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mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

lundi 25 janvier 2016

Critique 801 : DAREDEVIL, VOLUME 4 - THE AUTOBIOGRAPHY OF MATT MURDOCK, de Mark Waid, Chris Samnee, Marc Guggenheim et Peter Krause


DAREDEVIL, VOLUME 4 : THE AUTOBIOGRAPHY OF MATT MURDOCK rassemble les épisodes 15.1 et 16 à 18 de la série, écrits par Mark Waid (#15.1 : Retrospection, #16-18), Marc Guggenheim (#15.1 : Worlds collide), Chris Samnee (#15.1 : Chasing the devil) et dessinés par Peter Krause (#15.1 : Worlds collide), Chris Samnee (#15.1 : Chasing the devil, #16-18), publiés en 2015 par Marvel Comics.
Ces épisodes sont les derniers écrits par Mark Waid et du quatrième volume de la série.
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L'épisode 15.1 se situe chronologiquement avant l'épisode 15 (in Daredevil, vol. 3 : The Daredevil you know). 
 (Ci-dessus : extrait de Daredevil #15.1 : Retrospection.
Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.)

- #15.1 : Retrospection (2 pages) (Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.) Il s'agit de deux planches introductives pour cet épisode spécial : Matt Murdock raconte successivement deux histoires de sa carrière sous le masque de Daredevil à Foggy Nelson, son associé qui écrit sa biographie, et à Kirsten McDuffie, sa fiancée et associée, dont le père va publier ladite biographie.  
 (Ci-dessus : extrait de Daredevil #15.1 : Worlds collide.
Textes de Marc Guggenheim, dessins de Peter Krause.)

- #15.1 : World collide. (19 pages) (Textes de Marc Guggenheim, dessins de Peter Krause.) Au début de sa double carrière d'avocat et de justicier masqué, Matt Murdock doit assurer la défense d'un homme soupçonné de meurtre qu'il a appréhendé lors d'une patrouille, déguisé en Daredevil.

Ce récit est assez anecdotique même si le problème posé au héros n'est pas dénué d'intérêt. L'intrigue compte toutefois moins que son traitement puisque le scénario est écrit par Marc Guggenheim, lui-même ancien avocat et consultant (il a ainsi rédigé plusieurs épisodes de la série télé New York police criminelle / Law and Order, créée par Dick Wolf), que Mark Waid aurait souhaité comme son successeur sur Daredevil.

Dans le même registre, les dessins sont signés par un autre partenaire de Waid, Peter Krause (avec qui il a réalisé la série Irrécupérable / Irredeemable). Le résultat est très moyen, très classique, et la seule note un peu étonnante est de revoir DD avec son premier costume (noir et jaune).
 (Ci-dessus : extrait de Daredevil #15.1 : Chasing the devil.
Textes et dessins de Chris Samnee.)

- #15.1 : Chasing the devil. (8 pages) (Textes et dessins de Chris Samnee.) Surprenant une alerte de la police, Daredevil se rend dans une carrière de sel où le sorcier Diablo est sur le point de conclure un deal de drogue. En l'affrontant, le justicier devra maîtriser ses super-sens soudainement augmentés.

Déjà crédité depuis le début du Volume 4 de la série comme "storyteller" à part égale avec Mark Waid, indiquant son investissement dans les histoires mais aussi sa complicité avec son partenaire, Chris Samnee écrit et dessine seul ce récit complet de petit format.
S'inspirant de Waid pour opposer Daredevil à un adversaire inattendu (en l'occurrence Diablo, d'habitude adversaire des 4 Fantastiques), il exploite bien cette astuce en éprouvant le héros dans cette histoire qui se déroule, elle aussi, dans le passé.

Graphiquement, Samnee n'a pas à se forcer pour faire mieux que Krause en disposant pourtant de deux fois moins de pages : son découpage dynamique donne un swing imparable à l'affaire, qui ne laisse qu'un seul regret, celui que Daredevil n'ait pas eu un arc narratif entier contre Diablo.
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(Ci-dessus : extrait de Daredevil #16.
Dessins de Chris Samnee.)

- #16-18 : The Autobiography of Matt Murdock. (63 pages) (Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.) Sa réputation ruiné par le Suaire (qui a dévoilé les noms de ses clients et le contenu de leurs dossiers mais son entourage également désormais en danger de mort (le public sait que Foggy Nelson n'est pas mort), Matt Murdock sollicite l'aide de Wilson Fisk. En échange, l'avocat maquillera sa disparition, y compris aux yeux de ses proches, et se mettra au service du Caïd comme Daredevil.
Mais Murdock est doublé par Fisk qui, pour soustraire le Hibou au Suaire, fait enlever Julia Carpenter, la fiancée de ce dernier, Foggy et Kirsten McDuffie. En outre, le Caïd, qui a à son service Ikari, veut vraiment se débarrasser définitivement de Murdock...

Ces trois derniers chapitres concluent donc un run de quatre ans de Mark Waid sur la série : c'est un record. Il s'agit donc de terminer en beauté, aussi - surtout - parce que ses épisodes ont reçu des critiques élogieuses et un joli succès public.

Ce final est, à mes yeux, l'occasion de nuancer un léger malentendu concernant le Daredevil de Waid : pour beaucoup, ce qui le caractérise, c'est un ton plus léger que les oeuvres de Frank Miller, Ann Nocenti, Alex Maleev, Ed Brubaker (pour ne citer que les plus illustres). Or, ce n'est qu'à moitié vrai : si son run a renoué en effet avec le registre de l'aventure, incarné par une galerie de méchants inattendus (La Tache, Klaw, L'Homme-Taupe, Dr Fatalis, Coyote, Le Suaire, L'Homme-Pourpre, Stunt-Man), il a aussi convoqué, parfois brièvement, parfois de manière plus conséquente, des ennemis classiques comme Bullseye, Lady Bullseye, le Hibou, et finalement le Caïd.

Recourir justement au Caïd pour ce dernier acte rappelle la fin du passage (brillant) de Brubaker sur la série (même si c'était dans une configuration différente). Et un examen attentif et lucide des deux volumes de Waid témoigne que la légèreté présumée tient en fait plus à l'esthétique des artistes qui l'ont accompagné (de Paolo Rivera à Chris Samnee en passant par Marcos Martin et Javier Rodriguez) qu'à ses scénarios, où Matt Murdock a été comme souvent au bord du précipice (la profanation de la tombe de son père, le déni des deuils passés, son coming-out où il se démasque pour ne pas céder au chantage des Fils du Serpent mais qui met en danger ses proches, l'oblige à quitter New York puis à demander de l'aide à Wilson Fisk).

En revanche, Waid, c'est vrai, achève son run d'une façon lumineuse, très intelligente et cohérente, comme s'il bouclait définitivement non seulement son histoire mais la série toute entière. Avant cela, ce dernier arc narratif résout les intrigues développées depuis le début du Volume 4 très habilement, sur un rythme soutenu, avec un savant dosage de scènes d'action et d'autres reposant sur les dialogues. On peut juste déplorer que le scénariste ne règle pas les cas du Hibou et de sa fille, Jubula Pride (suggérant qu'ils reviendront sûrement bientôt, sans que cela soit certain après les bouleversements de la série suite au crossover Secret Wars).

J'ai beaucoup aimé ce que Waid a su faire de DD, même si avec son dernier Volume, délocalisé à San Francisco, ses épisodes manquaient globalement d'intensité, malgré des rebondissements audacieux (la démarche jusqu'au-boutiste de Murdock notamment). C'est un auteur subtil, brillant pour animer les personnages (toute la maladie de Foggy), éviter les clichés, imposer de nouveaux visages (Kirsten McDuffie), mais qui, à mon avis, n'a pas su complètement gérer à la fois ces surprises et conserver une tension dramatique (en comparaison avec Miller, Nocenti, Bendis et Brubaker, c'est flagrant).

Mais Waid (et la série, et Marvel) avait à ses côtés un joker épatant, qui s'est vraiment révélé à cette occasion, en la personne de Chris Samnee : on a assisté non pas à l'éclosion (car il avait déjà été très convaincant auparavant, notamment avec Thor the mighty avenger) mais à la confirmation de cet artiste qui, comme le scénariste le dit dans la postface de ce recueil, deviendra sûrement un géant.

Ses planches sont une nouvelle preuve de sa maturité : invention, énergie, élégance, résument son style et il n'est effectivement pas abusif de le considérer comme le co-auteur de ces épisodes auxquelles il a apporté énormément. Influencé par Alex Toth mais aussi plusieurs artistes franco-belges, Samnee confère une sensibilité unique à ses images où rien n'est jamais en trop mais où tout est à sa place, grâce à des compositions intelligentes, visuellement consistantes, très expressives. Les pages de ce dessinateur sont un vrai régal, valorisées par la colorisation sobre mais nuancée de Matthew Wilson.

S'il est encore un peu tôt pour estimer l'importance de la contribution de Waid et Samnee à la série, on finit la lecture de leur run avec une jubilation intacte, le sentiment d'avoir enchaîné des épisodes mémorables, très solides et imaginatifs.
De ce que j'ai vu (et lu) de la reprise du titre par Charles Soule et Ron Garney, ça ne me donne pas envie, et il est donc fort probable qu'une vraie page se tourne pour le fan de "tête à cornes" que je suis.
Par contre, j'ai hâte de découvrir la version de Black Widow par Waid et Samnee, qui commencera en Avril. 

vendredi 2 janvier 2015

Critique 549 : DAREDEVIL, VOLUME 1 - DEVIL AT BAY, de Mark Waid, Chris Samnee et Peter Krause


DAREDEVIL : DEVIL AT BAY est le premier volume de la nouvelle série régulière écrite par Mark Waid. Il rassemble les épisodes 1 à 5, dessinés par Chris Samnee, et 0.1, dessiné par Peter Krause (ce dernier ayant été publié initialement sous forme digitale entre Daredevil #36, du précédent volume, et Daredevil #1, du présent volume), et publiés en 2014 par Marvel Comics.
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 (Extraits de DAREDEVIL #1.
Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.)

- DEVIL AT BAY (# 1-5. Dessiné par Chris Samnee.) Après avoir révélé publiquement sa double identité et été radié du barreau de New York, Matt Murdock alias Daredevil part s'installer avec sa compagne Kirsten McDuffie à San Francisco  (où il avait vécu quelques aventures autrefois).
En sauvant la fille de la députée-maire de la ville, Charlotte Hastert, l'avocat-justicier peut rouvrir un cabinet juridique associé à Kirsten McDuffie. Il lui reste maintenant à gagner le soutien de la police et il accepte alors d'affronter the Shroud (le Suaire), un autre héros masqué, aux méthodes expéditives, qui veut détrôner le caïd local, une vieille connaissance de Daredevil : le Hibou.
(Extraits de DAREDEVIL #4.)

Les deux hommes scellent une alliance mais entre l'attitude musclée du Shroud et les plans du Hibou (qui veut s'emparer d'une source d'information dernier cri), DD se trouve avec deux cas difficiles à gérer...
Par ailleurs, qu'est-il advenu de Foggy Nelson, atteint d'un cancer avant l'exil de Matt Murdock, et que tout le monde pense mort depuis ?

- ROAD WARRIOR (# 0.1. Dessiné par Peter Krause.) Alors qu'il part en avion pour San Francisco avec Kirsten McDuffie, Matt Murdock se lance à la poursuite d'un passager suspect, lors d'une escale effectuée à cause de conditions de vol délicates. L'individu est poursuivi par d'étranges motards et doué de pouvoirs métamorphes. Daredevil va découvrir que le Penseur Fou est impliqué dans cette histoire...

Le dénouement (la révélation par Matt Murdock lui-même qu'il était bien Daredevil et sa déchéance comme avocat, associé à sa réconciliation avec Kirsten McDuffie et l'état de santé précaire de Foggy Nelson) du précédent volume, qui a compté 36 épisodes, ne laissait guère de doute sur l'avenir de la série Daredevil et Marvel a donc décidé de la relancer à partir d'un nouveau n° 1. Ce qui est plus surprenant, c'est que d'habitude ce genre d'opération s'accompagne d'un changement d'équipe créative.

Mais, pour le plus grand bonheur des fans des épisodes précédents, Mark Waid et Chris Samnee sont toujours aux commandes du titre (même si l'annonce de leur départ vient d'être officialisé pour le printemps 2015, avec un ultime arc qui débutera au #13).

Le déménagement de son héros et l'effet commercial associé à une renumérotation justifiaient, selon son scénariste, ce relaunch : les arguments sont un peu artificiels, mais si la série a pu gagner quelques nouveaux lecteurs au passage, soit. De toute façon, l'intérêt est ailleurs.

Curieusement, autant le dire tout de suite et franchement, l'intrigue de ce premier arc sur la Côte Ouest n'a rien d'extraordinaire : déjà la fin des aventures new-yorkaises de DD marquait une baisse de régime après le vrai climax qui avait vu le héros retrouver son pire ennemi, Bullseye. Le récit suivant avec les Fils du Serpent, la Légion des Monstres, manquait de nerf et seul le coup de théâtre final (le fameux "outing" de Matt Murdock) avait permis à Mark Waid d'en sortir par le haut.
Ici, Daredevil affronte le Suaire, un second couteau aux origines très inspirées de celles de Batman, et recroise le Hibou, mais l'enjeu de leurs batailles peine à enthousiasmer (même si le sort du Hibou peut préparer à un futur développement).

En revanche, le savoir-faire de Waid reste éclatant car il réussit à mener ce récit un peu décevant sur un rythme soutenu, qui le rend très agréable à lire, alternant scènes d'action punchy et caractérisations malines (la relation Matt-Kirsten a désormais une vraie saveur, et la présence de Charlotte Hastert permet de pimenter agréablement la nouvelle situation du héros).
L'autre attraction de ces épisodes, c'est justement la délocalisation de Daredevil : certes, comme nous le rappelle Waid, il a déjà opéré à San Francisco, mais il lui faut se réhabituer à cet environnement. Le scénariste se montre astucieux pour exploiter cette désorientation d'un héros pour qui le rapport à l'espace est une composante à part entière.
En outre, si DD quitte une position troublée à New York, il n'arrive pas en terrain conquis à "Frisco" où sa présence n'est guère appréciée par la police, l'oppose immédiatement au Suaire, et le remet face au Hibou. Concernant ce dernier, Waid n'hésite pas à s'en servir comme d'un méchant "gérable" par Daredevil, ce qui, du coup, renvoie de Murdock l'image d'un homme à la limite de la suffisance envers certains de ses adversaires (et je suis prêt à parier que Waid va utiliser cet aspect de sa personnalité pour revenir sur le déni dont semble faire preuve le personnage sur sa condition mentale, après toutes les épreuves qu'il a traversées). C'est en tout cas bien vu et très dynamisant.

L'arc est bref (4 épisodes) et le 5ème chapitre revient sur ce qui s'est passé avec Foggy Nelson depuis les événements de New York : on avait laissé le partenaire de Murdock en train de lutter contre le cancer (l'occasion, très inspirée, de rappeler que les super-héros, s'ils peuvent vaincre des super-vilains, ne terrassent pas les maladies aussi facilement). Waid suggère d'abord que le personnage est mort, puis dévoile sa ruse et l'explicite dans cet épisode.
La mise en scène de la disparition de Nelson est à la fois ingénieuse et spectaculaire, avec l'intervention d'Ant-Man (Hank Pym, déjà présent dans plusieurs épisodes du précédent volume) et d'une nouvelle version du méchant Leap-Frog. Néanmoins, Waid ne nous rend pas Foggy en bien meilleure santé et, là aussi, on peut raisonnablement penser qu'il s'en servira comme d'un ressort dramatique jusqu'à la fin de son run (mais il l'écrit avec assez de mesure pour éviter tout effet racoleur).

Enfin, le recueil se termine par une curiosité puisqu'il s'agit d'un épisode de 44 pages, illustré par Peter Krause (dessinateur associé à la série Irredeemable de Waid, parue chez Boom !). Il s'agit de la version papier d'un récit initialement conçue et diffusée pour les supports digitaux comme les tablettes.
L'histoire se situe entre la fin du volume précédent et le début de celui-ci, proposant une aventure qu'a eu DD durant le trajet New York-San Francisco. Et ce n'est pas bien fameux : l'intrigue est tout à fait dispensable avec un argument et un méchant (le Penseur Fou) décevants. 
De plus (surtout !), on peut constater à quel point le reformatage d'un webcomic pour la version papier aboutit à une narration bâtarde, au rythme poussif, avec un découpage calamiteux. La prestation de Krause n'est d'ailleurs pas à la hauteur : c'est un dessinateur de bon niveau, mais là, son travail est indigent, avec des finitions bâclées, un encrage très faible.

Mais cela ne saurait diminuer l'excellente prestation graphique de Chris Samnee sur ses épisodes. L'artiste se sera vraiment affirmé en héritant des dessins de Daredevil, y gagnant autant en assurance qu'en popularité.
Ses découpages ont acquis une énergie irrésistible, avec des compositions parfois sophistiquées mais d'une grande beauté et toujours lisibles (comme en témoignent les extraits que j'ai associés à ma critique). On sent un garçon en pleine confiance, appréciant visiblement ses personnages et cherchant sans cesse à bonifier le contenu du script (au point d'ailleurs qu'il est dorénavant crédité comme "storyteller" à part égale avec Mark Waid dans les singles issues).
On pourra chipoter en lui reprochant parfois de ne plus représenter autant les décors qu'auparavant, mais le soin qu'il met à installer les ambiances, à rendre les protagonistes expressifs, à les animer dans des pages pleines de swing balaient cette réserve. Le rendu est d'une efficacité imparable.

Ce nouveau départ ne comble pas totalement mais ces nouveaux épisodes produisent une authentique jubilation, qui donne envie de connaître la suite. La combinaison d'un conteur aguerri comme Waid, la jeunesse inspirée de Samnee et le potentiel du nouveau statu quo du héros est plus que prometteuse : suivez donc, vous aussi, l'homme sans peur à San Francisco, le voyage en vaut la peine.