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dimanche 20 septembre 2015

Critique 710 : VALERIAN, TOMES 13 & 15 & 18 - SUR LES FRONTIERES & LES CERCLES DU POUVOIR & PAR DES TEMPS INCERTAINS, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE TEMPOREL)


VALERIAN : SUR LES FRONTIERES est le treizième tome de la série (et le huitième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières (avec la participation de Eric Wenger pour les images par ordinateur des pages 19, 34, 35, 36, 51 et 56), publié en 1988 par Dargaud.
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Jal est un agent du SST, désormais sans mission ni attache depuis la disparition de Galaxity (déplacée dans l'espace-temps par le Dieu d'Hypsis). Camouflé sous l'armure d'un extra-terrestre de Néferfalen, il séduit une native de cette région, Kistna, pour lui voler ses pouvoirs psycho-énergétiques, puis force le commandant du vaisseau-paquebot de croisière où il voyageait à lui donner une barge pour regagner, seul, la Terre du XXème siècle.
Sur Terre, au XXème siècle, Valérian et Laureline louent désormais leurs services comme des mercenaires en divers endroits du globe (Russie, Tunisie, Lybie) où plane la menace atomique (centrales nucléaires défectueuses, projets d'attentats), susceptibles de provoquer un cataclysme semblable à celui évité en 1986.
En compagnie de M. Albert, les deux ex-agents du SST traquent un mystérieux individu qui gagne de colossales sommes d'argent pour acquérir du matériel capable de déclencher une catastrophe. Cet homme, c'est Jal, qui espère restaurer la situation de Galaxity dans le continuum espace-temps...
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VALERIAN : LES CERCLES DU POUVOIR est le quinzième tome de la série (et le neuvième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières (avec la participation de Marc Tatou pour les images vidéo des pages 54 et 55), publié en 1994 par Dargaud.
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Leur astronef en panne et sans le sou, Valérian et Laureline échoue sur la planète Rubanis où ils retrouvent les Shingouz, qui leur proposent une affaire grâce à laquelle chacun d'entre eux gagnera beaucoup d'argent. 
Ils rencontrent ainsi le colonel Tlocq, chef de la police, préoccupé par le désordre qui règne dans les cinq cercles de ce monde : le premier cercle est celui de la production lourde - où est remisé l'astronef des deux héros - ; le deuxième cercle est celui des affaires ; le troisième cercle est celui du commerce et des loisirs ; le quatrième cercle est celui de la haute administration, de l'aristocratie et des prêtres ; et le cinquième cercle est celui du pouvoir. A ce dernier, plus personne n'a accès !
Avec l'aide d'un chauffeur de taxi volant, S'tarks (appartenant à un gang de voyous et épris de Laureline), et face à Na-Zultra, une ambitieuse conquérante locale, Valérian et Laureline vont découvrir l'étonnante vérité sur les dirigeants de Rubanis, provoquant du même coup une lutte pour le contrôle de la planète... Dont ils repartiront indemnes et riches.
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VALERIAN : PAR DES TEMPS INCERTAINS est le dix-huitième tome de la série (et le dixième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières (avec la participation de Guillaume Ivernel pour les images infographiques des pages 1, 2 et 31), publié en 2001 par Dargaud.
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La mutlinationale Vivaxis s'attire la colère du Dieu d'Hypsis lorsqu'il découvre leurs projets de création de clones surhumains et immortels.
Ce concept intéresse aussi LCF Sat, archange déchu d'Hypsis, qui voit là une opportunité de régner sur la Terre.
Valérian et Laureline s'en mêlent et arbitre le conflit pour obtenir des réponses sur la situation exacte de Galaxity. Pour doubler Dieu, LCF Sat et Vivaxis, ils croisent des figures familières, rencontrées lors de précédents missions, comme le savant Schroeder, l'ex-pillard Sun Rae, les héros de l'équinoxe (Irmgaal, Ortzog et Blimfin, à partir desquels sont conçus les clones). M. Albert et les Shingouz sont aussi de la partie.
A l'issue de cette aventure, le couple comprend qu'il existe deux trames historiques - l'une basée sur le cataclysme causée sur Terre par Hypsis en 1986 ayant abouti à l'Âge Noir, l'autre basée sur une négociation entre la Terre et Hypsis ayant abouti à l'Âge d'Or. Galaxity n'a pas disparu mais a été déportée dans un super trou noir massif...

Ces trois aventures, bien que distinctes, forment l'avant-dernière saga de la série et de son Cycle Temporel. Après le tome 18, les deux auteurs concluront l'épopée de Valérian et Laureline dans un ultime cycle (tomes 19, 20, 21 : Au bord du grand rien, L'ordre des pierres, L'ouvre-temps) et un épilogue (tomes 22 : Souvenirs des futurs).

Bien que parus à plusieurs années d'intervalles (1988, 1994 et 2001), ces trois épisodes témoignent de la part de Pierre Christin d'une volonté évidente de faire, en quelque sorte, le ménage dans la série : des histoires antérieures y sont régulièrement citées et avec Par des temps incertains, il s'emploie même à en faire la synthèse puis à en dénouer les liens. On trouve même, dans le tome 18, une double page d'introduction avec un tableau permettant de visualiser les chronologies de la série, et l'ordre de lecture des albums, en les distribuant selon leur cycle (temporel et spatial) et leur trame (l'Âge Noir et l'Âge d'Or). Un louable effort qui montre à la fois la complexité narrative de Valérian et aussi sa singularité car la série est arrivée à un point où elle n'a plus de véritables début et fin.

Sur les frontières évoque par son titre Sur les terres truquées et pourrait presque appartenir au Cycle Spatial. Le récit est très efficace, mené sur un tempo alerte, en trois temps : pendant près de vingt pages, on y suit Jal, un membre du SST égaré, puis on retrouve Valérian et Laureline devenus des mercenaires, avant que ces deux lignes narratives ne se rejoignent. Christin mène son affaire avec une authentique maestria, qui fait oublier la décompression déplorable du diptyque précédent (Les spectres d'Inverloch / Les foudres d'Hypsis). Le plan de Jal a quelque chose d'à la fois insensé (provoquer un cataclysme pour rétablir la continuité spatio-temporel) et de poignant (le personnage a imaginé ce projet par désespoir) : il incarne une version extrémiste de Valérian, qui est dans la même situation que lui (plus de mission, plus de hiérarchie).
On retrouvera Jal dans le tome 16 (Otages de l'ultralum), appartenant lui au Cycle Spatial - une autre indication confirmant que Christin veut organiser la série.

C'est aussi dans ce tome 13 que sont introduits des gadgets, à la manière de ceux qu'on peut voir dans James Bond, comme le crétiniseur (sorte de lasso qui abrutit ceux autour duquel il tournoie), le tüm tüm de Lün (un petit alien-caméra), ou le tchoung traceur (qui deviendra un accessoire précieux pour Laureline quand elle sera séparée contre son gré de Valérian - voir tome 16 encore).

Les cercles du pouvoir est devenu remarquable pour sa couverture qui montre un taxi volant : ce véhicule inspirera Luc Besson pour son film Le cinquième élément en 1997 (trois ans donc après la sortie de l'album), auquel collaborera activement Mézières (mais aussi Moebius).
Malgré des séquences très bavardes, qui ralentissent le récit, l'album est très bon, révélant sa qualité au fil des pages : Christin y renoue avec un des motifs qu'il affectionne (et maîtrise), la description d'une planète avec des strates sociales bien définies mais en proie à un désordre grandissant. Les cinq cercles de Rubanis sont inspirés et fournissent un arrière-plan très dense à une intrigue dont le dénouement déjoue les attentes (une grande illusion) et nourrit une critique un peu simpliste mais amusante sur la télévision qui abrutit les masses (et les déforme même physiquement !).
Un autre élément divertissant réside dans le comportement de S'tarks, le chauffeur de taxi, qui s'éprend de Laureline, sans qu'elle éprouve les mêmes sentiments, et qui provoque la jalousie de Valérian : curieusement, la série n'avait jamais joué avec cette situation (un triangle romantique au centre duquel est la jeune femme), et Christin semble d'autant plus s'en amuser qu'il montre qu'un des Shingouz en pince lui aussi pour la belle héroïne (au point de lui donner des informations sans les monnayer !).

Une réplique résume non seulement cette histoire mais également la philosophie de son auteur et elle est prononcé par le colonel Tlocq : "personne ne comprend rien. C'est ça le mystère du pouvoir."

Enfin, Par des temps incertains est un formidable tour de force : Christin accomplit la prouesse de développer un scénario délirant, aux enjeux élevés (par moins que le combat entre Dieu, le Diable et une multinationale qui veut créer des clones surhumains et immortels, concurrençant ainsi les divinités, pour le contrôle de la Terre), et de boucler la boucle entamée 34 ans auparavant. Il arrive à accrocher le lecteur avec une intrigue dont les protagonistes tardent à s'affronter directement tout en citant abondamment des aventures précédentes, en convoquant des personnages antérieurs (qui ne se souviennent pas de leur première rencontre avec Valérian et Laureline puisque l'Histoire de La Terre a été altérée car le cataclysme nucléaire de 1986 ne s'est pas produit).
Bien entendu, il faut être familier de la série pour saisir les finesses de ce récit. En même temps, il semble entendu que les auteurs aient voulu solder tout ce qu'ils avaient bâti pour se lancer dans une ultime saga et, cette fois, clore toute leur série. C'est un plaisir de fan tout en demeurant un régal de lecteur : celui qui a lu les 18 tomes de Valérian a le sentiment d'arriver à la (presque) fin du voyage, celui qui découvrira Valérian avec ce tome aura certainement envie de lire toute la série, séduit par ses héros et sa galerie de seconds rôles impliqués dans une épopée d'une rare cohérence et d'une ampleur impressionnante.

La réussite de ces trois tomes, on la doit aussi au prodigieux Jean-Claude Mézières qui, à 50 ans (pour le tome 13) comme à 63 (pour le tome 18), est toujours aussi en forme : cet artiste surprend même encore en intégrant à ses planches des images infographiques, à une époque où la génération de celles-ci était encore balbutiantes. Il collabore donc avec, successivement, Eric Wenger, Marc Tatou et Guillaume Ivernel, et le résultat est très naturel, logique pour une série de science-fiction. Mézières a surtout l'intelligence de ne pas abuser de ces effets visuels : il les emploie à bon escient et à doses homéopathiques (moins expérimentalement que Druillet ou Moebius, toujours au service du récit).

L'imagination du graphiste pour concevoir des vaisseaux, des décors extra-terrestres, et leurs occupants reste sans limite, toujours aussi bluffant : le bestiaire, le "garage" et l'atlas galactique de Mézières seront même répertoriés dans des hors série (Les habitants du ciel 1 & 2, Les extras de Mézières).

Et il se fait plaisir (et nous avec) avec des morceaux de bravoure comme la course-poursuite sur Rubanis, découpé avec une vigueur imparable (que Besson n'avait plus qu'à transposer en "live" pour Le cinquième élément).

J'espère que je pourrais un jour (prochain, ce serait encore mieux) lire les quatre derniers épisodes de Valérian, ne serait-ce que pour retrouver moi aussi Galaxity - et compléter cette collection de critiques qui, je le souhaite, vous donnera envie de (re)lire cette série jubilatoire, ce titre précurseur.

samedi 19 septembre 2015

Critique 709 : VALERIAN, TOMES 11 & 12 - LES SPECTRES D'INVERLOCH & LES FOUDRES D'HYPSIS, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE TEMPOREL)


VALERIAN : LES SPECTRES D'INVERLOCH est le onzième tome de la série (et le sixième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières (avec la participation d'Enki Bilal pour la page 29), publié en 1984 par Dargaud.
Cette histoire se poursuit et se termine dans le tome 12 (Les Foudres d'Hypsis).
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VALERIAN : LES FOUDRES D'HYPSIS est le douzième tome de la série (et le septième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1985 par Dargaud.
Cet album conclut l'histoire débuté dans le tome 11 (Les Spectres d'Inverloch).
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Valérian rejoint le château d'Inverloch en Ecosse au XXème siècle où l'attendent Laureline et ses hôtes, lady Charlotte MacCullough et lord Basil Seal, deux agents de Galaxity, ainsi que M. Albert et les trois Shingouz. L'agent du SST a capturé un Glapum'tien, extra-terrestre aux extraordinaires facultés en vue de la mission à effectuer à cette époque.
Il s'agit de comprendre pourquoi plusieurs hauts officiers de la sécurité américaine et russe ont disparu ou se sont suicidés après avoir détruit des installations militaires importantes. Pour les aider, le groupe a rendez-vous avec le spectre d'Inverloch, qui n'est autre que le chef du SST de Galaxity au XXIVème siècle !
Le continuum espace-temps est sévèrement déréglé et il faut le rétablir sinon la Terre du futur est menacée de disparition. Ces événements ont de toute évidence un lien avec le cataclysme nucléaire qui a été à l'origine de l'Âge Noir à partir de 1986 (ces faits ont été évoqués dans le tome 1, La Cité des eaux mouvantes).
Direction, donc : le cercle polaire où doit avoir lieu ce désastre. M. Albert délimite la zone de recherches tandis que le chef du SST accuse la planète d'Hypsis d'être responsable des accès de folie ayant frappé les gradés américains et russes pour précipiter la catastrophe. Grâce à Ralph, le Glapum'tien, ils localisent et traquent dans l'espace-temps le voilier du hollandais volant, un vaisseau-leurre envoyé sur Terre par l'ennemi.
Lorsque, enfin, ils gagnent Hypsis, ils font connaissance avec leurs adversaires, reproduction de la sainte trinité - le Père, le Fils et le Saint-Esprit - avec laquelle les Shingouz vont négocier la survie de la Terre, considérée comme un danger pour l'univers...

Trois ans séparent la parution du tome 10 du tome 11, ce qui représente un délai conséquent pour une série qui, jusque là, enchaînait les albums à un rythme très soutenu. Mais c'est une nouvelle fois avec une aventure en deux parties que Christin et Mézières signeront leur retour après Métro Châtelet, Direction Cassiopée et Brooklyn Station, Terminus Cosmos.

Toutefois, il faut bien l'avouer, ce diptyque est moins bon, moins trépidant que le précédent. C'est encore d'un excellent niveau, et d'ailleurs, Mézières sera récompensé par le grand prix du festival d'Angoulême en 1984. Mais le déroulement de l'intrigue, son casting foisonnant, ses péripéties inégales et son curieux dénouement m'ont toujours posé problème.

D'entrée de jeu, l'histoire se joue sur un faux rythme, avec une exposition très longue, qui occupe la quasi-totalité du tome 11 - soit jusqu'à la réunion complète du groupe formé par Valérian, Laureline, lady Charlotte, lord Basil, M. Albert, les Shingouz, le Glapumt'ien et le chef du SST. Je pense que cela aurait pu être raconté de manière plus vigoureuse et surtout moins théâtral : la révélation de l'identité du spectre d'Inverloch est une fausse piste un peu grossière. En outre, une fois, les éléments de la pièce posés, l'évocation de faits déjà opérée dans le tome 1 de la série (La Cité des eaux mouvantes) devient redondante : on se doutait depuis un moment que la liaison serait faîte entre l'aventure originelle de Valérian et Laureline et la confrontation avec les responsables du cataclysme de la Terre en 1986. 

C'est un peu dommage, mais, heureusement, l'épisode suivant, Les Foudres d'Hypsis, est bien meilleur et renoue avec, certes, une trame plus classique (une course-poursuite à travers l'espace-temps), mais plus efficace aussi. Lorsque, enfin, on découvre à quoi ressemble l'adversaire des héros, ses motivations pour causer la catastrophe sur Terre, et la sanction infligée à Galaxity (qui aura des répercussions sur toute la suite de la série, altérant profondément le rôle de Valérian et Laureline, animant le Cycle Spatial), c'est autant la conclusion de cette aventure que la fin d'un acte.

Néanmoins, l'incarnation choisie par Christin et Mézières pour les méchants de l'histoire m'a toujours déçu : se moquer de la sainte trinité ne me pose aucun problème, je trouve la référence lourdingue, et sa représentation manque elle aussi de la finesse à laquelle les auteurs nous ont habitués. On a droit à une sorte de Jésus hippie singulièrement banal, et que Dieu le Père a les traits d'Orson Welles dans son film La Soif du Mal (1958), soit la figure d'un flic ripou, plus colérique qu'usé cependant. Le scénariste, qui a toujours su dresser habilement des critiques sur notre époque dans le contexte fantastique de la série, aboutit avec son dessinateur à un trio de vilains dont les motivations et les physiques pâtissent d'un manque flagrant d'inspiration...

Il est à la fois aisé et cruel de rendre seul responsable d'un échec le scénariste, mais pourtant Mézières me paraît moins à blâmer dans cette entreprise que Christin car l'artiste produit encore de fabuleuses planches.

Dans Les Spectres d'inverloch, il alterne des scènes sur la planète où Valérian capture, à force de patience, le Glapumt'ien et des scènes dans le château et ses environs qui sont formidables, avec toujours ce soin apporté aux décors, et une colorisation d'Evelyne Tran-Lé très nuancée. La galerie de personnages est aussi impeccablement campée, chacun ayant un langage corporel, des mimiques, très étudiés.

Dans Les Foudres d'Hypsis, la longue course-poursuite de l'astronef et du voilier donne au lecteur l'occasion d'assister à une séquence prenante de bout en bout, d'autant plus palpitante qu'il en ignore l'issue. Lorsque Hypsis se révèle enfin, c'est encore une fois un cadre fascinant que Mézières invente. Son découpage est simple mais imparable, le rythme est soutenu et souligne en fait le déséquilibre d'une histoire qui a mis longtemps à vraiment démarrer puis qui s'emballe avant de se clore en demi-teinte.

Il me semble évident qu'un seul album (peut-être plus conséquent qu'à l'ordinaire, comme certains plus tardifs, autour de soixante pages) aurait suffi à raconter ce récit. Dans la chronologie du Cycle Temporel, il est indéniable que c'est une étape importante, mais pour la qualité d'ensemble de la série, c'est, à mon sens, un faux pas. Heureusement, les auteurs sauront se rattraper...   

vendredi 18 septembre 2015

Critique 708 : VALERIAN, TOMES 9 & 10 - METRO CHÂTELET, DIRECTION CASSIOPEE & BROOKLYN STATION, TERMINUS COSMOS, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE TEMPOREL)


VALERIAN : METRO CHÂTELET, DIRECTION CASSIOPEE est le neuvième tome de la série (et le quatrième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1980 par Dargaud.
Cette histoire est la première partie d'un diptyque qui se poursuit et se termine avec le tome 10 (Brooklyn Station, Terminus Cosmos).
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VALERIAN : BROOKLYN STATION, TERMINUS COSMOS est le dixième tome de la série (et le cinquième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1981 par Dargaud.
Cette histoire conclut le diptyque débuté avec le tome 9 (Métro Châtelet, Direction Cassiopée).
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1980, planète Terre, France. D'étranges créatures surnaturelles représentant les forces élémentaires (feu, eau, air, terre) se manifestent dans différents endroits. Galaxity a envoyé Valérian, agent du Service Spatio-Temporel, à cette époque pour neutraliser les monstres. A cette époque, son contact est M. Albert, un savant débonnaire, qui l'aide de son mieux mais la mission est rendue délicate car elle doit parfois s'accomplir dans des endroits fréquentés alors que le public et les autorités ne doivent pas s'en apercevoir.
En outre, deux multinationales - Bellson & Gambler (exploitant des mines, l'acier, les métaux non-ferreux, le pétrole et l'atome) et W.A.A.M. (pour World American Advanced Machines, spécialisé dans l'électronique, l'agrobiologie et l'agriculture) - s'intéressent de près aux capacités des créatures pour les acquérir.
Cependant, dans la constellation de Cassiopée, Laureline mène sa propre enquête sur l'origine des monstres et découvrent qu'il s'agit d'idoles du peuple d'une planète dépotoir. Les reliques ont été volés par deux pirates de l'espace, Crocbattler et Rackallist.
La jeune femme va s'efforcer de récupérer les cubes qui contenaient les puissances élémentaires pour les détruire avant qu'elles ne ravagent la Terre de 1980 où Valérian est de plus en plus désorienté...

Après une dizaine d'années d'édition, et quelques albums mémorables (dans ses deux Cycles), la série prend une dimension supplémentaire avec cette aventure qui, pour la première fois, se déroule sur deux tomes successifs. Cette ambition sera justement récompensée car ces épisodes figurent dans les préférés de nombreux fans, avec raison.

De mon point de vue, Métro Châtelet, Direction Cassiopée et Brooklyn Station, Terminus Cosmos sont restés des classiques : rien que leurs titres sont une invitation à l'épopée, au grand spectacle, à l'évasion, ce sont des programmes à la fois mystérieux et excitants.

Je n'étais pas bien vieux quand je les ai lus pour la première fois, et pour l'adolescent que j'étais, ils furent comme une révélation : c'était sans doute la première fois que je ressentais des frissons comparables à ceux que me procuraient habituellement les comics super-héroïques, avec ce mélange d'action, de suspense, de danger, et d'érotisme. Sur ce dernier point, la scène où Laureline se prépare à neutraliser Rackallist et Crocbattler à la fin du tome 10 représentait une sorte de sommet dans la sensualité : jamais, peut-être, Mézières n'a dessiné son héroïne de façon aussi suggestive.

Regardez-moi ça : Laureline n'a rien à envier aux bombes sexuelles de Marvel (Emma Frost, Carol Danvers...) et de DC (Wonder Woman, Catwoman...) !

Voilà pour le moment "vieux bédéphile nostalgique en plein éveil des sens"...

Ce qu'il faut souligner, c'est que Christin développe une intrigue passionnante, admirablement dosée : il exploite les ressources de ses personnages et les décors dans lesquels ils évoluent à merveille, de façon à ce que le lecteur soit en permanence accroché. Suivre Valérian dans les marais poitevins ou en plein Paris (dans le métro ou au centre Pompidou) en train de désintégrer des créatures ahurissantes, ou être dans les pas de Laureline au fin fond de l'espace en train de côtoyer de pauvres aliens perdus sur un monde poubelle puis traquant deux escrocs aussi bêtes que lubriques, est jubilatoire.

Comme à son habitude, le scénariste se sert du genre dans lequel s'inscrit la série - la science-fiction - pour épingler les travers de la société actuelle (et, finalement, ça n'a pas tellement changé depuis 1980), via le rôle qu'il fait jouer aux deux multinationales Bellson & Gambler et WAAM. Il ne s'agit pas d'ailleurs simplement d'une critique sur la course au profit, mais de considérations parfois plus symboliques sur ce qu'elles incarnent, chacune dans leur domaine : B & G est un conglomérat attaché aux forces de la terre et du feu, liées au passé, tandis que WAAM est un empire fondé sur l'eau et l'air, associés au futur.

Le rapport au passé et au futur, mais aussi à la Terre et au reste de l'univers, à l'homme et à la femme, aux éléments contraires (eau/feu, air/terre), beaucoup de ce qui constitue le récit (jusque dans sa composition en deux tomes) joue sur la symétrie et Christin, quelquefois s'en amuse (comme quand il montre Valérian de plus en plus déphasé, dépassé, faible, alors que Laureline est entreprenante, volontaire, décisive), parfois se fait plus grave (la morale de l'histoire ne saurait se résumer à une victoire des héros puisque les deux multinationales négocient un accord, ce qui donne à l'affaire un caractère plus ambigu et un goût plus amer). 

Ce diptyque dépasse le simple divertissement pour s'engager dans une direction plus adulte à bien des niveaux, comme si la série prétendait à un autre stade, entrait dans sa maturité. De fait, ensuite, que ce soit dans les aventures du Cycle Temporel ou du Cycle Spatial, Valérian ne sera plus aussi léger, abordant plus frontalement des problématiques à peine filtrées par leur cadre futuriste et cosmique.  

Graphiquement aussi, Mézières atteint aussi une sorte de plénitude : il y a souvent, chez les artistes attachés à une série ce moment spécial et reconnaissable par les lecteurs fidèles et attentifs où leur dessin semble faire feu de tout bois, sublimant le script, maîtrisant les personnages, exaltant les décors.

C'est d'autant plus remarquable que, comparé à d'autres tomes de la série, Mézières ne s'appuie pas ici sur la représentation d'éléments propres à la série, comme des bâtiments spatiaux, de multiples extra-terrestres, des planètes exotiques. Certes, les créatures que Valérian affronte sont une nouvelle fois extraordinairement designées et l'escale de Laureline sur la planète-dépotoir est saisissante, mais cela n'occupe pas tant de pages.

En revanche, le découpage est très efficace, d'une fluidité imparable, avec de beaux effets de montage (lorsque les deux héros communiquent par-delà le temps et l'espace). Mézières, avec la colorisation d'Evelyne Tran-Lé, soigne les ambiances, majoritairement nocturnes, et campe des personnages secondaires immédiatement mémorables (la pulpeuse Cynthia, et surtout l'irrésistible M. Albert, qui deviendra un personnage récurrent).

Assurément deux des meilleurs volets du titre, le chef d'oeuvre du Cycle Temporel. Une grande BD tout simplement. 

lundi 14 septembre 2015

Critique 707 : VALERIAN, TOMES 1 & 2 & 6 - LA CITE DES EAUX MOUVANTES & L'EMPIRE DES MILLE PLANETES & L'AMBASSADEUR DES OMBRES, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE TEMPOREL)

 Avant-propos :

Après avoir parlé des huit tomes qui constituent le Cycle Spatial de la série, je vais donc rédiger les critiques des épisodes du CYCLE TEMPOREL.

Cependant, hélas ! je dois le dire tout de suite, je ne pourrais pas tous les passer en revue car je ne dispose pas des tomes 19 à 22 (qui forment la dernière saga et l'épilogue de toute la série).

La construction du Cycle Temporel diffère de celle du Cycle Spatial en cela qu'elle propose des histoires possédant un fil chronologique, qui doivent donc se lire comme un feuilleton à suivre. 

Cette suite court sur les tomes 1, 2, 6, 9, 10, 11, 12, 13, 15 et 18. Les tomes 9 et 10 forment un diptyque, de même que les tomes 11 et 12. Pour respecter ces compositions, je vais donc procéder par des entrées qui compteront parfois les critiques de trois albums (comme celle-ci), puis de deux (pour respecter les diptyques). 
Concrètement je parlerai donc d'abord :

- des tomes 1 (La Cité des eaux mouvantes), 2 (L'Empire des mille planètes) et 6 (L'Ambassadeur des ombres) ;
- puis des tomes 9 et 10 (Métro Châtelet, Direction Cassiopée et Brooklyn Station, Terminus Cosmos) ;
- puis des tomes 11 et 12 (Les Spectres d'Inverloch et Les Foudres d'Hypsis) ;
- et enfin des tomes 13 (Sur les Frontières), 15 (Les Cercles du Pouvoir) et 18 (Par des Temps incertains).

Stay tuned !
*    

VALERIAN : LA CITE DES EAUX MOUVANTES est le premier tome de la série (et le premier chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1970 par Dargaud.
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Au XXIVème siècle, Galaxity est la capitale de l'empire galactique terrien. Deux de ses agents, Valérian et Laureline, sont appelés pour une nouvelle mission : il leur faut pourchasser un dissident qui vient de s'évader de prison, le super intendant des rêves, Xombul, qui veut prendre le pouvoir en remontant le temps pour réécrire l'Histoire. 
Xombul réussit à atteindre la Terre du XXème siècle, en 1986 exactement, où il pense profiter du cataclysme nucléaire qui a dévasté la planète - et marqué le début de l'Âge Noir sur lequel subsiste le plus grand secret au point que les autorités de Galaxity y interdisent tout voyage.
Valérian est autorisé par son supérieur à enfreindre les règles et débarque dans New York submergé par les eaux, à cause de la fonte des glaciers. Tandis que Xombul espère s'emparer des connaissances scientifiques de l'époque pour devenir le maître de l'univers, Sun Rae, un pillard, et Schroeder, un jeune savant, aident Valérian et Laureline, qui l'a rejoint, à le poursuivre. 
En s'emparant d'un prototype de machine spatio-temporelle conçue par Schroeder, Xombul disparaît, dématérialisé, car l'équipement n'était pas pleinement opérationnel. Valérian et Laureline n'ont pas pu (d'ailleurs ils n'ont pas le droit de modifier le cours de l'Histoire) éviter le cataclysme mais ont neutralisé l'ennemi.
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VALERIAN : L'EMPIRE DES MILLE PLANETES est le deuxième tome de la série (et le deuxième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1971 par Dargaud.
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En 2720, Valérian et Laureline, partis enquêter sur la planète Syrte-la-magnifique afin de déterminer si elle ne représente pas une menace pour l'empire terrien, vont prêter main forte à la guilde des commerçants dirigée par le marchand Elmir à rétablir l'ordre et la justice sur place. 
Ce monde est effectivement sous la coupe des Connaisseurs, un ordre religieux strict et redouté, mais dont Valérian va découvrir la véritable identité : il s'agit en vérité des rescapés terriens d'une expédition spatiale lancée à la recherche d'une planète pour accueillir la race humaine après le cataclysme nucléaire de 1986.
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VALERIAN : L'AMBASSADEUR DES OMBRES est le sixième tome de la série (et le troisième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1975 par Dargaud.
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Valérian et Laureline sont réquisitionnés pour être les gardes du corps de l'ambassadeur de la Terre qui veut imposer un nouvel ordre à Point Central.
A peine arrivés, Valérian et l'ambassadeur sont enlevés par un commando de mercenaires. Laureline et le responsable du protocole, le geignard colonel Diol, partent à leur recherche en explorant le dédale de Point Central où chaque information se monnaie.
Laureline finit par découvrir que Valérian et l'ambassadeur sont captifs du puissant mais pacifiste peuple des Ombres, le premier à s'être établi à Point Central. L'ambassadeur porte leur parole devant le grand conseil... Qui décide d'exclure la Terre pour 100 ans en représailles à son hégémonie.

Avec ces trois albums, nous remontons aux sources de la série créée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, et bien que la première histoire (La cité des eaux mouvantes) date de 1968, on peut mesurer sa modernité intacte et son efficacité imparable. C'est vraiment l'oeuvre de deux visionnaires, par la narration et l'esthétique.

Le premier tome prend la forme classique d'un pur récit d'aventures auquel sont ajoutés des éléments fantastiques dans la plus pure tradition de la science-fiction : un malfrat remonte le temps, le héros l'y poursuit, bientôt rejoint par sa partenaire, ils y croisent des individus dépassés par la situation mais dont le rôle sera déterminant dans la résolution de l'intrigue. Le tout est mené sur un rythme très vif, sans temps mort, dans des décors impressionnants (maintes fois revus depuis - New York submergé par l'océan suite à la fonte des glaciers du Pôle Nord).

Ce qui frappe aussi, c'est que, dès le début, Christin établit la série sur, non pas un héros solitaire (quand bien même Valérian agit seul pendant une douzaine de pages), mais sur le couple formé par Valérian et Laureline, et la jeune femme n'est pas un faire-valoir mais bien une femme d'action au caractère affirmé. Toute la construction de la série s'en trouvera atteinte et lui assure une modernité étonnante pour l'époque.

L'affrontement contre Xombul repose sur des motifs classiques (le méchant qui veut dominer l'univers en réécrivant l'Histoire à sa convenance) mais le scénario sait déjouer les clichés en n'accumulant pas les combats. Il s'agit davantage d'une course-poursuite, pleine de rebondissements, où les bons ont souvent un coup de retard, qu'ils compensent par leur ténacité et leur vigueur.

Christin glisse aussi des éléments comiques qui permettent de faire respirer l'intrigue tout en la faisant progresser : le personnage de Schroeder est ainsi directement inspiré par celui incarné par Jerry Lewis dans Dr Jerry et Mr Love, l'archétype du savant qui ne se doute pas de l'aspect précurseur de ses inventions (en l'occurrence la première machine à voyager dans le temps). Le personnage de Sun Rae (dont le nom évoque celui du jazzman Sun Ra) est aussi une parodie de gangster-gourou dont l'opportunisme dépasse en quelque sorte la malfaisance (dans la mesure où il aide les héros).

L'Empire des mille planètes voit la série monter en gamme avec un récit très ambitieux, suggéré par son titre. L'album connaîtra certainement un regain d'intérêt pour le public quand, en 2017, le film de Luc Besson qui en est l'adaptation sortira au cinéma : le cinéaste n'a pas choisi la facilité en jetant son dévolu sur cette aventure qui a toute d'une superproduction mais qui se double d'une réflexion sur l'obscurantisme religieux et le mercantilisme.

Dans cette histoire, Valérian et Laureline subissent plus souvent qu'ils ne contrôlent la situation : rapidement confrontés aux mystérieux et inquiétants Connaisseurs, ils s'allient ensuite à la Guilde des marchands, mais ces deux camps ne sont pas vraiment recommandables (les Connaisseurs sont présentés comme des fanatiques religieux, esclavagistes ; les marchands pensent d'abord à rétablir des relations commerciales avec l'empire galactique).

Lorsque Valérian - et le lecteur - découvre la vérité sur l'identité et le passé des Connaisseurs, il apprend aussi leur triste condition, leur rôle sacrificiel. Mais Christin a ainsi la possibilité d'inscrire la série, encore toute récente, dans une perspective à la fois prometteuse et vertigineuse. Replacé dans sa continuité complexe, ce tome se déroule l'année (2720 donc) où Laureline a intégré officiellement le SST (Service Spatio-Temporel) et où les troubles provoqués auparavant par Xombul entament le statut de Galaxity.     

L'Ambassadeur des ombres est encore plus déterminant dans la trame chronologique de la série : l'action se passe en 3005 et aboutit à l'exclusion de Galaxity de Point Central. On apprend pourquoi et la raison n'est pas banale : l'ambassadeur terrien venu pour imposer au grand conseil une stricte remise en ordre est enlevé par un peuple premier qui le convertit à une philosophie pacifiste, qui sera rejetée.

Chez Christin, on le sait, toute société a ses classes, les civilisations sont très hiérarchisées, ce qui a pour effet d'en souligner les inégalités et les défauts : Point Central est ainsi décrit comme un endroit tentaculaire, aux dimensions spectaculaires, mais profondément corrompu, avec des castes opprimées et des privilégiés indifférents. Ce que suggère l'auteur, c'est que cette place forte est déclinante parce qu'elle reproduit à une plus grande échelle les tares de Galaxity : c'est une version futuriste et cosmique de l'O.N.U., qui réagit radicalement à l'hégémonie terrienne - à laquelle Laureline répond en la déjouant lorsqu'elle plaide pour la libre détermination des peuples. 

Mais, avant tout cela, c'est un récit jubilatoire et surprenant : Valérian est très vite mis sur la touche et Laureline tient la vedette (confirmant son statut d'héroïne à part entière). Pour la première fois, on fait la connaissance du transmuteur grognon de Bluxte (cet alien capable de répliquer des objets de valeur et toutes les monnaies sonnantes et trébuchantes, d'une manière très drôle) et des Shingouz (ces trois extra-terrestres qui monnaient n'importe quelle information, tout en étant d'excellents indics), qui reviendront régulièrement dans la série. Flanquée de ces bestioles et d'un responsable protocolaire couard, Laureline explore les méandres de Point Central, faisant connaissance avec quantité de créatures avec courage jusqu'à ce qu'elle retrouve enfin son partenaire (persuadé d'avoir fait le plus dur dans cette affaire).

Visuellement, ces trois tomes sont notables pour l'évolution du graphisme de Mézières : au départ, son style a un côté cartoony, les personnages ont une physionomie semi-réaliste, tandis que les décors possèdent déjà un sens du détail minutieux remarquables. Le découpage est cependant parfois maladroit comme en témoigne la présence de flèches indiquant fréquemment au lecteur le sens dans lequel s'enchaînent les cases. Mais la force de séquences comme la fuite de New York ou la traversée mouvementée du parc de Yellowstone sont indéniables.

Avec L'Empire des mille planètes, on comprend ce qui a décidé Luc Besson à l'adapter : la planète de Syrte-la-magnifique offre une variété de sites et d'ambiances qui, avec les possibilités illimitées des effets spéciaux aujourd'hui, garantit au cinéma une histoire très dépaysante. Mézières y affiche des dispositions exceptionnelles pour représenter un monde inventé de toutes pièces, avec géographie, ses habitants (aux physionomies extraordinaires), que traverse le couple de héros avec un mélange de sentiments égale au lecteur (tour à tour fasciné et angoissé). Le découpage a gagné en fluidité, même s'il y a encore de menus défauts (une dernière page mal montée qui rend le dénouement trop vite expédié). Néanmoins, la gestion des cases, quelques splash-pages sensationnelles, des jeux d'ombres et de lumières produisant des ambiances intenses, sont épatantes.

L'Ambassadeur des ombres profite de l'expérience engrangée par Mézières : il s'agit de son sixième tome et se situe après des opus majeurs comme Le Pays sans étoiles, Bienvenue sur Alflolol et Les Oiseaux du Maître (tomes 3, 4 et 5, appartenant au Cycle Spatial), le dessinateur est désormais un artiste plus accompli, dosant parfaitement ses effets, maîtrisant bien ses personnages et sa narration. L'aspect le plus spectaculaire de cet album tient encore une fois dans la représentation des aliens auxquels Mézières donne les apparences les plus folles et une expressivité fabuleuse. Il prouve aussi, si besoin était, qu'il est aussi à l'aise pour animer une histoire avec une femme au premier plan, sans que son trait soit affecté.

Tout cela forme donc un trio de premier ordre. (Re)lire Valérian confirme bien que c'était une série hors normes qui, partie sur des bases ambitieuses, a su conserver un niveau prodigieux.