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jeudi 22 novembre 2018

COSMIC GHOST RIDER #5, de Donny Cates et Dylan Burnett


Sortie la semaine dernière, la conclusion de Cosmic Ghost Rider laissait la porte ouverte : Donny Cates et Dylan Burnett avait pris dans l'épisode précédent un tournant plus grave, inattendu, qui interrogeait sur le projet, jusqu'ici loufoque. La solution trouvée est à a fois cohérente et annonce un bel avenir à leur héros.


Sur la Terre future et paradisiaque que Thanos adulte a conçue en ayant été élevé par Frank Castle, il y a toutefois un problème qui perturbe ce dernier : soit on fait partie des alliés du titan, soit on est reclus dans une fosse. Thanos a compris que cela déplaisait à son père adoptif et lui tend la main pour éviter une bataille que le Cosmic Ghost Rider ne peut gagner.


Sauf que Castle saisit la main de son "fils" pour mieux le frapper avec toute sa force et le pousser dans la fosse. Il s'adresse alors à Thanos bébé en lui rappelant que, quelle que soit l'issue du combat, il devra se souvenir qu'il a le choix de devenir celui qu'il veut.


Frank se jette à son tour dans la fosse pour en finir avec Thanos adulte. Celui-ci reste supérieur en puissance mais son opposant est plus déterminé. Et il réussit à faire vaciller le titan, déterminé à lui donner le coup de grâce avec une leçon de morale à la clé.


Frank tue sa création comme un acte de repentir. Thanos est littéralement désintégré. Castle annonce aux habitants de la fosse qu'ils sont libres. De retour à la surface, il enlève Thanos bébé aux mains du couple heureux que son double de cette époque forme avec sa femme.


Via un portail spatio-temporel, Frank ramène Thanos bébé dans son berceau. La Mort le surprend et le remercie pour avoir montré à l'enfant comment on tue - ce qui sera son destin. Castle espère que l'enfant prendra malgré tout une autre voie. Et, repartant sur sa moto, il se promet d'y veiller...

Donny Cates est en train de devenir la nouvelle étoile montante de Marvel (avec d'autres scénaristes comme Ed Brisson, Matthew Rosenberg, Kelly Thompson...) et le projet Cosmic Ghost Rider, qui avait tout l'air d'une grosse blague, lui a permis d'hériter, en Janvier prochain, du relaunch de Guardians of the galaxy, pour laquelle il semble avoir eu carte blanche pour la composition de l'équipe et la direction (en même temps, il passe après Gerry Duggan, qui n'a tenu qu'un an et demi sans faire d'étincelles).

On peut dresser une sorte de parallèle entre cette mini-série et le parcours de son auteur : sorti quasiment de nulle part, mais s'affirmant avec un sens indéniable du spectacle, il s'est imposé par sa singularité et son audace. Il faudra désormais vérifier à l'usage si Cates est l'homme d'un coup d'éclat, un sleeper chez Marvel, ou au contraire une plume avec laquelle il faudra compter.

Dans l'épisode du mois dernier, l'histoire prenait un tour inattendu, plus grave, en confrontant Frank Castle à ses choix éducatifs : certes il avait fait de Thanos, enlevé enfant, un pacificateur, mais derrière qui se cachait une conception radicale de la société, avec d'un côté ceux qu'il estimait digne d'être ses voisins, et de l'autre ceux qui, punis, croupissaient dans une fosse. La farce se muait en une réflexion sur le déterminisme.

Quels que soient les efforts de Frank Castle, Thanos était-il voué à être un despote a minima, ou pire un criminel cosmique ? Le choix du scénariste est donc d'avoir achevé son récit par une sorte de morale classique qui enferme ses personnages dans leurs manies, mais sans qu'on sache vraiment s'il s'agit d'une conviction de Cates ou d'un aboutissement narratif.

Cette ambiguïté m'a, je le dis, un peu embarrassé, comme si Cates ménageait la chèvre et le chou, ne se mouillant pas trop. Finalement, ces cinq épisodes en forme de boucle renvoient au postulat de la série sans rien résoudre. Heureusement qu'on s'est bien amusé la plupart du temps, sans quoi l'exercice aurait été bien vain. Ce qui semble davantage avoir préoccupé le scénariste, c'est de fournir à son Cosmic Ghost Rider la possibilité d'intégrer l'univers Marvel, d'en faire une créature à part entière et non pas un pantin façon "Elseworlds" ou "What if...?". De fait, il semble acquis qu'il apparaîtra, voire fera partie, de ses Gardiens de la galaxie. Ce qui aboutit à une bizarrerie notable puisque, donc, de facto, il y aura deux Frank Castle en circulation (même s'ils ont peu de chances de se croiser).

Cosmic Ghost Rider aura aussi permis de faire connaître Dylan Burnett et Marvel a dû également apprécier sa prestation puisqu'il sera l'artiste du relaunch de X-Force (de quoi y jeter un oeil ?). Les dessins généreux et explosifs, auxquels les couleurs d'Antonio Fabela conviennent idéalement, et le style semi-réaliste du garçon sont une vraie bouffée d'air frais.

Il a su servir le script de Cates et même le doper, conservant jusqu'au bout une sorte de folie, un sens de la dérision, une énormité jubilatoire. Burnett a une manière d'illustrer de manière très frontale, sans subtilité, avec un goût affirmé pour ces personnages bigger than life et leurs actions démesurées, mais pourtant il sait, au bon moment, donner l'expression juste, choisir l'angle de vue approprié, la valeur de plan, dans des compositions toniques. 

Cette conclusion est donc un peu décevante, mais pouvait-il en être autrement. Elle ne doit cependant pas gommer le vrai plaisir qu'ont procuré les quatre précédents numéros. Et on observera avec intérêt les prochaines aventures des deux auteurs, chacun de leur côté. 

lundi 8 octobre 2018

COSMIC GHOST RIDER #4, de Donny Cates et Dylan Burnett


Pour son pénultième épisode, Cosmic Ghost Rider poursuit son aventure avec le même goût de l'absurde que d'habitude, mais aussi avec une note plus sérieuse, grave. Donny Cates se calme un peu, histoire de souligner les conséquences de son intrigue - et de préparer son personnage pour l'intégrer au futur relaunch des Guardians of the galaxy en Janvier prochain ?  Le tout servi par le graphisme toujours déchaîné de Dylan Burnett.


Le Thanos du futur, habillé comme le Punisher, a surgi à la fin de la bataille entre le Cosmic Ghost Rider et les différents formations des Gardiens de la galaxie, tel qu'il sera après avoir été éduqué par Frank Castle. Ce dernier le suit avec bébé Thanos pour découvrir l'avenir qu'ils ont bâti.


Et là, c'est la surprise : le monde est devenu un paradis ! Castle n'en revient pas et croit d'abord avoir réussi à avoir rééduquer le titan fou pour en faire un bâtisseur juste. Cependant, en explorant cette Terre pacifiée, il découvre le revers de la médaille rapidement...


... Car Thanos et son père de substitution ont parqué dans une gigantesque fosse une ville entière peuplée d'insurgés, refusant leur autorité. Castle est furieux car il n'a jamais voulu cela. Pourtant Thanos se défend en jurant que c'était la seule solution pour préserver la sécurité et quelque chose de plus intime et précieux.


Castle voit alors une maison à l'écart de tout où il habite avec sa femme encore vivante, sauvée des malfrats qui ont tenté de l'assassiner par Thanos dans cette ligne temporelle. Bouleversé, Castle interprète pourtant cela comme une damnation.


Il ne peut accepter la condamnation de milliers (millions) d'innocents dans un ghetto pour la survie de son couple. Et, pour tenter de réparer cela, il menace de tuer bébé Thanos. Le titan adulte ne le permet pas et impose alors sa loi à son tuteur : la mort ou être son héraut.

Jusque-là, on avait bien ri de l'énormité du délire conçu par Donny Cates avec le Punisher transformé en Ghost Rider cosmique par Galactus puis trahissant le dévoreur de mondes pour s'allier à Thanos avant de mourir. Se réveillant au Valhalla, Odin lui offrait une seconde chance qu'il mit à profit pour remonter le temps pour tuer Thanos encore bébé puis, se ravisant, entreprenant de l'élever pour en faire un adulte bien.

Le format de Cosmic Ghost Rider en mini-série de cinq épisodes autorisait tout à son scénariste, à la manière d'un sprint complètement déchaîné. Mais, entre temps, la côte de Cates a fait un bond au sein de Marvel et celui qui a assuré l'intérim entre Jason Aaron et Mark Waid sur Doctor Strange est devenu le nouvel espoir de la "Maison des Idées" qui lui a confié le relaunch des Guardians of the galaxy début 2019.

Depuis peu, on sait, par Cates lui-même, que le Cosmic Ghost Rider devrait apparaître, sinon dans l'équipe des Gardiens, au moins dans leur série. Et cela explique peut-être le virage de ce quatrième épisode, plus sérieux, plus grave, comme s'il fallait freiner afin que le personnage devienne plus présentable, plus apte à intégrer un titre qui sera moins fou.

Est-ce un mal ? Un peu pour la rigolade, oui, car on aurait aimé que la mini-série aille au bout de sa démarche, soit un feu d'artifices, finisse en apothéose et accède ainsi au rang de production culte, sans lendemain.

Mais en même temps, Cates a le cran de ne pas s'en tenir à la blague et de traiter directement, sans détour, des enjeux de son délire. Soudain, donc, on saisit la portée de sa réflexion, ses interrogations sur l'éducation, le déterminisme, les conséquences inhérentes aux altérations temporelles. Bébé Thanos en laisse, Thanos adulte et instruit selon les principes de Frank Castle, on voit que mauvais sang ne saurait mentir : le titan est en quelque sorte condamné à mal tourner car même s'il n'applique pas ses propres théories sur l'équilibre cosmique, il interprète trop radicalement les leçons de vie de son tuteur en bâtissant sur Terre une société tyrannisée, avec ceux qui acceptent ses règles et les autres, parqués dans une fosse fumante. La preuve que, même avec les meilleures intentions du monde, le "père" comme le "fils" sont incapables de corriger l'autre : Castle est un professeur trop intransigeant pour ne pas former un despote, Thanos est un sujet trop extrémiste pour ne pas produire un monde injuste.

Le graphisme de Dylan Burnett paraît complètement décalé, presque déplacé, devant ce constat, mais en vérité il souligne la pertinence du scénario de Cates. Avec les couleurs flamboyantes de Antonio Fabela, et le trait nerveux, vif, souple, et généreux de Burnett, la vérité devient plus douloureuse encore. Parce que tout a vraiment très mal tourné, le dessiner de manière presque comique rend le propos plus acerbe, plus acide, plus radical.

Que nous réserve, à ce train-là, à ce compte-là, Cates pour la conclusion de sa mini-série ? Cela donne furieusement envie de la savoir, surtout en prenant en compte la situation bien compromise du Cosmic Ghost Rider à la fin de ce quatrième épisode.

lundi 10 septembre 2018

COSMIC GHOST RIDER #3, de Donny Cates et Dylan Burnett


Antépénultième (déjà !) épisode de Cosmic Ghost Rider et le moins qu'on puisse dire, c'est que Donny Cates et Dylan Burnett sont toujours aussi survoltés. La mini-série la plus azimutée du moment n'en finit pas de faire rire en explosant tout sur son passage, au point que la question qui se pose désormais est : mais comment tout ça va finir (et, subséquemment, avec quel impact sur la production courante de Marvel dans le registre cosmique) ?


Cable et ses Gardiens de la galaxie interviennent pour tenter de raisonner Frank Castle et lui expliquer que son plan consistant à prendre en charge l'éducation de bébé Thanos n'est pas une bonne idée. Mais le Cosmic Ghost Rider est têtu et, évidemment, tout va vite dégénérer dans des proportions hallucinantes...


D'abord avec l'intervention de Galactus qui se débarrasse vite fait (et sans faire de quartier) de ces importuns. Mais le dévoreur de mondes n'agit pas par solidarité avec son ex-héraut : il veut lui aussi récupérer bébé Thanos afin de le désintégrer pour se venger de la mort qu'il lui infligera dans le futur.


Cable réapparaît sous la forme d'un géant (grâce aux particules Pym) et écarte Galactus. En voyageant dans le temps très rapidement, il convoque de nouveaux partenaires pour neutraliser Castle. Excédé, ce dernier confie bébé Thanos à Uatu le Gardien, qui assiste à tout ce chambard.


Déchaîné, le Cosmic Ghost Rider affronte les différentes équipes, de plus en plus puissantes et nombreuses, que Cable appelle à la rescousse à travers les âges. C'est un vrai massacre et pourtant Castle sait qu'il ne devrait pas logiquement y survivre jusqu'à ce qu'il découvre pourquoi...


... Bébé Thanos a échappé à la vigilance de Uatu et s'est mêlé à la bagarre. Cable, à l'agonie, épuisé par ses allers-retours dans le temps et ses blessures, est achevé par Castle. C'est alors qu'un invité surprise s'invite à la partie...

En même temps que paraît ce troisième chapitre a été annoncé que Donny Cates, déjà bien occupé par Marvel, serait l'homme qui relancerait en Janvier 2019 la série Guardians of the galaxy (après le bref - à peine dix-sept mois - et décevant run de Gerry Duggan). Tout cela donne à Cosmic Ghost Rider une dimension inattendue puisque la mini-série pour délirer du scénariste devient, après son passage sur le titre Thanos (dont elle est issue), la piste d'échauffement, la rampe de lancement de Cates pour le domaine cosmique de Marvel.

Comme Kelly Thompson, la crainte qu'on peut nourrir est que Cates en fasse désormais trop et qu'en devenant aussi exposé, il résiste plus ou moins bien à la pression. Souhaitons-lui, comme à sa consoeur, de la réussite, car Marvel tient là un talent certain et prometteur.

Ce nouvel épisode confirme en tout cas que Cates sait ne se poser aucune limite quand il le souhaite, et si son éditeur le soutient dans cette direction, alors non seulement un bel avenir s'offre à lui mais les lecteurs peuvent aussi compter sur de bonnes heures de lecture. S'il injecte ne serait-ce qu'un peu de la folie de Cosmic Ghost Rider dans ses futurs épisodes des Gardiens de la galaxie, alors on peut se frotter les mains (d'ailleurs le personnage apparaît sur un poster promotionnel, "Who are the Guardians of the galaxy ?", dessiné par Geoff Shaw, le cover-artist de CGR et artiste des prochains Gotg, avec une quarantaine de candidats).

L'histoire continue de réjouir par son excentricité et son humour ravageur : il y a quelque chose de régressif (de la baston provoquée pour des motifs insensés) et de jouissif (le côté no limit contenu dans le fait qu'il s'agisse d'une mini-série) dans cette entreprise. C'est n'importe quoi, donc tout est permis, et d'abord de ne pas s'inquiéter des conséquences (même si en promettant que le héros perdurera, Cates suggère que tout ça ne sera pas seulement passager).

Visuellement, Dylan Burnett fait lui aussi feu de tout bois. L'énergie déployée par ses dessins et les couleurs pétaradantes d'Antonio Fabela remplissent parfaitement leur mission qui est de se hisser au niveau du délire total du scénario. Il a du mérite car illustrer un pareil matériau exige une sacrée santé.

La mise en scène directe, le rythme effréné, le découpage simple et brut, participent de cet effort : tout concourt à submerger le lecteur dans une frénésie de mouvements, au premier degré, à la manière d'un cartoon de Tex Avery. D'ailleurs, plus d'une fois, on se prend à penser que Cosmic Ghost Rider ferait une fameuse série d'animation, même si le contenu s'adresse à un "public averti".

Le cliffhanger est une fois de plus insensé. Cette BD est dingue. Mais c'est pour ça qu'on l'aime ! 

lundi 6 août 2018

COSMIC GHOST RIDER #2, de Donny Cates et Dylan Burnett


Le mois dernier, je découvrais le premier épisode délirant de Cosmic Ghost Rider en me demandant si Donny Cates et Dylan Burnett pourraient poursuivre sur cette voie, tant le résultat sortait des clous de ce que propose Marvel. Bonne nouvelle, ce numéro deux est aussi ahurissant en se fichant aussi effrontément de tout ce qui peut figer les séries mainstream.


Après avoir échoué à tuer un Thanos âgé de trois ans dans son berceau, Frank Castle, le Cosmic Ghost Rider, l'a enlevé avec un plan tordu en tête. Pour l'accomplir, il se rend sur la planète Markus-Centauri et descend dans un bar où il tente d'inculquer quelques valeurs de base au gamin déjà bien enragé.


Mais évidemment le barman fait vite savoir qu'il ne veut pas d'enfant dans son établissement et l'ambiance se tend rapidement. Frank raisonne tous ceux prêts à engager la bagarre en expliquant qu'il attend un ami. D'ailleurs, le voilà qui arrive : c'est Galactus, venu dévorer ce monde.


Prétendant aller négocier avec le géant, Frank lui rappelle en fait qui il est et ce qu'ils ont déjà partagé. Galactus sonde l'esprit du Rider et se rappelle alors qu'il fut son héraut avant que, une fois défait par Thanos, il ne l'abandonne.


Galactus pense alors que Frank veut qu'il exécute lui-même Baby Thanos mais il se trompe car le Rider souhaite élever l'enfant de telle manière qu'il ne devienne pas un criminel. Visiblement, ce plan ne convient pas Uatu le Gardien qui apparaît alors et décrète que c'est une idée vouée à l'échec.


Pour le prouver, il place Frank dans une situation délicate : Nathan Summers et ses Gardiens de la galaxie l'arrêtent pour lui retirer Thanos enfant sous peine de mort !

Si je peux comprendre que certains fans de comics soient attachés à certains codes comme l'immuabilité du caractère d'un personnage et le respect de la continuité, ça ne m'empêche pas de penser que tout ça bride considérablement les auteurs et découragent des lecteurs novices de se familiariser avec des BD qui comptent plusieurs décennies d'aventures.

En ce sens, même si ce n'est pas toujours parfait, les reboots fréquents que tentent DC Comics (comme récemment avec "Rebirth" qui a succédé aux "New 52") me semblent une alternative rafraîchissante en même temps qu'un rafraîchissement opportun de certains concepts. Les personnages y sont remis à jour grâce à des auteurs qui souhaitent les moderniser sans déformer leur ADN.

Ce qui est appréciable aussi, c'est lorsqu'un grand éditeur ose carrément sortir des clous et construire des univers parallèles où les auteurs ont toute liberté pour s'amuser avec des motifs, des figures, des thèmes sans se soucier de l'impact sur les séries qui sortent régulièrement en appartenant au même univers partagé. De ce point de vue, les "Elseworlds" de jadis ou le futur "Black Label" chez DC ou des expériences comme Nextwave chez Marvel sont de vrais oasis.

Donny Cates paraît avoir bien révisé la mini-série de Warren Ellis et Stuart Immonen au moment de démarrer la carrière du Cosmic Ghost Rider car on retrouve la même irrévérence potache et en même temps solidement construite que dans Nextwave. Que Marvel autorise une série régulière aussi atypique est louable même si l'effort devrait être plus large pour offrir aux fans plus de fantaisie que des mensuels fréquemment ponctués par des events (et leurs inévitables tie-in - la plaie de l'industrie).

Contrairement à Deadpool, dont je parlais hier, il n'y a pas de commentaire caché dans ce titre, conçu comme un divertissement délirant, mené sur un rythme infernal. Bien entendu, on peut lire dans l'attitude de Frank Castle une mission en soi comparable à celle de Fantomex avec le jeune Apocalypse dans le run d'Uncanny X-Force de Remender : peut-on, par la simple éducation, changer le destin d'un futur monstre ? Est-ce même encore possible quand le tuteur qui ambitionne ce projet est lui-même un justicier n'hésitant pas à tuer ses adversaires ? Et que ses décisions altéreront considérablement le cours des choses ?

Mais il ne faut pas non plus sur-interpréter les intentions de Cates qui, à l'évidence, cherche (et réussit) à produire une comédie d'action totalement azimutée en osant tout, y compris le plus grandiloquent et le plus absurde. De ce côté-là, tout va bien avec Galactus et Uatu invités de l'épisode jusqu'au dénouement qui voit intervenir Nathan Summers et une version dégénérée des Gardiens de la galaxie (mention spéciale au mix entre Howard le canard et le Juggernaut !).

Dylan Burnett n'est pas un artiste qui pourrait illustrer une série classique sans que le fan intégriste se demande ce qu'il fait là. Son style semi-réaliste et hyper-dynamique frôle le cartoon par l'exubérance qu'il dégage. Il transforme en un éclair une leçon d'éthique dans un tripot en une embrouille où tous les clients sont prêts à faire le coup de poing parce que Thanos, même à seulement trois ans, est déjà enragé !

Ce Baby Thanos est irrésistible et résume toute la folie du projet de Frank Castle : Burnett lui donne des expressions sommaires pour mieux créer un contraste fort entre sa candeur et les énormités qui s'enchaînent, de l'irruption de Galactus à celle de requins volants en passant par l'intervention sarcastique de Uatu. C'est n'importe quoi, je vous l'accorde, mais très bien fait. Et la colorisation flashy d'Antonio Fabela (dans une registre plus rock'n'roll que Skyward) est parfaite.

Cosmic Ghost Rider, ce n'est donc pas seulement un énorme WTF réjouissant, mais une vraie alternative, très drôle, au sérieux parfois grotesque de tous les comics traditionnels d'un gros éditeur qui réapprend à s'amuser - et à nous amuser.   

mercredi 11 juillet 2018

COSMIC GHOST RIDER #1, de Donny Cates et Dylan Burnett


Je vais vous faire un aveu : je ne lis jamais une BD en suivant l'avis d'un critique (moi-même, je considère que ce que je pense doit plutôt être consulté après avoir lu un comic-book). Tout simplement parce que j'aime me faire mon propre avis, sans être influencé par la hype ou l'opinion d'un expert. Pourtant, j'ai fait une exception avec ce n°1 de Cosmic Ghost Rider après avoir jeté un oeil à l'article que lui a consacré Xavier Fournier sur la page Facebook de "Comic Box" : j'ignorai jusqu'à la publication de ce titre issu du "Fresh Start" de Marvel !


Thanos a attaqué une énième fois la Terre et ses super-héros, et a remporté une victoire écrasante. Durant la bataille, parmi tant d'autres, Frank Castle, le Punisher, a trouvé la mort. Il arrive en Enfer où il pactise avec Méphisto pour sauver la Terre et tuer Thanos. Mais le Diable est sournois...


Devenu le nouveau Ghost Rider, Castle est renvoyé sur Terre mais des siècles après les ravages causés par Thanos et juste à temps pour rencontrer Galactus qui a renoncé à dévorer notre monde mais cherche de l'aide pour affronter Thanos. Castle est nanti de pouvoirs cosmiques et devient le nouvel héraut de Galactus... Qui est tué par le titan fou devenu Roi... Dont le Cosmic Ghost Rider devient le bras droit... Jusqu'à ce le Surfeur d'Argent, détenteur de Mjolnir (le marteau de Thor), le tue à nouveau !


Castle repose désormais au Valhalla en compagnie de dieux nordiques, sous le règne d'Odin. Ce paradis des guerriers ne convient pas à la nature guerrière et à la soif inextinguible de vengeance du Punisher et Odin lui propose alors de remplir sa mission en lui redonnant ses pouvoirs de Cosmic Ghost Rider, mais sans lui garantir que cette puissance n'affectera pas son esprit.


Odin envoie Castle sur la planète natale de Thanos, Titan, dans le passé, lorsque ce dernier était encore bébé ! Bien que déjà enragé, le nourrisson attendrit le Cosmic Ghost Rider qui ne peut se résoudre à l'abattre froidement.


Que faire de cet enfant innocent sinon lui offrir une chance de rédemption et altérer son destin ? Ni une, ni deux : Castle décide de l'enlever, espérant qu'en l'arrachant à son environnement, il pourra conjurer la malédiction !

Donny Cates fait partie de ces scénaristes sur lesquels Marvel semble prêt à investir pour l'avenir, conscient que ses vedettes sont toutes parties pour d'autres aventures - à l'exception de Jason Aaron. Cet auteur, qui a fait ses armes chez Boom ! Studio, Dark Horse Comics, s'est distingué en succédant à Jeff Lemire sur la série Thanos avec son ami dessinateur Geoff Shaw et des histoires spectaculaires et sombres. C'est lors du dernier arc qu'il a introduit le Cosmic Ghost Rider en entretenant le mystère sur l'identité de ce héros passé entre les mains successives de Méphisto, Galactus et Thanos avant d'être définitivement tué dans le futur par un Silver Surfer détenant Mjolnir de Thor.

En mourant par l'arme du dieu du tonnerre d'Asgard, quoi de plus logique que de le retrouver au paradis des guerriers de la mythologie nordique, en compagnie d'Odin ? On n'est plus à ça près et c'est ce qui frappe d'ailleurs : en effet, si ce n'était déjà pas suffisamment abracadabrantesque, le destin de Frank Castle change complètement de registre en gagnant sa série cosmique. Thanos, malgré ses extravagances, était un titre grave mais, là, Donny Cates a choisi la pure comédie.

Ce n'est pas un humour aussi direct que Deadpool, mais plutôt un gros délire à la Nextwave, avec une narration déployée comme un What If...? illimité. En effet, Marvel va relancer une série Punisher classique, avec Frank Castle à nouveau en guerre contre des criminels traditionnels, donc Cosmic Ghost Rider se déroule dans sa propre continuité. Le héros, qui a déjà passé pas mal de temps dans un futur lointain où Thanos a tué tous les super-héros et même Galactus (en précisant au passage que ce dernier n'est plus un dévoreur de mondes mais au contraire un préservateur de la vie désormais, d'où son antagonisme avec Thanos), est renvoyé dans un aussi lointain passé par Odin, qui lui rend ses pouvoirs cosmiques.

Il n'est pas nécessaire d'avoir lu les épisodes de Thanos pour comprendre l'intrigue de cette série (moi-même, je ne l'ai pas lue, j'ai appris ce que j'écris ici dans la critique de Xavier Fournier), les premières pages de ce premier épisode résume, sans un mot, le parcours chaotique de Frank Castle jusqu'à son arrivée au Valhalla. Il faut par contre accepter d'adhérer à ce gros délire qui revisite le personnage d'une manière encore plus foutraque que dans le Franken-Castle de Rick Remender - et dont les dernières pages font penser au premier arc de son Uncanny X-Force quand le commando de Wolverine déccouvrait Apocalypse adolescent en se demandant s'il fallait l'exécuter pour épargner des vies mutantes (comme lorsqu'on imagine un voyage dans le temps pour tuer Hitler avant la Shoah). A cette condition, on passe un moment vraiment jubilatoire, marrant et alerte.

Ce sentiment est souligné par le choix de l'artiste, un autre partenaire fidèle de Cates, Dylan Burnett. Son style s'inscrit dans le registre semi-réaliste et flirte avec le cartoony, le dessinateur s'encre et le résultat est tonique, avec une prédominance dans le découpage pour de larges vignettes, qui force à soigner les arrières-plans (sans qu'ils soient trop chargés).

La colorisation est assurée par Antonio Fabela, qui s'occupe aussi de celle de la série Skyward (par Joe Henderson et Lee Garbett, chez Image Comics), et la palette utilisée privilégie les tons vifs, sans beaucoup d'effets de nuances, à l'exception des flammes entourant le crâne du Ghost Rider ou de quelques éléments de sa bécane cosmique. Ces options graphiques renvoie Cosmic Ghost Rider à Lobo, le biker galactique de DC, et c'est assez savoureux quand on sait qu'en ce moment, via la collection "The New Age of Heroes", la Distinguée Concurrence s'amuse à produire des variations de célèbres personnages Marvel. Chacun emprunte donc à l'autre, c'est de bonne guerre, même si Cates et Burnett empruntent une voie plus franchement comique qui manque à DC.

Mine de rien, et c'est ce qu'il ne faudrait pas occulter, derrière la blague, le titre a un joli potentiel et il est très bien fichu, intelligemment édité. C'est incontestablement plus "fresh" que beaucoup de séries relancées récemment, même si évidemment un tel projet ne peut qu'être marginal. A suivre donc.