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lundi 26 juin 2023

Fini de rire (aux larmes) avec KIDDING


Ce fut une séance de binge-watching pour moi ce week-end puisque j'ai englouti la seconde saison de Kidding, une série dont j'avais adoré les dix premiers épisodes mais dont j'avais zappé la suite en 2020. Le show créé par Dave Holstein a été depuis annulé, sans qu'on sache trop pourquoi, mais trouve une conclusion à sa hauteur, encore drôle mais surtout bouleversante, porté par le génie absolu de Jim Carrey.

Attention : spoilers !


Après avoir osé parler ouvertement de son deuil dans son émission, qui a motivé la chaîne qui le diffusait à l'annuler, et avoir renversé en voiture Peter, le nouveau compagnon de son ex-femme, Jeff Pickles fait croire à celle-ci qu'il a été percuté par un chauffard ayant pris la fuite. Peter est hospitalisé dans un état critique et le médecin qui le prend en charge explique à Jill qu'il ne survivra que s'il reçoit une greffe du foie. Dévoré par la culpabilité, Jeff, donneur universel, décide de sauver Peter.


Le comportement récent de Jeff a alerté Deirdre, sa soeur, et Sebastian, son père, et ils le voient maintenant sombrer dans une profonde dépression, qu'ils mettent d'abord sur le compte de l'annulation de son émission. Jeff se trouve projeté dans le monde de ses marionnettes qui, toutes, l'accablent pour avoir voulu tuer Peter et saborder le show. Dans cette divagation, il croise Peter qui réussit à s'échapper des Chutes de Pickle Barrel en y abandonnant Jeff.


Cette expérience pousse Jeff à trouver une idée pour rester en contact avec son jeune public et il lance la commercialisation de la poupée à son effigie "Jeff t'écoute". Cette initiative déplaît à Sebastian qui est renvoyé par son fils. Deirdre est alors désignée pour reprendre les rênes de l'émission en lui trouvant un nouveau diffuseur.


La poupée connectée de Mr. Pickles est un succès mais suscite la controverse auprès des parents par cette intrusion dans leur vie privée. Jeff participe à un talk show pour expliquer sa démarche et rassurer les adultes. De son côté, Deirdre convainc une plateforme de streaming de diffuser gratuitement l'émission avec un totale liberté créative. Mais lors des négociations pour leur divorce, elle a la mauvaise surprise d'apprendre que Scott réclame la propriété de plusieurs de ses marionnettes suivant les termes de leur contrat de mariage.
 

Le premier épisode de la 31ème saison de "Puppet Time" est l'occasion pour Jeff d'aborder franchement le thème du divorce et s'expliquer aux enfants pourquoi deux adultes se séparent sans cesser de s'aimer. C'est l'opportunité de changer sans avoir peur de l'avenir, comme l'illustre Deirdre qui en profite pour justifier la disparition programmée de plusieurs marionnetes. L'émission se conclut par la signature des papiers que lui a amené Jill, invitée spéciale pour l'occasion.


Aux Philippines, l'animateur de al version locale de "Puppet Time" est arrêté puis tué par les autorités pour avoir repris le discours de Jeff au sujet du divorce. Jeff décide, contre l'avis de Deirdre, Jill et Sebastian, de se rendre aux funérailles de son confrère, dont la dépouille, indésirable, sera plongé dans la mer. Mais lors de la cérémonie, tout dégénère : les animateurs du show à travers le monde, effrayés qu'un sort identique les attende, s'en prennent à Jeff et refusent de continuer à travailler pour lui.


Renié par ses pairs, Jeff s'interroge sur le sens de la mission qu'il s'est donné en créant son émission alors que, de retour aux Etats-Unis, on doit lui décerner un prix pour l'ensemble de sa carrière. Jill se demande si elle doit se rendre à cette soirée où Deirdre, elle, se tient prête à représenter son frère. De son côté, toujours sur la touche, Sebastian est victime d'une attaque cérébrale qui lui provoque des hallucinations dans lesquelles il revoit sa femme.


Deirdre et Jeff découvrent l'état de santé de leur père et réfléchissent aux options qui s'offrent à eux. Ils le font entrer dans une structure spécialisée où les patients, atteints de troubles cognitifs, vivent dans le décor idéalisé de leur jeunesse. C'est ainsi que Sebastian renoue avec son ex-femme, internée là depuis des années. Prenant conscience qu'il lui faut sacrifier ce qu'elle a de cher pour rebondir, Deirdre accorde la garde de sa fille Maddy à Scott en échange de la restitution des marionnettes dont il a obtenu la propriété.


Après qu'un des enfants dont il s'occupe lui a dit qu'elle croyait davantage en Mr. Pickles qu'en Dieu, le chef d'un groupe de scout décide de le faire payer à Jeff. Il dérobe aux studios de l'émission la tête d'une marionnette à l'effigie de l'animateur et prépare des coktails molotov pour un attentat contre le domicile de Jill. Heureusement, il se trompe de cible et incendie la maison voisine achetée par Jeff. Celui-ci l'attrape et le neutralise quand il est sur le point de kidnapper Will à la sortie de l'école. Mais Jill est traumatisée.


Will a découvert que les organes de son frère jumeau, après sa mort, ont permis de sauver plusieurs personnes et le confie à son père. Jill reconnaît avoir fait cela sans le consulter car elle savait que, sinon, il aurait insisté pour les intégrer à leur famille, trop fragilisée par ce deuil. Mais elle est prête à être blâmée pour cela et Jeff lui en veut. Mais en rencontrant une femme qui reçut le coeur de Phil, dont les battements leur rappellent leur histoire commune, ils se réconcilient.

Comme pour The Deuce, Kidding était une série que j'adorai et dont j'attendais les épisodes avec impatience. Pourtant, comme pour The Deuce, sans vraiment de raison, je suis, à un moment, passé à autre chose, peut-être par impatience, peut-être happé par autre chose et j'ai laissé passé plusieurs années avant de rattraper mon retard.

La saison 2 de Kidding date d'il y a trois ans et la série a été annulée dans la foulée. Il y a plusieurs rumeurs qui ont couru à ce sujet : Michel Gondry, qui avait activement participé à la saison 1, se serait lassé des contraintes imposées par le diffuseur, Showtime, et n'était plus d'accord avec les histoires écrites par le showrunner Dave Holstein. De fait, le cinéaste français ne réalise plus que deux épisodes pour cette seconde saison.

Une autre piste évoque directement Jim Carrey. Depuis plusieurs années, le comédien ne fait pas mystère de sa fatigue : plusieurs de ses projets sur grand écran ont capoté, il préfère peindre que jouer, et souffre de dépression chronique. Par ailleurs, le documentaire Jim and Andy, sur les coulisses du tournage de Man on the Moon de Milos Forman, dans lequel il incarnait l'humoriste Andy Kaufman, a jeté un gros trouble sur les méthodes extrêmes de sa composition puisqu'il s'était totalement identifié à son personnage et se comportait de manière parfois limite avec l'équipe du film (ça, en revanche, c'est avéré, et le doc est stupéfiant).

Dans ces conditions, si tant est que cela soit vrai, on peut comprendre que Showtime ait préféré abréger la série, devenue une fiction ingérable. Mais on notera surtout à quel point ce show est devenu le miroir de ces rumeurs en brossant le portrait d'un homme dévoré par l'émission pour enfants qu'il a créée et qui déborde sur sa vie privée et celles de ses proches au risque de les faire imploser.

Maintenant, est-ce que ces dix nouveau et derniers épisodes de Kidding apportent une conclusion satisfaisante et digne à cette série hors du commun ? Je pense que oui, et même mieux : arrivé au terme de cette saison 2, on a fait le tour. Il aurait été bien sûr passionnant de voir ce qu'aurait raconté une saison 3, mais en l'état, tout se tient et se termine de façon convaincante.

A la fin de la saison 1, le téléspectateur, sidéré, assistait à deux scènes-choc : Jeff Pickles parlait de la mort de son fils, Phil, à mots ouverts devant son jeune public, pour briser un tabou et se libérer d'un poids. Mais les conséquences furent dramatiques puisque le diffuseur annula le show dans la foulée. Et ensuite, après avoir promis à Peter, le nouveau compagnon de son ex-femme Jill, qu'il ne les importunerait plus, il le renversait volontairement en voiture.

La saison 2 reprend juste là où la précédente de terminait. Jill découvre Peter gisant sur le sol devant chez elle et Jeff tentant de joindre les secours. Finalement, ils le véhiculent jusqu'à l'hôpital dans un état critique. Le diagnostic tombe, terrible : sans une greffe du foie, Peter mourra. Jeff décide de faire don d'une part de son organe.

A partir de là, le récit va et vient entre Jeff et son entourage, avec le motif de la culpabilité comme fil rouge. Peter est sauvé mais Jill apprend par Jeff lui-même les circonstances réelles de l'accident et coupe les ponts. Sebastian, le père de Jeff, qui cherche depuis toujours à le raisonner, se voit remercié par son fils qui promeut sa soeur et marionnettiste Deirdre pour trouver un nouveau diffuseur à l'émission. Deirdre se sent dépassée par la tâche mais veut prouver à son père qu'elle peut réussir alors qu'il a toujours douté d'elle; Elle doit aussi affronter un divorce qui tourne au vinaigre avec Scott qui, suivant les termes de leur contrat de mariage, possède la moitié de leur patrimoine et jette son dévolu sur ce qu'elle a de plus cher : ses marionnettes.

La moitié de la saison voit ainsi se débattre ces personnages avec des rancoeurs, des regrets, des remords, qui trouvent leur point culminant avec l'arrestation et la mort d'un animateur philippin de la version locale du "Puppet Time" après que Jeff, de nouveau à l'antenne, ait évoqué le thème du divorce. Lors de funérailles rocambolesques, tout dégénère : les doubles étrangers de Mr. Pickles se mutinent et rejettent Jeff, son fils lui-même lui reproche de ne rien faire pour reconquérir Jill, son père ricane de ses déconvenues, Deirdre est complètement dépassée.

Puis, progressivement, dans la seconde partie de la saison, on assiste à un redressement, mais avec de sérieuses remises en question de la part de tous. Jeff réfléchit sur la mission qu'il s'est donnée d'accompagner les enfants, d'être toujours là pour eux, quitte à négliger son fils. Deirdre consent à un sacrifice énorme pour sauver l'émission. Sebastian sombre dans la démence suite à un AVC mais y trouve une forme de paix en renouant avec sa femme. Jill pardonne à Jeff tout en devant lui avouer qu'elle a permis, sans le consulter, le don d'organes de leur autre fils pour sauver des inconnus.

Dans ces lignes narratives, une seule m'a paru un peu superflu, celle mettant en scène ce chef de scouts s'engageant dans une vendetta contre Jeff et sa famille après qu'une de ses ouailles lui ait dit davantage croire en Mr. Pickles qu'en Dieu. Ce n'est pas que ce soit mal écrit, mais juste que ça m'a paru en trop. Les héros avaient suffisamment à faire pour ne pas rajouter cela en plus.

Kidding n'est pas toujours une série confortable, elle place le téléspectateur dans des situations dérangeantes. Mais elle le fait sans voyeurisme, sans complaisance, avec subtilité, poésie. Par exemple, quand Sebastian perd la raison, son placement dans une institution très spéciale donne lieu à deux épisodes particulièrement remarquables par leur sens de la nuance et même leur délicatesse. Autre exemple, en début de saison, avec la mise sur le marché de la poupée connectée de Mr. Pickles : la série n'esquive pas la dimension intrusive du jouet et les dégâts qu'elle occasionne, en fragilisant des couples et en exposant les enfants à des scènes perturbantes. L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on, et même si Jeff veut d'abord garder le contact avec ses jeunes fans, il le fait grâce à un subterfuge invasif.

Le dernier épisode est magnifique, ouvrant à la fois une faille profonde entre Jill et Jeff (à propos du don d'organes de leur fils) et une réconciliation rien moins que bouleversante, avec un long flashback sur une histoire d'amour d'un romantisme échevelé. C'est là vraiment qu'on mesure à quel point Dave Holstein n'a pas raté sa sortie alors que c'était hyper casse-gueule.

Même si donc Michel Gondry a quasiment quitté le navire, la série sera restée jusqu'au bout un trésor d'inventivité visuelle, constamment imprévisible, et portée par une distribution cinq étoiles. Judy Greer est sensationnelle. Frank Langella hors du commun. Catherine Keener sublime. Et Jim Carrey... C'est un interprète exceptionnel, qui vous embarque dans un voyage mouvementé et poignant. Son visage est marqué, toujours aussi expressif, et c'est un paysage immense, une toile de maître. Son corps est un instrument unique. Tout chez cet immense artiste émeut, et je doute qu'on se rende à quel point c'est un authentique génie, dont Kidding était l'écrin. J'ignore quels sont ses projets de comédie, si même il en a encore, mais regarder cette série résume parfaitement sa singularité.

Kidding aura fait rire, mais aussi, surtout pleurer. Mais sans cacher sa tristesse, c'était une série qui faisait du bien, qui vous aidait, qui vous accompagnait. C'était une série qu'on n'oubliera pas, jamais.

dimanche 25 novembre 2018

KIDDING (Saison 1) (Showtime)


Tous ceux qui ont vu et aimé Eternal Sunshine of the Spotless Mind il y a quatorze ans n'attendaient qu'une chose, ces retrouvailles entre le réalisateur Michel Gondry et l'acteur Jim Carrey. D'autant plus que ce dernier s'est fait très discret ces dernières années (la faute à de nombreux projets cinéma avortés). Showtime et Dave Holstein, le scénariste-créateur de Kidding, ont exaucé nos voeux avec une série incroyable - déjà renouvelée pour une saison 2 !

 Mr. Pickles (Jim Carrey)

Jeff Pickles est l'animateur d'une émission pour les enfants très populaire où il partage la vedette avec des marionnettes, conçues par sa soeur, Deirdre, et produite par son père, Sebastian. Mais leur relation va se tendre lorsque Jeff veut consacrer un numéro sur le thème du deuil - l'occasion d'évoquer la mort de Will, un de ses fils, tué dans un accident de la route, et à l'origine de sa séparation avec sa femme, Jill. Celle-ci entame une nouvelle relation avec un collègue infirmier, Peter, et éduque le jumeau de Will, Phil, qui copine avec une bande de jeunes pour fumer de la marijuana. 

Deirdre et son père Sebastian (Catherine Keener et Frank Langella)

Sans rien dire à personne, Jeff a loué la maison voisine de Jill afin de les voir, elle et leur fils, mais en découvrant la présence de Peter, il désespère et se rase une partie du crâne. Sebastian en voyant cela pense que son fils se venge parce que son idée de numéro sur le deuil a été refusée. Maddy, la fille de Deirdre, voit Scott, son père, se faire masturber par son professeur de piano et le répète à sa mère. Jeff, avec un postiche, rend visite à des enfants hospitalisés dans une aile portant le nom de Mr. Pickles et en profite pour demander à Jill de lui laisser Phil plus souvent. 

Maddy et Scott (Juliet Morris et Bernard White)

Sebastian pousse Jeff à rencontrer de nouvelles femmes, parmi ses admiratrices, et il accepte à contrecoeur car il s'estime toujours marié à Jill. Son dîner avec une de ses fans, ex-toxicomane, le conforte dans l'idée qu'on le considère davantage comme Mr. Pickles que comme un homme normal, et il refuse de coucher avec elle. Scott reconnaît devant Deirdre ne plus savoir où il en est sexuellement et l'interroge sur le divorce, ce qui effraie Maddy qui les espionne. Jeff se consacre à nouveau à ses oeuvres de charité en visitant des femmes atteintes de cancer. A cette occasion, il rencontre Vivian, dont l'humour noir le déroute et le séduit : il se met en tête de la sauver, en commençant par être son amant. Puis il offre à Will une boîte pour apprendre la magie, l'activité favorite de son frère, dans l'espoir qu'il cesse de fumer de la marijuana.

Peter et Jill (Justin Kirk et Judy Greer)

Sebastian, constatant que Jeff est de plus en plus imprévisible, sans déterminer s'il veut le provoquer ou parce qu'il est dépressif, parle à Deirdre de son intention de le remplacer à court terme en produisant un dessin animé sur Mr. Pickles et un spectacle de patinage artistique sur son univers, dont elle serait la directrice artistique. Jeff confie à Jill sa liaison avec Vivian, se montre plus docile avec son père - sans de douter des manigances de ce dernier - , passe du temps avec Will - qui lui reproche surtout de trop parler et de ne pas assez l'écouter. Mais tandis que Jeff semble profiter de cette accalmie, Deirdre épluche les comptes de son frère et découvre qu'il paie les frais médicaux de l'homme responsable de l'accident fatal à Phil.

Sebastian et son petit-fils Will (Frank Langella et Cole Allen)

Mise au courant, Jill est furieuse même si Jeff justifie son geste en expliquant que le conducteur ne peut désormais plus travailler et qu'il a un enfant à charge. Deirdre, bien qu'estimant qu'elle le trahit, confectionne un masque inspiré de son frère pour la patineuse Tara Lipinski qui interprétera Mr.Pickles sur la glace. En le découvrant, Jeff apprend aussi les projets de Sebastian et, triste, se remet auprès de Vivian. Sebastian en profite recruter des auteurs pour l'émission télé et le dessin animé, réprimande fermement Will sur sa consommation de marijuana et assiste aux premières répétitions de Tara Lipinski.   

Vivian et Jeff (Ginger Gonzaga et Jim Carrey)

Malgré la chimiothérapie, l'état de Vivian se dégrade et elle se prépare sereinement à mourir dans les mois qui viennent. Jeff ne l'entend pas ainsi et sollicite l'aide de Deirdre, en jouant sur son sentiment de culpabilité, pour qu'elle confectionne des marionnettes dans le cadre d'une représentation privée afin d'encourager Vivian à se battre. Entre temps, il rencontre Sara, la soeur de Tara Lipinski, et lui assure qu'elle a assez de talent pour jouer le premier rôle de leur spectacle. Il se débarrasse ensuite de l'oiseau de la danseuse, qui en le trouvant mort, est trop bouleversée pour poursuivre les répétitions.   

Will et son père Jeff (Cole Allen et Jim Carrey)

Will accompagne son père à Los Angeles où Jeff doit enregistrer les messages programmées dans des poupées à son effigie vendues à Noël. Il demande à changer le texte pour le simplifier, sans être contredit. Cependant, Deirdre et Scott hébergent l'animateur de la version japonaise de Mr. Pickles et elle entreprend de le séduire pour tromper son mari afin de se venger. A son retour, Jeff, soutenu par Jill, apprend que la santé de Vivian s'est miraculeusement améliorée : son cancer est en rémission. Un dîner chez Deirdre est organisé, avec Sebastian, Jill, Peter, Will, l'animateur japonais, et le couple. Mais Vivian annonce qu'elle va partir en voyage, seule, et qu'elle souhaite rompre avec Jeff, qui lui rappelle désormais le temps où elle était condamnée. Malgré tout, Jeff contacte le service d'oncologie afin de payer les frais médicaux de Vivian. Puis il dévaste le bureau de son père en laissant exploser sa colère et son désespoir.

Jeff Pickles

Jeff se remémore les jours précédant la mort de Phil alors qu'actuellement il projette d'aller assister à l'exécution d'un condamné à mort. Celui-ci, Joey, avec qui il a entretenu une correspondance durant des années, n'est autre que le père de Derrell, son standardiste, plus hésitant à ce sujet, tout comme Sebastian et Jill (lui parce qu'il pense que c'est une erreur de communication, elle car il s'agit d'un meurtrier). Mais Jeff culpabilise à travers cette affaire au sujet de sa propre paternité, jugeant avoir été trop sévère avec Phil, comme Sebastian est trop dur avec lui. Deirdre et l'animateur japonais sont surpris par Scott : peu après, il est à nouveau question de divorce entre eux, mais cette fois Maddy reste calme car elle compris que sa mère s'est vengée. Jeff assiste finalement à l'exécution de Joey - et décide de réagir contre l'autoritarisme de Sebastian. 

 Tara Lipinski (dans son propre rôle)

Tara Lipinski et Deirdre ont modifié le spectacle sur glace et c'est désormais sa soeur, Sara, qui porte le masque de Mr. Pickles. La première a lieu devant un public d'enfants enthousiastes bien que Jeff souhaitait un échec. C'est alors que Sara blesse involontairement et gravement Tara. Sebastian apprend que Jeff a confirmé sa présence aux illuminations de Noël à la Maison-Blanche où il fera un discours pour les enfants en direct à la télé. Jill l'accompagne pour prévenir toute malice de sa part tandis que l'équipe d'auteurs du dessin animé et de l'émission télé reçoivent leurs lettres de licenciement signées par Jeff, à l'insu de Sebastian.

Mr. Pickles et ses fans

Jeff s'adresse donc aux enfants à la télé en direct et méduse tout le monde en évoquant la mort de Phil et en reprochant aux parents de lui confier leur progéniture par paresse. Il encourage son jeune public à aller ouvrir leurs cadeaux avant l'heure et tous trouvent une poupée à l'effigie de Mr. Pickles qui livre le même message : "Je t'écoute." Ce coup d'éclat incite la chaîne PBS, qui diffuse l'émission, à l'annuler. Le studio se vide de ses décors et marionnettes. Mais les enfants se ruent sur place pour rencontrer Jeff et se confier à lui. Même Deirdre et Sebastian se prêtent au jeu. Il se rend ensuite chez Jill et tombe dehors sur Peter à qui il promet de ne plus les importuner car il est fier que Will soit élevé par lui. D'ailleurs, Jeff rebrousse chemin et reprend le volant. Il percute ensuite de plein fouet Peter et s'arrête, confus.

Si Kidding a une vertu majeure, ce sera celle de rappeler quel immense acteur est Jim Carrey. Celui qui incarna Ace Ventura, le héros du Truman show, Andy Kaufman dans Man on the moon (honte à l'Académie de ne pas lui avoir décerné l'Oscar !), avait pratiquement disparu depuis sa participation à Kick-Ass II, dans lequel il regretta ensuite d'avoir joué (jugeant le contenu trop violent). On a beaucoup commenté ce retrait, notamment en affirmant que son interprétation vertigineuse dans le film de Milos Forman (Man on the moon donc) l'avait rincé psychologiquement - un documentaire de Chris Smith, en 2017, Jim and Andy, va dans ce sens, le comédien avouant que ce rôle le mettait en vacances de lui-même.

La réalité est plus ambiguë évidemment : Carrey a vu plusieurs de ses projets sur grand écran ne pas se monter pour des raisons diverses (l'une d'elles est qu'il désirait aller vers des rôles moins systématiquement comiques, mais les studios ne voulaient pas miser là-dessus). Il aurait préféré faire une pause plutôt que de se compromettre - même s'il a réussi, auparavant, la réalisation de productions comme I love you Philip Morris (la romance gay entre un escroc et son co-détenu).

Lorsque la série Kidding, créée et écrite par Dave Holstein pour Showtime, a été annoncée avec Carrey, cela était déjà prometteur, sachant que l'histoire s'inspirait de Mr. Rogers, un animateur d'émissions pour enfants célèbre aux Etats-Unis. Mais l'affaire a pris une autre envergure quand Michel Gondry s'y est attaché : tout à coup, ce n'était pas qu'un show de plus avec une star, mais les retrouvailles du cinéaste de Eternal Sunshine of the Spotless Mind avec sa vedette - qui y tenait un de ses plus beaux rôles, un des premiers dramatique aussi. 

On retrouve la magie à l'oeuvre dans le long métrage de 2004 dans les dix épisodes de cette saison 1, dont Gondry a réalisé la majorité. Le récit est une réflexion poignante et loufoque à la fois sur le deuil, la paternité, la filiation, la famille, le show-business, l'amour, la porosité entre fiction et réel, la folie. Le script, extraordinaire de justesse et d'extravagance, regorge de symboles, subtils mais éloquents, depuis le prénom du fils survivant (Will, qui signifie la volonté comme le verbe être au futur) en passant par l'emploi des marionnettes (comme partenaires de jeu, outils de communication - jusqu'à abolir les langues étrangères - , doubles névrotiques - le masque géant destiné à la danseuse Tara Lipinski dans son propre rôle), sans oublier aucun personnage secondaire.

L'intrigue multiplie, sans égarer le téléspectateur, les subplots, notamment via Maddy, la fille Deirdre, témoin de la crise conjugale de ses parents, tour à tour bouleversée et placide ; la culpabilité de Deirdre envers son frère, sa soumission à leur père, sa vengeance contre son mari ; la relation limite glauque, mais surtout follement romantique et cruelle entre Jeff et Vivian atteinte et miraculeusement guérie d'un cancer ; la rébellion de Will en butte contre son père (figure encombrante, impatiente et dirigiste, comme son grand-père) et son frère disparu (fantôme envahissant) dans les pas duquel il se met pourtant à marcher (la quête des jeunes filles qu'il avait séduites, l'apprentissage de la magie).

Malgré un format court (trente minutes l'épisode), Holstein et Gondry parviennent à une densité stupéfiante et un discours toujours fluide, à l'image du speech final de Jeff Pickles sur la responsabilité éducative des parents et la nécessité d'écouter - de s'écouter soi. Pour autant, le héros n'est pas épargné : Mr. Pickles est-il fou ? La question obsède le téléspectateur comme les auteurs quand on voit son instrumentalisation des marionnettes, sa tendance au voyeurisme, ses obsessions mortifères (l'épisode du condamné à mort est insensé) - jusqu'à le toute dernière scène, réalisée de manière à nous confondre totalement (Jeff l'a-t-il fait exprès ?). En même temps, l'accumulation de frustrations, d'épreuves, de douleurs (la crise de nerfs dans le bureau du père est bouleversante), font de Jeff un homme dans un tel état de souffrance qu'il est lui-même comme une marionnette déchirée.

Malgré sa part d'ombres réelle, Kidding (soit "En rigolant") est drôle souvent aussi. Grâce notamment aux partenaires de Carrey, qui tiennent le choc face à ce génie en n'évoluant pas dans le même registre : Frank Langella est impérial en père manipulateur, Catherine Keener fantastique en grande soeur rongé par les remords et pourtant solidaire ou revancharde, Judy Greer superbe en épouse dépassée, ou le jeune Cole Allen, épatant en fiston fataliste.

Mine de rien, cette série vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher, vous hante, vous fait sourire. Sa capacité à s'imposer en douceur en fait une des plus belles créations de l'année. Et nous rend Jim Carrey dans toute sa grandeur. Pour cela seul, déjà, elle mérite sa place tout en haut.