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jeudi 18 juin 2020

CAMERON STEWART ET WARREN ELLIS DANS LE VISEUR

Cameron Stewart
Warren Ellis

Mais dans le viseur de qui ? Vous demanderez-vous peut-être si vous n'avez pas suivi l'actu sur les réseaux sociaux. Un rappel des faits s'impose.

Au début de cette semaine, une jeune femme a posté sur Twitter plusieurs messages dans lesquels elle rapportait son histoire avec le dessinateur canadien Cameron Stewart. Il y était question de flirt entre entre alors âgée de seize ans et l'artiste, dans sa trentaine. Rien de bien méchant, si ce n'est que ces révélations ont déclenché une tempête médiatique, déliant les langues d'autres jeunes femmes.

On a alors pu apprendre que Stewart avait une réputation de gros dragueur, attiré par des jeunettes. Dans notre époque post #metoo, cela ne se fait plus et il n'a pas fallu longtemps pour que le dessinateur soit assimilé à un pédophile et même un violeur alors qu'il n'a jamais eu de relations sexuelles ni même de gestes inappropriés envers ses "victimes" - la première d'entre elles a même ensuite affirmé ne pas avoir parlé pour compromettre Stewart : drôle de manière de ne pas le mettre dans l'embarras...

Des commentateurs, toujours bien intentionnés, ont alors établi un parallèle fumeux entre l'homme et son oeuvre. Car Cameron Stewart a souvent dessiné et écrit sur des héroïnes, alors forcément c'est suspect. Catwoman, Batgirl, Motor Crush, Suicide Girls : tout ça prouvait bien qu'il n'était pas net...

Par un effet domino courant avec les réseaux sociaux, les juges médiatiques ont sorti les dossiers et un autre grand nom s'est retrouvé fiché : Warren Ellis, accusé d'avoir souvent abusé de son autorité avec ses collaboratrices. Comme il a souvent représenté des héroïnes au fort tempérament, c'est devenu aussi suspect, comme une sorte de masque pro-féministe qu'il aurait voulu porter en ayant, par ailleurs, eu une attitude moins bienveillante.

Je ne suis pas en train de vous dire que tout cela sent bon. Mais juste, comme l'a tweeté le dessinateur Patrick Zircher, que le Twitter est un tribunal qui se substitue pour beaucoup à une vraie cour de justice. Les plaignantes y témoignent quand bon leur chante, et donc, dans la droite ligne du mouvement qui a contribué à libérer la parole des femmes victimes de prédateurs sexuels, il est acquis que l'homme pointé du doigt est obligatoirement coupable. Que vous avez été séducteur avec des filles de seize ans ou un dur dans le travail avec des femmes adultes, vous êtes condamné instantanément comme si vous les aviez violées et brutalisées.

C'est aussi la mentalité américaine qui s'exprime. Celle-là qui refuse toute indulgence à Woody Allen, alors qu'il a été deux fois acquitté des accusations d'abus sexuels sur sa fille, et l'assimile à Harvey Weinstein dans un stupéfiant raccourci, au point que désormais il ne peut plus trouver de producteurs dans son pays ni de cinéma qui projette ses films Outre-Atlantique. Il n'est plus du tout question de présomption d'innocence, de prouver que vous êtes coupable. Une autre forme de justice a fait place à la loi rendue dans les prétoires.

Bien entendu, on compte ses amis dans les moments délicats et Cameron Stewart a dû vite comprendre que, malgré le respect qu'il suscite comme artiste, ses collègues l'avaient banni sans autre délai de leur "grande famille". J'avoue que ça m'a fait drôle de lire les condamnations sans appel de gens que je respecte comme Tom King, Evan Shaner ou Gabriel Hardman (mais la curée ne fait sûrement que commencer), prompts à qualifier Stewart de "asshole".

Stewart ne s'est pas exprimé, n'a produit aucune réponse. Chip Zdarsky, qui a partagé un temps un atelier avec lui, a raconté que son comportement était un secret de polichinelle dans le milieu, sans toutefois le vouer aux gémonies, certain qu'il n'avait jamais fait de mal à des gamines. 

Dans le cas de Warren Ellis, Colleen Doran a résumé son expérience en rappelant que la première fois qu'elle avait évoqué le caractère et les manières du scénariste, personne n'avait voulu l'écouter et qu'elle ne souhaitait pas revenir sur le sujet.

Comme je l'écris plus haut, la situation me gêne. Je n'excuse ni Stewart ni Ellis. Mais je refuse de les brûler car je ne vois rien de criminel dans ce qu'on rapporte à leur sujet. A seize ans, une fille qui communique régulièrement avec un homme qui a quasiment le double de son âge en admettant très bien que cette relation se base sur un rapport de séduction et qui vient ensuite dénoncer cela comme une déviance sexuelle ne me semble ni très honnête ni très maline. 

Quant au fait de travailler avec un scénariste qui fait preuve d'autoritarisme, je ne crois pas que seules des femmes aient à s'en plaindre.

Mais à la gêne se mêlent une colère et une lassitude. La colère contre le "trial by Twitter" qu'a relevé fort justement Patrick Zircher, et qui m'énerve au plus haut point. On pourra me parler autant qu'on veut de phénomènes d'emprise, mais à la fin, tout ça doit, si crime ou délit il y a, se régler au tribunal et pas dans les réseaux sociaux où le moindre excité prononce un verdict au nom d'une morale dont lui seul définit les contours.

Et lassitude parce que cela rouvre l'éternel débat de la séparation entre l'homme et son oeuvre. Avec toute cette merde, je doute que Cameron Stewart retrouve du boulot rapidement et un éditeur pour ses projets. Déjà, les auteurs de la série Ice Cream Man (chez Image), pour qui il avait signé une variant cover, ont fait savoir qu'ils refusaient désormais de la voir publier. Et, selon le site Bleeding Cool, DC ne voudrait plus collaborer avec Stewart. Ambiance...

Warren Ellis s'en sortira-t-il mieux ? Je ne connais pas les détails, mais il semblerait qu'il ait déjà contre-attaqué il y a quelque temps sur ce qu'on lui reproche et personne ne lui a retiré sa confiance (il continue à produire pour Image Comics et va écrire un spin-off de Metal, la saga de Scott Snyder, chez DC).

En tout cas, moi, je ne boycotterai ni Ellis ni Stewart sur mon blog. Le scénariste est un des mes auteurs favoris et le dessinateur est une de mes idoles. Et pour la peine, je joins à cette entrée le segment qu'il a illustré pour le récent Catwoman 80th anniversary, écrit par Ed Brubaker.





     






mardi 9 juin 2020

CATWOMAN 80 TH ANNIVERSARY 100-PAGE SPECTACULAR


Comme je l'avais dit dans le post que j'avais consacré à l'anniversaire de Dr. Fate, beaucoup de personnages iconiques de DC Comics fêtent ces temps-ci leurs quatre-vingts ans. C'est au tour de Catwoman d'être honorée et l'éditeur n'a pas fait les choses à moitié avec ce recueil de cent pages, où quelques-uns des meilleurs auteurs/artistes sont venus témoigner de leur affection pour Selina Kyle. On peut même dire que c'est un quasi sans faute.


Les festivités commencent bien avec le duo Paul Dini-Emanuela Lupacchino qui voit Catwoman affronter un taxidermiste qui souhaiterait en faire son plus beau trophée. Un récit dynamique et bien illustré de la part du scénariste des Gotham City Sirens (série où Selina Kyle partageait l'affiche avec Poison Ivy et Harley Quinn), joliment mis en images.


On monte d'un cran avec Ann Nocenti qui oppose Catwoman à un vigile désireux de devenir le complice de la belle cambrioleuse avant de la menacer de la dénoncer quand elle refuse. Encore une fois, prime à l'action, et grâce au dessin merveilleux de Robson Rocha, qui représente la féline dans sa tenue de cuir du film Batman, le défi de Tim Burton, on est aux anges.


Helena est la première pépite de la collection. Tom King et Mikel Janin, l'équipe de Batman, ne pouvait pas ne pas être au rendez-vous et leurs pages préfigurent sans doute le programme de la maxi-série Batman/Catwoman (qui sera elle illustrée par Clay Mann), en se projetant dans le futur, quand Selina Kyle devient mère. Bien entendu le choix du prénom de la future fille de Batman va faire phosphorer les fans puisque Helena renvoie à Helena Bertinelli, alias Huntress... C'est malin et superbe visuellement.


Jeff Parker et Jonathan Case évoluent en territoire familier an animant la version de Catwoman issue de la série télé Batman des années 60, quand la sublime Julie Newmar lui prêtait ses traits (et ses formes). Leur nouvelle est amusante, complètement farfelue et très colorée.


Liam Sharp est nettement plus concis avec ces trois pages où confrontée au gardien d'une banque qui l'a surpris en flagrant délit dans la salle des coffres, Catwoman fait preuve d'imagination pour qu'il la laisse filer. C'est sympathique mais sans plus. Graphiquement, il faut être plus client du style de Sharp que je ne le suis pour apprécier.


Le chapitre qui suit est le plus déroutant du lot car Mindy Newell revient sur l'enfance de Selina Kyle, confiée à une rescapée des camps nazis, pour laquelle elle dérobe, des années plus tard une mezuzah dans des circonstances bien tristes. L'histoire doit surtout à Lee Garbett au dessin, qui situe tout ça dans le contexte de Batman : Year One (donc avec Selina en prostituée aux cheveux courts). Malheureusement, l'émotion manque terriblement au script.


L'effort conjugé de Chuck Dixon et Kelley Jones est le plus dispensable du lot. Catwoman doit faire face à Clayface alors qu'ils se disputent une émeraude dans un cargo. Rien de ce qui est dit là n'a d'intérêt et les dessins sont particulièrement moches.


En revanche, le segment écrit par Will Pfeiffer est une merveille d'nventivité, avec un dénouement jubilatoire : Selina Kyle est invitée à une comic-con sans comprendre ce qui s'y déroule (elle signe des autographes à côté de Bruce Wayne et du Joker, s'étonne du piteux état d'un fan dont tout le monde se fiche, répond aux questions embarrassantes de fans...). C'est aussi le plaisir de revoir Pia Guerra dessiner qui emballe (l'artiste a mis sa carrière entre parenthèses depuis le début de la mandature Trump dont elle est une farouche opposante) : ses planches sont superbes comme sa Selina.


Avant-dernier épisode de cette anthologie, Addicted to trouble présente la prochaine équipe créative de la série consacrée à Catwoman. Et c'est une excellente nouvelle car, après le run raté de Joelle Jones, ce sont Ram V (scénario) et Fernando Blanco (dessin) qui prendront le relais. Leurs pages ici sont donc une sorte de prologue au #25 qui paraîtra en Septembre et qui met en scène le retour de Selina et Maggie Kyle à Gotham. Le résultat est très prometteur.


Enfin, cerise sur le gâteau : Ed Brubaker et Cameron Stewart, qui ont marqué au fer rouge la carrière de Catwoman au début des années 2000, ont accepté de se réunir pour l'anniversaire en produisant une histoire inédite. Tout est là, intacte, magique : Holly Robinson, Slam Bradley, de l'action à gogo, une narration extraordinaire, des dessins sompteux. Sachant que Ram V a cité leur run comme sa référence, cela donne encore plus envie de relire Catwoman à la rentrée. Et de retrouver, qui sait, un jour, Brubaker et Stewart sur un projet commun.

Comme vous pouvez le constater, j'ai été comblé par ce numéro spécial, dont les menues faiblesses ne pèsent pas lourd dans la balance. DC fait un beau cadeau aux fans de Selina. Et en prime vous avez droit à quelques pin-ups ravissantes (voir ci-dessous) :

Babs Tarr
Ty Templeton
Steve Rude
Tula Lotay
Tim Sale
Jim Balent
Jae Lee

mardi 2 juillet 2019

LUMIERE SUR... CAMERON STEWART

 Cameron Stewart
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Je suis et reste un grand fan de Cameron Stewart bien qu'il ne dessine plus de comics qui m'intéressent (Fight Club 2 et 3). J'espère toujours qu'il reviendra à ses creator-owned, en particulier Niro (dont je vous avais montré des planches).
Pour patienter, on peut suivre ce qu'il poste sur les réseaux sociaux (Instagram, Twitter) et admirer ses pin-ups saisissantes, des portraits de filles superbes (au propre et au figuré), dont voici une sélection :