Affichage des articles dont le libellé est Michael Shannon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michael Shannon. Afficher tous les articles

lundi 12 décembre 2022

BULLET TRAIN, de David Leitch


Bullet Train est un vrai popcorn movie, un divertissement volontiers régressif mais qui l'assume et c'est pour ça qu'il est si drôle. David Leitch, le réalisateur, qui avait déjà signé Deadpool 2, sait ce qu'il fait : cet ancien cascadeur nous en met plein la vue sans se prendre au sérieux, dirigeant une troupe de comédiens qui s'amuse visiblement beaucoup.


"Coccinelle" est un tueur à gages qui accepte, à contrecoeur, un contrat que devait remplir un collègue, Carver, représenté comme lui par Maria Beetle : il doit récupérer dans le train à destination de Kyoto une mallette remplie d'argent. Coccinelle redoute que sa malchance le poursuive et il n'a pas tort car le train est rempli d'assassins lié par leurs relations avec un parrain russe surnommé "la Mort Blanche".


"La Mort Blanche" a ainsi recruté deux tueurs, "Citron" et "Mandarine", pour lui ramener son Fils kidnappé par un gang rival, et la mallette contenant la rançon. C'est cette mallette dont doit s'emparer Coccinelle et quand ses deux collègues s'aperçoivent qu'il l'a volée, ils découvrent en revenant à leurs places que le Fils a été empoisonné. 


Celle qui tué le Fils est "le Prince", la propre fille de la Mort Blanche, désirant se venger de ce père qui l'a ignorée depuis toujours. Elle maîtrise ensuite Yiuchi Kimura, dont elle blessé le fils, et dont elle compte se servir pour approcher la Mort Blanche pour le piéger.


Cependant, Coccinelle s'apprête à quitter le train au prochain arrêt. Mais il en est empêché par "le Loup", un autre tueur, qui monte dans le train au même moment et qui l'accuse d'avoir empoisonné sa femme et les invités de son mariage. Les deux hommes s'affrontent et Coccinelle réussit à éliminer son rival. Mais le train est reparti. Coccinelle cache le corps du Loup dans le bar du train et dissimule la mallette avant de prévenir Maria Bettle de la situation.


Citron et Mandarine se séparent pour retrouver la mallette et tuer celui qui l'a volée. Coccinelle tombe alors sur "le Frelon", une autre tueuse, qui a commis l'empoisonnement au mariage du Loup. Coccinelle parvient à la supprimer avec la seringue remplie de poison qu'elle lui destinait. Mandarine le surprend et devine qu'il est le voleur de la mallette car il l'avait croisé dans le compartiment juste avant que celle-ci ne disparaisse. Les deux hommes se battent jusqu'à l'extérieur du bar.


Le train s'arrête et Coccinelle pousse Mandarine sur le quai. Au même moment, à une autre porte, l'Ancien monte à bord et part à la recherche de Yiuchi, son fils. Celui-ci et le Prince croisent Citron, toujours à la recherche de la mallette et du voleur, et qui, intrigué par ce couple, se met à les soupçonner. Le Prince lui tire dessus après que Citron ait touché par balles Yiuchi. Elle cache les corps des deux hommes dans le toilettes. Coccinelle observe la scène avant que l'Ancien ne croise le Prince, ne la dépasse et ne trouve les corps des deux hommes à son tour. Le train arrive à son terminus.


Suivant le conseil de Maria Beetle, Coccinelle en descend et remet la mallette aux hommes de main de la Mort Blanche, qui, lui, monte dans le train où il est défié par l'Ancien. Les sbires du parrain ouvrent la mallette qui explose. La déflagration projette Coccinelle dans le train à bord duquel Mandarine a réussi à grimper à nouveau et qu'il remet en marche. Tandis que la Mort Blanche et l'Ancien se battent. Coccinelle et Mandarine s'allient pour éliminer la garde rapprochée du parrain. Une balle perdue endommage les commandes du train qui déraille et dévaste un village. La Mort Blanche meurt, Mandarine et le Prince s'entretuent en étant éjectés. L'Ancien a survécu. Maria Beetle arrive sur place pour exfiltrer Coccinelle.

A l'origine, Bullet Train est un roman de Kotara Isaka, inscrit dans une collection ayant l'agent de tueurs Maria Beetle comme personnage récurrent. Il n'est donc pas exclu, vu le succès rencontré par le film (dont le budget a été modeste pour une production pareille et qui a été largement rentabilisé en salles), qu'il s'agisse du premier volet d'une franchise.

Zak Olkewicz a adapté ce livre avec une efficacité redoutable si on en juge par le rythme effrené du récit, au diapason de la vitesse de ce fameux train (l'équivalent de notre T.G.V. au Japon). Plus l'histoire progresse, plus les passagers se font rares dans le véhicule. Le seul qui reste malgré lui alors qu'il aimerait tant en descendre, c'est le fameux Coccinelle (Ladybug en vo), un tueur poissard qui accepte un contrat "facile" pour remplacer un collègue malade (le nommé Carver incarné le temps d'un plan par Ryan Reynolds, ami du réalisateur qui l'a dirigé dans Deadpool 2).

Ces passagers semblent ne rien voir durant le trajet qu'ils effectuent des réglements de comptes entre assassins qui se déroulent entre deux compartiments. Et quand il n'y a plus un seul civil innocent dans le train, ne restent plus que les tueurs ayant survécu. Tous sont liés, sans le savoir, à un même homme, un parrain russe qui détrôna un chef des triades autrefois et qui a hérité du surnom de la Mort Banche.

La manière dont cela est dévoilé est très bien amenée. Mais le film de David Leitch déborde parfois inutilement de personnages qui arrivent trop opportunément dans l'intrigue. Les meilleurs exemples sont le Loup et le Frelon, qui pour le coup n'ont rien à voir avec le reste. Le Loup a pisté Coccinelle pour se venger car il le croit coupable d'avoir empoisonné sa femme et les invités de son mariage alors qu'en vérité il s'agit du Frelon... Qui débarque peu après sans qu'on sache franchement ce qu'elle fiche là puisqu'elle semble surprise de trouver Coccinelle à bord. Mais peut-être voulait-elle finir le travail en tuant le Loup ?

Les connections entre Citron, Mandarine, le Prince, l'Ancien, Yiuchi et la Mort Blanche tissent un réseau complexe mais qui est clairement expliqué. Cela rend encore plus drôle et pathétique la situation de Coccinelle qui croit vraiment que sa malchance le poursuit. Alors qu'en vérité cette poisse terrible est ce qui le sauve jusqu'au terminus. En fait, le principe est simple : quand il souhaite échapper aux ennuis, ils lui tombent dessus comme une pluie de grêlons, mais quand il les affronte sa scoumoune s'abat sur ses adversaires ou les éléments qui pourraient lui causer du tort (à lui ou à ses amis).

David Leitch a débuté à Hollywood il y a plus de vingt ans en étant la doublure cascade (sur Fight Club, de David Fincher) de Brad Pitt : cela lui donne deux atouts - le premier est qu'il sait parfaitement mettre en scène un fim d'action aussi survolté mais sans se prendre au sérieux, en n'ayant pas peur d'exagérer (à l'image du déraillement final, complétement fou). Le second, c'est d'être familier avec un énorme star qui lui fait confiance.

Brad Pitt est un excellent acteur de comédie pour qui a vu Burn after reading des frères Coen (2008) où il campait un abruti ahurissant. Mais peu de cinéastes ont décelé ce potentiel chez lui. Ici, il est irrésistible en tueur guignard mais coriace, doté d'un look improbable avec ses lunettes de vue et son bob ringard, qui rechigne à faire du mal depuis qu'il a fait une retraite spirituelle.

Il est impeccablement entouré, même si ses partenaires sont inégaux. Parmi les meilleurs, on trouve le tandem formé par Brian Tyree Henry et Aaron Taylor-Johnson, deux assassins qui ne cessent de se chamailler en évoquant un programme pour enfants. Michael Shannon arrive tard dans l'histoire mais s'impose sans problème en parrain implacable. Et Hiroyuki Sanada est toujours aussi charismatique.

Par contre Joey King est une starlette interchangeable. Et Zazie Beetz n'a guère le temps d'exister dans la scène où elle apparaît. Sandra Bullock intervient à la toute fin et elle a le visage tellement figé (par la chirurgie plastique) qu'on a l'impression de voir une doublure avec un masque. Channing Tatum a un caméo qui fait croire qu'il a un rôle plus développé mais il n'en est rien.

Bullet Train aurait gagné à être délesté de quelques wagons, mais son swing, son humour et son impayable héros rattrapent ces quelques kilos en trop.

lundi 9 octobre 2017

FRANK & LOLA, de Matthew Ross


"Love. Obsession. Betrayal. Revenge." : avec de tels termes en accroche, on s'attend, avant de découvrir l'histoire de Frank & Lola une authentique série noire. Mais le long métrage écrit et réalisé par Matthew Ross s'avère plus complexe tout en étant très dense et plus inattendu. 

 Frank (Michael Shannon)

Frank, chef cuisinier à Las Vegas, rencontre de Lola, étudiante en stylisme, un soir et ils deviennent rapidement amants en se connaissant très peu. C'est cette ignorance qui va miner leur romance naissante quand, venu la retrouver pour dîner, il la voit en train de discuter avec Keith, un jeune entrepreneur, au bar, ce qui provoque sa jalousie quand elle lui explique qu'il lui a proposé un boulot correspondant à ses compétences.

Lola (Imogen Poots)

Les soupçons de Frank vont pourtant se vérifier quand, peu après, en larmes, Lola lui avoue l'avoir trompé avec un homme de passage. Mais elle implore son pardon en lui racontant être perturbée psychologiquement depuis que son beau-père l'a violée- ce qui l'a motivé à fuir ici, à Vegas.

Patricia, la mère de Lola et Frank (Rosanna Arquette, Michael Shannon et Imogen Poots)

Le pardon de Frank semble être acquis à Lola quand il fait la connaissance de la mère de la jeune femme, agent artistique mais alcoolique, entretenant une relation distante avec sa fille. Ensuite Keith fait jouer ses relations en faveur de Frank pour qui il a décroché une rencontre avec un grand chef cuisinier français qui veut ouvrir un nouveau restaurant et cherche quelqu'un pour en composer la carte et diriger la brigade.

Alan Larsson (Michael Nyqvist)

Frank profite de cette opportunité pour, en parallèle de l'examen que lui fait passer son potentiel employeur, enquêter sur le beau-père de Lola : il retrouve ainsi à Paris Alan Larsson, romancier libertin qui retourne la situation en lui montrant une vidéo accablante où Lola, consentante, s'adonne avec lui et une autre femme à des jeux sexuels.

Keith (Justin Long)

De retour à Vegas, en attendant une réponse professionnelle de Paris, Frank met Lola devant le fait accompli et elle se défend en accusant Larsson de l'avoir manipulé avec la complicité de sa nouvelle femme, Claire : celle-ci a écarté la jeune femme lorsqu'elle est tombée enceinte. Mais ces aveux douloureux forcent Lola à rompre avec Frank car elle ne le croit pas capable de lui faire confiance.

Claire Larsson (Emmanuelle Devos)

Rappelé à Paris, Frank décroche le poste de cuistot mais réussit à s'entretenir avec Claire, qui lui confirme la version des faits de Lola, tout en étant assuré que Alan ne l'a plus revus depuis. Revenant à Vegas pour y boucler ses affaires, Frank surprend Larsson, supposé, d'après son épouse, être à Chicago pour ses affaires. Les deux hommes ont une explication musclée au terme de laquelle Frank obtient de son rival qu'il n'importune plus Lola.

Frank et Lola

Frank revoit Lola une dernière fois à l'occasion d'un dîner qu'il a préparé, dans son propre restaurant au casino "Encore" de Las Vegas, pour Keith. Il lui propose de reformer leur couple avant d'aller changer d'habits. Si elle est encore là quand il reviendra du vestiaire, il aura sa réponse. Lola l'attendra-t-elle ?

Si l'intrigue aborde bien les thèmes déclinés sur l'affiche, on comprend donc, une fois le film vu, que ceux-ci ne sont pas développés dans une trame policière mais au service d'une romance. Matthew Ross procède habilement en dévoilant les secrets de Lola comme autant d'étapes pour éprouver la confiance et l'amour que lui porte Frank.

A ce jeu-là, le scénario flirte volontiers avec le mélodrame : la jeune héroïne y est à la fois présentée comme une victime et une névrosée, dépassée par la relation perverse qu'elle a entretenue avec son précédent amant, à la fois son protecteur et son manipulateur. La barque est un peu chargée et comme Frank, le spectateur ne sait plus trop, en fin de compte, qui doit-il croire. Le témoignage de l'épouse de Larsson (interprétée par Emmanuelle Devos, qu'on n'attendait vraiment pas ici mais qui est excellente en bourgeoise hautaine) tranche l'affaire tout en conservant à l'attitude de Lola son ambiguïté.

Le film est joliment réalisé : même si l'action se situe majoritairement à Las Vegas (en dehors des séquences parisiennes), en vérité cela pourrait se passer n'importe où car le cinéaste ne s'intéresse pas à la géographie de la "sin city" ni à ses caractéristiques (pas de scènes dans les salles de jeux, aux machines à sous, ou sur le strip). La cité semble plutôt avoir été choisie pour sa portée métaphorique, un lieu de perdition, où ont échoué les deux amants, où ils misent sur leur couple, perdent tout, se refont, tentent à nouveau leur chance. D'une manière similaire, Ross filme Paris essentiellement de nuit, dans des ambiances inquiétantes ou sulfureuses (le club échangiste, le manoir de Claire, la garçonnière de Alan).

Mais Frank & Lola, comme tout film qui porte comme titre les prénoms de ses héros, doit beaucoup, si ce n'est l'essentiel, à ses acteurs. Et, de ce point de vue, Ross a composé un couple vraiment atypique : d'un côté, le magnétique Michael Shannon promène sa silhouette imposante et son visage émacié dans un rôle romantique inattendu ; de l'autre, la très belle Imogen Poots réussit à n'être jamais éclipsée par son charismatique partenaire et s'impose dans une interprétation troublée, sensible et sensuelle (l'ouverture du film est superbe et résume déjà tout ce qui suit).

Bouclé en moins de 90 minutes, ce long métrage brille surtout par la fausse simplicité qu'il affiche, son sens esthétique et son duo de vedettes remarquable.

lundi 11 avril 2016

Critique 863 : MAN OF STEEL, de Zack Snyder


MAN OF STEEL est un film réalisé par Zack Snyder, sorti en salles en 2013. 
Le scénario est écrit par David S. Goyer, d'après une histoire imaginée par lui-même et Christopher Nolan, adaptée du personnage de Superman créé par Jerry Siegel et Joe Shuster. La photographie est signée Amir Mokri. La musique est composée par Hans Zimmer.
Dans les rôles principaux, on trouve : Henry Cavill (Clark Kent/Kal-El/Superman), Amy Adams (Lois Lane), Michael Shannon (Zod), Lawrence Fishburne (Perry White), Russel Crowe (Jor-El), Kevin Costner (Jonathan Kent), Diane Lane (Martha Kent).
*

La planète Krypton, jadis couronnée de gloire pour ses nombreuses conquêtes spatiales, est aujourd'hui condamnée car ses régents ont épuisé ses ressources naturelles et ont perverti le système par des expériences eugéniques. Seul Jor-El, notable et savant, met en garde ses dirigeants contre ces dérives et la fin proche, mais il est ignoré. 

Le général Zod tente un coup d'état pour préserver l'élite de leur monde, mais Jor-El refuse de le soutenir dans cette manoeuvre. Zod est arrêté et condamné à l'exil dans la zone fantôme, une poche spatio-temporelle, avec ses acolytes.

Pour assurer la survie de son fils unique, Kal-El, Jor-El le place dans une capsule en injectant dans le corps du nourrisson le codex (un ensemble de données contenant toutes les gènes des kryptoniens) et l'envoie en direction d'une planète lointaine mais habitée : la Terre.
Krypton se meurt et implose.  
Jor-El
(Russel Crowe)

Les années passent. Kal-El est désormais un homme de 33 ans qui sillonne la Terre en vivant de boulots ingrats dans des régions hostiles. Doté de pouvoirs hors du commun des mortels, il disparaît dès qu'il en use pour se reconvertir ailleurs. On comprend qu'il apprend encore à maîtriser ses capacités surhumaines qui lui permettent de voir à travers les objets, d'entendre tout, de projeter des rayons thermiques par les yeux, de faire de prodigieux bonds, en plus d'une force colossale.
Clark Kent/Kal-El
(Henry Cavill)

Ces qualités qui sont autant d'handicaps pour s'intégrer ont gâché son enfance et son adolescence, durant lesquelles il a été souvent moqué et persécuté par d'autres enfants, malgré l'amour de ses parents adoptifs, un couple de fermiers formé par Martha Kent et Jonathan Kent (qui trouvera la mort dans des circonstances dramatiques, après une dispute avec son "fils" - dispute à l'origine de son errance actuelle).
Jonathan et Martha Kent
(Kevin Costner et Diane Lane)

Toutefois, Clark parcourt le monde avec un autre objectif : depuis que Jonathan Kent lui a montré des années plus tôt la capsule spatiale dans laquelle il a été trouvé, il cherche d'autres traces susceptibles de provenir de Krypton. C'est ainsi que dans le Grand Nord, alors qu'il travaille parmi des scientifiques et des militaires, il découvre, pris dans les glaces, un vaisseau bien plus grand avec un dispositif lui donnant accès à des messages enregistrés par Jor-El. 
Superman
(Henry Cavill)

C'est aussi dans cet endroit qu'il fait la connaissance de la reporter du "Daily Planet", Lois Lane, qui apprend qu'il est un extra-terrestre - sur lequel elle va mener une enquête ensuite.
Lois Lane
(Amy Adams)

Clark/Kal comprend, grâce aux Mémoires de son père, qu'il tient ses pouvoirs des différences énergétiques entre Krypton et la Terre et que, grâce à cela, il peut devenir le protecteur et le guide de son monde d'adoption, en revêtant l'habit et le blason de ses ancêtres.
Perry White
(Lawrence Fishburne)

Alors que Lois Lane décide de diffuser les informations qu'elle a collectées sur Clark via internet, après que son rédacteur en chef, Perry White, ait refusé de publier son article, et que Martha Kent retrouve son fils qui rentre à Smallville, le général Zod et sa troupe approchent de la Terre (ils ont échappé à la zone fantôme suite à la déflagration causée par l'implosion de Krypton). En parasitant tous les systèmes de communication, il lance un ultimatum : il exige que Kal-El lui soit remis sinon il procédera à de terribles représailles.
Zod
(Michael Shannon)

Lois est arrêtée par l'armée à cause de son article. Cela et la menace de Zod motive Clark à se rendre aux autorités pour qu'il soit livré à Zod. Mais celui-ci lui a tendu un piège et un médecin kryptonien lui impose des examens pour savoir où il a caché le codex. Zod a en effet le projet de transformer la Terre pour en faire une nouvelle Krypton, quitte à exterminer tous les humains qui s'interposeront.
Jor-El et Kal-El

Avec l'aide de Lois et des ultimes messages holographiques de Jor-El, Clark/Kal réussit à échapper à ses ennemis qui le poursuivent et l'affrontent. L'environnement terrestre désoriente les kryptoniens comme leur semblable avant eux et ils battent en retraite. Mais ce n'est qu'un repli stratégique avant une nouvelle offensive plus spectaculaire : déployant deux machines en deux points opposés de la Terre, Zod commence à terraformer la planète pour la rendre habitable par les siens et éliminer ses occupants actuels.
Superman

Superman, comme le surnomment les médias, et l'armée ripostent en détruisant d'abord ces engins. Seul Zod se dresse encore sur la route de Kal-El et leur affrontement sera terrible, causant des dégâts énormes et imposant au héros une décision radicale mais traumatisante pour neutraliser le général. 
Superman et Lois Lane

Je vais être tout à fait franc : n'étant ni un grand fan de Superman, encore moins de Zack Snyder (le réalisateur de ce reboot, après celui en 2006 mis en scène par Bryan Singer), et pire que les deux précédents réunis de Christopher Nolan (producteur et co-scénariste ici), je ne m'étais pas déplacé en salles lors de la sortie de Man of Steel il y a trois ans.

Hier soir donc, j'ai décidé de donner sa chance au produit lors de sa diffusion sur TF1, dans une disposition finalement idéale puisque je n'attendais rien de ce film qui, bien qu'ayant été un gros succès commercial, a été accueilli modérément par la critique à l'époque, et que la précédente version (celle de Singer) ne m'avait franchement pas convaincu (histoire bancale, interprétation transparente, réalisation sans souffle).

Si je n'aime pas Zack Snyder, c'est parce que celui que certains ont osé présenter (sans rire) comme un "visionnaire" m'a toujours agacé avec ses effets maniérés au possible (abus de ralenti) et ses précédentes adaptations de comics (l'affreux 300, d'après le roman graphique de Frank Miller ; Watchmen ou l'impossible transposition sur grand écran du chef d'oeuvre d'Alan Moore et Dave Gibbons). J'aime encore moins Christopher Nolan, qui représente pour moi la caricature du l'auteur de blockbusters "intelligents alors que ses films sont interminables et prétentieux (à l'exception de ses deux premiers opus - The Following/Le suiveur et Memento - mais sinon ses trois Batman et Inception sont imbuvables). Quant à Superman, c'est un personnage qui ne m'inspire pas de mauvais sentiments mais dont j'ai lu trop peu d'histoires passionnantes (hormis Superman : Secret Identity de Kurt Busiel et Stuart Immonen).

Tout ça fait beaucoup de handicaps, mais quand on regarde un film avec a priori si peu d'atouts, on sait qu'on sera vite indulgent ou découragé. Au pire, ce sera une nouvelle occasion ratée. Au mieux, on sera positivement étonné.

Et contre toute attente, j'ai été favorablement cueilli par ce long métrage, même s'il n'est pas sans défaut, mais comporte suffisamment de qualités pour compenser.

On va faire simple en soulignant d'abord la bonne construction du scénario : certes, le prologue est un brin longuet entre les alertes sans effet de Jor-El, la préparation du sauvetage de son fils, et la tentative de putsch du général Zod, mais comme il s'agissait de re-présenter la mythologie originelle de Superman (là où, en vérité, Bryan Singer inscrivit son Superman returns comme une suite à la trilogie de Richard Donner avec Christopher Reeves), on l'accepte parce qu'elle rend à nouveau le héros et son univers accessibles à tous (car, les fans de comics l'oublient volontiers, tout le monde n'est pas à la page avec ces personnages iconiques outre-Atlantique).

Le choix d'une narration éclatée ensuite s'avère payant : une ellipse nous projette 33 ans après la fin de Krypton, et Kal-El alias Clark Kent est désormais un adulte. On est dérouté de le découvrir en routard, sillonnant le monde dans ses coins les plus reculés, collectionnant les jobs éprouvants, cachant ses fabuleux pouvoirs. Cette errance recèle pourtant une certaine poésie et parfois la réalisation de Snyder évoque le cinéma contemplatif (mais sans voix-off insupportablement bavarde et pseudo-mystique) de Terrence Mallick (La ligne rouge, Badlands) : un mélange assez curieux mais dont l'audace intrigue de manière bienvenue. 

Des flash-backs montrent Clark enfant, adolescent, découvrant ses facultés surhumaines, entouré par des parents adoptifs aimants, persécuté aussi par des gamins qui n'acceptent pas le caractère solitaire et réservé du fils Kent. Tout n'est pas, là encore, toujours très heureux dans ces moments-là (par exemple, la mort de Jonathan Kent est pompeusement mise en scène sans produire la moindre émotion), mais explique les raisons de l'errance du héros au présent et nous épargne ses jeunes années linéairement exposées.

D'autres personnages sont ainsi habilement introduits dans ce dispositif narratif, parfois très vigoureusement redessinés : ainsi Lois Lane y gagne-t-elle en épaisseur et en dynamisme sans que sa présence accrue paraisse forcée. Plus secondairement, Perry White est bien campé (et servi par l'interprétation du charismatique Lawrence Fishburne - dont seuls de stupides intégristes se plaindront qu'il soit incarné par un acteur noir).

Quand la menace de Zod resurgit et enclenche le second acte du récit, le film prend une forme plus convenue et quelques longueurs se font sentir à nouveau, d'autant que Superman retient ses coups (parce qu'il se bat contre des kryptoniens comme lui ? Parce que Pa Kent lui a toujours enseigné de ne pas céder à violence pour régler un conflit ? Parce qu'il ne veut pas que la bataille dégénère trop et provoque des victimes humaines ?). Que le général soit secondé par quelques hommes et une femme de main contribue aussi à rallonger la sauce un peu artificiellement, et la manoeuvre, certes spectaculaire, avec les machines dure un peu trop longtemps. La baston finale entre Superman et Zod est un grand moment, où l'équipe en charge des effets spéciaux a accompli de nouvelles prouesses : la puissance des deux adversaires, les dégâts qu'ils causent, et le final dramatique forment un climax très réussi.

Sur ces derniers points, le film a suscité une polémique puisque Superman cause des morts parmi les civils et tue son ennemi, ce qui ne correspond guère à l'éthique attaché à un tel personnage. Néanmoins, Snyder et ses scénaristes, s'ils se sont peut-être laissés dépasser par leur fougue, aboutissent à cette solution (la mort de Zod) comme la seule valable dans le contexte de leur opposition, et Superman n'est pas satisfait de l'extrémité à laquelle il a été poussé. Par ailleurs, les dommages collatéraux sont expédiés, mais ont fourni l'argument pour Superman vs Batman : L'Aube de la Justice, du même réalisateur, récemment sorti, et dans lequel le Dark Knight (dont des amis ont péri à Metropolis) engage un duel contre le Man of Steel, convaincu que ses pouvoirs sont plus dangereux que rassurants pour protéger les humains (il semble, toutefois, que cette idée soit nuancée par un subplot auquel est mêlé Lex Luthor, Wonder Woman et d'autres personnages - tous invités en prévision d'un long métrage avec la Justice League... DC veut concurrencer les "Marvel movies" plus directement dans l'avenir).

La distribution est de premier choix et offre quelques bonnes surprises là encore. Avoir attribué à l'athlétique et séduisant Henry Cavill le rôle ô combien délicat de Superman est une excellente idée : il lui donne une présence physique imposante tout en en faisant un être dépassé par ses pouvoirs, la charge de son destin. Son jeu est sobre mais intense, on est bien loin du fadasse Brandon Routh chez Singer.
Amy Adams hérite d'une version singulièrement enrichie de Lois Lane, qui ne se réduit vraiment plus à la fiancée du héros : elle prend part à l'action, permet à l'intrigue de s'articuler, et la comédienne la joue avec élégance et justesse, là encore bien supérieures à Kate Bosworth chez Singer (et même Margot Kidder chez Donner).
Michael Shannon se tire également avec brio du rôle de Zod qu'il dote d'une dangerosité crédible, sans cabotiner.

Les seconds rôles sont bien distribués, même si parfois certains des acteurs ne sont pas flattés : Diane Lane est peut-être trop jeune pour être la mère du héros (et son maquillage un peu grossier du coup) mais son couple avec Kevin Costner a de l'allure (quand bien même le comédien a donc droit à une mort particulièrement ratée). Lawrence Fishburne est impeccable, quoique le personnage de Perry White ne soit pas très développé. Russel Crowe n'est pas Marlon Brando, mais son Jor-El est lui aussi mieux développé et son interprète (qui a, semble-t-il, pu réécrire certaines de ses scènes) l'interprète avec la hauteur qui convient.

Porté par une musique très rythmée de Hans Zimmer et une réalisation bien délestée des effets souvent ridicules des précédents films de Zack Snyder, ce Man of Steel est une relecture musclée et futée de Superman, comme on ne l'attendait pas/plus.