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dimanche 10 mai 2015

Critique 614 : AVENGERS - NIGHTS OF WUNDAGORE, de David Michelinie, Mark Gruenwald, Steven Grant et John Byrne


AVENGERS : NIGHTS OF WUNDAGORE rassemble les épisodes 181 à 187 du premier volume de la série, écrits par David Michelinie (# 181-184) avec Mark Gruenwald et Steven Grant (pour l'intrigue des # 185-187) et dessinés par John Byrne, publiés en 1979 par Marvel Comics.
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- Avengers # 181-184 (Histoire et dialogues de David Michelinie, dessins de John Byrne) - En rentrant au manoir des Avengers après une séance au cinéma, Wonder Man et le Fauve sont attaqués par le nouveau système de sécurité de la demeure, installé par Scott Lang (un employé de Tony Stark).
Une réunion est organisée par Henry Peter Gyrich, l'agent de liaison du gouvernement qui est présent pour annoncer aux Avengers que, s'ils veulent conserver leurs privilèges, leur groupe ne doit plus compter que sept membres, choisis par l'administration en place. 
L'équipe sera donc composée de Iron Man, la Vision, Captain America, Scarlet Witch, le Fauve, la Guêpe et (surprise) le Faucon (ce qui provoque la colère de Hawkeye).  
Très vite, ils sont attaqués par une force extérieure qui s'en prend psychiquement à Quicksilver puis Scarlet Witch. Leur adversaire est localisé grâce à sa signature énergétique par Jocaste, l'androïde, et se révèle être un vieux gitan qui déclare être le père de Pietro et Wanda (dont la généalogie a toujours été incertaine).
Au terme d'une brève bataille, ils acceptent de le raccompagner en Transie dans l'espoir dans apprendre plus.
Peu après, Clint Barton croise la route de l'Homme-Absorbant en cavale et cherche à l'arrêter. Leur affrontement dégénère vite et les Avengers viennent à sa rescousse. Au terme d'une lutte qui cause beaucoup de dégâts sur les docks, les héros échouent pourtant à capturer leur adversaire qui voulait gagner l'Amérique du Sud à bord d'un cargo en ayant pris une jeune femme en otage.

- Avengers # 185-187 (Histoire de Mark Gruenwald et Steven Grant, dialogues de David Michelinie, dessins de John Byrne) - Wanda et Pietro ont gagné la Transie avec Django Maximoff, le vieil homme russe qui prétend être leur père. La nuit venue, dans l'auberge où ils se sont arrêtés, Wanda reçoit la visite du mystérieux magicien Mordred, prêt à lui révéler toute la vérité sur son passé familial. Mais c'est un piège car cet inconnu sert une entité malfaisante en provenance du mont Wundagore voisin et en relation avec les expériences du Maître de l'Evolution. Lorsque Quicksilver découvre la disparition de sa soeur, ils alertent les Avengers.

Alors que Panini Comics vient de republier une partie de ces épisodes dans la nouvelle version de sa revue Marvel Classic (les épisodes 181-182 et 185-188. Pour trouver les épisodes 183-184, il faut se procurer l'Anthologie Nous sommes les Avengers, publiée pour profiter du film Avengers : l'ère d'Ultron), je me suis procuré ce recueil pour relire ces histoires découvertes, il y a bien longtemps dans un double album chez Arédit.

L'intérêt principal de cette saga est d'avoir clarifié pour la première fois les origines familiales de Scarlet Witch (Wanda Maximoff) et Quicksilver (Pietro Maximoff), et il est intéressant de s'y replonger au moment où Rick Remender dans sa série Uncanny Avengers procède à leur remaniement (plus motivé, semble-t-il, pour enquiquiner la Fox que pour des considérations artistiques puisque le studio, qui exploite les mutants au cinéma, empêche les studios Marvel d'utiliser le terme "mutants" dans la franchise Avengers sur grand écran). 

Toutefois, avant d'en arriver au coeur de l'album, David Michelinie, seul aux commandes, a le temps de développer une première intrigue aussi instructive et palpitante quand il met en scène Henry Peter Gyrich forçant les Avengers à réduire leur nombre pour continuer d'agir dans la légalité.
Déjà, à cette époque (mais en vérité, c'est comme ça depuis toujours), on pouvait constater que l'équipe accueillait tout le monde et que sa composition variait régulièrement. La chose amusante réside dans le fait qu'à peine reconfiguré, le groupe évolue tout de suite puisque Scarlet Witch est neutralisée, puis que Hawkeye a droit à un dernier coup d'éclat dans la bagarre contre l'Homme-Absorbant à laquelle participe Ms Marvel, avant que la Vision soit obligé de rester de garde et que Wonder Man le supplée sur le terrain. Bref : essayer de figer les Avengers dans leur nombre est impossible, il y en a toujours un qui traîne avant de partir, un autre qui déclenche une baston avec un fugitif, un autre qui doit rester à la maison...
Michelinie s'en amuse volontiers quand, excédé, Captain America téléphone au Président des Etats-Unis afin que les Avengers puissent porter secours à Quicksilver en Transie.

L'affrontement avec Carl Creel (l'Homme-Absorbant) est spectaculaire et fondé sur des motivations atypiques pour cet adversaire (il veut fuir pour refaire sa vie loin du bandistime). Et les relations entre les héros sortent elles aussi de l'ordinaire (comme lorsque Jocaste tente de trouver du réconfort auprès de la Vision qui a la tête ailleurs, ou que Hawkeye exprime son amertume d'être exclu du groupe après l'avoir loyalement servi, jaloux aussi d'être remplacé par un débutant sans pouvoir comme le Faucon). Michelinie réussit à animer tout cela en peu de pages, via des scènes rapides mais souvent touchantes (même si Janet Van Dyne reste l'archétype de la femme soumise à son compagnon Hank Pym, à qui elle promet des retrouvailles torrides quand elle le retrouvera après chaque mission pendant que lui passera son temps dans son laboratoire). 

Puis, donc, on arrive au plat de résistance du recueil et à une redistribution des rôles : Michelinie se "contente" de dialoguer les épisodes 185 à 187 sur une intrigue de Steven Grant et (surtout) Mark Gruenwald (bien connu pour avoir été un scénariste et un editor très au fait de la continuité Marvel pendant une dizaine d'années). Le but des auteurs est clair : il faut définir les origines de Wanda et Pietro, rattachées jusqu'ici à deux personnages du Golden Age, Miss America et the Whizzer.

Evidemment, aujourd'hui, tout amateur des comics Marvel lie Scarlet Witch et Quicksilver au mutant Magnéto, mais cette parenté n'a été établie qu'après ces épisodes (et à nouveau modifiée récemment). Gruenwald et Grant mêlent donc à cette histoire généalogique une bonne dose de magie, d'aventures, et d'action dans un cadre exotique (un pays fictif d'Europe de l'Est, décrit avec force clichés), avec comme figurants des personnages et des éléments au diapason (le Maître de l'Evolution, Mordred, l'ouvrage de magie noire Darkhold).

Même si la représentation de l'univers gitan et un dénouement mélodramatique à l'excès suscitent des sourires ironiques, le récit se déroule sur un rythme soutenu et l'équipe d'Avengers, même si leurs pouvoirs sont moyennement bien exploités (à l'image de Ms Marvel, qui ne sert vraiment pas à grand-chose), agit avec efficacité. On trouvera même dans ces chapitres la base de sagas futures comme celles que développeront John Byrne (dans son run des West Coast Avengers, avec l'arc Darker than Scarlet) et Brian Michael Bendis (avec la saga House of M), à partir des névroses de Wanda. 

Les dessins sont signés par John Byrne qui officiait à l'époque aussi sur Uncanny X-Men (écrit avec Chris Claremont). On peut légitimement considérer sa prestation comme un document rare puisque celui qui a tellement brillé chez Marvel n'a illustré qu'exceptionnellement les Avengers (il les mettra en scène ensuite, mais de manière secondaire, lors de son run sur Fantastic Four) alors qu'il aurait pu en être un des grands artiste.

Sa prestation est magistrale, avec un découpage très énergique, des compositions très vigoureuses (remarquablement mises en valeur, évidemment, dans les scènes de combat - le sommet étant atteint lors de la bagarre contre l'Homme-Absorbant).
La capacité de Byrne pour camper n'importe quel personnage, découper de façon claire et tonique chaque instant, informer visuellement le lecteur sans le noyer de détails, reste un modèle du genre. Il s'offre même de purs morceaux de bravoure (comme lorsqu'il s'agit de montrer tous les Avengers convoqués par Gyrich autour d'une table, ou quand l'Homme-Absorbant devient un géant après avoir pompé la puissance d'un cargo, ou quand Wanda est possédée par Chton).

La surprise vient de l'encrage où il ne bénéficie pas de son complice Terry Austin, mais d'abord de Gene Day (honnête mais sans plus) puis de Klaus Janson (sur le # 182) : celui qui n'assistait pas encore Frank Miller sur Daredevil offre un coup de main étonnant mais convaincant, avec des effets sur les lumières et les textures remarquables. Puis Dan Green réalise les finitions pour la suite, avec beaucoup de soin. 

Plus de 35 ans après leur parution, ces épisodes ont conservé une force et une fraîcheur intactes, leur narration demeure un exemple de fluidité et de densité, bien loin des modèles actuels, avec un graphisme percutant et élégant à la fois. Parfait donc pour les nostalgiques du Silver Age mais aussi assurément encore très impressionnant pour ceux qui découvriront cette saga.

samedi 8 octobre 2011

Critique 270 : SPIDER-MAN - ONE MOMENT IN TIME, de Joe Quesada et Paolo Rivera



The Amazing Spider-Man : One Moment In Time rassemble les épisodes 638 à 641 de la série, écrits par Joe Quesada et dessinés par Joe Quesada et Paolo Rivera, publiés par Marvel Comics en 2010. L'épisode 638 contient des extraits d'Amazing Spider-Man Annual 21, écrit par Jim Shooter et David Michelinie et dessiné par Paul Ryan, publié en 1987.
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Au lendemain de Civil War, après qu'il se soit démasqué publiquement, suivant le conseil de Tony Stark/Iron Man (prônant à l'époque un recensement de tous les individus masqués), Peter Parker/Spider-Man prend parti pour le camp des résistants au "registration act", mené par Captain America. La défaite de ce dernier et son arrestation oblige le Tisseur à vivre dans la clandestinité. Malheureusement, le Caïd sait maintenant qui il est et engage un tueur pour l'assassiner. Mais c'est sa tante May qui est gravement blessée. Désespéré, Parker demande son aide à Stark (qui la lui refuse puisqu'il ne veut plus se faire recenser) puis au Dr Strange (qui, lui aussi contraint à la clandestinité, ne pense pas pouvoir secourir May Parker). Méphisto apparaît alors et propose à Spidey de tout arranger. Mais en échange, Peter doit sacrifier son mariage... Mary-Jane Watson marchande avec le diable les finalités de ce pacte : elle consent à "vendre" son mariage mais Méphisto promet de ne plus importuner Peter.

Aujourd'hui, les anciens époux, les seuls à ne rien avoir oublié de ce qui s'est passé avant leur négociation avec Méphisto, font le point, et Peter révèle à MJ comment il a réussi à faire oublier à tous les autres qu'il était Spider-Man, tandis que la jeune femme avoue pourquoi elle ne peut plus vivre avec lui comme épouse...
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En 2007, l'éditeur Joe Quesada commande au scénariste J. Michael Straczynski, en charge de la série Amazing Spider-Man, d'effacer le mariage de Peter Parker et MJ Watson. JMS, qui pilote (avec de moins en moins de liberté - à cause du succès du comic-book et de ses adaptations cinématographiques) la série depuis six ans, n'apprécie pas mais obtempère tout en le faisant savoir publiquement : cette histoire sera la dernière qu'il signera tout en reniant le dénouement, et peu après, au bout d'une quinzaine d'épisodes de Thor (qu'il a relancé avec la même réussite), il finira par claquer la porte de chez Marvel, excédé par le dirigisme de Quesada et ses plans pour le dieu du tonnerre (amené à être au coeur de la saga Siege).

Spider-Man sort de l'arc One more day profondèment changé : le mariage est effectivement effacé, Parker à nouveau célibataire et tirant le diable par la queue, collectionnant les aventures sentimentales. Editorialement aussi, le titre est métamorphosé sous l'impulsion de Steve Wacker (débauché de chez DC où il avait orchestré le feuilleton hebdomadaire 52) : désormais trois épisodes sortent par mois avec des scénaristes et des dessinateurs qui se relaient (en moyenne) tous les trois épisodes (la quatrième semaine du mois est dévolue à des épisodes bouche-trou). Commercialement, c'est un succès. Artistiquement, c'est plus mitigé : la qualité des intrigues est très variable, graphiquement c'est très inégal, de nouveaux personnages (bons ou méchants apparaissent), la plupart sans s'imposer, puis des vilains classiques resurgissent, parfois revampés (souvent plus violents)... Une centaine d'épisodes sont proposés ainsi en trois ans.

Mais les lecteurs ne savent toujours pas comment le monde a oublié que Parker était Spidey (entre autres surprises délivrées par un Méphisto apparemment facétieux). L'initiative narrative de Quesada a d'ailleurs dès le début suscité une féroce controverse et déclenché un schisme parmi les fans : pour les uns, il s'agissait d'un affront supprimant vingt ans de continuité (le mariage avait eu lieu dans le 21ème Annual de la série, en 1987) ; pour les autres, c'était un moyen de renouer avec un héros devenu trop adulte, avec des ajouts à sa mythologie (le lien totémique de ses pouvoirs, imaginé par JMS).

Joe Quesada a donc pris sur lui de nous révèler enfin la clé du mystère, espérant sans doute calmer tout le monde avant de relancer une nouvelle fois la série (qui paraîtra désormais à un rythme bimensuel - deux fois par mois donc - avec un seul scénariste - Dan Slott - et un artiste régulier - Humberto Ramos, plus quelques renforts occasionnels).

Le résultat est, disons-le tout net, poussif et échoue lamentablement à apaiser la situation. Certes, quatre épisodes, ce n'est pas beaucoup, sauf qu'il s'agit de quatre chapitres volumineux (44, 30, 26 et 44 planches) pour nous expliquer comment Parker a failli faire capoter son mariage la première fois (à cause d'un complice d'Electro, qui reviendra par la suite l'embêter régulièrement à des instants cruciaux), puis revient sur le quasi-trépas de tante May, révèle comment MJ a obtenu que Méphisto lâche Spidey et, enfin, comment le Tisseur a convaincu le Dr Strange (soudain beaucoup moins scrupuleux que lorsqu'il s'agissait d'aider May...) d'effacer de la mémoire de tous sa double identité (avec l'aide de Tony Stark et Red Richards - qui ont oublié pour la peine leurs différents avec l'ex-sorcier suprême...).

A aucun moment Quesada ne parvient à nous émouvoir ou nous captiver en nous dévoilant ces coulisses si décisives dans le destin de Spider-Man : c'est raconté avec un cruel manque de rythme, des justifications alambiquées, des rebondissements grotesques (ah, le complice à deux balles qui réapparaît providentiellement pour emmerder ou valoriser le héros). Bien entendu, à la fin, MJ et Peter se sont tout dit et embrassés une dernière fois, se jurant de rester amis, mais l'insistance avec laquelle Quesada refuse leur union ne fait que souligner le pathétique avec lequel il tente de nous convaincre que c'est mieux ainsi.
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Graphiquement, ces épisodes sont également inégaux en qualité. Le dialogue entre MJ et Peter est illustré par Joe Quesada (encré par Danny Miki et mis en couleurs par Richard Isanove) : les gros plans sont très beaux, très expressifs, mais dès que le cadre s'élargit, des erreurs de proportions étonnantes apparaissent, typiques d'un dessinateur qui ne pratique plus régulièrement.
Les scènes issues de l'Annual 21 font lourdement leur âge (on se demande d'ailleurs pourquoi ce n'est pas John Romita Jr qui l'a réalisé à l'époque) : le trait de Paul Ryan et l'encrage de Vince Colleta sont, à l'image du scénario de Jim Shooter (scripté par David Michelinie), datés.
Il reste les séquences intermédiaires mais finalement les plus abondantes dessinées, encrées et mises en couleurs par Paolo Rivera, qui sont un vrai bonheur pour les yeux et témoignent d'un souci remarquable dans leur élaboration (Rivera travaille d'après photo et accumule les croquis avant de finaliser ses planches). Son style évoque à la fois John Romita Sr et Mike Zeck, une belle ligne claire (un peu livrée à elle-même hélas ! dans la dernière partie se déroulant dans le plan astral, dénué de décors).
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Parfois joli mais très creux et artificiel, OMIT est bien la preuve qu'un caprice d'éditeur peut endommager profondèment une série, quand bien même le responsable s'évertue à colmater les brêches par la suite : c'est une saga qui ne résout rien, ou en tout cas pas de manière satisfaisante. Dommage.