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mercredi 24 novembre 2021

CATWOMAN #37, de Ram V, Nina Vakueva, Laura Braga et Geraldo Borges - FEAR STATE


Editorialement, il faut bien le dire, Fear State aura été du grand n'importe quoi, une preuve supplémentaire qu'un crossover ne profite à personne s'il n'est pas dirigé, si son instigateur écrit seul dans son coin et laisse ses camarades, annexés au projet, se débrouiller seuls, sans quelqu'un pour organiser tout ça. Ainsi lit-on ce 37ème épisode de Catwoman, l'avant-dernier écrit par Ram V et qui aura nécessité trois artistes. Pour un résultat inepte.


La Jardinière, Harley Quinn et Catwoman croyaient avoir eu raison des soldats du Magistrat et de l'Atout à leur tête, mais Simon Saint a cloné ce dernier. Les trois femmes gagnent alors du temps pendant que Poison Ivy est exfiltrée.


Mais le Sphinx et le Pingouin comptent sur la confusion générale pour mettre la main sur Poison Ivy. Le fourgon dans lequel elle est évacuée est pris dans une embuscade. Edward Nygma pense tenir sa revanche comme Oswald Cobblepot sur Selina Kyle qui les avait doublés.


Sauf que Catwoman répond au Sphinx qu'elle avait prévu sa trahison et qu'elle lui envoie la bande de Gueule d'argile. Ghost-Maker arrive en renfort pour éliminer l'Atout et les soldats du Magistrat et sauver Catwoman, la Jardinière et Harley Quinn.
 

La suite est connue : Poison Ivy et Queen Ivy sont réunies par Harley Quinn et la Jardinière. Shoes prévient Catwoman que Batman est sain et sauf. Le maire Nakano ordonne le retrait des forces de l'ordre de Alleytown. Selina Kyle peut souffler et réfléchir à la suite.

Ces épisodes tie-in à Fear State de Catwoman auront fait beaucoup de mal au run de Ram V. S'il n'avait pas été obligé de composer avec ce crossover, peut-être n'aurait-il pas renoncé à écrire la série au-delà du n°38, qui sortira le mois prochain (même s'il paraît évident que le scénariste a envie de se consacrer à des projets plus personnels)...

Quoi qu'il en soit, Fear State a parasité Catwoman au pire moment : juste avant que l'histoire imaginée par James Tynion IV ne débute, Selina Kyle affrontait le Père Vallée (et on a entraperçu qu'il avait survécu), le détective Hadley est mort en sauvant Maggie Kyle d'une balle que lui destinait le Père Vallée, et Catwoman était sur le point de règner sur Alleytown.

Tout ça a été balayé par Fear State : Alleytown a vu débarquer les soldats du Magistrat et le GCPD sur ordre de Simon Saint et du maire Nakano, Catwoman a vu son royaume flamber tout en étant embarqué dans une quête pour sauver Poison Ivy et alors que le Sphinx et le Pingouin préparaient leur revanche.

Le fait même que Catwoman #37 sorte une semaine après Batman #117 et Nightwing #86 montre bien à quel point DC a mal édité ce crossover puisqu'on se trouve à lire la conclusion du récit impliquant Catwoman alors que l'on sait déjà que Saint a été arrêté et son programme Magistrat annulé. C'est absurde.

Si Fear State s'était contenté d'être le dernier arc narratif du run de Tynion sur Batman, cela aurait amplement suffi. Mais DC a voulu que tous les Bat-titles soient impactés sans même se demander si c'était légitime et nécessaire. Pour Nightwing, on a eu droit à trois épisodes dispensables et pour Catwoman pas mieux. Surtout il était évident que Tom Taylor (pour Nightwing) et Ram V (pour Catwoman) ont été obligés de trouver quelque chose à raconter pendant trois épisodes sans que, visiblement, Tynion ait préparé quoi que ce soit pour leurs séries et leurs personnages. Du grand WTF.

Cela gâche complètement ce qu'a bâti Ram V : le départ du dessinateur Fernando Blanco a déjà nui à la série, mais ces épisodes tie-in ont été pénibles à lire parce qu'on s'y emmerdait franchement. Le scénariste, contrairement à Taylor, n'a rien fait pour dissimuler qu'il s'agissait d'une corvée pour lui, torchant son affaire en comptant ostensiblement les jours avant de quitter le titre. 

Et, à ce sujet, en l'absence de toute nouvelle annonce, j'en viens de plus en plus à douter qu'il fasse de vieux os chez DC : il l'a encore répété récemment en interview, il souhaite consacrer plus de temps à ses creator-owned, et se partage l'écriture de Venom avec Al Ewing (de façon très compartimenté : Ewing écrit les parties dans l'espace avec Eddie Brock devenu le nouveau roi des symbiotes, Ram V écrit les parties avec Dylan, le fils d'Eddie, sur Terre, en possession du symbiote autrefois lié à son père).

Pour ne rien arranger, cet épisode est un vrai fourre-tout graphique puisqu'il a fallu trois dessinateurs pour le compléter. Nina Vakueva en réalise la moitié ce qui va jusqu'au moment où le Sphinx avoue à Catwoman qu'il l'a trahie avec le Pingouin), dans un style efficace mais un peu frustre, avec des scènes d'action aux compositions maladroites. Puis Laura Braga vient prêter un coup de main pour un quart (l'entrée en scène grotesque du Ghost-Maker), sans relief. Et enfin Geraldo Borges signe le dernier quart de l'épisode avec de meilleures pages que ses consoeurs, sobres et élégantes (en glissant même au passage un hommage discret au regretté John Paul Leon). Jordie Bellaire tente de coloriser tout ça en donnant une unité esthétique, mais c'est mission impossible.

Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V sera associé à Felipe Andrade (avec qui il vient de publier The Many Deaths of Laila Starr, une mini chez Boom ! Studios - succès critique et public). On va voir comment il gère ça. Après, ce sera à Tini Howard et Nico Leon de redresser la barre et, comme ils ont décidé de partir dans une nouvelle direction, ça pique mon intérêt plus que je ne l'aurai pensé.

jeudi 21 octobre 2021

CATWOMAN #36, de Ram V, Nina Vakueva et Laura Braga - FEAR STATE


Et encore du Fear State au programme ! Cette fois, dans les pages de Catwoman, sans doute la série attachée à cette saga la plus convaincante. Il faut dire que Ram V, lui, prend grand soin de construire une histoire digne de ce nom pour son héroïne, quelque chose qui ne ressemble pas trop à un exercice imposé (mais si c'en est un). Dommage que graphiquement ce ne soit pas aussi solide puisque Nina Vakueva a besoin du renfort de Laura Braga pour boucler son épisode.


Catwoman a compris qu'assainir Alleytwon n'était plus la priorité de Simon Saint : il veut capturer Poison Ivy. En revanche, elle ignore que c'est aussi l'objectif du Sphinx, qui pourtant travaille de son côté, et du Pingouin, pour reprendre le contrôle du quartier.


Tandis que la bande rassemblée par Gueule d'argile tente de freiner la progression des Gardiens de la Paix dans Alleytown, Catwoman, Harley Quinn et la Jardinière les rejoignent. Afin d'empêcher que Ivy tombe entre de mauvaises mains, il faut qu'ils coordonnent leurs efforts.


Gueule d'argile et son gang devront divertir les Gardiens de la Paix pendant que le Sphinx exfiltre Ivy et que Catwoman, Harley et la Jardinière affrontent une colonne armée menée par la Sorcière Blanche. Le Pingouin, en contact permanent avec le Sphinx, s'assure que celui-ci ne le double pas.


Catwoman, Harley et la Jardinière neutralisent la Sorcière Blanche. Les Gardiens de la Paix essuient les attaques de la bande de Gueule d'argile. Et le Sphinx dirige le convoi évacuant Ivy vers les docks. Mais Simon Saint a préparé une surprise contre ses ennemis...

Si James Tynion IV s'est rêvé en grand architecte de Fear State, il a visiblement "oublié" de communiquer des détails de sa grande intrigue à ses petits camarades scénaristes contraints d'aligner leurs séries sur les événements qui se déroulent dans Batman. Du coup, la saga donne l'impression que ses tie-in composent plus qu'elles ne complètent la trame principale.

C'est flagrant avec Nightwing où Tom Taylor s'occupe de Batgirl aux prises avec un hacker (la Voyante) dans des épisodes dispensables. Ram V s'en sort mieux avec Catwoman parce qu'il l'entraîne dans une confrontation directe avec les forces du Magistrat alors qu'elle vient juste de sortir d'un combat éprouvant et dramatique avec le Père Vallée : Selina Kyle y est décrite comme une femme aux abois qui voit son royaume, le quartier d'Alleytown, s'effondrer.

En fait, Ram V appuie là où ça fait mal : Catwoman s'est vue trop belle, elle a réussi à écarter des rivaux mineurs, mais une fois face aux Gardiens de la Paix de Simon Saint, ce n'est pas avec sa bande de gamins des rues qu'elle allait faire le poids. Surtout qu'elle avait sur le dos un tueur professionnel, le Pingouin (qu'elle a doublé) et, ce qu'elle ignore, le Sphinx, qui complote contre elle avec Oswald Cobblepot.

Blessée, dépassée, traquée, elle ne sait plus trop quoi faire. A l'évidence, elle a perdu et cherche surtout à sauver ce qui peut l'être, à limiter la casse. Mais il ne fait aucun doute qu'à la fin de Fear State, et juste ensuite, quand Ram V quittera la série, qu'elle ne sera plus la reine d'Alleytown.

Dans ce chaos, désespéré, elle s'appuie sur des renforts de fortune, comme Gueule d'argile qui a formé une équipe impropable, davantage motivée par le fait de se battre contre des super-flics que pour protéger un quartier de Gotham. Catwoman a surtout compris que la cible s'était déplacée d'elle à Poison Ivy que Simon Saint veut capturer. Elle ignore que c'est aussi le plan du Sphinx et du Pingouin.

Pour bien comprendre cela, il faut rappeler que Ivy existe sous deux formes désormais : d'un côté Poison Ivy, qui a été détenue pour créer une drogue à partir de son ADN et qui ne semble plus avoir toute sa tête (ce qui est compréhensible), et de l'autre Queen Ivy, qui s'est installée dans les sous-sols de Gotham, où elle tolère les membres du Collectif Insensé, tout en menaçant de provoquer l'effondrement de Gotham si quelqu'un vient la déranger. On devine (on espère) qu'au terme de Fear State, ces deux parties d'Ivy seront réunies, qu'Ivy sera reconstituée, en ayant échappé l'une comme l'autre à Simon Saint, le Sphinx et le Pingouin. Si l'une ou l'autre devait tomber entre de mauvaises mains, ce serait un désastre annoncé.

L'heure est donc à l'union sacrée mais aussi au baroud d'honneur. Ram V souligne cet aspect quand il fait dire à Catwoman qu'elle est prête à se sacrifier pour sauver Ivy, qu'elle offira à Gueule d'argile, à Harley, à la Jardinière une issue de secours au péril de sa propre vie. Ram V fait de Catwoman une authentique héroïne et imprime à ses épisodes une dimension au potentiel tragique très efficace. C'est autrement plus puissant et troublant que tout ce que produisent Taylor dans Nightwing et Tynion dans Batman, où l'action prime sur tout le reste, et où ne subsiste qu'un sentiment d'agitation vaine, de gesticulation fatiguante. C'est aussi pour ça, sans présager de ce que fera Tini Howard sur la série l'an prochain, qu'on regrette déjà Ram V : parce qu'il avait su donner un vrai souffle et une vraie sensibilité à Catwoman.

Hélas ! La qualité de l'épisode est ternie par son graphisme : Nina Vakueva a fait ce qu'elle a pu pour que l'absence de Fernando Blanco ne soit pas trop cruelle, et dans le précédent numéro, elle s'en sortait bien. Mais cette fois, elle n'arrive même pas à boucler les vingt pages du script et doit passer le relais dans le dernier tiers à Laura Braga.

Globalement, ce n'est pas vilain ni mauvais, mais Braga a un style trop propre, trop quelconque pour la transition avec Vakueva soit harmonieuse. Cela se produit en plus en pleine scène d'action, au pire moment, et du coup, on sort du récit, trop frappé par la différence esthétique entre les deux artistes.

Vakueva, de toute façon, affichait déjà dans la partie qu'elle a eu le temps de dessiner des faiblesses, avec des décors représentés par intermittence, des personnages parfois trop esquissés. Braga est plus soigneuse, mais elle a aussi moins de pages à sa charge, donc plus eu de temps. On peut tourner ça dans tous les sens, de toute manière ça ne prend pas : lorsqu'un épisode est illustré par deux personnes, la lecture est brouillée.

Décidément, ces tie-in auront été bien dommageables aux séries concernées, et dans le cas de Catwoman, j'ai l'impression tenace que cela a précipité la décision de Ram V d'écourter son run.

vendredi 24 septembre 2021

CATWOMAN #35, de Ram V et Nina Vakueva - FEAR STATE


Catwoman était déjà impacté par Fear State depuis quelques épisodes, mais avec ce numéro Selina Kyke affronte la crise qui s'empare de Gotham directement. Ram V met en scène l'héroïne comme un animal blessé, mais qui doit puiser dans ses ressources pour ne pas s'effondrer. Au dessin, c'est Nina Vakueva qui a la lourde tâche de succéder à Fernando Blanco.


De retour au Nid, Catwoman trouve James Briggs, le collègue du détective Hadley, tué par le Père Vallée. Leo Carreras soutient Selina Kyle alors qu'elle vient d'évacuer sa soeur, Maggie, qui ne compte pas revenir à Gotham. Pour ne rien arranger, elle apprend par l'Anti-Oracle la mort de Batman.


Cependant, Gueule d'argile convainc quelques super-vilains de résister aux forces du Magistrat en défendant Alleytown où Catwoman les a accueillis. Cheshire, Killer Croc, Firefly se joignent à lui pour affronter les Gardiens de la Paix.


De leur côté, le Sphinx et le Pingouin renouent le contact. Oswald Cobblepot veut profiter du chaos pour reprendre le contrôle de Alleytown et il a un objectif encore plus précis : mettre la main sur Poison Ivy afin de commercialiser à nouveau la drogue de synthèse produite à partir de son ADN.
 

Catwoman repart dans Alleytown pour tenter d'en savoir plus sur la mort de Batman. Mais elle est rapidement encerclée par les Gardiens de la Paix. Elle réussit à les semer en abandonnant sa moto puis est rejointe par Shoes qui l'informe qu'on a piraté les communications d'Oracle pour semer la confusion...

Ce mois-ci et les deux suivants, Catwoman va donc se poursuivre au rythme de Fear State. Ce n'est pas une surprise car Ram V avait déjà introduit la menace dans les précédents épisodes. Alleytown est déjà depuis quelque temps sous la coupe du programme Magistrat et les Gardiens de la Paix de Simon Saint avec le GCPD font règner la terreur dans le secteur que le milliardaire allié à l'Epouvantail considère comme une zone de non-droit à purger.

On retrouve donc Catwoman après son combat contre le Père Vallée et Ram V nous montre que ce derneir n'a pas péri dans l'explosion qu'il a lui-même déclenchée dans le dernier numéro. Mais son sort attendra car, pour l'instant, Selina Kyle a d'autres chats à fouetter (pardon...).

Le scénariste dépeint l'héroïne comme un animal blessé, aux abois, et il appuie là où ça fait mal. Le détective Hadley est mort en prenant la balle que le Père Vallée destinait à Maggie Kyle. James Briggs, son collègue, tient Selina pour responsable. Elle l'admet : elle n'a pas su protéger Alleytown de ses prédateurs ni du danger que représente Simon Saint, ses "Strays" (la bande de gamins qu'elle a pris sous son aile) errent à nouveau dans les rues et sont persécutés par les forces de l'ordre.

Pire : alors qu'elle a évacué Maggie, Selina s'est vue expliquer par celle-ci qu'elle ne reviendrait pas à Gotham. Leo Carreras essaie de réconforter sa patronne - en vain. Enfin, elle apprend que Batman est mort, comme l'Anti-Oracle le prétend. 

Ram V multiplie les points de vue pour bien montrer à quel point le quartier est en feu : Gueule d'argile convainc des vilains de se rebeller contre le programme Magistrat, comme s'ils pouvaient se racheter en affrontant cet oppresseur. Puis le Pingouin et le Sphinx conspirent pour trouver Poison Ivy et profiter du chaos ambiant. Tout cela permet au lecteur d'appréhender comment chacun s'accommode (ou non) d'une crise profonde : en se battant ou en tentant d'en tirer bénéfice. C'est malin et efficace.

Le seul reproche qu'on peut formuler ici, c'est que finalement on voit assez peu Catwoman dans sa propre série et quand c'est le cas, elle est trop diminuée physiquement et moralement pour nous convaincre qu'elle peut renverser la situation. C'est un peu le même problème qu'avec Nightwing où rien ne peut persuader le lecteur que Dick Grayson contribuera de manière décisive à la résolution de la crise. James Tynion IV ne semble pas avoir fourni à ses camarades scénaristes un plan sur lequel s'aligner pour que son crossover ait une unité, une cohésion : c'est dommage. Catwoman est livrée à elle-même alors qu'elle aurait pu assister Batman (mais personne ne semble se rappeler ou vouloir se souvenir que Tom King avait construit tout son run sur la formation du couple Batman-Catwoman).

Ce n'est nénamoins pas désagréable à lire : Nina Vakueva au dessin se défend pourtant bien, elle a changé son style (qui, auparavant, ressemblait beaucoup à celui d'un Takeshi Miyazawa) pour une approche plus charbonneuse, plus brute.

Le résultat est plus convaincant que je le pensais et surtout convient bien à l'ambiance désespérée de l'épisode, de l'histoire. Ce n'est pas parfait, mais avec les couleurs de Jordie Bellaire, fidèle au poste, on conserve un esthétisme soigné. La vision de Alleytown en flammes est saisissante par exemple. C'est une des rares fois où Vakueva met le paquet sur les décors, alors qu'elle a tendance à les expédier par ailleurs. Un autre beau moment est celui des adieux entre Selina et Maggie, simple, poignant. Catwoman, héroïne superbe et orgueilleuse, est souvent plus humaine quand elle est confrontée à des épreuves qui l'engagent directement et ici, elle perd tout - son amour, sa soeur, son quartier.

Bon, il faut quand même avoir le moral pour lire ce crossover. Je regrette surtout qu'éditorialement un effort n'air pas été franchement produit pour que la saga de James Tynion IV n'ait pas été conçue de manière visiblement plus concertée car Ram V comme Tom Taylor semble plus subir qu'accompagner le mouvement. 

samedi 21 mars 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #3, de Al Ewing, Nina Vakueva, Chris Sprouse, Belén Ortega et Juann Cabal


Après un premier arc expédié en deux épisodes grisants, Al Ewing doit rebondir sur la mort de Peter Quill/Star-Lord (même si on sait que cette disparition ne saurait être que provisoire). Un défi qu'il relève néanmoins avec plus de roublardise qu'une réelle capacité à générer l'émotion. Ce troisième numéro de Guardians of the Galaxy pâtit en outre de son dispositif graphique, avec quatre dessinateurs très inégaux.


Moondragon, Hercule et Rocket Raccoon sont de retour sur le Halfworld après leur bataille contre les néo-dieux de l'Olympe, au cours de laquelle Star-Lord a trouvé la mort. Ils doivent désormais annoncer la nouvelle à Groot, Drax et surtout Gamora, sa compagne.


Celle-ci le prend évidemment très mal et frappe durement Rocket. Hercule les sépare. Mais la fille de Thanos refuse de revoir son ancien partenaire, rejetant la faute sur lui. Rocket, dévasté, s'éclipse avec Hercule.


Drax s'isole pour méditer et il est rejoint par sa fille, Moondragon, même si la présence de celle-ci est juste tolérée par Gamora. Ils échangent sur le sens de la vie, la mort qu'ils ont tous deux expérimentés, et la manière de composer avec leur existence altérée.


Gamora est dans la chambre qu'elle partageait avec Peter Quill/Star-Lord. Bien que n'étant pas croyante, elle s'interroge sur la fatalité qui semble les poursuivre. Mais quand Drax, Groot et Moondragon l'appellent pour une mission, elle répond présente.


Ailleurs, Black Jack O'Hara s'en remet à Mr. Gwanbarque pour lui trouver des ennemis à tuer, tout en refusant de croiser Rocket qui l'a battu par le passé. Coup du sort : il reçoit alors un appel et reçoit la mission de trouver et tuer Rocket.

On se rend compte, par ricochet, d'une série à l'autre à quel point Jonathan Hickman, depuis House of X-Powers of X a ringardisé des concepts, des astuces sur-exploités par ses collègues pour dynamiser leurs histoires. L'idée de tuer un personnage emblématique pour choquer le lectorat est au coeur de la révolution initiée par Hickman, qui a décidé de torpiller cette ruse en permettant aux mutants de ressusciter facilement.

Il s'avère que, ironiquement, Al Ewing a décidé d'éliminer Peter Quill/Star-Lord dans le précédent épisode de ses Guardians of the Galaxy. Comme l'a expliqué Hickman récemment en interview, ce n'est plus possible car le les lecteurs ne croient plus aux morts permanentes, ce n'est plus un ressort intelligent à utiliser pour pimenter des intrigues, cela joue contre les séries.

Par ailleurs, avec l'adaptation des comics au cinéma, on sait bien que le sort des personnages est intimement lié à leur destin sur grand écran. Avec un troisième film des Gardiens de la Galaxie en chantier, dont fera partie Quill/Star-Lord (et la participation des héros dans le quatrième Thor), il est évident que la manoeuvre de Ewing est devenue encore plus maladroite et artificielle : le personnage ne risque pas de disparaître.

Pourtant Ewing a défendu ce coup de poker en décrivant son Peter Quill, davantage comme un vétéran des guerres galactiques que comme un leader facétieux. Pourquoi pas. Mais cela ne saurait rattraper une erreur tactique dans la construction de son histoire.

Alors il restait au scénariste à écrire un épisode qui génère une vraie émotion. Mais il en est incapable. Ce constat d'échec est flagrant dès la première scène où Rocket et Hercule annoncent la triste nouvelle à Gamora. Ewing fait parler la fille de Thanos, mais aussi le dieu de l'Olympe, Rocket et Drax comme Groot autrefois (avec une phrase unique "je suis...Gamora/Rocket/Hercule/Drax") - Groot lui s'exprimant par des phrases complètes. Ce procédé trahit Ewing car elle désoriente plus qu'elle ne rend le dialogue poignant. On se demande bien ce qu'il comptait susciter ainsi, mais ça ne fonctionne pas.

En vérité, tout tombe à plat dans cet épisode, dont chaque segment est dessiné par un artiste différent. C'est Nina Vakueva qui ouvre le bal et son style est maladroit, échouant totalement à traduire les sentiments des personnages.

Quand Chris Sprouse prend le relais pour les pages mettant en scène Drax et Moondragon, le niveau n'a aucun mal à se redresser. Mais qu'il est frustrant de profiter si peu de cet excellent artiste, si mal utilisé par Marvel. Les interrogations de Drax et Moondragon sont parasitées par des flashs sur le passé du destructeur quand il était encore humain et saxophoniste ou les considérations de Heather Douglas sur son double parfait. Mais c'est très beau à regarder néanmoins.

Belén Ortega livre des planches honnêtes sur Gamora, même si là aussi c'est assez verbeux et creux (la fille de Thanos est en proie à des questionnements sur la fatalité et la représentation des croyances). C'est frustrant parce qu'on sent que Ewing pourrait dire des choses intéressantes mais il ne parvient pas à les formuler de manière claire et surtout on ne ressent jamais le chagrin de ses personnages.

Juann Cabal (qui a certainement eu besoin de souffler après ses deux premiers épisodes impressionnants) se contente d'illustrer les deux dernières pages, annonçant les prochains adversaires des Gardiens. Trop peu pour émettre un jugement qualitatif.

En soi, l'idée de découper l'épisode n'était pas idiote, elle permettait de marquer un temps après deux numéros très mouvementés. Mais hélas ! le résultat est complètement raté. En attendant le retour de Star-Lord, il faut surtout souhaiter que Al Ewing et Juann Cabal renouent avec ce qu'ils font le mieux, un comic-book d'action. C'est le véritable ADN de Guardians of the Galaxy, quels que soient leurs auteurs.