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dimanche 28 mai 2023

LOVE & DEATH ou la promesse d'un Emmy pour Elizabeth Olsen


Le sous-titre de cette critique n'engage bien sûr que moi, mais ce ne serait que justice que Love & Death rafle quelques récompenses lors de la prochaine remise des Emmy awards. Car cette mini-série en 7 épisodes, créée par David E. Kelley et dirigée par Lesli Linka Glatter et Charles Johnson, est une fantastique adaptation d'une histoire vraie : celle de l'affaire Candy Montgomery, jugée en 1981 pour avoir tué la femme de son amant de 40 coups de hache !

Attention, ce qui suit contient des spoilers !


1978. Wylie, Texas. Candy Montgomery est l'épouse de Pat et la mère de leurs deux enfants. Mais elle n'est pas satisfaite par son existence et éprouve de l'attirance pour Allan Gore, un membre de la chorale de l'église dans laquelle ils chantent tous les deux. Elle a deviné que Allan n'est pas heureux dans son couple avec Betty, sur le point de donner naissance à leur second enfant, et elle lui avoue ses sentiments un soir sur le parking de l'église. Jackie, la pasteur et amie de Candy, tente de la dissuader de se lancer dans une aventure extra-conjugale - en vain. Après avoir planifié de longues semaines durant leur premier rendez-vous clandestin, Candy et Allan débutent leur liaison en Décembre.


Elle se poursuit pendant plusieurs mois, à une fréquence régulière, et ils deviennent de plus en plus intimes au point de tomber amoureux, la limite qu'ils s'étaient fixés avant de rompre pour ne pas détruire leurs couples. Mais après la naissance du bébé de Betty et Allan, il préfère en rester là et part à Dallas pour participer à un séminaire avec sa femme qui doit les aider à consolider leur vie conjugale. Jackie, la pasteur, quitte son poste et est remplacée par le jeune Ron Adams, froidement accueilli mais que Candy tente de faire accepter de la communauté de Wylie.


Octobre 1979. Allan rompt définitivement avec Candy. D'abord furieuse, elle se reprend et convainc son mari, Pat, d'assister au même séminaire qu'avaient suivi Betty et Allan. Betty commence à soupçonner que son époux a eu une aventure avec Candy tout comme Pat. Candy avoue tout à ce dernier qui lui pardonne mais veut à présent prendre ses distances avec les Gore, qui ne fréquentent plus l'église depuis l'arrivée du pasteur Ron Adams.
 

Le 13 Juin 1980, Candy se rend chez Betty pour prendre le maillot de bain d'Alysa, la fille des Gore qu'elle emmène à la piscine. Allan s'est absenté pour ses affaires et Betty demande à Candy si elle a une liaison avec lui - ce qu'elle reconnaît. S'absentant un moment, Betty réapparaît avec une hache et s'en prend à Candy. Durant toute la journée et la soirée, alors qu'il est dans le Minnesota, Allan cherche à joindre Betty et finit par demander à des voisins d'aller s'assurer que tout va bien. Ils trouvent son cadavre, sauvagement frappé à côté d'une hache. 


La police prévient Allan qui rentre en urgences. En apprenant que Candy a rendu visite à Candy, les policiers l'interrogent et comme Allan leur a avoués avoir une liaison avec elle, elle le reconnaît à son tour mais nie avoir assassiné Betty. Elle engage Don Crowder, membre éminent de la communauté de Wylie et avocat, pour la défendre, et elle lui dit avoir effectivement tué Betty, mais en état de légitime défense. Candy est arrêtée puis remise en liberté après paiement d'une caution. Les médias s'emparent de l'affaire, l'opinion accable Candy, et la communauté de Wylie se déchire. Don tente de dépayser le procès mais le juge Ryan s'y oppose.
 

A la surprise générale, lors de la sélection des jurés, Don déclare que Candy a bel et bien tué Betty mais pour se défendre. Afin de soutenir cette thèse, il emmène Candy chez un psychiatre réputé, le docteur Fred Fason, qui l'hypnotise et découvre qu'elle a réagi à l'attaque de Betty dans un phénomène de dissociation de la personnalité en réaction à un traumatisme survenu dans son enfance. Le procès commence mais l'attitude froide de Candy joue contre elle. Don découvre qu'elle prend des calmants pour ne pas flancher et lui interdit de continuer. Devant la cour, Don plaide donc pour un meurtre non prémédité tandis que la partie adverse insiste sur l'acharnement dont Candy a fait preuve pour tuer Betty. 
 

Don joue son va-tout en appelant Candy à témoigner et elle raconte sa version des faits puis fait face à un contre-interrogatoire musclé. Le Dr. Fason vient lui aussi à la barre et explique ce qu'il a découvert. Lors de sa plaidoirie, Don argumente en s'appuyant sur le diagnostic du psychiatre mais le réquisitoire est terrible. Contre toute attente, le jury se prononce rapidement et déclare Candy non coupable. Pat convainc sa femme de déménager et huit jours plus tard, ils quittent définitivement Wylie, après que Candy se soit arrêtée chez Allan pour s'excuser et lui souhaiter le meilleur.

Même si Love & Death affiche des précautions en précisant que certains événements ont été romancés et d'autres inventés pour les besoins de la dramatisation narrative, on suit les 7 épisodes de cette mini-série en étant captivé de bout en bout. Il faut dire que cette histoire est extraordinaire.

Je ne suis pas pourtant pas un fan des faits divers mais qu'importe, je n'ai pas voulu regarder Love & Death pour ça. Ce qui m'a motivé, c'est de revoir la trop rare Elizabeth Olsen après WandaVision et Doctor Strange in the Multiverse of Madness. L'actrice a récemment expliqué dans une interview pour la promotion de cette série qu'en signant pour plusieurs films avec Marvel, elle avait dû renoncer à de beaux rôles par ailleurs et qu'elle conseillait à quiconque voudrait s'engager dans le MCU de ne signer que pour un long métrage à la fois.

On peut aisément la comprendre car, d'une part, elle avait une carrière avant d'incarner Scarlet Witch et, d'autre part, parce que Kevin Feige a finalement peu exploité le talent de Olsen - à l'heure qu'il est, l'avenir de Wanda Maximoff est inconnu d'ailleurs.

L'histoire édifiante de Candy Montgomery a fait l'objet il y a quelques mois d'une autre série, produite et diffusée par, ironie du sort, Disney +, avec Jessica Biel dans le rôle. Je ne l'ai pas vu mais il n'y a aucune raison de douter de sa qualité car Biel a également prouvé qu'elle pouvait être remarquable dans un registre dramatique (il suffit de voir la saison 1 de The Sinner, disponible sur Netflix, pour en être convaincu). C'est un fait divers glaçant qui a de quoi fournir un script ambitieux.

Produite par le revenant David E. Kelley (souvenez-vous : Ally McBeal, The Practice mais aussi Big Little Lies, co-produit par Nicole Kidman, comme ici), Love & Death prend le parti de ne pas poser de jugement moral sur l'affaire. Cela donne une ambiguïté passionnante au récit et quand, dans son dernier tiers, on entre dans la partie procédurale du show, tout est fait pour présenter de manière équitable les deux aspects de l'affaire.

Bien entendu, le crime décrit est horrible, c'est une boucherie : 40 coups de hache infligés à une femme ! Mais Candy Montgomery n'a pas prémédité son acte, ce n'est pas un crime passionnel, et surtout le Dr. Fason, psychiatre sollicité par la défense, a découvert de manière troublante un trauma ancien lié à cette femme qui explique dans quelles conditions elle a trouvé la force de prendre une hache et de se déchainer sur la victime sans se rendre compte de ce qu'elle faisait, dissociant complètement son acte de sa volonté.

Le téléspectateur est donc en mesure de se faire sa propre opinion sur Candy Montgomery, de voir en elle un monstre capable d'une sauvagerie ahurissante ou quelqu'un dépassé par ce qui s'est produit. Est-elle une meurtrière glaçante ? Ou quelqu'un qui a craqué sous la pression sociale qu'on lui a imposée depuis son enfance, avec une mère l'obligeant à toujours faire bonne figure quelles que soient les circonstances ? 

Love & Death radiographie aussi une micro-société, celle de Wylie, avec une communauté très religieuse, mais également d'une hypocrisie grinçante, où la sexualité était réprimée mais où les ouailles de l'église pouvaient juger indigne d'elles un nouveau pasteur un peu trop zélé dans sa façon de prêcher la bonne parole. La responsabilité d'Allan Gore n'est pas non plus négligé : mari malheureux mais amant consentant, il a, comme Candy, trompé sa femme pour s'évader d'une vie de couple aliénante avant d'être rattrapé par la culpabilité et de revenir au foyer, sans se soucier du sort de sa maîtresse. Quand à Pat Montgomery, il est décrit comme un mari indifférent puis un soutien moral, même s'il finira par divorcer après le procès. Quant à Don Crowder, il saisit l'affaire du siècle mais n'écoute pas son épouse quand elle le met en garde contre le danger d'être hanté par ce dossier - elle a raison : il se suicidera en 1998 après avoir tenté de devenir gouverneur du Texas.

Cette romance tragique qui a abouti à un crime sanglant illustre parfaitement comment une affaire somme toute banale d'adultère brise plusieurs vies et déchire une communauté, embrase un pays, puis tombe dans l'oubli, balayé par un autre fait divers.

Le choix des acteurs est décisif et le casting est irréprochable, même si, à l'évidence, la production n'a pas cherché à recruter des interprètes qui ressemblent absolument aux véritables protagonistes. Jesse Plemons (M. Kirsten Dunst, vu dans la saison 1 de Fargo) est fabuleux, tout comme Tom Pelphrey (Iron Fist) ou Patrick Fugit (l'ex-gamin de Presque Célèbre). Lily Rabe incarne Betty Gore de manière exemplaire, à la fois horripilante et pathétique puis sacrificielle. Krysten Ritter hérite d'un rôle plus ingrat (la meilleure amie de Candy, trop en retrait).

Mais celle qui, évidemment, attire tous les regards est Elizabeth Olsen. Sa prestation, magistrale, vertigineuse, mérite d'être récompensée par un Emmy lors de la prochaine édition de cette remise de prix. Elle convie un maximum de sentiments et d'émotions avec un jeu d'une finesse extraordinaire, passant de la fébrilité de la femme infidèle au bonheur de l'épouse délaissé enfin aimée à nouveau jusqu'à l'accusée complètement à côté d'elle-même lors d'un procès où on se demande si elle n'a pas tout fait pour être jugée coupable. Olsen est une comédienne hors du commun qui n'a pas la reconnaissance qu'elle mérite (et qui songe d'ailleurs à ne plus se consacrer uniquement à son art, ce qui serait désolant). C'est aussi pour ça qu'il faut que ses pairs l'honorent.

Love & Death marque durablement, de façon tranchante mais nuancée. Vivement recommandé donc.

lundi 23 mai 2022

DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS, de Sam Raimi (2022) (Critique avec Spoilers !)


Le retour de Doctor Strange était attendu avec impatience par les fans : d'une part parce que le premier volet avait séduit, et d'autre part parce que cette suite est réalisée par Sam Raimi. Le nom du cinéaste suffit à animer la fan-sphère puisqu'il a contribué à l'essor des fims super-héroïques avec la première trilogie Spider-Man. Mais Doctor Strange in the Multiverse of Madness marque aussi un tournant dans la Phase 4 du MCU : celui où, pour apprécier un film, il faut avoir vu une des séries Marvel sur Disney+.


L'espace inter-universel. America Chavez et Defender Strange sont poursuivis par un démon alors qu'ils cherchent à atteindre le Livre des Vishanti, grâce auquel le Sorcier Suprême peut tout accomplir. Strange est tuié et, effrayée, Chavez ouvre un portail dimensionnel qui les aspire, elle et lui, jusqu'à notre Terre. Alors qu'il assiste au mariage de Christine Palmer, Stephen Strange aperçoit America aux prises avec un autre monstre et vole à son secours, rejoint par Wong. Chavez leur explique qu'elle est chassée pour son pouvoir qu'elle ne maîtrise pas. Wong l'emmène au sanctuaire de Kamar-Taj.


A la recherche d'informations sur le Multivers, Strange rend visite à Wanda Maximoff pour s'apercevoir qu'elle possède le Darkhorld, un grimoire maudit, qui l'a corrompu, et découvrir que c'est elle qui envoie des créatures maléfiques pour capturer Chavez. Grâce au pouvoir de cette dernière, elle compte atteindre une Terre parallèle où elle pourra vivre à nouveau avec ses fils, Tommy et Billy, créés lors de son séjour à Westview. La Sorcière Rouge attaque Kamar-Taj et pour lui échapper, Chavez ouvre un nouveau portail dans lequel elle entraîne Strange.


Ils atterrissent sur la Terre-838 où, en cherchant la résidence de Strange, ils tombent sur le baron Karl Mordo. Celui-ci, hospitalier, les piège en les droguant et remet Chavez à la Christine Palmer de ce monde, spécialisée dans les incursions multiverselles, puis livre Strange au conseil des Illuminati. Ceux-ci expliquent que leur Dr. Strange a vaincu Thanos grâce au Darkhold en sacrifiant un univers parallèle entier, ce qui a conduit à son exécution. Depuis Kamar-Taj, Maximoff localise Strange et Chavez et pour les atteindre, prend possession de son double, qui élève ses fils. Mais une jeune apprentie sorcière détruit le Darkhold en profitant que Wanda est concentrée sur sa tâche. Furieuse, elle oblige Wong à la mener au Mont Wundagore, où a été rédigé le grimoire maudit.


Pendant ce temps, alors que les Illuminati jugent Strange, le double possédé de Wanda attaque leur QG et les tue les uns après les autres. Christine mène Chavez et Strange jusqu'à un portail s'ouvrant sur l'espace inter-universel par lequel il accède tous trois au Livre des Vishanti. Le double de Wanda détruit l'ouvrage, capture Chavez et expulse Strange et Christine sur une autre Terre. Ils tombent sur un monde désolé dans lequel le Dr. Strange garde un exemplaire du Darkhold sous l'emprise duquel il se trouve.


De retour au Mont Wundagore, Maximoff commence le rituel magique pour absorber le pouvoir de Chavez. Les deux Dr. Strange s'affrontent pour le gain du Darkhold et Stephen réussit à s'en emparer en tuant son double maléfique. Il localise Chavez et, en possédant le cadavre du Defender Strange, part affronter Wanda. Chavez lui vient en aide en ouvrant le portail sur la Terre-838 pour montrer à la Sorcière Rouge qu'elle effraie ses fils. Elle renonce à eux et détruit le temple du Mont Wundagore, se laissant ensevelir sous les gravats. Chavez ramène Christine sur sa Terre et Strange dans notre monde avant que Wong ne la reconduise à Kamar-Taj pour qu'elle s'y forme.


Deux scènes supplémentaires surviennent après la fin : 

- dans la première, Strange est interpelé par Clea dans une rue de New York pour réparer une Incursion qu'il a causée en se servant du Darkhold. 

- Dans la seconde, un vendeur de pizzas sur la Terre-838, que Strange avait voulu corriger après avoir traité Chavez de voleuse, voit le sort dont il était victime prendre fin.

La Phase 4 du MCU désoriente beaucoup certains fans des productions Marvel Studis car, contrairement à ce qui se faisait précédemment, il n'y a pas vraiment de fil rouge entre les films, comme Thanos et les Pierres d'Infinité auparavant. On avait cru que Kang serait le grand méchant de cette nouvelle période, mais à part dans la série Loki, l'an dernier, le conquérant temporel n'a plus fait d'apparition.

Qu'il s'agisse donc de Black Widow, des Eternels, de Spider-Man ou de Doctor Strange, les films existent désormais sans quelque chose qui les relie. Etait-ce une intention programmée dès le lancement de cette nouvelle Phase ? Ou une conséquence de la pandémie mondiale qui a obligé Marvel/Disney comme toutes les majors à réviser leurs plans pour leurs franchises à succès ? Sans doute un peu des deux puisque Kevin Feige, le big boss du MCU, a souvent expliqué qu'il souhaitait tenter de nouvelles choses, ne plus dépendre des Avengers (allant même jusqu'à affirmer que Endgame était bien le dernier long métrage avec l'équipe, il est vrai amputé de membres emblématiques comme Iron Man et Captain America).

Ces expériences n'ont pas été très heureuses, il faut bien le constater. Black Widow n'a rien apporté. Les Eternels a été un ratage sidéral. Spider-Man : No Way Home, très bien par ailleurs, a surtout confirmé que le MCU dépendait de ses héros iconiques restants. Pendant ce temps, en revanche, sur Disney+, on a tenté davantage, avec certes plus ou moins de bonheur, mais de manière très intéressante quand ça fonctionnait - particulièrement avec Loki et WandaVision.

Ce qui frappe avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness en fait, c'est que pour la première fois on doit, pour comprendre le film, avoir vu les séries Marvel sur Disney+ et plus spécialement Loki et WandaVision. Loki car cela a introduit la notion du Multivers de Marvel. Et WandaVision pour saisir l'état dans lequel on retrouve Wanda Maximoff ici, avec une mention aux "événements de Westview", aux fils de la Sorcière Rouge, et à la motivation de sa quête qui s'oppose à celle de Stephen Strange dans l'intrigue.

Le scénario de Michael Waldron intrègre donc des éléments qui n'ont pas été développés dans des longs métrages de cinéma mais dans des productions pour le streaming. C'est en quelque sorte une boucle puisque le MCU dans les salles s'est cosntruit comme une série de films aboutissant aux réunions régulières et paroxystiques des Avengers (Avengers, Avengers : l'ère d'Ultron, Avengers : Infinity War, Avengers : Endgame). Et aujourd'hui que le MCU s'étend au streaming via des séries, ce sont les films qui viennent puiser leurs idées motrices chez elles.

Il est donc question sur le fond et sur la forme de passage entre deux médias, deux univers. C'est le concept même du Multivers, une idée scientifique sérieuse au départ et exploitée de manière fantaisiste pour le divertissement cinématographique et télévisuel. Waldron transpose cela de façon encore plus directe que c'était le cas dans Spider-Man : No Way Home où il s'agissait "seulement" d'attirer dans notre monde des Spider-Man d'autres Terres. Là, les héros explorent ce Multivers plus activement en visitant d'autres Terres, mais pas gratuitement, pour faire une sorte de tourisme, mais pour sauver cette construction dimensionnelle et contrecarrer le plan fou de la Sorcière Rouge.

Le seul bémol concernant le scénario concerne, pour moi, la présence des Illuminati. Je trouve cette idée sous-exploitée et ses membres trop vite (et trop facilement) sacrifiés (peut-être aussi parce que leurs interprètes n'ont pas vocation à revenir dans le MCU). Certes, ça fait plaisir de revoir par exemple Patrick Stewart en Pr. X, Hayley Atwell en Captain Carter, ou même Anson Mount en Black Bolt, mais c'est léger. La déception est accentuée par le fait que la rumeur Tom Cruise en Superior Iron Man n'ait été qu'une rumeur. Et je ne suis vraiment pas fan (ni convaincu) par John Krasinski en Mr. Fantastic.

D'aucuns jugeront qu'en fait de Multivers et de Terres parallèles, on n'en voit pas beaucoup. Sam Raimi aurait d'abord monté une version plus longue de son film (aux alentours de 2h 40, ai-je lu) avant de couper une demi-heure (non pas sur ordre de la production mais de son propre gré). Etonnant revirement, surtout dans le MCU où les longs métrages excèdent souvent les 120'. Mais ce choix artistique s'avère payant car le résultat est incroyablement rythmé, et surtout ne donne pas l'impression qu'il manque des scènes (peut-être montrant d'autres Terres, sans réelle justification autre que de les montrer justement). Et la rumeur court que le prochain volet de Thor, Love and Thunder, aboutit elle aussi à une durée plus ramassée encore !

Cela, je le répéte, ne me semble à aucun moment préjudiciable pour l'histoire. Sam Raimi met toute sa science de la mise en scène, avec des gimmicks esthétiques qu'il affectionne (zooms, décadrages vertigineux, narration parallèle), au service du script et des personnages, et donne au film une griffe plus stylisée que la moyenne de ce qu'on voit dans le MCU (où ce sont surtout des trublions comme Taïka Waititi et James Gunn qui se font remarquer). La caractérisation en ressort plus saillante et dramatique, avec un accent prononcé pour celle de Wanda qui, certes, devient la méchante de l'affaire, mais avec un final qui, sans l'absoudre, rend sa trajectoire vraiment poignante. Strange reste ce Doctor arrogant mais bien remué par ces péripéties au contact de America Chavez, qui est le pivot de l'intrigue.

L'interprétation rend justice à cette double écriture, narrative et visuelle. Sam Raimi dispose d'acteurs parmi les plus doués pour la composition du MCU. Benedict Cumberbatch subit beaucoup (trop selon certains commentateurs) mais compense par son charisme naturel et insuffle à son personnage de subtil dosage entre suffisance et débrouille, soulignant que Strange n'est pas un super-héros commun mais bien un docteur qui doit réparer (y compris ses propres erreurs). Elizabeth Olsen, déjà remarquable dans WandaVision, profite ici d'un retour en fanfare et délivre une prestation magistrale, inquiétante et fragile à la fois. La jeune Xochitl Gomez n'a pas l'envergure de la Miss America Chavez des comics (représentée dans la vingtaine, et non comme une ado, athlétique et avec un caractère bien trempé, non comme une héroïne ne maîtrisant pas ses pouvoirs et impressionnable), mais elle convainc de plus en plus à mesure que le film progresse, par sa fraîcheur (il est aussi indéniable que le choix d'une actrice aussi jeune fait partie d'un plan plus vaste de Kevin Feige, qui pense peut-être à un futur film Young Avengers avec Hailee Steinfeld/Hawkeye/Kate Bishop, Iman Vellani/Kamala Khan/Ms Marvel, Dominique Thorne/Riri Williams/Iron Heart...).

Et, cadeau bonus, dans la première scène post-générique, on découvre Charlize Theron dans le rôle de Clea (même si son nom n'est pas dit). Le recrutement d'une actrice de ce rang pour un personnage aussi lié dans les comics à Strange indique qu'on la reverra.

Doctor Strange in the Multiverse of Madness est un excellent cru. Après Spider-Man : No Way Home, cela prouve qu'il est plus attractif et convaincant de prolonger la filmographie du MCU avec ses têtes d'affiche (et à utiliser d'autres héros, moins vendeurs ou jamais adaptés dans des séries sur Disney+). Au-delà, c'est un divertissement souvent virtuose dans sa réalisation et fantastique dans son interprétation, le tout avec un scénario vif et mouvementé.

mardi 18 mai 2021

SORRY FOR YOUR LOSS (saison 1) (Facebook Watch)


Saviez-vous que Facebook produisait et diffusait des séries ? Moi non plus. C'est par hasard que j'ai découvert sur le réseau social la première saison de cette fiction en dix épisodes, Sorry for your Loss. J'en avais entendu parler lorsque j'avais suivi WandaVision sur Disney + puisqu'on retrouve en tête d'affiche Elizabeth Olsen. L'actrice y est une fois de plus admirable dans un rôle délicat, servi par une écriture et une réalisation au diapason. 


Chroniqueuse bien-être pour le site web de son ami Drew, Leigh Shaw perd son mari, Matt Greer. Elle aide ensuite sa mère, Amy, en devenant un coach dans le club de fitness que tient cette dernière, avec son autre fille (adoptée), Jules. Mais le deuil s'annonce compliqué pour la jeune femme, dévastée par le chagrin.


Leigh intègre un groupe de paroles avec d'autres veuves qui viennent s'épancher sur leurs vies conjugales. Bien qu'elle se tienne en retrait lors des séances, en famille elle consent à ranger les affaires de Matt avec l'aide de Jules, en espérant que cela l'aidera à remonter à la surface.


Dans le groupe de paroles, Leigh remarque Becca Urwin, une jeune veuve comme elle, qui se confie sur le bonheur parfait qu'elle vivait avec son mari et qui cherche à devenir son ami. Mais Leigh la rejette d'abord avant de lui donner une seconde chance quand Becca avoue qu'elle était sur le point de divorcer. Cela pousse Leigh à se demander si elle connaissait si bien Matt qu'elle le pense.


Leigh trouve, lors d'un jogging, un chien errant qu'elle recueille. Mais Jules la convainc de diffuser un avis de recherche sur les réseaux sociaux pour attirer l'attention de son propriétaire. Se séparer de l'animal auquel elle s'est attachée rappelle à Leigh le propre chien de Matt, mort prématurément lui aussi.


Alors qu'elle tente, en vain, de débloquer le téléphone portable de Matt, Leigh y parvient enfin grâce à une suggestion du frère de celui-ci, Danny. Elle découvre alors plusieurs messages vocaux grâce auxquels elle remonte le fil des derniers mois de son mari, rongé par la dépression, pour laquelle il était pourtant suivi et médicalisé.
 

Résolue à reprendre les choses en main, et contre toute attente, Leigh, à la veille de son anniversaire, décide d'organiser une grande fête en conviant tous ses contacts Facebook. Mais la réception provoque plusieurs malaises car Leigh ne supporte pas la pitié dans le regard de ses invités. Elle finit même par demander à Danny s'il croit possible que Matt se soit suicidé en vérité.


Obsédée par cette idée, Leigh a vu se fermer Danny. Elle rend donc visite, pour la première fois depuis le décès de Matt, à la mère de ce dernier, Bobby, pour la questionner que l'enfance et le mal de vivre de son fils. Danny arrive sur ces entrefaîtes et finit par lâcher que leur père négligeait sa famille et avait même une fois blessé physiquement, par accident, Matt.


L'ancien patron de Leigh, Drew, se marie et l'invite aux noces. Elle accepte, à contrecoeur car craignant de craquer, d'y aller, accompagnée par Jules et Danny. Alors qu'elle s'apprête à s'éclipser avant la cérémonie, Leigh est rattrapée par Danny et tous les deux ne peuvent réprimer, pendant un court instant, leur attirance réciproque.


Troublée par tout ce qu'elle a traversée récemment, Leigh s'accorde un week-end de repos à Palm Springs, dans l'hôtel où elle et Matt auraient dû passer leur lune de miel. Elle y fait la connaissance de Tripp qui la séduit et avec lequel elle couche. Mais, quand au matin, il exprime son envie de la revoir, elle préfère décliner en lui expliquant qu'elle est mariée.


Leigh apprend, en récupérant son courrier, que le comic-book sur lequel travaillait, sur son temps libre, Matt, a été accepté par un éditeur. Danny doute que que son frère souhaitait le voir publié puisque l'histoire est inachevée. Il déclare ne plus vouloir voir sa belle-soeur ensuite. Alors que Leigh se rend à l'endroit où Matt a trouvé la mort, elle écoute sur sa boîte vocale un message de Danny lui avouant ses sentiments.

Parler du deuil n'a rien de bien sexy et la perspective de suivre le parcours d'une jeune veuve durant dix épisodes de trente minutes peut donc en rebuter plus d'un. Pourtant Sorry for your Loss réussit le pari d'émouvoir sans tomber dans le pathos et de sonder cette épreuve sans en faire un spectacle ni racoleur ni plombant grâce à une écriture narrative et visuelle d'une sobriété remarquable.

Cela ne doit rien au hasard puisque, derrière la caméra pour la plupart des épisodes de cette saison 1, on trouve James Ponsoldt, un cinéaste dont j'avais beaucoup aimé deux longs métrages (Smashed, avec Mary Elizabeth Winstead et Aaron Paul, et The Spectacular Now, avec Shailene Woodley et Miles Teller), qui prouvaient déjà sa maîtrise pour traiter d'un sujet dramatique (l'alcoolisme).

Le script est l'oeuvre de Kit Steinkellner, une auteur de comics, dont c'est la première série télé, et dont le talent est assez bluffant. Avec Ponsoldt, elle évite tous les écueils et aborde le thème avec énergie et sensibilité. Au final, c'est un superbe portrait de femme(s), et le pluriel est de rigueur car Leigh, l'héroïne, est entourée de sa mère, de sa soeur, dont les arcs narratifs rencontrent un écho dans sa propre situation.

Leigh était mariée avec Matt, un afro-américain, enseignant et auteur de comics amateur. Un jour qu'il est parti faire une randonnée, seul, il ne rentre pas. La police viendra annoncer à Leigh qu'il a été retrouvé mort sur un sentier, après une chute mortelle d'origine accidentelle. Commence alors pour la jeune femme le long processus du deuil. Elle renonce à son job (ironiquement elle écrivait sur un site web une chronique sur le bien-être) puis accepte l'offre de sa mère de loger chez elle, avec sa demi-soeur, Jules, et de travailler avec elles dans leur club de fitness. Parallèlement, Leigh intègre un groupe de paroles pour veuves.

Elle peut aussi compter sur le soutien de son beau-frère, Danny. Mais c'est par le biais d'une rencontre avec une autre jeune veuve, Becca Urwin, incapable d'assumer en public que son couple était un échec, que Leigh va se remettre en question et questionner sa propre vie conjugale. La déouverte de plusieurs messages vocaus sur le téléphone portable de Matt, d'un comic-book inachevé sur lequel il travaillait accepté par un éditeur, le souvenir d'une cicatrice dans le dos de son mari, le mariage d'un ami, les retrouvailles avec une amie d'enfance, un nuit d'amour avec un inconnu, formeront autant d'étapes vers une espèce de renaissance pour la jeune femme.

Pour ne pas faire de leur récit une intrigue trop centrée et pesante, les auteurs ont eu la bonne idée de développer les seconds rôles. L'entourage proche de Leigh se compose de sa mère, Amy ; de sa demi-soeur, Jules ; et de son beau-frère, Danny. Chacun d'entre eux va contribuer à la remontée à la surface de Leigh. Amy est divorcée de Richard (le père de Leigh), qui a refait sa vie sans être heureux, avec une ancienne alcoolique. Or Jules sort d'une cure de désintoxication à cause de la même addiction et trouve auprès d'elle une "marraine" au sein des Alcooliques Anonymes. Cette situation rapproche Amy et Richard, sur le point alors de retomber dans les bras l'un de l'autre (même si Amy préfère le nier). Le point commun de toutes ces femmes, c'est le vertige qu'elles éprouvent, cette sensation d'être au bord du gouffre et l'incertitude de résister à la tentation (de tout abandonner). 

Et puis il y a le cas de Danny. Cadet de Matt, il est comme Leigh rongé par le doute au sujet de sa mort mais refuse pendant longtemps d'admettre que son aîné allait si mal qu'il ait pu vouloir mettre fin à ses jours. On va, grâce à la relation qu'il entretient avec Leigh, découvrir progressivement deux choses : d'abord que Matt traînait une dépression sévère depuis l'adolescence, en rapport avec leur père (un homme plus dévoué aux autres qu'aux siens et occasionnellement violent) ; et ensuite que Danny (comme Leigh, certainement) est en train de tomber amoureux de sa belle-soeur.

Avec un format de trente minutes (environ) par épisodes, pas le temps pour les auteurs de traîner en route. Du coup, le récit possède une densité remarquable, sans pour autant que cela soit étouffant car trop rempli. Le script de Steinkellner et la réalisation de Ponsoldt ménagent des pauses bienvenues, osent même quelques moments plus légers, et surtout conservent un sens de la nuance admirable. On s'attache à ces personnages, on est ému, mais ce n'est absolument jamais larmoyant, putassier. Un véritable exploit.

Pour exprimer une palette pareille, il faut un casting impeccable, irréprochable et sur ce point-là aussi, Sorry for your Loss est un sans-faute. Janet McTeer, la mère, Kelly Marie Tran, la soeur, et Jovan Adepo, le beau-frère, livrent des interprétations exemplaires. Chacun a plusieurs fois lors des dix épisodes de profiter de grands moments où leurs personnages sont bien développés et campés. La participation de Luke Kirby, dans le rôle de Tripp (épisode 9), est épatante, échappant aux clichés du séducteur profitant d'une jeune veuve : c'est certainement dans ce chapitre que la série achèvera de séduire tous ceux qui la suivent parce qu'il fonctionne comme une sorte de one-shot, déconnecté du reste, avant que la réalité ne rattrape Leigh. Lisa Gay Hamilton est aussi exceptionnelle dans le rôle de la mère de Matt et Danny (épisode 7), refusant d'admettre la responsabilité de son mari dans la dépression de leur fils. Et dans la peau du disparu, Mamoudou Athié est tout simplement impressionnant, à fleur de peau.

Mais c'est surtout Elizabeth Olsen qui va vous éblouir. Déjà impressionnante dans WandaVision cette année, et irréprochable dans plusieurs longs métrages où je l'ai vue par ailleurs (le remake de Old Boy, Martha Marcy May Marlene, Wind River), la comédienne porte la série sur ses épaules et est absolument bouleversante de bout en bout. Olsen possède ce je-ne-sais-quoi indéfinissable propre aux grandes actrices, cette manière de jouer qui vous emporte, de capter votre attention. Elle a une présence incroyable mais sans chichi. Elle réussit à traduire à la perfection tous les états de son personnage en y ajoutant un charme irrésistible. Surtout, il me semble qu'elle a un côté physique, terrien, que n'ont pas beaucoup de ses camarades, et qui confère à son personnage un réalisme troublant.

Sorry for your Loss saison 1 date de 2018-2019 et a déjà été renouvelée depuis. De quoi assurer à Elizabeth Olsen, avec sa prestation dans WandaVision, une nomination aux prochains Emmy awards (sinon je ne comprends plus rien). Et, j'espère, de quoi vous donner envie de vous pencher sur cette série, formidable en tous points.

mardi 9 mars 2021

WANDAVISION (Disney +)

 


Voilà un certain temps que je n'avais pas dédié une entrée de ce blog à une production télé ou ciné. La diffusion de WandaVision sur Disney +, qui vient de s'achever, m'en donne à nouveau l'occasion car il s'agit de renouer avec le MCU (Marvel Cinematic Universe), en berne depuis Avengers : Endgame à cause de la crise sanitaire. Cette première série, en neuf épisodes, complète l'offre cinéma en s'intéressant à des personnages jusqu'à présents secondaires mais aussi en préparant le terrain pour de futurs longs métrages (en l'occurrence Dr. Strange 2, prévu en 2022). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que, narrativement comme formellement, c'est une nouvelle proposition.


Années 1950. Wanda Maximoff et Vision, récemment mariés, s'installent dans la petite ville de Westview, New Jersey. Bien que Vision soit un androïde, personne ne semble s'en formaliser, tandis que Wanda dissimule ses pouvoirs magiques. Wanda devient amie avec sa voisine, Agnes. Vision impressionne ses collègues au bureau par sa rapidité d'exécution. Les mariés reçoivent le patron et la femme dde celui-ci de Vision et sont assaillis de questions sur leur passé. Toute cette sitcom est regardé par quelqu'un sur une télé....


Années 1960. Agnes informe Wanda et Vision que Dottie, une autre voisine, prépare le spectacle annuel de magie pour les enfants de Westview et le couple accepte à contrecoeur d'y participer. Wanda fait la connaissance de Geraldine en coulisses. Mais la situation se complique quand Vision avale un chewing-gum qui se colle à ses circuits intégrés et altère son comportement comme s'il était ivre. Wanda utilise sa magie pour rattraper les maladresses de son époux. De retour chez eux, Wanda découvre qu'elle est enceinte. Mais un bruit les attire dehors : ils voient un apiculteur sortir d'une bouche d'égoût. Cette vision perturbe Wanda qui l'efface. La couleur surgit et annonce un nouveau bond dans le temps...


Années 1970. Le Dr. Nielson examine Wanda et lui annonce qu'elle est enceinte de quatre mois. Vision décore une chambre pour le futur bébé mais Wanda voit sa grossesse s'accélèrer et bientôt elle perd les eaux. Geraldine arrive à point nommé pour l'aider à accoucher de jumeaux que Vision et Wanda prénomment Billy et Tommy. Alors que les nourrissons sont dans leurs berceaux, Geraldine interroge Wanda sur Ultron et la mort de son frère Pietro. Wanda est contrariée et congédie Geraldine - qui est propulsée hors de Westview où des agents du S.W.O.R.D. la récupèrent...


Juste après la restauration de la réalité par Iron Man (cf. Avengers : Endgame), Monica Rambeau revient à elle dans dans un hôpital où elle apprend la mort de sa mère, Maria, trois ans plus tôt. De retour au siège du SWORD, le directeur Hayward, qui a remplacé Maria Rambeau, envoie Monica à Westview. Sur place, elle rencontre l'agent Jimmy Woo qui lui explique qu'un dôme impénétrable isole la ville du reste du monde. Monica touche la paroi du dôme et y est aspirée. La voilà dans le décor de la sitcom des années 70, à espionner Wanda et Vision... Jusqu'à ce qu'elle se trahisse auprès de Wanda et qu'elle soit expulsée de la ville. Elle révèle au SWORD que Wanda a créé ce dôme...


Années 1980. Wanda et Vision ont du mal à élever leurs jumeaux mais peuvent compter sur l'aide de Agnes. Celle-ci n'est étrangement pas étonné par la croissance rapide des enfants, à chaque fois qu'ils sont soumis à des émotions fortes. Le couple accepte d'adopter un chien, Sparky, trouvé par Tommy et Billy. Au travail Vision intercepte un e-mail du SWORD qui lui apprend la situation de la ville, sous l'emprise mentale de Wanda. Le SWORD réussit à envoyer un drone pour surveiller Wanda mais elle le neutralise et, franchissant le dôme le rend aux agents en leur conseillant de ne plus l'importuner. Agnes retrouve Sparky mort et demande à Wanda de le ressuciter mais elle explique aux enfants ne pas pouvoir le faire. De retour à la maison, Vision interroge Wanda mais il est interrompu par l'arrivée de Pietro, son beau-frère, revenu d'entre les morts comme le contaste Darcy Lewis, convoquée avec d'autres scientifiques par le SWORD...


Années 1990. C'est Halloween et la famille se déguise pour l'occasion. Pourtant Vision prétexte une patrouille du voisinage pendant les festivités pour laisser Wanda avec les enfants et son frère. Vision s'aventure jusqu'à la périphérie de Westview où les habitants sont pétrifiés. Il s'avance ensuite jusqu'au dôme. Pendant ce temps, laissant les jumeaux s'amuser (et découvrir l'apparition de leurs pouvoirs), Pietro tente de raisonner Wanda au sujet de l'emprise qu'elle exerce sur la ville et ses résidents. Au même moment, Vision force le passage entre Westview et l'extérieur mais se désintègre. Alertée, Wanda sauve Vision en étendant le dôme, aspirant à l'intérieur Darcy Lewis...


Années 2000. Epuisée après ses efforts pour étendre le dôme, Wanda s'accorde un jour de repos. Elle confie les jumeaux à Agnes et peut ensuite s'apercevoir que sa magie est déréglée. Vision revient à lui et rencontre Darcy qui lui explique dans quelles circonstances il a trouvé la mort (contre Thanos, in Avengers : Infinity War) avant que Wanda ne récupère son corps au QG du SWORD. Avec l'aide de Jimmy Woo, Monica Rambeau décide de rentrer dans le dôme. Elle y parvient difficilement mais se trouve, une fois dedans, pourvue de pouvoirs. Elle retrouve Wanda qu'elle tente de raisonner mais Agnes s'interpose et entraîne Wanda chez elle. Ne voyant pas ses enfants, Wanda s'inquiète et s'aventure au sous-sol où Agnes lui révèle sa véritable identité, Agatha Harkness, et sa vraie nature : c'est une sorcière comme elle...
 

1863, Salem. Capturée par un collège de sorcières, dont sa mère, Agatha s'apprête à être sacrifiée pour avoir invoqué la magie du chaos. Mais elle tue ses juges. Aujourd'hui, Agatha veut savoir de quelle source Wanda tire ses pouvoirs et pour le découvrir, l'oblige à revivre les épisodes les plus douloureux de son passé : depuis la mort de ses parents lors d'un bombardement en Sokovie jusqu'à son embrigadement par l'HYDRA, son contact avec la Pierre de l'Esprit sur le sceptre de Loki, les morts de Pietro puis de Vision, le sort lancé sur Westview, la reformation de Vision (dont le corps a été récupéré par le SWORD), et l'altération de la réalité inspirée par les souvenirs des sitcoms vues dans son enfance. Agatha révèle à Wanda qu'elle est destinée à devenir la Sorcière Rouge, annonciatrice de la fin du monde d'après le grimoire du Darkhold, à moins qu'elle ne l'empêche d'accéder à ce niveau. Dehors, le Directeur Hayward active le corps original de Vision avec le résidu magique de Wanda sur le drone qu'elle a détruit pour que l'androïde tue la sorcière...


Agatha affronte Wanda pour siphonner sa magie mais la Vision originale intervient. Mais au lieu de réconforter Wanda, cette Vision blanche tente ensuite de tuer Wanda. La Vision recréée par Wanda éloigne la Vision blanche tandis que Wanda reprend le combat contre Agatha. Wanda s'épuise et relâche son emprise sur les habitants de Westview. Elle leur permet de quitter la ville en ouvrant le dôme, laissant du même coup les agents du SWORD y entrer. La Vision blanche se laisse raisonner par son double et décide de quittr Westview. Wanda piège Agatha en absorbant sa magie, parachevant sa mue en devenant la Sorcière Rouge. Hayward tente d'abattre les jumeaux mais Monica les protège et Jimmy Woo et Darcy Lewis procédent à l'arrestation du directeur. Wanda annule son sort sur la ville et fait ses adieux à ses enfants et à Vision puis quitte Westview.

Deux scènes dans le générique final complètent et terminent la série : dans la première, à Westview, Monica Rambeau rencontre un agent du FBI qui s'avère être un Skrull envoyé là par Nick Fury qui souhaite recruter la jeune femme ; dans la seconde, on retrouve Wanda dans une cabane au pied d'une montagne où elle étudie le Darhold en entendant ses jumeaux l'appeler au secours.

L'histoire de Wanda Maximoff et de Vision a connu un tournant tragique à la fin de Avengers : Infinity War (2018) quand Thanos a arraché du front de l'androïde la Pierre de l'Esprit pour compléter son gant d'infinité. D'un claquement des doigts, il a ensuite effacé la moitié de la population de l'univers afin d'y rétablir un équilibre et d'en sauvegarder les ressources. Juste avant ce dénouement, Vision avait demandé à Wanda , afin de contrecarrer le plan du titan fou, de détruire la Pierre mais elle n'avait pu le faire assez rapidement. Par la suite, dans Avengers : Endgame (2019), Wanda, revenue à la vie (grâce au claquement de doigts de Hulk qui avait, avec les Avengers survivants, reconstitué le gant de l'infini en voyageant dans le passé), défia Thanos et manqua de peu de le supprimet, prouvant qu'elle était certainement la plus puissante de toutes les héroïnes (plus encore que Captain Marvel).

Cependant, la restauration de la réalité ne permit pas la renaissance de Vision et Wanda Maximoff, sanas personne pour la soutenir dans son deuil, fut oublié au moment de boucler la saga des Avengers. C'est donc la première mission de WandaVision que re raconter ce qu'elle est devenue. Et, pour sa première série adaptée des comics Marvel (Runaways, Inhumans, Agents of SHIELD n'étant pas considérés comme appartenant à la continuité du MCU par le producteur Kevin Feige - toutes ces séries n'ayant pas été produites par Disney/Marvel)), Disney +, la plateforme de streaming, n'a pas hésité à bousculer les fans et à expérimenter.

Kevin Feige, pour en revenir à lui, avait prévenu que les contenus Marvel sur Disney + seraient différents mais aussi complémentaires des films, autrement dit les séries n'évolueraient pas dans le même registre mais raconteraient des histoires développant des thématiques et des personnages entamés dans les films. Il faudra patienter encore un peu pour savoir si, vraiment, il est nécessaire de suivre les séries pour comprendre les films de la Phase 4 du MCU ou si on peut s'en passer.

Dans le cas de WandaVision, il s'agit clairement de préparer le personnage de Wanda Maximoff à sa participation dans Doctor Strange and the Multiverse of Madness, de Sam Raimi, dont le tournage a commencé ces jours-ci et dont la sortie est programmée pour 2022 (en espérant quand même que nous pourrons retourner au cinéma normalement d'ici-là). Et, après les neuf épisodes de cette saison, son évolution psychologique mais aussi la réalité de ses pouvoirs sont suffisamment redéfinies pour la resituer. J'aurai donc plutôt tendance à penser que les séries sont utiles pour les futurs films, sans quoi le spectateur risquerait d'être surpris par Wanda, son caractère et même son look dans Dr. Strange 2.

Il convient d'ajouter que, visiblement, il n'y aura pas de saison 2 à WandaVision, ce qui contribue à son aspect atypique.

La série peut se diviser en trois actes, avec un premier acte couvrant les épisodes 1 à 3, un deuxième les épisodes 4 à 7, et un dernier les épisodes 8 et 9 :

- le premier acte déroute immédiatement. En effet, le premier épisode et quasiment tout le deuxième sont filmés en noir et blanc, et en public. Le cadre évoque les années 50 puis 60 et se réfère aux sitcoms en vogue à ces époques. On y retrouve Wanda et Vision fraîchement mariés, s'installant dans une bourgade tranquille du New Jersey. Wanda est femme au foyer, Vision travaille dans un bureau, personne ne se formalise qu'il soit un androïde, en revanche Wanda cache ses pouvoirs magiques. Mais quand le patron de Vision dîne chez son employé et questionne indiscrétement le couple sur leur passé, un malaise s'installe, qui stoppe les rires, et plus encore quand ledit patron s'étouffe en avalant de travers un aliment, avant d'être sauvé in extremis par Vision. Le dernier plan du premier épisode montre une personne, de dos, regardant l'épisode sur un poste de télé, établissant une mise en abîme troublante et indiquant que ce que nous avons vu ne correspond pas à la réalité. 
Impression confirmée avec l'épisode suivant, où on passe dans les années 60, avec un spectacle de magie préparé pour les enfants de Westview (enfants qu'on n'a vu nulle part), la rencontre avec diverses voisines de Wanda (la très attentionnée Agnes, l'autoritaire Dottie, la bienveillante mais curieuse Geraldine), un déréglement comique des fonctions motrices eet intellectuelles de Vision... Mais surtout la révélation de la grossesse (aussi soudaine que déjà bien avancée) de Wanda et l'apparition de la couleur à l'écran !

- Le deuxième acte commence par un retour en arrière concernant le personnage de Geraldine, qui a été renvoyée de Westview par Wanda. En vérité, il s'agit de Monica Rambeau, la fille de Maria Rambeau, vue dans Captain Marvel. Désormais adulte, elle fait partie d'une agence gouvernementale, le S.W.O.R.D., que dirigeait sa mère avant de mourir et d'être remplacée par l'obséquiieux Hayward. Celui-ci a envoyé Monica à Westview, coupée du reste du monde par un champ de force. Aspirée à l'intérieur du dôme qui recouvre la ville, elle a dû se fondre dans le décor pour approcher et espionner Wanda et Vision. Une fois rejetée par Wanda, elle explique à Hayward que la magicienne est responsable de l'isolement de la ville.
Ce chapitre explicatif passé, on revient dans la logique des sitcoms et on explore le genre dans les années 80-90-2000 avec son lot de rebondissements : la naissance des juemeaux de Wanda et Vision, leur croissance express, les découvertes de Vision sur la situation de la ville, le retour d'entre les morts de Pietro (le frère de Wanda, mais incarné par un autre acteur), l'altération des pouvoirs de Wanda pour sauver Vision qui a voulu sortir de Westview.
Hors de la ville, les plans de Hayward déplaisent à Jimmy Woo, Monica Rambeau et Darcy Lewis (la physicienne apparue dans Thor et Thor : Le Monde des Ténèbres), qui décident d'agir de leur côté...

- Le dernier acte voit la fin du format sitcom appliqué à la série en même temps qu'un rallongement de la durée des épisodes (passant de 25' à 45'). C'est l'heure des comptes et le rythme des péripéties accélère sensiblement pour épouser le genre super-héroïque plus classique. On y apprend la vérité sur Agnes et Pietro, le sort qui menace Vision et les jumeaux, le destin apocalyptique de Wanda. On y suit les manoeuvres d'Hayward et celles de Woo et Rambeau pour des objectifs opposés. Tout se dénoue dans une confrontation à la fois spectaculaire et poignante.

Maintenant, une question : quel est l'ennemi préféré des fans de comics ? L'attente. Ou plutôt ce que les fans espèrent d'une production. Il faut distinguer deux sortes de fans désormais : d'un côté, il y a le fan de comics, qui compare sans cesse les BD aux adaptations qui en sont tirées et apprécie plus ou moins les modifications qu'un média (le cinéma, la télé) fait par rapport à un autre (la BD donc). Et il y a le fan de super-héros, qui appartient à un public plus flou, qui parfois ne lit que peu ou pas du tout les comics, qui ne se préoccupe donc guère des modifications apportées, mais qui est gourmand des théories dispensées par des sites spécialisés ou par des analystes plus ou moins rationnels sur les réseaux sociaux (pour ma part, je vous conseille les vidéos de Captain Popcorn sur YouTube, par un passionné de pop culture mais qui s'appuie toujours sur des arguments solides et qui produit des commentaires très structurés).

Il est difficile de contenter aussi bien le fan n°1 que le fan n°2, pour ne pas dire impossible. Les deux camps ont en commun de ne pas apprécier qu'on ne leur révèle pas l'essentiel assez vite, mais ils n'aiment pas davantage quand tout est trop vite dit. Les deux fans veulent être surpris tout en exigeant que rien ne change trop. Et même quand on touche du doigt ces idéaux, généralement, les deux camps se retrouvent pour dire que tout est gâché par le dénouement (ceux-là même ont reproché à Avengers : Endgame de ne pas être à la hauteur de Infinity War, mais n'auraient sûrement pas aimé que l'histoire s'arrête avec Infinity War et sa fin radicale).

Appliquées à WandaVision, ces exigences aboutissent surtout à se gâcher le plaisir et à ne pas reconnaître les efforts produits par Marvel/Disney + pour tenter autre chose. Par exemple, on peut trouver que le premeir acte est un peu long, qu'il ne s'agit que d'un exercice de style pour s'amuser avec les sitcoms des années 50-70. Pourtant, pris dans la globalité de la série, ce premeir acte permet une réflexion maline sur la condition féminine en montrant Wanda, personnage surpuissant mais contrainte de cacher ses pouvoirs et ayant engendré une situation insensée à la seule fin de créer un bonheur qu'on lui a ôté (avec la mort de Vision). Réduite au rôle de femme au foyer, redoutant en permanence que son monde artificiel soit détruit, Wanda fuit la réalité pour profiter d'une vie anéantie. En la montrant ainsi, à des époques où la femme était subordonnée à l'homme et infériorisée dans la société, on peut apprécier l'ironie de la situation car Wanda est une sorte de déesse acceptant de sacrifier l'héritage de la libération de la femme pour simplement être simplement la femme de Vision et la mère de leurs enfants.

Il m'a semblé, en lisant les avis ici et là, que le deuxième acte, par contre, était mieux toléré. Les scénaristes y expliquent davantage les coulisses de l'intrigue, à travers le personnage de Monica Rambeau, qui incarne aussi un lien avec Captain Marvel, dont le récit se déroulait dans les années 90. Alors qu'on l'avait rencontrée enfant, nous la retrouvons adulte et par ce biais, nous découvrons tout ce qu'elle apporte avec elle : le SWORD, qui devient l'organisme remplaçant le SHIELD en quelque sorte, le véritable sort de Vision (bel et bien mort, son corps est démantelé dans les locaux du SWORD pour éviter que sa technologie ne tombe entre de mauvaises mains).

Par ailleurs, dans ce deuxième acte, les auteurs assurent une part de fan-service en introduisant Tommy et Billy, les jumeaux de Wanda et Vision, qui, dans les comics, deviendront deux membres des Young Avengers (Wiccan et Speed), ce qui pose là encore une généalogie dans le MCU (non pas issue du passé, comme Monica, mais projetée vers le futur). L'histoire prend un tour encore plus surprenant avec le retour de Pietro, mort dans Avengers : L'ère d'Ultron... Mais au lieu de rappeler Aaron Taylor-Johnson, son interprète original, c'est Evan Peters, l'acteur qui jouait Quicksilver dans les films X-Men de la Fox (avant que Disney n'en récupère les droits), qui apparaît à l'écran. Ce twist, redoutable, a justement suscité énormément de théories chez les fans, à coups de transferts du Multivers, de la présence d'un deus ex machina qui tirerait les ficelles de toute la série, etc.

Enfin, la deuxième acte se conclut sur la révélation concernant Agnes, cette voisine omniprésente, sur laquelle là aussi les esprits se sont échauffés - et qui confirmèrent, pour une fois, les théories des fans. Il s'agit de la personnification d'Agatha Harkness, une sorcière emblématique des comics, bien que peu connue (en dehors des lecteurs les plus assidus), et ici incarnée par une comédienne bien moins âgée que personnage de fiction (un des reproches que, moi, je ferai à la série, mais j'y reviendrai).

Le troisième acte était le plus difficile à concevoir car, inévitablement, il n'allait pas contenter tout le monde. Déjà, les parodies de sitcoms cessent, la durée des épisodes qui correspondaient au genre se rallongent pour coller à celle d'une série ordinaire (3/4 d'heures), et bien entendu, comme il ne reste plus que deux chapitres pour boucler la saison, les péripéties s''enchaînent, les révélations aussi, jusqu'au dénouement.

Et c'est sans doute là qu'on touche vraiment au problème de la notion d'attente des fans. Car à force d'imaginer des théories ou d'en lire/écouter, forcément, si les scénaristes ne donnent pas ou peu ce qu'on aurait aimé, la déception est inévitable. Pour ma part, bien que j'ai aussi lu/écouté bon nombre de théories, je les ai prudemment gardées à distance car je voulais à la fois donner leur chance aux auteurs mais surtout ne pas m'y conformer. Il ne faut pas (jamais !) suivre une série en espérant que l'auteur va vous donner ce que vous attendez. Au contraire, je crois que le plaisir est plus grand quand l'auteur ose vraiment aller à gauche alors que vous attendiez qu'il aille à droite.

J'admets cependant que sur la toute fin, dans le dernier épisode, il y a parfois un côté précipité. Une rumeur a couru, lors de la diffusion durant la première moitié de la saison, que, peut-être un dixième épisode, non annoncé, était possible. Je ne prétends pas que ç'aurait été mieux. Par contre je crois que les scénaristes ont peut-être un peu péché par excès de subplots potentiels : entre Monica, Hayward, Agnes, Vision, Wanda, les jumeaux, ça faisait sans doute trop de personnages à développer pour une intrigue centrée sur Wanda et Vision initialement.

Toutefois, ce trop-plein n'empêche pas de comprendre l'issue des arcs de certains personnages. Ainsi, notamment, il n'y a pas de quoi s'étonner à propos de Wanda quand elle quitte Westview tout de suite après la bataille (et les disparitions de Vision et des jumeaux, consécutives à la fin du sort sur la ville). D'abord, parce que je ne vois pas sous quel chef d'accusation elle serait arrêtée (elle n'a tué personne, même si la population de la ville a partagé ses cauchemars et subi son emprise). En outre, le seul individu en mesure de l'arrêter, Hayward, n'est lui-même alors plus en mesure de le faire, car il a abusé de son pouvoir et relevé de ses fonctions pour être jugé.

Quid de la Vision blanche ? On la voit quitter, elle aussi, précipitamment, Westview à l'issue de son combat contre Vision. Mais tout cela est parfaitement compréhensible : en effet, l'androïde a compris qu'on l'avait trompé, il est bouleversé par la connaissance récupérée de son hsitorique, et donc, logiquement, il ne va pas rester là mais partir réfléchir à sa "renaissance". Surtout, son départ se justifie d'un point de vue narratif car si la Vision blanche était restée dans les parages jusqu'à la fin, l'émotion de la séparation de Wanda avec "sa" Vision aurait été parasitée, impossible.

Non, pour moi, s'il faut être plus réservé, c'est bien au sujet des personnages secondaires, trop nombreux, et dont la situation ne peut que frustrer. Jimmy Woo n'a en définitive pas servi à grand-chose (sinon pousser quelques journalistes et geeks à réclamer un spin-off avec lui et Darcy Lewis - comme si Marvel/Disney n'avait que ça à faire...). Darcy Lewis, déjà pénible dans Thor 1 & 2, confirme qu'elle est un personnage inutile. Enfin, Hayward, sur lequel il a été fait de nombreuses spéculations (comme celle supposant qu'il serait le deus ex machina de l'histoire, peut-être Mephisto - mais il a été aussi dit qu'Evan Peters, qui revenait ici jouer Pietro, était le diable caché), manque singulièrement de charisme pour un méchant digne de ce nom. Ajoutez que les trois acteurs n'arrangent rien : ni Randall Park, ni Kat Dennings, ni Josh Stamberg n'ont le talent ou la présence suffisante pour leurs rôles.

Kathryn Hahn qui joue Agnes/Agatha est un autre souci de la série. Dans les deux premiers actes, elle est excellente, surjouant à l'envi mais à bon escient sa partition de voisine encombrante et flippante. Hélas ! dans le dernier acte, quand elle se démasque et doit endosser (littéralement) l'habit de la méchante, ça coince. Je parlais plus haut d'une comédienne plus âgée qui aurait mieux convenue pour le rôle. Bien entendu, les fans auraient alors deviné plus rapidement que Agnes était Agatha, puisque dans les comics Harkness est vieille. Mais bon, la majorité du public qui a suivi WandaVision ignore qui est Agatha Harkness, à quoi elle ressemble. Remplacez Hahn par, par exemple, Susan Sarandon et vous obtenez mieux (en prime vous gagnez un clin d'oeil aux Sorcières d'Eastwick).

Je n'ai rien de spécial à dire sur Teyonah Parris qui joue Monica. Elle est très bien, et on devrait la retrouver dans la série Secret Invasion en préparation et dans Captain Marvel 2 certainement.

De toute façon, ceux qu'on attendait vraiment sur la série, ce sont Elizabeth Olsen et Paul Bettany, qui reprenaient les rôles qu'ils tenaient au cinéma. Et ils dominent toute la distribution aisément. Bettany peut montrer quel comédien fabuleux il est dans les deux premiers actes où il est débarrassé le plus souvent de maquillage et costume super-héroïques. Il est absolument formidable d'ironie dans le rôle, souvent très drôle grâce à des scènes très bien écrites et mises en scène. Bettany aura aussi fait preuve d'humour hors champ puisqu'il a savoureusement "trollé" les fans en annonçant qu'il avait eu le privilège de donner la réplique à son acteur favori dans le dernier épisode : cet acteur n'était autre que lui-même puisqu'il joue alors Vision et sa copie !

Surtout WandaVision impose Elizabeth Olsen comme la véritable reine du MCU. Je n'ai aps attendu qu'elle joue Wanda Maximoff pour être convaincue de son talent d'actrice mais elle livre une interprétation magnifique tout au long de la saison. Elle est à l'aise dans tous les registres et lorsque, à la fin, elle devient littéralement la Sorcière Rouge, elle se glisse dans le costume (sublimement designée - voir ci-dessous) avec une élégance et une autorité bluffantes. J'ignore si Disney + réussira à placer une de ses séries Marvel à la prochaine cérémonie des Emmy awards, mais une nomination pour "Lizzie" Olsen et même un trophée ne serait pas usurpée.


Le show est bien réalisé, avec une mention pour la production design des épisodes sitcom et le souffle du dernier, dont les effets spéciaux n'ont rien de cheap.

Si l'ensemble n'est pas exempt de défauts, pour un coup d'essai, le résultat est plus que concluant à mes yeux. J'ai beaucoup apprécié les audaces de la série et l'évolution donnée à Wanda, l'interprétation de ses vedettes, l'écriture solide (et quelques dialogues mémorables - dont cette ligne sur le deuil qui est "a persistance de l'amour à refuser la perte de l'être aimé). Je recommande donc fortement. D'autant que j'ai l'impression que The Falcon and the Winter Soldier, programmé la semaine prochaine, sera certainement plus classique.

lundi 14 mai 2018

AVENGERS : INFINITY WAR, de Joe et Anthony Russo


J'ai attendu depuis Mercredi dernier pour rédiger cette critique : le temps de digérer le choc, d'assimiler cette expérience, bien que j'ai (enfin !) vu Avengers : Infinity War après deux semaines d'attente. Mais ce délai m'a permis de l'apprécier une fois l'événement un peu apaisé, bien que le film ait depuis conquis une large part de la critique et soit devenu un triomphe sans précédent au box office (je vous épargne la litanie des chiffres mirobolants). Point culminant de dix ans de production par les studios Marvel, le long métrage des Russo bros. mérite tout le bien qu'on dit de lui. Mais comment en parler sous un angle encore original et sans tomber dans la facilité des superlatifs ? Ce blockbuster pose finalement autant de problème au critique qu'à ses metteurs en scène.

Thanos (Josh Brolin)

L'espace. Après s'être emparé par la force de la Pierre du Pouvoir sur la planète Xandar (siège du Nova corps), Thanos croise la route de la nef des rescapés d'Asgard (détruite dans Thor : Ragnarok) et tue la moitié de ses passagers avec ses sbires de l'Ordre Noir - Corvus Glaive, Nain Noir, Proxima Minuit, Machoire d'Ebène et Supergéante. A bord le titan retrouve Loki qui lui remet le Tesseract contenant la Pierre de l'Espace. Hulk affronte Thanos qui a facilement raison de lui et que Heimdall, avec ses dernières forces, envoie sur Terre avant d'être exécuté comme Loki sous les yeux de Thor puis la nef asgardienne pulvérisée.

Dr. Strange, Tony Stark, Bruce Banner et Wong (Benedict Cumberbatch, Robert Downey Jr.,
Mark Ruffalo et Benedict Wong)

La Terre, New York. Hulk/Bruce Banner s'écrase dans le Sanctum Sanctorum du Dr. Strange qu'il avertit de l'arrivée de Thanos pour acquérir la Pierre du Temps du sorcier suprême et la Pierre de l'Esprit de Vision. Strange va chercher Tony Stark dans Central Park où il fait sa demande en mariage à Pepper Potts pour élaborer un plan. Mais Stark prévient tout le monde que les Avengers sont séparés (depuis Captain America : Civil War) et il ignore où se trouve Vision.

Spider-Man (Tom Holland)

Pendant ce temps, Peter Parker pressent une menace et voit dans le ciel de New York le vaisseau de Machoire d'Ebène. Il réussit, pendant que ses camarades de classe assistent à cette apparition, à leur faucher compagnie pour se changer en Spider-Man et prêter main forte à Iron Man et Dr. Strange aux prises avec Machoire d'Ebène et Nain Noir. Le sorcier est embarqué à bord du vaisseau auquel s'accroche Spider-Man et que prend en chasse Iron Man après avoir neutralisé Nain Noir. Spider-Man revêt grâce à Iron Man l'armure Iron Spider pour supporter le voyage dans l'espace. Banner tente alors de contacter Steve Rogers en renfort car il n'arrive plus à se transformer en Hulk.

Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision (Elizabeth Olsen et Paul Bettany)

Ecosse. Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision vivent secrètement leur idylle, bien qu'elle soutienne toujours le fugitif Steve Rogers et lui Iron Man. En se promenant au clair de lune dans une rue, ils sont attaqués par Proxima Minuit et Corvus Glaive et ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Rogers, Black Widow et le Faucon. Glaive et blessé sérieusement et bat en retraite avec Proxima Minuit. Le Faucon, aux commandes d'un quinjet, embarque tout le monde, direction : le Q.G. des Avengers où les reçoit James Rhodes/War Machine en vidéoconférence avec le général Ross à propos des événements de New York. Banner est également là et résume la situation à Vision, prêt à se sacrifier en détruisant sa Pierre de l'Esprit. Mais Rogers connaît un endroit où, comme le suggère Banner, on pourrait la lui retirer sans le tuer.

 Thor, Peter Quill/Star-Lord et Gamora (Dave Bautista, Chris Hemsworth
Chris Pratt et Zoe Saldana)

L'Espace. Les Gardiens de la galaxie répondent à un appel de détresse en espérant en tirer une récompense et découvrent la nef des asgardiens. Thor percute leur vaisseau à moitié mort. Soigné par Mantis, il revient à lui et explique ce qui est arrivé aux siens, apprenant ainsi que Gamora est la fille adoptive de Thanos. Le dieu du tonnerre pense que leur ennemi va se rendre sur la station Knowhere pour arracher la Pierre de la Réalité au Collectionneur mais Thor veut d'abord se construire une nouvelle arme pour le tuer. Rocket et Groot décident de le conduire aux forges de Nivadellir pendant que Star-Lord, Gamora, Mantis et Drax partent pour la sation Knowhere.

Gamora et Thanos

Station Knowhere. Les quatre Gardiens de la galaxie arrivent trop tard : Thanos a dévasté l'endroit et le Collectionneur ne lui a pas fourni la Pierre de la Réalité. Détectant la présence de ses adversaires, il les neutralise facilement et capture Gamora avec laquelle il se téléporte dans son vaisseau où, détenant Nebula qui a déjà essayé de le tuer et la torturant, il obtient de savoir où se trouve la Pierre de l'Âme. Direction : la planète Vormir.

Peter Parker/Spider-Man, Tony Stark/Iron Man, Drax, Peter Quill/Star-Lord et Mantis
(Tom Holland, Robert Downey Jr., Dave Bautista, Chris Pratt et Pom Klementieff)

Spider-Man et Iron Man sauvent Dr. Strange des tortures de Machoire d'Ebène qui veut lui soutirer la Pierre du Temps (qu'il porte en pendentif à son cou). Le sorcier suprême et Stark s'entendent difficilement sur la stratégie à suivre : le premier veut rentrer sur Terre, dont il est le protecteur ; le second veut aller sur Titan pour y attendre et attaquer par surprise Thanos. Ce dernier plan est choisi et, une fois là-bas, les trois héros y trouvent et s'allient avec les Gardiens de la galaxie après que chacun ait pris les autres pour des agents de Thanos. 

Thor, Rocket et Groot (Chris Hemsworth, Bradley Cooper et Vin Diesel

Vormir. Thanos et Gamora partent à la rencontre du gardien de la Pierre de l'Âme, Crâne Rouge (exilé sur cette planète depuis son combat contre Captain America à la fin de la seconde guerre mondiale). Seule dans le vaisseau de son père, Nebula se libère et envoie un message aux Gardiens de la galaxie pour les prévenir qu'elle se rend sur Titan. Pour obtenir la gemme, Thanos n'hésite pas à sacrifier, comme c'est exigé, l'être qui lui est le plus cher, Gamora. 

Thor

Nevadellir. Thor, Rocket et Groot arrivent aux forges où tous les ouvriers ont été décimés après avoir façonné le Gant d'Eternité pour Thanos, à l'exception d'Eitri. Réactivant le coeur de l'étoile qui alimente les forges, Thor permet à Etrei de mouler le marteau et la hache de Stormbreaker, qui pourra aussi réactiver le Bifrost (le pont arc-en-ciel par lequel on passe d'un royaume à un autre) auquel Groot fournit le manche avec une partie de son bras extensible en bois. 

T'challa/Black Panther, Steve Rogers, Natasha Romanov/Black Widow et Bucky Barnes
(Chadwick Boseman, Chris Evans, Scarlett Johansson et Sebastian Shaw)

Steve Rogers atterrit avec le Faucon, Black Widow, Bruce Banner, War Machine, Scarlet Witch et Vision au Wakanda où T'Challa/Black Panther et Bucky Barnes les reçoivent. Shuri, la soeur cadette du monarque, examine l'androïde et entame la procédure complexe pour lui retirer la Pierre de l'Esprit. Dehors, Proxima Minuit et Nain Noir assiègent la capitale protégée par ses écrans. Les héros se préparent à les accueillir en ouvrant une partie du bouclier afin que l'ennemi n'en perce pas une section opposée et ne les encercle. 

L'assaut final au Wakanda

La bataille qui suit est disputée. Banner s'est équipé de l'armure Hulkbuster de Stark, Black Panther et Steve Rogers mènent l'attaque, soutenus par Bucky et Black Widow tandis que War Machine et le Faucon ouvrent un feu nourri par les airs. Mais l'opposition les dépasse en nombre et réussit à atteindre le palais et le laboratoire de Shuri pour capturer Vision alors que Scarlet Witch est partie prêter main forte aux Avengers dehors. 

Thanos

Titan. Thanos revient sur sa planète natale et désolée où il a localisé l'énergie émise par la Pierre du Temps du Dr. Strange qui l'attend, seul. Thanos lui explique la raison de son action en lui racontant comment son monde a péri après avoir épuisé ses ressources à cause de sa surpopulation : aujourd'hui, avec les six Pierres d'Eternité, il aura l'opportunité de corriger ce problème dans tout l'univers en sacrifiant la moitié des êtres vivants. Iron Man, Spider-Man, Star-Lord,  Drax et Mantis l'écoutent, bien cachés et prêts à attaquer, lorsque Nebula débarque et déclenche les hostilités. Iron Man et Iron Man tentent d'ôter le Gant à Thanos que Mantis essaie de maîtriser mentalement et Dr. Strange d'immobiliser physiquement. Mais quand Star-Lord comprend grâce à Nebula que si Gamora est absente, c'est que son "père" l'a sacrifié, Peter Quill peermet à Thanos de se libérer et de se déchaîner. Pour qu'il épargne ses amis, Strange préfère alors lui donner la Pierre du Temps.

Groot, Thor et Rocket

La Terre. La situation est très compromise lorsque Thor, Rocket et Groot apparaissent et rééquilibrent les forces en présence. Proxima Minuit et Corvus Glaive sont tués et leur armée entamée sérieusement. Wanda a retrouvé Vision et ils se sont débarrassés de Nain Noir. Mais l'androïde, pris d'une violente et soudaine migraine, sent l'arrivée de Thanos. Rogers, Bucky, le Faucon, Banner, Black Panther, Black Widow tentent de l'empêcher d'atteindre Vision qui obtient de Scarlet Witch qu'elle détruise sa Pierre de l'Esprit. Mais ceci fait, Thanos, grâce à la Pierre du Temps, reconstitue l'androïde et lui arrache la gemme du front. Thor surgit alors et terrasse son adversaire en lui enfonçant la hache de Stormbeaker dans la poitrine. Thanos claque des doigts en indiquant au dieu du tonnerre qu'il aurait du le décapiter. La moitié des êtres vivants sur Terre et dans le cosmos se désintègre : sur Titan, seuls Iron Man et Nebula sont épargnés ; au Wakanda, Black Panther, le Faucon, Bucky, Groot tombent en poussière.
Thanos, lui, s'est volatilisé et reparaît dans la Pierre de l'Âme où il retrouve Gamora enfant puis s'assoit devant un paysage apaisant, symbolisant la réussite de son plan.

Une scène supplémentaire intervient à la toute fin du générique :

- New York. Nick Fury et Maria Hill assistent à la désintégration de plusieurs civils dans une rue avant de de se dissoudre à leur tour. Juste avant de disparaître complètement, Fury envoie un message sur émetteur. Sur le sol, après quelques instants, l'écran de l'appareil confirme la réception du S.O.S. avec l'image du logo de Captain Marvel.

"Thanos will return" : ce sont les derniers mots qui s'inscrivent sur l'écran et, mine de rien, ils disent tout de Avengers : Infinity War et du programme de Avengers 4 qui sortira en salles en Mai 2019. Pourquoi ? Parce que le méchant complexe du film en est le vrai premier rôle, celui par lequel tout arrive et tout finira dans un an. Il ne s'agit donc plus d'annoncer le retour, prévisible, des Avengers, comme cela était le cas dans les deux premiers films qui leur furent consacrés, mais celle de leur adversaire. D'autant plus, et c'est la surprise la plus spectaculaire, à plus d'un titre, du long métrage, que les héros perdent à la fin !

Depuis quand un blockbuster d'un budget voisin des 500 millions de dollars s'achève-t-il sur un échec ? Oh, bien entendu, c'est un revers provisoire et le match retour promet déjà une revanche épique, mais certainement disputée : n'empêche, quelle audace de conclure comme ça cette partie-ci ! 

En même temps, pour reprendre une expression désormais consacrée, le tout début de l'histoire laisse deviner la couleur : quand Thanos aborde la nef des asgardiens dont le monde a péri dans le cycle du Ragnarok, Hulk attaque par surprise le titan... Qui lui flanque une correction express et l'envoie au tapis, K.O. ! On comprend immédiatement que Thanos, qui ne faisait ici que des apparitions en fin de génériques, de plus en plus frustrantes, n'est ni là pour rigoler ni à prendre la légère : il vient de rétamer Hulk ! Qui peut arrêter l'individu capable de cela ?

C'est donc sur la figure, souvent prévisible et néanmoins sidérante, que le film se déroule, comme si une fatalité sourde, imparable, s'abattait sur la résistance des héros. Ils ne vont pas gagner, semblent nous glisser à l'oreille les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, tout juste gagneront-ils du temps, placeront-ils quelques coups, réussiront-ils à terrasser les sbires de Thanos - l'Ordre Noir avec ses cinq membres - mais ils ne viendront pas à bout de la vraie menace, trop fort, trop déterminé, trop minutieux, trop bien doté - il réunit patiemment les Pierres d'Infinité, se renforce, voit son plan progresser inéluctablement, trop pour être contré.

Josh Brolin incarne vraiment Thanos, quand bien même il s'agit d'une performance en motion capture, où l'acteur bardé de capteurs a été ensuite recréé numériquement pour apparaître à l'écran comme le colossal titan à la peau violette. Mais les fans du comédien (dont je fais partie), habitué à sa gueule carrée, buriné, "Charles-Bronsonienne", le reconnaissent sans mal derrière les expressions mesurées de Thanos, sa démarche pesante, ses gestes lourds, sa puissance tranquille. Le jeu est d'une nuance épatante malgré l'artifice, à la mesure du personnage dont la psychologie est la plus soignée de tous les vilains du MCU : il ne s'agit pas d'un vilain classique qui agit par vengeance, ou soif de conquête, ou par goût du sang. Thanos est mû par un objectif, une mission, une vision (à plus d'un titre...).

En effet, comme il l'explique au Dr. Strange (Benedict Cumberbatch, génial évidemment dans une situation qui lui donne beaucoup de latitude) lors d'une scène superbement placée et orchestrée, déjouant le monologue du méchant tout fier de son stratagème avant de se prendre une branlée, Thanos a vu son monde, Titan, dépérir à cause de la surpopulation et de l'incapacité à faire subsister les siens. Depuis, rassembler les six Pierres d'Infinité n'est pas tant une volonté d'acquérir une puissance incomparable pour régner sur l'univers que pour remédier à une situation équivalente de manière radicale : cela lui permettrait de sacrifier la moitié des êtres vivants et donc de leur donner la possibilité de survivre avec ce que leurs planètes produisent.

On peut s'interroger sur une autre option : pourquoi Thanos, au lieu de désintégrer autant de monde, ne se sert-il pas de la puissance du Gant de l'Infini pour augmenter les ressources des êtres vivants ? Et on répondra que, de son point de vue, il s'agit d'un risque car les individus n'en ont jamais assez, ils finissent toujours par tarir leurs sources. En en éliminant la moitié d'entre eux, la solution est plus drastique et surtout elle a valeur d'avertissement : s'ils ne raisonnent pas ainsi, alors il ne restera plus qu'à tous les tuer.

Avengers : Infinity War n'est donc pas seulement culotté en termes de fin, il l'est aussi en termes de moyens, de formulation puisqu'il interroge les héros et les spectateurs sur la morale des gentils et du méchant. Le choix de Thanos est hautement discutable mais l'affronter uniquement comme un vilain, c'est passer à côté du problème, ne pas considérer son point de vue, son expérience, ce qui a formé sa résolution. Plusieurs super-héros font cette erreur et précipitent les hostilités en annonçant Thanos comme un destructeur sans considérer l'origine de sa logique.

Bruce Banner (excellent Mark Ruffalo dans une partition où il ne peut littéralement plus devenir Hulk, comme si son alter ego avait peur de réapparaître suite à la correction initiale qu'il a reçue) est le premier à communiquer ainsi sur l'ennemi en le réduisant à un tueur de masse. Thor (Chris Hemsworth, formidable sur une partition à la fois sensible et traduisant enfin toute la puissance de son personnage) veut lui aussi d'abord se venger (et venger Loki, Heimdall, son peuple) qu'arrêter Thanos - et il le fait si mal qu'il croit terrasser le titan en lui plantant sa hache dans la poitrine au lieu de le décapiter, ce qui aurait empêcher son terrible geste final. Star-Lord cède à la colère et au chagrin quand il comprend que Gamora a été sacrifiée par son "père" et, ce faisant, provoque l'échec des héros sur Titan en permettant à Thanos de se ressaisir. Même Vision (Paul Bettany, toujours bluffant dans son incarnation de l'androïde) se plante en ayant coupé les ponts avec Stark et Rogers, qui auraient pu, chacun de leur côté, ôter sa Pierre de l'Esprit bien avant l'invasion du Wakanda.

C'est donc autant un récit de failles tactiques que d'erreurs d'interprétation qui permet l'inévitable triomphe de Thanos. Film-somme de dix ans de production des studios Marvel et suite-conséquence tragique du schisme acté dans Captain America : Civil War (dont il est la sequel la plus directe avec la scène d'ouverture qui renvoie au dénouement de Thor : Ragnarok), Avengers : Infinity War impressionne par sa fluidité, quasi-organique, pour rassembler les pièces d'un puzzle patiemment monté, agréger des personnages, justifier leurs alliances, mais aussi situer leurs actions en différents points de la Terre (New York, l'Ecosse, le Wakanda) et de l'Espace (les planètes Vormir - où se joue un sacrifice poignant et stupéfiant pour Thanos et Gamora - , Nivadellir - avec une liaison très inspirée entre le façonnage du Gant de l'Infini et Stormbreaker - , Titan - site d'une bataille vraiment scotchante d'intensité).

On a beaucoup parlé du casting pléthorique en redoutant qu'il soit rassemblé avec de grosses ficelles qu'il faut saluer l'admirable travail des scénaristes pour justifier parfaitement comment et pourquoi les uns se retrouvent avec les autres, là et pas ailleurs, à ce moment et pas avant ou après, et tout cela en allant et venant d'un endroit à l'autre sans que jamais on ait l'impression de zapper au milieu d'une scène. Tout tombe exemplairement pile-poil, laissant deviner la suite tout en n'assurant pas qu'elle résoudra tout (ainsi le retour providentiel de Thor, Rocket et Groot en pleine guerre au Wakanda ne garantit que provisoirement un avantage aux héros sur place, mais le moment en lui-même est jubilatoire).

Et pour jubiler, il faut, quoi qu'en pensent les grincheux, un peu d'humour. L'intrigue n'incite pas à la rigolade, comme je le disais plus haut, mais là encore les frères Russo ont su aérer leur film de quelques bons mots, attitudes plus légères, histoire de rendre le spectacle respirable : les échanges entre Thor et les Gardiens de la galaxie (mention spéciale à Dave Bautista dont la bêtise cosmique de Drax est bien mieux exploitée ici que dans tout Les Gardiens de la galaxie, vol. 2, est irrésistible dans la scène dite de "l'homme invisible"), la remarque croisée entre Steve Rogers et Thor sur leur looks similaires désormais agissent en contrepoint à des moments vraiment émouvants, parfois bouleversants, quand, à la fin des personnages partent littéralement en poussière (Robert Downey Jr., impeccable, tenant dans ses bras Tom Holland alias Spider-Man qui se sent s'en aller, la mort de Vision, la disparition de Groot : on a rarement eu la gorge serrée comme ça dans un film de ce genre).

Bien entendu, on peut pester contre le fait que certains acteurs soient plus présents pour le nombre que pour l'enrichissement du récit (Anthony Mackie, Don Cheadle, Sebastian Stan, mais aussi Scarlett Johansson, Chadwick Boseman, voire Chris Evans qui ont peu de place et de poids en dehors des scènes d'action). Mais quelque chose me dit qu'au match retour, ils pourraient bien en profiter pour briller davantage (de même que le retour prévisible d'un géant vert...).

C'est que Avengers : Infinity War n'est pas qu'un film-anniversaire cataclysmique, c'est aussi la préparation programmée d'une nouvelle ère (d'une nouvelle "phase", comme les appelle le producteur Kevin Feige) du MCU : des acteurs voient leur contrat arriver à leur terme et si certains souhaitent poursuivre l'aventure (Hemsworth, Johansson - pour qui se prépare un film Black Widow - , voire Evans), d'autres vont certainement tirer définitivement leur révérence (on voit mal RDJ Jr. à 53 ans passés se contenter de jouer les seconds rôles de luxe par exemple). 

L'arrivée de Captain Marvel (que jouera Brie Larson, première super-héroïne Marvel en vedette d'un long métrage et ultime recours contre Thanos dans Avengers 4), les suites prévues à Ant-Man (avec Paul Rudd, qui apparaîtra dans Avengers 4 comme l'autre grand absent, Jeremy "Hawkeye" Renner), Spider-Man (Tom Holland, désireux de s'inscrire dans la durée) et les annonces concernant de nouvelles franchises (Les Eternels, Moon Knight, Nova, Ms. Marvel, Fantastic Four...) ouvrent la porte à un agenda fourni (Feige a des projets au moins jusqu'en 2025 !).     

A cet égard aussi, la défaite somptueuse contée dans Avengers : Infinity War sonne comme une victoire, ou un mouvement, une manoeuvre inspirés : elle nous comble en termes de spectacle, de divertissement, de surprises, tout en garantissant des lendemains sinon sommairement victorieux en tout cas sacrément alléchants. N'est-ce pas cela qu'on appellerait, à l'image de la marche triomphale de Thanos, avoir de la vista  (avec ou sans Pierre du Temps) ?