aussi logiquement, que ce second prologue nous apprenne pourquoi les FF ont pris le parti des extra-terrestres comme nous le révélait la dernière page de Empyre : Avengers #0.

Mais tout le problème est que Slott n'a pas daigné nous donner cette explication. Pourtant, l'épisode est copieux, (long comme un Annual) et riche en action (là où le prologue avec les Avengers était plus calme). Nous voici embarqués pour une escale au Casino Cosmico, théâtre de pugilats organisés par la Profiteuse (soeur du Grand Maître, un des doyens de l'univers), et dont les deux lutteurs vedettes sont un Kree et un Skrull. Problème : ce sont des enfants et ils ignorent que leurs peuples ont fait la paix.

Bien entendu, les FF vont mettre fin à ce bazar et exfiltrer les deux gamins. L'épisode se termine non pas en nous dévoilant comment Krees et Skrulls convainquent les héros d'accompagner leur armada en route pour la Lune et la Terre contre les Cotati et les humains, mais quand Reed, Sue, Johnny et Ben croisent les aliens. On ignore donc tout des raisons pour lesquelles ils s'allient à eux et c'est, ma foi, bien embarrassant car, si l'on en croit ce qu'ont raconté le Swordsman et son fils Quoia aux Avengers, Krees et Skrulls sont quand même en route pour une énième guerre contre notre planète, projet auquel on imagine mal que les FF souscrivent.

Tout ça est un peu inquiétant pour la suite car comme Slott et Ewing vont co-écrire Empyre, si Slott commence par ne pas suivre le plan de Ewing, ça va être un sacré imbroglio. Bon, je n'imagine pas que l'editor de la saga ne veille pas, mais le résultat est qu'on a un prologue complètement à côté de la plaque.

C'est d'autant plus dommage que la lecture n'est pas désagréable. Slott maîtrise bien ses personnages : même si j'ai vite lâché la série Fantastic Four, dont le démarrage a été calamiteux (histoire foirée, départ de Sara Pichelli au bout d'un épisode et demi, mariage de Ben Grimm et Alicia Masters, défilé d'artistes inégaux), il faut reconnaître qu'il prouve ici sa maitrise pour les animer. Même les deux gamins têtes à claques que sont (restent) Franklin (qui est devenu brun !) et Valeria, Slott réussit à les écrire de manière attachante, en les intégrant à l'action de façon habile.

Visuellement, Marvel avait promis RB Silva comme seul artiste, annonçant ainsi le retour du duo de dessinateurs de House of X-Powers of X pour inaugurer la saga. Mais c'est une petite déception de constater que Silva ne signe pas l'intégralité des planches. Il est aidé par Sean Izaakse qui, d'ailleurs, accomplit un travail remarquable, en se fondant harmonieusement dans le style de Silva sans pourtant l'imiter. Le tout est cohérent et plein d'énergie. Les deux artistes eux aussi ont bien en main les personnages et ne lésinent pas sur les décors et la figuration abondante, tandis que Marte Gracia assure la cohésion chromatique en mettant le tout en couleur.

On ne peut pas être franchement satisfait du résultat; c'est une occasion manquée, gâchée. Et le responsable est Slott. Mais grâce à la qualité graphique, au dynamisme du récit, on ne s'ennuie pas. Et surtout, peut-être le plus important, cela n'entame pas l'envie de se plonger dans Empyre... Pour peu que les scénaristes accordent leurs violons et que la situation des protagonistes soit bien posée, les enjeux de l'intrigue bien exploités. 

jeudi 30 janvier 2020

X-MEN #5, de Jonathan Hickman et R. B. Silva


Ce cinquième épisode de X-Men voit le retour au dessin de R. B. Silva, après avoir illustré les cinq numéros de Powers of X, et c'est un vrai plaisir car son travail redynamise une série que Leinil Yu a bien du mal à animer. Ensuite, ce chapitre marque un tournant dans la narration de Jonathan Hickman car sa fin est ouverte et dramatique. 


Echappée de la station Orchis après l'attaque des X-Men, Serafina, une Enfant de la Voûte, est repérée en Equateur où Wolverine la traque. Mais elle réussit à lui échapper en se réfugiant dans la Voûte, à l'intérieur d'une Sentinelle désactivée.


Avec Wolverine, Tornade et le Pr. X, Cyclope confie à Synch, X-23 et Darwin la périlleuse mission d'entrer dans la Voûte. Mais le temps s'y écoule différemment et les Enfants de la Voûte sont différents des mutants, sans doute les seules créatures qui leur sont supérieures.


Serafina active le protocole pour ramener ses compagnons et veiller sur leurs secrets. A l'extérieur, les X-Men se déploient pour créer une diversion qui déroutera la système de sécurité de la Voûte et permettra ainsi à Synch, Darwin et X-23 d'y entrer.


La manoeuvre réussit grâce au renfort d'Armure, même si Tornade est blessée dans l'affaire. Synch réussit à forcer l'ouverture de la Voûte et s'y introduit avec Darwin et X-23. Ils y découvrent alors une cité cachée.


Sur Krakoa, le Pr. X est rejoint par Cyclope, venu aux nouvelles. Voilà trois mois et cinq jours que Synch, Darwin et X-23 ont pénétré dans la Voûte. Ce qui équivaut, pour eux, à cinq cent trente sept ans...

La notion de temps était au coeur du diptyque House of X-Powers of X, avec ses histoires entre passé, présent et futur, ses vies multiples, les altérations orchestrées par Moira McTaggert, Charles Xavier et Magneto. Il était donc attendu que Jonathan Hickman renoue avec ces thèmes un moment ou un autre dans X-Men, après quatre premiers épisodes surtout passés à voyager géographiquement.

En réutilisant les Enfants de la Voûte (créés par Mike Carey durant son run), il fait appel à des personnages un peu méconnus et oubliés mais terriblement accrocheurs car considérés comme les seules créatures pouvant rivaliser (et même dominer) les mutants. En effet, ils ne sont pas le produit de mutations dues à l'évolution naturelle, mais le produit d'adaptations à la technologie. Des sortes de "post-mutants" en quelque sorte.

Serafina en fait partie et son pouvoir est l'expression directe de sa catégorie puisqu'elle communie avec les machines, mais une machinerie très avancée, très sophistiquée, dans un environnement complexe. La clé du problème pour les X-Men, qui veulent infiltrer la Voûte, c'est le temps qui s'y écoule différemment : à la fin de l'épisode, on apprend que Synch, Darwin, et X-23 ont pénétré dans l'endroit depuis un peu plus de trois mois, mais que leur séjour dans la Voûte équivaut à cinq cent trente sept ans !

Et Cyclope, le stratège en chef des X-Men, qui a eu l'idée de se servir d'eux comme espions, de mesurer le sort qu'il leur a infligé. Certes, choisir Synch (dont le pouvoir consiste à imiter ceux des autres), Darwin (dont la capacité d'adaptation est supposément infinie) et X-23 (clone de Wolverine) relève du bon sens. Mais ce sont trois jeunes X-Men, dont l'un (Synch), parmi les premiers avoir été ressuscités via la protocole des Cinq, présente, d'après le Dr. Cecilia Reyes, de sérieux troubles psychologiques (il est en plein déni par rapport au décalage induit par son retour à la vie).

Hickman pose la question du sacrifice potentiel de ces trois mutants dans une mission quasi-suicide. Habilement, il ne montre guère les Enfants de la Voûte, y compris Serafina, pour mieux suggérer leur supériorité - d'abord parce qu'ils "jouent à domicile" en somme. Le choix d'installer la Voûte à l'intérieur d'une Sentinelle désactivée relève du même "truc" scénaristique : rien de bon ne saurait se passer qui se situe dans un des robots tueurs de mutants.

Et puis il y a cette fin terrible donc. La révélation du temps déjà passé par les trois espions dans la Voûte glace le sang et interroge sur leur état quand (si) ils en sortiront, reléguant presque au second plan la réussite de leur mission. Depuis quatre épisodes, Hickman sème des graines, comme autant de menaces à venir (la découverte éventuelle par les scientifiques de la station Orchis d'un autre protocole de résurrection, l'enfant de Guerre qui a provoqué la fusion de Krakoa et Arrako, les grands-mères écolo-terroristes, l'échange musclé au forum de Davos). Mais jusqu'à présent, tout cela semblait sous contrôle. Là, pour la première fois, il y a des pertes et l'incertitude, l'inquiétude - de récupérer Synch, Darwyn, X-23, mais aussi d'affronter les Enfants de la Voûte.

On sent que les X-Men sont assis sur une poudrière. A force de se mettre tout le monde à dos (Orchis, les écolo-terroristes, des nations étrangères, sans oublier l'organisation ennemie à l'oeuvre dans X-Force), et malgré la supériorité que leur confèrent leurs pouvoirs et leur statut récent, ils restent fragiles, précaires. Et il reste encore le problème Mystique à gérer (elle attend la résurrection de Destinée, mais cela dévoilerait l'existence de Moira McTaggert), les manigances d'Apocalypse, les coups fourrés de Sebastian Shaw, sans oublier la situation des Nouveaux Mutans dans l'espace...

Après quatre épisodes décevants, Leinil Yu cède (provisoirement) la place à R.B. Silva et c'est un sursaut graphique épatant pour la série. L'artiste brésilien se réapproprie des personnages qu'il adore (c'est visible avec Wolverine) et maîtrise sans peine des têtes peu ou pas utilisées jusqu'à présent (le revenant Synch, Darwin - une création d'Ed Brubaker - et X-23). Je regrette un peu qu'Armure n'ait pas plus de scènes, mais j'espère qu'elle reviendra (ce serait un bel hommage à Joss Whedon).

Surtout Silva se distingue par la clarté et la fluidité de son découpage : dès la première scène avec Wolverine qui file Serafina dans la forêt équatoriale, une tension s'installe qui ne quittera plus l'épisode. Tranquillement, sans forcer, le dessinateur dresse le cadre au moyen d'images percutantes (la Sentinelle à l'intérieur de laquelle Serafina se cache, sa connexion avec le réseau de la Voûte -mention spéciale au passage aux couleurs de Marte Gracia - la diversion orchestrée par Cyclope et Tornade). C'est spectaculaire et superbe.

Le design même des Enfants de la Voûte rappelle le génie en la matière de Chris Bachalo (qui les a co-créés) avec ce mélange parfait d'influences à la mode de la couture et d'éléments dérangeants (les câbles sortant du corps de Serafina).  Tout cela aussi, Silva l'exploite de manière efficace, raccord avec les obsessions futuristes de Hickman.

Décidément, c'est, comme le dit la formule chère à certains critiques, une bonne période pour être fan des X-Men - quand bien même Hickman en a fait quelque chose de tout à fait différent de ce à quoi on nous avait habitués.