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jeudi 1 février 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2024 (Mark Waid, Cullen Bunn, Dennis Culver, Stephanie Phillips, Christopher Cantwell / Edwin Galmon, Travis Mercer, Rose Kämpe, Jorge Fonres)


4 histoires courtes au programme de cet Annual :


- IMPeriled (Mark Waid & Cullen Bunn / Edwin Galmon) - Mr. Mxyzptlk convoque avec Bat-mite tous les lutins de la 5ème dimension pour leur parler d'une menace à venir. Mais la réunion tourne à la foire d'empoigne...

Ce segment, le seul écrit (ou plutôt co-écrit) par Mark Waid, sert en vérité d'introduction à une histoire qui débutera dans World's Finest #25 à paraître en Mars prochain. Les lutins de la cinquième dimension sont de grands gamins investis de pouvoirs énormes comme Bat-mite et Mr. Mxyzptlk mais qui vont devoir faire face à un adversaire encore plus redoutable qu'eux tous réunis.

Bon, c'est mignon, mais guère palpitant. Il faut espérer que Mark Waid a une idée intéressante pour la suite. On ne voit pas non plus très bien quelle plus-value a apportée Cullen Bunn à cette histoire (sans doute a-t-il rédigé le script et les dialogues en suivant les indications de Waid). On ne peut que se sentir floué puisque cet Annual ne propose absolument rien mettant en scène Batman et Superman par ailleurs.

Les dessins d'Edwin Galmon sont corrects même si informatisés à l'extrême. A se demander si certains artistes sauraient encore se débrouiller avec un crayon et une gomme...   
 

- The Ties That Bind (Dennis Culver / Travis Mercer) - Pour le compte de Simon Stagg, Metamorpho doit aller chercher au coeur d'un volcan le marteau de Vulcain. Sauf que quelqu'un l'a devancé et qu'il s'agit d'une vieille connaissance...

Ce deuxième segment se déroule après les événements rapportés dans World's Finest #17. On retrouve donc Metamorpho, qui était au coeur de cet arc, et Dennis Culver s'approprie le personnage avec aisance (il apprécie visiblement ce genre d'outsider puisqu'il vient de signer une mini-série Unstoppable Doom Patrol avec Chris Burnham).

L'intrigue est assez rythmée pour ne pas ennuyer et la rencontre que fait Rex Mason au coeur de ce volcan invite à une suite. Donc, la question se pose de savoir si DC ne préparerait pas quelque chose avec Metamorpho, d'autant que James Gunn l'a intégré au casting de son Superman Legacy (dont le tournage commence en Mars).

Les dessins de Travis Mercer sont convenables, sans plus. Disons que j'aurai apprécié un artiste avec un peu plus de fantaisie, vu le potentiel de ce héros. Mais ça n'était pas la priorité visiblement.



- Sting Like A Bee (Stephanie Phillips / Rose Kämpe) - Avant de devenir la super-héroïne Bumblebee et d'intégrer les Teen Titans, Karen Bercher a signé son premier coup d'éclat en infiltrant les locaux d'une compagnie, filière de Stagg Industries...

C'est déplorable mais Stephanie Phillips perd son temps en acceptant ce genre de travail de commande qui ne lui apportera rien et je me demande si DC (comme Marvel d'ailleurs) sait vraiment quoi faire de cette excellente scénariste, à part lui refiler des jobs pourris, quand, en indé, elle brille sur son propre titre, Grim.

Car, franchement, qui ça intéresse de connaître les origines de Bumblebee, personnage pompée sur la Guêpe de Marvel, puis tardivement incorporée aux Teen Titans (dont Waid a écrit une catastrophique mini-série récemment terminée) ? Pas moi en tout cas.

Rose Kämpe a un style encore trop balbutiant pour rattraper l'affaire, même si c'est déjà plus agréable à lire que Galmon et Mercer. En fait, cet Annual ressemble plus à un fourre-tout qu'à quelque chose de digne de World's Finest


- Time Check (Christopher Cantwell / Jorge Fornes) - Les Challengers de l'Inconnu s'aventurent dans une dimension parallèle pour sauver le docteur Elias, au péril de leur vie et de la réalité même...

Heureusement, les plus patients seront récompensés avec le dernier segment de cet Annual qui, s'il n'a lui aussi rien à voir avec World's Finest, se distingue sans mal par sa qualité narrative et graphique du lot. Il faut dire que c'est Christopher Cantwell qui est aux manettes et ça change tout.

S'il s'agit là encore d'un teaser, alors j'ai hâte que DC confirme qu'il a un projet avec les Challengers de l'Inconnu puisqu'ils sont à l'affiche dans cette histoire. Cantwell les entraîne dans une aventure certes compressée mais haletante, valorisant leur job d'explorateurs et d'aventuriers (après tout, ils inspirèrent à Stan Lee et Jack Kirby les Fantastic Four).

Surtout, on a enfin droit à des planches de dingue puisque c'est Jorge Fornes qui illustre le script de Cantwell et l'espagnol prouve une fois de plus quelle envergure il a pris en  signant chez DC. Tout ça donne donc furieusement envie que Cantwell et Fornes nous produisent une mini-série Challengers of the Unknown au sein du DC Black Label. Jim Lee, s'il vous plait, exaucez-moi !

vendredi 23 août 2019

PUNK MAMBO #5, de Cullen Bunn et Adam Gorham


C'est la fin de la mini-série consacrée à Punk Mambo... Mais pas la fin des aventures de cette héroïne issue de la série Shadowman. En effet, à la dernière page de cet épisode, on nous annonce son retour prochain. Souhaitons juste que Cullen Bunn et Adam Gorham resteront aux commandes.

Bon, allez, on va zapper le traditionnel résumé car, vous l'aurez facilement deviné, Punk Mambo réussit à vaincre Azaire Aguilliard, ses tontons macoutes et l'oncle Gunnysack, avec le soutien de Josef.


C'est le lot de toute mini-série et des comics en général : à la fin, les gentils gagnent, les méchants perdent. L'intérêt est ailleurs, dans la manière dont les héros remportent la victoire, ce qu'ils laissent dans l'affrontement. Et de ce point de vue, Punk Mambo est spectaculaire à souhait, à défaut d'être original ou palpitant.


J'aurai apprécié que Cullen Bunn rende tout ça moins facile, moins expéditif, car, tout de même, Azaire Aguilliard est investi d'une force divine (ayant absorbé les pouvoirs des dieux vaudous). Or, Punk Mambo le corrige sans trop forcer, certes régénèrée après son passage à tabac, mais trop peu impressionnée par la tâche qui l'attend.


Ce n'est pas un défaut de construction narrative car Bunn a bien dosé ses effets durant les cinq épisodes. Simplement, il conclue de façon trop décontractée, et échoue à faire vibrer le lecteur en mettant en scène une Punk Mambo trop sûre d'elle.


Les vraies stars de cette conclusion sont Adam Gorham et surtout le coloriste José Villarubia. Le découpage du premier est très efficace, il se permet des doubles pages superbes et audacieusement composées (en particulier celle se situant dans le plan astral). L'expressivité des personnages compte pour beaucoup dans le plaisir de la lecture.

Quant à Villarubia, il sublime le dessin de Gorham et dope sérieusement le script de Bunn. Lorsque le combat s'engage, il déploie une palette à la fois vive et subtile, qui renvoie aux meilleurs épisodes, très psychédéliques, de Doctor Strange par Steve Ditko (comme quoi, les vrais classiques ne se démodent jamais). C'est surtout la preuve qu'il n'existe pas de BD "pure" en noir et blanc car, lorsqu'un comic-book est entre les mains d'un véritable artiste de la couleur, et que le récit l'exige, le média accède à une autre dimension, que le noir et blanc n'autoriserait pas. Punk Mambo perdait beaucoup sans ses couleurs fantastiques.

Valiant ne dit cependant pas quand son iconoclaste anglaise reviendra, mais assurément, je vais surveiller ça.

vendredi 2 août 2019

PUNK MAMBO #4, de Cullen Bunn et Adam Gorham


Elle aura été vraiment bien, cette mini Punk Mambo ! Elle n'est pas encore tout à fait terminée (encore un épisode le mois prochain), mais on voit mal comment, à ce stade, Cullen Bunn et Adam Gorham pourraient rater leur sortie. Cet épisode est un peu en mode pause, mais le dénouement s'annonce spectaculaire.


Parce qu'il a laissé fuir Punk Mambo après l'avoir passée à tabac, Azaire Aguilliard reçoit les reproches de son grand prêtre pour qui la jeune femme représente une menace sérieuse.


Cependant, Punk Mambo panse ses blessures dans une chambre de motel où elle s'est réfugiée avec Josef, dont la congrégation vaudou a été massacrée par l'oncle Gunnysack. Il leur faut préparer la suite du combat.


Et cela passe par l'invocation d'un sort de guérison. Ils partagent leurs forces, la base même de leurs arts occultes, et finissent par coucher ensemble. Cela ne passe pas inaperçu pour l'ennemi...


... Mais cela fait partie du plan de Punk Mambo qui attire ainsi le grand prêtre de Aguilliard et ses tontons macoutes dans sa chambre de motel. Elle livre les tueurs à des démons pendant que Josef coince le prêtre.


Celui-ci, bravache, tente de dissimuler sa peur en affirmant qu'il ne parlera pas de ce que prépare Aguilliard. Mais Punk Mambo sonde son esprit et voit que son adversaire a entamé un rituel pour s'emparer des pouvoirs des dieux vaudous...

Le format de la mini-série est, parait-il, peu vendeur, ce qui justifierait que les gros éditeurs n'y aient pas davantage recours. Pourtant, actuellement, Marvel comme DC y reviennent (tout comme ils le font avec des anthologies comme Marvel Team-up ou Batman : Secret Files). Valiant, lui, s'en sert autrement, plus efficacement aussi.

L'exemple actuel de Punk Mambo est un modèle du genre. L'héroïne est apparue dans une série-phare de l'éditeur (Shadowman) et évoque irrésistiblement Hellblazer, avec John Constantine (qui fut un des anti-héros émblématiques de feu le label Vertigo). Pour l'exploiter sans miser trop gros dessus, quoi de mieux que cinq épisodes et une histoire complète ?

Idem pour les auteurs. Valiant récupère en quelque sorte une plume aguerrie en la personne de Cullen Bunn (qui a travaillé pour tout le monde, d'Oni Press à Marvel en passant par DC et Dark Horse) : il adore les récits horrifiques et fantastiques, où il est plus à son avantage qu'avec du super-héros classique.

Bunn a imaginé une intrigue simple mais très efficace qui, à une étape de la fin, peut se permettre de marquer un temps pour mieux préparer un final spectaculaire où Punk Mambo va affronter un type ayant absorbé les pouvoirs de dieux vaudous (rien que ça !). C'est un divertissement décomplexé mais rondement mené, où même une scène cliché comme l'étreinte entre Josef et Punk (qui ont été à couteaux tirés jusque-là) passe.

Pour les dessins, Valiant a aussi fait les poches de Marvel en accueillant Adam Gorham, dont la prestation sur une mini New Mutants (Dead Souls) aurait pourtant dû convaincre C.B. Cebulski de garder le dessinateur.

Avec l'aide de José Villarubia (qui officie aussi sur Killers) aux couleurs, Gorham se lâche visiblement et son plaisir à mettre cette intrigue en images est communicatif. Il ose de belles splash-pages, des découpages inventifs, mais en restant lisible et au service du récit. Ses personnages sont expressifs en diable, sa narration solide (même si les premières planches de l'épisode sont un peu en dessous du reste).

On passe un super moment et nul doute que le 28 Août prochain, on quittera Punk Mambo à regret - ce qui est le signe imparable de la réussite du projet.

vendredi 28 juin 2019

PUNK MAMBO #3, de Cullen Bunn et Adam Gorham


La mini-série de Cullen Bunn et Adam Gorham arrive à mi-parcours : c'est donc le moment pour que l'intrigue bascule, en dévoilant une part de son mystère tout en acculant son héroïne. C'est ce plan que suivent les auteurs avec adresse et toujours un impeccable sens du rythme.
  

La capture de l'esprit de Marie Laveau par l'oncle Gunnysack provoque la colère de Josef, même si Punk Mambo a réussi à placer sur le démon un traceur magique. Elle doit pourtant continuer la traque seule car son partenaire ne tolère plus son attitude.


Punk Mambo suit la piste de l'oncle Gunnysack jusqu'à une sucrerie désaffectée dans laquelle elle s'introduit en se rendant invisible. Là sont exploités des médiums, des prêtres, des spirites.
  

L'intuition de Punk Mambo se vérifie vite : Gunnysack sert les intérêts de quelqu'un et c'est Azaire Aguilliard. Celui-ci n'a pu accéder au rang de sorcier et veut dominer les dieux du vaudou en attaquant leurs entités les plus puissantes.


Et, justement, pendant ce temps, à la congrégation, Josef se voit reprocher par les divinités vaudous son attitude envers Punk Mambo. Il souhaite que tout le monde évacue mais l'oncle Gunnysack et ses sbires surgissent pour achever leur besogne.


Passée à tabac par les hommes de main de Aguilliard, Punk Mambo ne peut répliquer car sa magie est inopérante face son adversaire. Elle parvient à regagner Port-au-Prince où elle découvre le massacre commis par Gunnysack dans l'église.

Depuis le début de l'histoire de Punk Mambo, l'oncle Gunnysack fait figure de croquemitaine, l'ennemi désigné à abattre. Pourtant avec ce troisième épisode, la situation évolue car l'héroïne a deviné qu'elle se trompait de cible : le démon travaille pour quelqu'un, qui, lui, reste caché.

C'est à la découverte de ce dernier que nous entraîne ce nouveau chapitre et le moins qu'on puisse dire, c'est que Cullen Bunn a décidé de secouer Punk Mambo comme le lecteur. 

Dans ce cadre, le scénariste profite du fait que son personnage principal est une femme, ce qui induit chez le lecteur (consciemment ou non, à tort ou à raison) qu'elle est plus faible qu'un homme. Certes elle a du répondant, la langue bien pendue et le coup de poing facile, donc on ne craint pas pour sa vie, mais elle va quand même être durement rudoyée.

L'autre élément à soigner, c'est le mobile du vilain et Azaire Aguilliard se présente comme un adversaire ingénieux. N'ayant pas pu, bien qu'il soit issu d'une lignée prometteuse, devenir un sorcier, il a entrepris de mettre au pas les dieux du vaudou en les intimidant (grâce à la capture d'esprits puissants par l'oncle Gunnysack). Audcieux autant qu'insensible parce que vexé, Aguilliard a de quoi répliquer à une grande gueule comme Punk Mambo - qui mesure instantanément le danger.

La scène où elle se fait passer à tabac et où elle comprend en même temps qu'elle doit encaisser parce qu'elle n'a pas d'autre issue est glaçante, tout comme sa fuite désespérée car Aguilliard la laisse décamper pour mieux savourer son humiliation.

Le dessin d'Adam Gorham traduit parfaitement la brutalité de ce traitement dont on ressent l'intensité sans mal. La colorisation de José Villarubia passe ainsi de tons presque pastels quand Punk Mambo infiltre la sucrerie en étant invisible à des teintes plus vives comme le sang qui défigure la jeune femme rossée.

Par ailleurs, Gorham impressionne toujours autant par son souci du détail dans les décors. Qu'il représente une rue de Port-au-Prince après une bagarre ou désertée après le carnage dans l'église de la congrégation de Josef, puis l'intérieur de la surcrerie avec une figuration importante, les cases et les planches sont fournies, sans être saturées, et témoigne d'un véritable effort.

Le prochain épisode s'annonce comme celui de la revanche avant un final explosif. Car Punk Mambo progresse avec maîtrise, sachant qu'elle ne dispose que de cinq numéros.  

vendredi 31 mai 2019

PUNK MAMBO #2, de Cullen Bunn et Adam Gorham


Pour son deuxième épisode (sur les cinq que comptera la série), Punk Mambo lève un peu le pied. Mais à peine ! Cullen Bunn déploie son métier en variant le rythme d'un chapitre à l'autre, et parfois même à l'intérieur du chapitre lui-même, alternant action et dialogues de façon dosée. Adam Gorham lui emboîte remarquablement le pas. On ne s'ennuie pas.


Les adeptes du Loa invoquent les dieux vaudou d'Haïti. Punk Mambo ne leur montre pourtant pas beaucoup de respect, ce qui les irrite. Elle devine vite qu'ils veulent se servir d'elle pour leur sale boulot contre le démon Gunnysack.


Aussi, si elle est disposée à collaborer, elle interviendra d'abord pour elle, pour récupérer son esprit Aye. En retour, les dieux vaudous lui imposent Josef, un de leurs hougan, le relais entre le monde des morts et des vivants.
  

Avec Marie Laveau, une fois dehors, ils sont entraînés au coeur de Haïti par Maman Brigitte. La désinvolture de Punk Mambo irrite Josef, attaché aux traditions. Mais la jeune femme n'en a cure : elle a un job à accomplir et veut le faire vite.


L'apparition des tontons macoute, sbires de l'oncle Gunnysack, va lui fournir l'occasion de se défouler. Elle les attaque aussitôt en les menaçant d'une sévère correction tant qu'ils ne lui auront pas livrée l'adresse de leur boss.


Mais en se battant, Punk Mambo et Josef négligent de surveiller leurs arrières et l'oncle Gunnysack resurgit pour kidnapper Marie Laveau. Punk Mambo a juste le temps de lancer un traceur magique pour suivre sa trace...

En misant sur des formats courts (des mini-séries de cinq épisodes), l'éditeur Valiant oblige certes ses équipes artistiques à aller au plus vite à l'essentiel, mais pour cela le job est confié à des professionnels, capables de s'adapter aux contraintes tout en ayant de la personnalité.

C'est une métaphore qui colle au personnage de Punk Mambo : elle aussi a peu de temps pour accomplir son boulot - vaincre le démon Gunnysack qui menace les dieux vaudous d'Haïti et détient son esprit Aye - mais elle a du tempérament et sait faire preuve de souplesse et d'initiative. Ses méthodes déplaisent à Josef, le hougan qu'on lui impose, mais ce n'est pas ça qui va la freiner.

Et c'est là qu'on mesure le savoir-faire de Cullen Bunn car, pour la peine, il convient de ne pas mélanger vitesse et précipitation. Bunn ne verse pas dans la psychologie ou l'ethnologie : tout est défini par l'action et la réaction. Punk Mambo se fiche des convenances, le scénariste aussi : le vaudou, les démons, les esprits, les traditions locales, tout ce folklore exotique, il le traite avec la même insolence que son héroïne, pressée d'en finir et à sa manière.

Quoi de plus naturel au fond ? C'est une prêtresse mais aussi une punk, qui se fiche donc de l'autorité, de la hiérarchie, des conventions. On ne peut pas s'ennuyer en sa compagnie et on rigole quand elle charrie Josef, hérissé par cette anglaise irrespecteusue des traditions, qui emploie sa magie avec insouciance... Mais qui, in fine, s'avère très efficace puisqu'elle a le bon réflexe - à défaut d'avoir de bonnes manières.

L'intrigue est cousue de fil blanc et Bunn ne se cache pas derrière son petit doigt pour la faire avancer, mais grâce à son dessinateur, Adam Gorham, on en prend plein la vue.

L'artiste remplit bien ses cases, impose un découpage très tonique, avec des personnages bien expressifs. Le lecteur n'est vraiment pas floué, il y a de quoi faire et lire. C'est un divertissement à la fois léger et dense, agrémenté d'une colorisation superbe (par José Villarubia, qui a bossé avec Alan Moore, et dont ce n'est qu'une des activités puisqu'il est également photographe et designer).

A l'image de la couverture "pétante" de Dan Brereton, Punk Mambo a de la ressource, du nerf, de la personnalité. Cette combinaison lui assure d'être appréciée.

vendredi 26 avril 2019

PUNK MAMBO #1, de Cullen Bunn et Adam Gorham


Valiant Comics, c'est l'éditeur autout duquel je tournais depuis un moment sans trouver de point d'entrée. Pourtant, il était présenté comme une alternative efficace aux "Big Two", un peu comme Dark Horse et Image. Punk Mambo fait partie d'une nouvelle collection de séries qui vont remplacer les "classiques" maison, tout en étant le spin-off d'un titre pré-existant. Aux manettes, Cullen Bunn et Adam Gorham, transfuges de Marvel, en quête de liberté.


Londonienne, Punk Mambo s'est exilée en Louisiane où elle loue ses services de chasseuse de démons. Elle reçoit comme première mission de retrouver une bande de jeunes punks enlevés dans le bayou.


C'est ainsi qu'elle combat des cannibales dégénérés à Grunch Road avec l'aide d'un esprit, Ayezan (Aye pour faire plus court) qu'elle invoque à volonté. Elle torture un des monstres pour localiser l'endroit où sont retenus les otages.


Mais elle tombe sur un os en faisant face à un démon plus puissant que Aye. Elle déploie de nouvelles ressources pour en venir à bout et rend à leur liberté les jeunes punks.


Errant ensuite dans les rues de la Nouvelle-Orléans, Mambo échoue à rappeler Aye. La reine du vaudou, Marie Laveau, surgit et lui offre son aide en lui expliquant que l'esprit est retenu par une force trop puissante pour la jeune femme.


Direction : Haïti, la terre du vaudou. Via un portail dimensionnel, Marie guide Mambo jusqu'à un marché où une commerçante, Maman Brigitte, lui indique une église. A l'intérieur, tous les fidèles sont possédés par le Loa et promettent leur aide en échange des services de leur visiteuse...

Punk Mambo est d'abord apparue dans la série Shadowman (qui va certainement faire l'objet d'un relaunch puisqu'elle n'est plus publiée actuellement), déjà située dans le domaine du mysticisme. Comme one le voit, c'est une jeune femme au look correspondant à son nom, avec sa crête iroquoise rose, ses tatouages, piercings, et sa tenue de rockeuse punk.

Les familiers de l'univers mutant de Marvel ou de West Coast Avengers récemment lui trouveront un indéniable air de ressemblance avec Quentin Quire/Kid Omega, et pas seulement physiquement car Punk Mambo a le même sale caractère effrontée et revêche. Bref, on est sûr de ne pas s'ennuyer avec elle.

A l'image de cette héroïne, Punk Mambo, la série, a un aspect borderline, rebelle, qui a dû si bien inspirer le scénariste Cullen Bunn. L'ancien auteur du western fantastique The Sixth Gun (chez Oni Press en vo, Urban Comics en vf) n'a jamais convaincu chez Marvel ou DC, où son imagination prolifique s'accomodait mal des contraintes éditoriales et de l'obligation de livrer des histoires pour un public ciblé. 

En revanche, quand il se défoulait chez Dark Horse, dans des titres horrifiques (comme le terrifiant Harrow County), Bunn retrouvait des couleurs et révélait sa vraie nature, celle d'un conteur amateur de série B, plus à l'aise qu'avec des super-héros.

Recruté (comme d'autres scénaristes en difficulté, comme Tim Seeley qui va relancer Bloodshot) par Valiant, Bunn ne met pas longtemps à prouver son savoir-faire. Ce premier épisode ne s'embarrasse guère d'exposition, l'héroïne est introduite sans rappel à son passé, et avec elle nous plongeons directement dans l'action. C'est saignant, drôle, mouvementé : jubilatoire. Un modèle d'efficacité.

L'enjeu est posé très vite : Mambo a perdu contact avec un esprit qui l'aide et la reine du vaudou lui offre son aide. Mambo accepte à contrecoeur. La voilà à Haïti, en présence de fidèles d'une église, disposés à lui porter secours si elle leur rend la pareille. C'est ce qui est le plus jouissif ici : cette façon d'embarquer dans l'aventure sans perdre de temps, sans avoir le temps de se poser de questions. On marche ou pas, mais si y va, alors ça swingue méchamment.

Et le dessin d'Adam Gorham (non retenu par Marvel après la mini-série New Mutants : Dead Souls) sert tout à fait cette ambition, simple mais efficace. Son style est réaliste mais surtout très tonique. Le découpage est nerveux, raccord avec l'action dominante.

Pas de round d'échauffement pour cet artiste très doué, très complet, qui a déjà bien en mains son personnage, ses décors, cet univers. Les monstres à l'oeuvre sont impressionnants, mais jamais le malaise ne l'emporte car, à l'instar de Mambo et de son allure flamboyante, tout est d'abord fait pour distraire.

Comme souvent, quand Bunn a un dessinateur en phase avec ce qu'il raconte, le résultat est irrésistible, très accrocheur. On en veut encore et donc on attend déjà impatiemment la suite du périple haïtien de Punk Mambo.

samedi 1 mars 2014

Critique 417 : THE SIXTH GUN - BOOK 5 : WINTER WOLVES, de Cullen Bunn et Brian Hurtt

THE SIXTH GUN, BOOK 5 : WINTER WOLVES rassemble les épisodes 24 à 29 de la série créée et écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt, publiés en 2013 par Oni Press.
Becky Montcrief a délivré Drake Sinclair de l'Ordre des Chevaliers de Salomon. Alors qu'ils ont repris la route, les voilà bientôt prise au piège dans une tempête de neige aussi subite que surnaturelle : ils se trouvent sur le territoire du Wendigo, une créature maléfique à laquelle a déjà eue affaire Sinclair et qui convoite également les pistolets maudits, soi-disant pour les mettre à l'abri des hommes.
Cependant, Gord Cantrell a retrouvé Kirby Hale, sans savoir qu'il est désormais l'agent de la terrible Missy Hume. Avec l'aide de Asher Cobb, la momie géante traquée par l'Ordre de l'Epée d'Abraham, ils tentent de remonter la piste jusqu'à Becky et Drake.
Le scénariste Cullen Bunn est un drôle de zigoto : en effet, le succès critique et public de ses séries pour Oni Press (The Damned d'abord puis The Sixth Gun) lui a valu d'être recruté par les majors que sont Marvel (pour qui il a écrit plusieurs titres comme Venom, Fearless Defenders et bientôt Magneto) et DC (avec laquelle il prépare une ongoing consacrée à Sinestro, l'ennemi de Green Lantern). Pourtant, en tout cas en ce qui concerne ses expériences chez Marvel, la réussite le fuit : l'accueil des médias et des lecteurs est, au mieux, tiède.
Ne pas transformer ainsi l'essai (tout en restant malgré tout convoité) le prive certainement de fans supplémentaires pour The Sixth Gun, une série où il accomplit un remarquable parcours depuis le début, et c'est bien dommage. Le titre approche des 40 épisodes avec 6 tpb (le dernier, Ghost Dance, qui suit celui-ci, vient juste de sortir) et demeure d'une remarquable constance dans la qualité. C'est pourquoi j'ai envie de commencer par dire à ceux qui ne goûtent guère à Cullen Bunn chez les "big two" de ne pas en rester là et d'essayer sa production indépendante, qui vous convaincra de son talent en dehors des super-héros.
Ceci étant dit, abordons le contenu de ce recueil. D'un point de vue narratif, il peut sembler moins enthousiasmant que les précédents, l'objectif évident étant ici de réunir les personnages séparés depuis de nombreux épisodes et qui ont tous traversé des épreuves initiatiques en relation avec la mythologie des six pistolets et leur propre passé. On a l'impression que Bunn tire un peu sur la corde en inventant de nouvelles péripéties pas forcément nécessaires, mais cela reste néanmoins une suite d'épisodes très efficaces, menée avec rythme.
La structure de ce volume s'appuie sur les parallèles : on suit d'un côté la trajectoire de Becky et Drake, leur séjour dans le territoire du Wendigo ; de l'autre le trio formé par Gord, Kirby et Asher doit semer les membres de l'Epée d'Abraham afin de retrouver justement Becky et Drake. Ces deux parties sont riches en rebondissements et on ne s'ennuie pas une minute : il y a là tout ce qu'on aime dans la série - des courses-poursuites échevelées, des échanges de coups de feu, des créatures fantastiques, des décors variés, du spectacle, de l'entertainment.
Il faut néanmoins attendre le 29ème épisode (le 6ème chapitre du recueil) pour enfin assister aux retrouvailles des personnages. Les réactions de chacun sont amusantes et Bunn les exploite à la fois rapidement et intelligemment : le ressentiment de Becky envers Kirby (qui l'avait séduite pour lui voler son arme), l'incrédulité devant l'alliance de Gord avec Asher et Kirby, la détermination de Gord à se débarrasser des pistolets, l'usure physique et morale de Drake.
Surtout, on découvre une nouvelle "application" de l'arme de Becky une fois que Kirby lui a révélée son alliance avec Missy Hume : la séquence qui en découle est spectaculaire et troublante - moins pour la volonté intacte de la jeune femme de faire payer Missy que par le fait que le pistolet semble désormais (comme cela était suggéré dans l'épisode 27, chapitre 4 du recueil) la posséder, la consumer. Il semble que cette piste sera bientôt exploitée, on verra comment.
Enfin, la chute de l'album offre un cliffhanger prometteur mais qui démontre surtout que Bunn, même s'il a pu le laisser paraître depuis quelque temps, n'oublie pas le reste de son casting et les possibilités qu'il lui donne. Si, comme il l'avait déclaré en interview, le scénariste a vraiment l'intention de conclure la série au bout de 50 numéros, alors de multiples éléments dans ce 5ème Livre pourraient confirmer une convergence et un beau final.

Encore une fois, Brian Hurtt donne au récit un dynamisme visuel salvateur. L'impression que la série s'étirait un peu artificiellement a toujours été compensée par un graphisme qui, pour n'avoir rien d'exceptionnel, est sur la durée remarquable. Ce qui compte chez Hurtt, c'est moins une recherche du beau dessin (quand bien même réussit-il des plans épatants, notamment quand il s'agit de représenter les décors et les monstres) que du dessin efficace, du dessin juste.
Vous ne trouverez pas dans The Sixth Gun des pages réellement impressionnantes, mais la simplicité du découpage, des représentations, des expressions, dissimule une redoutable fluidité et fait de la série un "page-turner" implacable. Hurtt a ce don, digne des très bons artistes, complets mais sobres, de raconter visuellement l'histoire à sa disposition sans jamais tirer la couverture à lui : il est au service du récit, exclusivement, pas là pour épater la galerie, il n'y a rien en trop dans ses pages, juste ce qu'il faut pour accompagner le script et emballer le lecteur.
Cette forme d'humilité est des plus louables, même si elle est un peu ingrate car on se rend rarement compte du travail que cela représente de tout bonnement bien mettre en images une intrigue solide.

Album après album, The Sixth Gun confirme tout le bien qu'on peut lui prêter. Accordez, vous aussi, une chance à ce western fantastique, salué par les auteurs les plus côtés du milieu (cités à chaque fois en couverture et quatrième de couverture) et bientôt (enfin !) traduit en France chez Urban Comics. 

jeudi 28 mars 2013

Critique 387 : THE SIXTH GUN, BOOK 4 - A TOWN CALLED PENANCE, de Cullen Bunn, Brian Hurtt et Tyler Crook

The Sixth Gun, Book 4 : A Town Called Penance rassemble les épisodes 18 à 23 de la série créée et écrite par Cullen Bunn, et dessinée par Brian Hurtt (#18-22) et Tyler Crook (#23), publiée par Oni Press en 2012.
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Séparés après l'attaque du train dans lequel ils transportaient le cercueil du Général Hume avec l'aide de l'Orde de l'Epée d'Abraham, Becky Montcrief et Drake Sinclair sont désormais dans une situation compromise. La jeune femme a fui la protection de l'Ordre et arrive dans la bourgade de Penance, où l'ont conduite les visions du futur du 6ème pistolet en sa possession. De son côté, son acolyte est le prisonnier de l'Orde des Chevaliers de Salomon, auquel il a appartenu dans le passé et qui veulent les quatre pistolets en sa possession (mais qu'il a eu le temps avant d'être capturé de mettre à l'abri).
Quand à ce brigand de Kirby Hale, il accepte de louer ses services à Missy Hume pour récupérer les pistolets tout en espérant que Becky l'aime encore après qu'il l'ait trahie une première fois...
*
Si Cullen Bunn s'en tient à son plan initial - une série d'une cinquantaine d'épisodes maximum - , alors ce 4ème tome de The Sixth Gun franchit presque la moitié du parcours et permet à la fois de mesurer le chemin parcouru tout en laissant de nombreuses pistes à explorer (j'enchaîne les métaphores spatiales...).
Les précédents épisodes du tome 3 coupaient l'intrigue en deux parties : on y assistait, d'un côté, à la séparation forcée (à la suite de l'attaque du train par les mercenaires de Missy Hume) de Becky et Drake ; puis, d'un autre côté, à la quête de Gord Cantrell pour trouver un moyen de neutraliser les pistolets magiques (qui, réunis, pourraient peut-être transformer toute la réalité, passée et présente).
Cullen Bunn exclut (pour le faire revenir dans les prochains chapitres) Gord Cantrell de son récit afin de mettre en scène la réunion de Becky et Drake. Il imagine un nouveau décor où arrive Becky et dont il a le secret et qui contribue à faire de The Sixth Gun ce mix détonant de western et de fantastique horrifique : un bled perdu du nom de Penance (Pénitence). Dans ce lieu vivent des habitants difformes, des proto-mutants, contaminés par l'eau empoisonnée par les Chevaliers de Salomon qui détiennent Drake. La trahison du shériff (à la mine, il est vrai, peu honnête) va achever de précipiter l'affrontement entre les Chevaliers et une partie de la population, résidant à la périphérie, et conséquemment sceller les retrouvailles de Becky et Drake dans un autre endroit étonnant.
L'épisode 21, qui se déroule dans le repère des Chevaliers, une cité souterraine, offre au scénariste - et son dessinateur - le prétexte pour un vrai défi narratif puisqu'il s'agit d'un chapitre muet, sans dialogues ni onomatopées, sur le principe des " 'Nuff Said" comme Marvel Comics en proposa il y a quelques années pour un épisode de toutes leurs séries le même mois. L'efficacité et la confiance acquises par l'auteur sur son projet sont désormais telles qu'il passe l'examen avec brio et produit un petit chef-d'oeuvre. C'est aussi cela qui rend The Sixth Gun si plaisant à lire, pour cette capacité non seulement à se jouer des codes des genres qu'il aborde mais aussi cet aspect ludique dans la relation des intrigues, ces "morceaux de bravoure" parfaitement exécutés.
L'action domine donc ce recueil, mais continue de développer des liens entre ses protagonistes : ainsi on apprendra de Drake Sinclair une révélation renversante sur son rôle vis-à-vis de l'usage des six pistolets dans le passé, un twist dramatique qui va sans doute impacter durablement la série. Le personnage de Jesup, un des Chevaliers avec lequel Drake a un sérieux contentieux, est destiné à revenir aussi, malgré ce qu'il subit à la fin du #22. Quant à Kirby Hale, son alliance avec la sinistre Missy Hume promet également beaucoup, même si les sentiments qu'il éprouve encore pour Becky interféreront certainement...
The Sixth Gun n'a pas fini de régaler ses fans. Pourquoi donc aucune maison d'édition française ne s'intéresse à la traduction de ce titre, alors qu'ici, où de Lucky Luke à Blueberry en passant par Les Tuniques Bleues (et d'autres), un tel western aurait toutes les chances de gagner des lecteurs ?!
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Brian Hurtt continue d'enchaîner les épisodes avec une régularité impressionnante. Son dessin n'est peut-être pas renversant au premier regard, mais il n'empêche que la série lui doit beaucoup car c'est assurément un storyteller bigrement doué. Son découpage est simple, sobre, mais redoutable, avec des effets bien dosés (voir la splash-page où a lieu un vrai feu d'artifices de dynamite, après des suites de séquences cadrées serré). Le flux de lecture est d'une souplesse telle qu'on engloutit les 150 pages de ce volume sans voir passer le temps.

La série a aussi trouvé avec Tyler Crook un fill-in artist parfait : il ne s'occupe ici que du #23, centré sur Kirby Hale, ce qui permet de bien distinguer les tâches dévolues aux deux dessinateurs. Son trait est plus relaché que celui de Hurtt, plus "cartoony" mais convient idéalement au titre, dont le visuel ne cultive pas un réalisme classique pour mieux faire passer les excentricités du script.

Et, encore une fois, la colorisation de Bill Crabtree est irréprochable. Quel plaisir, vraiment, de lire une série qui conserve une si bonne cohérence esthétique depuis ses débuts !
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Enocre une collection d'épisodes jubilatoires. Vivement la suite, qui promet d'être aussi délirante et palpitante !

mardi 12 juin 2012

Critique 330 : THE SIXTH GUN - BOOK 3 : BOUND, de Cullen Bunn, Brian Hurtt et Tyler Crook

The Sixth Gun, Book 3 : Bound rassemble les épisodes 12 à 17 de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt (#12-13, 15-17) et Tyler Crook (#14), publiée en 2011-2012 par Oni Press.
Becky Montcrief, Drake Sinclair et le frère Roberto de l'ordre de l'Epée d'Abraham convoient en train le cercueil contenant la dépouille maudite du général Hume. Ils possèdent cinq des six pistolets magiques, le sixième étant en possession de Missy Hume, qui prépare sa revanche, et engage Eli Barlow pour mener un raid sur le train en question. Barlow a le don de réveiller les morts et son commando compte Asher Cobb, un ancien devin transformé en momie, sur lequel son emprise est toute relative.
L'affrontement sépare Drake de Becky et Roberto qui gagnent un château où le cercueil avec le général Hume est enfermé dans une cellule. Becky comprend progressivement qu'elle n'est pas seulement invitée dans ce repaire mais également prisonnière car l'ordre de l'Epée d'Abraham convoîte les six pistolets pour défaire une organisation rivale, les Chevaliers de Salomon.
Cependant, Gord Cantrell revient en Louisiane, et doit faire face à son terrible passé.
Reste à savoir où est passé Drake Sinclair...
Missy Hume prépare sa revanche...
... Et Eli Barlow va l'aider dans ses sinistres projets.
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Ces six nouveaux volets de la série viennent prouver que Cullen Bunn a vraiment bâti une histoire qui recèle une profondeur épatante : en effet, la mythologie des six pistolets y est grandement enrichie, mais sans que les trajectoires des héros soient sacrifiées. Le scénariste ajoute de nouveaux protagonistes hauts en couleurs à son casting déjà mémorable et entraîne son récit sur des pistes inattendues et excitantes.
Qui est Asher Cobb ?

Pour commencer, Bunn offre à ses lecteurs un authentique morceau de bravoure avec deux chapitres entiers consacrés à une nouvelle bataille épique comme il sait si bien les écrire : l'attaque du train transportant le général Hume est une séquence formidablement maîtrisée, au rythme haletant, enchaînant les moments forts avec de l'action spectaculaire et des rebondissements qui vont durablement marquer l'intrigue puisque Becky et Drake sont séparés - on pense même ce dernier mort pendant plusieurs épisodes.
Puis Bunn consacre un chapitre entier aux origines d'Asher Cobb et avec ce nouveau personnage, la série atteint de nouveaux sommets de délire et d'angoisse puisqu'on a désormais affaire à une momie géante douée de pouvoirs divinatoires. Pour l'occasion, un nouveau dessinateur est invité et il faut saluer l'intelligence du choix de Tyler Crook dont le style se marie à la perfection à l'ensemble. Il est toujours délicat d'accueillir un fill-in mais, l'éditeur Charlie Chu a eu la main particulièrement heureuse.

Gord Cantrell retourne sur les lieux de son passé et
va devoir affronter (littéralement) ses démons...

Un troisième niveau est exploré avec Gord Cantrell, l'allié de Becky et Drake, rencontré à Fort Maw, qui a décidé de poursuivre ses investigations sur les six pistolets (et le moyen de les contrôler ou de les neutraliser) de son côté. Sa quête le ramène en Louisiane et se mue en un retour sur lui-même, son histoire intime, ses hantises. Bunn ose casser un peu le rythme de la série pour cette autre séquence mais il réussit une nouvelle fois son opération : ce passage est vraiment fantastique, donnant une épaisseur nouvelle à Gord, qui effectue des choix terribles.
"Un jour, tu apprendras, ma fille. Ce pistolet...
Il ne fait jamais rien pour t'aider."

Enfin, Becky va apprendre que son pistolet, capable de révèler le futur mais aussi le passé, et la raison pour laquelle l'ordre de l'Epée d'Abraham les protège n'est pas désintéressée et est prêt à adopter des mesures strictes pour garder la jeune femme et son bien.
 
Ce qui était suggéré dans les deux tomes précédents se confirme dans ce troisième livre : les six pistolets ont eu d'autres formes et sont au coeur d'une lutte ancestrale entre deux organisations. Cullen Bunn évoque les Templiers, les récits chevaleresques, mais ce mélange fonctionne étonnamment bien, encore une fois, avec ce mix déjà décapant de western et de fantastique.
Il est évident que Bunn sait mener sa barque et accrocher le lecteur non seulement avec les péripéties en cours mais surtout à venir : The Sixth Gun est une série addictive comme un feuilleton, ses éléments les plus baroques deviennent ses meilleurs atouts.
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L'efficacité de la série tient aussi, à part égale avec son scénario, aux dessins de Brian Hurtt, qui livre une nouvelle fois des planches d'excellente facture.
La manière ont il découpe, simplement mais en tirant le maximum de chaque case, des séquences comme l'attaque du train ou le retour de Gord dans la propriété où il était esclave, le soin qu'il apporte aux décors, l'expressivité de ses personnages, conjugés à un trait quasi-cartoony, sont imparables.
The 6th Gun est un irrésistible "page-turner" grâce à cet artiste au style vif, toujours soutenu par la colorisation impeccable de Bill Crabtree.
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Ce troisième volume confirme tout le bien qu'on peut penser de ce titre et rend impatient de connaître la suite de ces aventures - vivement l'automne pour découvrir ce que nous ont concoctés Bunn et Hurtt !