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dimanche 31 mai 2015

Critique 631 : VELVET, VOLUME 2 - THE SECRET LIVES OF DEAD MEN, de Ed Brubaker, Steve Epting et Elizabeth Breitweiser


VELVET : THE SECRET LIVES OF DEAD MEN rassemble les épisodes 6 à 10 de la série créée par Ed Brubaker (scénario) et Steve Epting (dessins), publiés en 2014-2015 par Image Comics.
* 
Le point sur la situation...

Velvet Templeton est la secrétaire particulière du directeur de l'agence de renseignements britannique ARC-7. Son existence bascule lorsque sa hiérarchie croit qu'elle a assassiné un des hommes du service. Elle prend alors la fuite pour mieux résoudre cette affaire et prouver son innocence. La secrétaire renoue alors avec sa vie antérieure au bureau, lorsqu'elle opérait elle-même sur le terrain, comme un des meilleurs agents... 
(Extrait de Velvet #6.
Textes de Ed Brubaker, dessins de Steve Epting.) 

Ses investigations en Europe ramènent Velvet Templeton en Angleterre où, pense-t-elle, ses anciens collègues et supérieurs ne penseront pas qu'elle aura l'audace de revenir. Elle grille volontairement sa couverture en sachant qu'elle a peu de temps pour mettre son plan à exécution. Pour cela elle a ciblé cinq suspects, cinq hommes hauts placés qui auraient pu organiser le piège dans lequel elle est tombée et pour lequel on l'accuse d'avoir tué un agent d'ARC-7 : le lieutenant directeur Simonson, le directeur Manning, le responsable du bureau de Paris Jean Bellanger, et le sénateur Hillerman.
Elle kidnappe Manning, celui en qui elle a le plus confiance, afin de pouvoir rentrer dans les locaux de l'agence, où elle pourra trouver l'endroit où est retenu un ancien responsable de l'organisation, Damian Lake.
Lake, qui croupit dans un asile depuis qu'il a assisté au meurtre de toute son unité, oriente les recherches de Velvet en citant un certain Pierre Duprey, tout en se gardant bien de ne pas lui dire tout ce qu'il sait afin qu'elle ne l'abandonne pas. Mais peut-elle faire confiance à cet homme qui a été lâché par les siens depuis 14 ans ?
Le premier volume de Velvet (Before the living end, contenant les épisodes 1 à 5) avait mis la barre très haut et j'attendais de lire la suite avec ce mélange d'appréhension et d'excitation que seules les grandes séries procurent. Inutile de faire durer le suspense : ce deuxième tome est encore meilleur que le précédent et comblera les fans (au choix ou tout ensemble) de Ed Brubaker, Steve Epting, et d'histoires d'espionnage.

Ed Brubaker sait vraiment comment raconter une intrigue accrocheuse. Dès que son héroïne, Velvet, touche à nouveau le sol anglais, la tension vous happe déjà et ne vous lâchera plus jusqu'au terme de ces cinq nouveaux chapitres (qui ne concluent cependant pas la série).

Depuis qu'il a quitté Marvel pour se consacrer entièrement à ses propres créations chez Image, Brubaker s'est fait remarquer avec deux séries où une femme tient le premier rôle (Fatale, dessiné par son complice Sean Phillips, qui s'est terminée après un grand succès ; et donc Velvet maintenant). Il ne s'agit pas d'héroïnes quelconques mais bien de personnages dotés d'un riche background, fortement caractérisés, plongées dans des histoires à la fois palpitantes et qui bouleversent leur situation.

Dans le cas de Velvet, c'est une fugitive d'un genre très spécial puisqu'on a à faire avec une sorte de double de Monepenny, la secrétaire de M, le chef de James Bond, dont on découvre qu'elle a été auparavant elle aussi une espionne de haut vol, et qui, à la défaveur d'un coup fourré, est accusée d'un meurtre qu'elle n'a pas commis. Elle va s'employer à prouver son innocence en devinant progressivement que le piège qu'on lui a tendue dissimule un complot bien plus vaste, au mobile incertain.

Dans ces cinq nouveaux épisodes, on voit Velvet revenir sur le "lieu du crime", une prise de risques assumée pour atteindre de nouveaux indices en tâchant de continuer à semer des espions lancés à ses trousses - des agents chargés de l'arrêter mais aussi des barbouzes haut placés soucieux de la neutraliser. Au fur et à mesure qu'on assiste à ses aventures, prenant des risques à la fois insensés et mesurés, usant de tactique et ne reculant jamais devant l'affrontement physique (où elle n'épargne pas ses adversaires), des flash-backs nous révèlent encore des pans de son passé ou de celui d'autres personnages qu'elle croise (en particulier celui de Damian Lake, qui joue un rôle déterminant dans le récit).

Brubaker sait, comme peu d'auteurs, alterner scènes intimistes, introspectives, et d'actions, mouvementées, ce qui confère à son scénario un rythme implacable. Dans le second cas, on a droit au retour de Velvet dans les bureaux d'ARC-7, le kidnapping du directeur Manning, puis une course-poursuite spectaculaire sur le toit d'un train traversant les Alpes (un classique du genre mené avec maestria).

L'auteur sait parfaitement ménager l'équilibre entre ses protagonistes et l'intrigue, les dialogues et la baston, jusqu'au climax final qui sait être à la fois terriblement frustrant et diaboliquement renversant. Une vraie leçon d'écriture d'un thriller par un scénariste qui connaît ses références mais a su les digérer pour produire une oeuvre évocatrice et originale. 

Brubaker évite aussi brillamment l'écueil dans lequel bon nombres de récits d'espionnage autour de la guerre froide sombre en veillant à toujours rester dans une narration fluide. Il a bien recourt à des débuts de chapitres dont on découvre la clé au bout de quelques pages, mais cela participe plus au plaisir de la lecture qu'à l'embrouiller. Dans ce monde où chacun joue un rôle et même deux, où la vérité et le mensonge se distinguent à peine, où le lecteur se demande comme Velvet qui est derrière ces manigances et pourquoi en est-elle la victime, rien n'est jamais confus. L'héroïne est le vrai compas moral de l'aventure, nous prenons fait et cause pour elle et partageons ses émotions avec intensité. 

Ce qui rend aussi ce volume encore supérieur au premier, c'est la manière dont Brubaker a su développer les seconds rôles, préciser les perspectives de l'histoire avec eux. Il introduit avec une habileté jubilatoire Colt (visiblement inspiré par Steve McQueen) et surtout Roberts (qui, humilié par Velvet, tient encore plus à la coincer, sans cesser de se poser des questions sur son cas - ça lui coûtera cher...). Ainsi on dépasse le simple cadre de la traque pour atteindre un récit plus humain, avec des personnages aux motivations complexes, doutant naturellement. Ces points de vue supplémentaires ajoutent à la fois de la variété et conservent de la vigueur au récit. Nous aussi devinons que quelque chose de plus grand, plus trouble, est en marche - mais en restant suggéré, cela est encore meilleur, sollicitant l'imagination du lecteur. 

Déjà avec le volume 1, nous savions qu'une large part de la réussite artistique et commerciale de la série revenait aussi à l'équipe graphique formée par le dessinateur-encreur Steve Epting et la coloriste Elizabeth Breitweiser.

Le travail d'Epting a toujours été d'une grande qualité (même si, à la fin de son séjour chez Marvel, engagé sur des titres écrits par le pompeux Jonathan Hickman, il n'était plus aussi inspiré). Avec Velvet, on assiste réellement à sa renaissance, visiblement habité par cette histoire, son héroïne, et dopé par la liberté que lui accorde le statut d'une création chez Image (où il n'est plus soumis aux deadlines mensuelles). Le résultat, ce sont des planches absolument somptueuses, certainement les plus belles, mais aussi les mieux découpées, composées, de sa carrière.

La qualité dans les détails, les ambiances, les expressions est saisissante et on s'arrête volontiers sur certains plans, plusieurs pages pour les admirer, les décortiquer. Le réalisme élégant, influencé par l'esthétique du film noir si cher à Brubaker, est magnifiquement retranscrit, sans jamais que cela ne tombe dans la préciosité. Au contraire, on a là des personnages aux attitudes authentiques, à des décors toujours bien campés, à des jeux d'ombres et de lumières toujours judicieux.

La superbe de ces planches est soulignée par la colorisation extraordinaire d'Elizabeth Breitweiser (la meilleure à ce poste, avec Jordie Bellaire). Son emploi d'une palette où les teintes sombres dominent est magistrale, d'une subtilité bluffante : elle accomplit l'équivalent de ce qu'un grand chef opérateur au cinéma ferait, comme en témoignent sa façon d'éclairer l'intérieur d'un wagon-restaurant, une route de campagne sous la pluie, la froideur métallisée des bureaux de l'agence, le crépuscule londonien, les ténèbres d'une forêt française... On pourrait citer toutes les pages, lister toutes les séquences ainsi tellement c'est impressionnant. 

Alors que Brubaker est actuellement aussi à la rédaction d'un nouveau titre à succès chez Image (The Fade Out, encore illustré par Phillips), jamais il n'a paru aussi à son avantage, aussi maître de son art qu'avec Velvet. Il vit son âge d'or et, accompagné par un Steve Epting magistral, il est bien parti pour nous régaler encore un moment.

Vous savez donc quoi faire si vous voulez vraiment lire une série d'exception, une de ces bandes dessinées aux allures de classiques instantanés. Velvet : The Secret Lives of Dead Men est non seulement la digne suite de Before the living end mais un des meilleurs thrillers que les comics US nous ont proposés.

mardi 9 décembre 2014

Critique 539 : VELVET, VOLUME 1 - BEFORE THE LIVING END, de Ed Brubaker, Steve Epting et Elizabeth Breitweiser


VELVET : BEFORE THE LIVING END rassemble les épisodes 1 à 5 de la série créée par Ed Brubaker (scénario) et Steve Epting (dessins), publiés en 2013-14 par Image Comics.
*
(Extrait de Velvet #1.
Textes de Ed Brubaker, dessins de Steve Epting, couleurs de
Bettie Breitweiser.)

En 1973, à Paris, l'agent secret Jefferson Keller, matricule X-14, abat deux hommes dans un restaurant et prend la fuite. Mais il est à son tour exécuté lorsqu'il regagne sa voiture par un tueur dont on ne voit pas le visage.
L'agence pour laquelle travaillait Keller, l'ARC-7, basée à Londres, est en émoi : son chef, Manning, convoque une réunio de crise et lance une enquête pour identifier l'assassin. Le sergent Roberts, des affaires internes, est chargé d'interroger tout le personnel qui a été en relation avec l'agent X-14, dont la secrétaire Velvet Templeton.
Cette femme a elle-même été sur le terrain durant les années 50 mais cela, peu de gens le savent, tout comme la raison pour laquelle elle n'opère plus depuis 18 ans. Elle a été, comme d'autres employées de l'agence, la maîtresse de Keller, et quand Colt, un collègue, oriente les recherches contre un ancien de la maison, Frank Lancaster, Velvet soupçonne que cette affaire est encore plus louche.
Elle décide de mener ses propres investigations mais lorsqu'elle découvre, chez lui, Lancaster tué et qu'elle est surprise par Roberts, elle n'a d'autre choix que de fuir. Désormais désignée comme la coupable, Velvet fait appel à un ami, Burke, pour quitter l'Angleterre et creuser son unique piste liée à une bizarrerie dans la dernière note de frais de Keller. De Vienne à Monaco en passant par Belgrade, la secrétaire n'est pas au bout de ses surprises....

C'est peu de dire qu'on lit ce premier tome avec gourmandise quand on connaît la qualité des collaborations antérieures de son scénariste, Ed Brubaker, et de son dessinateur, Steve Epting, puisque ces deux-là étaient à l'origine de l'excellente reprise de Captain America chez Marvel en 2005.
Puis, voilà deux ans, Brubaker a décidé de s'investir complètement dans ses propres créations et il a signé chez Image Comics, y rapatriant son titre fétiche (Criminal, avec Sean Phillips) et en lançant de nouveaux (Fatale puis Fade Out, toujours avec Phillips) puis Velvet (avec Epting). Détail remarquable : il s'agit à chaque fois de séries avec une héroïne. Mais pour le reste, l'auteur y développe des intrigues dans son genre de prédilection, la série noire teintée d'espionnage (avec du fantastique pour Fatale).
Velvet a été conçu pour Steve Epting qui a donc, à son tour (comme de nombreuses autres vedettes des "big two" -  Marvel et DC - , telles que Bryan Hitch, Mark Millar, Michael Lark, Greg Rucka, Brian K. Vaughan, Matt Fraction - et ce n'est certainement pas fini) choisi l'aventure de l'indépendance plutôt que le confort du "work for hire".

Ed Brubaker a trouvé l'idée de Velvet dans une vieille série télé anglaise, The Sandbaggers, dont les héros étaient déjà des espions, parmi lesquelles une secrétaire qui couvrait son patron en jouant les naïves alors qu'elle avait à l'évidence une parfaite connaissance des usages du métier. On pense aussi à ce qu'aurait donné un titre mettant en scène Moneypenny, la secrétaire avec laquelle flirte régulièrement James Bond avant d'entrer dans le bureau de M, et qui cacherait en fait une espionne aguerrie reconvertie en assistante bien sage.

Ces références nostalgiques expliquent peut-être le choix du scénariste de situer l'action de son intrigue en 1973, en la ponctuant de flash-backs dans les années 50 et 60, des époques où la technologie n'égalaient pas celle d'aujourd'hui, ce qui impactait complètement le métier d'espion, mais aussi où les rapports entre hommes et femmes n'étaient pas les mêmes qu'actuellement (les premiers dominant socialement les secondes).

En tout cas, tout ce qui concerne la reconstitution proprement dite, traduite visuellement, a fait l'objet de la part de Steve Epting d'un méticuleux effort (qui rappellera à ses fans et instruira les autres que l'artiste a toujours soigné son ouvrage, qu'il s'agisse de récit de piraterie comme dans l'inachevé mais magnifique El Cazador, écrit par Chuck Dixon, ou Crux, avec encore Dixon puis Mark Waid, dans un registre futuriste). On notera avec quelle précision il représente Paris ou Monaco, en s'attachant aux véhicules locaux, aux décors choisis, aux costumes, ou comment il parvient à restituer l'ambiance de l'ex-bloc communiste lors des passages à Vienne et Belgrade. 

(Extrait de Velvet #3.)

Cette qualité graphique exceptionnelle, on la trouve tout au long des cinq épisodes de ce recueil, et elle permet de comprendre pourquoi la série connaît de fréquents retards car on n'obtient pas un tel résultat sans prendre du temps pour s'appliquer.
Admirez donc plutôt comment Epting dessine les vieux ordinateurs, habille d'un maillot de bain vintage son héroïne, représente le carnaval de Monaco : c'est somptueux et fait de Velvet une des plus belles bandes dessinées américaines actuelles. 

Epting est aussi un chef opérateur fabuleux, avec un sens des jeux d'ombres et de lumières tout à fait unique, capable de capter une ambiance avec génie. Il est, cette fois, formidablement secondé par une coloriste qui sublime vraiment son dessin, en la personne d'Elizabeth Breitweiser (l'épouse du dessinateur Mitch Breitweiser par ailleurs), qu'il faut mentionner comme une des trois auteurs à part entière de cette série tellement sa contribution est essentielle. Les nuances qu'elle apporte aux images, la palette subtile qu'elle utilise, sont à tomber à la renverse. Jamais elle ne noie le trait d'Epting sous des effets chromatiques, au contraire elle en souligne les textures, elle en affine les détails, et quand les arrière-plans sont vides (rarement), elle les traite de manière là encore à en optimiser l'effet de la scène : le lecteur est immergé dans l'action, jamais distrait par des artifices visuels tape-à-l'oeil ou trompé par une impression de photo-réalisme. Il s'agit d'une visualisation très stylisée et élégante, qui a su digérer ses influences cinématographiques pour les intégrer au langage esthétique propre de la bande dessinée.  

Steve Epting aborde les personnages d'une manière naturaliste, il veille à les animer de façon crédible, même si le scénario s'autorise des fantaisies propres au récit de ce type. Depuis que son style a atteint sa maturité (en fait depuis qu'il s'encre lui-même, pour avoir le contrôle total de ses images), Epting a intégré le meilleur des dessinateurs sur lesquels il a pris exemple, comme, en premier lieu, John Bellamy et Jim Holdaway ou Jim Steranko (ceux-ci sont explicitement cités dans une histoire comme Velvet, avec une héroïne évoquant Modesty Blaise ou Nick Fury, agent of SHIELD).
Dans les séquences calmes, l'art d'Epting est un régal pour les yeux, avec ses clairs-obscurs raffinés et intenses. Lors des scènes d'action, sa science du découpage combinée à sa maîtrise des atmosphères fait des merveilles, avec des cadres rarement excentriques mais dynamiques (par exemple, quand Velvet échappe à Roberts en se défenestrant depuis l'appartement de Lancaster, ou lors de la poursuite en voiture dans les rues de Londres ensuite). Les pages n'excèdent presque jamais quatre à cinq plans, et les splash-pages arrivent toujours à bon escient, produisant une narration fluide, rapide, tout en en donnant au lecteur de quoi contempler un bon moment chaque élément de chaque case. 
(Extrait de Velvet #5.)

Si j'insiste sur le visuel de la série, c'est aussi parce qu'il est parfaitement cohérent avec le propos de Ed Brubaker, qui possède la même efficacité virtuose pour manier les conventions du genre dans lequel il inscrit son histoire.
Au début, on peut presque sourire de le voir aligner des clichés, des figures de style si habituelles chez lui (et en général dans le cinéma ou la littérature des années 60-70), avec ce personnage de secrétaire qui se révèle être une redoutable espionne, son enquête qui la conduit en Europe de l'Est et lui fait rencontrer une série de seconds rôles très typés (l'ancien du KGB, la femme d'un général, un vieux complice). L'environnement même dans lequel nous est présentée Velvet Templeton joue avec un folklore déjà vu à maintes reprises dans la BD, au cinéma, dans les romans, avec le chef paternaliste (Manning), l''interrogateur macho et fouineur (Roberts), l'ex-mari louche (Richard Donovan), le mentor charismatique (Lady Pauline).

Mais par la grâce de son seul talent, Brubaker réussit à dépasser ces références pour décrire des figures complexes, surprenantes,, séduisants, fascinants. En faisant de Velvet une femme dont on devine qu'elle a plus de 40 ans, il casse les codes en vigueur dans moults comics, où seuls des jeunettes ont le beau rôle. Et c'est d'autant plus magistral qu'en seulement cinq épisodes, il ne peut que dévoiler des bribes de son passé pour l'imposer comme une héroïne suffisamment captivante. 

Ensuite, le déroulement de l'intrigue est très efficace, même si c'est classique. Les thèmes du faux coupable, de la machination, les découvertes au fil des rencontres avec des personnages rencontrés par la victime, ne font pas peur à Brubaker qui s'en empare pour livrer un récit palpitant, mené sur un rythme soutenu, construit avec une aisance sidérante quand il s'agit de passer d'une époque ou d'un lieu à un(e) autre, en délivrant un flot important d'nformations, en veillant à ne jamais se contenter de seconds rôles grossièrement imaginés. 

Brubaker et Epting réussissent parfaitement leur réunion, d'abord en produisant une histoire compréhensible dans un registre où le lecteur peut très vite se sentir largué avec des agents doubles (et plus), des retours dans le passé, un complot qui n'en est qu'à ses débuts, et ensuite, en veillant à coordonner parfaitement leur vision du projet, narrativement et visuellement. 
Après une entrée en matière aussi jubilatoire, impossible de ne pas prendre rendez-vous pour la suite (le tome 2 est prévu pour fin Mars 2015). Les lecteurs de vf peuvent se procurer ce premier volume chez Delcourt.