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samedi 13 août 2016

Critique 982 : WELCOME BACK, de Cameron Crowe


WELCOME BACK (en v.o. : Aloha) est un film écrit et réalisé par Cameron Crowe, sorti en salles en 2014 (mais directement en v.o.d. en France).
La photographie est signée Eric Gautier. La musique est composée par Mark Mothersbaugh.
Dans les rôles principaux, on trouve : Bradley Cooper (Brian Gilcrest), Emma Stone (capitaine Alison Ng), Rachel McAdams (Tracy Woodside), Bill Murray (Carson Welch), Alec Baldwin (colonel Lacy).
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 Brian Gilcrest et Alison Ng
(Bradley Cooper et Emma Stone)

Ancien militaire décoré, Brian Gilcrest a quitté l'armée et s'est reconverti en négociateur pour un richissime entrepreneur spécialisé dans les télécommunications, Carson Welch. Sa nouvelle mission le ramène à Hawaï où il a connu son heure de gloire pour convaincre les indigènes que leurs montagnes sacrées ne seront pas profanées par de nouvelles installations.
L'U.S. Army désigne le capitaine Alison Ng, qui a de vagues origines locales, pour l'escorter et veiller à la réussite des démarches. Mais il est immédiatement évident que le courant ne passe pas entre l'ancien officier, qui a préféré commercer ses talents, et la jeune femme, qui tient plus que tout au respect des traditions de l'île et de l'armée.
Brian Gilcrest et Tracy Woodside
(Bradley Cooper et Rachel McAdams)

Sur place, Gilcrest retrouve aussi Tracy, son amour de jeunesse, désormais mariée à son meilleur ami, le pilote Johnny Woodside, et mère de deux adolescents. La ressemblance de sa fille aînée avec Brian trouble aussitôt ce dernier qui hésite à lui demander s'il en est le père car il n'est pas prêt à en assumer la responsabilité et qu'il a deviné que le couple Woodside traverse une crise. 
 Carson Welch et Alison Ng
(Bill Murray et Emma Stone)

Mais l'attention de Gilcrest est bientôt détournée par d'autres événements : d'abord, il entame une liaison avec Alison (manifestement pour tromper sa vigilance) ; ensuite Carson Welch lui met la pression car il a investi beaucoup d'argent dans le lancement d'un satellite pour son projet ; et enfin il découvre que le matériel destiné à être mis sur orbite est peut-être de l'armement (l'armée est-elle complice ?).
 Johnny Woodside et Brian Gilcrest
(John Krasinski et Bradley Cooper)

Gilcrest décide alors de tirer tout cela au clair, admettant qu'il a pris de mauvaises décisions pour sa vie personnelle et professionnelle. Il rassure Johnny sur ses relations avec Tracy qui, elle, lui confirme qu'il est bien le père biologique de sa fille Gracie.
 Brian Gilcrest et le colonel Lacy
(Bradley Cooper et Alec Baldwin)

Contre les recommandations du colonel Lacy, mais par amour pour Alison, il sabote le lancement du satellite (effectivement chargé d'armement nucléaire) et oblige Welch à fuir. Sa carrière est finie mais son honneur retrouvé, l'armée étant obligée de reconnaître qu'elle a été abusée par l'homme d'affaires, et les natifs de l'île rassurés.
Alison Ng, Brian Gilcrest et Tracy Woodside
(Emma Stone, Bradley Cooper et Rachel McAdams)

Malgré ses efforts, Gilcrest réussira-t-il a reconquérir le coeur d'Alison après l'avoir manipulée ?

Welcome Back a été lancé avec des handicaps insurmontables : son échec critique et public (au point de n'avoir même pas été exploité en salles en France, malgré ses têtes d'affiche) avait donc quelque chose d'inévitable. Pourtant c'est loin d'être un de ces improbables navets commis par un cinéaste en perdition.

Avant même sa sortie, l'affaire des mails piratés du studio Sony a révélé que les producteurs ne croyaient pas au film, le jugeant même "ridicule". Le choix d'Emma Stone pour incarner une militaire d'origine hawaïenne a été ensuite vivement critiqué, suggérant que Cameron Crowe aurait dû confier le rôle à une comédienne native de l'île : une polémique stupide (qui s'est répété récemment quand la famille de Nina Simone a accablé Zoe Saldana, qui s'est noircie la peau et a porté des prothèses pour incarner la chanteuse dans un biopic), d'autant plus que l'ascendance du personnage est liée aussi à la Chine et à la Suède et tournée en dérision car elle ne cesse de mettre en avant son métissage. 

Mais il faut bien dire que Crowe n'a plus "la carte" (quand bien même son précédent opus, Nouveau départ a bien marché aux Etats-Unis, mais sans que la presse ne le loue autant que ses grands succès comme Jerry Maguire, 1996, et Presque célèbre, 2000). L'ancien journaliste du magazine "Rolling Stones" et auteur d'un passionnant livre d'entretiens, Conversations avec Billy Wilder, persiste dans un cinéma positif, humaniste, sentimental, en rupture avec la comédie américaine actuelle (dominée par les émules de Judd Appatow, à l'humour plus gras). 

Dans ces conditions, Aloha (pourquoi, là encore, a-t-il fallu qu'en France le film soit débaptisé, au profit d'un titre anglais quelconque ?), avec ses airs de fable romantique et initiatique, fait figure de curiosité. Pourtant, l'écriture du cinéaste a des qualités incontestables, inspirés des maîtres des années 30-40, avec des personnages sensibles, se débattant avec leurs sentiments et leurs métiers, sauvés par l'amour et leur capacité à tout sacrifier pour cela. 

Malgré son statut fragilisé depuis l'échec de Rencontres à Elizabethtown (2005), Crowe parvient cependant toujours à attirer des acteurs populaires, appréciant son univers et ses thématiques, refusant le cynisme. Il y a là une vraie injustice à sa mauvaise passe et au destin de ce dernier film.

Il dirige ici trois des acteurs les plus attachants et remarquables de ces dernières années : Bradley Cooper confirme ici tout le bien qu'il a su susciter en accordant sa confiance à des réalisateurs plus exigeants (Clint Eastwood, David O. Russell) et son interprétation d'un ex-soldat vendu au grand capital est pleine d'une énergie contenue (précisons que Ben Stiller fut d'abord pressenti). Face à lui, Emma Stone (remplaçant Reese Witherspoon, initialement envisagée) est comme d'habitude formidable, rayonnante de charme (même en uniforme militaire, elle conserve toute sa séduction) et irrésistible en chaperon gaffeuse mais sincèrement attachée aux valeurs de l'île et de l'armée. Rachel McAdams évolue dans un registre qui lui est plus familier en amoureuse que le doute fait vaciller et qui le suscite chez son ancien soupirant comme chez son mari.

Les seconds rôles sont plus inégaux : seul surnage vraiment John Krasinski dans un rôle quasi-muet (la scène d'explication entre Johnny et Brian est d'ailleurs une merveilleuse trouvaille, sans un mot prononcé, mais avec des sous-titres exprimant les pensées des deux hommes). Alec Baldwin s'agite dans le vide, et Bill Murray n'est pas une bonne idée pour camper ce business man sans scrupules et pathétique.

Le vrai point faible demeure cependant la curieuse construction du scénario, en particulier avec cette intrigue secondaire relative au personnage de Carson Welch et cette affaire de satellite armé. C'est inutile, mal intégré, mal résolu. Le film est bien plus divertissant par la valse-hésitation de Brian Gilcrest, qui prend conscience à la fois de ses sentiments amoureux, de sa paternité, de l'impasse de sa carrière professionnelle des sentiments. Même si tout cela est prévisible, c'est délicieux, et situé dans un cadre somptueux, avec une bande-son impeccable (comme toujours chez Crowe, seul capable de faire passer un vieux tube ringard de Tears for Fears - Everybody wants to rule the world - avec ironie). 

Considéré dans toute sa filmographie (seulement sept titres en une vingtaine d'années), Welcome Back n'est pas son opus le plus abouti, mais seulement le plus bancal (à cause de réécritures, de producteurs lâches). Mais on y reconnaît toujours la voix unique de Cameron Crowe, lequel s'est depuis lancé dans une nouvelle entreprise (espérons-le, avec plus de succès), une série télé sur le coulisses de la tournée d'un groupe de rock intitulée Roadies (diffusée depuis Juin 2016 sur la chaîne Showtime).

mercredi 29 juin 2016

Critique 935 : NOUVEAU DEPART, de Cameron Crowe


NOUVEAU DEPART (en v.o. : We bought a zoo) est un film réalisé par Cameron Crowe, sortin salles en 2011.
Le scénario est écrit par Cameron Crowe et Aline McKenna, d'après le récit de Benjamin Mee. La photographie est signée Rodrigo Pietro. La musique est composée par Jon Por Birgison.
Dans les rôles principaux, on trouve : Matt Damon (Benjamin Mee), Scarlett Johansson (Kelly Foster), Colin Ford (Dylan Mee), Maggie Elizabeth Jones (Rosie Mee), Patrick Fugit (Robin Jones), Thomas Haden Church (Duncan Mee), Elle Fanning (Lily), Angus Macfadyen (Peter MacCready), John Michael Higgins (Walter Ferris).
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Six mois après la mort de sa femme Katherine, Benjamin Mee mène difficilement de front sa vie de père de famille, avec son fils Dylan et sa fille Rosie, et sa carrière de journaliste. Mais ses relations difficiles avec son fils, le souvenir omniprésent de son épouse et la pitié de son rédacteur en chef l'empêchent de progresser. Il décide donc de déménager et de trouver un nouvel emploi.
Après avoir visité plusieurs propriétés, il est séduit par une maison... Mais celle-ci est attenante à un zoo qu'il doit aussi racheter pour s'y installer ! Malgré la folie du projet, Benjamin accepte, au grand dam de son fils. 
 Robin Jones, Walter Ferris, Lily, Kelly Foster, Dylan Mee,
Benjamin Mee, Peter MacCready et Rosie Mee
(de gauche à droite : Patrick Fugit, John Michael Higgins, Elle Fanning,
Scarlett Johansson, Colin Ford, Matt Damon, Angus Macfadyen,
Maggie Elizabeth Jones)

Benjamin et ses enfants font la connaissance du personnel du zoo, à la tête duquel se trouve la séduisante Kelly Foster. Elle lui sert de guide et de conseillère pour identifier les animaux, leurs besoins et estimer le coût financier des travaux de réhabilitation de l'endroit. 
Benjamin assume toutes les dépenses grâce aux économies qu'il a faîtes durant sa carrière de reporter, mais les frais sont énormes et surtout la réouverture du parc est soumise à l'approbation d'un contrôleur intraitable, Walter Ferris. Sa première inspection révèle d'ailleurs que de nouveaux aménagements doivent être accomplis. 
Duncan Mee, Kelly Foster, Robin Jones, Benjamin Mee, Dylan Mee,
Peter MacCready, Lily, Rosie Mee
(à gauche : Thomas Haden Church)

Duncan, le frère aîné de Benjamin, qui travaille dans une banque, le met en garde car il est presque ruiné désormais. Dylan se heurte violemment à son père tout ignorant les sentiments que lui porte Lily, jeune fille qui assiste Kelly. 
Mais la providence va sauver l'entreprise de Benjamin lorsqu'il découvre par hasard que sa femme avait placé de l'argent, une somme suffisante pour relancer le zoo et envisager l'avenir sereinement. Cela suffira-t-il à convaincre Ferris, à apaiser Dylan, et surtout à attirer le public dans le zoo remis à neuf - tout en laissant l'opportunité à Benjamin d'ouvrir à nouveau son coeur à une autre femme en la personne de Kelly ?

J'ai découvert durant l'été 2015, en pleine canicule, ce film réalisé par un cinéaste pour lequel j'ai toujours eu de la sympathie. Cameron Crowe avait signé deux grandes réussites dans les années 90 avec Jerry Maguire (1996, avec Tom Cruise, Cuba Gooding Jr - Oscar du meilleur second rôle - et Renee Zellweger) et Presque célèbre (1999, avec Patrick Fugit, Billy Crudup et Kate Hudson - inspiré par sa propre expérience de jeune journaliste à "Rolling Stone"). Vanilla Sky (remake inégal d'Ouvre les yeux, en 2001) puis Retour à Elizabethtown (2005) étaient moins convaincants. Quant à Aloha/Welcome back (sorti l'an dernier), je ne l'ai pas vu, le film ayant été un échec critique et commercial cuisant, entaché d'une polémique idiote (on a reproché à Crowe d'avoir donné à Emma Stone le rôle d'une native de Hawaï).

Cinéphile passionné, Crowe a aussi signé un passionnant et superbe ouvrage dont je conseille la lecture à tous : Conversations avec Billy Wilder (Actes Sud/Institut Lumière).

Nouveau départ n'a pas plus à beaucoup de critiques mais il a remporté un joli succès en salles (surtout aux Etats-Unis) et semble désormais destiné à de fréquentes rediffusions télé puisque TMC l'a reprogrammé Dimanche dernier. C'est une case idéale pour cet archétype du feel-good movie, très bien écrit, réalisé et interprété.

Alors, oui, il ne faut pas l'aborder avec cynisme : c'est effectivement gentil, sucré même, rempli de bons sentiments, et très américain. Ce récit inspiré de faits réels sur un veuf qui achète une maison et le zoo attenant est une de ces success stories comme seul le cinéma US en produit. Le scénario est d'une prévisibilité imparable avec conflits père-fils, récit initiatique, romances multiples, seconds rôles clichés au possible, etc.

Pourtant, en tout cas avec moi, ça fonctionne. Le film possède sinon une grâce, en tout cas un vrai charme et il est transmis par ses acteurs, formant une distribution qui a belle allure : Matt Damon perpétue cette lignée d' "honnêtes hommes" comme l'Amérique en fournit régulièrement au 7ème Art ( de James Stewart à Tom Hanks) et il a pris une sorte d'épaisseur, de consistance qui correspond pile avec ce rôle de père veuf à la fois dépassé et galvanisé par ses rêves. Scarlett Johansson, qui est une actrice souvent moyenne, resplendit ici : elle est parfaitement convaincante en zoologiste pugnace et réaliste qui est conquise par son patron. Thomas Haden Church promène sa gueule incroyable dans un personnage de frangin solidaire très attachant.

Les seconds rôles sont également enthousiasmants, que ce soit Patrick Fugit (de retour devant la caméra de Crowe après sa révélation dans Almost famous), Angus Macfadyen (savoureux en employé enragé), John Michael Higgins (jubilatoire en inspecteur tatillon), et surtout Elle Fanning (déjà rayonnante).

Pour une comédie sentimentale de plus de deux heures, Nouveau départ ne souffre d'aucune longueur, porté par une bande-son extraordinaire (moins pour la partition originale de Jon Por Birgison que pour la sélection de chansons - Neil Young, Bob Dylan... - qui rappelle l'expérience de journaliste rock du cinéaste). 

Et puis il y a ce magnifique tigre, le plus bel animal de la planète ("qui n'aurait pas envie d'avoir un tigre comme meilleur ami ?" dixit Bill Watterson, le papa de Calvin and Hobbes), parfait symbole de ce film sur le dépassement du deuil, qui est pétri de ce bon sentimentalisme sur lequel Crowe eut l'occasion de longuement disserter avec Billy Wilder et dont il a bien retenu les leçons, assumant comme son maître un cinéma généreux et affectif, très rafraîchissant aussi bien par temps chaud qu'en période agitée.