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vendredi 1 septembre 2023

MARVEL AGE #1000, de Mark Waid et Alessandro Cappuccio, Ryan Stegman, Rainbow Rowell et Marguerite Sauvage, Dan Slott et Mike Allred, Armando Iannucci et Adam Kubert, Steve McNiven, Jason Aaron et Pepe Larraz, J. Michael Straczynski et Kaare Andrews

 

Voilà encore une de ces drôles de parution dont Marvel a le secret : ne cherchez pas les 999 numéros précédents de Marvel Age, mais profitez de ce #1000. Il s'agit d'une anthologie censée célébrer... Quoi au juste ?... Qu'importe ! On a là huit histoires courtes par le gratin de "la maison des idées". Le résultat est évidemment inégal mais ne manque pas d'allure.



- MACHINE LEARNING (Ecrit par Mark Waid et dessiné par Alessandro Cappuccio) - Comment la première Torche Humaine, Jim Hammond, a développé un sens moral ? C'est à cette question que répond Mark Waid dans ce récit d'ouverture, situé en 1939. Il s'agit probablement d'un script écrit par le scénariste avant son départ pour DC, à moins qu'il n'ait produit ceci pour l'occasion. En tout cas, c'est, comme souvent avec Waid, finement raconté. 

Jim Hammond a été un des premiers héros Marvel, plus tard c'est avec lui que s'ouvrait Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross. Mais l'androïde capable de s'enflammer demeure une énigme, supplantée par Johnny Storm des Fantastic Four. Waid imagine comment, en écoutant un feuilleton radio il a acquis une éthique et échappé à son créateur, Phineas Horton, qui espérait l'exploiter.

Dommage d'avoir confié les dessins à Alessandro Cappuccio (Moon Knight), dont les planches sont trop sombres pour ne pas voir qu'il se sert de cette astuce pour négliger les décors et dont le trait manque singulièrement d'élégance.


- SUNDAY DINNER (Ecrit et dessiné par Ryan Stegman) - Toujours occupé à piéger les vilains, Spider-Man empêche Peter Parker d'avoir une vie sociale et d'arriver à l'heure à un rendez-vous... Alors là, on a affaire à une sorte d'anomalie chez Marvel qui refuse fréquemment depuis des lustres, sans qu'on sache pourquoi, à ses artistes d'écrire aussi leurs scénarios. Pourtant, cette fois, dans Marvel Age #1000, l'éditeur a accordé cette permission à deux d'entre eux.

Ryan Stegman (Venom) a donc eu le droit de raconter sa petite histoire de Spider-Man et de la dessiner. Certes, ça ne mange pas de pain, mais c'est très sympa et tonique. Stegman s'affirme comme un disciple de Todd McFarlane, qui a marqué de son empreinte une époque du Tisseur. Et ma foi, il mériterait d'avoir sa chance sur le titre (vu ce que commet actuellement John Romita Jr...).
 

- PEOPLE WONDER WHY (Ecrit par Rainbow Rowell et dessiné par Marguerite Sauvage) - Pourquoi Cyclope se montre-t-il toujours si surprotecteur avec Marvel Girl ? Encore une interrogation superbement traitée, ici par Rainbow Rowell (She-Hulk).

Accompagnée par Marguerite Sauvage au dessin, comme d'habitude enchanteresse, acidulée, expressive (un vrai bonheur), la scénariste signe un segment romantique à souhait sur les débuts des X-Men, la première génération. C'est merveilleusement inspiré, sucré au possible, mais très touchant aussi. Et, en pleine vague Fall of X, ça fait du bien de se replonger dans cet âge de l'innocence.


- EARTH'S GREATEST WEAPON (Ecrit par Dan Slott et dessiné par Mike Allred) - Lorsque Captain Mar-Vell espionnait pour le compte de l'Empire kree les humains, qu'est-ce qui l'a convaincu que nous ne représentions aucun danger ?

Il y a quelque chose de magique à chaque fois que Dan Slott (Spider-Man) et Mike Allred (Madman) sont réunis. Ensemble, ils produisent des comics uniques où chacun fait ressortir le meilleur de l'autre. C'est encore une fois le cas avec cette histoire qui prouve que, non, il n'y a pas de tabou à ranimer Captain Mar-Vell. Carol Danvers figure dans ce chapitre qui semble au passage se moquer, à juste titre, de la retcon débile de ses origines. C'et beau, c'est pop, c'est indispensable.


- OVERLOAD (Ecrit par Armando Iannuccci et dessiné par Adam Kubert) - Daredevil a un problème d'audition... Et le lecteur de compréhension ! Que vient faire ce machin sans intérêt, moche (Adam Kubert, vraiment, j'y arriverai jamais) dans cette anthologie. Je ne sais pas qui est Armando Iannucci mais je n'ai aucune envie de le savoir car ce qu'il a écrit est mauvais en diable.

Allez, on zappe !


- DEAF HEAVEN (Ecrit et dessiné par Steve McNiven) - Le Surfeur d'Argent marche au milieu d'un terrain bombardé et Mephisto en profite pour le tourmenter en accablant la nature humaine capable de telles atrocités... Mais Steve McNiven, trop rare, nous livre une pépite.

Comme Ryan Stegman, lui aussi a eu le droit d'écrire et dessiner ce segment. Autrefois superstar, suite au triomphe de Civil War, McNiven a ensuite eu toutes les peines du monde à enchaîner, jusqu'à se contenter de quelques covers par-ci, par-là. Désormais influencé par Barry Windsor-Smith (qu'il imite à la perfection) et Moebius, aborder le Silver Surfer est toute compte fait logique.

C'est classique, mais franchement somptueux. Toutes les pages sont découpées en trois cases verticales, avec une intensité rare. Le trait est fin et puissant à la fois; L'histoire est poignante. Bon sang, si Marvel avait un Black Label, ce serait génial d'avoir une mini Silver Surfer par McNiven...
  

- THE GIRL WHO HATES SUPER HEROES (Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Pepe Larraz) - Jyl Tally n'aime pas les super héros qui sauvent le monde mais n'ont pas guéri sa mère du cancer. Jusqu'à ce qu'elle croise la route de la puissante Thor... Et là, miracle !

Oui, parce que Jason Aaron revient à sa meilleure création, Jane Foster/Thor, et prouve qu'il est encore capable d'écrire quelque chose de valable, de chouette, de lumineux. Ce récit est parfait, c'est comme une fable, il n'y a rien à jeter. Qui l'eût cru ? Et pour ne rien gâcher, c'est Pepe Larraz qui signe les dessins, qui sont évidemment d'une beauté à tomber à la renverse. Vraiment revigorant !
 

- OBSERVATIONS FROM THE BACKYARD (Ecrit par J. Michael Straczynski et dessiné par Kaare Andrews) - Trois gamins, dans le jardin d'une maison de banlieue, imaginent des histoires de super héros qu'eux seuls voient et dont ils sont convaincus qu'elles doivent être racontées...

S'il ne devait y avoir qu'un chapitre de ce Marvel Age #1000 à retenir, qui justifierait l'achat de ce comic-book, alors ce serait celui-ci. Parce que, avant son grand retour chez Marvel ce mois-ci pour la reprise de Captain America, J. Michael Straczynski rend un hommage absolument splendide aux trois pères fondateurs de Marvel. Car les trois gosses se prénomment Stan, Jack et Steve... C'est sans doute naïf, d'aucuns diront même mièvre, mais ne soyez pas cyniques et appréciez ce tribute si juste, si inspiré, si beau tout simplement.

Et encore plus beau grâce à Kaare Andrews qui dessine en couleurs directes des planches sublimes. Je n'ai que des compliments à faire à ce récit. D'autant qu'il paraît après un documentaire sur Stan Lee (sur Disney +) qui a passablement agacé les héritiers de Kirby (parce qu'on lui niait la paternité de plusieurs héros). Mais en vérité, quoi qu'on pense de Lee, Kirby, Ditko, de leurs relations houleuses, de qui a fait quoi, ces observations depuis l'arrière-cour nous rappelle que c'est surtout la combinaison du génie de ces trois auteurs qui a fait de Marvel ce qu'il est. Tout le reste n'est qu'accessoire.

A deux chapitres près, Marvel Age #1000 est quand même une belle parution. Même si Marvel vous déçoit, vous irrite, vous déboussole, c'est là une belle manière de rappeler aussi pourquoi on aime quand même lire leurs comics.

mercredi 31 mai 2023

POWER GIRL SPECIAL #1, de Leah Williams et Marguerite Sauvage, Joanne Starer et Natacha Bustos


Si vous avez lu les back-up stories dans Action Comics #1051-1053, alors vous avez pu apprécier Power Girl Reborn écrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage. Visiblement, cela a convaincu DC de produire ce one-shot d'une cinquantaine de pages avant de donner une série régulière à Karen Starr. En prime, on a un aperçu de l'autre future série Fire & Ice par Joanne Starer et Natacha Bustos, qui paraîtra cet automne.


Omen et Power Girl ont découvert que le responsable des troubles de leurs patients n'était autre que Johnny Sorrow. Mais celui-ci, avec quatre complices du Royaume Subtil, a lancé une attaque de grande ampleur et les deux femmes sont seules à se dresser contre lui.


Power Girl est l'objet de l'attention de Johnny Sorrow qui veut la convaincre de rallier la Terre-2 d'où ils viennent pour la refonder et la diriger. Et pour vaincre cet ennemi qu'elle repousse, Power Girl devra, contrairement à lui, accepter de tourner la page de ce passé et s'ouvrir aux autres comme jamais...


Même si j'ai laissé tomber la lecture d'Action Comics, j'avais pris rendez-vous pour ce Power Girl Special qui fait suite à Power Girl Reborn, que j'avais beaucoup aimé. Leah Williams, à qui on doit l'excellent X-Terminators (chez Marvel), a su s'approprier le personnage de Starr comme peu d'autres auteurs avant elle (hormis le duo Jimmy Palmiotti et Justin Gray, dans un run illustré par Amanda Conner, sur un registre entre comédie loufoque et action).

La scénariste a pour cela tiré profit de l'event Lazarus Planet dans lequel Power Girl, affectée par la tempête magique déclenché par le Diable Nezha, a communié avec la magicienne Omen (ex-membre de Titans). Power Girl Reborn montrait les deux amies ouvrir une sorte de cabinet de psychothérapie pour soigner les maux de super-héros. A la fin du dernier numéro, on comprenait qu'un méchant unique se cachait derrière les troubles des patients et qu'il s'agissait de Johnny Sorrow, un des adversaires de la JSA.

Ce one-shot est découpé en deux parties, dont la plus importante compte une quarantaine de pages qui conclut cette intrigue. On y découvre les motivations de Johnny Sorrow et comment Power Girl va tenter d'en venir à bout. Leah Williams se montre encore une fois inventive pour justifier les agressions du vilain et pourquoi il cible particulièrement Power Girl. Elle traite d'une relation toxique via le prisme super-héroïque en convoquant des figures du tarot, mais aussi des thèmes comme la séparation, le deuil, la famille. Tout ça est formidablement écrit, avec nuance et efficacité, loin de tout cliché, sans manichéisme.

A la fin de ce Special, les cartes sont rebattues pour Power Girl, son association avec Omen, ses liens avec la Super-famille, ses origines. Sur ce point Williams souligne le déracinement de Karen Starr qui vient de Terre-2 et qui dans sa dimension était l'équivalent de Supergirl, avec un rapport spécial avec le Superman de la JSA. Et on comprend pourquoi elle n'a jamais réussi à s'intégrer à la Super-famille sur la base de malentendus jamais formulés et purgés.

De même Johnny Sorrow devient un adversaire particulièrement singulier qui répète un schéma pervers (il avait déjà tenté de contraindre Stargirl par le passé), coincé dans une sorte de boucle narcissique (ancien acteur du muet que l'arrivée du cinéma parlant a ruiné, il veut renouer avec une existence fantasmée). Et tout le contraste repose sur la résilience dont fait preuve Power Girl, sa capacité à surmonter ses propres traumas exploités par Sorrow, ses regrets enfin  digérés.

Le script bénéficie en outre de la mise en images toujours aussi somptueuse de Marguerite Sauvage. Celle-ci assume dessin, ecnrage, et colorisation dans un découpage qui s'affranchit volontiers des cadres bien sages en vigueur dans les comics. Souvent l'artiste favorise l'esthétisme à la fluidité, l'illustration à la narration graphique, créant par ses images une sorte de couche supplémentaire au propos du scénario.

Cela commence dès la première page avec une fausse publicité pour un parfum créé par Johnny Sorrow qui serait capable d'envoûter Power Girl. Plus loin, il suffit d'une page à Sauvage pour résumer à la fois les origines de Power Girl (avec des vignettes occupant toute la largeur de la bande et qui reprennent les motifs de tous les survivants de Krypton) mais aussi pointer du doigt ce qui a distingué l'héroïne. Un admirable raccourci.

Les personnages sont expressifs sans exagération et chaque image correspond à une idée, chaque planche permet de faire progresser visuellement le récit. Et c'est en plus très beau. Quel dommage alors que la future série Power Girl (qui conservera la même scénariste) se passe de Marguerite Sauvage au profit d'Eduardo Pansica (un dessinateur solide mais inégal, et surtout infiniment moins élégant). Pourquoi ?!
 

- FIRE & ICE (Joanne Starer/Natacha Bustos) - Baltimore est sous la menace d'un raz-de-marée mais Fire et Ice interviennent pour sauver des civils. Pourtant, de peur d'être dépassée, Ice contacte Guy Gardner. Lorsqu'il arrive en renfort, la situation se règle, sauf pour Fire qui s'emporte contre le Green Lantern toujours aussi toxique envers Ice...


Cet automne, DC lancera une série (limitée ?) avec Fire et Ice en vedette. Et il est impossible de ne pas voir dans cette initiative la conséquence du regain de popularité de Ice suite à The Human Target de Tom King et Greg Smallwood (même si, comme la majorité des mini-séries publiées sous le DC Black Label, il s'agissait d'un "elseworld").

Joanne Starer (une auteur jusque-là ayant oeuvré dans des projets indés) introduit donc le duo d'héroïnes dans un schéma fidèle à celui de Justice League International et The Human Target : Ice est une jeune femme surpuissante mais timorée tandis que Fire a une personnalité enflammée comme son pouvoir. Entre elles deux, il y a Guy Gardner, qui fut longtemps le petit ami de Ice, mais qui est un parfait abruti possessif et vaniteux. Si Fire n'était pas attirée par les hommes, on pourrait facilement penser qu'elle est amoureuse de Ice - et, comble de l'ironie, aussi jalouse que Guy Gardner.

A la fin de ce petit épisode, Superman propose une solution pour que les deux filles fassent un break en les envoyant à Smallville. Bien entendu, à n'en pas douter, les ennuis vont les suivre. La dizaine de planches dessinée avec une fraîcheur jubilatoire par Natacha Bustos (qui, il n'y a pas si longtemps, était pourtant promue "stormbreaker" par Marvel sans que l'éditeur lui confie la moindre série) donnent très envie de donner sa chance à ce titre en devenir (dans lequel il y a fort à parier que d'autres membres de la JLI feront un tour).

La rentrée sera l'occasion de vérifier l'attrait de ces deux séries, même si, donc, je regrette que Marguerite Sauvage soit remplacée sur Power Girl, et que j'ai été très agréablement accroché par Fire & Ice dont je n'attendais vraiment rien.

vendredi 31 mars 2023

ACTION COMICS #1053, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Ce mois-ci, Action Comics se déleste de sa première back-up story puisque c'est le dernier volet de Power Girl Reborn (qui reviendra dans un n° spécial) par Leah Williams et Marguerite Sauvage et qui sera remplacé le mois prochain par Steel Engineer of Tomorrow. La série-titre continue son intrigue sur un rythme toujours soutenu, tandis qu'on se régale surtout avec Lois & Clark 2 grâce au dessin de Lee Weeks.



- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson/Rafa Sandoval) - John Henry Irons est attaqué par les nécro-drones de Metallo au siège de SteelWorks, mais l'un d'eux est capturé vivant après avoir blessé Supergirl. Metallo comprend, lui, que ce n'est pas sa soeur Tracy qui communique avec lui. Et Jon Kent doit composer avec Otho et Osul alors qu'une manif de Blue Earth a lieu...
 

On n'a pas le temps de s'ennuyer avec l'intrigue concoctée par Philip Kennedy Johnson, construite sur des scènes courtes et rapides, qui multiplient le problèmes pour Superman et sa super-famille, entre les assauts de Mentallo et ceux du mouvement Blue Earth. 

Toutefois, ce morcellement de l'histoire finit par devenir de plus en plus frustrant - est-ce parce que ce découpage rompt avec la tradition des épisodes de 20 pages/mois ? Sans doute. Mais aussi parce qu'on a l'impression d'assister un peu à une sorte de zapping où les personnages n'ont pas le temps d'être creusés, où les événements sont survolés. A surveiller.

En revanche, rien à redire concernant la partie graphique où Rafa Sandoval et son coloriste Matt Herms accomplissent un excellent boulot, très énergique, avec des scènes d'action très percutantes. Mais aussi des moments qui reposent davantage sur les ambiances (entre Metallo et "Tracy"), très intenses. 

C'est solide mais un chouia trop fragmenté.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens/Lee Weeks) - Superman parti secourir Jon, revient en catastrophe à la ferme où Lois est surprise par Lloyd Crayton/Doombreaker. Jon, lui, a disparu avec la princesse Glyanna, reconduite sur P'luhnn par le robot lancé à ses trousses...

On ne va pas se le cacher : même si Lois & Clark 2 n'est pas désagréable à lire, c'est d'abord pour les dessins, somptueux, de Lee Weeks, superbement mis en couleurs par la géniale Elizabeth Breitweiser, qu'on lit ce titre. Encore une fois, la maîtrise de l'artiste pour la narration transcende un script très banal de Dan Jurgens.

L'idée même de revenir sur le séjour des Kent avec leur fils à la ferme (comme au tout début de l'ère Rebirth) donne le sentiment d'une histoire gadget, juste là pour nous rappeler l'adorable gamin que fut Jon Kent (avant que Bendis ne le fasse précocemment vieillir). Jurgens ajoute donc une historiette à cette période, en faisant référence à Doombreaker (créé à l'occasion des 30 de la parution de La Mort de Superman, écrite par... Jurgens - on n'est jamais mieux servi que par soi-même).

J'aurai préféré un exercice moins nostalgique et sentimental - surtout pour Weeks, dont je rêve que Tom King lui écrive une mini-série pour le DC Black Label.


- POWER GIRL REBORN (Leah Williams/Marguerite Sauvage) - Après avoir tenté de traiter Beast Boy et Supergirl, Omen a l'idée de faire appel à Jon Kent pour qu'elle et Power Girl sondent son cerveau. Elles vont y découvrir qui mène ses attaques contre leurs patients...

En revanche, j'aurai bien aimé que se poursuive Power Girl Reborn, modèle de back-up story fondée sur des personnages redéfinis de manière intelligente et une intrigue accrocheuse. Leah Williams a réussi en trois petits épisodes à me captiver avec le duo Omen-Power Girl reconvertis en thérapeutes pour super-héros. L'identité du méchant qui s'attaque à leurs patients pour atteindre PG fait son petit effet et renvoie aux meilleures aventures de la JSA.

Qui plus est, c'est toujours un plaisir de lire les planches merveilleusement belles de Marguerite Sauvage, qui représente les plongées dans l'esprit avec une imagination visuelle débridée et d'une élégance folle. Sauvage mérite vraiment plus de crédit, mais, je ne sais si c'est son choix de ne pas se fixer sur une ongoing ou un manque de confiance des editors qui la sollicitent, elle ne reste jamais suffisamment longtemps pour qu'on profite durablement de son talent.

Cette histoire se poursuivra dans un n° spécial Power Girl, par la même équipe créative, de 50 pages, à paraître fin Mai. Je serai au rendez-vous - en espérant que DC, Williams et Sauvage n'en resteront pas là.

mercredi 1 mars 2023

ACTION COMICS #1052, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Après un excellent début, la nouvelle formule d'Action Comics avec son collège d'auteurs et d'artistes confirme ses bonnes dispositions. L'ensemble des séries proposées est d'un très bon niveau, se lit tout seul, et s'avère un régal à regarder. Tout juste déplorera-t-on le côté un peu trop morcelé de la totalité...


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson, dessiné par Rafa Sandoval.) - Metallo vient de commettre son attentat contre le siège de SteelWorks, blessant au passage Connor Kent. Superman l'envoie dans l'espace. Mais qui détient vraiment la soeur de John Corben ?


Dans sa nouvelle formule, Action Comics accueille donc trois séries et celle qui porte le titre de la revue se taille bien entendu la part du lion. Philip Kennedy Johnson s'est embarqué dans une histoire qui a démarré pied au plancher, avec beaucoup de personnages à gérer. Sans doute trop car on peut déjà constater que la majorité de la Super-family fait de la figuration, s'exprimant peu, ayant peu de place pour agir. Superman, légitimement, occupe le devant de la scène.

Il faudra donc vérifier si le scénariste va rectifier cela sur la longueur, et si ce n'est pas le cas, sans doute le concept retenu risque de devoir être corrigé. Mais il n'empêche que c'est loin d'être désagréable à lire, car toujours mené avec beaucoup de tonus. L'intrigue tisse déjà des liens entre le mouvement Blue Earth (qui s'oppose aux aliens) et Metallo, et disculpe Luthor d'être derrière la détention de Tracy, la soeur de John Corben.

Au dessin, Rafa Sandoval fait un sans-faute. Son découpage est généreux et il est aussi à l'aise dans l'action que dans le dialogue. On distingue bien chaque personnage, et les couleurs de Matt Herms font le reste. C'est un comic-book qui a fière allure.
 

- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens, dessiné par Lee Weeks.) - Jon Kent assiste à l'atterrissage de la princesse Glyanna de P'luhnn non loin de la ferme des Kent. Peu après surgit un exécuteur envoyé par le père de la princesse chargé de la ramener pour qu'elle soit jugée pour trahison...
 
Sans Lee Weeks et la coloriste Elizabeth Breitweiser, reconnaissons qu'on n'aurait pas de quoi s'émerveiller devant les quelques pages de Lois & Clark. Mais le dessinateur, si rare, nous régale avec son trait si élégant et sa collaboratrice habille chaque plan avec une palette d'une classe confondante.

Dan Jurgens nous sert un récit sympathique, qui n'est pas renversant avec sa princesse traquée. Mais le clifhanger final attise notre curiosité.


- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Marguerite Sauvage.) - Omen et Power Girl reçoivent Supergirl qui a un trouble du langage. Le traitement va réveiller les tensions entre les deux Kara mais surtout l'origine de son mal..

J'aime le concept de cette deuxième back-up story et le nouveau cas traité par Omen et Power Girl ce mois-ci est savoureux puisqu'il implique Supergirl. Or, Kara Zor-L (PG) est en quelque sorte une variante de Kara Zor-El (Supergirl), et Leah Williams rappelle avec à-propos que Power Girl n'a jamais été vraiment admise dans la Super-family (puisqu'elle vient d'une Terre parallèle). In fine, on comprend surtout que quelqu'un cherche à s'en prendre à Power Girl via Supergirl et c'est accrocheur.

Marguerite Sauvage (tout comme Sandoval et Weeks) prouve que Action Comics est bien fourni en artistes de qualité puisque ses planches sont merveilleusement belles et entraînantes, avec une mise en couleurs qu'elle effectue elle-même et qui est absolument magique.

BIlan des courses : on aimerait que cette revue compte plus de pages pour que chaque série ait plus d'espace. C'est parfois frustrant, mais c'est aussi bon signe car lorsqu'on en veut plus, c'est que c'est bon. Et de ce point de vue, Action Comics confirme qu'elle est une excellente surprise, impeccablement pensée et éditée.

vendredi 27 janvier 2023

ACTION COMICS #1051, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


On dirait bien que Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Inifnite Earths), va d'abord profiter à Superman. Avant le relaunch de la série qui porte son nom (par Joshua Williamson et Jamal Campbell), Philip Kennedy Johnson, qui s'occupe déjà de la série depuis un moment, inagure avec ce n° 1051 une nouvelle formule. Et le résultat est enthousiasmant.


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson et dessiné par Rafa Sandoval). - Superman a rassemblé toute sa famille à Metropolis en pensant au futur de la ville. Un mouvement de protestation anti-alien, Blue Earth, fait pourtant part de son mécontentement à ce propos.


Et pour ne rien arranger, Lex Luthor, depuis sa cellule de prison, fait chanter Metallo pour qu'il commette un attentat contre le siège de SteelWorks...

Depuis Mars 2021 et le n° 1029, Philip Kennedy Johnson écrit Action Comics et le scénariste a tout de suite marqué les esprits en s'engageant dans une très longue saga dans l'espace confrontant Superman à Mongul sur le Warworld, et l'intégration à son récit de ce que Grant Morrison avait écrit dans sa mini Superman and the Authority.

Le mois dernier, alors que s'achevait 2022, Action Comics #1050 établissait un nouveau statu quo en restaurant l'identité secrète de Superman (révélée lors du run de Brian Michael Bendis - on voit que DC fait vraiment tout pour effacer ce que ce dernier a pu apporter...). Pour ceux qui n'ont pas suivi : Lex Luthor a kidnappé le magicien Manchester Black (qui avait aidé Superman sur le Warworld) pour effacer le souvenir de l'identité civile de Superman des esprits, mais pour ceux qui voudraient quand même tenter de percer ce secret, le sortilège peut les tuer. En l'apprenant, Superman affronte une énième fois Luthor et l'envoie derrière les barreaux, même si son adversaire lui a expliqué avoir fait ça pour lui rendre service.

Avant de se faire arrêter, Luthor avait offert une nouveau corps à John Corben alias Metallo en échange de ses services futurs. Superman, lui, réunit toute sa Super-famille à Metropolis pour des initiatives plus pro-actives et faire de la cité la vraie ville de demain (the city of tomorrow pour the man of tomorrow donc). Il est désormais entouré de Jon, son fils, Kon-El, Kenan Kong (le Superman chinois), Kara Zor-El (Supergirl), Natasha Irons et son père John (Steel), mais également deux orphelins adoptés sur le Warworld, Osul-Ra et Otho-Ra. Et bien sûr Lois Lane, son épouse.

L'arc qui s'ouvre s'appuie sur les dessins de Rafa Sandoval, et les couleurs de Matt Herms, ce qui explique qu'ils aient tous deux quitté si vite la mini-série Black Adam de Christopher Priest. Le résultat est superbe, confirmant les progrès de Sandoval, en qui DC place sa confiance car dessiner Superman est une vraie promotion. L'artiste régale le lecteur avec un découpage dynamique, une gestion parfaite d'un casting étoffé, et une aisance aussi bien dans les scènes calmes que mouvementées.

Kennedy Johnson accroche le lecteur avec une entame nerveuse et dense où le danger vient de toutes parts (le mouvement Blue Earth, Luthor, Metallo). C'est très engageant et le fait de mettre en scène toute la super-famille est une idée enthousiasmante, qui transforme la série en un team-book qui ne dit pas son nom. Je n'avais pas lu la saga du Warworld (seulement des résumés et critiques, applaudissant l'ambition sans cacher son inégalité). Mais là j'ai envie de voir ce que ça donne dans cette configuration.


- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens et dessiné par Lee Weeks). - Dans le passé, après le combat de Superman contre Doombreaker, Lois et Clark repartent d'installer dans la ferme des Kent avec leur fils Jon.


Alors que Batman avertit Superman qu'un éclat de Doombreaker a disparu, il s'avère que c'est Jon qui l'a récupéré pour protéger son père...

D'une certaine manière, il s'agit là encore d'un pied-de-nez adressé au travail de Bendis dont une des décisions narratives les plus controversées a été de vieillir Jon Kent, que tant de lecteurs adoraient comme super-son, partenaire de Robin/Damian Wayne dans la série du même nom et le run de Peter J. Tomasi sur Superman.

Dan Jurgens, qui sait qu'il ne peut revenir sur cet état de fait, désormais exploité par d'autres auteurs (Tom Taylor le premier), situe donc la suite de sa mini-série Lois & Clark dans le passé. Il renoue avec Lee Weeks, qui signait déjà les dessins, et  rien que pour ça, on est heureux de lire ce qui suit.

Pour le trentième anniversaire de La Mort de Superman, DC a publié un one-shot dans lequel il confrontait le man of steel au successeur de Doomsday, le Doombreaker. Je n'ai pas lu ce one-shot, mais j'ai quand même compris cet épisode qui y fait référence à travers un éclat perdu par le monstre et dont Batman craint qu'il tombe entre de mauvaises mains - ignorant que c'est Jon qui l'a récupéré en toute discrétion pour protéger son père.

Toutefois, Jurgens et Weeks introduisent un nouvel élément pour nourrir leur intrigue. Visuellement, soutenues par les couleurs splendides d'Elizabeth Breitweiser, les planches de Weeks sont un enchantement et rappellent que cet artiste n'a pas le crédit qu'il mérite (même si désormais il se consacre aussi à l'enseignement de la narration graphique à la Joe Kubert School).

Quant à Jurgens, s'il est un dessinateur que je n'apprécie pas beaucoup, c'est un auteur bien meilleur et qui dispose d'une marge de liberté avec ce type de récit.
 

- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage). - Suite aux événements de Lazarus Planet, Power Girl et Omen sont psychiquement liées et décident de travailler ensemble pour aider des héros.


Leur premier patient est Beast Boy que son combat contre Deathstroke a traumatisé... 

Action Comics #1051 permet aussi à Power Girl de revenir sous le feu des projecteurs - et c'est heureux puisqu'elle ne fait visiblement pas partie de l'histoire imaginée par Geoff Johns pour sa nouvelle version de Justice Society of America. La plantureuse blonde a souvent été considérée comme la cinquième roue du carosse kryptonien et c'est dommage.

Leah Williams, dont j'ai adoré X-Terminators (qui s'est achevé cette semaine), est aux commandes de cette histoire annoncée en trois parties (visiblement Action Comics va alterner les back-up stories). Il y est question de Lazarus Planet, l'event en cours piloté par Mark Waid et Gene Luen Yang, mais là encore, pas besoin de suivre ça pour comprendre ce qui se passe ici. Il suffit juste de savoir, comme on nous l'explique, que Power Girl, affectée par la magie déployée, et Omen, une membre des Titans, ont noué un lien psychique inattendu qui leur inspire une collaboration.

Ensemble, elles deviennent donc des espèces de thérapeutes pour super-héros traumatisés, ce qui rappelle l'idée initiale (mais hélas ! mal exploitée par Tom King) de Heroes in Crisis. Omen trouve le problème, envoie Power Girl dans le plan astral pour le résoudre. C'est ingénieux, et très bien écrit, avec un premier cas touchant.

Marguerite Sauvage met cela en image avec son style exubérant et si beau. Pour l'occasion, elle a redesigné les costumes de Power Girl (très élégamment, même si je regrette la cape et le body-suit)) et Omen (super classe). C'est toujours un plaisir de lire les planches de Marguerite Sauvage, ça ne ressemble qu'à elle, et elle embellit tout ce qu'ele illustre.

Ce n° est king-size (une cinquantaine de pages), ce qui signifie que la pagination sera réduite ensuite. Mais le sommaire avec une série principale et deux back-ups, embrassant toute la super-famille, avec des équipes créatives d'excellent niveau, rend la proposition très attractive.

mercredi 26 décembre 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #5, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


C'est enfin fini ! La retconla plus inutile et la plus ratée depuis un bail arrive à son terme avec ce cinquième chapitre, sorti avec du retard, mais juste à temps avant le relaunch de la série en Janvier. Bilan sans appel : The Life of Captain Marvel aura été jusqu'au bout une purge totale.


Harpswell, Maine. La tueuse kree appelée sur Terre a pris Joe Jr. en otage pour forcer Marie Danvers, sa mère, à se rendre et être exécutée sur-le-champ comme l'a décidé l'impératrice Pam'a.


Pour éviter d'avoir à combattre Carol et sa mère en même temps, la tueuse utilise ses drones pour diviser l'adversité. Séparée de Mari-Ell, Carol se souvient de sa liaison avec Walt Lawson alias Captain Marv-Ell quand elle était pilote à la NASA.


Elle ignorait alors qu'il était un espion kree et qu'elle ne devrait pas ses pouvoirs au fait qu'il lui transmis les siens en la protégeant du Psyché-Magnétron de Yon-Rogg, mais bien au fait qu'elle-même avait du sang kree par sa mère.


Le plan de la tueuse kree fonctionne puisqu'elle tue Mari-Ell et disparaît en se téléportant. Carol recueille le dernier soupir de sa mère, qui ne regrette rien de sa vie passée sur Terre, convaincue d'avoir élevée sa fille comme sa digne héritière.


Pour Joe Jr. en revanche, la mort de sa mère le résoud à partir vivre ailleurs. Carol prend congé de son ami d'enfance (et prétendant) Lou pour rejoindre les Avengers. Elle se jure d'honorer la mémoire de sa mère en tant que super-héroïne.

Je dédie cette critique à Xavier Fournier qui, pour ceux qui l'ignorent, est le fondateur de "Comic Box", défunt bimestriel consacré à la "culture comics" et dont subsiste maintenant la trace sur une page Facebook. J'ai eu le malheur de commenter son propre avis sur cet épisode en exprimant mon désaccord avec ce qu'il en pensait, et ce charmant personnage m'a en retour traité de "troll de Noël".

Je ne vais pas céder à l'insulte comme il l'a fait - peut-être s'est-il simplement fâché parce que le Père Noël ne lui a pas offert les cadeaux qu'il souhaitait après tout : il faut être indulgent, moi-même j'aurai été déçu et me serai peut-être laissé emporter...

En revanche, je ne passe pas mes nerfs sur qui a l'audace de me laisser un commentaire contraire à ma critique. Mais qu'ai-je dit, au juste, de si polémique ?

Simplement, ma foi, que je trouvais ce cinquième chapitre aussi mauvais que les quatre précédents, qu'il ne s'agissait sûrement pas d'une bonne idée de retcon, que cela ne me semblait pas correspondre avec les origines de Captain Marvel telles qu'utilisées dans le film à venir et que je fondais plus d'esspoir sur la relance de la série par Kelly Thompson. Voyez comme j'ai été méchant...

On pourrait reprendre point par point tout ce qui ne fonctionne pas dans cet épisode : l'aspect hyper-convenu du dénouement (avec la mort de Mari-Ell), le mauvais psychodrame familial employée pour nuancer l'histoire des Danvers, le sort fait à Joe Jr. (otage de la tueuse kree, il disparaît du paysage à la fin sans un mot d'explication à part qu'il souhaite changer de vie - on notera aussi son rétablissement express : au début de ce numéro il est encore en chaise roulante, à la fin il pilote une péniche...), l'absence totale de charisme de la tueuse (qui, elle aussi, se volatilise une fois son job terminé et dont je parie qu'on ne la reverra jamais), le copain d'enfance de Carol qui l'a draguée et qu'elle laisse dans son patelin du Maine sans plus de considération (même pas un petit "je préfère qu'on reste amis, tu comprends, j'ai le monde à sauver avec les Avengers").

C'est incroyablement mauvais, à un point que ç'en est risible. Comment supporter ce récit lent, long, qui veut rendre les origines de l'héroïne moins passives tout en les décalant (Carol tient toujours au final ses pouvoirs d'un accident : le fait que sa mère soit une alien et plus d'un transfert entre elle et Marv-Ell), cette caractérisation à la truelle, ces péripéties lourdingues (n'oublions pas quand même que si la tueuse kree débarque, c'est parce que... Carol a activé par mégarde l'appareil qui l'a appelée ! Mais ça, à la fin, elle ne semble plus s'en rappeler, c'est commode !), cette voix-off qui cherche à donner du liant à des scènes au présent et des flash-backs au bout du compte bien dispensables (mais qui auront permis à Pacheco de fournir ses planches sans trop de retard)... C'est indigeste, c'est médiocre. C'est impossible à défendre : tout est surligné, surjoué.

Visuellement, Carlos Pacheco tire ostensiblement la langue : ses planches ont perdu de leur surperbe alors qu'il s'en tirait bien jusque-là. Il est évident que cinq épisodes, même avec des scènes passées dessinées par une autre, est désormais le maximum qu'il peut enchaîner en conservant un certain niveau de qualité.

La réussite de Pacheco doit aussi au fait qu'il a (enfin) trouvé un encreur capable de respecter son trait en la personne de Rafael Fonteriz, moins rond, moins souple que Jesus Merino à la grande époque, mais très compétent, trés propre (au point que le coloriste en profite pour se faire mousser).

Contre toute attente (alors qu'elle est maintenant l'artiste de la série Archie), Marguerite Sauvage est de retour. Pas pour grand-chose, trois-quatre pages grand maximum, mais très bien.

Je crois avoir bien dit tout ce qui n'allait pas dans ce projet. Surtout c'est son inutilité, du moins son absence de correspondance avec sa version filmée (où tous les trailers ne font aucune allusioon au fait que Carol Danvers serait une hybride mi-humaine, mi-kree), qui frappent. On atteint bien là une forme d'absurdité dans la volonté d'actualiser un personnage. Qu'on puisse être sensible à l'écriture de l'ensemble, bon, pourquoi pas, mais qu'on défende l'intérêt de la manoeuvre, ça, c'est un vrai mystère.

mardi 25 septembre 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #3, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


J'aimerai tant dire du bien de cette mini-série, mais plus j'avance dans cette histoire, plus je suis exaspéré par sa médiocrité. J'irai jusqu'au bout puisqu'il ne reste plus que deux épisodes, mais si la même scénariste, Margaret Stohl, reste aux commandes de la série régulière qui devrait être produite à la suite de The Life of Captain Marvel, c'est la cata. Heureusement, c'est bien dessiné... Mais c'est un maigre lot de consolation.
  

Alors qu'elle a accepté de faire un jogging avec son ami d'enfance, Louis, Carol se remémore une sortie en bateau avec ses parents et lui au cours duquel, prophétiquement, elle avait gagné le surnom de "Captain Shooting Star".


Profitant quelque peu de la confusion de sa partenaire de course, Louis attire Carol à lui pour l'embrasser en lui avouant en avoir toujours amoureux. Mais une sonnerie persistante distrait la jeune femme qui, inquiète, prend congé, tout en promettant à son ami que ce n'est que partie remise.


Dans la grange de leur maison, Carol trouve sa mère manipulant l'appareil qu'elle a trouvé dans les affaires de son père - et qui a attiré sur Terre une guerrière Kree, sans qu'elle le sache encore. Elle s'en débarrasse en le jetant dans la rivière. Puis, seule avec son frère, Carol se rappelle d'un épisode où ils avaient surpris leur père embrassant une autre femme.


En ville, un drone Kree provoque des dégâts et se sépare en plusieurs modules. Carol intervient pour sauver Louis de leurs tirs puis en déduit que sa famille est la prochaine cible. Elle s'envole en direction de sa maison et neutralise les modules.
  

Mais la guerrière Kree sort alors de l'eau et se présente, menaçante, devant chez les Danvers. Carol s'interpose devant sa mère qui, pourtant, assure qu'elle maîtrise la situation. En effet, la voilà revêtue d'une étonnante armure Kree qui déclare que la visiteuse est venue pour elle !

Avant de me fâcher sur le script, défendons ce qui peut l'être dans ce naufrage.

Bien que Marguerite Sauvage signe là ses dernières planches pour la mini-série (elle sera remplacée par Ursula d'Urso, mais Marvel n'a pas expliqué la raison de ce changement), elle se distingue encore par des flash-backs très élégants, qui réussissent à animer le passé de l'héroïne et ses proches dans un style délicat et expressif. J'espère vraiment que cette artiste rebondira sur un projet intéressant avec plus d'espace pour s'exprimer.

Carlos Pacheco continue de produire des pages de très bon niveau. Le dessinateur ibérique a longtemps perdu pied depuis sa rupture avec son encreur Jesus Merino (devenu dessinateur lui aussi, chez DC), et on lui a fourni des partenaires multiples et variés qui jamais ne convenait à son trait souple. C'est désormais réparé avec Rafael Fonteriz dont les finitions n'ont rien d'extraordinaire (au point d'être parfois "grignotées" par la couleur) mais qui respectent Pacheco, le servent avec humilité, l'embellissent, lui rendent sa fluidité.

Grâce à cet apport, Pacheco rend sa meilleure copie depuis des lustres. Et il apporte au récit la bonne distance, le plus souvent intimiste jusqu'à présent, ou avec plus de souffle quand, enfin, l'action devient plus présente. Par ailleurs, sa capacité à représenter une héroïne avec féminité sans l'hyper-sexualiser est très appréciable.

Voilà pour les bons points.

J'entends bien l'intention du projet de The Life of Captain Marvel, qui veut donner à Carol une origin story définitive. Mais le souci, c'est que nous sommes dans une mini-série en cinq épisodes, et qu'au terme de ce troisième, on en a davantage appris sur les parents Danvers que sur leur fille. 

La narration choisie par Margaret Stohl est un autre point délicat. Je serai mal inspiré de dénigrer sa décompression, étant donné que j'apprécie des scénaristes qui la pratiquent volontiers (Bendis, Straczynski...). Mais lorsqu'on sent des longueurs persistantes dans un format de cinq chapitres, c'est quand même embêtant. Une mini-série présente le même défi que la nouvelle littéraire : elle doit être dense et rythmée, apporter un nombre conséquent d'informations et aboutir à des réponses claires et percutantes. En tout cas, à moins de donner dans le contemplatif, pas question de gagner du temps.

Or, c'est justement ce qui m'exaspère chez Stohl, cette impression qu'elle n'a pas assez de matière pour son propos ou qu'elle réserve la meilleure part pour la toute fin. Mais enfin, quel pourrait être ce rebondissement qui rendrait soudain l'affaire palpitante ? Le cliffhanger de cet épisode est certes surprenant, inattendu, mais aussi un peu grotesque (un peu comme si Tante May se présentait à Peter Parker avec un costume d'araignée, révélant ainsi que Spider-Man descend d'une lignée).

Surtout, tout cela intervient au terme d'un épisode encore une fois très insistant sur le psychodrame de Carol. On pouvait reprocher à Bendis de ne pas avoir rendu très sympathique Captain Marvel avec Civil War II en la décrivant comme une héroïne autoritaire (autoritariste même) et entêtée jusqu'au dérapage. Mais Stohl en fait une espèce de bécasse quasi-amnésique (ou en tout cas ayant refoulé beaucoup d'épisodes de son enfance) et qui redécouvre sa vie avec stupéfaction, entre un frère revêche (dont le rétablissement miracle vaut à lui seul son pesant de cacahuètes : le voilà désormais bien conscient, en chaise roulante, un bandeau autour du crâne) et une mère ne cessant d'avouer qu'elle s'est comportée comme ci ou comme ça pour préserver les apparences, garder sa famille unie. Carol gobe tout ça avec une naïveté déconcertante et une indulgence incroyable, ne s'énervant jamais (alors qu'elle a souvent été écrite comme une femme de caractère).

Enfin, The Life of Captain Marvel devait aussi prouver au passage que Carol était bien l'héroïne la plus puissante de la Terre. La première bande-annonce du film Captain Marvel, qui sortira au Printemps 2019, diffusée depuis une semaine, insiste d'ailleurs beaucoup là-dessus (avec aussi en ligne de mire le duel attendu contre Thanos dans Avengers 4). Mais la mini-série n'offre aucune scène d'action - tout juste ce mois-ci quelque drones Kree et l'apparition à Harpswell, Maine, de la guerrière bleue comme avant-goût ! C'est frustrant pour se faire une idée...

Quand on se rappelle les confidences de Kelly Sue DeConnick, auteur du meilleur run de Captain Marvel, ces dernières années, qui avait révélé l'indifférence totale de Marvel pour promouvoir le titre quand elle l'écrivait (l'obligeant à en faire la pub sur les réseaux sociaux par elle-même), ça laisse rêveur. A l'époque, la série bénéficiait d'une scénariste attachée au personnage (et qui avait mis le pied à l'étrier de sa jeune consoeur Kelly Thompson sur la fin) et d'un excellent dessinateur (David Lopez, depuis investi dans un creator-owned en ligne sur PanelSyndicate, le site de Brian K. Vaughan et Marcos Martin), pour des épisodes plein d'humour, d'action... Tout le contraire de cette mini ampoulée, lente, sans queue ni tête.    

samedi 25 août 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #2, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


La biographie de Carol Danvers continue d'être explorée dans ce deuxième épisode de The Life of Captain Marvel. Margaret Stohl s'y montre un peu moins psychodramatique et introduit une menace imminente tandis que Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage se complètent à merveille pour illustrer présent et passé.


Carol Danvers est encore bouleversée par la découverte des lettres que son père, Joseph, adressait à une autre femme que son épouse. Elle se souvient de son enterrement militaire et du vide qu'il laissa malgré son tempérament violent.


Quelque part au Canada. Un vaisseau s'écrase dans le champ de Fletch Rye. Il s'en approche et voit une femme Kree en sortir, indemne. Elle le frappe et lui vole ses vêtements et sa voiture. Carol, elle, se confie à son ami Louis et lui recommande de parler à sa mère de ce qu'elle a trouvé. Ce sera préférable que de garder ça pour elle.


Carol prend donc son courage à deux mains et s'ouvre à sa mère sur la correspondance amoureuse de son père. Surprise : elle savait qu'il était infidèle mais elle le lui pardonnait car elle l'aimait et voulait conserver leur famille intacte.


La femme Kree envoie une sonde à la recherche de sa cible. Carol est abasourdie par l'attitude de sa mère et décide de partir rejoindre les Avengers et reprendre sa vie. Elle s'apprête à le lui annoncer ce soir-là lorsqu'un nouvel événement inattendu se présente.


Joe Jr. se réveille de son état léthargique pour la première fois depuis neuf mois et l'accident qui a failli lui coûter la vie. Carol réveille sa mère. De son côté, la femme Kree sait où est sa cible et se dirige vers Harpswell dans le Maine... Là où se trouve Carol !

C'est en vérité une bien curieuse mini-série que The Life of Captain Marvel : le projet, tel qu'il a été présenté et tel qu'il est développé, ambitionnait de (re)définir les origines de l'héroïne afin que le lectorat fasse mieux connaissance avec Carol Danvers juste avant que le film qui lui est consacrée sorte en salles l'an prochain. Une sorte de lance de rampement avant aussi certainement une nouvelle série régulière.

Pourtant, ce deuxième épisode montre en vérité très peu Captain Marvel elle-même et si Carol Danvers est bien au premier plan, c'est davantage le passé de sa famille qui nous est dévoilé que le sien. Tout cela s'avère très cryptique à ce stade : en quoi le fait de savoir que Joseph Danvers, son père, a eu une liaison avec une autre femme, et que cette infidélité ait été connue de son épouse impacte, autrement qu'affectivement, Carol ? Et en quoi cette découverte reformule-t-elle son statut de super-héroïne (quand tant d'autres justiciers ont du composer avec des événements bien plus traumatisants) ?

L'autre aspect du récit concerne l'arrivée sur Terre d'une guerrière Kree, attirée par un signal déclenchée accidentellement par Carol à cause d'un mystérieux appareil que possédait son père (décidément bien cachottier). Cette partie est plus convenue puisque tout le monde en sait à l'avance la finalité : la créature à la peau bleue qui fait route vers Harpswell, Maine, va en découdre avec Captain Marvel désignée comme "traître". Restera à déterminer la traîtrise en question...

Margaret Stohl est une scénariste qui ne donne donc pas une grande impression de savoir où elle va ou où elle veut nous mener. Nul doute pourtant qu'elle a un plan, un cahier des charges, mais il me semble évident que cette mini-série a tout d'une commande préétablie où l'auteur est juste un scribe. Le fait est que le style est assez transparent, souvent verbeux, avec un recours abondant à la voix-off (bien pratique quand il s'agit surtout de zapper la confession attendue de Carol à sa mère au sujet des secrets de Joseph... Alors que Stohl prend juste avant deux pages pour un dialogue entre Carol et Louis sur la nécessité pour la fille de parler à sa mère !).

Ce n'est pas désagréable à lire pourtant, mais qu'en aurait-il été sans les dessins d'un Carlos Pacheco des bons jours (il a retrouvé un encreur digne de ce nom avec Rafael Fonteriz) et les flash-backs mis en images par Marguerite Sauvage ?

L'espagnol se fend de planches bien pleines, aux compositions impeccables, avec des personnages expressifs : un ouvrage très complet, soigné, élégant. Quand il est à ce niveau, Pacheco ne craint rien et rivalise avec les meilleurs. Sauvage, elle, dispose de peu de place pour s'exprimer mais elle le fait remarquablement en assurant tous les postes (dessin, encrage, colorisation), et j'espère que Marvel saura reconnaître ses mérites une fois cette mini terminée - pourquoi pas en lui confiant toute la partie graphique d'une nouvelle série sur Captain Marvel ?... Mais avec un()e scénariste plus inspirée !

Je le répète, The Life of Captain Marvel n'est pas mauvais, juste un peu plat, prévisible. Ses dessins la hissent à un niveau respectable. Il faudrait juste un peu d'épices pour être davantage captivé...