Affichage des articles dont le libellé est Lonnie Nadler. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lonnie Nadler. Afficher tous les articles

vendredi 19 juillet 2019

AGE OF X-MAN : OMEGA #1, de Lonnie Nadler, Zac Thompson et Simone Buonfantino


Comment conclure une histoire déjà nulle et dont rien ne subsistera ? En continuant à faire n'importe quoi : au moins, voilà quelque chose qu'on ne retirera pas à Age of X-Man : Omega puisque c'est aussi consternant que prévu. Après ça, on ne peut pas faire pire.


Nate Grey/X-Man est donc démasqué et tous les mutants qu'il a transporté dans un nouveau plan d'existence ont graves les boules. Son utopie s'est lamentablement cassé la gueule.


Le bougre qui s'est pris pour Dieu tente bien d'expliquer à ses semblables qu'il a voulu bien faire et il s'en trouve un ou deux pour presque l'excuser, même s'il a été maladroit. Mais bon, la majorité veut lui flanquer une rouste.


Il est quand même fumasse, X-Man, avec ces ingrats de mutants. Puisque c'est comme ça et qu'ils préfèrent rentrer dans leur monde qui les hait, soit. Mais alors qu'ils partent tous !


Magneto ferme le ban pendant que Nate Grey mesure son échec. Le maître du magnétisme reste encore un peu parce qu'il a une idée derrière la tête - que X-Man, en bon télépathe, a déjà devinée.


Le double de Magneto dans cette dimension veut concrétiser l'utopie que Nate Grey a foiré. Mais évidemment, il lui faudra sacrifier quelque chose pour ce projet... Quoi ? Ben, on s'en fiche car c'est la fin.

Même si Age of X-Man : Omega ne le mérite pas, la morale de cette conclusion foireuse m'a fait penser à cette superbe phrase d'Albert Cohen dans Le Livre de ma Mère : "Dieu m'aime si peu que j'en ai honte pour lui."

Et les editors de la franchise "X" aiment si peu leurs lecteurs qu'ils leur ont infligé un dernier navet avant de passer à autre chose. Entre la miriade de mini-séries estampillée Age of X-Man et le run  abominable de Matthew Rosenberg sur Uncanny X-Men paru en parallèle, on peut dire que ces derniers mois ont sûrement ce qu'on a pu lire de pire sur les mutants depuis une paie.

Faut-il alors consacrer une critique en bonne et due forme à cet épilogue ? Ou déjà espérer pour le futur ? Je choisis la seconde option.

En effet dès la semaine prochaine sera publié :


House of X par Jonathan Hickman et Pepe Larraz (avant, la semaine suivante, Powers of X, toujours par Hickman mais cette fois avec RB Silva) : c'est un petit miracle avant même de l'avoir lu car Marvel a réussi l'impensable, garder secrète l'histoire de ces deux mini-séries hebdomadaires en six parties chacune.

Du coup, la hype est à son maximum, et pour le prouver, il suffit de se balader sur les réseaux sociaux et sites spécialisés pour lire toutes les théories échafaudées par les fans et les journalistes qui tentent de savoir de quoi ça va parler exactement.

Hickman, qui avait quitté Marvel après la saga Secret Wars (pour se consacrer à des séries en creator-owned) et qu'on annonçait chez DC (pour reprendre Legion of Super-Heroes - finalement relancée par Bendis), a déclaré avoir élaboré son projet depuis l'enfance.

Il a en tout cas obtenu les pleins pouvoirs en convaincant Marvel de stopper toutes les séries "X" en cours le temps de la parution de HOX (et POX) ! Il ne s'est pas non plus privé, récemment, de tailler un beau costard à Rosenberg, sans le citer, mais en ciblant explicitement le fait qu'un auteur devait laisser les lieux dans l'état où il les avait trouvés pour son successeur (autrement dit sans avoir commis des histoires dont le rétablissement seraient top acrobatiques).

En vérité, Hickman opère comme un editor dans une franchise où les editors sont, depuis bientôt trente ans, très interventionnistes et avancent sans direction cohérente. Il y a eu de bons scénaristes pour les mutants, des artistes excellents, mais plus de vraie ligne éditoriale d'ensemble depuis les années Claremont et Simonson. Hickman prétend corriger cela, de manière radicale.

Je n'ai pas toujours été client de Hickman (ses Fantastic Four m'ont souverainement déplu et j'ai apprécié ses Avengers une fois qu'il ne les écrivait plus). Son style est plus story-driven que character-driven, d'ailleurs on lui reproche volontiers son manque d'empathie pour les héros et des intrigues touffues et trop calculées. 

Pourtant, il me semble que c'est ce qu'il faut aux mutants aujourd'hui, une vraie remise à jour, un vrai plan, un retour aux fondamentaux et aussi de la nouveauté - pour sortir des éternelles histoires de persécution, de métaphores des droits civiques. Je pense que Hickman peut être l'homme de la situation, il s'engage pour longtemps, a une vision cohérente et personnelle à la fois, et s'appuie sur deux très bons dessinateurs en devenir (Larraz et Silva, tous deux mis en couleurs par Marte Gracia). Il semble aussi que Marvel laisse à Hickman le champ libre pour un bon moment (même si une fois HOX - et POX - terminée, il n'écrira plus que le titre de tête des X-Men - sans doute un relaunch de Uncanny ou New X-Men), donc sans crossover ni event perturbateurs.

Ce sera un quitte ou double. Pour moi qui a grandi avec les X-Men, les voir vraiment repartir du bon pied, durablement, serait un vrai rêve. Je croise donc les doigts.

vendredi 14 juin 2019

AGE OF X-MAN : MARVELOUS X-MEN #5, de Lonnie Nadler, Zac Thompson et Marco Failla


C'est la fin de Marvelous X-Men, mais pas encore celle de Age of X-Man : en effet, on découvre, à la dernière page de ce cinquième épisode, qu'il y aura une conclusion générale (Omega #1). On voit mal ce que cela apportera de plus, tant l'histoire de Lonnie Nadler, Zac Thompson et Marco Failla est déjà à bout de souffle...


Psylocke accueille les X-Men sur la scène de crime dont Moneta, une agent du Dépaertement X, est la victime. X-23 renifle l'endroit et détecte l'odeur de Colossus, qui vient de déserter l'équipe. Puis Nature Girl sonde plus profond.


Elle découvre en vérité que c'est En Sabbah Nur/Apocalypse qui a tué Moneta, mais qu'il est le jouet de X-Man depuis le début - un personnage dans un scénario plus vaste, conçu pour occuper les X-Men. Mais après ?


De retour à leur Q.G., les X-Men s'en remettent à Jean Grey qui en analysant leurs esprits confirment que Nate Summers a trafiqué leurs souvenirs et fabriqué une réalité alternative.


Ces révélations forcent le groupe à réestimer leur engagement vis-à-vis de leur leader. Ils sont prêts à l'affronter pour connaître la vérité sur son projet. Mais X-Man n'ignore rien de ça : il est même prêt à faire face.
  

Pour avoir créé ce monde alternatif trop vite, il en mesure les failles désormais. En se présentant face aux X-Men, il subit d'abord leur courroux et leurs coups. Puis il les maîtrise pour les obliger à l'écouter se justifier...

Depuis bientôt un an, on mesure, comme X-Man, les failles non pas de cette collection de mini-séries estampillées à son nom mais de la gestion de la franchise mutante. Oh, certes, ce n'était déjà pas brillant avant, mais là, on est dans le grand n'importe quoi. On est très loin du temps de "Marvel Now !" avec des titres comme Wolverine and the X-Men, All-New X-Men, Uncanny X-Men, Uncanny X-Force, avec des auteurs comme Aaron, Bendis, Remender.

D'un côté, Matthew Rosenberg écrit Uncanny X-Men avec les mutants que X-Man n'a pas entraînés dans son délire messianique ; de l'autre donc on a une multitude de mini-séries avec un argument bien trop minces pour toutes les justifier et dont ce Marvelous X-Men résume l'échec éditorial.

Car, enfin, fallait-il peu d'inspiration pour croire qu'avec une idée déjà vue comme un monde pour les mutants par les mutants mais avec un grain de sel qui ferait tout dérailler on puisse tenir un tel échafaudage ? 

Lonnie Nadler et Zac Thompson ont fait illusion au départ avec leur équipe de mutants sauveteurs, mais depuis leur récit pique irrémédiablement du nez, exposant les crises de conscience de ses personnages face à la grande manipulation d'un d'entre eux. Il a fallu cinq épisodes pour que tous comprennent le pot-aux-roses et se révoltent ! Et donc, un épisode supplémentaire devra boucler tout cela... Il est vraiment temps que ça s'arrête. Pour mieux (espérons-le, mais ça ne sera pas difficile) renaître avec Jonathan Hickman, bien décidé à faire le ménage (et en ayant convaincu le staff éditorial de le laisser faire).

Marco Failla est au diapason de ses auteurs : plutôt engageant au début, ce dessinateur est en vérité bien faible. Les décors sont de moins en moins fouillés (quand il y en a), les personnages moins expressifs, c'est lisse, plat, sans saveur.

Les plus déclinistes des fans des mutants disent leur accablement depuis longtemps, malgré quelques titres qui se sont distingués. On touche le fond, il ne reste plus qu'à rebondir. A partir du mois prochain se jouera vraiment l'avenir de la franchise "X" car si un architecte comme Hickman n'y arrive pas, personne n'y arrivera. 

lundi 20 mai 2019

AGE OF X-MAN : MARVELOUS X-MEN #4, de Lonnie Nadler, Zac Thompson et Marco Failla


Bon, on ne va pas se cacher : c'est pas bon. Age of X est devenu pénible à lire, quelle que soit la série dérivée de ce concept déjà pas bien original (ce n'est rien de plus qu'une énième histoire de réalité parallèle qui se casse la gueule). Lonnie Nadler et Zac Thompson nous refont le même coup mois après mois - un mutant découvre que quelque chose cloche - , et Marco Failla échoue complètement à dessiner cela de manière intense. Marvelous X-Men ? Pas vraiment.


Londres célèbre le "Xavier's day" et une foule compacte de mutants a investi les rues de la capitale britannique pour délivrer ses voeux pour la communauté. Le département X est aux aguets car il craint une intervention de En Sabah Nur.


Il apparaît en effet et enjoint une nouvelle fois les mutants à s'aimer librement. La situation échappe aux autorités. Les X-Men interviennent mais lorsque Colossus veut attraper Kitty Pryde, elle phase et il lui revient des images de leur romance.


En Sabah Nur s'éclipse. La foule est dispersée par Jean Grey. A leur Q.G., les X-Men réfléchissent à la suite. Mais un flash info les interrompt pour signaler l'apparition de plusieurs fissures dans le monde, montrant des images troublantes.


Tandis que Jean et Nate Summers partent s'occuper de ces phénomènes, Colossus s'isole dans ses quartiers. Perturbé par ce qu'il a vu au contact de Kitty Pryde, il déserte. Mais une brigade du département X se présente pour l'arrêter. Il résiste violemment.
  

Jean et Nate font disparaîtrent les fissures mais les images que voient Jean la dérangent de plus en plus. Elle exige des explications à Nate qui paraît en connaître la nature. Au matin, Nature Girl réveille X-23 : un meurtre a eu lieu.

J'en ai déjà fait part dans de précédents critiques au sujet de Marvelous X-Men mais aussi Prisoner X (le seul autre titre estampillé Age of X-Man que je suis) mais il me semble acquis que le souci de ce crossover tient à son format.

Pour qu'il dure le temps que l'histoire actuelle d'Uncanny X-Men se déroule (soit le temps que Matthew Rosenberg s'évertue à tuer quelques mutants dont Marvel souhaite apparemment se débarrasser), pléthore de mini-séries ont vu le jour pour décrire cette réalité parallèle créée par Nate Summers. Trop de mini en fait et pour un concept bien mince et déjà vu.

En toute logique, les épisodes des unes répétent fréquemment ce que ceux des autres disent. Il était donc inutile de multiplier les points de vue sur cet Age of X-Man pour n'avoir que si peu de choses à raconter. Il aurait été plus judicieux et économique de penser cela comme une seule mini-série englobant les situations les plus évocatrices, à la manière de House of M.

Mais de toute façon, la vérité, c'est que Uncanny X-Men comme tout ce qui compose Age of X-Man est condamné. En Juillet, Jonathan Hickman va commencer la publication de deux mini-séries (House of X, Powers of X), et,ce qu'on ignorait encore le mois dernier, c'est que cela concordera avec l'annulation de toutes les séries "X" ! Exit Uncanny, X-Force, Mr and Mrs X ! Hickman a convaincu Marvel de faire table rase pour marquer le coup mais surtout pour vraiment instaurer un nouveau statu quo, une Phase I, qui sera suivi d'une Phase II (où Hickman écrira une série mensuelle, qui sera le nouveau vaisseau amiral de la franchise - aux côtés d'une relance d'un titre Wolverine certainement, entre autres).

Quel que soit ce que prépare Hickman, cela me paraît plus que bienvenu : nécessaire. Cela fait trop longtemps, et Age of X-Man en est le dernier produit, que la franchise mutante ne ressemble plus à rien. C'est un malade sous perfusion, que ni Aaron (période Wolverine et les X-Men), ni Bendis (période All-New X-Men-Uncanny X-Men), ni Remender (période Uncanny X-Force puis Uncanny Avengers) n'a su durablement cimenter, agréger, restaurer en profondeur. Il faut arrêter ces conneries de mini-séries, de crossovers, de relaunchs, revenir aux basiques et proposer un concept général pour toute la collection "X". Hickman agit en vérité comme un editor, plus lucide et radical que tous les editors (réputés interventionnistes mais peu inspirés) des titres mutants depuis belle lurette.

Avoir récupéré un architecte comme Hickman et lui donner les coudées franches est la meilleure décision, quelle que soit ce qu'il va raconter (il a suggéré vouloir axer son plan sur une période passée des X-Men pour en ouvrir une nouvelle, et des visuels montrent les retours au premier plan de Cyclops, Jean Grey, Wolverine, Kitty Pryde, mais aussi Charles Xavier et Magneto ou Mystique et Emma Frost). C'est, il faut bien le dire, plus prometteur que du Lonnie Sandler, Zac Thompson et compagnie (tout comme Pepe Larraz et R.B. Silva sont plus costauds que Marco Failla).

Vivement Juillet donc.      

samedi 13 avril 2019

AGE OF X-MAN : MARVELOUS X-MEN #3, de Lonnie Nadler, Zac Thompson, et Marco Failla


Le risque quand on dilue une saga en plusieurs mini-séries, c'est une redondance prévisible de l'une à l'autre. La publication serrée des divers titres Age of X-Man le prouve à mesure que les personnages prennent conscience des anomalies de la réalité réécrite dans laquelle ils évoluent. Marvelous X-Men de Lonnie Adler, Zac Thompson et Marco Failla en témoigne avec ce troisième épisode, plaisant mais répétitif.


Les X-Men interviennent à Freeport, dans les Bahamas, en proie à une violente tempête. L'équipe se consacre au sauvetage des habitants et des animaux pendant que Storm jugule les éléments déchaînés.


La mission est un succès et, de retour à leur base, Nightcrawler allume la télé pour voir comment les médias ont couvert leur action. Mais En Sabbah Nur s'exprime à nouveau sur le sort des mutants et les lois liberticides en vigeur.


Ces propos divisent le groupe en deux : d'un côté, Jean Grey, Nature Girl, Colossus et Magneto considèrent cela comme une menace à l'ordre public ; de l'autre, Nightcrawler, X-23 et Storm pensent qu'il s'agit de liberté d'expression.
  

Storm force la porte de la chambre de Magneto pour le confronter aux visions qu'ils ont eu d'un passé commun et dramatique. Pour Magneto, le sujet est douloureux et implique de mater la rébellion de En Sabbah Nur.


X-Man les surprend et ils comprennent alors qu'il les manipule mentalement depuis le début. Près à le combattre, Storm et Magneto sont stoppés et renvoyés à la base. X-Man a besoin de rester seul pour réfléchir à la suite, refusant que son ordre des choses soit bouleversé...

Une semaine après avoir suivi Lucas Bishop, ancien membre des Marvelous X-Men, en prison et sujet lui aussi à des visions troublantes de son passé, assister au même spectacle chez Storm et Magneto pointe inévitablement les limites du projet Age of X-Man.

C'était prévisible. Etait-ce évitable ? Non, car, éditorialement, en multipliant les mini-séries autour d'un même concept au lieu de concentrer l'intrigue en une grande saga ou moins de titres, les auteurs et les editors se sont mis tout seuls dans le pétrin. Cela traduit bien le manque d'originalité de l'argument central (déjà exploité de nombreuses fois) et donc les conséquences qui en découlent.

Malgré tout, on ne peut pas blâmer Lonnie Nadler et Zac Thompson pour leur inefficacité : leur histoire est bien menée et creuse bien les bouleversements progressifs des membres de l'équipe. En impliquant Storm (qui ne considère pas En Sabbah Nur et ses rebelles à l'ordre établi comme des menaces) et Magneto (qui veut au contraire les mater pour préserver le statu quo), les scénaristes offrent un face-à-face intense et intelligemment construit. C'est aussi l'occasion de voir Storm bien traîtée, bien mieux en tout cas qu'elle ne l'a été depuis de nombreuses années (à savoir autrement que comme une déesse hautaine et qu'on case n'importe où, y compris en la réduisant à la femme de Black Panther ou l'amante de Wolverine ou Nightcrawler).

Ce qui est aussi appréciable, c'est le rôle donnée à l'équipe des X-Men, qui n'ont plus de méchant à corriger, mais interviennent comme des sauveteurs. Est-ce que Jonathan Hickman qui reprendra la franchise en Juillet dans deux mini-séries (House of X / Powers of X) continuera dans cette voie-là (sachant qu'il veut sortir les mutants de leur rôle de persécutés et de marginaux) ? En tout cas, c'est une idée vraiment intéressante.

Bien que le scénario s'appuie peu sur l'action et beaucoup sur les dialogues, les dessins de Marco Failla contribuent grandement à rendre la lecture rythmée. L'artiste fait parfois quelques fautes de composition dans ses plans, sans doute dûs à un découpage maladroit, mais dans l'ensemble, il produit des images avec une belle variété.

Qu'il s'agisse de montrer les X-Men en intervention (une pleine page efficace) ou divisés après une dispute (un "gaufrier" tout simple) ou encore de souligner l'aspect christique de X-Man planant au-dessus de la Terre comme le pseudo-démiurge qui en a réécrit la réalité, Failla ne faillit pas (pardon...). Et les couleurs de Matt Milla sont superbes.

Les coutures sont un peu grossières, mais Age of X-Man : Marvelous X-Men ne manque pas d'atouts et demeure plaisant, à défaut d'être abouti. 

vendredi 15 mars 2019

AGE OF X-MAN : MARVELOUS X-MEN #2, de Zac Thompson, Lonnie Nadler et Marco Failla


L'univers alternatif d'Age of X-Man a produit des mini-séries à la qualité très variable, mais Marvelous X-Men s'est imposé naturellement par sa solidité et son rôle central. L'intrigue de Zac Thompson et Lonnie Nadler n'a pas le temps de traîner et le lecteur appréciera son évolution rapide, tout comme le dessin propre et efficace de Marco Failla.


Central Park, New York. En Sabah Nur/Apocalypse tient un meeting où il exhorte la foule présente à assumer ses sentiments, à s'accorder le droit d'aimer, en violation des règles de ce monde.


Ainsi embrasse-t-il son propre fils, Genesis, et présente-t-il une de ses fidèles, Kitty Pryde. A l'écart, les X-Men observent la scène et si certains n'y voient rien de mal, d'autres trouvent cela indécent et veulent agir.


Un mouvement trop impulsif et agressif de X-23 provoque une tension entre l'équipe et les supporters d'Apocalypse. Ce dernier intervient en soulignant que son mouvement condamne la violence. Colossus croise le regard de Kitty Pryde.


De retour à leur base, les X-Men débriefent leur sortie. Les avis sont toujours aussi divisés. X-Man pense qu'il faut attendre pour voir si Apocalypse est une menace à l'ordre. Colossus s'emporte et quitte la table.


Après une visite en compagnie de Jean Grey et X-23 au Département X pour solliciter une enquête discrète sur Apocalypse et son mouvement, Magneto se retire dans ses quartiers du Sanctuaire X. Il est troublé par des visions du passé et observé, sans le savoir, par Storm, tout aussi perturbée...

Le format même d'Age of X-Man définit son projet : des mini-séries entrelacées, en cinq parties, encadrées par un prologue et un épilogue, avec en ligne de mire le rattachement à la continuité d'Uncanny X-Men, les retrouvailles des mutants du monde façonné par X-Man et le notre, avec Wolverine et Cyclops réunis.

On est donc dans une narration serrée, voire compressée, où les auteurs ne doivent pas perdre de temps pour raconter ce qu'ils ont tête. Le plan aboutit à des histoires plus ou moins passionnantes et diversement illustrées, mais avec une cohérence assez remarquable, un point de vue original.

Le premier épisode de Marvelous X-Men présentait un groupe de mutants sauveteurs dans une société dystopique dont l'apparente harmonie dissimulait une vraie répression. X-Man/Nathan Summers avait en effet proscrit l'amour pour éviter toute complication relationnelle. Lucas Bishop ayant enfreint cette règle, il a été effacé des mémoires de ses co-équipiers et jeté en prison (voir Prisoner X). Puis une menace a surgi, surprenante à plus d'un titre...

Zac Thompson et Lonnie Nadler ont eu l'idée apparemment saugrenue mais en vérité malicieuse et maligne de faire d'Apocalypse non plus un méchant exterminateur de mutants, lui le premier de cette espèce, mais une sorte de protestataire libertaire, pronant l'amour. Loin de n'être qu'un clin d'oeil, l'idée aboutit à un bouleversement et va miner les X-Men.

Colossus croise Kitty Pryde, Magneto se rappelle de son passé criminel, X-23 de sa formation par Wolverine : Apocalypse agit comme une bombe à fragmentation avec un dispositif à retardement. Sa seule présence suffit à déstabiliser tout le monde et aussi vrai que le monde de Nathan Summers est faussement idyllique, aussi efficacement les émotions refoulés des X-Men leur sautent au visage.

Cela change très agréablement des sempiternelles rengaines sur les mutants persécutés, les métaphores sur les droits civiques et autres fêtiches usés auxquels les scénaristes des X-Men nous ont habitués, jusqu'à saturation. L'argument est ici plus pernicieux, sournois, et interroge différemment la "mutanité", en suggérant que le ver est dans le fruit, que les mutants n'ont besoin de personne à l'extérieur pour aller mal. Et si, en vérité, les X-Men se faisaient un film, se victimisaient plus que de raison ? On aimerait qu'à la fin de tout ça, Marvel propose enfin des histoires avec ces personnages se comportant non plus comme une minorité opprimée ou parano et davantage comme des héros "normaux" (la dernière fois qu'on a lu quelque chose comme ça, c'était avec les Astonishing X-Men de Whedon et Cassaday).

Le dessin sage de Marco Failla n'est pas une faiblesse. Au contraire, son classicisme, sa netteté, sa modestie, servent idéalement le propos. Il laisse à penser que tout est effectivement impeccable dans cette réalité avec des X-Men présentant bien, des décors harmonieux, des couleurs acidulées.

Du coup, cela fait mieux ressortir la gangrène de cet univers. Non, tout n'est pas beau, serein, immuable. On peut même penser que X-Man, comme d'autres qui ont tenté de réécrire l'histoire avant lui (comme Scarlet Witch dans House of M) a laissé, inconsciemment, un grain de sable dans les rouages, appelé à tout dérégler, à provoquer l'implosion de son projet.

C'est perceptible dans le découpage de Failla, qui au début aligne les pages bien ordonnées, avec des compositions précises, favorisant la lisibilité, puis, à la fin, enchaine des pages avec des montages plus éclatées (bien que ça reste très modéré). L'usage sur une page d'un "gaufrier" pour mettre en scène les visions de Magneto a un effet oppressant, simple mais accrocheur.

Mine de rien, Age of X-Man : Marvelous X-Men est donc une jolie petite réussite, dont le potentiel est évident. Et qui pourrait inspirer le futur de la franchise ?

vendredi 8 février 2019

AGE OF X-MAN : MARVELOUS X-MEN, de Zac Thompson, Lonnie Nadler et Marco Failla


Marvelous X-Men est la première mini-série déclinée de Age of X. Mais dans la mesure où elle exploite les mêmes personnages que dans le prologue (Alpha), avec les mêmes scénaristes, il n'est abusif de dire qu'il s'agit de sa prolongation directe, son vaisseau amiral, le titre autour duquel vont graviter les autres. Cette fois, Zac Thompson et Lonnie Nadler sont accompagnés par le dessinateur Marco Failla.


Alors que les membres des X-Men profitent de leur temps libre, une alerte les ramène au Sanctuaire X. Un gigantesque feu de forêt s'est déclaré à Los Angeles et menace Cerebro West, un centre pour jeunes mutants.


Les X-Men se rendent sur place avec pour chacun une mission précise : Colossus et Nature Girl portent secours aux animaux de la forêt, Storm déclenche une averse pour éteindre les flammes, X-Man détourne un avion de ligne en approche.


Nightcrawler téléporte Magneto, Jean Grey et X-23 dans Cerebro West pour évacuer les enfants et les nouveaux nés dans leurs couveuses. Magneto consolide la structure de l'immeuble. X-23 a un flash en découvrant les couveuses.
  

Elle se souvient de sa soeur Gabby sans comprendre d'où vient ce souvenir. La mission est un succès et les médias célèbrent les héros tout comme les enfants. Les X-Men peuvent rentrer chez eux avec le sentiment du devoir accompli.


Mais X-23 s'ouvre à X-Man à propos de sa vision et il lui confirme l'existence de sa soeur avant d'effacer sa mémoire à nouveau. Le lendemain, Jean Grey a une violente crise en interceptant un message télépathique de résistants au régime : Apocalypse, Genesis et Kitty Pryde - que les X-Men ne connaissent pas...

Il s'agit donc moins d'une déclinaison que d'une suite au prologue Age of X-Man : Alpha, ce qui situe Marvelous X-Men comme la mini-série mère du projet. Encore une fois si le principe de cette réalité alternative, créée par X-Man, n'est pas neuf, il est efficacement développé.

Ce qui m'a lassé avec les histoires de mutants depuis de nombreuses années, rarement bousculé (hormis dans Wolverine et les X-Men, et All-New X-Men), c'est à quel point les scénaristes (souvent forcés pas les editors de la franchise "X", réputés pour leur interventionnisme) tournaient en rond, ressassant encore et toujours le thème de la persécution, la métaphore des droits civiques. 

On le sait, à l'origine, Stan Lee avait imaginé les X-Men comme sa version de la lutte menée par les activistes comme Martin Luther King et Malcolm X en faveur des afro-américains. Mais même si Chris Claremont a su ensuite traiter les personnages plus comme des héros que comme des victimes d'une communauté, le noeud du problème demeurait : les mutants étaient considérés comme des parias, au ban de l'univers Marvel (quand bien même certains devenaient des Avengers).

En investissant le champ d'une réalité parallèle, Zac Thompson et Lonnie Nadler se donnent en fait de l'air et s'autorisent à écrire les X-Men comme des héros. Certes dans un environnement artificiel et, on l'a vu dans le prologue, vicié, mais tout de même. Ce ne sont plus des personnages s'excusant d'exister ou menacés, mais les vedettes de l'histoire.

Cet épisode les met en scène dans un sauvetage et on apprécie leur complémentarité et leur efficacité en mission. Il n'y a pas (pas encore ?) de grand méchant, "juste" un incendie à maîtriser et des enfants à secourir, rien d'extraordinaire en soi. Mais c'est agréable de lire ces pages où les X-Men ne sont pas montrés comme des freaks effrayants bien qu'altruistes.

En même temps, les deux scénaristes poursuivent leur travail de sape sur le monde réinventé par X-Man, où, pour une raison nébuleuse, les mutants n'ont pas le droit de vivre en couple, de s'aimer librement (parce que cela risquerait de compromettre l'ordre en place ?). Et c'est alors savoureux de constater que le danger provient de résistants qui encouragent à enfreindre ces règles, surtout quand ces contestaires sont Apocalypse, Genesis et... Kitty Pryde (une forme de phase trangressive ?).

Ramon Rosanas cède sa place à Marco Failla au dessin et ce dernier s'en sort très bien. Pour être franc, je ne connaissais pas son travail, juste son nom. Ses pages sont propres, bien composées, classiques. On y entre sans difficulté.

Le trait est simple, clair et souple ; il s'approprie les personnages aisèment et leur donne une belle allure. L'épisode donnant la part belle à X-23 (dont le look a été très modifié - un peu garçonne avec les cheveux courts, et des vêtements évoquant une tenue de viking, avec chaussures à lanières, pantalon noir, gilet beige), on note que Failla n'hypersexualise pas ses personnages féminins (Storm avec un look très élégant, aux influences africaines, et Jean Grey, dans sa tenue de Marvel Girl sans masque, sont également sobrement représentées). Quant aux hommes, ce ne sont pas non plus des culturistes. X-Man, en revanche, a un aspect très christique et caricatural.

Les scènes mouvementées du sauvetage sont bien découpées, le lecteur passent d'un personnage à l'autre de façon très fluide, avec une belle variété dans la valeur des plans et un rythme soutenu. Les couleurs, douces, respectent le dessin sans manger l'encrage.

S'il est encore trop tôt pour juger de la qualité globale du projet, on peut au moins souhaiter qu'une de ses caractéristiques soit retenue quand viendra l'heure de son terme et du "vrai" retour d'Uncanny X-Men : celle que les X-Men peuvent (doivent !) être écrits comme des héros et non comme une sorte de tribu un peu honteuse et marginale.

mercredi 6 février 2019

AGE OF X-MAN : ALPHA, de Zac Thompson, Lonnie Nadler et Ramon Rosanas


Age of X-Man : Alpha est le point d'entrée d'une parenthèse de cinq mois dans l'univers mutant, qui sera décliné en six mini-séries. A l'issue d'une interminable et affligeante saga hebdomadaire de dix semaines, (presque) tous les mutants sont déplacés dans une réalité parallèle. Zac Thompson et Lonnie Nadler nous présentent ce statu quo de manière intrigante, élégamment mis en images par Ramon Rosanas.


Les X-Men - X-Man, Magneto, Jean Grey, Bishop, Storm, Colossus, Nightcrawler, Nature Girl - raisonnent calmement une fillette mutante, Luna, dont le pouvoir a pétrifié les habitants. Reconnaissants, ceux-ci félicitent leurs héros.


X-Man emmène la fillette à l'institut Summers dirigé par Angel qui le lui fait visiter et où elle va apprendre à maîtriser ses pouvoirs. Puis l'équipe se réunit au Sanctuaire X, évoquant à la demande de Nature Girl le début de cette ère.


Chacun vaque ensuite à ses occupations, mais X-Man a remarqué la proximité entre Bishop et Jean Grey, qui finissent d'ailleurs la nuit ensemble à l'insu des autres. Bishop, pourtant, pense qu'il s'agit d'une erreur dangereuse.
  

De retour chez lui, il est appréhendé par trois agents du Département X - Moneta, Iceman et Psylocke. Une sonde télépathique confirme son écart de conduite. Toute trace de lui disparaît.


Le lendemain matin, X-23 remplace Bishop au sein des X-Men, sans que personne ne s'en émeuve. X-Man soumet une affaire à l'équipe en leur montrant une affiche où Apocalypse encourage les mutants à vivre leur amour au grand jour...

"Marvel Legacy" puis "Fresh Start" n'ont guère fait avancer la cause des mutants chez Marvel, développant dans un premier temps des séries comme X-Men : Blue / Gold / Red, aux identités vagues (Blue n'était rien d'autre que le suite des All-New X-Men de Bendis, Red la formation pilotée par Jean Grey ressuscitée). Puis les fans de la franchise "X" se sont remis à espérer avec l'annonce du retour du titre emblématique Uncanny X-Men.

Mais les fans ont vite déchanté quand a démarré un prologue hebdomadaire en dix épisodes, écrits par Ed Brisson, Mathew Rosenberg et Kelly Thompson, avec une tripatouillée de dessinateurs. Le résultat, catastrophique, interminable, en parallèle de The Return of Wolverine (tout aussi affligeant) n'a abouti qu'à la résurrection de Cyclops dans une version plus noble (après des années passées à devenir un quasi-terroriste). Pas de chance, pendant ce temps, tous les autres mutants (sauf Wolverine donc, occuper lui aussi à revenir d'entre les morts de son côté) étaient expédiés dans une réalité parallèle à cause de X-Man... Le fils de Jean Grey et Scott Summers de la Terre-295.

Ce n'est pas la première fois que les mutants sont écartés ainsi de l'univers Marvel - cf. L'Âge d'Apocalypse, House of M. Qu'espérer alors de cet Age of X-Man et de ses six mini-séries en cinq épisodes chacune ? Alpha présente le contexte et tease le reste (surtout The Marvelous X-Men en fait). Et brille en fait par sa simplicité.

Les scénaristes Zac Thompson et Lonnie Sadler ne cherchent pas à réinventer la roue. On débarque dans ce monde où les mutants sont majoritaires et vivent paisiblement, un véritable eden façonné par Nathan Grey-Summers. Mais où on devine rapidement que tout est trop beau pour continuer.

L'ambiance est accrocheuse car les auteurs ne cherchent pas à en rajouter. Il leur suffit de montrer les mains de Jean Grey et Lucas Bishop se frôler et le regard interloqué de X-Man pour qu'on comprenne que le ver est dans le fruit. Tout procède ainsi : Colossus a le bras gauche amputé jusqu'au biceps, Nature Girl a des bois de renne sur la tête, Storm est chauve, Jean Grey est habillée comme lorsqu'elle était Marvel Girl, Nightcrawler est devenu le mutant le plus populaire du monde, Magneto est un good guy... Cette somme de détails intrigue, interroge. Choque aussi, comme quand Bishop est arrêté par la force par le trio Moneta-Psylocke-Iceman, puis que personne ne se rend compte de son absence. Et achève de sidérer quand X-Man dévoile une affiche où Apocalypse enjoint les mutants à s'aimer sans réserve.

En prenant le contre-pied d'une prologue spectaculaire au profit de scènes dont la quiétude met mal à l'aise (la visite de l'institut par Angel, avec des élèves rassemblés dans ce qui ressemble plus à un temple sectaire qu'à une école), Age of X-Man : Alpha convainc sans forcer. L'objectif semble moins d'être original que suggestif : il y a quelque chose de pourri (même caché) au royaume des mutants. Et par ricochet, on déduit que Cyclops et Wolverine, plus quelques autres, restés dans notre réalité, vont se réconcilier et s'allier pour ramener leurs amis.

Le plan est donc habile, et il n'y avai vraiment pas besoin de dix semaines, depuis fin Novembre pour le mettre en place (House of M basculait en un épisode quand Quiclsilver persuadait Scarlet Witch de corriger la réalité à la faveur des mutants, idem quand elle prononça le fameux et terrible "no more mutants"). X-Man a piqué sa crise et refait le coup du Messie des mutants, intégrant dans son paradis artificiel le grain de sable qui fera tout dérailler.

On verra comment les séries dérivées exploiteront cette situation, je ne les lirais pas toutes (je vais suivre The Marvelous X-Men, peut-être The Amazing Nightcrawler et Prisoner X), et en Juin prochain, on fera le bilan. Ce sera alors certainement le vrai retour de la série Uncanny X-Men, avec Cyclops et Wolverine en co-leaders.

Visuellement, ce prologue est très beau. L'espagnol Ramon Rosanas avait un peu disparu des radars depuis sa prestation sur Ant-Man (écrit par Nick Spencer, publié dans la foulée du premier film consacré au personnage). Il revient en forme.

C'est un artiste qui convient bien au script de Thompson et Nadler puisqu'il excelle dans les ambiances intimistes, avec un trait sobre et élégant. Les designs ne sont pas de lui, mais de Mike Hawthorne (très inspiré), mais il se les approprie sans problème. On déplorera juste que Triona Farrell ait eu la main aussi lourde pour la colorisation (étonnant de sa part, car elle respecte davantage les artistes sur West Coast Avengers ou Crowded), effaçant carrément des lignes d'encrage (pour un effet pas très heureux).

Bref, c'est encourageant, même si Marvel zig-zague inutilement, donnant le sentiment de gagner du temps (et de vider les poches de ses fans) avant d'en venir au fait (parce que l'équipe éditoriale "X", réputée pour son interventionnisme, n'a pas encore décidé qui animera Uncanny X-Men ?).