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vendredi 2 novembre 2018

JUSTICE LEAGUE DARK & WONDER WOMAN : THE WITCHING HOUR #1, de James Tynion IV, Jesus Merino, Fernando Blanco et Miguel Mendoça


The Witching Hour, le crossover entre Justice League Dark et Wonder Woman, s'achève avec ce numéro, au terme d'un mois de publication. James Tynion IV ne m'a guère convaincu avec cette histoire poussive et il devait donc profiter d'une pagination plus importante pour tenter de conclure en beauté. Hélas ! ce n'est pas le cas. D'autant que graphiquement le propos est desservi par pas moins de trois dessinateurs auxquels on semble avoir donné des planches à la courte paille...


Le sort lancé par John Constantine contre Wonder Woman a échoué à la libérer de l'emprise de Hécate. L'amazone est même devenue le principale véhicule de la magie maléfique et réformatrice de la déesse. Nanda Parbat se transforme en nécropole géante, le Parlement des Arbres est devenu celui des fleurs et le bar Oblivion n'a plus ni entrée ni sortie.


Sur la lune, Diana plonge dans un lac au fond duquel elle rencontre les deux autres incarnations de Hécate qui lui expliquent l'origine de sa furie actuelle. Matérialisation primordiale de la magie, elle a assisté à la naissance des divers panthéons et contenu l'Homme Inversé dans sa dimension. Pour intégrer l'Olympe, elle s'est ensuite donnée à Hadès.


Mais inquiets de sa puissance, les Dieux la bannirent sur la lune et Hadès s'unit à Perséphone. Folle de chagrin, elle jura de se venger et choisit cinq femmes qu'elle marqua pour, le moment venu, semer le chaos et réécrire la magie. Parmi elles : Manitou Dawn, Black Orchid, Witchfire et Wonder Woman.


Circé rapatrie Swamp Thing, Constantine, Zatanna, Chimp, Man-Bat mais aussi Deadman, Black Orchid, Manitou Dawn (toutes deux délivrées de l'emprise de Hécate), Traci Thirteenn, Nightshade et l'Enchanteresse, sur son île. Pour abattre la déesse, elle leur conseille de tuer Wonder Woman afin de sauver la magie.
  

Après avoir défié l'amazone et fait appel à ce qui lui restait de générosité, Zatanna ouvre sur son ordre la porte à l'Homme Inversé qui dévore Hécate puis est aspiré à nouveau dans sa dimension. L'Heure de la Sorcière est terminée. Mais Zatanna s'interroge encore : qui est la cinquième femme marquée par Hécate ?

Autant le dire simplement et directement, ce qui manque totalement à James Tynion IV et à sa Justice League Dark, c'est... La magie. La magie comme pouvoir, comme argument, comme enjeu, mais aussi la magie comme inspiration. Le scénariste, qui déclarait pourtant en démarrant la série que c'était le projet dont il rêvait depuis toujours, s'avère incapable d'insuffler de la magie dans ce qu'il veut raconter.

Cet épilogue est épouvantablement verbeux et, en un sens, c'était inévitable car Tynion IV devait en passer par des explications, nécessaires pour justifier la colère de Hécate, la corruption (pourtant sans rapport apparent) du Dr. Fate, et le marquage de Wonder Woman. Entre deux scènes de destruction massive et de possession maléfique (au design particulièrement moche), on a donc droit à de vrais tunnels de texte entre Wonder Woman et les deux autres parties de la déesse Hécate dans les tréfonds de la lune.

La justification trouvée par le scénariste est confondante de banalité : toute cette ire a été motivée par un gros chagrin amoureux. C'est donc une histoire de déesse magicienne trahie par les dieux grecs et Hadès en particulier qui est à l'origine de sa revanche. Le problème (et il n'est pas mince), c'est que, évidemment, comme Hécate nous a été exclusivement montrée comme une abominable furie depuis les début, on n'a aucune empathie pour sa condition. Et sa vengeance devient plus pathétique que captivante ou émouvante.

A dire vrai, et pour parler cru, elle nous emmerde, cette déesse plus geignarde que supérieure (alors même qu'elle est censée être une force primordiale, ce qui aurait dû la doter d'une certaine sagesse, ou, au moins, d'un peu plus de recul). Par ailleurs, comment comprendre qu'elle ait attendu tant de temps pour se défouler ? A croire qu'elle se réservait pour la JLD !

L'issue de la bataille est grotesque puisque Wonder Woman, incontrôlable, trouve soudainement face à tous ses amis les ressources nécessaires pour se ressaisir in extremis avant de ravager la Terre entière et réécrire la magie. C'est beau et subtil comme un éléphant dans un magasin de porcelaine... Le rebondissement est si mal amené, la conclusion si vite expédiée qu'on reste pantois. Quant au cliffhanger de la dernière page (avec la révélation de l'identité de la cinquième femme marquée par Hécate), s'il est un peu plus efficace, il reste très convenu.

Comme je l'écrivais plus haut, les dessins sont incompréhensiblement distribués. On croirait que chaque page a été confié aux trois dessinateurs sans aucune direction, comme si les feuilles du script avaient étaient jetées en l'air et que chacun les avait ramassées puis découvert ce qu'il allait illustrer.

On passe sans transition de Miguel Mendoça (le plus faible du lot, même s'il ne s'économise pas) à Jesus Merino à Fernando Blanco. Les trois dessinateurs n'ont pas grand-chose en commun visuellement, ce sont de bons professionnels, des techniciens solides, mais placés dans des conditions impossibles pour produire quelque chose d'un tant soit peu personnel.

A cette loterie, Blanco est peut-être celui qui s'en sort le mieux (même s'il mériterait bien mieux que ce rôle de doublure depuis la fin de Batwoman) parce que, tout simplement, il ne cherche pas à coller aux deux autres et délivre des images à la fois élégantes et intenses. Mais le problème demeure : on n'a pas le temps de savourer sa prestation car déjà on passe à un de ses partenaires et que le récit part dans tous les sens, tantôt très dialogué, tantôt privilégiant l'action.

Quelle qu'ait été l'ambition de ce crossover, on n'a obtenu qu'une histoire malade, boursouflé, au rythme aléatoire. La JLD ne fait jamais étalage de sa puissance magique (qui est hypothétique telle quelle, alors que Zatanna en fait partie), Wonder Woman voit son historique alourdi d'un énième secret dispensable. Il faudra à James Tynion IV du ressort et beaucoup plus de conviction pour rattraper ces débuts calamiteux. 

samedi 27 octobre 2018

WONDER WOMAN #57, de James Tynion IV et Emanuela Lupacchino - THE WITCHING HOUR, PT. 4


C'est le quatrième et pénultième chapitre du crossover The Witching Hour qui se présente dans les pages de Wonder Woman #57, avec à nouveau aux commandes James Tynion IV et Emanuela Lupacchino. La fin de Justice League Dark #4 voyait l'amazone sous l'emprise totale de la déesse Hécate qui lui commandait de tuer ses amis. Le scénario donne toujours la part belle au grand spectacle et, enfin, à une riposte magique des héros...


Wonder Woman se réveille sur la Lune aux côtés du spectre de Witchfire qui lui explique que c'est ici que Hécate garde les âmes de celles qu'elle a marquées pour refaçonner le monde à son image par la magie. Ce qui signifie, autrement dit, que Diana continue de se battre physiquement sur Terre, à Nand Parbat contre ses amis.


Témoins de la destruction qu'elle sème, Zatanna et John Constantine sont impuissants face à la force de Diana possédée par Hécate et se cache. Zatanna compte pourtant sur Constantine pour répliquer mais il lui révèle être atteint d'un cancer incurable et que son état a empiré depuis son affrontement contre l'Homme Inversé qui a empoisonné son sang démoniaque.


Cependant, Chimp et Man-Bat ont, avec Deadman, évacué les moines de Nanda Parbat dans ce qui reste du bar Oblivion. Manitou Dawn les y retrouve, déterminée à les tuer, lorsque Nightshade, l'Enchanteresse et Traci Thirteen surgissent de la dimension des ombres, où elles s'étaient réfugiées, pour la maîtriser.


Swamp Thing, de son côté, tente, en vain, de stopper Black Orchid qui ravage le Parlement des Arbres. Constantine et Zatanna n'ont pas le choix : le monde est en train de s'effondrer sous les assauts des disciples de Hécate. Ils sortent de leur cachette et défient Wonder Woman.


Zatanna fait diversion pendant que Constantine délivre un sort en invoquant la magie terrestre encore intacte. Ainsi l'emprise de Hécate sur Manitou Dawn et Black Orchid faiblit. Pour Wonder Woman sur la Lune, l'effet est plus inattendu et dramatique puisque Witchfire pense qu'elle est réellement morte désormais !

James Tynion IV ne cesse de me plonger dans des abîmes de perplexité : où veut-il en venir au juste ? Depuis qu'il a abandonné le Bat-univers pour s'investir dans le monde de la magie avec la Justice League Dark - qu'il présentait comme "le projet de [mes] rêves" - , force est d'avouer qu'il enchaîne des épisodes avec bien peu de magie. Du moins émanant de ses héros.

Si l'objectif est d'opposer un groupe de personnages dysfonctionnel et au potentiel limité dans ce domaine face à des menaces d'ampleur, c'est réussi, rien à redire. Mais on peut émettre quelques doute lorsqu'on choisit des protagonistes tels que Zatanna (la magicienne la plus puissante du DCU), John Constantine (le détective du surnaturel avec du sang de démon) ou même Chimp (ancien membre du défunt Shadowpact).

Tout se passe néanmoins comme si Tynion IV était en quelque sorte empêché par la vedette de sa série, celle dont la popularité permet à sa série d'être exposée, en l'occurrence Wonder Woman. L'amazone est, pour chaque scénariste, comme une page blanche (alors qu'elle est là depuis quasiment aussi longtemps que Superman et Batman) : chacun lui ajoute des secrets, des cadavres dans le placard, des pouvoirs insoupçonnés. Comme un chantier en perpétuels travaux. Ici, donc, elle est l'arme de Hécate, marquée depuis l'enfance par la déesse de la magie.

On s'étonne donc qu'il ait fallu, toutes séries confondues, six épisodes avant de voir Zatanna et Constantine lancer un sortilège contre un adversaire... Qui se trouve être leur amie Wonder Woman ! La situation ne manque pas d'interroger. D'autant que si elle satisfait d'un côté, elle souligne des manques de l'autre - Chimp ne fait toujours pas grand-chose, Man-Bat ne sert vraiment à rien, et Swamp Thing (pourtant une des entités les plus puissantes du DCU) est écarté d'un revers de la main par Black Orchid. Cette Justice League magique n'impressionne guère tant elle est ballottée ou passive.

Visuellement, par contre, Tynion IV profite à plein de dessinateurs très efficaces : Emanuela Lupacchino fait ici ses adieux à Wonder Woman (puisque le mois prochain, la série de l'amazone aura une nouvelle équipe artistique avec G. Willow Wilson au scénario et Cary Nord au dessin). Ses planches sont plein de tonus, elle ne cherche pas à épater la galerie mais livre une copie très propre et efficace.

Le point fort de l'italienne est dans l'expressivité des personnages grâce à son trait rond, bien servi par l'encrage de Ray McCarthy, qui donne une sorte de légèreté à l'aventure. Zatanna y apparaît moins inquiète que mutine et son duo avec Constantine fonctionne à plein (signe qu'il faut l'intégrer à plein temps dans l'équipe). Avec des seconds rôles qui n'ont pas grand-chose à jouer, comme Chimp et Man-Bat, elle joue sur leurs grimaces, leurs faciès, tirant leur apparition vers la comédie, ce qui est un peu déroutant dans cette ambiance de fin du monde mais malin pour les rendre plus mémorables.

Le cliffhanger est convenue puisqu'on sait bien qu'il ne saurait être question de tuer Wonder Woman. Tout en étant laborieux et peu inventif, ça se lit tout de même bien. Mais avec ce casting, cette intrigue, cet univers, on aimerait que ce soit mieux que "bien".

jeudi 18 octobre 2018

JUSTICE LEAGUE DARK #4, de James tynion IV et Alvaro Martinez - THE WITCHING HOUR, pt. 3


La troisième partie du crossover The Witching Hour se poursuit cette semaine dans les pages de Justice League Dark. Et James Tynion IV en profite (enfin !) pour passer à la vitesse supérieure. Il peut s'appuyer sur une nouvelle prestation exceptionnelle d'Alvaro Martinez au dessin. Et si tout n'est pas encore parfait, il est indéniable qu'on assiste à un redressement appréciable de l'intrigue et de l'emploi de l'équipe.


Grâce à la magie que Hécate a placée en elle, Wonder Woman ouvre un portail spatial dans lequel elle s'engouffre, suivie de Deadman, Man-Bat, Swamp Thing, Chimp, John Constantine et Zatanna. Ils débarquent à Nanda Parbat.


La cité mystique est en feu à cause de Manitou Dawn, sous l'emprise de Hécate. La déesse Rama-Kushna, protectrice de l'endroit, interpelle son agresseur sur les raisons de son geste tandis que Zatanna ordonne à Chimp et Man-Bat d'évacuer les moines. Wonder Woman s'envole pour défier la mère de la magie.


Deadman convainc Rama-Kushna de prendre la fuite. John Constantine et Zatanna observent l'affrontement entre Wonder Woman et Hécate alors que Swamp Thing s'enfonce dans les entrailles de la Terre pour préserver le Vert, la force végétale dont il est le gardien, qui risque d'être atteint par la magie déployée.
  

Mais il découvre vite que Hécate joue sur plusieurs tableaux : Black Orchid est sa troisième (après Manitou Dawn et Wonder Woman) femme qu'elle a marquée et, devant le Parlement des Arbres, elle s'apprête à détruire ce sanctuaire sacré.


Manitou Dawn part à la poursuite de Rama-Kushna. Hécate somme Wonder Woman de lui obéir. L'amazone chute lourdement et Zatanna et Constantine s'approchent pour la relever. Mais elle est à son tour sous l'emprise de Hécate qui lui ordonne de tuer ses amis...

La variant cover de Greg Capullo.

Depuis le début de ce crossover, et de la série Justice League Dark, j'ai reproché à James Tynion IV de manquer de souffle pour raconter une histoire dont les menaces étaient présentées comme très puissantes. Ce troisième chapitre de The Witching Hour corrige de manière probante ce défaut, même s'il échoue par ailleurs à rectifier toujours le tir sur d'autres points.

Dès les premières pages, on est saisi par le cadre de l'action : Alvaro Martinez nous gratifie d'une pleine page sur la cité de Nanda Parbat vraiment spectaculaire et on sait alors que l'épisode va être riche en action. Il était temps mais on en a pour son argent. Le dessinateur espagnol affiche une nouvelle fois son grand talent pour fournir des pages explosives et toujours élégantes. L'encrage de Raul Fernandez et la colorisation de Brad Anderson ajoutent au plaisir visuel qui rappelle que JLD est sans doute une des séries les mieux loties graphiquement actuellement chez DC.

Le récit évidemment se passe cette fois de scènes explicatives et trop dialoguées : la lutte qui oppose Manitou Dawn aux moines puis l'apparition, grandiose (avec une influence manifeste de Jim Steranko), de Rama-Kushna et enfin l'intervention de Wonder Woman contre Hécate sont autant d'occasions pour montrer qu'on n'est pas là pour palabrer.

Il ne s'agit pas seulement d'épater la galerie avec des destructions massives, des rafales d'énergie ou des figurations énormes. Tynion IV se montre habile pour ponctuer le conflit à l'oeuvre d'à-côtés comme l'évacuation des moines, le rappel du lien unissant Deadman à Rama-Kushna ou de Swamp Thing avec le Vert.

On déplorera juste une fois de plus que Man-Bat ne serve à rien, à part voler en tout sens et exprimer sa sidération, et que la seule intervention de Chimp soit de se servir de l'épée de feu Nightmaster pour ouvrir une sorte de corridor humanitaire magique permettant l'évacuation des moines, de Deadman et Rama-Kushna. Le détective chimpanzé et le scientifique de l'équipe ont vraiment du mal à exister même si le scénariste les a semble-t-il choisi pour créer des éléments de contraste dans une formation magique. Mais entre le plaisir de Tynion IV à récupérer ces personnages et leur utilité réelle, il y a un gouffre qui ne cesse d'interroger.

De manière générale d'ailleurs, il y a peu de magie dans cette série qui est pourtant censée en faire son argument principal. Zatanna ne jette aucun sort, spectatrice inquiète au point d'être tétanisée (alors qu'elle est quand même une praticienne expérimentée). Constantine commente avec son cynisme habituel les événements mais à part accompagner la troupe, il ne fait rien de ses pouvoirs. Et, comme je le prévoyais, Black Orchid est bien convoquée mais dans un rôle de méchante (sous l'emprise de Hécate néanmoins).

La suite de pages dans le Vert et le Parlement des Arbres est somptueuse d'ailleurs et donne un aperçu du potentiel de Swamp Thing - qui, je l'espère, sera exploité dans l'avenir (même s'il semble que Tynion consacrera d'abord un arc autour de Man-Bat au début de l'année prochaine).

Le cliffhanger de l'épisode est accrocheur, compromettant encore davantage la situation. Cela et le mystère encore intact sur l'identité des deux autres "marquées" par Hécate vont alimenter la suite de cette histoire épique, dans les pages de Wonder Woman #57, la semaine prochaine...

lundi 15 octobre 2018

WONDER WOMAN #56, de James Tynion IV et Emanuela Lupacchino - THE WITCHING HOUR, pt. 2


Après le prologue paru la semaine dernière, le crossover The Witching Hour se poursuit dans les pages de Wonder Woman. James Tynion IV reste aux commandes mais cette fois c'est Emanuela Lupacchino qui s'occupe des dessins. L'intrigue avance laborieusement, de manière très explicative. Le décollage se fait attendre.


L'île d'Eéa. La Justice League Dark et John Constantine accostent et Wonder Woman débarque en invoquant tout de suite, malgré la mise en garde de Zatanna, la pensionnaire du lieu, la déesse Circé. Celle-ci se manifeste, très mécontente, jusqu'à ce que l'amazone lui montre la marque de Hécate sur son front.


Au même moment, au Nouveau-Mexique. La magicienne Manitou Dawn quitte l'école où elle enseigne en proie à une terrible migraine. Elle aussi porte la marque de Hécate et obéit à sa volonté. Elle rassemble ses forces et s'envole pour une mission inconnue.


Chez Circé, Wonder Woman et ses amis en apprennent plus sur les origines de Hécate, véritable force primordiale, mère de la magie, déjà là avant que les dieux ne marchent sur Terre. Bien des sorciers ont cherché à acquérir ses pouvoirs, aussi pour les protéger et les récupérer le moment venu, elle a choisi et marqué plusieurs femmes auxquelles elle a transmis une partie de sa puissance.


Cependant, Deadman apprend ce qui s'est passé au Nouveau-Mexique. Wonder Woman interroge Circé pour savoir si elle pourrait l'aider à utiliser la magie que lui a transmis Hécate contre elle. Zatanna s'emporte contre cette stratégie suicidaire, compte tenu des enjeux - Hécate veut détruire la magie actuelle pour la remplacer par la sienne et refaçonner la réalité - et de l'inexpérience de l'amazone.


La dispute sur le point d'éclater est évitée par l'apparition de Deadman qui prévient la Justice League Dark de l'assaut mené par Manitou Dawn contre la cité sacrée de Nanda Parbat actuellement. Wonder Woman profite de la distraction provoquée par Boston Brand pour, avec Circé, réactiver le pouvoir que lui a donné Hécate...

C'est décidément un bien curieux crossover qu'a bâti James Tynion IV (à moins qu'il ne s'agisse d'une commande imposée par son staff éditorial). Et cet épisode de Wonder Woman en souligne tous les défauts sans que les qualités qu'il comporte ne rattrapent vraiment l'ensemble.

Le prologue de la semaine dernier présentait quelques scènes mémorables, en particulier l'incinération massive de magiciennes au bar Oblivion. Le procédé n'était guère subtil mais frappait l'esprit tout en démontrant que Hécate ne rigolait pas. A côté, on avait droit à une utilisation maladroite de la Justice League, vite hors-jeu, et toujours pas de mobilisation de la communauté magique (ce qui devient quand même ridicule).

Désormais, il semble bien que John Constantine soit intégré à la Justice League Dark (au moins le temps de cette mission). La présence de Deadman renvoie à la précédente incarnation de l'équipe (lors des "New 52", quand la série était écrite par Peter Milligan puis Jeff Lemire et Ray Fawkes). Ne manque plus que Black Orchid et Frankenstein et la JLD sera au complet... Ce qui a pour effet, plutôt embarrassant, de souligner à quel point la composition de l'équipe actuelle a du mal à s'imposer (puisque les anciens membres viennent à sa rescousse).

En effet, cet épisode ne répondra pas à la question de l'utilité de Man-Bat, Swamp Thing et Chimp (ce dernier semblant n'être là que pour maugréer avec ironie, pendant que Alec Holland regarde le temps passé et que Kirk Langstrom fait des grimaces). Quand on compare la dynamique de cette JLD avec celle des "Gotham Knights" de Detective Comics écrit par le même scénariste, on ne peut qu'être frappé par l'absence de liant entre ses membres, son côté bancal et sa narration défaillante. Et lorsqu'une tension apparaît, elle oppose Wonder Woman et Zatanna invariablement, mais sur un modèle très proche de Batman et Batwoman jadis (en gros la chef têtue contre la véritable experte).

Il manque donc beaucoup de choses quand même à ce projet, du souffle, de l'empathie pour les héros, une constance dans la menace, des seconds rôles consistants (Circé est plus là pour expliquer que pour résoudre). Et, surtout, quelle bizarrerie qu'un épisode entier sans montrer une seule fois la méchante en action (Hécate n'apparaît que dans le récit de Circé sur ses origines) !

Emanuela Lupacchino illustre cela avec beaucoup de talent : l'italienne est un excellente dessinatrice bien qu'elle n'ait jamais eu la confiance de DC (qui l'utilise surtout comme fill-in). Encrées par Ray McCarthy, ses pages ont une vraie fluidité, au point de se passer de cadres pour mieux laisser respirer l'image (l'apparition théâtrale de Circé). Les personnages possèdent un charme presque rétro, et compensent par leur charisme bien traduit de petites maladresses dans la composition des plans.

La rondeur du style de Lupacchino a cependant du mal à exprimer le climat censé être oppressant d'une telle histoire (elle est plus faite pour les récits plus légers, comme la brève série Starfire écrite par Amanda Conner et Jim Palmiotti). Mais en même temps il est très expressif.

Tout ça, c'est peut-être le plus étonnant, reste agréable à lire. On est déçu mais pas consterné. Il va falloir quand même beaucoup de force de persuasion à James Tynion IV pour que son crossover gagne en intensité. Rendez-vous dans Justice League Dark #4 pour la suite...

lundi 8 octobre 2018

WONDER WOMAN & JUSTICE LEAGUE DARK : THE WITCHING HOUR #1, de James Tynion IV et Jesus Merino


Cette couverture affreuse vend très mal le prologue du crossover entre les séries Wonder Woman et Justice League Dark intitulé The Witching Hour. Cette histoire, écrite par James Tynion IV, va durer tout le mois d'Octobre, en se poursuivant dès le Mercredi 10 dans Wonder Woman #56, le 17 dans Justice League Dark #4, le 24 dans Wonder Woman #57 et le 31 dans Wonder Woman & Justice League Dark : The Witching Hour #2. Ce premier acte, de près de cinquante pages, est dessiné par Jesus Merino et reprend là où s'arrêtait Justice League Dark #3.


Enfant, Diana a surpris une cérémonie de sorcières sur l'île de Themyscira, invoquant Hécate, le déesse de la magie. Ses disciples marquèrent au fer rouge le front de la jeune amazone mais Hécate les punit pour leur manque de discrétion et de vigilance.


Aujourd'hui. Après avoir difficilement renvoyé l'Homme Inversé d'où il venait, Wonder Woman révèle la menace qu'il représente et le fait que Nabu a usurpé l'identité du Dr. Fate à la Justice League. Zatanna demande le soutien des héros afin de mieux cerner ce danger et le contrer - mais sans dire comme l'amazone a vaincu l'Homme Inversé.


Une fois les deux femmes parties, Hécate efface de l'esprit des membres de la Ligue le souvenir de cet échange. Au bar Oblivion, Traci 13 a réuni les magiciennes et sorcières afin de préparer la riposte. Mais Hécate manipule Rebecca Carstairs/Witchfire pour les toutes les brûler vives - à l'exception de Traci et Nightshade qui réussissent à s'échapper dans une autre dimension.


De retour à leur quartier du Hall de Justice, Diana et Zatanna retrouve Swamp Thing, Chump et Man-Bat lorsque Hécate active à nouveau le pouvoir magique de l'amazone. Elle a besoin d'elle pour reconquérir la magie menacée par Nabu. Mais Zatanna et Chimp s'interposent.


Chimp entraîne ses amis dans la cave qu'il a emménagé et qui conduit au bar Oblivion. La JLD y trouve John Constantine au milieu des cadavres carbonisés des sorcières et magiciennes et qui prévient qu'ils ne seront pas à l'abri ici non plus...

J'ai déjà eu l'occasion de dire que je trouvais précipitée l'idée d'organiser une histoire commune entre la Justice League Dark et Wonder Woman, qui d'ailleurs aurait pu être circonscrite à la série de l'équipe. Et c'est d'autant plus vrai que l'intrigue de ce crossover fait directement suite aux événements de Justice League Dark #3.

L'avantage dans cette entreprise, c'est que tout cela sera réglé en un mois, en allant et venant entre deux séries encadrées par ce prologue et un épilogue. Le tout écrit par le même scénariste, James Tynion IV. L'auteur devra néanmoins prouver que ce qu'il a à raconter en vaut la peine (alors que son premier arc de la JLD m'a laissé sur ma faim) et surtout que sa drôle d'équipe, pas vraiment magique, peut résoudre ce problème.

Car, c'est le souci depuis le début, la JLD de Tynion IV peine à (me) convaincre quant à son domaine de compétence. Zatanna est la seule véritable magicienne d'une formation agissant dans ce milieu. John Constantine rode autour du groupe sans en faire partie tout en agissant comme s'il en était (et qu'il en savait plus que les autres). Man-Bat est un scientifique. Chimp un détective mystique. Swamp Thing une force élémentaire.

Et Wonder Woman ? Tynion IV l'a investie d'un pouvoir magique jusqu'ici inconnu, y compris d'elle-même, et bigrement providentiel. Ce crossover appuie sur cet élément en essayant de le légitimer via la déesse Hécate qui aurait ainsi marqué plusieurs personnes afin de les réactiver le moment venu - et nous y sommes puisque Nabu a décidé de détruire la magie.

Le coût du pouvoir, des "agents dormants" magiques, une déesse préservatrice, un sorcier fou, tout ça n'est pas très original. Mais reconnaissons que c'est emballé avec efficacité. Plus long qu'à l'accoutumée avec presque cinquante pages, ce prologue mêle provisoirement la Justice League (vite hors-jeu) à l'affaire et décime promptement une assemblée de mages féminines. Ce coup de balai est radical, comme si DC avait voulu se débarrasser d'un paquet de personnages, mais ne sert guère l'image Hécate qui, entre marquer ses agents et tuer des alliées potentielles, a a une drôle de manière de s'y prendre pour paraître sympa (encore que ça n'a pas l'air d'être sa préoccupation première) et stratège dans le combat qui l'attend (à moins que le récit prépare le retour au premier plan d'autres personnages magiques - du Phantom Stranger au Spectre en passant par Blue Devil et le vrai Dr. Fate, il y a de quoi faire).

Jesus Merino, encore aujourd'hui, reste surtout connu pour avoir été longtemps l'encreur privilégié de Carlos Pacheco, alors même que les deux hommes, fâchés, ne travaillent plus ensemble depuis des années et que Merino est devenu dessinateur à temps plein. On peut d'abord vérifier que la rondeur du trait qu'on lui prêtait quand il embellissait les planches de Pacheco n'est pas la sienne : son style est un peu plus anguleux mais s'inscrit dans le même réalisme classique et élégant que son compatriote espagnol.

Merino réalise de belles pages, aux décors fournis et détaillés, avec des personnages qui ne manque pas d'allure ni de personnalité. Le casting assez nombreux prouve qu'il maîtrise tous les personnages, quel que soit leur sexe, mais sans faire des hommes des culturistes ou des femmes des bimbos.

Assumant toujours l'encrage (après avoir avoir un temps collaboré avec un autre partenaire sur ce poste), il se laisse parfois aller à des fioritures, alors que la colorisation suffirait à souligner les effets de volume ou de texture qu'il souligne. Mais l'ensemble a du chien, c'est très abouti, très solide.

Le comble, c'est que, hormis la puissance significative et le côté vicieux d'Hécate, ce prologue ne permet pas de savoir vraiment quelle direction va emprunter cette histoire. Souhaitons que cela progresse dès ce Mercredi dans Wonder Woman #56 (dessiné par Emanuela Lupacchino).