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vendredi 2 novembre 2018

JUSTICE LEAGUE DARK & WONDER WOMAN : THE WITCHING HOUR #1, de James Tynion IV, Jesus Merino, Fernando Blanco et Miguel Mendoça


The Witching Hour, le crossover entre Justice League Dark et Wonder Woman, s'achève avec ce numéro, au terme d'un mois de publication. James Tynion IV ne m'a guère convaincu avec cette histoire poussive et il devait donc profiter d'une pagination plus importante pour tenter de conclure en beauté. Hélas ! ce n'est pas le cas. D'autant que graphiquement le propos est desservi par pas moins de trois dessinateurs auxquels on semble avoir donné des planches à la courte paille...


Le sort lancé par John Constantine contre Wonder Woman a échoué à la libérer de l'emprise de Hécate. L'amazone est même devenue le principale véhicule de la magie maléfique et réformatrice de la déesse. Nanda Parbat se transforme en nécropole géante, le Parlement des Arbres est devenu celui des fleurs et le bar Oblivion n'a plus ni entrée ni sortie.


Sur la lune, Diana plonge dans un lac au fond duquel elle rencontre les deux autres incarnations de Hécate qui lui expliquent l'origine de sa furie actuelle. Matérialisation primordiale de la magie, elle a assisté à la naissance des divers panthéons et contenu l'Homme Inversé dans sa dimension. Pour intégrer l'Olympe, elle s'est ensuite donnée à Hadès.


Mais inquiets de sa puissance, les Dieux la bannirent sur la lune et Hadès s'unit à Perséphone. Folle de chagrin, elle jura de se venger et choisit cinq femmes qu'elle marqua pour, le moment venu, semer le chaos et réécrire la magie. Parmi elles : Manitou Dawn, Black Orchid, Witchfire et Wonder Woman.


Circé rapatrie Swamp Thing, Constantine, Zatanna, Chimp, Man-Bat mais aussi Deadman, Black Orchid, Manitou Dawn (toutes deux délivrées de l'emprise de Hécate), Traci Thirteenn, Nightshade et l'Enchanteresse, sur son île. Pour abattre la déesse, elle leur conseille de tuer Wonder Woman afin de sauver la magie.
  

Après avoir défié l'amazone et fait appel à ce qui lui restait de générosité, Zatanna ouvre sur son ordre la porte à l'Homme Inversé qui dévore Hécate puis est aspiré à nouveau dans sa dimension. L'Heure de la Sorcière est terminée. Mais Zatanna s'interroge encore : qui est la cinquième femme marquée par Hécate ?

Autant le dire simplement et directement, ce qui manque totalement à James Tynion IV et à sa Justice League Dark, c'est... La magie. La magie comme pouvoir, comme argument, comme enjeu, mais aussi la magie comme inspiration. Le scénariste, qui déclarait pourtant en démarrant la série que c'était le projet dont il rêvait depuis toujours, s'avère incapable d'insuffler de la magie dans ce qu'il veut raconter.

Cet épilogue est épouvantablement verbeux et, en un sens, c'était inévitable car Tynion IV devait en passer par des explications, nécessaires pour justifier la colère de Hécate, la corruption (pourtant sans rapport apparent) du Dr. Fate, et le marquage de Wonder Woman. Entre deux scènes de destruction massive et de possession maléfique (au design particulièrement moche), on a donc droit à de vrais tunnels de texte entre Wonder Woman et les deux autres parties de la déesse Hécate dans les tréfonds de la lune.

La justification trouvée par le scénariste est confondante de banalité : toute cette ire a été motivée par un gros chagrin amoureux. C'est donc une histoire de déesse magicienne trahie par les dieux grecs et Hadès en particulier qui est à l'origine de sa revanche. Le problème (et il n'est pas mince), c'est que, évidemment, comme Hécate nous a été exclusivement montrée comme une abominable furie depuis les début, on n'a aucune empathie pour sa condition. Et sa vengeance devient plus pathétique que captivante ou émouvante.

A dire vrai, et pour parler cru, elle nous emmerde, cette déesse plus geignarde que supérieure (alors même qu'elle est censée être une force primordiale, ce qui aurait dû la doter d'une certaine sagesse, ou, au moins, d'un peu plus de recul). Par ailleurs, comment comprendre qu'elle ait attendu tant de temps pour se défouler ? A croire qu'elle se réservait pour la JLD !

L'issue de la bataille est grotesque puisque Wonder Woman, incontrôlable, trouve soudainement face à tous ses amis les ressources nécessaires pour se ressaisir in extremis avant de ravager la Terre entière et réécrire la magie. C'est beau et subtil comme un éléphant dans un magasin de porcelaine... Le rebondissement est si mal amené, la conclusion si vite expédiée qu'on reste pantois. Quant au cliffhanger de la dernière page (avec la révélation de l'identité de la cinquième femme marquée par Hécate), s'il est un peu plus efficace, il reste très convenu.

Comme je l'écrivais plus haut, les dessins sont incompréhensiblement distribués. On croirait que chaque page a été confié aux trois dessinateurs sans aucune direction, comme si les feuilles du script avaient étaient jetées en l'air et que chacun les avait ramassées puis découvert ce qu'il allait illustrer.

On passe sans transition de Miguel Mendoça (le plus faible du lot, même s'il ne s'économise pas) à Jesus Merino à Fernando Blanco. Les trois dessinateurs n'ont pas grand-chose en commun visuellement, ce sont de bons professionnels, des techniciens solides, mais placés dans des conditions impossibles pour produire quelque chose d'un tant soit peu personnel.

A cette loterie, Blanco est peut-être celui qui s'en sort le mieux (même s'il mériterait bien mieux que ce rôle de doublure depuis la fin de Batwoman) parce que, tout simplement, il ne cherche pas à coller aux deux autres et délivre des images à la fois élégantes et intenses. Mais le problème demeure : on n'a pas le temps de savourer sa prestation car déjà on passe à un de ses partenaires et que le récit part dans tous les sens, tantôt très dialogué, tantôt privilégiant l'action.

Quelle qu'ait été l'ambition de ce crossover, on n'a obtenu qu'une histoire malade, boursouflé, au rythme aléatoire. La JLD ne fait jamais étalage de sa puissance magique (qui est hypothétique telle quelle, alors que Zatanna en fait partie), Wonder Woman voit son historique alourdi d'un énième secret dispensable. Il faudra à James Tynion IV du ressort et beaucoup plus de conviction pour rattraper ces débuts calamiteux. 

lundi 8 octobre 2018

WONDER WOMAN & JUSTICE LEAGUE DARK : THE WITCHING HOUR #1, de James Tynion IV et Jesus Merino


Cette couverture affreuse vend très mal le prologue du crossover entre les séries Wonder Woman et Justice League Dark intitulé The Witching Hour. Cette histoire, écrite par James Tynion IV, va durer tout le mois d'Octobre, en se poursuivant dès le Mercredi 10 dans Wonder Woman #56, le 17 dans Justice League Dark #4, le 24 dans Wonder Woman #57 et le 31 dans Wonder Woman & Justice League Dark : The Witching Hour #2. Ce premier acte, de près de cinquante pages, est dessiné par Jesus Merino et reprend là où s'arrêtait Justice League Dark #3.


Enfant, Diana a surpris une cérémonie de sorcières sur l'île de Themyscira, invoquant Hécate, le déesse de la magie. Ses disciples marquèrent au fer rouge le front de la jeune amazone mais Hécate les punit pour leur manque de discrétion et de vigilance.


Aujourd'hui. Après avoir difficilement renvoyé l'Homme Inversé d'où il venait, Wonder Woman révèle la menace qu'il représente et le fait que Nabu a usurpé l'identité du Dr. Fate à la Justice League. Zatanna demande le soutien des héros afin de mieux cerner ce danger et le contrer - mais sans dire comme l'amazone a vaincu l'Homme Inversé.


Une fois les deux femmes parties, Hécate efface de l'esprit des membres de la Ligue le souvenir de cet échange. Au bar Oblivion, Traci 13 a réuni les magiciennes et sorcières afin de préparer la riposte. Mais Hécate manipule Rebecca Carstairs/Witchfire pour les toutes les brûler vives - à l'exception de Traci et Nightshade qui réussissent à s'échapper dans une autre dimension.


De retour à leur quartier du Hall de Justice, Diana et Zatanna retrouve Swamp Thing, Chump et Man-Bat lorsque Hécate active à nouveau le pouvoir magique de l'amazone. Elle a besoin d'elle pour reconquérir la magie menacée par Nabu. Mais Zatanna et Chimp s'interposent.


Chimp entraîne ses amis dans la cave qu'il a emménagé et qui conduit au bar Oblivion. La JLD y trouve John Constantine au milieu des cadavres carbonisés des sorcières et magiciennes et qui prévient qu'ils ne seront pas à l'abri ici non plus...

J'ai déjà eu l'occasion de dire que je trouvais précipitée l'idée d'organiser une histoire commune entre la Justice League Dark et Wonder Woman, qui d'ailleurs aurait pu être circonscrite à la série de l'équipe. Et c'est d'autant plus vrai que l'intrigue de ce crossover fait directement suite aux événements de Justice League Dark #3.

L'avantage dans cette entreprise, c'est que tout cela sera réglé en un mois, en allant et venant entre deux séries encadrées par ce prologue et un épilogue. Le tout écrit par le même scénariste, James Tynion IV. L'auteur devra néanmoins prouver que ce qu'il a à raconter en vaut la peine (alors que son premier arc de la JLD m'a laissé sur ma faim) et surtout que sa drôle d'équipe, pas vraiment magique, peut résoudre ce problème.

Car, c'est le souci depuis le début, la JLD de Tynion IV peine à (me) convaincre quant à son domaine de compétence. Zatanna est la seule véritable magicienne d'une formation agissant dans ce milieu. John Constantine rode autour du groupe sans en faire partie tout en agissant comme s'il en était (et qu'il en savait plus que les autres). Man-Bat est un scientifique. Chimp un détective mystique. Swamp Thing une force élémentaire.

Et Wonder Woman ? Tynion IV l'a investie d'un pouvoir magique jusqu'ici inconnu, y compris d'elle-même, et bigrement providentiel. Ce crossover appuie sur cet élément en essayant de le légitimer via la déesse Hécate qui aurait ainsi marqué plusieurs personnes afin de les réactiver le moment venu - et nous y sommes puisque Nabu a décidé de détruire la magie.

Le coût du pouvoir, des "agents dormants" magiques, une déesse préservatrice, un sorcier fou, tout ça n'est pas très original. Mais reconnaissons que c'est emballé avec efficacité. Plus long qu'à l'accoutumée avec presque cinquante pages, ce prologue mêle provisoirement la Justice League (vite hors-jeu) à l'affaire et décime promptement une assemblée de mages féminines. Ce coup de balai est radical, comme si DC avait voulu se débarrasser d'un paquet de personnages, mais ne sert guère l'image Hécate qui, entre marquer ses agents et tuer des alliées potentielles, a a une drôle de manière de s'y prendre pour paraître sympa (encore que ça n'a pas l'air d'être sa préoccupation première) et stratège dans le combat qui l'attend (à moins que le récit prépare le retour au premier plan d'autres personnages magiques - du Phantom Stranger au Spectre en passant par Blue Devil et le vrai Dr. Fate, il y a de quoi faire).

Jesus Merino, encore aujourd'hui, reste surtout connu pour avoir été longtemps l'encreur privilégié de Carlos Pacheco, alors même que les deux hommes, fâchés, ne travaillent plus ensemble depuis des années et que Merino est devenu dessinateur à temps plein. On peut d'abord vérifier que la rondeur du trait qu'on lui prêtait quand il embellissait les planches de Pacheco n'est pas la sienne : son style est un peu plus anguleux mais s'inscrit dans le même réalisme classique et élégant que son compatriote espagnol.

Merino réalise de belles pages, aux décors fournis et détaillés, avec des personnages qui ne manque pas d'allure ni de personnalité. Le casting assez nombreux prouve qu'il maîtrise tous les personnages, quel que soit leur sexe, mais sans faire des hommes des culturistes ou des femmes des bimbos.

Assumant toujours l'encrage (après avoir avoir un temps collaboré avec un autre partenaire sur ce poste), il se laisse parfois aller à des fioritures, alors que la colorisation suffirait à souligner les effets de volume ou de texture qu'il souligne. Mais l'ensemble a du chien, c'est très abouti, très solide.

Le comble, c'est que, hormis la puissance significative et le côté vicieux d'Hécate, ce prologue ne permet pas de savoir vraiment quelle direction va emprunter cette histoire. Souhaitons que cela progresse dès ce Mercredi dans Wonder Woman #56 (dessiné par Emanuela Lupacchino).