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vendredi 15 décembre 2023

GREEN LANTERN #6, de Jeremy Adams, Xermanico, Scott Godlewski, Peter J. Tomasi et David LaFuente


Le premier arc narratif de Green Lantern par Jeremy Adams se conclut avec ce sixième épisode, encore une fois décompressé mais spectaculaire, grâce au dessin de Xermanico soutenu cette fois par Scott Godlewski. La back-up story de Peter J. Tomasi et David Lafuente continue sur des chapeaux de roues avant d'être promue.


Ivre de rage, Sinestro affronte Green Lantern tout en ripostant face aux avions de chasse de l'armée américaine. Sinestro n'est visiblement plus lui-même et ne retient plus ses coups mais n'écoute plus non plus Hal Jordan...


C'est décidément une série difficile à appréhender que celle écrite par Jeremy Adams. Soyons clair : c'est agréable à lire, il y a de l'action, une sorte de simplicité sympathique. Mais subsiste aussi, toujours un sentiment de vacuité embarrassant.


Récemment, je discutais avec des amis des atouts des Big Two actuellement et un consensus émergeait pour dire que, sur le plan éditorial, DC était certainement plus solide et clair dans leur offre. Les équipes artistiques en place sur les séries les plus exposées étaient fiables et séduisantes.


Tandis que du côté de Marvel, la déception dominait. Si X-Men et leur gamme demeuraient attractifs, pour peur qu'on ait apprécié jusque-là l'âge de Krakoa (ce qui n'est pas le cas de tout le monde), en revanche d'autres titres forts laissaient très perplexes comme The Avengers, The Amazing Spider-Man, Captain America, Daredevil.

Sur tout ça j'étais généralement d'accord tout en nuançant que tout n'était cependant pas parfait chez DC à qui je reproche souvent de produire des séries attirantes mais parfois un peu creuses ou passant à côté de leur potentiel. J'ai évoqué à ce sujet Shazam !, Nightwing et Green Lantern.

En vérité, appelé à préciser mon ressenti sur GL, j'ai expliqué que je voyais pas de vrai point de vue. Jeremy Adams est malin, il sait mener sa barque, mais je ne vois pas où il veut en venir, quel est son propos, ce qui distingue son run. Qu'apporte-t-il depuis six n° à Green Lantern ? Je suis incapable de répondre à cette question.

Green Lantern reste désespérément orphelin de l'époque Geoff Johns. Quand ce dernier s'était emparé du héros, Hal Jordan était en pleine disgrâce. Il l'a réhabilité et a patiemment mis en place des intrigues au long cours culminant dans des sagas mémorables comme la Guerre de Sinestro puis l'event Blackest Night. Johns a fait de Green Lantern un personnage plus populaire qu'il ne l'a jamais été, supplantant même en son temps Superman et Wonder Woman, bien aidé aussi par des dessinateurs de haut vol, Ivan Reis le premier.

Je ne dis pas que ses successeurs (Robert Venditti, Grant Morrison) ont démérité, je ne les ai pas lus pour la plupart ou de façon trop éparse. Mais aucun ne me semble avoir creusé le personnage et sa mythologie avec autant d'intensité que Johns. On peut comprendre que ses successeurs l'abordent avec humilité voire frilosité. Mais qu'importe tant qu'ils essaient quelque chose (comme ce fut le cas avec Morrison, même si je n'ai pas été conquis). Hélas ! Jeremy Adams ne me paraît pas avoir grand-chose de neuf à apporter à la série.

C'est en tout cas ce que je retire de ce premier arc que j'ai souvent trouvé vide, en tout cas très/trop décompressé, ne se réveillant vraiment que ces deux derniers mois. Ce qui se passe dans ce numéro ne change guère la donne, même si la révélation finale concernant Kilowog intrigue et l'apparition d'un personnage jusqu'ici seulement vu (sauf erreur de ma part) dans la série animée Green Lantern surprend.

En vérité, ce qui retient le lecteur, ce sont les dessins de Xermanico qui fournit une prestation irréprochable, même si cette fois il tire la langue et est rejoint par Scott Godlewski (sur les pages 3 à 6 et 19-20). Les styles des deux artistes s'accordent assez bien pour ne pas choquer même si Xermanico est supérieur, avec un découpage plus étudié, un trait plus détaillé alors que Godlewski est trop lisse en comparaison.

Mais c'est un atout qui se retourne contre la série car elle souligne encore davantage la faiblesse du récit. Comme Nightwing, on attend longtemps avant qu'il se passe quelque chose pour avoir quelque scènes finalement peu inspirées. Et comme pour Shazam ! il y a cette impression pesante que l'auteur gagne du temps faute d'idées nettes et profondes.

Dans ces conditions, je ne pense pas poursuivre l'achat de ce titre.
  

- WAYWARD SON Pt. 3 (Ecrit par Peter J. Tomasi et dessiné par David LaFuente). Korg, le fils de Sinestro, continue de manigancer pour échapper à son protecteur tyrannique Nagaf, en s'en prenant à des voleurs d'organes...


Sans surprise, il se passe toujours plus de choses dans la dizaine de pages de la back-up story écrite par Peter J. Tomasi que dans la vingtaine donnée à Adams. Et il y a visiblement quelqu'un d'assez lucide chez DC pour le reconnaître puisque le scénariste va bientôt pouvoir développer son histoire sur un format traditionnel.

En effet, en Février 2024, Tomasi poursuivra l'aventure de Korg dans Sinister Sons. Korg y fera équipe avec le fils de Zod, ennemi juré de Superman, et l'objectif est clair et assumé : il s'agit bien de produire un titre qui sera le négatif des Super Sons qu'écrivit déjà Tomasi (avec Jorge Jimenez au dessin au début).

David LaFuente restera au dessin, autre bonne nouvelle, vu qu'il est très en forme sur cette back-up. J'ignore si je me lancerai là-dedans ou si, éventuellement, j'attendrai que les épisodes soient collectés en recueil, mais ça fait plaisir de voir deux talents comme ça promus (et pour Tomasi, ce ne sera pas la seule actualité puisqu'il a rejoint Ghost Machine, le label de Geoff Johns chez Image, et écrira The Rocketfellers avec Francis Manapul au dessin).

jeudi 22 décembre 2022

BATMAN VS. ROBIN #4, de Mark Waid, Mahmud Asrar et Scott Godlewski


Prévu pour être son dernier épisode, la mini-série Batman Vs. Robin s'est transformée en prologue king-size pour l'event Lazarus Planet, qui sera également écrit par Mark Waid (avec la complicité de Gene Luen Yang). Il ne s'agit donc pas du dénouement de cette histoire et cela peut être friustrant. Au dessin, Mahmud Asrar se partage le boulot avec Scott Godlewski une fois encore.


Epuisé et blessé après avoir affronté Red Robin, Red Hood, Spoiler et Nightwing, Batman doit encore se battre contre son propre fils, Damian, sous les yeux de Nezha et Mother Soul.


Nezha en profite pour s'emparer du casque du Dr. Fate mais au moment de le coiffer, Talia Al Ghul, préalablement libérée par Batman, l'en empêche. Batman récupère le casque et le met sur son crâne.


Batman libère de l'emprise de Nezha tous ceux qui sont sur l'île puis affronte le démon. Mother Soul tente de s'échapper mais Talia la pousse au fond d'un puits sans que Damian ne puisse l'empêcher.


Nezah prend l'ascendant sur Batman, qui maîtrise mal la magie de Fate. Mais en voulant récupérer le casque de ce dernier, le démon le brise et les morceaux tombent dans le puits de Lazare.


Zhu Bajie et Black Alice ordonnent à Batman, Damian et Talia d'évacuer l'île de Lazare car le casque de Fate plongé dans le puits provoque une éruption volcanique...

Dès le mois prochain donc débutera l'event Lazarus Planet dont voici la checklist :


Ce récit qui engage plusieurs séries se concluera en Février, peu après la parution de Batman Vs. Robin #5. Après quelque hésistation, j'ai décidé de zapper cet event qui m'obligeait à acheter des épisodes de séries que je ne suis pas/plus et dont le ressort dramatique ne m'intéresse guère. De ce que j'en ai compris, il s'agira de montrer les conséquences de l'éruption volcanique sur l'île de Lazare à laquelle on assiste à la fin de ce quatrième numéro de Batman Vs. Robin et qui va toucher plusieurs personnages à cause du mélange produit par la destruction du casque du Dr. Fate et du liquide résineux du puits de Lazare.

Il faut dire que je n'avais pas "signé" pour ça au départ, croyant, comme DC l'avait vendu, que Batman Vs. Robin serait une mini-série auto-contenue, découlant de sévénements relatés dans le premier arc de Batman - Superman : World's Finest par Mark Waid et Dan Mora. Ou peut-être ai-je mal lu ? 

Si Mark Waid a, visiblement, développé son intrigue pour aboutir à un event, qu'il co-signera avec Gene Luen Yang (scénariste de la série Prince Monkey, un personnage qui semble avoir un rôle majeur dans Lazarus Planet), je regrette quand même que cela ait pris de telles proportions.

Mais surtout, ne nous voilons pas la face, Batman Vs. Robin n'a pas pas tenu ses promesses. Le postulat initial, l'affrontement entre Bruce Wayne et son fils qui est sous l'emprise du démon Nezah qu'il a libéré de sa prison, s'est avéré décevant. La format de la mini-série, avec ses épisodes de 50 pages, manque de concision et de punch, comme si Waid avait mésestimé la longueur de son histoire.

L'idée de faire revenir Nezha était programmé dès la fin du premier arc de World's Finest et comme c'est un méchant qui ne manque pas de charisme ni de dangerosité, pourquoi pas ? Mais le récit engage Batman dans une aventure pleine de magie où il paraît en constant décalage et où Nezha domine trop facilement tous les magiciens expérimentés du DCU. Comment croire par exemple que la Justice League Dark ait été aussi rapidement neutralisée ?

Quand au duel entre Bruce et Damian, il n'aura pas eu vraiment lieu avant ce quatrième épisode. Et même là, il lui manque cette intensité nécessaire pour nous faire vibrer. Même épuisé et blessé par ces combats précédents contre Red Robin, Spoiler, Red Hood et Nightwing, on a du mal à croire que Batman soit aussi malmené par son rejeton, certes très bien entraîné. Le renfort de Talia Al Ghul est également trop providentiel. Quant à l'autre méchante de l'affaire, la grand-mère Al Ghul, Mother Soul, elle peine à exister dans tout ça (sauf pour ceux qui ont fait sa connaissance dans la série Robin de Joshua Williamson, Gleb Melnikov et Riger Cruz).

C'est tout le souci de cette histoire qui se veut ambitieuse mais qui sert surtout de rampe de lancement à la vraie saga, au plat de résistance que constituera Lazarus Planet. Or, ça fait un moment que DC promet un event magique (déjà suggéré lors du run de James Tynion IV et Alvaro Martinez sur Justice League Dark) sans qu'on ait rien vu arriver. Et maintenant que le voilà, il fait "pschiit !". On voit bien qu'à force de mettre Batman partout, des limites apparaissent et c'est le cas ici.

L'autre déception de Batman Vs. Robin concerne sa partie graphique. Quand j'ai su que Mahmud Asrar arrivait pour s'associer à Mark Waid, j'étaix excité. Mais Asrar a failli : sa version de Batman n'apporte rien au personnage, comme si le dessinateur turc était trop impressionné par l'icone. Certes, ses pages conservent une belle efficacité, mais loin de ce qu'il a produit de meilleur. Er la coloriste Jordie Bellaire n'a pas semblé plus inspirée.

Plus étonnant, Asrar, qui est un modèle de régularité, paraît avoir lui aussi sous-estimé le format du projet dans la mesure où il lui a fallu du renfort pour compléter les deux derniers épisodes. DC a sollicité Scott Godlewski, qui n'est pas un manche, mais dont le trait s'est considérablement trop lissé depuis ses débuts si prometteurs (sur la série Copperhead de Jay Faerber). Aujourd'hui, Godlewski est loin de Sean Murphy à qui il faisait un peu penser.

Si pour le troisième numéro, Asrar assurait la majorité des dessins, cette fois, sans compter précisément, il ne doit plus réaliser que la moitié des cinquante planches de l'épisode. Plus surprenant : il a laissé les meilleurs morceaux à Godlewski, c'est-à-dire les bastons. On a le sentiment très net que Asrar s'est désintéressé de l'ensemble - à moins que sa baisse de régime n'ait été causé par des causes extérieures (maladie temporaire ?). Je ne veux pas l'accabler mais c'est tout de même très frustrant parce qu'on n'a pas autant d'Asrar que promis.

Je lirai et rédigerai une critique de Batman Vs. Robin #5 quand il sortira en Février prochain, en espérant ne pas être trop largué par ce qui se sera passé entre temps dans Lazarus Planet (mais je fais confiance à Waid). Néanmoins, je doute que, quelle que soit la fin, elle sauve les meubles.

jeudi 10 novembre 2022

BATMAN VS. ROBIN #3, de Mark Waid, Mahmud Asrar et Scott Godlewski


Ce pénultième épisode de Batman vs. Robin est haletant et mouvementé. Mark Waid révèle les motivations du duo de méchants formé par le Diable Nezha et Mother Soul (la mère de Ra's Al Ghul et grand-mère de Damian Wayne) tandis que Batman se jette dans la gueule du loup. Mahmud Asrar a eu besoin du renfort de Scott Godleswki pour compléter cet épisode, mais le style des deux artistes est assez complémentaire.


Le Diable Nezha possède Alfres Pennyworth et voit donc arriver Batman sur l'île de Lazare. Damian envoie à la rencontre de son père Nightwing, Red Hood, Robin et Spoiler pour l'affaiblir.


Puis Damian se rend auprès de Talia Al Ghul, sa mère, à qui il reproche de l'avoir négligé et de lui prouver ses regrets. Il la livre à Mother Soul pour qu'elle réfléchisse.
 

Tandis que Batman combat successivement Red Robin, Red Hood et Spoiler, Damian fait la connaissance de Zou Bajie, torturé par Nezha, et qui lui révèle le plan de ce dernier.


Batman affronte Nightwing, son mielleur disciple. Le duel est disputé et Batman sacrifie Alfred dont il a deviné l'état. Nezha a eu ce qu'il voulait en touchant Batman au coeur.


Mais avant de disparaître définitivement, Alfred fait promettre à Bruce Wayne d'arrêter de se reprocher sa mort. Ce n'est qu'en se ressaisant qu'il pourra sauver Damian et vaincre Nezha...

En sachant que Batman vs. Robin va déboucher sur un event, Lazarus Planet, début 2023, la perception et l'appréciation qu'on a de cette histoire a changé, en tout cas en ce qui me concerne. Mark Waid, avec cette intrigue initiée dans le premier arc de Batman - Superman : World's Finest, série se déroulant dans le passé et donc détaché du reste, investit le présent et le futur avec évidemment l'intention de laisser une trace sur la continuité actuelle.

De fait, il procède de manière similaire à Geoff Johns avec Flashpoint Beyond qui a été la rampe de lancement au relaunch de Justice Society of America. Ce changement de perspective induit de s'engager dans un processus plus long si on est convaincu par l'amorce de l'histoire, en l'occurrence Batman vs Batman ici.

Si c'est une lecture agréable, je ne dirai pas pourtant qu'elle me séduit autant que World's Finest, dont le fait qu'elle se situe dans le passé joue beaucoup dans le charme qu'elle a. Pour le dire plus simplement et directement : je doute fortement de suivre Lazarus Planet qui, d'après ce que j'en sais, me paraît partir dans tous les sens avec des héros et des vilains transformés dans un récit où la magie est dominante et qui touche bien au-delà de Batman et Robin (Jon Kent, Red Canary, Cyborg, Power Girl, Martian Manhunter, et au centre duquel le Monkey Prince semble jouer un rôle crucial).

Je déplore un peu que Batman vs Robin ne soit pas une mini-série complète. En fait, cette extension - Lazarus Planet - souffre d'annonces parallèles où DC et Marvel vont enchaîner des nouveaux statu quo et events en 2023. Je le déplore d'autant plus qu'avec quatre épisodes de 50 pages, c'était déjà consistant pour boucler le dossier Nezha (ou au moins lui donner un deuxième acte satisfaisant, sans enterrer ce personnage).

Ce troisième et avant-dernier épisode est plein d'action et de révélations. Batman atterrit sur l'île de Lazare avec Alfred Pennyworth, dont on a découvert qu'il était sous l'emprise de Nezha. Mais le dark knight, au moment de s'enfoncer dans la jungle où il sait que Damian lui a tendu un ou plusieurs pièges, refuse que son majordome le suive, car il ne peut assurer sa protection en affrontant ce qui l'attend. On comprendra plus tard que Batman a deviné que Alfred n'était pas lui-même depuis le début de l'aventure (ce n'est pas le meilleur détective du monde pour rien...).

En parallèle des combats de Batman contre Robin (Tim Drake), Spoiler, Red Hood et finalement Nightwing, qui se succèdent avec un sens du rythme jamais pris en défaut, (Mark Waid sait comme personne doser ce genre de péripéties), on assiste à des scènes avec Damian sur lequel l'emprise de Nezha se desserre. Même s'il livre Talia Al Ghul, sa propre mère, à Mother Soul, il pose des questions plus lucides à Zou Baijie, prisonnier de Nezha, et apprend que Nezha se prépare à affronter son fils, le Roi Fire Bull. De sa victoire dépend le projet de Mother Soul de créer un nouvel eden, dont elle aura purgé la magie et les surhommes

Zou Bajie est un personnage issu de la série Monkey Prince de Gene Luen Yan et Bernard Chang, mais je ne la lis pas. Je serai donc incapable de vous présenter ces deux héros, et ils sortent de nulle part pour moi. Rien n'est fait pour nous les présenter, et Waid les intègre à son scénario comme si le lecteur était familier avec eux. Ce n'est pas trop gênant puisque Zou Bajie est surtout là pour nous apprendre que Nezha a un fils, apparemment assez puissant pour contrarier les plans de son père et de Mother Soul. Mais ça risque de devenir plus compliqué quand Lazarus Planet débutera puisque Waid co-écrira l'event avec Yang et que Monkey Prince est mis en avant dans les images promotionnelles.

A côté de cela, Waid réussit un tour formidable en concluant une sorte d'histoire fantôme, serpent de mer, qui traînait depuis le run de Tom King sur Batman : la mort d'Alfred Pennyworth. On a découvert à la fin de l'épisode précédent que le majordome était possédé par Nezha et là, Batman n'hésite pas à le sacrifier pour battre Nightwing, ayant deviné l'imposture. Nezha a ramené à la vie une sorte de version spectrale d'Alfred pour surveiller Batman (et le trahir). Batman ayant déjoué ce traquenard comprend qu'il a aussi condamné Alfred à une fin définitive. Mais Waid en profite pour que Batman puisse faire ses adieux dignement et qu'Alfred donne un dernier conseil de vieux sage à maître Bruce. Alfred ne reviendra donc pas (respect à la volonté de King, qui l'avait tué pour faire grandir Batman) mais lui et Bruce auront eu droit à leur dernier moment (récompense pour les fans, frustrés par l'idée de King).

L'épisode a visiblement été compliqué à compléter puisque, c'est assez rare pour le mentionner, Mahmud Asrar ne le dessine pas entièrement. Il est aidé par Scott Godlewski qui signe seul les planches 15 à 18 et 22 à 29 : son style ne jure pas avec celui de Asrar même s'il n'a pas la même puissance, la même densité - en vérité, depuis qu'il travaille pour DC, Godlewski a beaucoup perdu du charme qu'on lui connaissait à ses débuts sur le titre Copperhead (écrit et abandonné par Jay Faerber) et qui faisait penser à une version soft de Sean Gordon Murphy. Son trait est devenu plus lisse, aseptisé, et d'ailleurs l'éditeur le balade de titre en titre (même si, dernièrement, il a réalisé l'intégralité des six épisodes du crossover Justice League - Legion of Super Heroes, dernier travail de Bendis pour DC).

Asrar dessine donc l'essentiel de l'épisode malgré tout. Comme il abonde en scènes d'action, il s'amuse et c'est un régal à lire. A plusieurs reprises, le script l'autorise à des pleines pages où son sens de la composition et de la dramatisation fait merveille.  Toutefois, il faut bien avouer que, à mes yeux du moins, Asrar, ne me paraît pas aussi à l'aise avec Batman qu'il l'a été avec Conan (écrit par Jason Aaron), son personnage favori. Il n'ajoute rien, graphiquement, au personnage, pas davantage à Robin, Red Hood, Spoiler et Nightwing (même si c'est avec celui-ci qu'il s'en tire le mieux).

L'expérience d'Asrar lui permet toutefois de produire de magnifiques plans et la scène d'adieu entre Bruce et Alfred est simplement mise en scène, avec beaucoup de sobriété, mais aussi une réelle émotion. Le tout soutenu par les couleurs, toujours impeccables, de Jordie Bellaire.

On va donc voir, dans un mois, comment Batman vs Robin s'achève tout en sachant que la conclusion sera ouverte pour Lazarus Planet. Waid saura-t-il vaincre ma réticence envers cet event

lundi 26 mars 2018

BATWOMAN #11-12, de Marguerite Bennett et Scott Godlewski


Les épisodes 11 et 12 de Batwoman sont parus en Janvier et Février dernier, ce qui va me permettre, dès demain, d'atteindre le n°13 sorti ce mois-ci et de donc être synchrone avec la publication de la série, pour laquelle, malgré le plaisir que j'ai à la lire, j'ai commis l'erreur de laisser passer trop de temps après son premier arc narratif. Le diptyque auquel je consacre cette entrée aujourd'hui est une transition qui mène à la prochaine étape, dans laquelle Marguerite Bennett boucle l'intrigue sur "l'année perdue" de Kate Kane sur l'île de Coryana avant de rebondir directement sur la suite de sa mission contre l'organisation "Many Arms of Death".


Pendant qu'elle affrontait l'Epouvantail dans le désert du Sahara, où elle a croisé son père, Jacob Kane et sa Colonie, Batwoman a laissé seule son assistante, Julia Pennyworth, qui a été enlevée au Caire, en Egypte. Mais ses ravisseurs ont laissé un indice déterminant - un fragment de porcelaine - qui évoque à la justicière un ennemi de Batman.


Grâce à cela, elle peut mener des recherches à Alexandrie. Mais la concentration lui fait défaut car ce morceau de porcelaine lui fait aussi penser à sa soeur jumelle Beth, devenue Alice, son ennemie. Se pourrait-il que les deux affaires soient liées ?


Batwoman délivre Julia du Professeur Pyg qui détient plusieurs otages dont il comptait faire ses sbires. Mais il réussit à s'évader, non sans avoir livré quelques révélations troublantes à son adversaire au sujet de sa soeur. C'est désormais assez pour Batwoman qui décide de creuser cette piste tout en étant résolue à faire preuve de plus de rigueur - à la manière d'un détective comme Batman et plus seulement d'un soldat comme elle y a été formé...


Pour ses investigations concernant Alice, Batwoman se rend en jet à Bruxelles. En route, elle se remémore la fin de l'année qu'elle passa sur l'île de Coryana aux côtés de Safiyha Sohail au sujet de laquelle elle nourrit des soupçons sur sa disparition - serait-ce elle, la "Mother of War", leader des "Many Arms of Death" ?
  

Sur l'île une étrange épidémie touchait et éliminait tous les renards. Tout portait à croire à un empoisonnement et le cartel de pirates guidé par Safiyha était à cran : qui pouvait vouloir ruiner leur refuge ainsi ? Les soupçons se portèrent sur Maksim qui fut jugé expéditivement et condamné à mort, tué sous les yeux de Kate Kane qu'il avait accusé précédemment d'avoir semé le trouble dans leur communauté depuis son arrivée.


Mais Kate comprit qu'elle était responsable de la maladie des renards qu'elle avait infectés accidentellement en leur transmettant une bactérie provenant du corail qu'elle avait heurté avant d'être repêchée. Safiyha avait donc sacrifié Maksim en connaissance de cause et se préparait à démanteler son propre gang.


Refusant d'être sa complice, Kate prit la fuite mais Safiyha lança à sa poursuite Tahani pour l'empêcher, à tout prix, de quitter Coryana. Kate parvient à ses fins malgré tout... Aujourd'hui, elle a la conviction que Safiyha est à la tête des "Many Arms of Death" depuis laquelle elle prépare des actes terroristes d'ampleur - et prête, pour écarter Batwoman, à s'en prendre à sa soeur Beth/Alice...

C'est une mécanique décidément bien huilée qu'a développée Marguerite Bennett depuis le début de la série (même si elle a d'abord été aidée par James Tynion IV, dans un rôle de mentor/superviseur) car pile un an après son lancement, on arrive aux révélations expliquant comment et (surtout) pourquoi Kate Kane a quitté l'île de Coryana et son amante Safiyha Sohail. Un an dans le passé pour mieux éclairer l'année présente et sa collection de péripéties avec la mission donnée par Batman à Batwoman de démanteler l'organisation "Many Arms of Death".

On mesure donc avec quelle rigueur et quelle application la scénariste a à la fois respecté son plan tout en semant les indices. Le lecteur a avancé à la même vitesse que Batwoman dans cette enquête, partageant son trouble, ses doutes, ses incertitudes, mais aussi sa détermination, sa pugnacité, et sa croyance dans l'identité du coupable - même si, sur ce dernier point, on le verra dans le numéro suivant, l'auteur nous a réservés une surprise...

Ces deux épisodes soulignent aussi l'importance des femmes qui ont entouré/entourent Kate/Batwoman : dans un premier temps, elle doit retrouver Julia Pennyworth, qui l'assiste dans ses missions, alors qu'elle a été enlevée par le Pr. Pyg. Celui-ci est un des méchants les plus grotesques, inquiétants et contestés de la galerie d'ennemis de Batman : affublé d'un masque porcin, il pratique des expériences sur ses victimes pour en faire ses laquais. Visuellement, il semble sorti d'un cartoon mais psychologiquement il émane de lui quelque chose de profondément malsain qui contredit son aspect ridicule. C'est en fait comparable au clown Pennywise du roman ça de Stephen King.

Passé ce chapitre, vite expédié bien que livrant des informations qui désarçonnent Batwoman (et qui voit le méchant lui échapper), Bennett revient au coeur de sa saga, la mythologie établie dans son run, la fameuse "année perdue" de Kate Kane passée sur l'île de Coryana et sa romance avec la pirate Safiyha Sohail. Comme le promet la couverture, on va enfin savoir comment elles se sont achevées.

La narration se fait encore plus nerveuse, tendue, intense, atteignant un vrai pic avec l'exécution de Maksim, la découverte de la véritable raison de la mort des renards, de la duplicité de Safiyha, la rivalité explosive entre Kate et Tahani. De nombreuses pièces du puzzle s'assemblent alors et le lecteur partage avec Batwoman une conviction terrible sur les projets de son ex-amante, liés à l'organisation des "Many Arms of Death". De l'art d'utiliser un flash-back avec à-propos et efficacité, juste avant d'entamer la "saison 2" de la série.

Pour ces deux épisodes, Scott Godlewski remplace Fernando Blanco (qui reviendra au #13). Ce dessinateur, révélé par la série Copperhead (écrite par Jay Faerber chez Image, avant qu'elle ne soit interrompue puis relancée avec un autre graphiste récemment), a rejoint DC Comics où il cherche encore sa place (on l'a vu participer au Superman de Peter J. Tomasi en fill-in de Patrick Gleason).

Animer une héroïne, au caractère bien trempée et dans le feu de l'action, ne le dépayse guère puisque c'était déjà le cas de la shérif Bronson de Copperhead. On remarquera cependant qu'il a modifié un peu son style : Godlewski faisait penser à un Scott Murphy plus calme, avec un trait moins saturé de hachures, mais avec des éléments communs (une tendance à privilégier les formes anguleuses, y compris anatomiquement, et un soin apporté aux détails des décors).

Peut-être plus pressé par le temps, il rend une copie moins peaufinée mais néanmoins excellente. Son dessin a gagné en nervosité ce qu'il a perdu en précision, mais c'est un mal pour un bien car la narration est très dynamique. Godlewski multiplie les angles de vue, varie son découpage, et la colorisation de John Rauch donne beaucoup de force aux scènes (en particulier nocturnes).

La suite, très vite, promis, avec des twists percutants, le retour de Fernando Blanco, et Marguerite Bennett toujours aussi captivante !