Affichage des articles dont le libellé est Ewan McGregor. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ewan McGregor. Afficher tous les articles

samedi 4 avril 2020

BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN, de Cathy Yan


C'était juste avant le confinement général, presque dans une autre vie : Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn sortait en salles. C'est un vrai ovni que le film réalisé par Cathy Yan, à la fois spin-off de Suicide Squad (David Ayer, 2016), hybride inspiré par le cinéma de Tarantino et Guy Ritchie, manifeste féministe, drôle de film de super-héros. Armé d'un casting bigarré, malgré quelques gros défauts, cette curiosité est souvent jubilatoire.

Dinah Lance/Black Canary et Harley Quinn (Jurnee Smollett Bell et Margot Robbie)

Abandonnée par le Joker, Harley Quinn est désormais livrée à elle-même dans les rues de Gotham. Entre chagrin et volonté de s'émanciper, elle créé un esclandre au club tenu par Roman Sionis alias Black Mask lorsqu'elle refuse sa protection. Une fois dehors, au petit matin, elle échappe à une tentative d'enlèvement par des malfrats qu'elle humilia jadis grâce à l'intervention musclée de Dinah Lance alias Black Canaary. Sionis, témoin de la scène, charge son lieutenant, Victor Zsasz, d'offrir à Dinah un poste de chauffeur particulier.

Huntress et Renee Montoya (Mary Elizabeth Winstead et Rosie Perez)

La nuit suivante, Harley fait exploser l'usine de Ace Chemicals, où elle lia son destin à celui du Joker. Au même moment, non loin de là, la détective du GCPD Renee Montoya enquête sur une nouvelle exécution commise par le tueur à l'arbalète lorsque la déflagration l'entraîne dehors. Elle y trouve le collier de Harley et en déduit qu'ellle est responsable de la destruction de l'usine voisine.

Harley Quinn, Victor Zsasz et Roman Sionis (Margot Robbie, Chris Messina et Ewan McGregor)

Sionis envoie Dinah et Zsasz récupérer le diamant Bertinelli, dans lequel serait gravé un code permettant d'accéder à leur fortune. Mais la jeune pickpocket Cassandra Cain subtilise le caillou à Zsasz juste avant d'être arrêtée par la police. Montoya appréhende Harley - mais doit la relâcher sous la pression de son supérieur qui ne veut pas risquer d'attirer l'attention du Joker. A peine libérée, Harley est capturée par les sbires de Sionis, qui n'a pas apprécié qu'elle le repousse.

Helena Bertinelli/Huntress (Mary Elizabeth Winstead)

En échange de la vie sauve, Harley, qui l'a entendu évoquer le diamant Bertinelli avec Zsasz, propose à Sionis de le lui retrouver. Elle attaque le commissariat où a été conduite Cassandra et l'aide à s'en échapper. Elle l'emmène ensuite chez elle, dans l'appartement qu'elle occupe au-dessus du restaurant de Doc. Ce dernier sait tout ce qui se passe dans le milieu et il est abordé par Helena Bertinelli alias le tueur à l'arbalète alias Huntress qui traque les assassins de ses parents - et apprend ainsi qu'ils étaient à la solde de Sionis.

Huntress, Harley Quinn, Renee Montoya, Cassandra Cain et Dinah Lance
(Mary Elizabeth Winstead, Margot Robbie, Rosie Perez
Ella Jay Blasco et Jurnee Smollett Bell)

Délogées par des ennemis du Joker, Harley et Cassandra sont obligées de fuir. Pour se protéger d'eux, Harley appelle Sionis et accepte de lui livrer Cassandra. Ils conviennent de se rencontrer dans un parc d'attractions désaffecté. Dinah prévient Montoya du danger que court Cassandra, sans se méfier de Zsasz qui l'entend au téléphone et prévient Sionis - que Huntress suit désormais en attendant de pouvoir l'éliminer. Tout ce beau monde se retrouve au point de rendez-vous, assiégé par Sionis et son armée. Harley convainc Montoya, Dinah, et Huntress (qui a tué Zsasz) de s'allier. Une bataille épique s'ensuit au terme de laquelle Sionis elève Cassandra avant d'être exécuté par cette dernière et Harley.

Cassandra Cain et Harley Quinn (Ella Jay Blasco et Margot Robbie)

Montoya démissionne du GCPD et forme avec Dinah (qui reprend le pseudo de Black Canary porté par sa défunte mère justicière) et Huntress pour combattre le crime organisé. Harley et Cassandra quittent Gotham avec l'argent que leur a rapporté la vente du diamant Bertinelli à un prêteur sur gages.

Plus encore que le film de Cathy Yan, Birds of Prey... est celui de son actrice-vedette Margot Robbie qui souhaitait donner au personnage de Harley Quinn son propre long métrage depuis Suicide Squad de David Ayer en 2006. Il fallait de la conviction et de détermination pour croire à ce spin-off après les critiques désastreuses du précédent opus et son mauvais score au box office.

De fait, la conception a été longue et chaotique pour aboutir moins à un film sur Harley Quinn qu'à un team-movie assez curieux, voulue comme une sorte de manifeste féministe post #metoo et une alternative farfelue aux films de super-héros.

Pour cela, la scénariste Christine Hodson a pris des libertés, parfois discutables du point de vue de la continuité, mais on n'est plus vraiment à ça près quand il s'agit de parler du DCCU (DC Cinematic Universe) où la notion d'univers partagé a volé en éclats depuis le désastre Justice League. Désormais Warner met en chantier des longs métrages sans lien les uns avec les autres, avec des styles très divers comme Joker, Shazam, Aquaman, Suicide Squad 2 (qui promet d'ignorer le premier), etc. L'antithèse du MCU donc.

Pourquoi alors être allé voir Birds of Prey... après avoir zappé Shazam, Aquaman ou Joker ? En bonne partie, une fois n'est pas coutume, sur la foi de la bande annonce et d'un passage en particulier où, lors d'une fusillade, on voyait Harley Quinn se planquer derrière un tas de sac qui contenait de la coke. La poudre respirée alors la motivait pour contre-attaquer et dégommer ses ennemis. Si tout le reste était à l'avenant, ça promettait. Et puis, un chouette casting aussi.

Le résultat n'est pas aussi dingue que promis mais tout de même assez surprenant et jubilatoire, malgré des maladresses. Le script et la réalisation usent et abusent même pendant le premier tiers du film d'artifices un peu lassants, avec des allers-retours présent-passé, pour présenter ses protagonistes et justifier leur présence dans un périmètre réduit. Il faut néanmoins en passer par là pour introduire une justicière comme Huntress dont l'histoire familiale est la base de l'intrigue et qui n'est guère connu du grand public (y compris chez les fans de comics). Il s'agit aussi de situer la flic dur à cuire qu'est Renee Montoya (au risque d'en faire une vraie caricature, mais assumée comme telle par les auteurs), de totalement modifier Cassandra Cain (une tueuse implacable dans les comics, une pickpocket dans le film) ou de résumer Dinah Lance (jouée par une actrice noire, alors que c'est une blonde blanche dans les comics).

Paradoxalement, c'est dans cette mosaïque de personnages que le film gagne une identité accrochesue plutôt que de rester focalisé sur Harley Quinn. Le récit échoue assez remarquablement à traduire la folie de l'ex-fiancée du Joker et en tirer des effets comiques convaincants. En fin de compte, elle apparaît plutôt comme une foldingue pathétique pendant les deux tiers de l'histoire et quand elle doit rebondir pour sauver sa peau, elle le fait en admettant commettre un acte lâche (livrer Cassandra à Sionis). Etrange façon de rendre le personnage sympathique - et de fait, on aura plus de faciliter à se lier à Dinah ou même à Huntress.

La mise en scène est aussi déroutante. Cathy Yan cite, jusqu'à l'excès, Tarantino (jusqu'à la fin où le combat des "Oiseaux de Proie" renvoie à celui des filles de Boulevard de la Mort) et Guy Ritchie (avec une surabondance de plans, un montage effrénée, des ralentis, tout une collection d'effets tape-à-l'oeil). On a l'impression d'un film rempli à ras-bord de références stylistiques, une sorte de collage dans lequel la contribution réelle de la réalisatrice est difficile à cerner. Pourtant il semble qu'elle ait bénéficié d'une grande liberté (grâce à sa complicité avec son actrice-vedette qui est aussi co-productrice). Ce n'est pas déplaisant mais impersonnel.

Toutefois, cet aspect baroque, bancal, joue en faveur de l'ensemble car on finit par ne plus savoir à quoi s'attendre. Et quand, dans le dernier tiers, tout s'assemble, converge, on est agréablement surpris. La manière dont le scénario réussit à réunir bons et méchants dans un lieu unique pour une explication épique, mise en scène avec brio, et avec, pour le coup, un humour réjouissant, est même formidable.

Cela, le film le doit beaucoup à ses acteurs, et surtout ses actrices. Margot Robbie reprend donc son rôle de Harley Quinn et livre une composition outrancière à souhait : cela ne répond pas à la question de son talent réel (que je trouve surestimé, bien que les critiques montent la comédienne en épingle depuis son passage, pourtant insignifiant, chez Tarantino), mais indéniablement elle investit le personnage et le défend avec énergie. le choix de Rosie Perez pour jouer Renee Montoya m'a également surpris car la comédienne est trop âgée et moins séduisante que son modèle, le script lui réservant un traitement par ailleurs trop caricatural. La jeune Ella Jay Blasco a aussi du mal à exister au milieu de ce cirque (alors que, c'est embêtant, elle est le trait d'union entre une majorité de personnages).

En revanche, il y a de superbes surprises. Par exemple, le tandem formé par Ewan McGregor et Chris Messina, avec un sous-texte homo savoureux, est fameux, voilà des méchants à la fois grotesques et sinistres. Jurnee Smollett Bell incarne Dinah Lance avec sobriété et efficacité, une espèce de rage rentrée et malgré tout très sexy détonante.

Pourtant, la grande gagnante de l'affaire, c'est Mary Elizabeth Winstead, dont l'interprétation a fait l'unanimité auprès des fans. Actice honteusement sous-côtée, elle joue Huntress avec beaucoup d'auto-dérision et fait de cette justicière une irrésisitible névrosée, qui ne contrôle pas du tout ses accès de colère et entretient des relations avec ses alliées de circonstances constamment décalées. Si Warner-DC est inspiré, alors il faudrait lui consacrer son propre long métrage.

Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn est un objet foutraque, mal foutu, mais finalement attachant. Sa bizarrerie est son meilleur atout, avec le numéro de quelques-uns de ses acteurs, l'habileté insoupçonnée de son script. Fouillis donc, mais aussi diablement rafraîchissant et tonique.  


vendredi 21 juillet 2017

FARGO (Saison 3) (FX)


Connaissez-vous Eden Valley ? Non ? Laissez-moi vous y inviter car c'est le théâtre de l'intrigue de la saison 3 de la génialissime série Fargo, diffusée sur FX.
 Emmit Stussy (Ewan McGregor)

Emmit Stussy est "le roi des parkings du Minnesota", comme aime à le lui répéter son bras-droit, Sy Feltz. Il a bâti son empire en vendant une collection de timbres rares, dont il ne lui reste plus qu'un exemplaire et qu'il tient de son père, un immigré venu d'Europe de l'Est.
 Ray Stussy (Ewan McGregor)

Cette héritage l'oppose depuis à son frère jumeau, Raymond, agent de probation, qui veut désormais que Emmit lui octroie un dédommagement substantiel en espèces sonnantes et trébuchantes.
 Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead)

Mais cette idée, ce loser sympathique de Ray ne l'a pas eue tout seul : enfreignant les règles déontologiques de sa profession, il fréquente une superbe arnaqueuse, Nikki Swango, aussi âpre au gain et fine stratège que sincèrement entichée. Elle lui inspire plusieurs plans, toujours plus pervers, pour obliger Emmit à cracher l'oseille (fausse sex-tape, chantage, etc).
V.M. Vargas (David Thewlis, au centre)

Ce que personne n'avait prévu, c'était que cette affaire de vengeance familiale allait déplaire à V.M. Vargas (prononcez "Varga"...), un affairiste crapuleux, qui a prêté un an auparavant un million de dollars à Emmit et qui, aujourd'hui, en contrepartie, va se servir de son entreprise pour du blanchiment d'argent. Quiconque déplaît à Vargas et ses deux terrifiants sbires ne fait pas long feu...
Commissaire Gloria Burgle (Carrie Coon)

Mais ce que Vargas n'avait pas escompté, c'est l'imbroglio imaginé initialement par Ray pour rançonner Emmit : il avait recruté un de ses prisonniers en liberté conditionnelle, un junkie totalement stupide, pour le charger de voler le fameux dernier timbre rare. Mais, ayant égaré l'adresse d'Emmit, il ne se rend pas au bon endroit et tue un innocent également nommé Stussy... Qui est le beau-père de Gloria Burgle, commissaire de police d'Eden Valley, aussi pugnace que maline !

Cette histoire complètement timbrée, ici à peine résumée (tant elle foisonne de rebondissements) sert de trame à cette saison 3, riche de 10 épisodes de 50 minutes.

Comme vous l'aurez deviné, si vous ne le saviez déjà, Fargo est une déclinaison du film éponyme des frères Coen, sorti en 1996. Le showrunner Noah Hawley a si bien intégré ce qui fit le sel de ce long métrage qu'on croirait la série pilotée par le tandem de cinéastes.

Pourtant, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style, "à la manière de". L'écriture est prodigieusement maîtrisée, mélange de comédie noire et d'intrigue policière, développée selon un tempo rigoureux et une imagination fertile. L'histoire est complexe, certes, mais parfaitement lisible et passionnante (moi, je m'en suis tenu à deux épisodes par jour, sauf à la fin où j'ai enquillé quatre chapitres car je ne pouvais plus attendre de connaître le dénouement, mais les amateurs de "binge-watching" se régaleront avec ces dix heures intenses, hilarantes, surréalistes).

Chaque épisode s'ouvre avec la mention selon laquelle l'histoire s'est vraiment déroulée en 2010 dans le Minnesota, mais que par respect pour les défunts, les noms ont été changés alors que le déroulement des faits respecte scrupuleusement la vérité. J'ignore si c'est authentique ou juste une plaisanterie supplémentaire, mais après tout qu'importe, même si un récit aussi fou a bien pu avoir lieu.

Réalisée avec un brio bluffant (ambiances hypnotiques, rythme implacable, photo magnifique, compositions des plans sensationnelles), la série bénéficie aussi d'un casting éblouissant - et c'est pour lui que j'ai démarré par la saison 3.

Dans Fargo, vous aurez droit à deux Ewan McGregor pour le prix d'un (et s'il ne décroche pas un Emmy Award, je n'y comprends rien car il est époustouflant). Mais vous aurez aussi Mary Elizabeth Winstead, qui est à la fois d'une beauté renversante, qui a le meilleure nom d'héroïne (Nikki Swango !), et qui interprète génialement cette dure-à-cuire. Vous retrouverez David Thewlis dans une composition de salopard répugnant jubilatoire (avec une recette de thé inoubliable...). Et vous sourirez avec la même satisfaction que l'épatante Carrie Coon à la fin (la comédienne est fantastique dans son rôle de flic obstinée).

Enorme kif donc. Ne vous en privez pas !

jeudi 28 avril 2016

Critique 875 : BIG FISH, de Tim Burton



BIG FISH est un film réalisé par Tim Burton, sorti en salles en 2003.
Le scénario est écrit par John August, adapté du roman du même nom de Daniel Wallace. La photographie est signée Philippe Rousselot. La musique est composée par Danny Elfman.
Dans les rôles principaux, on trouve : Ewan McGregor et Albert Finney (Edward Bloom), Alison Lohman et Jessica Lange (Sandra Bloom), Billy Crudup (Will Bloom), Marion Cotillard (Joséphine Bloom), Steve Buscemi (Norther Winslow), Danny de Vito (Amos Calloway), Helena Bonham Carter (Jenny et la sorcière), Matthew McCrory (Karl le géant).
* 
*


Conteur talentueux et inépuisable, Edward Bloom embarrasse son fils William le jour de son mariage avec Joséphine en narrant pour la énième fois comment il a attrapé un énorme poisson avec son alliance comme appât. Pour Will, les histoires de son père l'empêche d'être digne de confiance et d'avoir une relation ordinaire avec lui. Au terme de cette soirée, ils se disputent : leur brouille durera trois ans.
Ed et Sandra Bloom
(Albert Finney et Jessica Lange)

Pourtant quand il apprend que son père est mourant, Will accepte de le revoir comme le lui demande sa mère, Sandra. Joséphine est enceinte de sept mois et l'encourage à se réconcilier avec Ed, qui a toujours prétendu savoir comment et quand il quitterait ce monde depuis sa rencontre avec une sorcière dont l'oeil de verre permettait de voir l'avenir. 
Will Bloom
(Billy Crudup)

Malgré la maladie, Ed n'a pas changé et agrémente toujours le quotidien avec ses récits, tous plus extravagants les uns que les autres, qui irritent Will mais ravissent Joséphine. 
Joséphine Bloom
(Marion Cotillard)

Ainsi évoque-t-il sa croissance précoce, enfant, qui l'obligea à garder le lit pendant trois ans, puis sa carrière brillante de sportif dans diverses disciplines à Ashton où il est né. Ambitieux et curieux, il quittera cette bourgade pour découvrir le monde en compagnie du géant Karl, qui terrifiait les environs. 
Karl le géant et Ed Bloom
(Matthew McGrory et Ewan McGregor)

Empruntant, seul, des détours, Ed découvrit le village paradisiaque de Spectre dans une forêt où il fit la connaissance d'un poète (plus tard reconverti en braqueur de banque et homme d'affaires), Norther Winslow, et de Jenny, encore fillette puis résidant à l'âge adulte la maison de la sorcière. Toujours en quête d'aventures, Karl et Ed sont recrutés dans le cirque dirigé par Amos Calloway (qui se transforme en loup-garou la nuit venue). 
Amos Calloway
(Danny de Vito)

Lors d'une représentation, Edward remarque Sandra Templeton et en tombe instantanément amoureux. 
Sandra Templeton
(Alison Lohman)

Il lui fera une cour assidue pendant trois ans alors qu'elle étudie à l'université d'Auburn et réussira à la séduire, évinçant son fiancé, Don Price, un de ses camarades d'Ashton.
Ed Bloom
(Ewan McGregor)

Ed est appelé sous les drapeaux et, pour rentrer plus vite chez lui, accepte une mission dangereuse au cours de laquelle il sera aidé par deux danseuses siamoises, Ping et Jing, en échange de leur engagement dans le cirque de Calloway. Grâce à Winslow, Ed fait fortune, achète la maison de ses rêves et réhabilite Spectre dévastée par la crise immobilière. Will naît à cette époque. 
Norther Winslow
(Steve Buscemi)

L'état de santé de Ed s'aggrave brusquement et Will reste à son chevet, à l'hôpital, promettant de prévenir sa mère de l'évolution de la situation. Enfin seul à seul, le père fait comprendre à son fils que les histoires, peu importe qu'elles soient vraies ou romancées, survivent au conteur et accompagnent les survivants.  

Big Fish est un film mal-aimé : les fans de Tim Burton ne le citent jamais parmi leurs favoris, ne retrouvant pas dans cette histoire mélancolique et fantastique les motifs plus sombres de l'oeuvre du cinéaste. Pourtant, c'est un long métrage qui ne mérite pas la sévérité avec laquelle beaucoup le juge : c'est un joli récit, que j'aime particulièrement car il traite d'un de mes thèmes préférés - l'influence de la vie sur la fiction et de la fiction sur la vie. 

Le roman de Daniel Wallace (Big Fish : A novel of mythic proportions, 1998) est remarqué par le scénariste John August six mois avant sa parution et le renvoie à la mort de son propre père. Il convainc le studio Columbia d'en acquérir les droits et commence à en rédiger une adaptation. Steven Speilberg est approché pour le filmer et le cinéaste propose le rôle principal à Jack Nicholson, avant de jeter l'éponge (il tournera à la place Arrête-moi si tu peux). Le projet est envisagé pour Stephen Daldry puis Tim Burton, qui l'accepte.

Pour Burton, c'est aussi, comme August, l'occasion d'évoquer ses parents avec lesquels il n'a jamais été proche mais dont la disparition récente (en 2000 pour son père et 2002 pour sa mère) l'ont beaucoup affecté. C'est aussi un sujet plus intimiste qui lui permet de rebondir après le remake critiqué de La planète des singes. Le réalisateur est attiré par l'histoire, un drame émouvant et fantaisiste à la fois, abondant en personnages extraordinaires - ces freaks qu'il affectionne tant.

Au départ, Burton veut lui aussi Nicholson, qu'il a dirigé dans Batman (1989) et Mars attacks ! (1996) pour incarner Ed Bloom âgé mais aussi plus jeune (grâce à une combinaison de maquillage et d'effets spéciaux). Mais il change d'avis pour engager deux acteurs différents : Ewan McGregor joue donc la version rajeunie de Albert Finney (comme il a été Alec McGuiness jeune homme dans la deuxième trilogie Star Wars !) - une idée particulièrement inspirée car les deux comédiens sont formidables : le premier en aventurier charmeur tout droit sorti des films hollywoodiens des années 40-50, le second en conteur mourant et très attachant.  

De la même manière, pour incarner Sandra, Jessica Lange et Alison Lohman sont impeccables : la première y tient son dernier grand rôle à ce jour, la seconde y confirmait son talent après avoir été révélé par Ridley Scott (dans Les associés) - même si, depuis, elle semble avoir disparu des écrans. La compagne d'alors du cinéaste, Helena Bonham Carter, tient elle le double rôle de Jenny et de la sorcière (avec un look insensé). 

Bien que le film s'inscrive dans un registre fantastique et regorge de scènes visuellement spectaculaires, la mise en scène de Burton n'est jamais noyée par les effets spéciaux. Ce qui impressionne davantage réside dans la beauté de la photographie du français Philippe Rousselot, dont les couleurs furent renforcées en post-production : l'histoire, qui est relatée dans de nombreux et longs flash-backs, semble ainsi se passer dans une ambiance éthérée et flamboyante à la fois. La scène où Ed attend Sandra sous la fenêtre de sa chambre à l'université d'Auburn dans un champ de coquelicots apparaît comme une résumé esthétique du projet : c'est too much d'accord, mais splendide. 

On peut, sans les partager, comprendre les réserves de certains critiques contre le film : avec pareil sujet, on est en droit d'attendre plus d'émotion, et Big Fish n'est effectivement pas aussi poignant qu'on pourrait l'attendre. Il me semble aussi que le problème provient aussi du jeu de Billy Crudup, dont le personnage est trop antipathique et l'interprétation sans assez de relief (alors que c'est un comédien subtil, tout à fait capable). Marion Cotillard n'a pas grand-chose à faire non plus alors que Joséphine aurait pu (dû) être plus mise en avant (sa grossesse en parallèle à la mort imminente d'Ed suggère une transmission évidente et elle est bien plus indulgente envers son beau-père que son propre mari). 

En revanche, comme à l'époque de ses Batman, Burton soigne particulièrement la galerie de gentils monstres à sa disposition, profitant, il est vrai, d'interprètes de première classe (mais qu'il n'a plus filmés depuis étrangement) - Danny de Vito et Steve Buscemi en tête.

La musique originale de Danny Elfman est agrémentée d'une bande-son superbe arrangée par Eddie Vedder et Mike McCready  du groupe Pearl Jam et de chansons de Bing Crosby, Elvis Presley, Buddy Holly, Allman brothers band (que du bon donc !).

Tendre fantasmagorie, Big Fish mérite qu'on l'apprécie : c'est un film atypique pour son auteur mais joliment triste, romanesque en diable.

mardi 29 décembre 2015

Critique 780 : BEGINNERS, de Mike Mills


BEGINNERS est un film écrit et réalisé par Mike Mills, sorti en 2011.

La photographie est signé par Kasper Tuxen.
La musique a été composée par Roger Neill, David Palmer et Brian Reitzell.
Le film est produit par Leslie Urdang, Dean Vanech, Miranda De Pencier, Jay Van Hoy et Lars Knudsen.
Dans les rôles principaux, on trouve : Ewan McGregor (Oliver), Christopher Plummer (Hal), Mélanie Laurent (Anna) et Goran Visnjic (Andy).
*
 Oliver et son chien Arthur
(Ewan McGregor et Cosmo)

Oliver est un jeune homme qui exerce la profession d'illustrateur à Los Angeles. Il travaille actuellement à la conception du livret pour le premier album d'un groupe de musique pop, The Sads ("Les Tristes") - un nom qui renvoie à l'humeur d'Oliver qui traverse une passe difficile sur le plan privé.
 Hal et son fils Oliver
(Christopher Plummer et Ewan McGregor)

En effet, Oliver vient de perdre son père, Hal, mort d'un cancer à 80 ans. La situation a pris une dimension encore plus déchirante car quelques années auparavant, après le décès de son épouse, Hal a révélé à son fils qu'il avait toujours été homosexuel et qu'il voulait désormais l'assumer en espérant refaire sa vie avec un homme.
 Anna et Oliver
(Mélanie Laurent et Ewan McGregor)

Encore en plein deuil, Oliver traîne sa tristesse mais son existence va être bouleversée de manière inattendue lorsque des amis insistent pour qu'il les accompagne à une fête costumée. Il va y faire la connaissance d'une jeune femme, actrice française, prénommée Anna, avec laquelle il convient de se revoir.
Andy et Hal
(Goran Visnjic et Christopher Plummer)

Très rapidement, Oliver et Anna deviennent amants mais ils hésitent à s'engager car, lui, doute de la rendre heureuse et, elle, doit repartir pour un tournage.
Oliver ne peut toutefois réprimer ses sentiments envers Anna et il se souvient du dernier bonheur que connut son père quand il rencontra Andy, un autre homosexuel, plus jeune que lui, et qui l'accompagna jusqu'à son décès.
Le jeune homme est aussi encouragé dans sa relation avec Anna par le chien de son défunt père, Cosmo, dont il entend les réflexions...

Durant les fêtes de fin d'année, j'aime bien voir ou revoir des films mélancoliques : ils stimulent mes endorphines, vous savez ces hormones du plaisir, "secrétées par l'hypophyse et l'hypothalamus chez les vertébrés" qui provoque excitation, douleur ou orgasme (merci Wikipédia pour me donner l'air plus érudit...). Bref, ça agit comme un analgésique et procurent une sensation de bien-être, parfois d'euphorie.

Pourquoi ai-je besoin de ces petits shoots ? Pourquoi espérer être plus heureux en regardant un film où les personnages ne le sont pas, ou aimeraient l'être davantage ? Parce que Beginners résonne d'un écho particulier en moi.

Je ne vais pas vous raconter ma vie, qui n'a rien de palpitant, et parce que ce n'est pas la vocation de ce blog - j'ai d'ailleurs une réticence avec cette idée de journal intime qui serait publié sur le Net, donc à la vue de tout le monde (et qui, ainsi, n'a plus rien d'intime !). Mais, comme vous, j'ai connu des pertes et des malheurs, petits ou plus grands, que je traîne de manière plus sensible lors de ces périodes de l'année où la multitude est ravie d'ouvrir ses cadeaux et d'espérer que les douze prochains seront plus favorables.

Au petit jeu des catégories dans lesquelles on s'amuse à faire entrer les oeuvres culturelles (livres, disques, films...), on peut par exemple imaginer qu'il en existe une, simple et facile, qui séparerait les longs métrages qu'on voit pour se distraire, pour s'évader, et une autre avec ceux qui semblent nous parler intimement, comme si on reconnaissait dans la fiction une part de nous bien spécifique.

J'évoquai plus haut les pertes et les malheurs qui nous éprouvent dans l'existence. Comme Oliver, le héros du film de Mike Mills, mon père a quitté ce monde il y a déjà quelques années. Son décès m'a évidemment atteint sur le coup, mais m'a surtout progressivement rongé et plongé dans une sorte de dépression sournoise parce que j'ai fini par m'y habituer. Je traînai ma misère, comme Oliver, et comme lui, quand des amis ou des inconnus auxquels on me présentait me croisait, on me demandait pourquoi je semblais si malheureux. Soit j'esquivais la question, soit je passais aux aveux - et, plutôt que de trouver un exutoire, je restais englué dans ce chagrin.

Il m'a fallu du temps pour comprendre que, selon une formule célèbre, "on ne refait pas sa vie, on la continue". Autrement dit, on n'oublie pas les disparus, on apprend à vivre avec eux, leurs morts font partie de notre existence - pas seulement la notre d'ailleurs : elle fait aussi partie de la vie de nos proches, de nos amis, de nos amours, qui doivent alors nous accepter avec notre deuil, notre peine, nos souvenirs.

Beginners est une traduction sensible de cet état, et la raison pour laquelle ce film a si bien su le capter, c'est parce que Mike Mills, qui a écrit le scénario et assuré la réalisation, parle en fait de sa propre histoire. Oliver est son quasi-double, et la relation des derniers jours de Hal est celle de son propre père, qui a également vécu avec une femme jusqu'à la mort de celle-ci avant de faire son coming-out.

Le cinéaste y a ajouté des astuces narratives et visuelles très inspirées comme le fait qu'Oliver travaille à l'illustration du livret de l'album d'un groupe de pop appelé The Sads ("Les Tristes") : il imagine alors une série d'images (dessinée par Mills lui-même) qui ambitionne de retracer l'Histoire de la tristesse. Le résultat désarçonne l'employeur de Oliver et les musiciens, qui préféreraient tous deux quelque chose de plus classique (des portraits). Bien entendu, Oliver utilise ce support pour parler de lui, de ce qu'il traverse : comme tout artiste en difficulté, il espère sans doute que par ce moyen il sera soulagé d'une partie de sa propre tristesse, trouvera des réponses, une issue.

Le récit est développé selon deux lignes parallèles : au présent, on assiste à la rencontre et à la liaison entre Oliver et Anna ; au passé, on découvre à la fois des épisodes de l'enfance d'Oliver (où son père est absent, à cause de son travail comme le lui raconte sa mère, excentriquement séduisante ; parce qu'il fréquentait des homosexuels en secret, à une époque où cela était réprouvé par la morale et la loi), la révélation de la maladie de son père et sa fin de vie en compagnie de son amant, Andy.

La partie romantique est délicatement traitée, avec une subtilité bien plus touchante que les comédies sentimentales formatées des grands studios. Jusqu'à la fin du film, et même une fois arrivée à sa conclusion, le spectateur n'est pas assuré que cela va marcher entre Oliver et Anna. La jeune femme doit composer avec un père (qu'on ne voit jamais) qui lui impose une pression récurrente, réclamant d'elle plus d'attention, de présence, à un moment où elle prend son indépendance, s'emploie à faire décoller sa carrière d'actrice (qu'on devine modeste). Mike Mills met en scène ces moments amoureux avec grâce, souvent filmés à la dérobée, ce qui en souligne la précarité, avec une caméra mobile et des éclairages naturalistes (la photo de Kasper Tuxen est magnifique, sans être trop appuyée, contrairement à beaucoup de films réalisés par d'anciens clipeurs comme Mills).

La partie filiale est au diapason : le cinéaste réussit l'exploit de glisser de l'humour dans un récit dramatique, dont on connaît le terme dès le départ. Le personnage de ce père qui a mené une vie clandestine pendant toute sa vie et qui connaît le véritable amour au soir de son existence, avec une intensité joyeuse, ne sombre jamais dans le mélodrame. La représentation de l'homosexualité, qui plus est vue à travers le destin de ce septuagénaire, évite là aussi tous les clichés, sans montrer de "vieilles folles". Là encore, la manière dont ce passé est filmé épate par sa finesse, et lorsque Hal s'éteint, l'émotion vous serre vraiment la gorge.

L'interprétation compte pour beaucoup dans la séduction qu'exerce le film et Mike Mills a eu du flair pour former sa distribution.

J'ai toujours apprécié Ewan McGregor, même si je n'ai pas vu toute sa filmographie. Mais il fait partie de ces acteurs qui, en plus d'être de ma génération (il a deux ans de plus que moi), m'ont accompagné et jamais déçu. Je l'ai découvert chez Danny Boyle (Petits meurtres entre amis, Trainspotting, Une vie moins ordinaire), suivi chez Tim Burton (Big Fish, où il incarnait le personnage du grand Albert Finney plus jeune), chez Michael Bay (The Island, le seul film supportable de ce gros bourrin), aux côtés de Jim Carrey (dans I love you Philip Morris), Renee Zellweger (Bye bye love), Eva Green (Perfect Sense)... C'est un acteur sobre, au jeu physique, parfois intense, toujours élégant, avec une pointe d'ironie. Ce personnage de Oliver était fait pour lui, il l'incarne parfaitement.

Mélanie Laurent a tourné Beginners à une époque charnière de sa carrière, alors qu'elle accédait à des rôles internationaux (elle venait de participer à Inglorious Basterds de Tarantino), se lançait dans la réalisation (Les adoptés) et la chanson (un échec immérité), après avoir décroché le César de la révélation féminine. Cette exposition lui a valu de nombreuses et injustes critiques, comme si beaucoup lui reprochait son éclosion spectaculaire et une personnalité engagée (qui passe toujours mal en France où les artistes passent pour des citoyens déconnectés de la réalité et privilégiés). Mais c'est comme si cela avait nourri son interprétation dans le film de Mills où elle apparaît fragile et charmante, à fleur de peau et craquante. Le couple qu'elle forme avec McGregor possède en tout cas une réelle alchimie, on croit à leur romance, et on souhaite que leur union fonctionne.

Christopher Plummer est un comédien mythique depuis qu'il triompha dans La mélodie du bonheur de Robert Wise. Pour ma part, il est surtout le héros d'un film méconnu et superbe, La forêt interdite de Nicholas Ray. Après une carrière qui couvre un demi-siècle, sa prestation remarquable dans Beginners lui a valu un Oscar du meilleur second rôle indiscutable : son jeu, lumineux, d'une dignité et d'une classe formidables, est fabuleux et poignant. Mills a su utiliser à bon escient la mythologie de cet acteur pour nourrir celle du père hors du commun qu'il incarne.

Enfin, pour être complet, il faut aussi saluer la prestation de Goran Visnjic dans le rôle de Andy : ça fait tout de même drôle de voir celui qui fut l'ombrageux et séducteur docteur Luka Kovac durant neuf saisons de la série télé Urgences dans la peau d'un gay amoureux d'un septuagénaire, mais il l'interprète avec une fraîcheur émouvante, transformant la surprise en bonne idée.

Si vous en avez l'occasion, n'hésitez pas à investir quelques Euros dans le DVD où, en suppléments, on trouve une interview exemplaire (d'une quinzaine de minutes) du réalisateur et un making-of (en noir et blanc), avec des propos vraiment intéressants des comédiens principaux. Beginners est un joli film, un film troublant, attachant, tristement gai (sans jeu de mots), gaiement triste : un de ces films qui fait du bien, simplement, malgré un sujet et des personnages en pleine (re)construction.