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vendredi 11 septembre 2020

X-FORCE #12, de Benjamin Percy et Oscar Bazaldua


Le dernier numéro de X-Force m'avait tant déplu que j'avais annoncé mon intention de ne plus suivre la série. Je me suis ravisé, moins convaincu par ce douzième épisode (même s'il y a du mieux) que parce que j'ai compris qu'il faudrait compter avec ce titre pour le crossover X of Swords (je vais sans doute aussi me plonger dans Excalibur pour cette raison). Voyons donc ce qu'ont réalisé Benjamin Percy et Oscar Bazaldua.


Attaqué par surprise, Kid Omega est passé à travers un des portails de Krakoa qui débouche en Russie. Il est désormais aux mains du mystérieux Mikhail, qui compte l'utiliser à des fins encore inconnues.


Sur l'île de Krakoa, le Fauve a retrouvé Sage indemne et alors qu'elle est encore sous le choc de son agression, il la pousse à dresser un état des lieux. Elle trace la piste de Quentin Quire et découvre qu'il a laissé un message indiquant l'identité de son ravisseur.

Mikhail débarque dans une assemblée de l'organisation Xeno dont le chef actuel est son rival. Il neutralise le garde de ce dernier et le force à l'écouter. Pour détruire leur ennemi commun (les mutants de Krakoa), ils doivent changer de tactique.


Sur l'île justement, le nom de Mikhail permet de remonter jusqu'à deux suspects : Omega Red, venu chercher asile récemment (après avoir d'abord refusé l'invitation du Pr. X), et surtout Colossus - le frère cadet de Mikhail.


Mikhail livre Kid Omega au chef de Xeno afin qu'il créé une armée de soldats dotés de ses pouvoirs pour attaquer Krakoa...

Contrairement à Marauders, X-Force est une série qui est devenue de plus en plus antipathique : son scénariste, Benjamin Percy, avait certes annoncé la couleur, ce serait un titre sombre sur les coulisses les moins reluisantes de la Nation X, mais pour ma part, j'ai fini par me lasser de ce tableau crapoteux.

Percy semblait parti pour distribuer équitablement les rôles, mais c'était faux : entre la tête de sa CIA des mutants (le Fauve, Sage, Jean Grey) et ses bras (armés - Wolverine, Domino, Kid Omega), il est vite devenu évident que l'équipe de terrain avait ses faveurs. C'est dommage car, si, évidemment, le trio d'action est plus dynamique, les états d'âme des stratèges étaient négligés et l'âme de la série se réduisait à un récit efficace mais plus conventionnel.

Pourtant, avec le recul, ce sont pourtant bien du côté des cerveaux de la X-Force qu'il se passe les choses les plus intéressantes. Même si le personnage de Sage est très pauvrement caractérisé (alors qu'elle a quand même la charge de toute la surveillance de Krakoa), un conflit a séparé nettement le Fauve (dont les choix sont de plus en plus discutables) et Jean Grey (qui a fini par démissionner).

Le présent épisode se découpe en deux parties : d'un côté on suit Mikhail, le frère aîné des Rasputin (donc de Colossus et Magik - dont la présence n'aurait pas été de trop dans l'histoire à ce stade), et de l'autre Colossus. Si Mikhail semble un peu sortir de nulle part (j'ignorai même qu'il existait avant) et exister surtout pour relancer le subplot impliquant l'organisation anti-mutante Xeno (que Percy a également laissé trop longtemps en plan alors qu'elle paraissait être l'ennemie n°1 de la X-Force) et entraîner Quentin Quire dans une nouvelle galère (ce qui devient répétitif : Percy s'acharne sur lui avec une véhémence suspecte), en revanche ce qui arrive à Colossus révèle des éléments bien plus percutants.

Parce qu'il est le frère de Mikhail et russe (les adversaires des mutants depuis Dawn of X, dans les séries Marauders et X-Force), Piotr doit être interrogé. Mais le Fauve organise son arrestation de façon vraiment détestable, en la transformant en parade de la honte. Wolverine, écoeuré par la méthode, reprend les choses en main et on jubile de le revoir, séchement, remettre Hank McCoy en place. Toutefois, la dernière page de l'épisode montre le pauvre Colossus dans une position qui fait mal au coeur.

Percy est cruel mais ce faisant, il est aussi moins complaisant que lorsqu'il mettait en scène l'équipe de terrain de la X-Force contre la végétation folle de la Terra Verde, privilégiant le effets horrifiques perturbants aux causes du problème (qui pointaient directement du doigt encore une fois le Fauve). Il est évident que le scénariste a décidé de faire de Hank le méchant de la série et les fans du Fauve ne seront pas contents car c'est une pièce de plus dans la machine. Ces dernières années, il n'a pas été gâté : du Complexe du Messie où il cherchait par tous les moyens à résoudre l'extinction mutante à All-New X-Men (période Bendis) où, pour tenter de raisonner Cyclope, il allait chercher les cinq premiers X-men dans le passé, McCoy a accumulé les sorties pour le moins hasardeuses, sans oublier son séjour chez les Inhumains (juste avant Death of X). Il semble bien loin le Fauve blagueur des Avengers, ou le savant pondérant Charles Xavier. Là, c'est carrément l'apprenti sorcier des Illuminati, limite Dark Beast.

Tout cela souligne surtout, par ricochet, le manque de nuances dans l'écriture de Percy, qui accable des personnages au lieu de suggérer subtilement ce qui ne va pas. Plutôt que de développer un duel Jean Grey-Hank McCoy à la tête de la X-Force, il sort Jean Grey de la partie et enfonce le clou avec le Fauve. On ne comprend pas comment, dans ces conditions, le Pr. X ne s'en mêle pas, ou au moins les X-Men originaux comme Cyclope, Angel, Iceberg, qui devraient être dérangés par la dérive de leur ami. Ce background, c'est ce qui fait défaut à la série telle que l'écrit Percy : à force de rester entre eux, les membres de la X-Force sont trop coupés des autres et ce n'est pas logique car cette équipe doit rendre directement des comptes au Conseil de Krakoa. Il est impossible que le Fauve puisse agir comme il le fait sans que les leaders de l'île l'ignorent et ne réagissent.

Visuellement, pour la deuxième fois d'affilée (comme pour le diptyque avec Domino), Oscar Bazaldua illustre le script. J'avais été sévère avec cet artiste en le comparant à Joshua Cassara, qui faisait merveille au début. Je dois me raviser en admettant qu'il livre une copie très honorable. Ce n'est pas un dessinateur très bon, mais correct.

Il est léger, trop, sur les décors, s'en remettant ostensiblement au coloriste (le studio Guru-FX, qui a remplacé Dean White), chargé alors de veiller aux ambiances, même si on ne sort guère d'endroits peu éclairés, dans un climat violent et oppressant - hormis la scène de l'arrestation de Colossus en Terre Sauvage.

Bazaldua va à l'essentiel avec le peu de temps dont il doit disposer. Il garde son énergie pour placer au bon moment une pleine page spectaculaire (la fameuse scène de la parade de la honte). Puis il aligne ensuite des planches sages, où la lisibilité prime sur tout le reste. Pas de compositions inventives, de découpage habile, d'expressivité fabuleuse. C'est vraiment le job d'un fill-in artist qui a décidé de ne pas se forcer (pourquoi se forcer quand on ne vous utilise que comme bouche-trou ?).

Cela renvoie une fois encore à l'emploi des dessinateurs par Marvel. Beaucoup de titres (à cause de leur périodicité ou du rythme de travail des artistes) ont besoin de fill-in, mais rien ne semble prêt pour bien répartir le travail (par exemple sur Daredevil, pourquoi ne pas alterner deux très bons dessianteurs au lieu d'attendre que Checchetto soit trop rincé ? Ici, pareil, pourquoi ne pas donner à un meilleur dessinateur que Bazaldua un arc entier afin que Cassara ne disparaisse pas au pire moment ?). Il me semble que sur ce point DC est mieux préparé (prenez des titres comme Batman, Detective Comics, Justice League Dark où James Tynion a toujours eu deux artistes équivalents en termes de qualité).

Pour terminer, une sorte de procès (ou du moins d'interrogatoire) de Colossus est annoncé. Mais à quand vraiment se déroulera-t-il puisque X-Force #13 se déroulera en plein coeur de X of Swords ? A suivre donc.

lundi 17 août 2020

X-FORCE #11, de Benjamin Percy et Oscar Bazaldua


J'ai tardé à critiquer ce onzième épisode de X-Force car je l'ai trouvé franchement raté, comme si la série telle qu'écrite par Benjamin Percy affichait ses limites. Certes, ça a toujours été un titre spécial, violent, sombre... Mais le problème et le malaise sont plus profonds en vérité et ce chapitre les met en lumière.


Le Fauve, le Dr. Cecilia Reyes et Sage procèdent à une nouvelle autopsie des tueurs russes qui avaient attaqué Krakoa. Après que le premier ait été piégé par une bombe, le suivant contient une version miniature de lui-même, qui égorge le Dr. Reyes !


Pendant ce temps, Domino retrouve Colossus en Terre Sauvage où il lui confirme se retirer du terrain, traumatisé par ses dernières sorties. Elle lui rappelle que ses compatriotes russes sont à l'oeuvre contre les mutants mais il ne changera pas d'avis.


Sauf lorsque les doubles de Jamie Madrox sont rappelés sur Krakoa. Colossus comprend que la situation y est critique et il passe à l'action. Les autres tueurs russes morts ont délivré leurs versions miniatures qui sèment le chaos sur l'île.


Black Tom Cassidy met le Pr. X à l'abri tandis que Sage est tuée à son tour. Un des gnomes prend le contrôle de ses machines. Ailleurs, Quentin Quire a rendez-vous avec Phoebe, une des Stepford Cuckoos...


Le projet initial de X-Force dans l'ère Dawn of X (qui a suivi la parution de House of X-Powers of X) était de mettre en scène "la C.I.A. des mutants", une équipe chargée de prévenir et protéger Krakoa des menaces extérieures. La série a démarré sur les chapeaux de roues avec l'assassinat de Charles Xavier, vite ressuscité.

En fait, on peut se demander si ce départ explosif n'a pas davantage nui au projet qu'il ne l'a servi. En effet, dans ses déclarations en interview, Jonathan Hickman ("Head of X" comme il est crédité dans les séries qu'il n'écrit pas, ce qui pose le bonhomme en véritable architecte du reboot mutant) avait notamment expliqué qu'il ne comptait plus employer la mort d'un personnage comme un rebondissement car il était convaincu que c'était un ressort éculé (il a raison). Et de toute manière, les mutants ont vaincu la mort grâce au groupe des Cinq et Cerebro.

Remise dans cette perspective, l'idée de tuer Charles Xavier apparaît aujourd'hui comme franchement idiote et irrespectueuse (des principes de Hickman et de l'intelligence du lecteur) puisque personne ne doutait que ce serait vite corrigé. Tout au plus s'agissait-il d'un façon de souligner que la nouvelle cible n°1 des anti-mutants était Xavier (plus qu'aucun autre des leaders de la Nation X).

Ensuite, Benjamin Percy a développé une intrigue révélant les méchants à l'oeuvre en coulisses avec l'organisation Xeno. Les tueurs de Xavier, c'était elle. Mais là encore, avec du recul, on se rend compte que Percy n'en a pas fait grand-chose. Après onze épisodes, on n'est guère plus renseigné sur les motivations, le modèle et les membres de cette société secrète. Même Gerry Duggan dans Marauders, qui affichait moins d'ambition narrative, nommait plus explicitement ses ennemis (avec les Verendis, les gosses du Hellfire Club issus de Wolverine & the X-Men de Jason Aaron, ou les russes, ou Sebastian Shaw).

Ajoutez au tableau deux épisodes pénibles entièrement centrés sur Domino (ostensible favorite de Percy). Pour ce qui est de la X-Force elle-même, le scénariste la divise en deux parties : un trio à la manoeuvre (le Fauve, Sage, Jean Grey), un autre sur le terrain (Wolverine, Kid Omega, Domino). C'est efficace, même si le casting des exécutants ne brille pas d'une folle originalité (et que, dans l'affaire, Quentin Quire est passé subitement d'un ado à un jeune homme, en tout cas c'est comme ça qu'il est dessiné, et ce n'est pas très inspiré car la morgue irrésistible du personnage était plus percutante quand il avait l'air plus jeune). Il n'empêche qu'on peut tiquer en voyant Hank McCoy dans un rôle pareil (n'a-t-il donc pas tiré les leçons de ses gaffes passées, notamment quand il a été cherché les premiers X-Men dans le passé, ou encore avant quand il a démarché les mutants les moins recommandables lors du Complexe du Messie ?).

Bref, plus X-Force avançait, plus j'étais dérangé par sa progression. Lorsque Percy clarifiait des éléments jusqu'alors suggérés (mais évidents malgré tout), comme la liaison entre Wolverine et Jean Grey, ou esquissait des tensions entre Jean Grey et le Fauve, ou comme ici la volonté de retraite de Colossus, j'aurai aimé qu'il y consacre plus de temps, de pages.

Au lieu de ça, Percy se complait de plus en plus dans une réalisation glauque et violente. Cet épisode est particulièrement significatif. On en revient, alors qu'on pouvait croire le dossier clos, aux tueurs russes. Ni Hank McCoy, ni Sage, ni le Dr. Reyes n'ont retenu la leçon : le premier qu'ils avaient autopsié avait explosé et celui qu'ils examinent à présent ne paraît pas avoir été sondé très sérieusement avant d'être incisé. Pire : la surprise qu'il réserve entraîne l'épisode dans une espèce de triste farce.

Tous ces gnomes ensanglantés qui poignardent à tout-va et se multiplient dès qu'ils meurent donnent lieu à une bataille que personne ne sait comment stopper... A part Domino (toujours elle), à coup de grenades (hé oui, désintégrer ces lutins, c'est l'assurance qu'ils ne se reproduiront plus). Colossus, censé être au centre de l'épisode, en écrase quelques-uns et, comme s'il prenait le lecteur à témoin, repart en Terre Sauvage (via un portail krakoan), comme dépité par la nullité de l'histoire. On le comprend.

D'ailleurs, pour bien prouver que quand ça ne veut pas, ça ne veut vraiment pas, la couverture de cet épisode est complètement hors-sujet. Vous ne verrez pas Omega Red ici (il est présent dans la série Wolverine, je crois). Bien entendu, Dustin Weaver a dû dessiner ça il y a plusieurs mois, sans avoir beaucoup d'indications sur l'histoire, mais bon... Personne dans l'équipe éditoriale n'a trouvé ça bizarre ?

Si la crise sanitaire a produit quelque chose d'utile, c'est de forcer Marvel (et les autres éditeurs) à ralentir un peu les sorties et ainsi les titres "X" ne sont plus bimensuelles en ce moment (ça ne va pas durer avec l'arrivée dès le mois prochain du méga-crossover X Of Swords, pas moins de 22 épisoses jusqu'en Novembre !). Mais ce nouveau rythme permet aussi de mieux apprécier qualités et défauts des comics actuels. Dans le cas de X-Force, c'est comme un révélateur qui pointerait ce qui ne va pas alors qu'en surface, c'est une série assez efficace pour donner l'impression qu'elle roule impeccablement.

J'étais ainsi inquiet de revoir Oscar Bazaldua au dessin, car il a un style moins affirmé et puissant que Joshua Cassara. Mais je dois reconnaître que j'ai été positivement surpris, surtout parce que Guru-FX, le studio qui a réalisé la mise en couleurs, en copiant Dean White, réussit à texturer les images de l'artiste, lui conférant du caractère.

Mais, même là, ce n'est pas parfait et cela agit comme un révélateur. En effet, Percy donne à voir des dangers souvent violents et volontiers glauques. Pourquoi pas ? Mais peut-être aussi que, dans le contexte actuel, je n'ai plus autant envie de supporter ça. Après les plantes folles de la Terra Verde (un écho troublant et à retardement de la menace Cotati dans Empyre), qui parasitait Wolverine et Kid Omega, voir surgir d'un cadavre un gnome qui égorge Cecilia Reyes, serine Sage et pourfend Quentin Quire... Bon, n'en jetez plus, la coupe est pleine. C'est tout simplement écoeurant. L'effet voulu ? Parfait. Mais dégoûtant quand même. Pas ma came, c'est sûr.

Dans ces conditions, continuer la lecture de X-Force serait beaucoup me demander. D'un côté, c'est déplorable, car avec X of Swords qui va se dérouler dans toutes les séries "X" (X-Men, Marauders, New Mutants, X-Force, Hellions, Wolverine + trois n° spéciaux au début, au milieu et à la fin), ça risque d'être coton pour tout comprendre. J'espère qu'il y aura de bons résumés et que l'intrigue se tiendra sans avoir à tout se taper (comme au bon vieux temps d'Inferno). 

jeudi 27 février 2020

X-FORCE #8, de Benjamin Percy et Oscar Bazaldua


Suite et fin de l'histoire consacrée à Domino, ce nouveau numéro de X-Force confirme la baisse d'inspiration de Benjamin Percy. Le scénariste devrait se reprendre cependant rapidement, avec le retour de Joshua Cassara au dessin - une nouvelle fois suppléé par Oscar Bazaldua, très en deçà du niveau habituel auquel ce titre nous a habitués.


Domino retrouve et élimine la tueuse qu'elle traque et qui lui ressemble comme un double négatif. Elle ramène le corps à Krakoa pour que le Dr. Cecilia Reyes l'examine. Ses conclusions sont rapides : la victime a été conçue à partir de l'ADN de Domino.


Après avoir, contre son gré, permis à des tueurs de pénétrer sur Krakoa pour y commettre une tuerie, Domino n'apprécie guère une fois de plus d'avoir servi à créer un danger pour la communauté mutante. Elle se confie à Colossus qui préférerait qu'elle oublie tout ça.


Mais Domino veut réparer le mal qu'elle a involontairement contribué à faire et Sage l'aide dans ce sens en localisant un laboratoire mobile où seraient confectionnés des clones à partir de son ADN. Il se trouve dans un train circulant sur la ligne du trans-sibérien.


Colossus accepte d'accompagner Domino pour cette mission et ils découvrent en s'introduisant dans ce train un wagon rempli de sang puis un autre occupé par des incubateurs où se forment des clones. Ils sont alors surpris par des répliques dégénérées de Domino.


Colossus prend les choses en main et provoque le déraillement du train, causant la mort des clones et la destruction du matériel. Domino succombe aussi mais avant d'expirer fait promettre à son partenaire qu'elle soit ressuscitée avec tous ses souvenirs.

Benjamin Percy est un scénariste solide car il a su rapidement rectifier le tir et proposer un épisode plus abouti que le précédent. Ce huitième numéro conserve les défauts de ses qualités en restant focalisé sur le personnage de Domino mais renoue avec ce mélange d'action et de réflexion sur le métier de membre de la X-Force qui a fait le sel de la série depuis sa relance.

Ainsi le double de l'héroïne est vite liquidée et cela fait avancer l'intrigue à bon escient. Percy semble esquisser une romance possible entre Domino et Colossus, mais pas sûr que cela soit sa priorité car il ne paraît pas enclin au sentimentalisme. De plus la logique de la série veut qu'elle s'articule autour d'un groupe et de ses missions, pas tellement sur la vie privée et romantique de ses membres - ce qu'on peut un peu déplorer (mais alors c'est un reproche qu'on peut adresser à d'autres séries "X", plus story-driven que character-driven).

Par ailleurs, Percy brouille les cartes car il apparaît aussi que Sage n'est pas insensible à Domino comme en témoigne l'énergie avec laquelle elle l'aide. Cela peut être réciproque, et plus évident qu'avec Colossus, quand Domino fait cadeau à Sage d'un trèfle à quatre feuilles (symbole de la chance mais aussi échantillon rare qu'elle partage).

Cette énergie, c'est celle qui irrigue la série telle que l'écrit Percy : son sens du rythme, son goût pour les rebondissements, leur enchaînement évitent tout ennui au lecteur, même quand l'histoire passionne moins. A ce titre, X-Force est sans doute la série la plus efficace, la plus séduisante et la plus facile de la collection car elle est narrée le plus classiquement, sur un schéma plus convenu (beaucoup d'action, peu de psychologie, un groupe de personnages dynamique).

La seconde partie de l'épisode entraîne Colossus et Domino (dont on se souvient par ailleurs qu'ils firent partie de la même équipe de X-Men quand Brian Wood animait la série éponyme, dans une configuration très féminine - on trouvait à leurs côtés Tornade, Pixie et Psylocke) en Russie à la poursuite d'un train-laboratoire vraiment sinistre. Percy ne lésine pas sur les éléments dérangeants avec un wagon rempli de sang et un autre d'incubateurs où se composent des clones avant que ne débarquent un escadron de répliques dégénérées. A ce stade, c'est un peu too much et on voit bien que le scénariste cède à la facilité pour créer le malaise à tout prix.

Malheureusement, visuellement, Oscar Bazaldua n'a pas les ressources pour transformer ces scènes en autre chose, de plus subtil, de plus travaillé. Son trait est trop lisse, ses personnages trop transparents et peu expressifs, pour qu'on soit épaté. Il réussit à un moment un assez beau mouvement (quand Colossus et Domino sautent d'un train à l'autre), mais c'est tout. La colorisation sut studio Guru FX tente de donner de la texture à tout cela, sans vraiment y parvenir. Décidément, quand ça ne veut pas...

Il faut en fait attendre les toutes dernières pages pour trouver un moment qui relance notre intérêt et annonce quelque chose de plus accrocheur pour la suite quand, lors d'une assemblée de l'organisation anti-mutante Xeno (celle-là qui avait enlevé et pratiqué des expériences sur Domino), est bousculé par l'intervention d'un de ses dignitaires. Il demande, au sens propre comme au figuré, des comptes et exige un changement drastique de stratégie pour déclarer ouvertement la guerre aux mutants. Il paraît évident que Percy prépare une sorte de deuxième acte, plus tendu et agressif.

En attendant de le vérifier, on oubliera donc assez vite, et facilement, cet interlude décevant. 

samedi 22 février 2020

X-FORCE #7, de Benjamin Percy et Oscar Bazaldua


Ce nouvel épisode de X-Force me semble le plus faible depuis la relance du titre. La faute en partie à la partie graphique confiée à Oscar Bazaldua, dont le style manque de punch, de viscéralité, malgré les efforts du studio Guru FX pour les couleurs. Mais surtout parce que Benjamin Percy abandonne l'écriture de l'équipe pour se focaliser sur Domino, mutante qui ne m'intéresse guère. Malheureusement, pour ne rien arranger, cette histoire se poursuivra dans le prochain numéro.

Sage a compilé des assassinats très audacieux commis depuis des semaines contre des sympathisants à la cause mutante. L'adresse du tueur défie toute probabilité et interroge Domino, qui a justement perdu sa chance insolente - et se demande où elle est passée.


Ce tourment la renvoie aux tortures qu'elle a subies lorsqu'elle était la prisonnière de l'organisation Xeno. Elle se s'interroge sur le lien possible entre ce qu'on lui a alors infligée et la perte de son don unique.


En quête de paix, elle sort courir sur la plage de Krakoa et y trouve Colossus. Celui-ci a également récemment survécu à une mission traumatisante et est en proie au doute. S'il mesure le privilège d'être encore en vie, le prix à payer pour la cause défendue lui paraît trop élevé.


Sage a peut-être localisé le mystérieux tueur dont elle a compilé les exploits. Sur la base de ses recherches, elle a déterminé qu'il pourrait se manifester à Tahoe où se tient une réunion en présence d'une intellectuelle pro-mutante dont les travaux polémiques font aujourd'hui autorité.


Domino surveille cette invitée et déjoue son assassinat in extremis puis se lance à la poursuite du tueur. Il la sème dans un casino mais son apparence évoque celle de Domino comme un négatif, avec une chance incroyable.

Domino est depuis le début le centre des attentions de Benjamin Percy : elle a infiltré l'organisation anti-mutante Xeno, en a été la captive, le cobaye pour des expériences affreuses (qui permirent l'assassinat de Charles Xavier), avant d'être sauvée par Wolverine et Kid Omega, puis soignée par Forge. Elle n'a pas voulu se reposer et est repartie sur le terrain lors d'une mission en Terra Verde.

Il est donc logique que le scénariste ait voulu lui consacrer une histoire entière (qui se poursuivra dans le prochain numéro). Mais en faisant cela, il a brisé la logique, le format même de sa série, qui roulait si bien. Ce n'est pas une aventure de X-Force, mais une sorte de spin-off.

Si on est fan de Domino, ce sera sans doute un régal. Sinon, c'est assez ennuyeux car le personnage ne me semble pas mériter un tel privilège. L'intrigue se déroule pourtant sur un rythme toujours vif (la marque de Percy), mais j'ai eu un mal fou à me passionner pour cette histoire de chance perdue, dont la dernière page est téléphonée.

Seule scène à sauver : le dialogue nocturne sur la plage de Krakoa entre Domino et Colossus. Ce dernier figurait sur la couverture du premier numéro de la série mais n'a toujours pas intégré les rangs de l'équipe (toutefois ce devrait être effectif dans les épisodes à venir). On l'a entrevu, ramené sur Krakoa dans un sale état par les Maraudeurs, de retour d'une mission en Russie (un pays ne reconnaissant pas la souveraineté de la Nation X et disposant d'armures neutralisant les pouvoirs des mutants). Puis plus rien.

Il apparaît ici qu'il est mort, a été ramené à la vie, et via des data pages issues du journal du Fauve, souffre d'un fort syndrome post-traumatique. Dans les paroles qu'il échange avec Domino, Percy traduit parfaitement le malaise de Colossus qui s'interroge sur le prix à payer pour défendre Krakoa. Il ne s'agit pas d'un homme qui doute de la cause mais qui cherche à mettre des mots sur ses émotions (en l'occurrence, il peint pour s'exprimer). Il ne quitte plus sa forme métallique même si Domino le réconforte en lui rappelant que sur l'île il ne craint rien.

Cette scène aurait quasiment suffi, en étant développée, à justifier l'épisode parce qu'elle donne à voir deux versions de la X-Force, avec d'un côté Domino qui se remet de ses blessures physiques et mentales dans l'action et, de l'autre Colossus qui a besoin de faire le point sur ses souffrances et celles qu'on fait subir à ses semblables. Mais Percy a préféré survoler ce moment fort pour partir à la recherche de la chance perdue de Domino.

La lecture n'est pas aidée par le fait qu'Oscar Bazaldua dessine cet épisode. Il avait déjà montré ses insuffisances en illustrant Ultimate Spider-Man (la fin du run de Bendis) puis Mr & Mrs X (écrit par Kelly Thompson), et il n'a pas progressé d'un iota.

Découpage paresseux, personnages peu expressifs, décors souvent inexistants, il faut tout le travail des coloristes du studio Guru FX pour atténuer cette impression de vide. On est loin des planches pleines de punch de Cassara et même de celles de Segovia.

Souhaitons que ce ne soit qu'une sortie de route provisoire : Percy nous a trop bien habitués à l'excellence sur ce titre pour nous décevoir maintenant. Surtout espérons le retour rapide de Joshua Cassara, sans qui la série n'est pas la même visuellement.