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mercredi 14 août 2019

GLOW (Saison 3) (Netflix)


Les Glorious Ladies Of Wrestling reviennent pour un troisième round et elles investissent le ring de Las Vegas. La série de Liz Flahive et Carly Mensch franchit cette étape avec succès et inspiration, alors que l'avenir de bien des productions Netflix est dans la balance. De quoi attendre la suite avec confiance.

A l'affiche du Fan-Tan

L'année 1986 s'ouvre pour la troupe de GLOW sur un sentiment très mitigé. D'une part, leur spectacle de catch se produit désormais sur la scène du casino Fan-Tan, une institution du divertissement à Las Vegas. Mais, d'autre part, alors que Ruth/Zoya et Debbie/Liberty Belle font la promo du show à la télé, la navette Challenger explose en vol. La représentation est tout de même donnée. Et son succès soulage tout le monde malgré la tragédie.
  
Sam et Ruth (Marc Marron et Alison Brie)

Pour le premier jour de relâche, chacun en profite pour se changer les idées. Sam initie Ruth aux subtilités du jeu puis lui avoue ses sentiments. Malheureusement, elle ne les partage pas. De leur côté, à cause d'une migraine de Rhonda, Bash est désemparé. Quant à Arthie, elle n'assume pas encore son homosexualité, ce qui vexe Yolanda.

Face au laisser-aller des filles, l'entraînement !

Depuis leur installation à Vegas, les filles sont dissipées et négligent leur entraînement. Cherry décide d'y remédier et, en rencontrant une ancienne showgirl, elle les force à suivre un cours de danse intensif. Mais Cherry prend aussi conscience qu'elle n'a pas envie de fonder une famille tout de suite et d'arrêter de travailler - ce qui provoque le départ de Keith, son compagnon.

Ruth et Carmen (Alison Brie et Britney Young)

Russell, le caméraman, vient rendre visite à Ruth à Vegas. La nervosité de la jeune femme la conduit à enchaîner les gaffes alors que son compagnon ne veut rien précipiter entre eux deux. Bash engage des jongleurs et un magicien pour le spectacle sans prendre conscience que chacun veut profiter de sa fortune et de sa naïveté. Sheila s'inscrit à un cours de théâtre et c'est une révèlation.

Changement de rôles : Debbie interprète Zoya (Betty Gilpin)

Tammé, la doyenne de l'équipe, souffre d'un mal de dos chronique, qu'elle dissimule aux autres grâce à une consommation excessive de calmants. Jusqu'à la blessure sur le ring. Son indisponibilité inspire aux filles un changement de leurs rôles lors d'une représentation à laquelle doit pourtant assister Sandy Devereaux Saint-Clair, la directrice du Fan-Tan. Mais alors que Bash croit à un désastre, cela vaut à la troupe un renouvellement de contrat de neuf mois.

Camping dans le désert pour les filles, encadrées par Debbie et Ruth

Pour réfléchir à cette opportunité professionnelle et personnelle, les filles partent, sans Sam et Bash, faire du camping dans le désert. C'est l'occasion pour tout le monde de mieux se connaître, et pour certaines de se réconcilier, de se confier et de se trouver - comme Sheila qui abandonne défintivement son alias de "She-Wolf".

Justine et Sam (Britt Baron et Marc Marron)

Sam accompagne Justine chez plusieurs producteurs à Hollywood pour vendre le scénario qu'elle a écrit. Elle attire l'attention d'un jeune financier et impose son père à la réalisation. Sam, contrarié, la laisse fêter ça seule et a un  malaise cardiaque, qui lui impose une meilleure hygiène de vie.. A Vegas, la mère de Bash, Birdie, vient rencontrer Rhonda, sa belle-fille, qui gagne sa confiance. Debbie fait la connaissance de Tex, un riche homme d'affaires.

Ruth face à elle-même

Depuis le départ de Keith, Cherry a accumulé une grosse dette de jeu, qui risque de provoquer son renvoi du Fan-Tan. Carmen vient à la rescousse pour l'aider à rembourser. Ruth répété avec Sheila pour une fête de charité et mesure l'impasse dans laquelle se trouve sa carrière d'actrice. D'ailleurs, Debbie ne se prive pas de le lui rappeler tout en nourrissant pour son amie et elle-même de grandes ambitions grâce à la fortune de Tex, devenu son amant.

 La fête de Libertines animée par Bobby Barnes (Kevin Cahoon)

Ruth auditionne à Los Angeles pour le film de Sam et Justine, à la demande de celle-ci. Elle reconnaît aimer Sam en partageant un verre avec lui mais il lui avoue qu'elle n'a pas décroché le rôle. Pendant ce temps, Bash tombe dans un piège tendu par Rhonda pour réveiller leur vie sexuelle. Sheila éblouie l'auditoire lors de la fête de Libertines produite par Debbie. Avant qu'un incendie ne se déclare devant la salle - le fait de militants homophobes.

"Un Conte de Noël" revisité par GLOW

Grâce aux investissements de Bash dans les productions du Fan-Tan et le succès intact de GLOW, en cette veille de Noël, le spectacle est sûr d'être reconduit en 1987. Pour fêter ça, la troupe adapte, à l'initiative de Carmen, "Un conte de Noël" de Dickens sur le ring. Debbie, vexée d'avoir été le jouet de Tex, lui vole un contrat et convainc Bash d'acheter une chaîne de télé à Bash. Les filles se séparent pour partir en congé. Debbie révèle à Ruth l'affaire conclue avec Bash et lui offre un poste de réalisatrice. Mais elle refuse, pensant encore percer comme actrice.

Pour peu qu'on soit superstitieux, on commence à regarder cette troisième saison de GLOW avec un léger sentiment d'appréhension. Parce que la série reprend après l'annulation de The OA et la déconfiture totale de Dear White People (un naufrage tel que je n'ai pas eu le coeur d'écrire une critique dessus). Le show de Liz Flahive et Carly Mensch va-t-il conjurer le sort ?

Ne faison pas durer le suspense : c'est une excellente cuvée que ces dix nouveaux épisodes. Pas seulement parce que les qualités de la série sont toujours là mais aussi parce que les showrunners ont su faire grandir, évoluer leur production sans la dénaturer. On n'a pas l'impression d'assister à un nouvel acte superficiel, un match de trop. Au contraire : GLOW trouve un nouveau souffle et de nouvelles perspectives très alléchantes s'ouvrent à la fin de la saison.

La surprise, cependant, réside dans le peu de place accordée au catch. Mais chaque représentation donne l'occasion de moments comiques désopilants et inventifs, dont le point culminant se situe dans le dixième épisode, avec la nouvelle de Charles Dickens adaptée pour le ring, et qui occupe au moins la moitié de la durée de l'épisode.

Les scénaristes ont manifestement voulu creuser la caractérisation des personnages, sans s'arrêter aux deux stars que sont Ruth et Debbie, voire Bash et Sam. Chaque fille de la troupe à son moment et plusieurs ont droit à un arc entier, comme Rhonda, Arthie ou surtout Sheila. La prestation de Gayle Rankin dans son rôle est d'ailleurs remarquable, après avoir passé une quinzaine d'épisodes déguisée en femme-loup. 

Les problèmes de sexualité, de parentalité (à travers les personnages d'Arthie, Sam, Justine, Debbie), de vieillesse (avec Tammé), trouvent un écho avec l'actualité de l'époque (épidémie du sida, homophobie). Les auteurs savent aborder ces thèmes intelligemment, les intégrant à la narration sans lourdeur, de manière subtile et frappante. C'est un peu déroutant au début de voir le récit bifurquer et accorder moins de place à Ruth notamment, mais c'est finalement très sympa de mieux définir les filles, de cerner les tensions dans le groupe, les doutes de chacune, préparant le terrain pour le futur (la saison 4 devrait voir les lignes bouger profondément si on en juge par le final).

Plus globalement, cette saison 3 est plus éclatée, plus chorale. Sam s'éloigne de façon logique (le spectacle tourne très bien sans lui alors que Justine perce à Hollywood). Debbie assume ses ambitions (jusqu'à en avoir pour deux, ce qui ne sera pas sans conséquences pour son amitié avec Ruth) et s'affirme. Bash doit affronter sa sexualit tandis que Rhonda prend une épaisseur inattendue. Le sort de Carmen ou Tammé va certainement beaucoup changer encore. C'est très riche.

Le décor de Las Vegas menaçait la série qui risquait de devenir trop clinquante. Mais là encore, le piège est admirablement évité car l'histoire reste focalisée sur les personnages. L'aspect artificiel du lieu souligne, par contraste, les tourments des protagonistes, qui refusent, au propre comme au figuré, d'être prisonniers.

Une fois encore, la série tire un profit indiscutable de sa troupe d'actrices, toutes magnifiques d'humanité. J'ai déjà parlé de Gayle Rankin, mais il faut aussi mentionner Britney Young ("le coeur et l'âme de GLOW" dixit Ruth), ou Kia Stevens (épatante Tammé). Et la participation de Geena Davis est sensationnelle : voilà une guest-star bien employée !

Bien entendu, les deux vedettes, Alison Brie et Betty Gilpin, sont toujours merveilleuses. Brie, en particulier, existe toujours intensément, même en étant un peu plus enretrait cette saison, et fait de Ruth une héroïne très attachante (l'actrice passe aussi derrière la caméra avec talent le temps d'un épisode). Le duo Marc Marron-Britt Baron sont un père et sa fille plus vrais que nature. Et Chris Lowell est top dans le costume de Bash.

Flamboyante et sensible à la fois, GLOW demeure une des meilleures productions Netflix, de celles sur laquelle la plateforme peut continuer à compter. 

dimanche 8 juillet 2018

GLOW (Saison 2) (Netflix)


Un an après la première saison, GLOW revient pour un deuxième round sur Netflix. Ses créatrices, Liz Flahive et Carly Mensch, après le succès critique et public de leur série, ont la délicate tâche de faire aussi bien tout en développant leur saga et leurs héroïnes qu'on avait laissées sur le point de donner leur premier show à la télé. Mission réussie, même si tout ne se déroule pas comme prévu... 

 Debbie, Sam et Bash (Betty Gilpin, Marc Maron et Chris Lowell)

Cherry partie tenter sa chance comme actrice dans une série policière, Sam Sylvia et Bash Howard engagent pour la remplacer dans le rôle de "Junkchain" Yolanda, une hispanique lesbienne mais sans aucune expérience du catch. Les filles doivent à présent signer un contrat qui les lie avec la chaîne K-DTV, tandis que Russell, le nouveau caméraman, drague Ruth. Ensemble, ils mettent en boîte un clip pour promouvoir l'émission mais cette initiative va durablement contrarier Sam qui veut rester le seul réalisateur. Debbie, bien qu'ayant décidé de divorcer, demande à son époux Mark d'analyser son contrat et obtient ainsi le titre de co-productrice.

Ruth/Zoya et Yolanda/Junkchain (Alison Brie et Shakira Barrera)

Les répétitions pour le show sont si ennuyeuses que Sam et Bash décident qu'il n'y aura finalement que trois combats d'enregistrés, ce qui créé une rivalité entre les filles de la troupe. Ruth fait équipe avec Yolanda avec laquelle elle imagine un numéro mélangeant lutte et breakdance. Sam oblige sa fille Justine, qui ne participe plus à l'émission, à reprendre ses études si elle souhaite vivre chez lui.

Les filles font la fête au motel

K-DTV reçoit des plaintes d'associations familiales au sujet du contenu violent et sexuel de la première émission diffusée. Pour les calmer, Bash et Debbie ont l'idée de tourner un spot d'utilité publique sur les grossesses précoces, dont Ruth assure la co-écriture. Mais Debbie la retient tard dans la soirée et l'empêche ainsi de rejoindre les filles de la troupe qui donnent une fête au motel avec les techniciens du show, dont Russell.  

Tammé et son fils Earnest (Kia Stevens et Eli Goree)

Après avoir découvert que Mark sort maintenant avec sa nouvelle secrétaire, Debbie vend tout son mobilier lors d'un vide-grenier. De son côté, Tammé rend visite à son fils Earnest, étudiant à l'université de Stanford, mais lui cache son nouveau job. Il l'apprend quand même et tient à assister au tournage de la prochaine émission. Mais Tammé est humiliée sur le ring à cause du scénario qui voit son personnage, "la Reine des Allocs", battue par celui de Debbie, "Liberty Belle". Remarquant le malaise de son amie, Ruth/"Zoya" improvise en emmenant dans les coulisses une fillette qu'elle présente au public comme la fille de "Liberty Belle".

Zoya (Alison Brie)

Après le tournage, les filles signent des autographes à leurs fans en délire. Debbie, Sam et Bash réfléchissent déjà au développement de l'intrigue amorcée par l'improvisation de Ruth mais sans la convier à leur séance d'écriture. Carmen et Rhonda accompagnent Bash dans des clubs gays pour l'aider à retrouver son ami Florian, mais sans le trouver. Ruth est invitée par le patron de K-DTV mais elle comprend vite qu'il veut abuser d'elle et s'enfuit. La sanction tombe le lendemain : l'émission est déprogrammée à deux heures du matin et, quand Ruth explique ce qui s'est passé à Debbie, cette dernière lui reproche d'avoir coulé le show. 

Liberty Belle vs. Zoya la destructrice (Betty Gilpin et Alison Brie)

Pour tenter de relancer GLOW, Bash et Sam demandent à Carmen/"Machu Pichu" d'entraîner la troupe à des combats plus violents. Ruth accompagne Mark à une rétrospective de ses films d'horreur et lui raconte ce qui s'est passé avec le patron de la chaîne, regagnant le soutien de son réalisateur. Debbie croise par hasard Mark et sa secrétaire puis rentre au studio de tournage où elle boit beaucoup et sniffe même un rail de coke. Elle monte sur le ring dans un état second et, lors d'une prise contre "Zoya", "Liberty Belle" lui brise la cheville. 

Cherry/Black Magic et Yolanda/Junkchain (Sydelle Noel et Shakira Barrera)

Hospitalisée, Ruth apprend qu'elle devra porter un plâtre durant huit semaines, la privant de matchs dans l'émission. Les filles de la troupe la soutiennent et accusent Debbie d'avoir blessé sa partenaire volontairement pour se venger. Les deux femmes ont une dispute au sujet de leurs carrières et leurs amours, mais Debbie sait qu'elle s'en est prise à Ruth par jalousie. Sam rassure cette dernière en lui affirmant qu'il continuera l'émission avec elle, mais pour la remplacer sur le ring, il rappelle Cherry, dont la carrière d'actrice est un échec mais qui doit se créer un nouveau personnage puisque Yolanda a endossé celui qu'elle jouait. 
  
Junkchain, Britannica, Machu Pichu, Liberty Belle et Melrose
(Shakira Barrera, Kate Nash, Britney Young, Betty Gilpin et Jackie Thorn)

Rosalie, la mère de Justine, dont elle est sans nouvelles depuis qu'elle a rejoint son père, Sam, à Los Angeles, regarde le nouvel épisode de GLOW dans lequel on découvre Ruth/"Olga", la soeur jumelle de "Zoya", qui choisit d'aider Debbie/"Liberty Belle" à récupérer sa fille. Cherry/"Black Magic" combat Rhonda/"Britannica" tandis que Yolanda/"Junkchain" danse avec Arthie/"Beyrouth". Les filles chantent un hymne contre les kidnappeurs avant que "Liberty Belle" ne retrouve sa fille au terme de plusieurs combats contre Jenny/"Fortune Cooke"et Reggie /"Vicky la Viking". Mais "Olga" est piégée par "Zoya" et son assistante, interprétée par Justine.  
  
Sam, Rosalie et Justine (Marc Maron, Annabella Sciorra et Britt Baron)

Bash et Debbie se rendent à une convention pour vendre le show à une nouvelle chaîne et intéressent plusieurs diffuseurs. Rhonda, comme les autres filles qui se préparent à l'annulation de l'émission, cherche un nouveau job mais doit régulariser sa situation auprès du consulat britannique : elle apprend alors qu'elle va être expulsée, faute de titre de séjour. Rosalie débarque chez Sam, qui héberge Ruth durant sa convalescence, pour ramener Justine chez elle mais accepte de différer leur départ car elle doit participer au bal de promo. Sam en profite pour tenter d'embrasser Ruth qui le repousse et part rejoindre Russell. Carmen suggère à Rhonda d'épouser un de ses fans, "Cupcake", afin de pouvoir rester aux Etats-Unis et d'intégrer ce mariage au show.

Ruth et Russell (Alison Brie et Russell Barroso)

Justine repart avec Rosalie et Sam se consacre aux préparatifs de la dernière émission en y intégrant le mariage de Rhonda, secondé par Ruth, toujours plâtrée. Le tournage commence et l'épisode dégénère complètement quand Bash s'oppose aux noces pour demander la main de Rhonda. Un combat collectif a lieu entre toutes les filles pour récupérer le bouquet de la mariée et la bataille est gagnée par l'entrée en scène de "Zoya". Le show en boîte, K-DTV rappelle aux filles qu'elles n'ont pas le droit d'exploiter leurs personnages pour une autre chaîne comme le stipule leur contrat. Les diffuseurs intéressés se retirent mais Ray, le patron du club de strip-tease de Yolanda, propose une alternative à la troupe : se produire sur scène à Las Vegas. 

Les Glorious Ladie Of Wrestling

Il faut bien admettre que le premier épisode de cette deuxième saison fait craindre, sinon le pire, en tout cas un nouvel acte moins aimable. Passons sur le générique, interminable : il ne sera plus utilisé ensuite. Mais c'est surtout la punition dont écope Ruth qui préoccupe.

Les showrunners, Liz Flahive et Carly Mensch, font durer le supplice jusqu'au sixième épisode et on souffre pour l'héroïne, mis au ban de l'émission après avoir amplement contribué à sa conception, tout ça parce qu'elle a eu l'outrecuidance de vouloir aider à sa promotion sans en aviser Sam Sylvia.

Mais le fan attentif peut aussi interpréter le comportement du réalisateur comme du dépit amoureux car Sam en pince à l'évidence pour Ruth, sans oser franchir le pas, mais surtout contrarié par l'idylle naissante de la jeune femme avec le caméraman Russell. Pourtant il n'y a pas que ça qui désole...

Devenue co-productrice de l'émission, Debbie tourmente toujours celle qui a couché avec son futur ex-mari, Mark. Et sa vengeance atteint un pic dans, justement, ce sixième épisode, véritable tournant de la saison. Alors que Ruth et Sam se rabibochent, Debbie, en plein marasme affectif, sous l'emprise de l'alcool et de la drogue, blesse sa rivale sur le ring.

On l'aura donc compris, après l'euphorie de la précédente saison, ces dix nouveaux épisodes osent emprunter un tournant parfois plus dramatique, en fouillant les ressorts psychologiques de ses protagonistes. Le duo Ruth-Debbie est toujours au centre de l'attention, mais la série développe aussi désormais la caractérisation des autres filles de la troupe de GLOW : on fait plus ample connaissance avec Rhonda/"Britannica" (sur le point d'être expulsée des Etats-Unis), Tammé/"la Reine des Allocs" (qui a caché sa participation aux matchs de catch à son fils étudiant), Yolanda/"Junkchain" et Arthie/"Beyrouth" (qui tombent amoureuses l'une de l'autre), Cherry/"Black Magic" (dont la reconversion comme actrice est un échec). L'homosexualité de Bash est aussi plus directement abordée, bien que personnage ne l'assume pas et finit par se mettre dans une situation qui promet d'être difficile (en épousant Rhonda).

La solidarité des filles de la troupe devient manifeste après la blessure de Ruth et chacune avoue qu'elle a trouvé avec les autres une famille de coeur, qui est à la fois le ciment de l'émission et leur véritable motivation pour la tourner, malgré les entraînements et la menace de plus en plus évidente de l'annulation du show. Le téléspectateur redoute même, un temps, que les auteurs ne le préparent à la fin de la série en évoquant ce dernier point, mais que chacun se rassure : Netflix vient de renouveler GLOW pour un troisième round !

On rit donc toujours beaucoup, mais avec une pointe de gravité bienvenue, qui relance l'intérêt et prouve que les créatrices ne se reposent pas sur leurs lauriers. Certains regretteront sans doute la légèreté kitsch de la première saison, qui jouait à fond sur la formation de cette troupe improbable, leurs looks flamboyants, leurs matchs épiques, et leur succès naissant imprévisible. Mais comme Master of None de Aziz Ansari et Alan Yang, la production a pris des risques, a mué, jusqu'à conclure par un chapitre de 46 minutes aussi jubilatoire qu'ambitieux (et prouvant que la série peut supporter ce format).

La distribution est une fois encore remarquable, on ne peut qu'adorer cette bande de filles à laquelle leurs interprètes donnent tout : mentions tout de même à Kia Stevens (Tammé), Kate Nash (Rhonda), Shakira Barrera (Yolanda) et à l'impayable Gayle Rankin (Sheila). Chris Lowelle (Bash) est formidable, tout comme Marc Marron (Sam) en amoureux bourru. Betty Gilpin (Debbie) hérite d'une partition souvent ingrate, vu le parcours de son personnage, mais elle y va franchement. Et, par ricochet, rend encore plus touchante la prestation d'Alison Brie (Ruth), formidable locomotive de la série.

Maintenant, il va falloir s'armer de patience avant de retrouver les Sublimes Dames du Catch : rendez-vous en Juin 2019 !   

mercredi 22 novembre 2017

GLOW (Saison 1) (Netflix)


Mis en ligne sur la plateforme Netflix en Juin dernier, la première saison de GLOW a fait partie des séries remarquées du producteur-diffuseur, récoltant des critiques élogieuses et un renouvellement pour une deuxième année (certainement en 2018). Et c'est tout à fait mérité car le show créé par Carly Mensch et Liz Flahive est une réussite sensationnelle.

Ruth Wilder (Alison Brie)

1985, Los Angeles. Ruth Wilder, la trentaine, court les auditions sans jamais parvenir à décrocher un rôle intéressant malgré l'implication qu'elle y met et un talent évident. Après un énième échec, une directrice de casting la rappelle pourtant pour lui proposer un rendez-vous à condition d'être prête pour une "expérience spéciale" (mais en promettant qu'il ne s'agit pas d'un porno). Le même soir, Ruth voit arriver chez elle Mark Eagan, son amant, avec lequel elle accepte de coucher une nouvelle fois, toute à sa joie d'avoir un job. 

Sam Sylvia (Marc Maron)

Le lendemain, elle se rend à l'adresse qu'on lui a communiquée : c'est un hangar avec en son centre un ring face auquel, sur des gradins, patientent déjà une bande de femmes de toutes origines et de tous âges. Sam Sylvia, un réalisateur de séries Z, leur détaille alors le projet qui les réunit : il s'agit de monter un spectacle de catch féminin pour une chaîne de télé. Cette proposition saugrenue en fait fuir quelques-unes, mais pour la douzaine qui reste c'est une opportunité unique pour avoir un boulot. Parmi elles, Ruth tente sa chance.

Les futures Georgeous Ladies of Wrestling

Sam a soigné son affaire : il distribue à chacune un rôle et un scénario afin que le divertissement soit assuré. Toutefois, ses initiatives rendent perplexes Sebastian "Bash" Howard, le jeune producteur, un fils à maman de bonne famille mais réellement passionné par la lutte : il préférerait jouer sur des stéréotypes (permettant aux téléspectateurs de s'identifier facilement) et plus de légèreté. Entre temps, Debbie Eagan, la femme de Mark et meilleure amie de Ruth, a appris la liaison de ces deux-là et annonce à la dernière qu'elle ne veut plus la fréquenter. Cette scène inspire à Sam une idée : faire combattre les deux rivales.

Justine Biagi (Brit Baron)

L'entraînement commence . Les filles font preuve de bonne volonté même si certaines ne s'entendent pas toujours cordialement (Cherry, la coach, et Melanie). D'autres sont rattrapées par leur passé (Sheila vit cette expérience comme une sorte de test après avoir avoir été longtemps seule), par leur famille (Carmen est issue d'une famille où son père et ses deux frères sont des catcheurs professionnels), ou doivent composer avec les préjugés de leurs personnages (Arthie, une indienne jouant une libanaise terroriste). Mais surtout, après d'âpres négociations et parce qu'elle ne veut plus occuper le domicile conjugal  (malgré la menace d'un divorce et la perte de la garde de son bébé), Debbie rejoint la troupe dont Sam lui a garantie qu'elle serait la vedette. 

A l'entraînement

Alors que Ruth galvanise ses camarades en prenant elle-même très à coeur la composition de son personnage, Sam doit se démener avec Rhonda, une de ses lutteuses qui couche avec lui, et Justine, qui se comporte comme une groupie étrange avec lui. Debbie lui impose aussi ses caprices quand elle estime ne pas trouver parmi les filles une adversaire digne de la mettre en valeur... Jusqu'à ce que le réalisateur lui fasse admettre que Ruth est parfaite pour cela. Mais Ruth découvre qu'elle est enceinte de Mark et s'en ouvre à Sam qui l'accompagne jusqu'à une clinique pour qu'elle avorte selon son souhait.

Sebastian "Bash" Howard (Chris Lowell)

Tandis qu'une salle doit être louée pour tourner le "pilote" du show, "Bash" est mortifié lorsque, après une réunion avec les cadres de la chaîne télé, il avoue à Sam que sa mère lui a coupé les vivres. Tout le projet est compromis... A moins de profiter des circonstances. Les filles s'emploient alors à collecter de l'argent tout en s'attelant à la confection de leur costumes et accessoires. Et "Bash" les entraîne chez sa mère qui organise une collecte de fonds pour de jeunes toxicomanes au cours de laquelle il présente les lutteuses comme d'anciennes junkies qui se sont réhabilitées par le sport. Sa mère lui confisque les dons de ses invités mais consent à lui prêter une salle de danse pour le tournage.

"Zoya la destructrice" et "Fortune Cookie" (Alison Brie et Ellen Wong)

Sam, qui s'est soûlé lors de la soirée et a fait des avances à Justine, apprend, sidéré et dévasté, que celle-ci est sa fille, conçue avec une aventure sans lendemain. Il n'assiste pas aux répétitions du show que régit Ruth après la défection de Debbie, qui a décidé de donner une seconde chance à Mark. Quelques filles, pour remplir la salle, vont offrir des places à des spectateurs patientant devant un cinéma qui projette "Retour vers le futur". Le spectacle peut commencer.

Debbie "Liberty Belle" Eagan (Betty Gilpin)

Les Georgeous Ladies Of Wrestling enchaînent les combats avec un abattage irrésistible devant un public de plus en plus déchaîné, parmi lequel se trouvent Debbie et Mark, qui ne cesse de se moquer d'elles. Quand arrive le final, agacée, Debbie défie Ruth dans son rôle de "Zoya la destructrice soviétique" et monte sur le ring l'affronter en tant que "Liberty Belle". C'est la folie dans les gradins et sous les yeux de Sam et Justine tandis que deux caméramen enregistrent tout... Quelques jours après, les filles sont toutes réunies devant un poste de télé pour regarder la diffusion de la première émission, même Debbie qui n'a pas encore complètement pardonné Ruth.

Il y a quasiment dans GLOW tous les ingrédients pour provoquer les ricanements du téléspectateur et l'inciter à douter de la qualité d'une série pareille, mais c'est aussi comme si les deux créatrices du show, Liz Flahive et Carly Mensch, avaient volontairement choisi de cumuler toutes ces difficultés pour nous prouver, selon la formule bien connue, qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture.

Nous voilà transportés en 1985 avec ses looks improbables, ses coupes de cheveux impossibles, sa musique ringarde, dans le monde du catch, féminin de surcroît : plus kitsch tu meurs ! En comparaison avec d'autres séries qui explorent notre passé récent (comme par exemple l'excellent The Americans et son couple d'espions russes infiltrés aux Etats-Unis), rien ici ne paraît voler bien haut mais invite plutôt à la rigolade régressive.

Erreur ! Car ce qui distingue GLOW, c'est que derrière son titre acronyme (pour Georgeous Ladies of Wrestling, soit les Superbes dames du Catch), se cache un tout autre défi, beaucoup plus fin, nuancé et touchant. Loin de ridiculiser ses héroïnes, la série les sublime en nous offrant une prodigieuse galerie de caractères, interprétée par des actrices qui s'emparent de leurs personnages avec la même communicative énergie que les lutteuses montent sur le ring.

Il est donc question de féminisme dans cette affaire mais sans discours pontifiant : le seul point commun que partage cette troupe de filles, c'est d'en être arrivés là comme au terminus. Ce job de lutteuses, c'est leur dernière chance de briller, d'exister, de s'assumer, s'assouvir une passion. Certaines se saisissent de leur partition avec crânerie, sans beaucoup de sérieux au début, et créent puis doivent assumer les tensions qu'elles provoquent. D'autres veulent s'inscrire dans une tradition familiale, ou bien re-goûter à une vie sociale pour fuir la solitude, la marginalité. Toutes leurs motivations sont formidablement détaillées et bien cernées, ce qui permet au téléspectateur de les identifier facilement alors que le casting est fourni.

En parallèle l'histoire, riche en rebondissements, tour à tour dérisoires ou graves (il est question autant d'apprendre les gestes du catch que d'assumer un avortement), montre habilement la progression du spectacle en train de se construire, depuis la réunion inaugurale dans un hangar douteux jusqu'au tournage dans une salle de danse en passant par la vie dans un motel privatisé, les rencontres avec le sponsor, les réunions avec les décideurs de la chaîne, la participation (épique) à une collecte de fonds de la dernière chance. Savoir mêler l'intime (la vie des filles entre elles et de chacune, avec en point d'orgue la relation abîmée de Ruth et Debbie) et le spectacle (avec les entraînements, les répétitions, la composition des personnages de lutteuses, jusqu'au final flamboyant) est la grande réussite du show.

J'ai évoqué plus haut la contribution des actrices et la distribution est effectivement extraordinaire : Britney Young ("Machu Picchu"), Jackie Thon ("Melrose"), Sydelle Noel ("Junk Chain"), Kia Stevens ("Tax Queen"), Kate Nash ("Britannica"), Brit Baron ("Scub"), Gayle Rankin ("She-Wolf"), Ellen Wong ("Fortune Cookie"), Sunita Mani ("Beyrouth"), elles sont toutes fabuleuses. Mais la série doit énormément aussi à l'épatant Marc Maron (loser attachant), Chris Lowell (petit bourge sympa), et surtout au duo formé par Betty Gilpin ("Tu es Grace Kelly. Grace Kelly sous stéroïdes." dixit Sam Sylvia à sa "Liberty Belle") et Alison Brie (inouïe de pep's et d'émotion - si elle ne finit pas par décrocher un Emmy award avec ce rôle, je n'y comprends rien).

Même s'il y flotte une mélancolie troublante, GLOW est un concentré de bonne humeur, une série en état de grâce, un exercice d'équilibre virtuose. Vous savez ce qu'il vous reste à faire si vous ne l'avez pas encore vu !